« Il était une fois une coïncidence qui était partie faire une promenade en compagnie d’un petit accident ; pendant qu’ils se promenaient tous les deux, ils rencontrèrent une explication, une très vieille explication, si vieille qu’elle était toute pliée en deux et ratatinée, et qu’elle ressemblait plutôt à une devinette (…) »
Lewis Carroll, Les aventures de Sylvie et Bruno
Le Dominateur de Diodore :
Toute proposition vraie concernant le passé (a) est nécessaire. (b)
L’impossible (c) ne suit pas logiquement du possible. (d)- Est possible ce qui n’est pas actuellement vrai et le sera jamais. (e)
Trois ordres sont à distinguer : celui de la logique pure, comme structure de pensée à travers des catégories binaires (nécessité, possible, impossible), celui de la connaissance, comme application de cette logique au monde réel (proposition vraie) et celui du langage qui englobe les deux premiers et permet une projection du sujet dans les deux autres ordres.
Le Dominateur de Diodore de Cronos est un problème logique qui semble insoluble et qui a pour enjeu rien moins que de déterminer si oui ou non l’homme est libre de son devenir. Prises séparément ces propositions ne heurtent pas les principes fondamentaux de la logique, comme le principe de contradiction ou le tiers exclu. En revanche, elles ne peuvent subsister que deux à deux.
Le nécessaire, le possible et l’impossible ne semblent pas avoir les mêmes prétentions ou rapport à l’existence, et se soumettre à une hiérarchie. En effet, le nécessaire, par le pouvoir du négatif qui est le sien, détermine le possible et l’impossible. Ces deux-là appartiennent à la fois au monde de la logique et à celui de la fiction, quand le nécessaire n’appartient qu’au cercle de la logique.
La réalité en question ici est celle du temps et de son influence par rapport à nos actes.
On serait tenté d’affirmer que la logique se prend pour Dieu et que la croyance en celle-ci remplace toute tentation de théodicée. Le danger est aussi de prêter au monde des traits et des intentions qu’il n’a pas, c’est l’anthropomorphisme donc qui guette le logicien et qui transforme ce dernier en métaphysicien, en un drôle de tour de passe-passe. Il suffit d’accorder, subrepticement, une portée existentielle aux catégories, aux propositions logiques et surtout à la copule.
Lewis Carroll ou Charles Lutwidge Dodgson qui, en plus du fait d’être un écrivain élégant et talentueux, était d’abord un logicien et un mathématicien sérieux s’interroge sur cette « portée existentielle »[1]. La copule n’est pas une entité vivante. Elle ne proclame pas par elle-même : elle ne fait que signifier et ce rôle est distribué par le logicien, même si ce dernier a tendance à l’oublier. L’affirmation de l’existence d’une proposition dépend de la volonté du logicien et des règles qu’il a préalablement définies dans son univers. Certes, il lui faut néanmoins respecter les principes logiques universellement reconnus, mais rien ne l’oblige à ne pas inventer sa propre logique. En outre, une proposition parfaitement viable logiquement peut ne pas aller sans poser de problème dans la réalité concrète.
Les exemples de Lewis Carroll sont toujours savoureux...
Il existe trois sortes de propositions déjà étudiées par Aristote :
- les propositions particulières (propositions en I), qui ne concernent qu’une partie du sujet, et commencent par le mot « quelques » ;
- les propositions universelles négatives (propositions en E), reconnaissables au mot « aucun » qui les inaugure ;
- les propositions universelles affirmatives (propositions en A), qui concernent le sujet dans sa totalité et exhibent un « tout » audacieux et autoritaire.
Si I et A sont assertifs, qu’en est-il de E ? L’opinion de Lewis Carroll est que nous sommes contraints de supposer que E n’est pas assertif.
Si I n’est pas assertif et que E le soit. Pour lui, toute proposition en A équivaut à une proposition en E, qui est donc par voie de conséquence assertive.
