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jeudi 15 mars 2012

Voici une vidéo extrêmement émouvante de J.M.B., extraite d'un petit film tourné cinq ans avant sa mort. Le film complet d'une durée de 8 minutes est conservé à Londres et on peut le visionner gratuitement en se rendant à la Médiathèque du BFI.
On apercevra dans ce petit film, entre autres, G. B. Shaw. 
mardi 16 décembre 2008
{Note du 26 décembre 2011 : suite à la destruction de mon compte Picasa, je n'ai pu restaurer les captures d'écran qui illustraient ce billet et celles, bien rares, qui furent retrouvées ne le furent pas dans leur taille originelle...}





L'artiste au sens large, qu'il écrive, qu'il peigne, qu'il compose de la musique ou qu'il filme, que nous importe, est celui qui possède au plus haut point ce que nous nommons, ailleurs, l'instinct de l'équarrisseur ou du charognard - celui qui fouille dans les entrailles et la pourriture du réel, qui sait voir le beau dans le laid et réciproquement, puis se nourrir de cette denrée privilégiée - uni à l'abstraction la plus redoutable, la plus pure, la plus efficiente également, qui peut aussi bien être pensée que geste artistique au sens large, dans une forme de perfection. C'est toujours Dionysos qui dévore Apollon et le fait un peu sien, à la fin. Guy Maddin nous convie à ce genre de banquet cannibale et incestueux, où ne savons plus très bien qui dévore qui et qui dévore quoi. Le passé est-il le père du présent ou bien simplement un placenta qu'il convient de digérer ? Guy Maddin nous avoue en images des choses inavouables, que nous avons tous pensées, j'en suis certaine, mais que nous croyons être les seuls à forger au centre d'un sentiment, qui fait office de rouet et qui file nos remords, notre honte d'être venu au monde.
Il faut avoir déjà raclé ses propres entrailles psychiques, en s'essayant à se dire et à exprimer les infimes oscillations de soi aux autres, pour reconnaître le sens profond et viscéral de l'œuvre de Guy Maddin. Le film que je vous présente ici est une biographie de l'inconscient du cinéaste. C'est une illustration des idées de Freud quant à la horde sauvage pour qui sait un peu "lire" ce film !

Pour peu que l'on soit un tantinet familiers de ces expériences ultimes, éprouvantes, exaltantes et terribles, on accédera à plusieurs des sens superposés de cette œuvre, qui paraîtra simplement belle, étrange, bizarre, inconnue, ou impossible à comprendre aux autres. Les autres ? Les tranquilles et les bienheureux, qui ne doutent pas du monde dans lequel ils vivent et attendent.

Le propos est simple et poétiquement attrayant : un homme mûr revient à la demeure de son enfance - un phare - parce que sa mère qu'il n'a pas revue depuis trente ans lui demande de repeindre ce phare. "Deux bonnes couches de peinture", exige-t-elle. C'est son voeu de future morte. Deux bonnes couches de peinture pour dissimuler le passé mais l'effet inverse se produit. Et Guy de se souvenir des visages d'enfants qui hantaient jadis ce triste phare...

Des enfants égarés (par qui ?), plus fils de Barrie que de Dickens...
Il y a vraiment du Barrie chez Maddin (Wendy Hale et les orphelins ou les enfants perdus, échoués sur cette drôle d'île où trône le phare)




un soupçon de Fantômette et d'Enid Blyton,


quelques images terriblement mouvantes qui rappellent L'île aux trente cercueils, le tout est mâtiné de Lord of the Flies,


sans réelle intention, je le gage, de la part de l'auteur, simplement parce qu'il fait parler, en ventriloque, les effrois de l'enfance par les sens de l'adulte devenu et que toutes les frayeurs primaires de l'humanité sont les mêmes, en nombre assez restreint, ma foi : l'homophagie, la peur que l'on lise dans ses pensées, le vol de l'âme...
Ce film est un chef-d'oeuvre de perversité et un hymne à la liberté que les enfants doivent prendre sur leurs parents. A bien y regarder ce film a valeur de mythe ou il illustre tous ceux qui fondent l'humanité, à son échelle de film-monde.

