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mardi 24 avril 2007
A Dieu vat ! Rien ne va plus. Les jeux sont faits. Je ne sais pas ce qui m'attend là-bas.


Avril s'achève et c'est le mois où je vais fêter mes 25 ans ! Oui, j'ai 25 ans depuis... quelques années déjà. Je n'accepterai pas que l'on mette en doute l'année de naissance que je reconnais être la mienne. Je suis née quand je veux. Demain, s'il me plaît.

Nous embarquons maintenant pour une mission hautement et autrement périlleuse : retrouver l'Ombre de Jamie dans son pays natal, l'Ecosse, dans un lieu nommé Kirriemuir - que je ne me risque même pas à prononcer. Je suis en possession d'un passeport très spécial et d'une diapositive de l'Ecosse. Ce sont quelques-uns des indices que j'ai trouvés dans une pochette surprise hier matin, au courrier... Je ne connais qu'une personne au monde pour écrire des lettres aussi artistiques et fantaisistes. J'emporte les disques offerts par ma Fauna, ceux de Jean-Christophe dont celui-ci, que j'ai promis de ne pas déflorer avant d’être Ailleurs,


des plans, le cahier de mon amie "E"., mes notes et mes rêves, une caméra numérique, un appareil photo, mon téléphone, un rendez-vous particulier dans un endroit encore plus particulier en tête, et quelques fringues de rechange. Je voyage léger. Mon coeur, lui, pèse une tonne. Serai-je digne du voyage ?

Je dors mal. Je suis fébrile.
Comme me l'a écrit mon ami Jean-Christophe, il est hors de question que l'on me fournisse une autre paire de gants guimauve, alors je dois être vigilante, et accomplir mon devoir. Je ne sais pas si je reviendrai, alors je vous dis ceci, dissimulée sous une aile de l'ange Cole Porter

porter
Ev'ry time we say goodbye
I die a little,
Ev'ry time we say goodbye
I wonder why a little,
Why the gods above me
Who must be in the know
Think so little of me
They allow you to go.
When you're near
There's such an air
Of spring about it,
I can hear a lark somewhere
Begin to sing about it,
There's no love song finer,
But how strange the change
From major to minor...
Ev'ry time we say goodbye

June Christy, 1955. 

(merci à mon ami Jim pour cette chanson et sa présence)


Ensuite, je vous tirerai ma révérence de la plus élégante manière qui soit, je l'espère en tout cas. Mais, jamais au grand jamais, je ne vous abandonnerai. J'ai des idées plein la tête.



Itinéraire approximatif, dont je vous livrerai des vidéos, si tout va bien, dans une semaine :



Edimbourg : 3 Great King Street - lieu où a vécu Barrie, très jeune, alors qu’il était journaliste. Peut-être des endroits connotés par Doyle et Stevenson, si le temps ne nous manque pas...

Kirriemuir : 9 Brechin Road, lieu de naissance, le 9 mai 1860.




Le bureau est celui qu'il possédait à Londres et qui fut rapatrié ici et des costumes de la pièce Peter Pan.




Au numéro 11 est justement installée une pièce consacrée à Peter Pan




où les visiteurs peuvent s’envoler jusqu’à Never Land et admirer les costumes originaux de la pièce, récemment restaurés.


Et vous pouvez même vous faufiler entre les dents d'un crocodile.


Le cimetière où il repose modestement auprès des siens. On lui avait proposé une place pour l’éternité, au Poet’s Corner of Westminster Abbey, mais il avait décliné la gracieuse offre, préférant revenir là où son cœur s’était attardé, près des siens, sur la Colline de Kirriemuir.






Strath View, qui est cher au coeur de Barrie pour de multiples raisons. Ceux (rares en France) qui ont lu A Window in Thrums et connaissent sa vie savent pourquoi...


Et puis le fameux Repaire de l'enfance perdue... les gorges d'Ecosse, la légende du "King over the water"...

Sans oublier le bois de Caddam, bien connu du Petit Ministre ou de Tommy et Grizel.

A bientôt, peut-être. Qui sait ?
vendredi 4 mai 2007
La fin du voyage approche...
Il serait vain de croire pouvoir tout dire et tout montrer ici. Il faut préserver un peu d'inconnu pour le livre à venir et laisser errer mon désir de raconter.
Si, un jour, vous allez rendre visite à Barrie, dans ses terres, je vous recommande le Lochside Lodge and Roudhouse Restaurant, non loin de Kirriemuir - dans la ville même de Barrie, rien ne me fit envie en terme de logement provisoire, excepté sa maison natale ou Strathview ! Il n'y a que 6 chambres dans notre repaire, meublé en pin ciré (mon goût, j'adore les meubles de ce style-ci), de manière absolument charmante. J'espère y retourner en 2010 pour les célébrations barriennes prévues - si Dieu me prête vie. La cuisine est excellente - oubliez vos préjugés ! - et l'endroit situé dans un lieu idyllique, en face d'un loch (sans monstre marin apparent, sinon des journalistes de Channel 4 qui nous ont filmés !) :

Il eût été dommage de ne pas profiter de notre voiture de location pour visiter les alentours ; c'est ainsi que nous nous découvrîmes un château de contes de fées cruels comme j'aime à les rêver. Et, je vous contredis de suite, avant que votre langue ne se déplie en bouche : il y a un lien avec Barrie ! Petit, mais réel.
L'atmosphère me prit de court dès l'entrée, dans l'immense allée qui semble taillée sur un continent entier et que nous remontâmes, avec nonchalance, dans notre Ford noire. L'entrée se fait par le "Portail du Diable". Oui, le château de Glamis (ne prononcez pas le "i"), est une merveille, un avant-goût, peut-être, des frissons que j'espère éprouver à la visite, bientôt, de ceux de Louis II de Bavière, que ma Fauna appelle le "Roi des Contes", elle qui est, incontestablement, la reine des miens et de ses chanceux lecteurs. Je parlerai un jour de la passion que je partage avec mon amie pour Ludwig

et Elisabeth.

