samedi 3 mai 2008
Nous sommes passés du Surrey au Hampshire, et réciproquement, en quelques coups de volant. Robert nous a conduits à chacune des étapes avec un soin et des égards que je n'ai cessé d'apprécier. Robert est un gentleman et il aurait beaucoup plu à Miss Austen, car il possède également un bel esprit : il est impossible de ne pas rire d'intelligence en sa compagnie. Ceux qui ont lu son livre n'ont pas pu ne pas remarquer la parenté d'humour qui existe entre lui et Barrie...
Nous ne pouvions pas ne pas nous arrêter en chemin pour rendre hommage à ce grand auteur, que je place, dans ma bibliothèque, entre Henry James et George Eliot, non loin de Conrad et de Thomas Hardy. J'aime que mes amis pliés en volumes aient bon voisinage (jamais de classement alphabétique - une hérésie à mes yeux !). Et je crois que ceux-ci ne s'entendent, ma foi, pas trop mal. Aucun grand froid dans mes étagères ni volumes qui seraient tombés à terre à signaler.
L'arrivée à Chawton.
Oui, je ris beaucoup, car le mot est imprononçable, pour moi, du moins parfaitement. J'aime tellement la langue anglaise que je la parle le moins possible, afin de ne pas l'outrager, mais je l'écris et la lis quotidiennement, parce que je ne sais pas comment je pourrais vivre autrement. De toute façon, il est prévu que je m'installe un peu à Oxford, un jour pas si lointain... et je suppose que l'accent parfait me viendra comme le Saint-Esprit se pose sur certains imbéciles.
A l'intérieur. Avouons-le de suite : la maison de Jane Austen est un peu décevante, car elle n'est pas vraiment donnée à voir dans l'idée de reconstituer le passé qui fut le sien lorsque Miss Austen l'habitait. Aucune atmosphère - tout ce que je recherche lorsque je pars sur les traces de Barrie ou d'un autre auteur aimé. Je ne félicite pas le conservateur de la maison.
Nous avons plutôt l'impression de visiter une consigne à bagages qu'un lieu qui a bercé en lui un auteur. Je n'ai pas beaucoup apprécié l'exhibition des divers costumes qui ont servi aux films ou téléfilms variés, adaptations de ses oeuvres. Cela n'a rien à voir avec Jane Austen ! Diantre !
Et c'est ainsi que les gens confondent tout, symptôme de notre époque moderne, où sont substituées à la vérité, à l'oeuvre, aux êtres et aux choses, des représentations muettes et défraîchies... Le règne du faux.
Alors, les vidéos que je vous propose sont davantage des vignettes un tantinet désappointées qu'autre chose.
Ceci étant, j'étais heureuse d'être là, mais ce n'est pas cette maison qui m'a aidée à l'être. Simplement l'idée de faire un voyage dans le temps, par la seule force de persuasion et de gravitation de mes facultés imaginatives.
Nous avons plutôt l'impression de visiter une consigne à bagages qu'un lieu qui a bercé en lui un auteur. Je n'ai pas beaucoup apprécié l'exhibition des divers costumes qui ont servi aux films ou téléfilms variés, adaptations de ses oeuvres. Cela n'a rien à voir avec Jane Austen ! Diantre !
Et c'est ainsi que les gens confondent tout, symptôme de notre époque moderne, où sont substituées à la vérité, à l'oeuvre, aux êtres et aux choses, des représentations muettes et défraîchies... Le règne du faux.
Alors, les vidéos que je vous propose sont davantage des vignettes un tantinet désappointées qu'autre chose.
Ceci étant, j'étais heureuse d'être là, mais ce n'est pas cette maison qui m'a aidée à l'être. Simplement l'idée de faire un voyage dans le temps, par la seule force de persuasion et de gravitation de mes facultés imaginatives.
Objets et effets.
La chambre à coucher de Jane :
L'endroit où elle écrivait. Simplicité, modestie et inconfort entourent l'acte d'écrire. Un des seuls objets qui aient fait fructifier le pouvoir de mon imagination, avec le fac-similé de son testament. Sa transciption donne ceci :
Enfermées dans une cage de verre, deux mannequins en cire, qui représentent Jane et sa soeur.
La fameuse proposition de mariage relatée dans une lettre à sa soeur...
Le jardin.
Les dépendances.
Le four à pain et la carriole tirée par des ânes...
A SUIVRE...
Libellés :Angleterre,Jane Austen,voyage
vendredi 2 mai 2008
En préambule à notre visite de la maison de Chawton, par un heureux hasard, j'ai eu le privilège de regarder, dimanche 27 avril, sur la BBC1, ce téléfilm, qui retrace avec plus ou moins de vérité les dernières années de la vie de Jane Austen, en se fondant sur divers documents (dont une proposition de mariage reçue par Jane ; je vous montrerai en vidéo copie de cette lettre, conservée à Chawton). Je l'ai trouvé assez remarquable, parce qu'il laisse entrevoir le tragique de l'existence de l'auteur, faille déjà perceptible dans ses romans qui, pour je ne sais quelle raison, sont souvent simplement compris comme s'il ne s'agissait que de bluettes...
J'ai notamment apprécié la mise en lumière de la relation qui existe entre Jane et sa soeur, Cassandra. (D'autres couples de soeurs célèbres, Emily et Charlotte Brontë, Virginia Woolf et Vanessa Bell...) En dehors de ceci, j'aurais bien une foule de critiques à formuler.
Voici qui nous change, cependant, des films niais autour de la vie de l'auteur (Becoming Jane, par exemple, qui était souvent insupportable). Mais, il est vrai que l'on en revient toujours au même (je grince des dents) : le fait que Jane Austen soit demeurée "vieille fille", comme s'il était absolument indispensable de se marier et de procréer. Mon Dieu ! Les gens sont d'un conventionnel et manquent singulièrement d'imagination, encore plus à notre époque... et c'est d'autant moins pardonnable. Il vaut mieux en rire, je crois.
Le téléfilm est sorti en DVD le lendemain et je l'ai commandé sur amazon.co.uk.
Vous pouvez, avec profit, consulter cette page si vous êtes intéressé par ce téléfilm.
Libellés :Jane Austen
L'endroit est gigantesque. L'Abbey devait être une place immense. On a du mal à prendre les mesures.
[Cliquez sur les photos pour les agrandir.]
Libellés :Angleterre,voyage,Walter Scott,Waverley
Je rédige ces lignes en écoutant le très bel album de Rickie Lee Jones,
offert, entre autres merveilles (cessez de me "pourrir" ainsi ! Mais si je dis cela sérieusement, je le dis également avec un sourire à dévorer le soleil...), par mon ami Jean-Christophe. Oh, yes, I won't grow up... Vous me connaissez si bien - j'adore Here's to Life sur cet album-ci, qui est une très belle découverte également, de A à Z. 
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Lundi 28 avril
Mon grand ami anglais Robert avait préparé en amont une journée de rêve pour moi, en guise de cadeau d'anniversaire, et ce fut probablement la journée la plus riche en émotions, même si ce voyage fut un rêve éveillé du début à la fin.
La journée était consacrée à James Matthew Barrie, afin de compléter la cartographie que j'ai commencé à dessiner, à Londres et en Ecosse l'année dernière (et je vais donc pouvoir remplir la partie laissée vierge, depuis l'année dernière, sur mon site, pour ce voyage à Black Lake !). Il ne me restera plus, après ce voyage, que deux lieux à Londres à visiter, un séjour aux Hébrides extérieures pour voir l'île de Mary Rose (l'année prochaine) et quelques endroits en France... Mais le voyage ne sera jamais terminé. La preuve, lundi, Robert et moi, nous avons découvert des choses inédites sur mon bien-aimé auteur (que je conserve par devers moi pour un de mes livres - sachant qu'elles ne seront pas présentes dans le prochain que je compte présenter à la fin de l'année si... si... mais je sais que... tout ira pour le mieux !), présentes dans aucune biographie - et surtout pas la moins que passable biographie de Rivière - ce qui aiguise mon appétit.