Les parents, le couple propriétaire du phare-orphelinat, se délectent au sens propre des enfants - buvant le nectar de leur jeunesse, qu'ils extraient de leur cerveau - autant que les enfants (les deux légitimes, les deux non-orphelins) en viennent, ensuite, à chasser et à tuer les parents...



  L'érotisme de la découverte amoureuse des deux héros principaux, Guy et sa soeur, se conjugue contre les tentatives incestueuses de la mère à l'encontre du fils et du viol symbolique du père sur sa fille.

Je ne suis guère étonnée que David Cronenberg ou Tom Waits apprécient le travail de Guy Maddin, qui est un cinéaste tout à fait inclassable, comme le sont les artistes véritables – ce qui ne signifie pas qu'il ne s'inscrit pas dans des filiations diverses : Feuillade, Bunuel, Cocteau, Méliès, Murnau... Et il recompose au sein de son imaginaire une autobiographie fantasmée, en douze chapitres (douze étant à peu près l'âge de la puberté),


une inquiétante étrangeté terriblement vivante qui corrompt toute velléité d'innocence rétrospective prend place en nous et nous étreint jusqu'au malaise. Le surréalisme de l'oeuvre n'est pas une démarche élaborée d'écriture automatique, mais une plongée pleinement consciente, malsaine et salutaire, lumineuse et glauque dans l'inconscient de l'auteur – et le nôtre pour peu que nous ayons eu une mère abusive (ne le sont-elles pas toutes par le simple fait d'avoir un "droit d'existence" sur leur rejeton?), incestueuse, tant sur le plan physique que psychique.
La mère, celle qui donne la vie et transmet la mort, est au coeur de toutes les pensées du réalisateur. Elle articule les enfants et le monde qui les porte.
Cette femme, monstre ordinaire revêtu des oripeaux du conte, que met en scène Guy Maddin, n'est pas sans me rappeler Mrs Darling, qui trie les pensées de ses enfants pendant qu'ils dorment, qui pénètre autant leur coeur que leur esprit, afin de les dresser dans l'ordre qui lui plaît, puis de se mirer dans leur âme. Que cherche-t-elle en cet endroit ? La preuve qu'elle n'est pas aimée, parce que grandir, c'est trahir la mère - dans le meilleur des cas, sinon on demeure un enfant ?
Dans le premier chapitre du roman Peter Pan, James Matthew Barrie fait une description parfaite du phénomène que Guy Maddin met en scène dans son film. « Madame Darling avait entendu parler de Peter pour la première fois alors qu’elle s’efforçait de mettre en ordre l’esprit de ses enfants. C’est là l’habitude de toutes les bonnes mères que d’attendre le sommeil de leurs enfants afin de fouiller dans leur esprit et d’y ranger les choses pour le matin suivant, remettant à leur juste place les nombreux éléments qui se sont éparpillés pendant la journée. Si vous pouviez demeurer éveillés (mais bien sûr vous ne le pouvez pas) vous verriez votre propre mère agir ainsi et vous prendriez un grand intérêt l’observer dans cette activité. C’est un peu comme ranger des tiroirs. Vous la verriez à genoux, je le suppose, s’attardant avec humour sur certaines des idées que vous recélez dans votre esprit, se demandant où diable vous êtes allé dénicher ça, découvrant des choses douces et moins douces, pressant ceci contre sa joue comme s’il s’agissait d’un gentil chaton et, en toute hâte, le rangeant hors de vue. Quand vous vous réveillez le matin, les vilaines conduites et les passions méchantes avec lesquelles vous êtes allés au lit ont été pliées soigneusement et placés au fond de votre esprit, tandis qu’au sommet de celui-ci, vos plus jolies pensées ont pris élégamment l’air et sont étendues, prêtes à être enfilées. » (notre traduction, je souligne)
Barrie donne une image du psychisme humain très intéressante, qui est aussi une illustration du travail de l'écrivain sur son propre psychisme, sorte de garde-manger pour l'écrivain - qui est toujours un ogre, de manière consciente ou non. Et Guy Maddin procède de la sorte pour réaliser ce film, conçu à la manière d'un film muet, pour les images, et narré par la voix-off d'Isabella Rossellini.



