vendredi 18 septembre 2009
Sur une suggestion de M. Golightly...
À mettre en relation avec le billet précédent, ce fichier audio que j'ai "encodé" pour vous. Il est extrait de ce double CD que je ne peux que vous recommander du fond du cœur...

Celine
Arletty (une des seules voix au monde que je sais imiter), l'amie fidèle de Ferdine, lit un extrait de Mort à crédit.
jeudi 17 septembre 2009
Il y aura bientôt 4 ans que j'ai créé les Roses de décembre autant qu'elles m'ont recréée, si l'on se place dans une certaine perspective. J'ai ouvert cette fenêtre, parce que j'étais perdue dans ma forêt de mots, parce que la philosophie, pensais-je, m'avait abandonnée, parce que je n'attendais rien ni personne. Un geste égoïste et arbitraire qui s'est révélé être l'une de mes meilleures idées.
Hier, c'était l'anniversaire de Marie, morte au mois de mars de l'année 2008. Je sais qu'elle était présente - aux pays des âmes ou simplement dans mon cœur et, peut-être, est-ce la même chose - à la Sorbonne, dans la salle Duroselle, pour assister à la soutenance de ma thèse de doctorat de philosophie.
J'ai recréé, de manière à peine plus discrète que chez moi,

sur ma table de torture, dans cette salle, un autel entourant mon discours. de soutenance. J'aimais fort cette image. Elle me faisait songer à Henry James et à François Truffaut. Il fallait qu'aux côtés des présents les fantômes et les absents, mes aimés, soient présents. Ils l'ont été au-delà de mes espérances.
En quatre ans, beaucoup de choses ont changé. J'ai construit avec les intéressé(e)s de nouvelles amitiés, solides - même si d'autres ont fini par avouer n'être que des illusions -, grâce aux Roses et au travail que j'ai accompli pour l'amour de James Matthew Barrie.
Hier, le passé et le présent se sont tenu la main. Mes amis d'enfance, d'adolescence, et ceux de l'âge que l'on dit adulte étaient presque tous présents. Il y avait même le messager d'une nouvelle amitié. Et ceux qui n'étaient pas là physiquement l'étaient tout de même, parfois par la simple présence d'une photo ou d'un objet. Mes amis de toujours et ceux qui le sont devenus étaient là. Mon premier professeur de philosophie de faculté, qui était membre de mon jury, fut donc présent au début et à la fin de mon parcours, comme il l'a dit. Mon mari était au premier rang de l'assemblée, lui, qui, il y a 17 ans, m'a fait découvrir la philosophie et lire Louis-Ferdinand Céline, est celui à qui je dédie cette réussite. C'est autant la sienne que la mienne, même si j'ai bataillé dur. J'ai écrit plus de deux mille pages en 9 ans et j'en ai présenté 700, hier.
Cette épreuve fut pénible (il paraît que c'est un rite de passage ; en tout cas, c'est tout aussi violent) et, plus que cette réussite avec les honneurs, je retiendrai la force de la présence, celle de la grande majorité de mes amis, qui m'ont littéralement protégée et portée vers la fin de ce chemin. Sans eux, je n'aurais pas pu y arriver.
Et il faut louer, en premier lieu, mon ami James, professeur américain, qui m'a aidée plus que n'importe quelle autre personne à finir ce travail. Jusqu'aux dernières heures qui ont précédé ce 16 septembre 2009, il a travaillé pour me rendre forte. Croyez-le bien, travailler avec moi n'est pas un plaisir... Sans les Roses de décembre, je ne l'aurais jamais rencontré, il y a 901 jours. La chance n'existe pas, on la suscite.
Mon discours était constitué, au départ, d'une soixantaine de pages qui ne furent plus que huit le 16 septembre.
J'ai coupé un passage, en particulier, concernant Henry Darger, et j'ai eu envie de le déposer ici, accompagné de la magnifique chanson de Natalie Merchant. Elle est extraite d'un album qui m'a ravie.