Mon grand ami anglais Robert avait préparé en amont une journée de rêve pour moi, en guise de cadeau d'anniversaire, et ce fut probablement la journée la plus riche en émotions, même si ce voyage fut un rêve éveillé du début à la fin.
La journée était consacrée à James Matthew Barrie, afin de compléter la cartographie que j'ai commencé à dessiner, à Londres et en Ecosse l'année dernière (et je vais donc pouvoir remplir la partie laissée vierge, depuis l'année dernière, sur mon site, pour ce voyage à Black Lake !). Il ne me restera plus, après ce voyage, que deux lieux à Londres à visiter, un séjour aux Hébrides extérieures pour voir l'île de Mary Rose (l'année prochaine) et quelques endroits en France... Mais le voyage ne sera jamais terminé. La preuve, lundi, Robert et moi, nous avons découvert des choses inédites sur mon bien-aimé auteur (que je conserve par devers moi pour un de mes livres - sachant qu'elles ne seront pas présentes dans le prochain que je compte présenter à la fin de l'année si... si... mais je sais que... tout ira pour le mieux !), présentes dans aucune biographie - et surtout pas la moins que passable biographie de Rivière - ce qui aiguise mon appétit.
Le programme de la journée s'est présenté ainsi - je recopie ce que Robert m'a écrit, sans le traduire parce que cela me plaît que ce soit ainsi...
A Wonderful Adventure - Monday 28 April 2008 :
09.55 - Meet at Farnham StationNous étions tous à l'heure. J'ai aperçu, la première, Robert et j'avais grand mal à retenir mes guiboles qui avaient envie de courir dans tous les sens, éperdue de joie que j'étais. Je n'ai pas souvent la chance de voir Robert, alors c'est en soi une grande fête que cette occasion très spéciale.
10.20 - Medstead StationJ. M. Barrie n'avait pas d'autre choix que d'emprunter le train qui s'arrête à cet endroit, afin de rendre visite à sa soeur et à son beau-frère, Mr et Mrs Winter.
09.55 - Meet at Farnham StationNous étions tous à l'heure. J'ai aperçu, la première, Robert et j'avais grand mal à retenir mes guiboles qui avaient envie de courir dans tous les sens, éperdue de joie que j'étais. Je n'ai pas souvent la chance de voir Robert, alors c'est en soi une grande fête que cette occasion très spéciale.
10.20 - Medstead StationJ. M. Barrie n'avait pas d'autre choix que d'emprunter le train qui s'arrête à cet endroit, afin de rendre visite à sa soeur et à son beau-frère, Mr et Mrs Winter.
10.30 - The Boynes
Il vous faudra lire le beau livre de Robert Greenham si vous voulez mesurer l'importance de cette maison, où ont vécu les Winter et le petit Willie, le neveu de Barrie. C'est dans cette maison que, selon la vraisemblance, est née la fée Tinker Bell... J'ai touché cette lampe magique...
11.45 - Jane Austen's House, Chawton
Lectrice non hystérique de Jane Austen, mais très admirative de son oeuvre et de sa personne, je ne pouvais pas ne pas m'arrêter à sa maison, transformée en musée. Bientôt, les vidéos de la visite en ligne.
13.15 - Lunch at The Bishop's Table Hotel & Restaurant, 27 West St, FarnhamExcellent déjeuner. Robert sait que la cuisine a beaucoup d'importance pour moi et il avait choisi un endroit parfait.
14.45 - Waverley Abbey
J'ai aimé Walter Scott avant de connaître Barrie, qui l'admirait beaucoup. Cf., par exemple, ce qu'il en dit dans Margaret Ogilvy. N'oubliez pas que, à l'instar de Jamie, je suis d'humeur jacobite ! Je ne voudrais pas, cependant, vous induire en erreur et vous laisser croire que, comme le prétend la pancarte à l'entrée du site, ce lieu a un réel rapport avec le roman et la série de romans étiquetée "Waverley novels". Il n'est pas exclu, en tout cas, que Scott ait choisi ce nom par association d'idées avec cet endroit. Ces ruines ont une grande puissance évocatrice pour moi.
(lire ceci)
15.30 - Pine woods by Black Lake Cottage
Une merveille que cet endroit. Marcher dans les pas de Barrie... Vous n'imaginez pas l'atmosphère proprement magique de ce bois (celui de Lob dans Dear Brutus) et, à travers les pins, on aperçoit le cottage de Barrie, là où il a été heureux, puis profondément malheureux, là où un jour il n'est jamais revenu...
Anthony Hopkins était présent au même moment que nous. Un film y était tourné... Etrange coïncidence : avant mon départ, mon amie Wictoria me faisait remarquer qu'il y avait une ressemblance entre Barrie et lui...
16.00 - Black Lake
Le centre de gravité de ce voyage. Je n'en dirai rien ici, car je suis liée par serment. J'ai eu beaucoup de mal à contenir mes larmes et mon émotion. Tout barrien rêve de cet endroit, sinon il n'est pas un barrien. Merci à ceux qui ont permis que je respire cette "île" barrienne.
16.45 - Cream tea at The Bishop's Table Hotel and Restaurant
Il faut savoir que, si vous me donnez des scones (des véritables), vous pouvez presque tout obtenir de moi... Le scone, je le rappelle, se fend en deux. Vous disposez d'abord une couche de beurre, une autre de confiture et ensuite une grosse cuillère de crème épaisse par-dessus. C'est l'ordre précis dans lequel se succèdent ces ingrédients, d'après Robert, qui me paraît expert en la matière.
17.40 - Lobswood House
et
18.40 - Barrie HouseL'ancien et fameux Black Lake Cottage de Barrie, bien après son divorce d'avec Mary Ansell, qui l'habitera encore longtemps, sera transformé en hôtel, puis coupé en deux maisons, celles que nous avons visitées, plan en mains et les livres de Mary Ansell en guise de guide. Le petit miracle, c'est que certaines parties du cottage n'ont pas du tout été changées ou détruites depuis l'époque de Barrie et que nous avons pu retrouver des fragments du passé du génie écossais... Les photographies d'époque nous indiquent certaines découpes dans le présent... Mais c'est une autre histoire que je ne raconterai pas ici. Imaginez simplement mon émotion extrême et la reconnaissance que j'éprouve à l'égard des propriétaires de ces maisons qui nous ont laissés visiter leur demeure du grenier à la cave. Ce qui m'a le plus fait plaisir, c'est que les divers particuliers rencontrés (quatre) présentent tous un intérêt pour Barrie et possèdent des livres de lui, dans d'anciennes éditions. L'une de ces personnes a même une bibliothèque assez conséquente construite au fil des ans.
19.28 - Part at Farnham StationLe seul moment un peu triste de la journée et du séjour tout entier. La séparation et le départ. Nous rentrons à notre hôtel. J'interpelle un chef de gare et je lui demande, en anglais, si c'est bien le train pour London, tout simplement parce que j'ai toujours rêvé de le faire... Et nous rentrons sans encombre à notre bel hôtel de Baker Street.
Et je décide d'arrêter l'écriture de ce rétrojournal ici, ce qui ne signifie pas qu'il n'y aura pas des développements ultérieurs.