La mère de Guy Maddin, cinéaste et héros du film, lit sans réserve dans les coeurs, cardiomancienne inquiétante,
qui tire un à un les fils qui constituent la trame pensante et éprouvante de ses enfants, rêvant de la jeunesse de sa fille et songeant à coucher avec son fils,

incarnant ce qui ne devrait que demeurer symbole. Elle fait éclater les rêves de sa progéniture, comme des cloques, plonge sa pensée et son œil dans les cratères de leur imagination, tous ces mondes, toutes ces îles, espèces de grands nids, qui sont l'apanage des enfants et des jeunes gens qui tombent amoureux pour la première fois.
Brand Upon the Brain! (Des trous dans la tête) est sans hésitation le film qui m'aura le plus surprise et le plus émue cette année, suivi par La frontière de l'aube de Philippe Garrel ; 



deux poèmes cinématographiques dont les vertus cardinales sont la beauté trouble et la profondeur. Il s'inscrit très facilement dans mes propres thèmes de recherche, de réflexion et d'écriture : le rapport des enfants et des adultes, la maternité, le passage de l'enfance à ce qui n'est pas elle et l'impossibilité à coïncider exactement de soi à soi, dans le prolongement des premières années, qui possèdent assurément quelque chose d'irréel, comme si, finalement, nous n'avions jamais été des enfants ou bien que nous ne sachions rien de l'enfance vécue et que nous nous en inventions une, effrayés de l'avoir perdue sans l'avoir connue, à l'instar de Peter Pan ou de Peter Schlemihl qui sont épouvantés par la perte de leur ombre.

En découvrant ce film, instinctivement, j'ai songé à deux autres films liés par un fil de soie solide : Sparrows de William Beaudine (sorti en DVD par Bach Films)

avec la délicieuse Mary Pickford et, terrifiant et superbement onirique, The Night of the Hunter de Charles Laughton.



Nous atteignons par la simple puissance suggestive des images notre propre inconscient et nous lisons, tremblant, ce qui ne peut s'énoncer que sous une dissimulation esthétique particulièrement séductrice et dangereuse.
Bande annonce du film :


********************
Il m'a semblé judicieux de mettre en relation avec ce film un livre découvert il y a quelques mois, par l'entremise de mon ami américain, Jim, et qui est peut-être le livre qui m'a le plus ravie en 2008, parmi tous ceux que j'ai lus - et il y en avait un certain nombre à l'appel...










Achetez ce livre à ceux que vous aimez !
Achetez ce livre à ceux qui ne sont pas sots au point de croire qu'aimer l'enfance est soit faire preuve d'infantilisme soit sacrifier à des penchants condamnables. Achetez ce livre à tous les garçons que vous connaissez et à tous les hommes, qui ont encore du garçon en eux. Les meilleurs d'entre eux sont encore des boys.
Il y est question des rapports entre plusieurs artistes, écrivains, penseurs (dont mon bien-aimé James Matthew Barrie), des garçons plutôt que des hommes à franchement dire, et de leur mère. J'espère avoir un peu de temps pour reparler de ce livre en tous points exceptionnel pour dire les relations complexes qui unissent ces êtres.

Lien pour en savoir plus.

Je vous souhaite à tous et à toutes, par avance, un Joyeux Noël !
Merry Christmas to the happy few!
A bientôt, peut-être... Ici ou ailleurs... Un jour ou l'autre. Un jour, certainement.
MélancHollyquement vôtre,
Céline
mardi 10 juin 2008
{Suite à un incident technique, en date de décembre 2011, toutes les captures d'écran du DVD, qui illustraient ce billet, ont été perdues...}


Un ami très cher m'a offert ce film lors du dernier Noël. J'ai mis un certain temps à en parler, tant je fus touchée par cette histoire et surtout par la manière dont elle est racontée, sans fausse pudeur ni sensiblerie déplacée. Etant une personne plus distanciée avec ses émotions qu'il n'y paraît, il ne m'est guère facile d'analyser ce qui parle autant de moi, car bien sûr le personnage féminin du film, la petite fille, Addie, c'est moi... Oh si ! Il aurait fallu me connaître lorsque j'avais son âge pour s'en rendre compte...