Si E et A sont assertifs, logiquement il semble que I ne l’est pas ; seulement, d’un point de vue pratique, cela ne se peut, du moins pas facilement pour l’homme qui vit simplement. « Une proposition particulière n’affirme nullement l’existence de son sujet. » ; « Ignorez-vous qu’une universelle négative affirme bien l’existence de son sujet ? » … C’est la singularité, vous ou moi en tant qu’être particulier de la totalité « hommes », qui n’existe pas ! Plus paradoxal encore une universelle négative (« nul ») qui affirme l’existence d’un sujet dont elle nie l’existence !
Lewis Carroll lutte contre deux idées reçues des logiciens. La première étant leur propension à attribuer la négation à la copule plutôt qu’au prédicat, à laquelle elle conviendrait mieux, et la revendication de Carroll est un souci de commodité. Il s’insurge également contre l’idée que deux prémisses négatives ne prouvent rien et nous le montre.
[1] Logique sans peine, Ed.Hermann, trad. et présentation de Jean Gattegno et Ernest Coumet , Paris, 1982, pp. 192-201. Ce recueil reprend la première partie de la Logique symbolique de Lewis Carroll ainsi que des textes et des remarques fort instructives qui devaient constituer la deuxième et la troisième partie de sa logique, mais la mort mit fin à ce projet. A noter que ces textes sont présents dans le volume que la Bibliothèque de La Pléiade a attribué à cet auteur. Quelques erreurs se sont glissées dans les exercices de l’édition Hermann… que corrige l’édition de La Pléiade…
Ne pas confondre "prémices" et "prémisses" : 1.Les prémices, avec un c (toujours au pluriel) : les premières manifestations, les débuts de quelque chose - Les prémices de l'automne, d'une crise. 2.Une prémisse, avec deux s : en logique, chacune des deux premières propositions d'un syllogisme ; par extension, proposition ou fait d'où découle une conséquence. Contester les prémisses mêmes d'un raisonnement ; ces négligences ont constitué les prémisses de l'accident. (Larousse)

"Avec quelle quantité d'illusions ai-je dû naître pour pouvoir en perdre une tous les jours."


Illya Kullyakin (le blondinet, un agent russe, interprété par David Mc Callum) et Napoléon Solo (Robert Vaughn, le brun ténébreux, l'agent américain)...

La musique lancinante est de Lalo Schiffrin, bien connu du grand public pour son célèbre générique de la série Mannix.
Karl Malden est magnifique dans ce rôle, qui me rappelle celui qu'il joue dans Baby doll d'Elia Kazan : un homme, qui a épousé une femme trop jeune pour lui, une trainée en qui il veut voir un ange, qui attend d'elle de l'amour, quand celle-ci n'aime que la perte des hommes qui s'amourachent d'elle. Tout se passe comme si elle éprouvait un mépris, qu'elle ne s'avoue peut-être pas à elle-même, pour ceux qui ont la faiblesse de l'aimer, car elle-même ne s'abaisse pas à éprouver de l'amour. Ni pour elle ni pour les autres. Jusqu'au désir de cette femme, tout en elle semble feint. Seul le goût du sang lui est authentique.
Un enfant ne serait pas assez dénaturé pour tricher de la manière brutale de ce monstre auburn au sourire carnassier, car les petites personnes savent bien que tricher, c'est tenter de se tromper soi-même et se condamner à une impossibilité.
Le jeu est aussi un suicide différé.
Ce film est l'une des matrices du genre.
La réalisation de Norman Jewison est d'une efficacité redoutable dans sa sobriété même et sa précision chirurgicale. Le prélude constitué par un générique en forme de marche funèbre : un enterrement noir américain, en fanfare, est une introduction sensible qui donne la couleur et le ton du film. La demi-teinte. Tristesse et gaiété, l'une dans l'autre.
Ici, le jeune ange qui s'est épris de cet homme, peu enclin à communiquer des sentiments pourtants réels, lui demande ce qu'elle attend de lui, puisqu'elle décide de partir tout à coup. Il suggère qu'elle aimerait le mariage - tel est, bien évidemment, le cas. La question est brusque -un instant le visage de la jeune fille exprime l'espoir puis celui-ci meurt sans mot dire - et n'appelle pas de réponse.
Elle part.
Elle voudrait qu'il la retienne.
C'est toujours la même histoire.
* Alain Delon et Mireille Darc devraient jouer au théâtre, en 2007, Sur la route de Madison...