Ce château, outre le fait d'être le lieu où Elizabeth Bowes-Lyon ou si vous préférez la Reine Mère Elizabeth (la mère d'Elizabeth II, elle-même la mère du Prince Charles - précision pour ceux qui ne sont pas férus de généalogie, mais tout de même...) passa son enfance et où la Princesse Margaret, sa fille, naquit (le lien avec Barrie est là*) est réputé pour être celui qui est le plus hanté de toute l'Ecosse - ce qui n'est guère étonnant si l'on considère les meurtres qui s'y déroulèrent et autres abominations. Il est aussi, vous le savez, en lien avec la pièce de Shakespeare, Macbeth. Ce dernier étant le Thane [un seigneur féodal] of Glamis. Ce souvenir impose déjà une certaine pression sur l'imaginaire et je me fais l'effet d'un étrange médium d'une autre époque, si lointaine qu'il me faut un long sommeil pour me souvenir et dériver dans les limbes.
Il y aussi Defoe (un espion à la solde des anglais, le saviez-vous ?) ou bien Walter Scott qui ont écrit sur ce château. Nous sommes au confluent de plusieurs histoires, réelles et imaginaires.
Croyez-le ou non, mais j'ai eu une expérience étrange dans les lieux, aventure que je choisis de ne point évoquer ici, de crainte de paraître encore plus fantasque que d'ordinaire. J'ai tout de même été approchée par deux présences particulières pendant mon séjour en Ecosse.
Sachez simplement que je me suis entichée, depuis, de l'histoire de Janet Douglas que je m'apprête à vous conter ici même, trop brièvement, car le temps m'est autant compté que celui de Hook.
Vous trouverez ici des chardons d'Ecosse, des roses d'Angleterre et les lions de la famille Lyon. Vous traverserez une crypte, vous serrez retenu en otage par une côte de maille, dégoûté par d'horribles têtes de gibier empaillées, ici et là, et une main vous serrera la nuque sans pour autant vous la briser. "La" fameuse chambre secrète, qui a fait couler tant d'encre, se situerait dans l'épaisseur des murs de la crypte. Dans cette pièce, l'un des seigneurs de Glamis aurait joué aux cartes avec le Diable lui-même... Aujourd'hui cette pièce est murée à jamais. Mais il en existe d'autres... L'une d'entre elles aurait abrité le "monstre de Glamis", le fils premier-né des arrière-arrière-grands-parents d'Elizabeth, la Reine Mère. Il aurait été difforme et caché toute sa vie ou bien noyé. Aucune trace de sa tombe... Personne ne sait s'il s'agit d'une histoire réelle ou d'une légende ; un livre de James Wentworth Day, The Queen Mother's Family Story, accrédite la thèse de l'histoire véridique. Bien avant lui, dans les cercles (pré-)victoriens, on discutait de l'événement. En 1880, par exemple, un article anonyme de la célèbre revue All The Year around, évoquait la découverte macabre d'un maçon... On dit aussi que de nombreux visiteurs, de nuit, furent dérangés par un géant aux longs cheveux, à quatre heures du matin... D'autres prétendirent qu'il était de la taille d'une pince à linge... Les divers Comtes de Strathmore, qui se succèdèrent comme des dominos, refusèrent de discuter de la chose et cela encouragea la rumeur. Mais elle n'avait pas besoin de ce silence pour se faire grosse.


C'est de la chapelle dont, toute ma vie, je me souviendrai. Non pas que je sois pieuse ou simplement croyante. Mais la Dame Grise hante les lieux et l'on suppose qu'il s'agit de Janet Douglas (même si la chapelle n'existait pas à son époque), Lady Glamis, la malheureuse, rendue aveugle par l'obscurité de sa cellule et brûlée à Edimbourg, en 1537, condamnée pour sorcellerie... C'est James V, le cruel, qui fut responsable de son destin tragique. Depuis ce jour, il est une chaise au fond de la chapelle sur laquelle personne ne s'assoit, sa chaise.

Personne.
Personne.
Personne.

Personne, exceptés ceux qui en ressentent une irrépressible envie et qui n'ont pas une main pour les tirer en arrière... Que leur advient-il ensuite ?

Je n'ai pas le coeur de vous conter l'histoire du petit garde mort de froid, par une nuit d'hiver, qui fait maintenant trébucher les visiteurs...
Promenons-nous ailleurs ! Inventons d'autres légendes.

Les jardins du château sont tellement vastes que vous n'en ferez pas le tour. Ils ont des visages multiples : sauvageons ou tracés à l'italienne, parfois entourés d'un mur ou traversés d'un ruisseau chantant, marqués ici et là de limites, qui sont celles de la propriété intime des habitants actuels... Je ressentis une béatitude rousseauiste.



Le cimetière des animaux (vous savez à quel point j'aime ces endroits) des Maîtres des lieux :



Un arbre à la Rackham :


Des spécimens de veaux des Highlands, très remarquables avec leur frange qui leur tombe dans les yeux, mais visiblement très craintifs, puisque je n'ai pas réussi à établir un contact avec eux, malgré mes tentatives aussi bien en français qu'en anglais...


A ma vue, ils s'enfuirent tous.





Venez visiter ce blog admirable tout entier consacré à l'Ecosse !