Peter Bogdanovich, dont je ne sais pas grand-chose, signe ici un chef-d'oeuvre. Je n'ai pas peur du mot, tant ce film est parfait. C'est l'un des dix films qu'il faut avoir vus avant de passer de vie à trépas.


Rien de moins.

Paper Moon est un film qui possède une certaine crudité (dans le langage, dans la réalité évoquée sans fards) et une cruauté affirmée, bien que l'histoire soit présentée sous le mode éveillé de la comédie - galonnée de drames, bien sûr, mais qui s'inscrivent seulement en filigrane - et bien qu'elle adresse une franche déclaration d'amitié au bonheur de vivre sans rien omettre de la nature du réel (deuil, pauvreté, exploitation réciproque des êtres humains, prostitution, bêtise...).


Les premières secondes du film donnent toute la mesure du film, pendant lequel le spectateur ne cesse d'être saisi de surprise et d'émotion, car l'attente ordinaire, tant au niveau des situations que des personnages, est déçue. Mais quelles belles "désillusions" nous offre ce film magnifique ! Le titre, lui-même, finalement, évoque cette ambivalence.


Addie est une jeune orpheline de neuf ans. Le film s'ouvre sur l'enterrement - scène magistrale, filmée avec distance, ironie et une émotion ajournée, décapitée, mais, paradoxalement, plus présente que si elle était exprimée - de sa mère (une entraîneuse de bar ?) et la grossière et bruyante entrée en scène d'un homme qui pourrait être son père, qui est très certainement son père, mais qui jamais ne l'admettra pendant la durée du film, sinon par le biais du jeu de rôle (il fait passer Addie pour sa fille, quand il veut flouer des gens).
Cette attitude est d'ailleurs très révélatrice du personnage, qui ne peut pas se solidifier ni dans un lieu ni dans sa vérité intime - veut-il seulement la lire ou est-il lâche au point d'être aveugle à lui-même ? Ou bien n'est-il pas grand-chose de plus que ce qu'il donne à voir et à penser ? - et qui agit et pense à travers une persona ?


Vivre, malgré tout, et ne pas renoncer. Valeurs incarnées avec force et entêtement par la jeune héroïne haute en couleurs de ce road-movie à travers le Kansas et sur lesquelles vont venir se fissurer, mais point trop s'en faut, la désinvolture et le cynisme de l'adulte (Ryan O'Neal dans le rôle de Moses Pray), qui est davantage enfant que la fillette (Tatum O'Neal dans le rôle d'Addie). Lui, il ne songe qu'à survivre au jour le jour sur un fond de crise économique assez terrible (en escroquant à la Bible de luxe ceux qui sont moins malins que lui, sans tenir compte s'ils ont ou non les moyens de se faire arnaquer), tandis que la jeune enfant cherche à construire dans la durée un semblant de foyer. Mais elle renoncera à ce confort (à cette illusion ?), à la fin du film, car ce personnage incarne d'abord la liberté.


Ces Bonny and Clyde des grands chemins - ils auront maille à partir avec des policiers plus ou moins véreux et joueront aux bootleggers ! - cherchent avant tout à sauver leur peau et à rester ensemble (Addie veut demeurer avec celui qu'elle choisit pour père, qu'il le soit ou non; Moses, lui, demeure plus opaque quant à ses réels sentiments). Addie manifeste ce supplément d'âme - qui est autant compassion qu'intelligence - qui lui permet d'être parfois Robin des Bois (faisant payer les riches et favorisant les pauvres), tandis que son père de pacotille a pour but immédiat sa propre sauvegarde et la jouissance immédiate ; il ne fait pas dans le sentiment. L'époque ne s'y prête pas et il ne feint pas la générosité qui est, cependant, peut-être sienne. La force du film est de laisser la réponse en suspens.