Les billets qui suivront celui-ci seront les réminiscences en vidéos et photographies des diverses étapes consignées ici.
A SUIVRE, donc...
jeudi 1 mai 2008
Dimanche 27 avril
Bien avant moi, Andrew les avait trouvées, et son fils Anno également...
C'est mon Jour.
Mon ami Jean-Christophe le dit joliment dans une délicieuse carte-lettre dont lui seul a le secret : "(...) je vous souhaite donc 26 + 1 (qui ne font pas pour autant 27, mais vous font entamer un deuxième cycle de 26 années) printemps colorés." Voici qui est charmant et vrai. Jamais je n'aurai plus de vingt-six ans.
Nous quittons Haworth à regret et nous rentrons à Londres par divers trains. J'imagine pendant le chemin le délicieux gâteau au chocolat que je mangerai chez Valérie et je caresse avec dévotion un des cadeaux de M. Golightly - qu'il a réussi à dissimuler à ma barbe dans les valises (pourtant, j'ai fouillé) :
(le volume est sorti, il y a peu, et je suis une fondue de la Pléiade... Je n'ose plus compter le nombre de volumes dans mes bibliothèques...)
Nous avons une mission très spéciale : retrouver les pierres de Peter Pan dans les Jardins de Kensington.
Je vous laisse découvrir en vidéo si nous y sommes parvenus...
Nous avons une mission très spéciale : retrouver les pierres de Peter Pan dans les Jardins de Kensington.
Je vous laisse découvrir en vidéo si nous y sommes parvenus...
Bien avant moi, Andrew les avait trouvées, et son fils Anno également...
Le soir, je m'endormirai en rêvant de M. Barrie, tout en sachant que le lendemain sera encore un jour merveilleux, passé en sa compagnie...
A SUIVRE...
Libellés :Angleterre,James Matthew Barrie,Londres,voyage
Il est évident que, dans le cadre restreint de ce JIACO, je n'ai pas l'occasion de dire ce qui nécessiterait de longues et passionnantes études. Je demeure dans le registre de l'anecdote. Néanmoins, j'escompte, au fil du temps, et en dehors de ces billets consacrés à mon voyage, parler davantage des Brontë. De manière sérieuse, j'entends, même si la baguenauderie a son charme... Pour l'heure, je me contenterai de vous recommander quelques ouvrages :
The Gaelic Source of the Brontë Genius de Cathal O'Byrne, London, Sands and Co, 1933 (je possède une édition originale achetée à Haworth). Petit livre absolument charmant qui discute d'un point très précis : le protestantisme des Brontë, la "tentation catholique" de Charlotte et, surtout, l'histoire d'amour (le coup de foudre et l'enlèvement de la belle) de ses grands-parents. Il s'agit de la genèse miniature d'une famille de génies, que je trouve très éclairante.
Hugh Prunty (Brontë se prononce donc à l'anglaise "Bronti", car le nom est une modification de Prunty...), le père de Patrick Brontë (le père des soeurs et du frère) était un shanachie irlandais (à savoir, un raconteur d'histoires, un conteur, un menteur, a story-teller if you prefer). Charlotte, pour le moins, parmi la fratrie, connaissait ses origines et le langage, les tournures de ses ancêtres. Et c'est ainsi que Jane Eyre en réponse à la demande de Rochester ("Jane suits me, do I suit Jane?") dit : "To the finest fibre of my nature, sir." et rend hommage à un poème de son grand-père à l'adresse de sa femme :
Hugh Prunty (Brontë se prononce donc à l'anglaise "Bronti", car le nom est une modification de Prunty...), le père de Patrick Brontë (le père des soeurs et du frère) était un shanachie irlandais (à savoir, un raconteur d'histoires, un conteur, un menteur, a story-teller if you prefer). Charlotte, pour le moins, parmi la fratrie, connaissait ses origines et le langage, les tournures de ses ancêtres. Et c'est ainsi que Jane Eyre en réponse à la demande de Rochester ("Jane suits me, do I suit Jane?") dit : "To the finest fibre of my nature, sir." et rend hommage à un poème de son grand-père à l'adresse de sa femme :
The finest fibres of my soul
Entwine with thine in love's strong fold.
Our tin cup is a golden bowl,
Love fills my cot with wealth untold
L'ouvrage du père d'un de mes maîtres, Jacques Blondel, spécialiste d'Emily Brontë, mais aussi de Blake et de Milton.Entwine with thine in love's strong fold.
Our tin cup is a golden bowl,
Love fills my cot with wealth untold
A Note on Charlotte Brontë par Swinburne, parmi des centaines et des centaines de livres sur cette famille.
Sans parler du livre de Daphné du Maurier déjà évoqué ou bien celui de Gaskell, qui sont très connus (et contradictoires). Swinburne qualifie très justement Emily et Charlotte de deux "twnin-born genius", et c'est ainsi que s'explique, très certainement, la place excentrée d'Anne, sans compter le fait que celle-ci ne possède pas le talent de ses deux soeurs. Et, à la différence de Branwell, qui a consumé tous ses dons sans rien en faire, du moins en apparence, sinon les mettre au service de sa destruction, Anne paraît presque effacée du cadre familial. Et, comme par une ironie, ma foi logique, elle seule, n'est pas enterrée sous le pilier de l'église mentionné précédemment.
Charlotte adorait Emily, et réciproquement. A elles deux, elle formait une sorte de communauté d'esprit jumeaux. Mais Emily était sauvage et Charlotte plus raisonnable, du moins ai-je ce sentiment. Emily était la plus forte mais aussi la plus faible des deux. Jusqu'aux dernières heures avant sa mort, elle prétendra ne pas être malade et refusera tout docteur, puis sombrera. Ce sera certainement la plus grande peine de toute la vie Charlotte...
Libellés :Angleterre,Brontë,Haworth,voyage
Après la visite à la Bontë waterfall, nous avons trouvé moyen de pénétrer dans l'église qui était enfin ouverte au public. L'endroit était désert.
Sur les murs de cette église est inscrit en substance le récit tragique des vies de la famille Brontë. Je vous le donne à lire en images et en vidéos.
Emily et Charlotte ne sont pas enterrées dans le cimetière, mais sous un des piliers de l'église, à l'endroit précis où se situait leur banc dans l'ancienne église...
[Cliquez sur les photographies pour les agrandir et lire...]
Libellés :Angleterre,Brontë,Haworth,voyage
Les Moors étaient le « wild workshop » (littéralement l'atelier naturel, « wild » signifie aussi «sauvage ») des soeurs Brontë. Charlotte nous l'apprend dans la « Biographical notice » à l'édition de 1850 de Wuthering Heights.
"Wuthering Heights was hewn in a wild workshop, with simple tools, out of homely materials. The statuary found a granite block on a solitary moor; gazing thereon, he saw how from the crag might be elicited a head, savage, swart, sinister; a form moulded with at least one element of grandeur--power. He wrought with a rude chisel, and from no model but the vision of his meditations. With time and labour, the crag took human shape; and there it stands colossal, dark, and frowning, half statue, half rock: in the former sense, terrible and goblin-like; in the latter, almost beautiful, for its colouring is of mellow grey, and moorland moss clothes it; and heath, with its blooming bells and balmy fragrance, grows faithfully close to the giant's foot."
Et, même si j'ai renoncé avant d'aller au plus haut point (à Top Whitens, les ruines d'une vieille ferme qui aurait inspiré Emily Brontë), j'ai eu une excellente idée du climat des lieux – et puis je compte bien y retourner.
