lundi 9 juillet 2012
Libellés :Danemark,exil,Louis-Ferdinand Céline
***
Loulou et Lucette vécurent trois ans à Klaskovgaard – situé à 17 km de Korsør (elle-même à environ une heure de Copenhague en train), d'après mes deux chauffeurs de taxi, et à 5 / 7 km de Korsør d'après divers céliniens...
Trois longues années.
Interminables.
Thorvald Mikkelsen, l'avocat danois de Céline, leur offrit l'hospitalité dans ces deux "chaumières" que nous étions venues débusquer.
En vérité, Fanehuset appartient au centre de conférence mentionné dans l'un des précédents billets danois (et les deux maisons, peu éloignées l'une de l'autre, sont situées très près de celui-ci), mais elle n'est pas (plus ?) louée, car son état ne le permet pas. La maison est extrêmement délabrée. J'ai jeté un oeil à travers les vitres crasseuses et la maison semble avoir été abandonnée depuis plusieurs années. Le temps la ronge peu à peu. Je n'ai pas osé demander pourquoi elle n'était pas restaurée. J'avoue que je la louerais avec plaisir, l'été, si elle était remise en état. L'hiver, il me semble que cela doit s'avérer redoutable de vivre dans cette petite maison perchée sur une falaise. D'ailleurs, Louis et Lucette ne l'habitaient que l'été. Mais, l'été, il me semble que le bois qui l'entoure est infesté de bestioles prêtes à vous faire la peau ; des myriades d'insectes prompts à vous dévorer y pullulent. J'en frisonne rétrospectivement.
Trois longues années.
Interminables.
Thorvald Mikkelsen, l'avocat danois de Céline, leur offrit l'hospitalité dans ces deux "chaumières" que nous étions venues débusquer.
En vérité, Fanehuset appartient au centre de conférence mentionné dans l'un des précédents billets danois (et les deux maisons, peu éloignées l'une de l'autre, sont situées très près de celui-ci), mais elle n'est pas (plus ?) louée, car son état ne le permet pas. La maison est extrêmement délabrée. J'ai jeté un oeil à travers les vitres crasseuses et la maison semble avoir été abandonnée depuis plusieurs années. Le temps la ronge peu à peu. Je n'ai pas osé demander pourquoi elle n'était pas restaurée. J'avoue que je la louerais avec plaisir, l'été, si elle était remise en état. L'hiver, il me semble que cela doit s'avérer redoutable de vivre dans cette petite maison perchée sur une falaise. D'ailleurs, Louis et Lucette ne l'habitaient que l'été. Mais, l'été, il me semble que le bois qui l'entoure est infesté de bestioles prêtes à vous faire la peau ; des myriades d'insectes prompts à vous dévorer y pullulent. J'en frisonne rétrospectivement.
Quant à Skovly, la maison d'hiver des Destouches, plus grande et plus cossue que Fanehuset, elle appartient à des particuliers qui, selon toute évidence, l'habitent et l'entretiennent soigneusement. Un discret panneau "privé" et une boîte aux lettres indiquent cela de façon on ne peut plus claire. Je me suis pourtant aventurée assez près, au point de caresser les murs extérieurs de cette maison. J'ai besoin de ce contact avec les lieux où ont vécu les morts. (Suis-je fétichiste ?) J'espère que les propriétaires de ce lieu magique ne m'en voudront pas. Savent-ils que l'ombre d'un génial écrivain y demeure attachée ?
Voir également ce lien.
Libellés :Danemark,exil,Louis-Ferdinand Céline
{Cliquez pour agrandir les images}
J'aime beaucoup cette image et la légende...
Journal extrait de mes archives personnelles.
Libellés :Copenhague,Danemark,exil,Louis-Ferdinand Céline,miscellanées
Voici l'appartement de Karen Marie Jensen, la "duchesse" (Elizabeth Craig était l'"Impératrice") où vécurent Louis et Lucette avant qu'ils ne fussent arrêtés.
Karen Marie Jensen était une très belle danseuse (on sait la passion de Céline pour les danseuses), qui eut une fin pitoyable, hélas...
Louis et Karen ne se revirent pas après l'épisode danois. Quelque chose était brisé entre eux.
Louis et Karen ne se revirent pas après l'épisode danois. Quelque chose était brisé entre eux.
Libellés :Copenhague,exil,Louis-Ferdinand Céline
Depuis des années, nous avions chevillé au coeur le rêve de mettre nos pas dans ceux de Louis-Ferdinand Céline, de son épouse Lucette et du chat Bébert, lors de leur exil... S'il n'avait pas fui, Céline aurait été assassiné – car il s'agit bien de cela...