La perfection, c'est le simple.
Le simple est un état presque impossible à atteindre dans le domaine de l'écriture romanesque ou cinématographique. J'ai mis des années à le comprendre.
Simple n'est pas le contraire de complexe. Le simple, c'est au contraire la complexité comprise et exposée au niveau subatomique de l'émotion et de la réflexion.
Ce film illustre parfaitement ce que peut être le simple, synonyme de vérité et de profondeur, par opposition à la mièvrerie qui flatte l'hypoderme des consciences.


On peut extraire n'importe quelle scène du film pour illustrer mon propos. Notamment, celle du chantage, où Addie somme son "père" de lui rendre les 200 dollars qu'il a réussi à tirer du frère de celui qui a causé la mort de sa mère ou bien de la garder avec lui. Ou il lui donne son argent ou il admet qu'il est son père. N'ont-ils pas la même mâchoire ? Cette scène d'une extraordinaire drôlerie est d'une richesse qui n'est pas perceptible instantanément. On ne remarque d'abord que l'aplomb hors du commun de l'enfant, mais divers points de vue sont dissimulés dans ce passage et lui donnent une épaisseur que l'on ne comprend qu'en revoyant la scène.

Addie est spéciale. Petite créature androgyne, qui fume à son âge - l'adulte n'essaie pas de la dissuader - et qui vit à travers une émission de radio et a pour modèle Roosevelt...


... va peu à peu se féminiser, dans l'espoir de séduire cet homme avec qui elle voyage... et qui n'est intéressé que par des "poules".


Mais l'homme est aveugle à ses tentatives... et pendant qu'elle se fait "offrir" une barbe à papa avec l'une des techniques de vol apprises de Moses, sacrifiant ainsi à l'enfance qu'elle subvertit pourtant dans le geste même, son "père" va reluquer une danseuse plus ou moins vêtue.


Et il refusera de poser avec elle sur la photo, avec une lune de papier en arrière-plan, rejetant ce sentimentalisme qui n'a aucune raison d'être dans leur relation.

Dans n'importe quel autre film, le spectateur aurait eu droit à une "réparation" de ce tort fait à une enfant. Pas ici et c'est très bien ainsi : ont-ils besoin de cela ? Ils ont le réel pour eux et le make-believe est sans effet. Ni faux-semblants ni moraline. Tout le contraire, avec éclat ! Le propos est à la fois dur et beau, parce que leur relation s'inscrit dans une vérité qui refuse les illusions, qui n'a pas les moyens des illusions, et qui pour cette seule raison a tous les espoirs de s'épanouir et de durer. Les maîtres de l'illusion, ce sont eux : Moses pavane devant les gens et leur vend des exemplaires dorés de la Bible - Dieu n'est-il pas la plus grande escroquerie de l'humanité ? - et arbore des accessoires luxueux ; Addie, joue de son physique d'enfant pour attendrir, et déjà la femme perce sous ses attributs de l'enfance.



Au cours de leur voyage - dont le but affiché est d'amener Addie chez sa tante biologique -, il rencontreront un personnage féminin, une caricature de femme légère et sans attaches, qui pioche dans la bourse des hommes et se fait sauter pour 25 dollars. Image possible de la mère perdue et que l'on suppose aimante, image ternie et déformée, que va effacer Addie.



Personnage léger, vulgaire, qui inspire la commisération, Trixie Delight (Madeline Kahn), ne fera donc pas le poids face à Addie, qui se débarrassera en un tour de mains de cette rivale sans cervelle.
Et ces deux-là pourront sans doute poursuivre leur route ensemble...

En tout cas, Addie finira, par la grâce de son intelligence extrême et de sa sensibilité, par demeurer auprès de lui, plus librement peut-être (afin qu'il la choisisse, elle, pour ce qu'elle est, et non pas par devoir), par renoncer à être sa fille, pour n'être qu'Addie.