* Dans sa dernière pièce, The Boy David, Barrie utilisa une petite phrase de la Princesse Margaret et promit à cette dernière de lui verser des droits d'auteur, à chaque représentation. Elle le connut dès l'âge de... trois ans. Elle disait de Jamie : "Il est mon ami le plus noble et je suis son amie la plus noble." En mars 1937, deux mois après la fin de la pièce, le roi George VI envoya à Barrie une lettre le menaçant de poursuites si la dette n'était pas acquittée. Barrie adorait ce genre d'humour et prépara la somme (55 pennies !) mais mourut avant de pouvoir les remettre en mains propres à l'intéressée...
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Le grand spécialiste barrien, le seul et l'unique, l'admirable Andrew Birkin, le merveilleux auteur de Lost Boys, est en, ce moment même, en train de faire des découvertes qui me bouleversent concernant Michael Llewelyn Davies et son ami Rupert Buxton, tous deux noyés. Je vous en dis davantage très bientôt. Il ne s'agirait finalement pas d'un suicide, d'après sa savante autorité. Je traduis ce qu'il m'a transmis, partagé sur le forum ANON et déposé sur son site, aussi vite que possible ! Merci à Andrew d'être le gardien du passé de Barrie, de ses ombres et de ses lumières.

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  • dimanche 29 avril 2007
    Oui, c'est la terrible vérité.
    Il était à l'aéroport d'Edimbourg, ce matin, afin de probablement me souhaiter un bon voyage.
    J'en ai froid dans le dos en y repensant. Je me dis que ce fut l'ultime clin d'oeil de mon cher Barrie, qui est doté d'un sacré humour.
    C'est une histoire que je vous raconterai peut-être un jour.
    De retour d'Ecosse, de ma maison de coeur et d'imagination, j'ai beaucoup à vous raconter et à vous montrer, mais ce soir il est tard et je suis très fatiguée. Une centaine de courriels à lire ou à jeter (et encore des demandes d'aide pour des mémoires de master ! Je sature. Les gens ne peuvent-ils pas travailler seuls ? J'adore aider, mais seulement quand les demandeurs me prouvent qu'ils ont déjà oeuvré par eux-mêmes - ce qui est rarement le cas.), une dizaine de lettres postales, beaucoup de choses à trier, à ranger (des trésors d'Ecosse), des vidéos à encoder (pour vous)... Mais, dès demain, je pense commencer mon récit en image de ce voyage peu ordinaire.
    Je vous laisse en compagnie de cette image égocentrique représentative de mon bonheur, je le crois, dans ce pays de fées, de fantômes et d'infini. Un petit champ de jonquilles dans un endroit cher à Jamie. Et dire que je suis censée de pas aimer la nature ! Mais comment ne pas l'aimer en Ecosse ?


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    vendredi 17 mars 2006
    Grâce à Barrie, à la faveur de la lecture d'un petit dictionnaire d'Ecossais (ou, plus précisément de Scots - appelé en scots the Scots leid, the Scotch tung, qui est une langue germanique parlée en Ecosse et dans le nord de l'Irlande, l'Ulster, et très proche de l'Anglais. Elle est reconnue comme une langue régionale en Ecosse ; elle constitue l'idiome propre aux Basses-Terres d'Ecosse), j'ai refais connaissance avec cet homme, demeuré célèbre par cette chanson qu'il rendit populaire (en lui ajoutant peut-être quelques vers), Auld Lang Syne [auld = old ; lang = long ; syne = since, ce qui équivaut à peu près à un "il y a longtemps" ou à un "depuis tout ce temps"]. La chanson est mélancolique et évoque le "bon vieux temps jadis", celui que la mémoire sort de sa remise et nous redonne au présent. En France, nous connaissons la chanson sous cette forme : "Ce n'est qu'un au revoir mes frères". Une version populaire de cette chanson :
    Should auld acquaintance be forgot, And never brought to mind? Should auld acquaintance be forgot, And days of auld lang syne? And days of auld lang syne, my dear, And days of auld lang syne. Should auld acquaintance be forgot, And days of auld lang syne?
    We twa hae run aboot the braes And pu'd the gowans fine. We've wandered mony a weary foot, Sin' auld lang syne. Sin' auld lang syne, my dear, Sin' auld lang syne, We've wandered mony a weary foot, Sin' auld ang syne.
    We twa hae sported i' the burn, From morning sun till dine, But seas between us braid hae roared Sin' auld lang syne.
    Sin' auld lang syne, my dear, Sin' auld lang syne. But seas between us braid hae roared Sin' auld lang syne.
    And ther's a hand, my trusty friend, And gie's a hand o' thine; We'll tak' a cup o' kindness yet, For auld lang syne. For auld lang syne, my dear, For auld lang syne, We'll tak' a cup o' kindness yet, For auld lang syne.
    Robert Burns est né le 25 janvier 1759. Il était le fils d'un pépiniériste. Malgré la grande pauvreté de ce dernier, ses enfants eurent la meilleure éducation possible. Robert alla à l'école mais sa formation intellectuelle fut essentiellement constituée par les lectures de son père et par les siennes. Arrivé à l'âge adulte, il connaissait l'Anglais, le Français de manière livresque et les chefs-d'oeuvre de la littérature anglaise ne lui étaient pas inconnus. Il s'essaya sans succès au métier de fermier. En vue d'émigrer, il vendit un premier recueil de poèmes qui eut un grand succès. Il épousa Jean Armour. Il est mort en 1796.
    lundi 30 avril 2007
    Je vous préviens.
    Je suis d'humeur sentimentale et je dégouline de bons sentiments. Tout ceci est écoeurant ! Si je pleurais, ce serait assurément une coulée de caramel sur mes joues couleur sucre d'orge. Ma bouche est une fraise Tagada et mes bras sont mous comme de la guimauve. Mon coeur est une pomme au sucre, mais empoisonnée, celle de la vilaine sorcière de Blanche-Neige et mes neurones des Bêtises de Cambrai. Cela promet !
    Vous allez avoir la nausée, je le crains. Je suis encore sous l'effet des drogues puissantes (une dose de cheval) qui m'ont été nécessaires afin d'accepter de monter dans un petit coucou de la British Airways et ma dyslexie revient danser sous mes doigts qui confondent les touches du clavier. Je vous demande du temps à tous afin de vous répondre personnellement.