Henry, je l'ai rencontré, grâce à une amie merveilleuse, une artiste, qui fait des collages sublimes, qui m'ont beaucoup inspirée pour écrire la fin de ma thèse. Je la remercie. Elle se reconnaîtra... Je souligne l'existence de ce DVD (zone 1) :


Fragment coupé :
Je ne suis pas certaine que le nom de Henry Darger soit familier à beaucoup. Cet américain né en 1892 et mort en 1973 était un auteur dont la particularité, outre un immense livre de plus de 15 000 pages avec beaucoup d'illustrations, découvert après sa mort par son logeur, fut de vivre tout à fait reclus. Cet enfermement choque et interroge autant, sinon davantage, que son œuvre, par ailleurs, impossible à se représenter.
Imaginez, pourtant, un instant un immense collage hétéroclite, un patchwork auquel un être humain consacrerait des dizaines d'années, qu'il alimenterait du soir au matin avec la moindre de ses pensées et la plus petite et banale de ses émotions. J'ai toujours été fascinée par les reclus volontaires, par ces gens qui prennent le gros rocher de Sisyphe pour boucher l'entrée de leur Caverne et qui macèrent à l'intérieur de cette grotte de Cyclope. Jusqu'à leur propre pourriture. Ce ne sont ni des ascètes ni des ermites à proprement parler, puisque chez ces derniers la solitude procède probablement davantage d'une décision en vue d'atteindre un certain idéal. Ce ne sont que des hommes qui vivent en projetant de manière assez brutale leur intériorité dans le monde extérieur. Tout ça, avec une inconscience terrible et un immense danger, d'abord pour eux-mêmes, puis pour nous. Ils se retrouvent alors face à face avec leur fond, avec cette intimité invisible - qui devrait demeurer telle, car la regarder en face revient à périr de la vision. Pour vivre, il faut douter, ne serait-ce qu'un peu, de ce que l'on est au fond. Il faut même douter de l'idée que l'on ait un fond. Il faut se construire, en s'érodant à des possibles. L'art réel, lui, marchande. La philosophie, elle, évite de savoir ses raisons viscérales et crée une vision du monde qui tend au plus grand englobement possible du réel. L'art est ce qui permet de pactiser avec cet inconnu qui nous habite et de le sublimer, c'est ce qui autorise une vision de ce soi fantomal qui fait ordinairement la pantomime à travers une œuvre élaborée ; c'est un spectre qui suinte entre les interstices du texte ou les jointures de l'objet d'art. Parfois l'œuvre d'art ne possède pas assez de raison et de conscience pour tenir à distance, sous le voile, cet intérieur qui veut se faire (bien) voir et cette impossible métaphorisation du soi caché prend possession de l'artiste et le broie dans sa folie. Il s'identifie à lui et devient lui. Le moi devient ce soi, sans retour possible, et perd le doute. Il n'est plus homme. Il est fou. Il est intérieur sans extérieur. Il n'a plus de peau. Il est prisonnier à l'intérieur.
Darger, lui, semble s'être reclus, comme cela, sans vraiment s'en apercevoir, absorbé par une œuvre qui a pris la place de son existence, de son être. Claustration volontaire et fermeture au monde qui ne répond pas à une décision claire. Darger lavait la vaisselle dans un hôpital, ne parlait à personne, ou très peu, et vécut seul la majeure partie de sa vie. Enfermé dans ses pensées, il semblait soumis au tropisme d'obsessions qui l'ont conduit à se consumer pour une œuvre écrite pour personne, pour un soleil dont il était la lune, peut-être. La plupart des spécialistes en la matière, vous diront, peut-être moins