Merci aux Danois d'avoir sauvé sa peau et de lui avoir permis d'écrire encore quelques beaux livres.
On a reproché bien des choses à Céline, cela ne cessera jamais, j'en suis consciente. Il suffit de mesurer les prudences avec lesquelles s'avouent les passions céliniennes. Oublions ce fat et imbécile (les deux mots ne sont pas synonymes et, de toute façon un seul adjectif ne serait pas suffisant pour contenir toute sa bêtise) garçon coiffeur, Luchini, qui n'épate que les plus sots que lui, crache sur le verbe célinien et salit tout ce qu'il touche (Nietzsche aussi). Il n'a jamais rien compris. Tout ce qu'il chie verbalement lui passe à des miles au-dessus du cerveau. Et pourtant je l'ai aimé, autrefois, avant qu'il ne dise que Céline était un « salaud » à la fin d'un spectacle. Hormis Christophe Malavoy, parmi de rares autres, je n'ai jamais entendu quelqu'un dire son amour et son admiration pour Céline sans user de précautions, afin que l'on ne le qualifie pas d'antisémite – par exemple, ce n'est qu'un exemple. Céline fait peur. Il me suffit de prononcer son nom au cours d'une conversation, y compris la plus amicale des conversations, pour qu'un silence gêné naisse instantanément. C'est miraculeux ! Le soupçon naît dans le coeur de votre interlocuteur. Cela m'amuse, je le confesse. Jadis, cela me blessait. Je n'ai, cependant, jamais eu peur de dire que j'aime Céline. Cela m'a nui, je le sais. Universitairement parlant. Mais j'en ai rajouté une couche, plusieurs couches. Aucun courage à cela. Je n'ai jamais eu envie de faire partie de cette clique. J'aime Céline, jusqu'à la moelle. J'aime tout. Je ne trie pas. La merde et l'or. Je suis comme cela. Qui m'aime me suive. Et je ne m'en excuse pas, ni me justifie. Il n'y a rien à expliquer ni à pardonner, simplement à comprendre – si on a assez de cervelle et de coeur, et c'est bien rare d'avoir les deux en même temps – le génie d'un écrivain, son passé, son pacifisme, son humanisme et son profond désespoir. Et sa bonté. Oui, sa bonté. J'aime autant l'homme que l'écrivain, y compris dans ses injustices (il avait parfois la reconnaissance vengeresse, je ne le nie pas, mais ce côté sale gosse m'a toujours séduite). Je l'ai élu à 16 ans et rien, jamais, ne me détournera de lui. Il y Céline, Rabelais, Shakespeare et Proust, le reste est très loin derrière. À des années lumière. Vous voyez, il suffit de peu dans la vie pour être immensément riche, riche de cette liberté qui rend vraiment fort.
Merci aux Danois d'avoir sauvé sa peau et de lui avoir permis d'écrire encore quelques beaux livres.
On a reproché bien des choses à Céline, cela ne cessera jamais, j'en suis consciente. Il suffit de mesurer les prudences avec lesquelles s'avouent les passions céliniennes. Oublions ce fat et imbécile (les deux mots ne sont pas synonymes et, de toute façon un seul adjectif ne serait pas suffisant pour contenir toute sa bêtise) garçon coiffeur, Luchini, qui n'épate que les plus sots que lui, crache sur le verbe célinien et salit tout ce qu'il touche (Nietzsche aussi). Il n'a jamais rien compris. Tout ce qu'il chie verbalement lui passe à des miles au-dessus du cerveau. Et pourtant je l'ai aimé, autrefois, avant qu'il ne dise que Céline était un « salaud » à la fin d'un spectacle. Hormis Christophe Malavoy, parmi de rares autres, je n'ai jamais entendu quelqu'un dire son amour et son admiration pour Céline sans user de précautions, afin que l'on ne le qualifie pas d'antisémite – par exemple, ce n'est qu'un exemple. Céline fait peur. Il me suffit de prononcer son nom au cours d'une conversation, y compris la plus amicale des conversations, pour qu'un silence gêné naisse instantanément. C'est miraculeux ! Le soupçon naît dans le coeur de votre interlocuteur. Cela m'amuse, je le confesse. Jadis, cela me blessait. Je n'ai, cependant, jamais eu peur de dire que j'aime Céline. Cela m'a nui, je le sais. Universitairement parlant. Mais j'en ai rajouté une couche, plusieurs couches. Aucun courage à cela. Je n'ai jamais eu envie de faire partie de cette clique. J'aime Céline, jusqu'à la moelle. J'aime tout. Je ne trie pas. La merde et l'or. Je suis comme cela. Qui m'aime me suive. Et je ne m'en excuse pas, ni me justifie. Il n'y a rien à expliquer ni à pardonner, simplement à comprendre – si on a assez de cervelle et de coeur, et c'est bien rare d'avoir les deux en même temps – le génie d'un écrivain, son passé, son pacifisme, son humanisme et son profond désespoir. Et sa bonté. Oui, sa bonté. J'aime autant l'homme que l'écrivain, y compris dans ses injustices (il avait parfois la reconnaissance vengeresse, je ne le nie pas, mais ce côté sale gosse m'a toujours séduite). Je l'ai élu à 16 ans et rien, jamais, ne me détournera de lui. Il y Céline, Rabelais, Shakespeare et Proust, le reste est très loin derrière. À des années lumière. Vous voyez, il suffit de peu dans la vie pour être immensément riche, riche de cette liberté qui rend vraiment fort.