    Toute cette série écossaise de billets barriens que je vous destine, au fil des jours, est dédiée à mon Mari, à mon Amour, à mon Dieu, au Magicien de ma vie, à l'homme sans qui mon existence serait une erreur (pardon Nietzsche, je vous plagie un peu). Je ne connais personne en ce monde qui soit capable de mettre le monde dans votre main comme il sait le faire si bien pour moi. Il est la beauté et l'innocence de l'univers, la lucidité également. Sa bonté n'en a que plus de mérites. Il est comme Alcide, le personnage de Voyage au bout de la nuit : "il tutoie les anges". Il ne le sait pas, mais il a plus en commun avec James Matthew Barrie qu'il ne le croit et il a apprivoisé le Capitaine Crochet qui, comme chacun le sait, est une mère sans enfant. Ceci, je vous le prouverai un jour.

    Mon voyage m'inspire tout de même la sobriété, malgré mon tempérament de feu et ma propension à ce que mon mari appelle "l'exaltation permanente", et ce que je nomme ma grandiloquence enfantine, car ici le sublime vous pétrifie. Ce n'est ni Kant ni Burke





    "WHATEVER is fitted in any sort to excite the ideas of pain and danger, that is to say, whatever is in any sort terrible, or is conversant about terrible objects, or operates in a manner analogous to terror, is a source of the sublime; that is, it is productive of the strongest emotion which the mind is capable of feeling. I say the strongest emotion, because I am satisfied the ideas of pain are much more powerful than those which enter on the part of pleasure. Without all doubt, the torments which we may be made to suffer are much greater in their effect on the body and mind, than any pleasure which the most learned voluptuary could suggest, or than the liveliest imagination, and the most sound and exquisitely sensible body, could enjoy. Nay, I am in great doubt whether any man could be found, who would earn a life of the most perfect satisfaction, at the price of ending it in the torments, which justice inflicted in a few hours on the late unfortunate regicide in France. But as pain is stronger in its operation than pleasure, so death is in general a much more affecting idea than pain; because there are very few pains, however exquisite, which are not preferred to death: nay, what generally makes pain itself, if I may say so, more painful, is, that it is considered as an emissary of this king of terrors. When danger or pain press too nearly, they are incapable of giving any delight, and are simply terrible; but at certain distances, and with certain modifications, they may be, and they are, delightful, as we every day experience. The cause of this I shall endeavour to investigate hereafter."

    qui me contrediront. L'incandescence fut intérieure et je perdis, un à un, tous mes mots. Je n'ai jamais su parler ; je bafouille ; je bégaie ; l'émotion tire en pelote le léger cheveu déposé sur ma langue et je commets des erreurs grammaticales, etc. Je préfère mille fois écrire, mais me voici démunie de tout en ce lundi, qui est le demi-réveil, en quartier de lune, d'un voyage inachevé. Oui, car je reviendrai, au plus tard dans 3 ans, pour les célébrations autour de J. M. Barrie, afin de jeter mon gant (vous savez sa couleur) à la mégère qui a osé écrire une suite à Peter Pan. Je lui demanderai raison de cette offense.

    Loin de croire connaître l'Ecosse, puisque je n'ai palpé, touché, reniflé et aimé qu'une minuscule partie de ce pays plus vaste qu'il n'y paraît sur une carte d'Europe, et ce, pendant un temps relativement court, je crois néanmoins en avoir saisi l'essence au premier regard. Il m'a semblé revenir au pays de ma naissance, celle qui précède la naissance des mortels, de tous les mortels qui n'ont pas peur de se souvenir. Mon sang coule aussi jaune que celui de Hook et j'en sais la raison.

    Nous sommes arrivés pendant un coucher de soleil sur un loch,




    un peu égarés dans l'immensité verte de l'Ecosse. La nuit était presque tombée. Nous avons cependant trouvé notre chemin parmi les ombres remuantes et sifflantes. Je savais que rien de grave ne pouvait m'arriver une fois les pieds sur le sol de ce pays-là. Je n'ai pas peur des fantômes. Je suis prête à les bercer dans mon giron, à les allaiter avec ma mémoire. Mon mari est le meilleur conducteur au monde et son sens de l'orientation, avec ou sans GPS (nous en avions tout de même un ; prudence est mère de sûreté), est incroyable. La preuve, nous ne nous sommes jamais (involontairement) perdus. Notre lieu de résidence fut exceptionnel. J'en reparlerai, car je dois rendre hommage à ces gens, discrets et efficaces, généreux dans leur silence.


    Le lendemain, notre premier devoir et désir fut de nous recueillir sur la tombe de notre hôte, celui qui avait inspiré ce voyage. Depuis toutes ces années, il était enfin temps de me présenter à mon vieil ami. De son lit éternel, il a une belle vue.









    J'ai cru sentir un instant sa main sur mon épaule gauche dès le moment où j'ai pénétré dans le cimetière sur la colline.




    Instinctivement, je me suis dirigée vers la tombe aimée. Je savais où elle était. Nul besoin de plan. Je courais. Une vidéo trop impudique vous sera scellée, car je crois que je me suis effondrée à ce moment-là, lorsque m'est apparu l'endroit.