Que l'on veuille se limiter à un texte pour lui faire rendre raison de ce qu'il est, c'est une attitude très sensée, très raisonnée et logique du point de vue de l'interprétation textuelle. Je suis, cependant, de celles qui pensent que si le texte est premier et que sa compréhension ne peut certes se réduire à la biographie ou au contexte qui lui a donné naissance, je crois fermement que l'on ne peut pas complètement extraire une oeuvre de sa gangue et qu'un écrivain est d'abord une biographie ; une oeuvre, un sédiment.
Il y a une unité tant corporelle que spirituelle de chaque élément. C'est ainsi que les atmosphères, les objets, les lieux, les résidus, les traces me paraissent essentiels et que leur connaissance ou leur fréquentation doit s'incorporer à la lecture du texte. Non pas pour l'enrichir indûment, mais par exemple afin de mettre davantage en exergue certains fragments déjà saillants. Ou bien parce que la vérité se love parfois dans des détails matériels ou concrets qui font loupe.
C'est ainsi que les Moors sont l'écho ou le sous-bassement de Wuthering Heights, de The Tenant of Widfell Hall et de grandes parties de Jane Eyre. De même, que les Moors ont été la source vive d'inspiration des écrits de jeunesse des Brontë, filles et garçon. Et, il est impossible de ne pas comprendre que la poésie d'Emily ait été inspirée par ces paysages sauvages. Bien sûr que l'on peut lire les Brontë sans connaître les lieux, mais leur familiarité ou proximité ajoute quelque chose de vivant et de mordant aux textes.
Chaque jour, quand le temps n'était pas impitoyable, les petits Brontë allaient se promener dans les Moors. Et c'est ainsi qu'ils ont inventé leurs mondes imaginaires. Nul doute, toutefois, que dans d'autres lieux leur génie se serait déployé autrement, mais peut-être pas autant...
Le pont des Brontë, comme les gens de là-bas l'appellent, a été détruit par une tempête en 1989 et a été refait à l'identique.
"Nov. 29."I intended to have written a line yesterday, but just as I wassitting down for the purpose, Arthur called to me to take a walk.We set off, not intending to go far; but, though wild and cloudy,it was fair in the morning; when we had got about half a mile onthe moors, Arthur suggested the idea of the waterfall; after themelted snow, he said, it would be fine. I had often wished to seeit in its winter power,--so we walked on. It was fine indeed; aperfect torrent racing over the rocks, white and beautiful! Itbegan to rain while we were watching it, and we returned homeunder a streaming sky. However, I enjoyed the walk inexpressibly,and would not have missed the spectacle on any account"
"Wuthering Heights was hewn in a wild workshop, with simple tools, out of homely materials. The statuary found a granite block on a solitary moor; gazing thereon, he saw how from the crag might be elicited a head, savage, swart, sinister; a form moulded with at least one element of grandeur--power. He wrought with a rude chisel, and from no model but the vision of his meditations. With time and labour, the crag took human shape; and there it stands colossal, dark, and frowning, half statue, half rock: in the former sense, terrible and goblin-like; in the latter, almost beautiful, for its colouring is of mellow grey, and moorland moss clothes it; and heath, with its blooming bells and balmy fragrance, grows faithfully close to the giant's foot."
Et, même si j'ai renoncé avant d'aller au plus haut point (à Top Whitens, les ruines d'une vieille ferme qui aurait inspiré Emily Brontë), j'ai eu une excellente idée du climat des lieux – et puis je compte bien y retourner.
Que l'on veuille se limiter à un texte pour lui faire rendre raison de ce qu'il est, c'est une attitude très sensée, très raisonnée et logique du point de vue de l'interprétation textuelle. Je suis, cependant, de celles qui pensent que si le texte est premier et que sa compréhension ne peut certes se réduire à la biographie ou au contexte qui lui a donné naissance, je crois fermement que l'on ne peut pas complètement extraire une oeuvre de sa gangue et qu'un écrivain est d'abord une biographie ; une oeuvre, un sédiment.
Il y a une unité tant corporelle que spirituelle de chaque élément. C'est ainsi que les atmosphères, les objets, les lieux, les résidus, les traces me paraissent essentiels et que leur connaissance ou leur fréquentation doit s'incorporer à la lecture du texte. Non pas pour l'enrichir indûment, mais par exemple afin de mettre davantage en exergue certains fragments déjà saillants. Ou bien parce que la vérité se love parfois dans des détails matériels ou concrets qui font loupe.
C'est ainsi que les Moors sont l'écho ou le sous-bassement de Wuthering Heights, de The Tenant of Widfell Hall et de grandes parties de Jane Eyre. De même, que les Moors ont été la source vive d'inspiration des écrits de jeunesse des Brontë, filles et garçon. Et, il est impossible de ne pas comprendre que la poésie d'Emily ait été inspirée par ces paysages sauvages. Bien sûr que l'on peut lire les Brontë sans connaître les lieux, mais leur familiarité ou proximité ajoute quelque chose de vivant et de mordant aux textes.
Chaque jour, quand le temps n'était pas impitoyable, les petits Brontë allaient se promener dans les Moors. Et c'est ainsi qu'ils ont inventé leurs mondes imaginaires. Nul doute, toutefois, que dans d'autres lieux leur génie se serait déployé autrement, mais peut-être pas autant...
Le pont des Brontë, comme les gens de là-bas l'appellent, a été détruit par une tempête en 1989 et a été refait à l'identique.
Il y a trois bouquinistes à Haworth, mais seuls deux ont de l'intérêt – le troisième semble versé dans l'ésotérisme de pacotille. J'ai trouvé quelques livres intéressant, dont celui de Whiteley Turner, A Spring-time Saunter, Round and About Brontëland. Une édition originale, illustrée par de bien jolies gravures.
On se promène entre les pages comme dans les Moors.
L'auteur trouve la cascade des Brontë décevante, je ne saisis pas pourquoi. L'endroit est plutôt surprenant, un endroit calme, presque douillet.
On trouve dans un petit coin la «Brontë chair », une roche creusée en forme de chaise sur laquelle avait coutume, dit-on, de s'asseoir Charlotte.
On trouve dans un petit coin la «Brontë chair », une roche creusée en forme de chaise sur laquelle avait coutume, dit-on, de s'asseoir Charlotte.
Charlotte écrit ceci à une amie, quelques temps avant sa mort - lettre citée dans la biographie de Gaskell :
"Nov. 29."I intended to have written a line yesterday, but just as I wassitting down for the purpose, Arthur called to me to take a walk.We set off, not intending to go far; but, though wild and cloudy,it was fair in the morning; when we had got about half a mile onthe moors, Arthur suggested the idea of the waterfall; after themelted snow, he said, it would be fine. I had often wished to seeit in its winter power,--so we walked on. It was fine indeed; aperfect torrent racing over the rocks, white and beautiful! Itbegan to rain while we were watching it, and we returned homeunder a streaming sky. However, I enjoyed the walk inexpressibly,and would not have missed the spectacle on any account"
Et elle en tomba malade et peina à s'en remettre, puis...
A SUIVRE...
Libellés :Angleterre,Brontë,Haworth,voyage
Un peu d'autodérision ne nuit pas à la santé mentale...
Samedi 26 avril
Une grande aventure, une immense aventure ! Nous allons vraiment partir pour "les hauteurs tourmentées".
[Cliquez pour agrandir le plan, ainsi vous pourrez suivre notre route à partir des vidéos que je vais disposer dans l'ordre.]