Nous avons séjourné il y a quelques années à Baden Baden, à l'hôtel Brenner, et nous irons un jour prochain à Sigmaringen. Passages obligés pour tout célinien. Il faut voir tout cela avant de crever. Extase. Et relire Céline à l'aune des lieux enfin vécus. Je sais que je vais goûter certains de ses livres différemment, à présent. Promesse.
L'an dernier, pour l'anniversaire de sa mort, nous nous étions rendus, une fois de plus, sur sa tombe, à Meudon (la seule raison d'être de mes Roses de décembre I, c'est de conserver des traces de beaux moments, ou de moments plus douloureux, de manière un peu organisée). Cette année, nous sommes donc allés au Danemark pendant une petite semaine. Uniquement pour lui. Par amour. En pèlerinage. Le pèlerinage littéraire est aussi intense que le pèlerinage religieux ; c'est la même chose, disons-le. Ne suis-je pas venue à Dieu, moi l'athée, par la littérature (Barrie) ?
Un homme aux yeux clairs et au coeur d'or – bien meilleur connaisseur de l'oeuvre célinienne que moi –, un bel enfant et Holly Golightly, Holly Guimauve, tous les trois, ils sont donc partis un beau matin, Copenhague et Korsør en tête. Ce n'est pas rien. Il paraît que les voyages forment la jeunesse, espérons donc que notre enfant de 19 mois gardera trace de tout cela dans son inconscient, à défaut d'être imprimé dans sa mémoire. En creux. Une bosse à l'envers. La bosse célinienne. Espérons. En tout cas, pas un jour sans elle. Pas un voyage sans elle, même si prendre soin d'un enfant en voyage est parfois très compliqué. Mais le bel enfant n'a pas failli.
Mon projet initial était un séjour à l'hôtel d'Angleterre, puisque ce fut le premier point de chute de Céline, lors de son arrivée à Copenhague, et accessoirement le plus bel hôtel de la ville (pourquoi voyager petit, lorsque l'on peut voyager en cinémascope ? Peu importe si on n'a pas le premier kopeck, il faut rêver grand.). Hélas, le célèbre hôtel subit en ce moment une cure de jeunesse qui devrait se prolonger jusqu'en 2013.
J'ai donc jeté mon dévolu sur le Nimb
et ce choix se révéla excellent (le personnel est particulièrement accueillant ; d'ailleurs, tous les Danois que j'ai croisés ont été adorables avec nous, nous aidant au mieux dans notre quête célinienne). Au sein des Jardins de Tivoli (créés au milieu du XIXe siècle), le Nimb est un petit hôtel (14 chambres) de luxe ; notre suite nous offrit une splendide vue sur les Jardins
J'ai donc jeté mon dévolu sur le Nimb
et ce choix se révéla excellent (le personnel est particulièrement accueillant ; d'ailleurs, tous les Danois que j'ai croisés ont été adorables avec nous, nous aidant au mieux dans notre quête célinienne). Au sein des Jardins de Tivoli (créés au milieu du XIXe siècle), le Nimb est un petit hôtel (14 chambres) de luxe ; notre suite nous offrit une splendide vue sur les Jardins
et les paons qu'il abrite – paons qui se promènent parfois très naturellement dans les couloirs de l'hôtel...
Notre enfant profita de diverses attractions adaptées à son jeune âge... Et je contemplai avec inquiétude et fascination cette immense fête foraine (des dizaines et des dizaines d'attractions, charmantes ou kitsch), en songeant, je ne sais pour quelle exacte raison, au clown de Stephen King, dans Ça.
Et puis j'ai ressenti un délicieux frisson en imaginant que Hook, une fois de plus, m'avait mis le grappin dessus...