    Mon mari est invisible. Il est comme l'épouse de M. Columbo. Mais vous pourrez l'entendre donner le "Clap" ou le "Top" de nombreuses vidéos. J'aurais pu couper au montage ces petites choses, mais je n'en ai pas envie.
    (Petit problème provisoire : il semble PARFOIS que mes vidéos s'arrêtent avant la fin. Soyez patients ou bien allez directement sur DailyMotion. Et, en toute occasion, préférez Firefox ou Safari pour lire mon JIACO.)


    Je ramène de la terre d'Ecosse, de la terre d'une tombe. Une petite poignée. Ceci n'est pas un sacrilège, comprenez-le bien, ni un illégitime et mesquin désir de possession, mais un moyen pour moi d'offrir un fragment de mon voyage à qui m'est cher.

    TO BE CONTINUED...
    A SUIVRE...
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    mardi 1 mai 2007
    Avant de reprendre demain le récit de mon voyage en Écosse, je vous livre une succincte mais très précise bibliographie en rapport direct avec Barrie et Kirriemuir, et l'Ecosse au sens large.

    Sur le tissage, une intéressante monographie historique (je vous expliquerai, à ce sujet, pourquoi Kirriemuir s'appelle Thrums dans les fictions de Barrie) :


    Sur Kirriemuir même :

    • J.A. Hammerton, Barrieland, A thrums Pilgrimage ; j'y avais déjà consacré une page sur mon site Barrie. Un livre ancien, avec des photographies en noir et blanc. Un investissement sûr.
    • Sandra Affleck, l'auteur du précédent livre, a permis la réédition de ce guide dont je vais vous dire un mot et qui date de 1896 ! Il fut compilé par John Ferguson Mills (1874-1952). Il était journaliste et imprimait le journal local fondé par son père, William Black Mills, "The Kirriemuir Observer".
      Through Thrums: A handbook for visitors to Kirriemuir & district, Ed. Sandra Affleck Publications, 1996.
      Barrie lisait ce journal local ; longtemps, il fut son seul journal, de même que la boutique située à Bank Street (au 17) était sa seule librairie pendant fort longtemps. Aujourd'hui cette dernière est une boutique d'articles pour chiens et chats.

    • Kirrie Life, publié en 2000 : une sorte de guide très illustré qui retrace l'histoire de la ville, pour célébrer le Millenium, et qui évoque Barrie à plusieurs reprises.




    • Je ne possède pas ce petit livre, malheureusement, mais je l'ai lu sur place, car il était mis à la disposition des clients de mon hôtel. Je le recherche activement, car il fourmillait d'anecdotes et de détails éminemment utiles (pour moi).

    Sur l'Écosse et ses fantômes et légendes, j'ai acquis ce petit livre, lors de ma visite au Glamis Castle (le château le plus hanté d'Ecosse et il m'est arrivé quelque chose en cet endroit...) - je vous en reparlerai en vidéo - mais je ne l'ai pas encore lu :




    Quelques-unes de mes emplettes de papier à la maison natale de Sir J. M. Barrie :





    Il me reste tant à vous raconter...

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    dimanche 4 juin 2006
    Petite note introductive aux parodies bariennes de Sherlock Holmes :
    James Barrie est l’un de mes plus vieux amis au sein du milieu littéraire. Je l’ai connu l’année même – ou la suivante – où nous nous sommes tous les deux installés à Londres. Il venait juste de mettre le point final à sa Fenêtre à Thrums et, à l’instar du monde entier, j’acclamai ce livre. Quand je donnai des conférences en Ecosse, en 1893, il m’invita à Kirriemuir, où je restai quelques jours avec sa famille – le type même de ces gens magnifiques qui ont fait de l’Ecosse ce qu’elle est. Son père était un brave homme, mais sa mère incarnait l’alliance merveilleuse du cœur et de l’esprit, une combinaison rare qui l’élevait aussi haut que ma propre mère. Suite ici.
    dimanche 31 décembre 2006
    Avec ou sans disque dur, ma mémoire est encore vaillante et mes forces intactes, puisque j'ai envie ce matin, contre toute attente, d'écrire quelques lignes pour refermer cette année, qui m'a offert de belles rencontres livresques et humaines. D'autres relations se sont épanouies et je suis toujours étonnée par l'amitié, qui vous rend décidément beaucoup plus fort et peut-être même plus beau. Je n'ai pas spécialement de bonnes résolutions pour l'avenir, sinon de donner plus de puissance à mon travail, de mieux me concentrer et d'oser davantage l'écriture qui me tiraille. Demeurer dilettante, car les spécialistes sont souvent stériles lorsqu'il atteignent certain niveau de complexité, mais laisser se sédimenter mes aspirations les plus violentes et construire sur ce socle mon existence. Le reste, je le laisse à Maître Hasard.

    2007 sera, selon toute vraisemblance, une année écossaise pour moi. Je le souhaite. Si le vieux barbu me prête vie, je serai en Ecosse au printemps, pour visiter Barrie, Walter Scott, Stevenson et quelques autres, dans le but d'écrire quelques pages qui seront des pages écossaises, en témoignage d'amour et de respect pour James Matthew Barrie. J'espère avoir le temps, pendant ce voyage en langue anglaise, de me rendre à Haworth, dans le West Yorkshire, en mémoire de mes amies, les soeurs Brontë

    [The Brontë Sisters, peinture de Patrick Branwell Brontë, vers 1834. De gauche à droite : Anne, Emily, and Charlotte ; Branwell s'était représenté au départ entre Emily et Charlotte mais il a effacé sa présence par la suite... Très étrange l'impression suscitée par cet espace vide... ]


    (sans oublier Branwell). Je m'identifie beaucoup à Emily, [Emily peinte par son frère]

    qui demeure ma préférée, car Wuthering Heights et ses poèmes sont d'une telle incandescence que j'aime à m'y brûler, mais Charlotte a conquis mon affection la première, dans l'enfance.