Je suis plongée avec délectation dans la biographie de Lewis Carroll par Derek Hudson. J'ignore si elle fut traduite en français. Je gage la négative.
J'y retrouve des choses connues et je découvre de charmants détails.
Saviez-vous que Saki avait écrit une satire poltique en s'inspirant d'Alice ?
Probablement tout n'est-il pas exact, mais cette biographie compta beaucoup en son temps, et encore de nos jours.
Je ne suis guère loin de Barrie, lorsque je m'intéresse à Carroll. Il me semble même que leurs portraits croisés produisent en moi une étincelle de lucidité quant à leur art si particulier. Leurs esprits sont cousins en bien des points, il est mêmes des coïncidences et des concordances, et je crois que je vais écrire un petit essai à ce sujet... Non, je ne le crois, je le sais pertinemment, puisque mon Moleskine commence à germer d'idées !
J'ai d'ailleurs décidé de consacrer à Carroll une part de mon forum Barrie, désormais actif, et qui a l'honneur de compter parmi ses premiers inscrits, Robert Greenham, auteur d'un livre aussi charmant que documenté sur un fragment de la vie de Barrie. Sa grand-mère fut gouvernante, un temps, des Barrie et il nous raconte, à travers les yeux de sa grand-mère (ou les siens !) un peu de leur vie... et il émet des hypothèses très intéressantes sur un certain nombre de points, dont l'origine du Capitaine Crochet (je connaissais deux ou trois sources auxquelles s'abreuve ce sinistre personnage, mais celle qu'il a découverte m'a ébahie)... J'en dirai plus sur la page que je vais consacrer à son livre. Il a même corrigé certaines de mes petites erreurs (des dates ; par exemple, Margaret Henley n'avait pas six ans mais cinq ans et cinq mois à sa mort, certificat de naissance à l'appui) : j'ai encore beaucoup à apprendre sur et de Barrie... Je suis une néophyte.
Mais l'objet de ma visite du jour sur ce JIACO est Lewis Carroll.
A la fois romancier, fantaisiste au quotidien, inventeur d'objets délirants et utiles (un nyctographe), photographe, peintre et dessinateur, célibataire endurci et excentrique.
Il me donne l'élan, le feu sacré pour oser vivre au-dessus de mes moyens (intellectuels et artistiques).
Whimsical est le mot anglais qui caractérise Barrie et Carroll et que l'on peut traduire par fantasque, mais il recouvre plus de sens selon moi.
J'aurais tant aimé recevoir des lettres écrites en écriture inversée, qu'il faut placer devant un miroir pour les déchiffrer. Les petites filles amies de Carroll avaient bien de la chance, n'est-ce pas ?
Je vous recommande vivement cette biographie écrite par son neveu :
http://www.gutenberg.org/files/11483/11483-h/11483-h.htm
rédigée à la demande de ses frères et soeurs. Elle est abondamment illustrée et plutôt fiable. Je l'ai commandée en occasion et escompte la recevoir prochainement.
Autres liens :
http://www.philobiblon.com/isitabook/games/
http://www.lewiscarroll.org/carroll.html
P.S. : l'album de la Pléiade dédié à Carroll est exquis.
"En ce moment même - c'est affreux - si j'existe, c'est parce que j'ai horreur d'exister. C'est moi, c'est moi qui me tire du néant auquel j'aspire : la haine, le dégoût d'exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de m'enfoncer dans l'existence. Les pensées naissent par derrière moi comme un vertige, je les sens naître derrière ma tête... si je cède, elles vont venir la devant, entre mes yeux - et je cède toujours, la pensée grossit, grossit, et la voilà, l'immense, qui me remplit tout entier et renouvelle mon existence. " (Sartre, La Nausée)
(Dans un ordre d’idées comparables, Columbo, inspiré à la fois du Père Brown de Chesterton et du Petrovitch de Dostoiëvski (Crime et Châtiment) dissimule son intelligence prodigieuse avec des ustensiles : son imperméable fripé, sa vieille voiture étrangère, sa femme, son chien, ses petites questions, ses anecdotes quelconques.)

Quelques chapitres...
Les roses du Pays d'Hiver
Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.
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- Holly Golightly
- Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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