crûment mais cela revient au même, que Darger était fou. Il y a une assimilation parfois assez problématique entre la notion d'art et celle de folie. Voir Artaud. Voir le plancher de Jeannot, exposée au dehors de l'hôpital St-Anne. L'art est parfois folie, pactise avec elle, mais la folie n'est certainement pas de l'art. Ni de même de l'art brut, comme disent pudiquement certains. La philosophie, elle aussi, est art et folie virtuelle mais un art qui refuse ses dépendances obscènes ou viscérales et une folie désamorcée ou inhabitée, puisque le philosophe fait mine de pas vraiment penser en première personne, de la pointe de sa singularité, mais des cimes de l'universel. À moins qu’il ne soit un philosophe scientifique, et encore, je ne crois pas que l’on puisse parler hors de sa singularité. La folie ne fait que libérer ce qui existe déjà, caché. Parfois, c'est une trempe d'artiste avorté ou mutilé, parfois ce n'est que la monstruosité. Et la monstruosité peut être belle. Pendant quarante ans, Darger a vécu dans un même appartement. Chaque chose qu'il apportait dans ce lieu n'en ressortait jamais. L'appartement de Darger ressemblait en tous points aux logis des malades dont l'affection est décrite par les spécialistes comme étant un « syndrome de Diogène », des gens qui vivent dans un univers confiné et rempli de choses, de détritus souvent, incapables qu'ils sont de jeter les choses, créant une sorte de nid dans lequel ils se posent pour n'en presque plus jamais bouger. Mais ces gens-là ne couvent, pour la plupart, rien. Sinon leur maladie d'être. Certains philosophes, de même, nidifient, mais avec des pensées, des objets abstraits.
J'ai connu certains êtres qui vivaient de la sorte et qui ne laissaient personne entrer chez eux, un certain Roger V., avec qui j'étais devenu amie et que l'on a retrouvé mort sous un tas de détritus, des années après. Très peu de ces Diogène sont des artistes fendus comme Darger, mais ils nous apprennent quelque chose de fondamental sur nous-mêmes, je crois. Ils vivent l'absurdité de notre condition. Ils vivent à l'extérieur comme nous vivons à l'intérieur de nous-mêmes. Notre monde intérieur n'est-il pas une sorte de nid, dont chaque brindille ou éléments est une chose décédée, un petit détritus du passé, une peau morte ?
The Realms of Unreal1, Les royaumes de l'irréel, tel était le nom de l'œuvre que l'on retrouva à la mort de l'auteur, lorsque l'on nettoya son appartement – qui consistait en une chambre. Son œuvre est une sorte de gigantesque collage de mots et d'images, une collection hétéroclites d'objets. Il faut également voir l'univers dans lequel il vivait à cette image. Les journaux, les livres qu'il possédait, tout ce qu'il ne jetait pas était le combustible de ces royaumes qu'il créait et qui prenaient naissance en lui et l'asséchait, le dévorant en cannibales. La plupart des artistes créent dans l'entre-deux du monde quotidien et de la fantaisie. Darger, lui, passa toute sa vie à cela et uniquement cela. Il ne vécut que dans cet entre-deux de l'intérieur et de l'extérieur, dans une béance, sur un nid ou une île, ne colonisant pas le vaste monde, comme la plupart d'entre nous. Cette obsession pathologique, artistique, on ne sait quel nom lui donner, on la retrouve dans une certaine mesure dans les grands systèmes philosophiques.
1 Nom raccourci : The Story of the Vivian Girls, in What is known as the Realms of the Unreal, of the landeco-angelinnian War Storm, Caused by the Child Slave Rebellion.