Filmé dans les années soixante-dix, le film reprend avec une grande intelligence, et seulement en apparence, pour mieux les dévoyer, les codes des films des années 30-40, manifestant par là une nostalgie décalée, peut-être plus poignante et sincère que bien d'autres... Le film joue en permanence sur l'idée d'une certaine innocence affichée que ne manifestent à aucun moment les personnages, pas même Addie - très au fait des choses de la vie, même les plus vulgaires, et plus maligne que son père lorsqu'il s'agit de faire des affaires...


Le film a été filmé en noir et blanc, sur une idée d'Orson Welles, ami du réalisateur.

[Cliquez sur mes captures d'écran pour les agrandir ; merci de ne pas les réutiliser...]



***************


Bonus : It's Only A Paper Moon par Cliff Edwards (merci à l'ami qui se reconnaîtra... et à qui est dédié ce billet). Une magnifique chanson qui porte dans ses plis l'idée d'une certaine Amérique, qui me plaît beaucoup. C'est un standard très célèbre et la chanson est reprise dans le film. (Cf. cette page pour tout savoir sur ce titre.)
moon




I never feel a thing is real
When I'm away from you
Out of your embrace
The world's a temporary parking place


A bubble for a minute
Mmm, mm...
You smile, the bubble has a rainbow in it


Say it's only a paper moon
Sailing over a cardboard sea.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me.


Yes, it's only a canvas sky
Hanging over a muslin tree.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me.


Without your love
It's a honky tonk parade.
Without your love
It's a melody played in a penny arcade.


It's a Barnum and Bailey world,
Just as phoney as it can be.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me.


Without your love
It's a honky tonk parade.
Without your love
It's a melody played in a penny arcade.


It's a Barnum and Bailey world,
Just as phoney as it can be.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me




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Une belle collection de clichés vintage sur fond de paper moon ici.

dimanche 25 mars 2007
Je vous raconterai tout. Peut-être dès demain, si j'en ai la possibilité matérielle. J'ai une quantité de photographies et de vidéos inimaginable. Mon séjour de quatre jours fut un enchantement. Malgré la rapidité de ce voyage, j'ai vécu des moments intenses et une dilatation spatio-temporelle m'a permis de semer tous les cailloux qui étaient dans ma poche et d'en ramasser quelques-uns... et pas des moindres ! Définitivement, je crois que la chance est une déesse qu'il faut aguicher.
Mais je dois vous avouer que ce vendredi 23 mars 2007 demeurera l'un des plus beaux jours de ma vie depuis ma naissance et pas seulement parce que je me suis assise avec l'homme que j'aime dans le salon de l'ancienne maison de James Matthew Barrie. Oui, vous avez parfaitement lu. Miraculeusement, j'ai pu pénétrer dans cette maison. J'ai vécu une "terrible aventure" que je n'attendais pas et je suis persuadée que Jamie a guidé cet événement. Mais ce n'est qu'un épisode merveilleux de ce vendredi particulier. D'autres bonheurs me furent offerts.
J'ai rencontré mon ami Robert Greenham, auteur d'un magnifique petit livre en rapport avec Barrie, ainsi que sa merveilleuse épouse, Sue. Nous nous écrivons quotidiennement depuis longtemps et nous nous sommes enfin trouvés face à face. Etrangement, j'avais l'impression de le connaître depuis toujours.

Je cheminais, main dans la main, avec mon Amour de mari, dans ce lieu barrien par excellence, royaume des fées et de mes pensées les plus délicates. Robert, qui est un émule de Sherlock Holmes, nous a montré la voie et nous avons trouvé les "tombes" de Barrie dans les Jardins de Kensington.