    A DAY DREAM (par Emily Brontë)

    ON a sunny brae alone I lay
    One summer afternoon;
    It was the marriage-time of May,
    With her young lover, June.

    From her mother's heart seemed loath to part
    That queen of bridal charms,
    But her father smiled on the fairest child
    He ever held in his arms.

    The trees did wave their plumy crests,
    The glad birds carolled clear;
    And I, of all the wedding guests,
    Was only sullen there!

    There was not one, but wished to shun
    My aspect void of cheer;
    The very gray rocks, looking on,
    Asked, "What do you here?"

    And I could utter no reply;
    In sooth, I did not know
    Why I had brought a clouded eye
    To greet the general glow.

    So, resting on a heathy bank,
    I took my heart to me;
    And we together sadly sank
    Into a reverie.

    We thought,
    "When winter comes again,
    Where will these bright things be?
    All vanished, like a vision vain,
    An unreal mockery!

    "The birds that now so blithely sing,
    Through deserts, frozen dry,
    Poor spectres of the perished spring,
    In famished troops will fly.

    "And why should we be glad at all?
    The leaf is hardly green,
    Before a token of its fallIs on the surface seen!"

    Now, whether it were really so,
    I never could be sure;
    But as in fit of peevish woe,
    I stretched me on the moor,

    A thousand thousand gleaming fires
    Seemed kindling in the air;
    A thousand thousand silvery lyres
    Resounded far and near:

    Methought, the very breath I breathed
    Was full of sparks divine,
    And all my heather-couch was wreathed
    By that celestial shine!

    And, while the wide earth echoing rung
    To that strange minstrelsy
    The little glittering spirits sung,
    Or seemed to sing, to me:

    "O mortal! mortal! let them die;
    Let time and tears destroy,
    That we may overflow the sky
    With universal joy!
    "Let grief distract the sufferer's breast,
    And night obscure his way;
    They hasten him to endless rest,
    And everlasting day.

    "To thee the world is like a tomb,
    A desert's naked shore;
    To us, in unimagined bloom,
    It brightens more and more!

    "And, could we lift the veil, and give
    One brief glimpse to thine eye,
    Thou wouldst rejoice for those that live,
    BECAUSE they live to die."
    The music ceased; the noonday dream,
    Like dream of night, withdrew;
    But Fancy, still, will sometimes deem
    Her fond creation true.

    Je retournerai à Londres le temps de revoir les lieux barriens que je connais déjà pour certains. Bien sûr, je rendrai compte de ce voyage, ici même, si mes lecteurs sont toujours présents.

    *

    Walter Scott (1771-1832) m'est davantage familier, au fur et à mesure que je travaille à mon étude qui devrait accompagner les textes de Barrie que je traduis. Je ne savais pas dans quel engrenage je mettais le doigt en m'attelant à ce gros volume barrien. Pénétrer dans le monde des légendes celtiques, afin de mieux saisir et de mettre en perspective les sources de James Matthew Barrie, est à la fois un enchantement et un motif d'inquiétude constante : une part de mon esprit n'est-elle pas désormais captive de l'autre monde ? Et si ces divers livres étaient un appât pour piéger mon âme et mon esprit ? Serai-je comme ces pauvres hères prisonniers d'un cercle de fées et qui sont obligés de danser jusqu'à l'épuisement et la mort ? Ou bien peut-être ne suis-je pas humaine mais une enfant née sur les îles de Tir Nan'Og et qui vit en marge des hommes, sur la frange de leurs rêves éveillés ? Qui sait ce que nous sommes réellement ? Berkeley ou Shakespeare et bien d'autres ont posé cette question, chacun à leur manière.
    J'ai déjà une bibliographie longue comme le bras gauche et mon esprit ne sait où tourner ses vacillantes lumières. Mais quel bonheur ! Je ne vis jamais aussi intensément que dans l'étude et lorsque mes doigts s'agitent sur le clavier (et lorsque l'ordinateur ronronne au lieu de flamber, aussi excité que je le suis dans la découverte). Je me sens également légitimée dans ma propre tentative romanesque, comme si j'avais trouvé ma véritable famille littéraire et acceptait enfin cette ascendance.
    En 1830, après une première attaque de paralysie, pendant sa convalescence, Scott écrivit les Letters on Demonology and Witchcraft ;





    il y fut incité par son beau-fils. L'ouvrage se compose de dix longues lettres à lui adressées. Bien sûr, Scott est un enfant des Lumières et il fait oeuvre de rapporteur de légendes et d'opinions, de conteur ; il critique également les procès de sorcellerie qui ne laissaient aucune chance aux accusés.
    Il suffit de lire l'effroyable Malleus maleficarum (Le marteau des sorcières) de Henry Institoris et Jacques Sprenger (1486), pour avoir la chair de poule.
    Comme toujours, chez Walter Scott, le propos est précis et copieux, d'un sérieux mâtiné de quelque souffle épique.