Lors de notre voyage imaginaire, celui qui précéda le voyage réel, nous ont accompagnés quelques livres essentiels sur cette période célinienne. Puisque nous leur sommes redevables à divers égards, nous les citons avec respect et amitié :
Nous n'oublions pas non plus l'excellent site Le Petit Célinien, dont le travail quasi quotidien est aussi remarquable (cf. notamment la série d'articles sur Bente Johansen-Karild) qu'essentiel.
Nous adressons également tous nos remerciements à la jolie danoise, fort blonde et fort aimable (elle nous offrit de l'eau, des fruits et appela un taxi pour notre retour à la gare de Korsør), qui nous reçut au centre de conférence de Klarskovgaard et qui s'est révélée être amie avec François Marchetti – nom connu de tous les céliniens...
Par un étrange hasard (est-ce que cela existe vraiment ?), le Danemark prit également un instant la couleur d'Andersen, puisque je travaille sur l'un de ses contes pour le théâtre... Hélas, je n'ai pas pu me rendre à Odense et, d'une certaine manière, la lecture de Renaud Camus (encore un être d'exception qu'il n'est pas de très bon ton d'apprécier en ce moment...) m'en avait un peu dissuadée.
Mais je suis allée sur sa tombe, à Copenhague (le cimetière, Assistens Kirkegaard, où il est hébergé, est l'un des plus beaux que j'aie jamais vus). Et j'ai également salué ce cher Kierkegaard.
Mais je suis allée sur sa tombe, à Copenhague (le cimetière, Assistens Kirkegaard, où il est hébergé, est l'un des plus beaux que j'aie jamais vus). Et j'ai également salué ce cher Kierkegaard.
Je vais tâcher de vous raconter, en images et en vidéos, ce petit séjour de manière très maladroite, mais sans retouches, brutalement, exactement de la manière un peu vertigineuse dont j'ai vécu ces instants. Sachez simplement, pour l'heure, que j'ai évité de justesse l'hôpital et la prison... J'ai également rencontré un quasi-sosie d'Ernest Hemingway et je l'ai embrassé sur la joue gauche. Il portait le deuil avec noblesse et je n'ai jamais pu résister à cela.
Plus tard, peut-être, un véritable texte naîtra de cette expérience danoise... Je le sens croître en moi.
Bon voyage !
Plus tard, peut-être, un véritable texte naîtra de cette expérience danoise... Je le sens croître en moi.
Bon voyage !
À suivre...
Libellés :Copenhague,exil,Louis-Ferdinand Céline
mercredi 6 juin 2012
Peut-être que d'essayer de trouver du sens à ces deuils successifs est une manière de reprendre la main et de croire que l'on maîtrise quelque chose. Je ne suis pas dupe de mes stratagèmes d'enfant. Je n'ai jamais été dupe de rien, surtout pas de moi-même. Il faut se lever de bonne heure pour me rouler. Et pourtant... Allez, je m'invente une petite consolation. Faut bien. Pour mettre encore en branle la machine à vivre et à broyer. Encore un petit tour. Bessy, nommée ainsi en hommage à la chienne de Louis-Ferdinand Céline, est morte il y a un peu plus d'une heure. Je l'ai bercée et elle est partie rejoindre Porthos, le chien de Barrie. Elle était le premier chien que j'eusse adopté de toute mon existence. J'avais eu un coup de foudre pour elle. J'avais besoin d'elle, je crois. Mon amour pour elle était moins pur que le sien. M. Golightly et moi-même l'avions ramenée de Paris, où nous passions nos vacances, en juillet. Indescriptible épopée que ce retour ! Elle a commencé son existence chez nous par une fugue. Puis, peu à peu, elle m'a appris les bases de la... maternité ! Un animal, même vieux, demeure toujours à moitié un enfant : il en a l'enthousiasme et la sagesse un peu folle, que nous, pauvres vieux, ne comprenons pas. C'était la première fois que je me sentais investie d'une telle responsabilité. J'ai même eu la tentation, pendant quelques instants, de la rendre ! D'autres sont venus remplir la maison. Elle m'en a parfois voulu, je crois, de me partager ainsi. Mais pas trop. Nous avons vécu 14 années glorieuses. Voilà, c'est fini. Tout ce qui est beau meurt un jour. Et ce n'est pas encore vraiment fini, n'est-ce pas ? Après, on reste bien sagement, assis, en se tortillant à peine, comme un con, sur le bord du chemin, dans l'attente de notre mort prochaine ou, pire, de celle des aimés. Est-ce que tout cela en vaut la peine pour finir aussi salement ? Ne me parlez pas de mourir dans la dignité, d'accord ? C'est une connerie de lâches, ce genre d'expressions. Y'a pas de dignité à crever. Ni à vivre. La dignité, ça n'existe pas. C'est une sorte de savon verbal pour nous laver de toutes nos saloperies d'humain. On crève toujours dans sa merde, sa pisse et ses larmes. Et tout seul. Homme ou animal. Avec un avantage certain pour les bêtes, qui minaudent moins. "Je ne puis supporter la souffrance d'être heureux..." disait Cioran via Keats. Voilà, c'est ça. Lorsque l'on est follement heureux, on ne peut que déchoir. Et, plus le bonheur est immense, plus c'est progressif et plus la chute est vertigineuse. Quand on est heureux, on ne peut que vivre dans le désespoir. L'homme n'a pas la sagesse d'aimer assez et de regretter moins, d'être reconnaissant pour ce qu'il a eu et de ne pas pleurer ce qu'il n'a plus.