Trois heures de marche au bas mot. Si M. Golightly en est capable sans efforts, c'est moins mon cas, car mon coeur est, de naissance, en mauvais état (ce qui prouve que j'en ai un, même s'il bat trop fort d'après les médecins). Mais nous décidons néanmoins d'entreprendre ce voyage jusqu'à la Brontë Waterfall, bien connue.
La route sera longue, escarpée, de celles qui brisent les chevilles. On nous a déconseillé cette route, parce que nous n'étions pas équipés comme les émules du Vieux Campeur. J'ai voulu renoncer avant même de commencer, je l'avoue, quand j'ai compris les difficultés, mais M. Golightly m'a dit que nous irions, même s'il devait me porter ! Il sait que je le regretterais plus tard si je n'y allais pas.
L'immensité des lieux provoquera en moi un de ces accès de "mysticisme naturel" qui me sont rares et que je n'ai éprouvé que dans le glen barrien, l'année dernière. Cette immensité, cette profondeur, ces vents qui battent les sangs et frictionnent les sens ont fait éclater en moi bien des résistances.
Quelle sauvagerie !
Le bruit désagréable que vous entendrez sur les vidéos est celui du vent. Vous n'imaginez pas sa puissance sur les hauteurs ! Le rire me secoue de la tête aux pieds en regardant cette vidéo du départ (la route était bien entamée depuis le village de Haworth et je suis déjà essouflée) - j'ai un sens inné du ridicule et j'ai tout de l'enfant :
Au départ, je ne suis pas méfiante. Je ne sais pas quelles créatures terribles peuvent être les moutons...
Être courtisée d'aussi près par une cinquantaine de moutons ne m'était jamais arrivé. Je n'ai commencé à blêmir que lorsque que M. Golightly m'a dit : "Ne te retourne pas, nous sommes suivis !" Et, bien sûr, je me suis retournée... Et nous étions tellement haut que je ne pouvais pas courir, tant le souffle me manquait. Le péril était immense ! Imaginez ces créatures féroces qui me lorgnaient, prêtes à me lacérer d'un coup de corne ! Ne vous fiez pas à leur air inoffensif. Rendez-vous compte du culot de ces bêtes : elles nous suivaient ! Et cela me fait penser à une chanson de Philippe Katerine, qui est un peu mon "maître" involontaire dans certains registres... M. Golightly n'a d'ailleurs pas cessé de me dire que je lui rappelais l'absurde de cet artiste...
Un quart de mile avant l'arrivée - sauf que nous nous sommes un peu perdus dans les champs à perte de vue, dans les pleins et déliés de cette nature assez rude :
L'arrivée - il faut préciser que les choses ne se sont pas déroulées comme prévu et je pense que nous nous sommes égarés car nous n'avons pas retrouvé les portes-échelles (stile gate) qui séparent les champs... Je vous épargne les photographies les plus scabreuses, celle-ci donne déjà une idée de mon adresse pour la tâche... Je suis une fille de la ville et j'ai le vertige sur une échelle, comme Monsieur Monk.
Et puis je n'avais pas l'équipement requis...
La cascade de loin :
A SUIVRE...
Libellés :Angleterre,Brontë,Haworth,voyage
Petit aperçu de la rue principale de Haworth...
Branwell Brontë, le mouton noir de la famille, le frère maudit mais pourtant génial à sa manière (j'ai un faible pour les damnés), allait acheter son laudanum chez cet apothicaire.
Haworth a, je le crois, assez peu changé au fil des derniers siècles. On éprouve ce sentiment dès l'arrivée.
Des petites maisons avec des fenêtres qui s'exposent au regard des passants du monde entier.
Quelques scènes kitsch...
Une rue pavée qui monte, qui monte, qui n'en finit pas de monter et mon coeur, lui, sombre.
Quelques scènes kitsch...
Branwell Brontë, le mouton noir de la famille, le frère maudit mais pourtant génial à sa manière (j'ai un faible pour les damnés), allait acheter son laudanum chez cet apothicaire.
Haworth a, je le crois, assez peu changé au fil des derniers siècles. On éprouve ce sentiment dès l'arrivée.
Nous avons eu la chance d'atteindre le village un jour de semaine et il n'y a avait qu'une poignée de touristes. Lorsque nous sommes repartis, la foule commençait à grossir.
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Après la visite du cimetière - j'y suis restée des heures, j'y suis revenue plusieurs fois, j'y retournerai un jour -, il faut absolument visiter le presbytère connu dans le monde entier. J'étais très fière de présenter ma carte de membre de la Brontë Society et d'entrer sans m'acquitter de la taxe.
Hélas, je ne pourrai pas vous montrer l'intérieur, car il est interdit de filmer.
Sachez simplement que l'on y trouve divers objets de la famille Brontë (parfois très émouvants, comme les petits cahiers cousus de la taille d'un gros timbre où les petits génies du lieu écrivaient des histoires) et que le musée entretient avec ferveur l'esprit du lieu. Le papier peint a même été reconstitué à partir de fragments d'origine ! Souci du détail et sobre, mais pourtant frappante, mise en scène des objets. Tout le contraire de la maison de Jane Austen, dont je parlerai ensuite (nous avons eu le loisir de tout filmer), qui donne le sentiment d'un endroit où sont "stockés" des objets, tandis que le presbytère essaie de reconstituer un climat, une impression : celle d'une maison encore habitée par ses anciens occupants, qui seraient sur le point de revenir.
Ceux qui ne seraient pas familiers de la vie des Brontë y prendraient tout de même intérêt - ce qui n'est pas tellement le cas de la maison Jane Austen, où les objets exposés manquent d'explication pour le néophyte.
En guise de bibliographie, je vous conseille ces livres que j'ai achetés sur place et qui me semblent assez intéressants.
Sachez simplement que l'on y trouve divers objets de la famille Brontë (parfois très émouvants, comme les petits cahiers cousus de la taille d'un gros timbre où les petits génies du lieu écrivaient des histoires) et que le musée entretient avec ferveur l'esprit du lieu. Le papier peint a même été reconstitué à partir de fragments d'origine ! Souci du détail et sobre, mais pourtant frappante, mise en scène des objets. Tout le contraire de la maison de Jane Austen, dont je parlerai ensuite (nous avons eu le loisir de tout filmer), qui donne le sentiment d'un endroit où sont "stockés" des objets, tandis que le presbytère essaie de reconstituer un climat, une impression : celle d'une maison encore habitée par ses anciens occupants, qui seraient sur le point de revenir.
Ceux qui ne seraient pas familiers de la vie des Brontë y prendraient tout de même intérêt - ce qui n'est pas tellement le cas de la maison Jane Austen, où les objets exposés manquent d'explication pour le néophyte.
En guise de bibliographie, je vous conseille ces livres que j'ai achetés sur place et qui me semblent assez intéressants.
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mercredi 30 avril 2008
Je ne peux pas exprimer mon ressenti et mes vidéos ne sont pas en mesure de montrer la splendeur de cet endroit ni son immense pouvoir de fascination et d'inspiration.
Il ne s'agit pas seulement d'une vague séduction exercée par le romantisme noir ou le gothique. Ceci est une interprétation trop évidente et facile (donc fausse), si tant est, en outre, que l'on s'entende sur le sens du mot "gothique". Et la littérature dite gothique est moins aisée à circonscrire et à expliquer qu'on ne le croit au premier abord, mais tel n'est pas notre sujet pour le moment.
Il ne s'agit donc nullement d'un attrait morbide.