(la vie est belle)
mardi 28 juillet 2009
Lors de notre séjour à Inverness, nous avons hanté le Rocpool, un endroit de grand confort - je regrette le bar et les cocktails qui y étaient préparés... - où nous avions une belle chambre. La ville n'offrit que peu d'intérêt pour nous. Seule sa situation géographique nous décida à nous y installer. Ceci et la présence d'un mémorial à la mémoire de Flora MacDonald que je voulais contempler, à défaut, cette fois-ci encore, de me rendre sur sa tombe à Kilmuir, sur l'île de Skye - visite remise à notre prochain séjour en Écosse. Flora Macdonald est la jeune femme que rencontra Bonnie Prince Charlie, aux îles Hébrides, où il avait trouvé refuge après la terrible bataille de Culloden, et où elle était en visite. Elle l’aida à s’enfuir, d’abord à l’île de Skye, afin qu’il rejoignît d’ici la France. Il se déguisa et prit les habits de sa femme de chambre irlandaise répondant au nom de Betty Bourke. C’est l’une des figures les plus légendaires et romantiques de l’histoire d’Écosse. Une chanson immortalise son dévouement et sa loyauté, Skye Boat Song, écrite en 1884, par Sir Harold Boulton. Flora fut dénoncée, puis emprisonnée à la Tour de Londres, avant de recouvrer sa liberté. Elle finira sa vie à Skye, après d’autres péripéties relatées dans Life of Flora Macdonald d’Alexander MacGregor (1882). J. M. Barrie s’inspira de cette histoire pour écrire un conte, mais son imagination n’a rien d’historique et est entièrement dévouée à la légende. On ne le lui reprochera pas. Vraisemblablement, Flora n’était pas éprise du Prince et, évidemment, tout ne fut pas aussi délicieusement romanesque. Mais l'imagination de Barrie est un creuset d'or. On peut lire avec profit, comme toujours, ce qu’écrit à son sujet James Boswell, le biographe du Docteur Samuel Johnson The Journal of a Tour to the Hebrides, with Samuel Johnson (1785). Johnson dormit dans le lit sur lequel reposa le Prince Charles Stuart et Boswell de relater ce qui suit. « Il [Johnson] parla du Prince Charles et demanda à Mrs Macdonald: “ QUI était avec lui ? On nous a dit, en Angleterre, Madame, qu’une Miss Flora Macdonald était à ses côtés ” Elle répondit: “Ils avaient raison.” (…) »
L'exposition permanente consacrée à cette bataille est remarquable. Les deux points de vue, anglais et écossais, sont mis en perspective, même si l'on ne peut que se sentir écossais en un tel lieu. Et, moi, je suis une Jacobite... Pauvre Prince qui eut une fin bien triste...
jeudi 23 juillet 2009
J'ai parcouru cette petite portion de l'Écosse avec Michael Jackson au creux de l'oreille, bercée ou provoquée par les titres gravés dans le coffret The Ultimate Collection.
Je voulais associer la découverte du Château de mes rêves (au moins à égalité avec Neuschwanstein) avec la voix de Michael, afin de créer en moi un lien d'éternité entre une image et un son, phénomène que j'avais expérimenté l'année dernière en Bavière, lors d'un moment parfait. Une sorte de tatouage psychique. J'ai choisi la magnifique chanson intitulée "Fall Again" pour m'accompagner dans cette rencontre... Je ne vous demande pas de comprendre mes associations d'idées, les liens que mon esprit sécrète entre les divers éléments de l'univers. Pourtant, ils sont la clef pour comprendre qui je suis...
Et finalement, j'ose le nommer... J'aime caresser les pierres et poser mon oreille dessus pour entendre leurs secrets. La visite de ce château m'a ravie. Si j'ai le temps de vous la conter, ainsi que son histoire, je le ferai.
Loin d'être le plus beau loch d'Écosse, le loch Ness n'a pas provoqué en moi d'émotions notables. J'ai contemplé dans les Lowlands des lochs plus vivants, aux couleurs dansantes ; celui-ci est long, étale, paresseux ; nous en avons simplement épousé les contours pour nous rendre à Eilean Donan Castle, dont je parlerai un peu plus tard. Au bout du chemin, le bouleversement se produisit...
mercredi 22 juillet 2009
Fermer les yeux et retenir le présent ; l'étirer, le plier, le tourner dans tous les sens, pour s'en faire une couronne.