"... ce qui nuit dans l'agonie des hommes c'est le tralala... l'homme est toujours quand même en scène... le plus simple..." (Céline)
Bessy et sa petite soeur, qui, elle, Dieu merci, vit encore.
Bessy et Torcello, qu'elle a nourrie à la mamelle, lorsque je l'ai ramenée à la maison.
Elle la prenait pour son bébé.
Elles s'aimaient bien.
Beaucoup.
C'est fini tout ça.
Et il faut vivre avec.
Avec.
C'est-à-dire sans.
Auf Wiedersehen, Bessy.
Mamma.
***Cf. Yeats.
lundi 14 mai 2012
Pardon, petite Bellini, je n'ai pas su t'aimer assez.
Ma vie tout entière ne sera pas assez grande pour contenir ce regret.
J'ai toujours eu le coeur trop étroit. Tous ceux que j'ai blessés (tués symboliquement) un jour le savent. Je préviens à l'avance, mais on ne me croit jamais. Pourtant, ce n'est ni du bluff ni une politesse. J'ai hérité de l'enfance une dureté et une capacité d'indifférence étrangement proportionnelles à ma capacité de souffrir. Pour durer, il faut bien se durcir, conserver en soi un petit fragment non friable et coupant.
Une arme.
Mon aveuglement vient probablement de là.
Mais je pensais avoir une meilleure âme pour mes frères animaux.
On se déçoit toujours un peu davantage. Vieillir, c'est bien cela, perdre jusqu'à cette illusion qu'il existe en soi un seuil. Une marée de pourri remonte en moi. C'est le goût de l'enfance abandonnée et carnassière.
J'aurais dû me rendre compte que tu étais malade. En prononçant l'odieux verbe devoir, cela en dit assez, bien trop. L'amour, lui, n'a rien à voir avec le commandement militaire de la morale. Il est extra-lucide. Il se donne, plein, dans la fulgurance, sans états d'âme rétrospectifs. Il est parfait ou il n'est pas. Parfait, jusque dans son imperfection – qui est respiration.
Tu m'as aimée sans conditions, Bellini. Il me faut te remercier pour cela, parmi tant d'autres motifs de gratitude. Je ne t'oublierai pas. Je n'oublie, hélas, rien. Tes cendres rejoindront celles de Torcello.
Cela n'aurait peut-être rien changé au dénouement de notre histoire, si j'avais été plus aimante, à savoir capable de deviner la maladie ; mais je ne ressentirais pas cette immense détresse aujourd'hui. Je suis consciente que ce sentiment est encore l'expression d'un terrible égoïsme qu'il me faudra bien un jour abattre. C'est, lui, l'ennemi intérieur. Pas les autres.
Un égoïsme forcené m'a permis de survivre à l'enfance. Mais la peau d'enfance crevée, l'égoïsme m'est resté, comme une tache acide qui ne cesse de se répandre et corrompt tout.
Torcello et toi,vous étiez amies. J'aime à croire qu'il existe un Paradis pour les chats et que, ce soir, vous êtes de nouveau l'une près de l'autre.
En vérité, je n'y crois pas ; je crois déjà à peine au monde réel ; mais j'essaie de persuader du contraire l'enfant que j'abrite encore en moi et qui n'est que la forme de mon âme. Mon âme est une petite fille prisonnière. C'est une peau de chagrin que je tiens dans la main. D'elle, je tire ma vie et elle meurt à mesure que je grandis. Le jour où je renoncerai au make-believe, je renoncerai à cet enfant auquel je dois tout – le meilleur et le pire, qui, chez moi, ne sont jamais séparés.
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- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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