Il ne s'agit que d'atmosphère, de capacité respiratoire de la part du lecteur ou de l'écrivain des lieux, de possibilité ou non de s'imprégner de la beauté décadente de l'endroit, de l'amour des ruines et des pierres. J'ai toujours un rapport extrêmement sensoriel avec les lieux que je visite. Je touche, je palpe, je respire, je regarde en fronçant les sourcils.
Ce cimetière est également le contexte de livres que je juge admirables et que d'autres, parmi mes amis très chers, conçoivent comme des "opéras-savonnette pour demoiselles éplorées". Sauf que je ne lis pas ces œuvres, je le pense, sous ce biais. Je crois que la poésie d'Emily Brontë, par exemple, est très grande et que Jane Eyre ou Wuthering Heights possèdent une noblesse, une profondeur que peu de lecteurs, finalement, leur reconnaissent, tout en les aimant. Le même problème, bien que de nature différente, se pose pour l'oeuvre de Jane Austen - que nous croiserons sur le chemin.
Nous nous attarderons sur l'aspect littéraire et psychologique plus tard, car le voyage ne fait que commencer.
Regardez attentivement le début de cette vidéo, la première image.
Il s'agit sans conteste de la plus belle tombe du cimetière, qui est à lui seul une oeuvre d'art, celle de ces hommes qui ont sculpté, souvent avec beaucoup d'adresse, la pierre. Parfois, ces hommes étaient même analphabètes...
Cette tombe est celle d'un sculpteur de pierre, dont le nom est Heaton, et qui a perdu sept enfants - fait très répandu, à l'époque et dans cette région au climat si rude. Il a sublimé sa souffrance dans ce magnifique tombeau.
Admirez la beauté de la sculpture qui représente un enfant couché (un de ses enfants), protégé par un baldaquin. On aperçoit si l'on s'approche une rose coupée ou brisée - symbole victorien assez fréquent sur les tombes d'enfants et la base a la forme d'un berceau... Voici qui aurait plu à Peter Pan qui danse sur la tombe des enfants morts ...
Il ne s'agit donc nullement d'un attrait morbide.
Il ne s'agit que d'atmosphère, de capacité respiratoire de la part du lecteur ou de l'écrivain des lieux, de possibilité ou non de s'imprégner de la beauté décadente de l'endroit, de l'amour des ruines et des pierres. J'ai toujours un rapport extrêmement sensoriel avec les lieux que je visite. Je touche, je palpe, je respire, je regarde en fronçant les sourcils.
Ce cimetière est également le contexte de livres que je juge admirables et que d'autres, parmi mes amis très chers, conçoivent comme des "opéras-savonnette pour demoiselles éplorées". Sauf que je ne lis pas ces œuvres, je le pense, sous ce biais. Je crois que la poésie d'Emily Brontë, par exemple, est très grande et que Jane Eyre ou Wuthering Heights possèdent une noblesse, une profondeur que peu de lecteurs, finalement, leur reconnaissent, tout en les aimant. Le même problème, bien que de nature différente, se pose pour l'oeuvre de Jane Austen - que nous croiserons sur le chemin.
Nous nous attarderons sur l'aspect littéraire et psychologique plus tard, car le voyage ne fait que commencer.
Regardez attentivement le début de cette vidéo, la première image.
Il s'agit sans conteste de la plus belle tombe du cimetière, qui est à lui seul une oeuvre d'art, celle de ces hommes qui ont sculpté, souvent avec beaucoup d'adresse, la pierre. Parfois, ces hommes étaient même analphabètes...
Cette tombe est celle d'un sculpteur de pierre, dont le nom est Heaton, et qui a perdu sept enfants - fait très répandu, à l'époque et dans cette région au climat si rude. Il a sublimé sa souffrance dans ce magnifique tombeau.
Admirez la beauté de la sculpture qui représente un enfant couché (un de ses enfants), protégé par un baldaquin. On aperçoit si l'on s'approche une rose coupée ou brisée - symbole victorien assez fréquent sur les tombes d'enfants et la base a la forme d'un berceau... Voici qui aurait plu à Peter Pan qui danse sur la tombe des enfants morts ...
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Vendredi 25 avril
Nous embarquons à la gare de King's Cross, pour un train qui s'arrêtera à Leeds où nous prendrons un autre train, direction Haworth - ou plus exactement Keighley, d'où nous irons à Haworth en taxi. Les premières classes de ce train sont particulièrement raffinées, plus qu'en France. On dirait un petit restaurant. Il y a des prises électriques pour les ordinateurs. Certains Anglais, parmi les personnes âgées, sont tout de même vraiment conformes à l'image que nous nous faisons des Anglais. Les jeunes sont, comme partout ailleurs : dévergondés, assez mal embouchés et habillés comme des voyous.
Les Anglais de Londres sont assez énervés, toujours en partance, lisant les journaux gratuits distribués un peu partout dans les rues et buvant des cafés sans répit.
Installés à nos places réservées – le train est peu rempli - , je décide de dormir un peu, car une longue journée nous attend.
Arrivés à Haworth, nous découvrons d'abord notre lieu de résidence, une luxueuse Guest House de style victorien avec tout le confort moderne. Ashmount est son nom. Je la recommande chaleureusement aux futurs visiteurs de Haworth. Les propriétaires sont charmants.
C'est l'ancienne demeure du Docteur Ingham qui la construisit en 1870. C'est lui qui se rendit au chevet de Charlotte, quand elle mourut en 1855 et à celui de son père, six ans plus tard.
Notre chambre comporte un lit à baldaquin, comme chez nous, et une vue magnifique.
Très vite, nous partons à la découverte de Haworth. Un premier cimetière, qui n'est pas celui que nous cherchons.
Le lieu ressemble à ce que je connais de l'Ecosse : des petites maisons à pierres grises et des hauteurs vallonnées. La rue principale, pavée, qui monte jusqu'au ciel. Et puis le cimetière attenant au presbytère des Brontë.
Un choc. Des dizaines et des dizaines de tombes, à perte de vue, des pierres tombales majestueuses ou penchées, parfois brisées.
Un monde bordé d'un liseré de mousse. Plus étonnant: des centaines de corbeaux qui parlent, qui hurlent à la mort ou à la vie et qui font leur nid dans les arbres torturés. Leur chant funèbre est sublime.
Je reviendrai parler de ce cimetière de manière plus sérieuse et, en attendant, je vous recommande ce livre-ci (que j'ai acheté) :
L'auteur est un guide qui propose un tour du cimetière. Il narre des choses assez troublantes. Nous y reviendrons.
La tour de l'ancienne église que nous apercevons sur les vidéos est demeurée intacte – puisque l'église a été reconstruite – et c'est sous un des piliers que sont enterrés les Brontë (mais pas Anne...). L'église n'est pas ouverte et nous ne pourrons pas la visiter avant le lendemain. Vous devrez donc attendre, vous aussi, un peu.
A SUIVRE...
(MERCI DE RESPECTER LE COPYRIGHT DES DOCUMENTS.)
Nous embarquons à la gare de King's Cross, pour un train qui s'arrêtera à Leeds où nous prendrons un autre train, direction Haworth - ou plus exactement Keighley, d'où nous irons à Haworth en taxi. Les premières classes de ce train sont particulièrement raffinées, plus qu'en France. On dirait un petit restaurant. Il y a des prises électriques pour les ordinateurs. Certains Anglais, parmi les personnes âgées, sont tout de même vraiment conformes à l'image que nous nous faisons des Anglais. Les jeunes sont, comme partout ailleurs : dévergondés, assez mal embouchés et habillés comme des voyous.
Les Anglais de Londres sont assez énervés, toujours en partance, lisant les journaux gratuits distribués un peu partout dans les rues et buvant des cafés sans répit.