Nous sommes rentrés hier soir, à la nuit tombée. Venise me manquera pendant tous ces longs mois où je serai séparée d'elle.
Venise et son ciel plus changeant qu'un visage humain.

Venise est le seul endroit au monde où j'aimerais mourir à défaut d'y vivre en permanence - un rêve que je n'abandonnerai jamais. Cela fait treize ans que nous nous rendons en ce lieu, sans avoir manqué un seul Redentore. Non pas pour le feu d'artifice - auquel je n'assiste jamais, comme la plupart des vénitiens, qui célèbrent cette fête en famille - mais pour renouveler une promesse que nous nous sommes faite.
Beaucoup de travail m'attend. Ce n'est pas une plainte, mais l'expression d'un désir. Un travail consenti de grand cœur n'est plus un travail.
J'espère qu'un de ces anges, qui nichent ici et là au coeur de la Sérénissime, prendra soin de moi.


Je ne sais pas encore à quel rythme je pourrai déposer les vidéos d'Écosse et de Venise. J'ai commencé à laisser tourner l'ordinateur pour qu'il les aspire et s'en nourrisse.
Je me sens fondamentalement en accord avec moi-même. Quelque chose a changé en moi ces derniers mois. Une forme de quiétude dans le cœur du tourbillon, quelque chose de construit, une sorte de nid improvisé par mes soins.
Prendre de la liberté avec ses propres peurs et sauter de la falaise. Ne pas avoir peur de cette liberté, de ce luxe inouï.

À bientôt, amis.

***
Venise vue de la Giudecca :






Le pont provisoire construit pour la fête du Redentore ; Venise et la Giudecca sont reliées pendant une journée.







Sur l'île de la Giudecca, que j'aime tout particulièrement, il existe un restaurant familial où nous n'oublions jamais de nous rendre le dimanche du Redentore.



Vue de la terrasse du Harry's Dolci (petit frère du Harry's Bar) sur la Giudecca :

Il faut que la vie ressemble à cela et à rien d'autre.

Une magnificence, une imprévoyance, une flamboyance, puis, ensuite, crever comme un chien, mais cela n'a pas d'importance quand on a vécu ce genre d'instants. Monsieur Golightly, sans toi, jamais je n'aurais su... Sans toi, je serais demeurée le conservateur de ma vie, je ne serais jamais sortie du cadre.

Et s'éclipser élégamment, avant que l'aile de la vieillesse ne me recouvre complètement, dans une robe de Cinderella. Je suis certaine que la Cendrillon de James Matthew Barrie aurait adoré cette vêture. J'ai pensé à elle, précisément...


Une confession : la Cendrillon de Barrie, c'est moi - parce qu'elle meurt à la fin.
À défaut d'elle, une panoplie guimauve dénichée en divers endroits de Venise :


Oui, oui, j'ai fait une petite provision de gants (couleur guimauve, entre autres) ; je sacrifie toujours à cette habitude à Venise. Je suis donc allée chez Sermoneta...

J'aime avoir les mains gantés. Le summun du raffinement, selon moi, c'est ce détail qui différencie les mains plébéiennes des autres. Ceci et les chapeaux. Pour lutter contre un certain esprit vestimentaire assez vulgaire propre à l'époque. Pour l'anachronisme aussi. Surtout pour lui. Il devrait y avoir un dieu des anachronismes. Je lui donnerais volontiers l'image d'un vieux ravaudeur très maladroit qui s'attaquerait au tissu du Temps et ne parviendrait jamais à lui faire perdre son aspect éraillé.
Si j'osais, je n'écrirais que gantée...