    Je joins plus loin des extraits de la lettre IV (traduction d'Albert Montémont) où il est question de changelins et de Thomas le Rimeur... Ce dernier est le personnage d'une fameuse ballade des Borders (la région d'Ecosse, où beaucoup de sang fut versé par les écossais et les anglais, car elle servait de tampon entre les deux pays). A lire :

    Pour faire plus ample connaissance avec les chansons des Borders vous pouvez visiter cette page bilingue. Cette chanson-ci est citée par J.M. Barrie, qui fait beaucoup référence aux Borders, à l'histoire et à la mythologie écossaise dans Adieu Mademoiselle Julie Logan, son conte de noël et / ou d'hiver qui met en scène un fantôme qui pourrait être l'ancêtre de la bien vivante Mary A., connue de ceux qui ont lu Le petit Oiseau blanc. Les ballades sont souvent teintées de surnaturel et sont la source de contes plus étoffés. Barrie s'ingénie à reprendre dans cette histoire un certain nombres d'éléments du folklore écossais - la pierre de Logan, par exemple... il existe plusieurs pierres de cette sorte... - et de l'histoire terrible des luttes entre anglais protestants et écossais jacobites (catholiques) partisans des Stuarts, dont "Bonnie Prince Charlie" (le Prince Charles-Edouard)

    est la figure de proue dans le conte de Barrie. Le jacobitisme dont il est question, par allusions chez Barrie, est très connu aussi des lecteurs de Walter Scott ou de Stevenson (Cf. Kidnapped). Il n'est pas non plus innocent de songer que l'autre prénom du Capitaine Crochet (Hook) est Jacobus... Mais c'est une autre histoire que je raconterai ailleurs. Qui m'aime me suive...


    *


    (...)











    [Cliquez sur les petits extraits pour les agrandir.]

    ******************
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    vendredi 30 mars 2007
    Here is my heart and I give it to you Take me with you across this land These are my dreams, so simple and few Dreams we hold in the palm of our hands Never-ending Road Loreena McKennitt  

    ****** 

    A thing of beauty is a joy for ever John Keats

    ******

    J'écris ces lignes en écoutant, avec mon sourire crochu et de travers, mon sourire en coin (my crooked smile, celui de Grizel et de Sylvia Llewelyn Davies) sur la tronche, Tom Waits et Loreena Mckennitt. La mère ou la soeur de ma petite fée personnelle, celle qui loge dans la poche gauche, m'a envoyé un coffre au trésor par la poste. Je suis un peu tremblante de découvir ton écriture, tes mots, ces choses trop belles, qui me font et me feront vivre encore plus fort. Mon enfant sauvage, mon amie de contes de fées, je ne sais pas remercier. Cela va au-delà des mots et de la pensée. Reste près de moi, toujours ; je serai là aussi pour toi autant que je le puis, tant que tu le voudras. Tu n'es pas comme ces gens qui n'ont rien compris et qui font pleurer les vieux enfants, parce que ce sont des brutaux, parce que les pleurs de ces petites personnes sont des perles qu'ils gobent. Croient-ils sonner moins creux du ventre et du crâne ensuite ? Le filament dans les yeux de ces barbares est grillé et leurs larmes à eux sont molles, sans vie à l'intérieur, alors que dans les tiennes il y a mille univers qui grouillent ; leurs poches sont percées et leurs mains vides car ils ne peuvent rien attraper de ce qui appartient à ton monde, ils ne peuvent que s'agripper à la pierre, à la roche dure et coupante, qui est leur linceul de vie. Mais la blessure ne tire aucun sang véritable de leurs plaies. Les pires, oh oui, sont encore ceux qui font semblant de savoir le chemin du terrier ou du château, du Repère dirait Barrie, et qui sont perdus dans l'entrelacs de leurs pathétiques imitations. Ce sont des voleurs et des imposteurs, mais ils ne trompent que leur enfance, ils ne font de tort qu'à l'once de vérité que nous conservons jusqu'à la mort et qui souvent dort en nous du sommeil de l'insensibilité et non de celui des sorts jetés. Claquons la porte au nez de ces gens, des infâmes, les adultes infantiles et les adultes convaincus, les inconscients, les fourbes et les êtres en toc ! Laissons vivre l'enfance, noble, fière et aveugle à ce qui la souille.
    Toi, tu es inaccessible pour ces malheureux, perfides pathétiques de tout acabit, et tu rayonnes haut et loin. Continue d'éclairer le chemin pour les enfants perdus. Je vais me réchauffer dans ta lumière.
    Beatrix Potter était autrefois comme toi. Mais tu ne ressembles décidément à personne.
    Tu es originale.

    Tout le monde, ne serait-ce que par la pléthore de produits dérivés (mais Beatrix Potter elle-même déposa le brevet d'une poupée de Peter Lapin en 1903 qu'elle fabriqua elle-même) connaît ses personnages (Jemima Puddle-Duck, Jeremy Fisher, Peter Rabbit, Mrs Tittlemouse et tant d'autres)