Installés à nos places réservées – le train est peu rempli - , je décide de dormir un peu, car une longue journée nous attend.
Lorsque je m'éveillerai, je serai chez les Brontë. Je me frotte les yeux, je les écarquille. Est-ce bien vrai ? Il faut préciser que j'en rêve depuis au moins dix ans, sinon plus. Mais si nous n'y sommes pas venus avant, c'est uniquement par ma faute. J'ai dû apprivoiser beaucoup de mes craintes.
Arrivés à Haworth, nous découvrons d'abord notre lieu de résidence, une luxueuse Guest House de style victorien avec tout le confort moderne. Ashmount est son nom. Je la recommande chaleureusement aux futurs visiteurs de Haworth. Les propriétaires sont charmants.
C'est l'ancienne demeure du Docteur Ingham qui la construisit en 1870. C'est lui qui se rendit au chevet de Charlotte, quand elle mourut en 1855 et à celui de son père, six ans plus tard.
Notre chambre comporte un lit à baldaquin, comme chez nous, et une vue magnifique.
Très vite, nous partons à la découverte de Haworth. Un premier cimetière, qui n'est pas celui que nous cherchons.
Le lieu ressemble à ce que je connais de l'Ecosse : des petites maisons à pierres grises et des hauteurs vallonnées. La rue principale, pavée, qui monte jusqu'au ciel. Et puis le cimetière attenant au presbytère des Brontë.
Un choc. Des dizaines et des dizaines de tombes, à perte de vue, des pierres tombales majestueuses ou penchées, parfois brisées.
Un monde bordé d'un liseré de mousse. Plus étonnant: des centaines de corbeaux qui parlent, qui hurlent à la mort ou à la vie et qui font leur nid dans les arbres torturés. Leur chant funèbre est sublime.
Je reviendrai parler de ce cimetière de manière plus sérieuse et, en attendant, je vous recommande ce livre-ci (que j'ai acheté) :
La tour de l'ancienne église que nous apercevons sur les vidéos est demeurée intacte – puisque l'église a été reconstruite – et c'est sous un des piliers que sont enterrés les Brontë (mais pas Anne...). L'église n'est pas ouverte et nous ne pourrons pas la visiter avant le lendemain. Vous devrez donc attendre, vous aussi, un peu.
A SUIVRE...
(MERCI DE RESPECTER LE COPYRIGHT DES DOCUMENTS.)
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Avertissement(s) :
***
Jeudi 24 avril
à la recherche des fameuses pierres tombales dont il est question à la fin du Little White Bird. Nous nous sommes égarés la dernière fois.
Faut-il revenir sur le lieu de ses jours très heureux ? Ou abîme-t-on ce qui était beau ? Non, j'ai trop confiance en notre sens du bonheur, en notre exigence quant à l'instant présent pour redouter cela.
Je m'en vais chatouiller les orteils de Peter Pan et faire le pitre, puisque l'Orangery is closed - une fête privée s'y prépare.
Nous repartons, le coeur léger et lourd à la fois, sans savoir que nous sommes passés près des pierres sans les voir... Maintenant, je sais que le rire entendu derrière notre dos était le leur.
Je remarque, le soir, sur Oxford Circus, à quel point les jeunes anglaises chics peuvent être délurées. La londonienne argentée porte un sac à main Dior, une robe noire classe, et des escarpins à talons aiguille. Elle m'impressionne grandement, moi, qui suis complètement avachie dans mes petites ballerines d'enfant et qui ai l'allure d'un vieux pot à tabac.
Petit arrêt au Starbucks café couplé avec un magasin de livres – je ne dis pas librairie, je suis trop respectueuse –, Borders.
Les serveurs parlent à peine l'anglais, moins bien que moi (c'est dire ! Mais je le comprends très bien, en revanche...) et toutes les professions de ce genre sont exercées par des immigrés. Il me demande mon prénom pour inscrire sur le gobelet en carton en attente, je réponds, d'humeur malicieuse : « Jane Austen ». Il me regarde ahuri et je renonce.
La première journée à Londres s'achève.
Première page du voyage.
Holly se présentera souvent à vous sans fards - c'est le cas de dire, je ne me maquille jamais -, décoiffée, mal fagotée et souvent crottée, pas trop comme il faut (elle gueule plus qu'elle ne parle). Elle est tout à fait ridicule la plupart du temps, mais elle s'en moque complètement, parce que c'est l'Aventure, n'oubliez pas. Hélas, les "héros" de la vie réelle et moderne n'ont pas le maintien parfois aristocratique des chasseurs d'épaves ou de trésors que l'on rencontre dans les livres. Mais... Mais... Vous verrez bien si vous me suivez jusqu'au bout.
Tout a été filmé en direct, rien n'a été préparé, alors parfois je trébuche sur les mots et les idées qui affleurent. Je voulais partager avec mes proches amis mes émotions immédiates. Alors, parfois, mon français et mon anglais laissent à désirer.
La qualité des vidéos est obligatoirement dégradée parce qu'elles seraient impossibles à télécharger sur un serveur autrement et je n'ai pas le temps de les retravailler pour le web. De plus, c'est de la vidéo très amateur, de même les photographies, alors... fermez les yeux.
Holly se présentera souvent à vous sans fards - c'est le cas de dire, je ne me maquille jamais -, décoiffée, mal fagotée et souvent crottée, pas trop comme il faut (elle gueule plus qu'elle ne parle). Elle est tout à fait ridicule la plupart du temps, mais elle s'en moque complètement, parce que c'est l'Aventure, n'oubliez pas. Hélas, les "héros" de la vie réelle et moderne n'ont pas le maintien parfois aristocratique des chasseurs d'épaves ou de trésors que l'on rencontre dans les livres. Mais... Mais... Vous verrez bien si vous me suivez jusqu'au bout.
Tout a été filmé en direct, rien n'a été préparé, alors parfois je trébuche sur les mots et les idées qui affleurent. Je voulais partager avec mes proches amis mes émotions immédiates. Alors, parfois, mon français et mon anglais laissent à désirer.
La qualité des vidéos est obligatoirement dégradée parce qu'elles seraient impossibles à télécharger sur un serveur autrement et je n'ai pas le temps de les retravailler pour le web. De plus, c'est de la vidéo très amateur, de même les photographies, alors... fermez les yeux.
***
Jeudi 24 avril
voyageant en bonne compagnie d'un couple d'anglais traditionnels, à qui je demande précision quant à la prononciation que je sais « irrégulière » de « Keighley ». Mais je préfère vérifier ce que j'ai lu dans les livres... Le « gh » se prononce comme un « th ». La femme me donne d'abord une mauvaise réponse, puis s'avise auprès de son mari, qui rectifie. Elle m'explique qu'entre les diverses régions d'Angleterre les prononciations divergent et que même les anglais entre eux ont parfois du mal à se comprendre.
Digression :
Voici ce que j'appelle un anglais traditionnel, mais il n'en existe pas beaucoup, je crois, seulement dans notre imagination. Admirez le parallélisme des valises, le port et le parapluie. Reprenons.
La femme a la peau ridée, dans le décolleté qu'elle laisse entrevoir, le ventre rebondi des caprices de la vieillesse et l'homme, qui semble plus jeune mais ne l'est pas, a le nez couperosé. Il boit peut-être. Ils ne s'adresseront pas plus de trois fois une parole rapide et efficiente pendant la durée du voyage. Cela signifie soit qu'ils n'ont plus rien à se dire soit qu'ils communiquent par télépathie. Ils n'ont pas l'air hostiles l'un envers l'autre ni même indifférents.