[cliquez sur les images pour les agrandir dans une autre fenêtre]

mercredi 15 juillet 2009
Dans le Petit oiseau blanc, J. M. Barrie parle de cet endroit devant lequel le narrateur passe très vite, afin que le chien Porthos ne devine pas de quoi il s'agit... [Je me demande où sont enterrés Porthos et Luath, les deux chiens de Barrie. J'avoue mon ignorance.] On le repère sur la carte. Je n'avais pas encore eu le temps de "capturer" ce minuscule lieu barrien lors de mes précédents séjours à Londres. J'ai eu le plaisir de le découvrir, il y a quelques jours, grâce à M. Golightly. {Je déposerai bientôt une vidéo.}
Il est très difficile de trouver le cimetière des animaux à Kensington Gardens - ou plus exactement à Hyde Park -, lorsque l'on ne sait pas exactement regarder... Cet endroit est dissimulé aux regards, inconnu de certains jardiniers, protégé par la végétation et par des grilles closes. Il est impossible de visiter l'endroit ; il est à l'abandon et on n'y enterre plus aucun animal depuis fort longtemps. Il faut scruter à travers les grilles, en se plaçant sur le trottoir, à l'extérieur, et ouvrir grand les yeux pour deviner ce qui se cache au loin... Et, lorsque vos yeux sont accoutumés, un drôle de spectacle prend soudain place. Des centaines de minuscules pierres tombales sur lesquelles sont parfois gravés des messages très émouvants.
Il est situé dans un espace privé près de la Victoria Gate.











[Cliquez sur les images pour les agrandir.]

Je dédie ces (mauvaises, hélas) photographies à tous ceux qui ont l'âme sensible. Il est très difficile de saisir en images l'atmosphère du lieu, car il faut photographier à travers des grilles et allonger le bras jusqu'à se le décrocher. De plus, mon appareil photo n'a pas un zoom très puissant.

Cf. aussi ce lien.
dimanche 12 juillet 2009



[Cliquez sur les images pour les agrandir.]

Je regrette de n'avoir point été vêtue de blanc et de bleu (au moins, un bonnet bleu agrémenté d'une cocarde blanche, qui sont l'emblème du mélancolique Bonnie Prince Charlie) pour me rendre dans ce lieu de pèlerinage très émouvant. Qui ne connaît pas bien l'histoire de l'Écosse et, en particulier, cette époque, ne peut saisir certains détails, parfois subtiles, des livres de J.M. Barrie. Ce n'est pas un hasard, par exemple, si le bleu et le blanc sont des couleurs récurrentes dans son oeuvre...
Cette visite a été particulièrement éprouvante pour moi. Pourtant, je ne crois pas avoir de sang écossais. Mais qui sait ? On peut croire ce que l'on veut quand on ne sait pas d'où l'on vient. De coeur et d'esprit, cependant, je me sens une vieille écossaise.
Mes valises rendent l'âme : elles sont alourdies par des livres historiques, comme ce mignon et fort utile guide destiné à qui veut mettre ses pas dans ceux de Flora MacDonald - à laquelle je ne me serais jamais intéressée sans certaine histoire de J.M. Barrie... Quelle femme !
samedi 11 juillet 2009
Quelques miettes, des images picorées ici et là, qui demeureront en moi, y prendront racine et feront éclore quelques arbres-livres, des histoires-oiseaux qui s'envoleront un jour...
Je reviens bientôt vous conter tout ceci... Promis. Mais soyez patients, car le temps me manquera.
Non, je ne n'ai pas été piégée par les attrape-nigauds, qui font pounds et pence de tout morceau de la bête. Non, j'ai vraiment rencontré Nessie ! La preuve !


Je poursuis la route des
Jacobites. Culloden est proche. {Je vous recommande, à cet égard, l'inoubliable film de Peter Watkins.}

Eilean Donan Castle
, LE château de tous mes songes, depuis des années, enfin réel.







Flora MacDonald, l'héroïne barrienne, par excellence, dont une statue est érigée dans la cour du Château d'Inverness.