Les fameuses "tombes"auprès desquelles Andrew Birkin, LE spécialiste de Barrie, un homme pour qui j'éprouve une profonde amitié et un respect sans limite, qui a toujours été adorable avec moi, a posé. Cette photographie est l'une de celles que je préfère.
Voir, toucher (embrasser, je le confesse) ces petites pierres était presque irréel.
Je crois bien que ma joie m'a propulsée à quelques mètres du sol, en direction des cieux. Positivement, je sautais et hurlais comme une folle.
Un écureuil m'a suivie pendant toute ma promenade. Ce n'était pas un écureuil "normal". Je vous raconterai aussi cela. Faites-moi penser à vous parler du fantôme de Barrie. Je fais un noeud à mon mouchoir au cas où...

"Mais vous ne devez pas penser que, parce que quelque part parmi les arbres la petite maison scintille, il est une chose sage de demeurer dans les Jardins après l’Heure de la Fermeture. Si les méchantes fées parmi les fées se trouvent être de sortie cette nuit-là, elles vous blesseront à coup sûr. Et, même si elles n’étaient pas là, vous pourriez périr de froid et de peur, avant que Peter ne vînt à vous. Il est arrivé trop tard plusieurs fois et, quand il voit qu’il est trop tard, il court sur ses pas jusqu’au Nid de Grive pour ramener sa pagaie, dont Maimie lui a expliqué le véritable usage. Il creuse une tombe pour l’enfant, érige une petite pierre tombale et grave dessus les initiales du pauvre enfant. Il agit ainsi, car il pense imiter les authentiques petits garçons. Vous remarquez que les petites pierres vont toujours par pair. Il les édifie en double parce qu’il lui semble qu’elles sont moins seules ainsi. Je pense qu’on ne peut rien voir de plus émouvant dans les Jardins que ces deux pierres tombales, côte à côte, celle de Walter Stephen Matthews et celle de Phoebe Phelps. Elles se tiennent l’une près de l’autre, à l’endroit même où les paroisses de Westminster Saint Mary et celle de Paddington se croisent. Ici, Peter trouva les deux bébés, qui étaient tombés sans qu’on le remarquât de leur landaus : Phoebe âgée de treize mois et Walter, probablement encore plus jeune, car Peter semble avoir omis, par délicatesse, de mettre un âge sur la pierre. Elles reposent côte à côte, et on peut lire ces simples inscriptions :

David, quelquefois, dépose des fleurs blanches sur ces deux innocentes tombes."


[Photographies de Robert Greenham]
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  • Correction en date du 7 mai 2007 : nous avons compris notre erreur, rétrospectivement. Nous nous sommes trompés de "pierres tombales" ! Mais, sur l'une des pierres, sont gravées les initiales P.P., comme Peter Pan ou Phoebe Phelps. N'est-ce pas diabolique ? L'erreur était permise et le rêve de les retrouver reste ouvert pour moi dans ses grandes largeurs. Il n'est pas bon de réaliser tous ses désirs. Ceci n'est pas une vague formule de consolation mais mon intime conviction. La prochaine fois que j'irai à Londres, je les trouverai et je me rendrai également au cimetières des animaux... Et ma joie ce jour-là était réelle. Ce qui importe, c'est ce que l'on insuffle à ce que l'on vit bien davantage que les stricts faits.

    Regardez cette ancienne vidéo d'Andrew Birkin, avec son fils Anno :
    J'ai les larmes aux yeux en les regardant tous les deux.
    Je connaissais et la vidéo et Lost Boys, je n'aurais pas dû me tromper.
    Mais mes yeux voient souvent ce qu'ils ont envie de voir. Je ne m'en plains pas...
    Le make-believe.
    mardi 13 mars 2007
    Le plan du voyage au pays de Barrie, première partie, est presque dessiné. Je quadrille Londres en vue de mon prochain petit voyage sur les terres de Peter Pan et du Capitaine Hook. Savez-vous que ce dernier aurait pu ou dû être une femme ? Peter Pan est bien, dans une certaine mesure, une femme... Et c'est cette actrice qui l'aurait interprété...