Non loin de nous, en face à face, un couple de français, d'origine malgache peut-être. Elle, plutôt belle. Mais d'un milieu social que je juge assez bas, eu égard à la tenue vestimentaire et au relâché désagréable du langage et des manières.
Je ne suis pas Jane Austen, mais j'ai l'oeil acéré. Y compris en ce concerne mes propres négligences.
La femme sort, sans gêne, un sein après l'autre, sous le prétexte de nourrir un enfant qui a bien six mois et qui ne tète pas. La scène choque quelques puritains de mon genre. Il me paraît de mon devoir d'aller informer la femme qu'il est des politesses élémentaires, mais M. Golightly grince des dents - car, lui, est un gentleman et il sait que mon attitude serait encore plus vulgaire que la sienne. Je ronge mon frein.
Nous arrivons dans la nouvelle gare de St. Pancras,
Non loin de nous, en face à face, un couple de français, d'origine malgache peut-être. Elle, plutôt belle. Mais d'un milieu social que je juge assez bas, eu égard à la tenue vestimentaire et au relâché désagréable du langage et des manières.
Je ne suis pas Jane Austen, mais j'ai l'oeil acéré. Y compris en ce concerne mes propres négligences.
La femme sort, sans gêne, un sein après l'autre, sous le prétexte de nourrir un enfant qui a bien six mois et qui ne tète pas. La scène choque quelques puritains de mon genre. Il me paraît de mon devoir d'aller informer la femme qu'il est des politesses élémentaires, mais M. Golightly grince des dents - car, lui, est un gentleman et il sait que mon attitude serait encore plus vulgaire que la sienne. Je ronge mon frein.
Nous arrivons dans la nouvelle gare de St. Pancras,
propre, éblouissante, neuve. L'anglaise qui nous a aimablement informés en matière de linguistique reviendra sur ses pas pour nous souhaiter un beau voyage. Elle a semblé intéressée et ravie lorsque je lui ai expliqué le but de mes divers déplacements. Demain, il faudra changer à Leeds et au retour, le dimanche, à Leeds et à York.
Nous éprouvons quelques difficultés à comprendre le système ferroviaire anglais, alors que nous nous mettons en quête des billets de train pour le lendemain, à Haworth. Mais, en vérité, ce sytème me semble meilleur que le nôtre.
Notre hôtel se situe, pour cette première nuit, en face des Jardins de Kensington. La brochure de l'hôtel dit – mais ce n'est pas la vérité vraie – que « It is widely believed that James M Barrie wrote his famous story of Peter Pan sitting on a bench where the hotel now stands. » « Widely believed »? I don't think so ! Where didn't Barrie write Peter Pan? Tell me!
Nous retournons aux Jardins
Notre hôtel se situe, pour cette première nuit, en face des Jardins de Kensington. La brochure de l'hôtel dit – mais ce n'est pas la vérité vraie – que « It is widely believed that James M Barrie wrote his famous story of Peter Pan sitting on a bench where the hotel now stands. » « Widely believed »? I don't think so ! Where didn't Barrie write Peter Pan? Tell me!
Nous retournons aux Jardins
Malgré les instructions très précises d'Andrew Birkin, l'entreprise s'avère un échec absolu. Peut-être dimanche ? Pour mon anniversaire ?
Un écureuil gris tourne autour de moi après que j'ai invoqué le nom de Sir James Matthew. Est-ce celui que j'avais vu l'année dernière ? Quelle est la durée de vie d'un écureuil gris ?
En tout cas celui-ci s'approchera assez près de moi pour déposer un baiser mouillé et frais sur mon index droit. Le fait est que cet écureuil est celui qui m'indiquera, quelques jours plus tard, l'emplacement des pierres...
Un écureuil gris tourne autour de moi après que j'ai invoqué le nom de Sir James Matthew. Est-ce celui que j'avais vu l'année dernière ? Quelle est la durée de vie d'un écureuil gris ?
En tout cas celui-ci s'approchera assez près de moi pour déposer un baiser mouillé et frais sur mon index droit. Le fait est que cet écureuil est celui qui m'indiquera, quelques jours plus tard, l'emplacement des pierres...
Nous repartons, le coeur léger et lourd à la fois, sans savoir que nous sommes passés près des pierres sans les voir... Maintenant, je sais que le rire entendu derrière notre dos était le leur.
Je remarque, le soir, sur Oxford Circus, à quel point les jeunes anglaises chics peuvent être délurées. La londonienne argentée porte un sac à main Dior, une robe noire classe, et des escarpins à talons aiguille. Elle m'impressionne grandement, moi, qui suis complètement avachie dans mes petites ballerines d'enfant et qui ai l'allure d'un vieux pot à tabac.
Petit arrêt au Starbucks café couplé avec un magasin de livres – je ne dis pas librairie, je suis trop respectueuse –, Borders.
Les serveurs parlent à peine l'anglais, moins bien que moi (c'est dire ! Mais je le comprends très bien, en revanche...) et toutes les professions de ce genre sont exercées par des immigrés. Il me demande mon prénom pour inscrire sur le gobelet en carton en attente, je réponds, d'humeur malicieuse : « Jane Austen ». Il me regarde ahuri et je renonce.
mardi 29 avril 2008
[Clichés de M. Golightly - cliquez sur les photographies pour les agrandir.]
Saviez-vous que l'on pouvait mourir d'excès de bonheur tout autant que d'excès d'oxygène ?
Je suis de retour. Il y a très peu de temps et j'écris à la hâte ces quelques lignes pour quelques-uns d'entre vous. Il va me falloir quelques semaines pour me remettre de mes aventures ! Et pourtant j'ai un travail fou qui m'attend à la maison. Mais il m'arrive toujours des choses extraordinaires lorsque je voyage. Le temps ne compte plus alors.
J'ai rencontré des êtres formidables qui m'ont ouvert leur maison, leurs archives, un peu de leur vie, pour les livres en préparation sur J.M. Barrie. (Rien de tout ceci n'aurait été possible sans toi, Robert. Tu sais à quel point je suis capable d'être heureuse comme un enfant et je l'ai été, je le suis. Rien non plus n'aurait été possible, avant tout, sans M. Golightly, mais nul besoin de parler de lui, parce que lui et moi, c'est la même chose. Il pourrait écrire ces lignes tout autant que moi.)
Si vous ne croyez pas aux fées, j'espère au moins que vous croyez aux contes de fées.
J'ai bien fait de frapper dans mes mains au moment opportun, comme tous les enfants, pourtant "sans coeur", qui assistaient jadis aux représentations de Peter Pan, afin que Tinker Bell ne meure pas...
Mais, là, il s'agit d'une autre histoire que je commencerai à vous conter tout doucement, dès demain. Le récit d'un voyage en Angleterre, qui commence à Londres, qui s'aventure jusque dans les Moors des Brontë, qui repasse par Londres, pour redescendre prendre le pouls de vieilles ruines, pour visiter une grande dame des lettres anglaises et, apothéose, le Graal de tout barrien : Black Lake.
Il s'agit d'un endroit secret dont je ne pourrai pas vous parler directement, car j'ai fait une promesse solennelle, mais je pourrai vous dire mes sentiments car, eux, ils m'appartiennent.
Je suis, sur cette photographie [Cliquez pour agrandir, merci à Robert pour le cliché !], dans LA forêt de pins, la pinewood qui fait rêver tous les lecteurs véritables de Barrie, qu'ils soient ou non fétichistes (je le suis). La sève de Peter Pan coule ici.
Que l'aventure commence !
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- Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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