    mais la vie de leur auteur est plus obscure pour les français, si peu intéressés, me semble-t-il (disons qu'ils ne sont pas aussi obsédés par cette époque que moi), par la littérature et l'art victoriens. Je la connais depuis longtemps et mon antre recèle ses livres et des ombres de lapins, de grenouilles, des canes... sont tapies ici et là, jusque dans le grenier. Beatrix Potter (Cf. ce mini-billet de votre Holly en sucre et en cristal) est née en 1866, à Londres, à South Kensington (je pense que vous pouvez visualiser un peu l'endroit grâce à mes petits films), mais son coeur appartient à la campagne anglaise, à l'Ecosse. Son enfance fut assez solitaire, auprès de parents plus ou moins oisifs (son père était membre du barreau mais ne travaillait guère), et entourée d'animaux (des lapins, des grenouilles et même d'une chauve-souris). Dès l'âge de quinze ans, elle commence à rédiger un journal intime codé, qui ne sera décrypté (de quel droit, au fait ? Même s'il est toujours profitable de vivre dans l'intimité d'artistes, il n'en demeure pas moins que c'est peut-être un procédé constestable) que des décennies après sa mort. Elle manifeste un goût profond pour la nature, qui est la source d'inspiration première de son univers, scientifique, littéraire et pictural. Son oncle appuiera sa demande afin d'être admise aux Royal Botanical Gardens. En vain, car elle est une femme et l'époque n'est pas propice à cette émancipation intellectuelle. Cette rebuffade ne la dissuadera pas de faire, par elle-même, des études et des recherches sur la faune et la flore, manifestant en ce domaine une intelligence certaine. Elle devint un mycologue respecté et des découvertes seront ajoutées à son crédit. Henry Enfield Roscoe, son oncle, essaiera de proposer à la publication ses travaux mais la Royal Society refusera d'accepter, en vertu du sexe de leur auteur. Elle commence à écrire et à illustrer des histoires, qui mettent en scène des animaux aux propriétés anthropomorphiques. Elle attendra d'avoir 36 ans avant de trouver un éditeur en la personne de Norman Warne. Le succès est alors instantanément au rendez-vous et elle devient très vite indépendante financièrement. Elle se fiance en secret à Norman car ses (stupides) parents s'opposent à son mariage, puis la mort lui ravit son amour avant même que le mariage puisse être prononcé. Elle écrivit 23 petits (par la taille) livres. Sa vue baissa peu à peu et elle cessa de sacrifier à la fiction. Ses histoires sont à la fois extrêmement simples et, néanmoins, témoignent et d'une cruauté innocente, passagère, mais bien réelle :
    They lived with their mother in a sand-bank, underneath the root of a very big fir tree. "Now, my dears," said old Mrs. Rabbit one morning, "You may go into the fields or down the lane, but don't go into Mr. McGregor's garden. Your father had an accident there; he was put in a pie by Mrs. McGregor."
    Le père de Benjamin Lapin finit en tourte (moins bonne j'en suis sûre que celles de Mrs Lovett)
    Once upon a time there was an old cat, called Mrs. Tabitha Twitchit, who was an anxious parent. She used to lose her kittens continually, and whenever they were lost they were always in mischief ! On baking day she determined to shut them up in a cupboard.
    Et les enfants sont parfois enfermés dans un placard, à moins d'être perdus par leur mère (tiens, tiens...) !
    Ses personnages sont adorables mais j'ai toujours pensé qu'ils dissimulaient une froideur...
    Vous pouvez vous délecter en ligne en cliquant sur les liens que je joins ici :
    The Story of Miss Moppet The Tailor of Gloucester The Tale of Benjamin Bunny The Tale of Ginger and Pickles The Tale of Jemima Puddle-Duck The Tale of Johnny Town-Mouse The Tale of Mr. Jeremy Fisher The Tale of Mrs. Tiggy-Winkle The Tale of Mrs. Tittlemouse The Tale of Mr. Tod The Tale of Peter Rabbit The Tale of Samuel Whiskers The Roly-Poly Pudding The Tale of Squirrel Nutkin The Tale of the Flopsy Bunnies The Tale of the Pie and the Patty Pan The Tale of Timmy Tiptoes The Tale of Tom Kitten

     Avec son argent, elle acheta de grandes parcelles de la terre qu'elle aimait tant. Et, puisque rares sont ceux qui meurent de chagrin, elle épousa à l'âge de 47 ans William Heelis, son notaire. Le couple n'eut pas d'enfants mais une ménagerie - ce qui revient peut-être au même. C'est ainsi qu'elle devint une fermière solide et heureuse - on peut visiter sa maison et ses terres - puis elle mourut en 1947 ; sans autre préambule, j'abrège maintenant son existence. Le cinéma, après s'être emparé de la vie de mon Jamie, avec l'inconséquence certaine que l'on sait - même si certains de ses admirateurs les plus sincères ont vu, certainement à juste titre, je l'admets à contrecoeur, une manière de permettre une rencontre avec le véritable Barrie -, s'attaque à celle de Beatrix Potter. Le film est sur nos écrans et je vais prendre le risque d'aller le voir samedi ou dimanche. Je vous en reparlerai. Je m'attends au pire ; je ne saurais donc être déçue. J'espère qu'ils sauront la montrer dans sa force, dans la vigueur qu'elle transmet à son oeuvre. Galerie de portraits. Le plus remarquable sur toutes les photos d'elle que j'ai contemplées est son sourire pincé qu'elle possède déjà enfant et qu'elle conservera jusqu'à la fin. Que signifie-t-il ?


    Une photographie très célèbre de Beatrix, âgée de 15 ans, avec Spot ("tache" in French), l'épagneul adopté pendant des vacances en Ecosse (où je me rends bientôt ; je me le répète pour solidement m'installer dans cette croyance). Beatrix, à 25 ans, avec le lapin Benjamin (septembre 1891) en laisse.


      A la fin de sa vie ou peu s'en faut... Les livres que je vous recommande personnellement : La biographie peut-être la plus précise bien qu'ancienne, mais elle fait autorité : Les travaux de Judy Taylor, qui a fait paraître plusieurs ouvrages en rapport avec Beatrix Potter. Une petite biographie, très bien illustrée, qui est un excellent point de départ : Des lettres adressés à des enfants, qui ne manquent pas de nous la faire rapprocher de Barrie ou de Lewis Carroll :


      "Je me souviens : j'avais l'habitude de croire à moitié mais de jouer sans retenue avec les fées quand j'étais une enfant. Qu'est-ce qui, mon Dieu, peut être plus réel que de conserver l'esprit qui est celui du monde de l'enfance, celui-ci étant tempéré et équilibré par la connaissance et le sens commun ?"

    Beatrix Potter, son Journal, le 17 Novembre 1896 (National Trust collection). Rien ne saurait mieux dire le secret de son oeuvre, qui demeure d'une ambiguïté certaine, entre un réalisme exacerbé dans la description du monde animal et un anthropomorphisme de contes pour enfants. Derrière le charme et la joliesse, le sourire pincé de l'adulte en devenir, blessé d'avoir perdu le vert paradis, malgré tout.

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