    Idée très logique, car Peter Pan est "le garçon qui hait les mères"... Nous en reparlerons... Et si Hook... Non, oubliez ce que je viens de dire !
    La seconde partie de mon pélerinage sera dévolue à l'Ecosse, le berceau des fées et celui de mon cher ami, que j'appelle Jamie ou Jimmy suivant mon humeur ardente. Je moissonne les souvenirs d'un autre en qui je me perçois mieux qu'en moi-même. En ceci, je ne diffère guère du grand auteur.
    Plusieurs étapes : les divers endroits où a habité Barrie, la maison des Lewis où il a rencontré la femme idéale, Sylvia, la maison des Llewelyn Davies justement, le Garrick Club et le Duke of York's Theater, entre autres. Holly sera au Paradis ou peu s'en faut.
    Je pioche parmi les souvenirs de Pauline Chase, dans ce livre charmant, presque impossible à trouver sans se ruiner, à moins d'avoir une sacrée chance... Et mon sourire s'épanouit en écrivant ces derniers mots, car je crois que mon plaisir rejaillira sur d'autres : le but de mon travail et de mon site Barrie est de partager mes petits trésors. La bibliophile que je suis ne s'endort jamais et passe des heures à traquer l'édition originale au meilleur prix.
    Quand ils [les Garçons perdus] semblent grandir, ce qui est contre le règlement, Peter les réduit ! Barrie écrit quelque chose de ce genre dans le roman Peter et Wendy. Il se trouve que ce sytème expéditif était également appliqué aux acteurs qui interprétaient les rôles dans la pièce... et Pauline Chase d'écrire : "Chaque décembre une cérémonie effrayante avait lieu avant une nouvelle saison de représentations de Peter Pan : on mesurait les enfants qui jouaient dans la pièce. On les mesurait afin de vérifier qu'ils n'avaient pas trop grandi. Tous, ils pouvaient essayer de paraître deux pouces de moins, mais cela ne trompait aucunement la direction. (...) Cela ne se peut mon garçon (...) Nous sommes désolés pour vous, mais... Adieu ! Le jour de la toise était l'une des nombreuses tragédies qui se jouaient avec Peter Pan."
    (Trad. Holly aka C.-A. F.)
    Je suis persuadée que Barrie, pour bien des raisons, pouvait y trouver certain petit plaisir sadique...
    A noter, pour le plaisir, que Noël Coward participa, à l'âge canonique de 14 ans à cette pièce.
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    Catégorie :
    lundi 8 janvier 2007
    Hook : "Je suis un maître d'école pour me venger des garçons. Je les attrape comme ceci, avec mon crochet ! Puis, je les maintiens comme ça ! Quand on a su quel ingénieux crochet j'avais là, tous les pères de cette bonne vieille Angleterre ont réclamé à cor et à cri mes services."
    "Savez-vous pourquoi les hirondelles font leur nid dans les auvents ?
    Pour écouter des histoires."
    [Ne pas oublier que les hirondelles sont les enfants morts dans la "mythologie" de Barrie.]
    "Qui était Peter Pan ? Personne ne le sait vraiment. Peut-être était-il simplement l'enfant de quelqu'un qui n'était jamais né."
    [Citation très troublante. Elle m'a amenée à certaines réflexions que j'espère partager avec vous bientôt.]
    "La dernière scène montre le bras de Hook qui repose dans l'herbe. Dans le trou creusé par son crochet, un petit oiseau a fait son nid. Il est rempli d'oeufs."
    [Derrière cette vision naïve, en apparence, il me semble qu'il y a quelque chose de plus profond qui est révélé sur la nature double et ambidextre de Hook. Son rapport à l'enfance est moins évident qu'il n'y paraît. Qui est Hook ? Le père de Peter Pan ? Barrie lui-même ? Une autre version de Peter Pan ? Gardons encore ce secret un moment. Mais il me semble raisonnable de penser que Hook était pour Barrie aussi important, sinon bien davntage, que Peter Pan. Et pour cause...]
    ********
    Citations de James Matthew Barrie, bien après la pièce et le roman...
    Traduction de C.-A. F. aka Holly G.
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  • Les roses du Pays d'Hiver

    Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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    Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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