Je dédie ces photos à Robert le magnifique, aux côtés de qui nous avons fait, à Londres, une très émouvante découverte qui concerne mon bien-aimé J.M. Barrie.

Bientôt, je déposerai ici des vidéos et des photos qui remplissent à ras bord la hotte qui me sert de valise. Mais le songe n'est point encore brisé et n'a pas révélé sa dernière goutte mauve...
lundi 6 juillet 2009
{extrait de quelque autre chose, parce que cela explique, finalement, ce qui précède} Il faut trouver en nous où est logée la balle en or tiré par le revolver du Temps.
Cet agrégat de métal est le noyau d’enfance, qui a partie liée avec l’inconscient en nous, qui ce qui permet la dualité affirmée chez certains être littéraires, le pivot qui articule le latent au manifeste, le rêve au réel. Enfance n’est pas la compilation des événements que l’on raconte à ses petits-enfants ou à ses enfants. Enfance n’est pas une durée que l’on peut émietter en faits. Enfance est un secret, celui de la conscience qui naît, qui se surprend en train d’être et qui se regarde penser. Acteur et spectateur de l’action. Le rosebud de Welles, dans son Citizen Kane, est le symbole ou la métaphore du noyau d’enfance. Métaphore qui bouge et court prendre place et rôle dans le film de Truffaut, Les quatre cents coups, lorsque l’enfant-héros, avec son ami, vole une affiche du film d’Orson Welles…
Nous brisons très vite les vitres du royaume de l’enfance. Nous caressions le monde, nous jouions avec son idée ; désormais, le corps nous appelle à la maturation et nous maltraitons le petit royaume que nous habitions, qui nous abritait et que nous voulons habiter et posséder, essayant de lui imprimer par la force notre empreinte. La gratuité n’est plus de mise. On fait payer à l’univers sa venue au monde. On veut du sens ! Songeons au poème de Handke qui ouvre Les Ailes du désir, important film de Wim Wenders : Extrait. « Lorsque l'enfant était enfant, il marchait les bras ballants, voulait que le ruisseau soit rivière et la rivière fleuve, que cette flaque soit la mer ... Lorsque l'enfant était enfant, il ne savait pas qu'il était enfant, tout pour lui avait une âme et toutes les âmes étaient une ... Lorsque l'enfant était enfant, il n'avait d'opinion sur rien, il n'avait pas d'habitudes, il s'asseyait en tailleur, démarrait en courant, avait une mèche rebelle et ne faisait pas de mines quand on le photographiait ... Lorsque l'enfant était enfant, ce fut le temps des questions suivantes : pourquoi suis-je moi, et pourquoi pas toi ? Pourquoi suis-je ici et pourquoi pas là ? Quand commence le temps et où finit l'espace ? La vie sous le soleil n'est-elle pas un rêve ? Ce que je vois, entends, sens, n'est-ce pas simplement l'apparence d'un monde devant le monde ? Le mal existe-t-il vraiment et des gens qui sont vraiment les mauvais ? Comment se fait-il que moi, qui suis moi, avant de devenir, je n'étais pas, et qu'un jour moi, qui suis moi, je ne serai plus ce moi que je suis ? » (1) Poème que l’on peut mettre en regard de ces lignes : « Je suis sûre que ce n'est pas par avidité de posséder que les enfants ne peuvent pas se séparer des choses, c'est par peur. Ils éprouvent une terreur quasi animale lorsqu'une chose qui faisait encore partie d'eux se trouve tout à coup ailleurs, quand l'endroit où elle se trouvait est, tout à coup, vide. Eux-mêmes ne savent plus où est leur place. » (2) Retrouver, si cela est possible, la pensée de l’enfant, sa pensée de possession et de perte, son questionnement primordial, c’est trouver le germe de toute interrogation véritable. Il faut imaginer l’avant. L’enfant s’investit dans les objets, se projette dans les choses qui l’entourent et qui sont comme une peau. Puis, en grandissant, il intériorisera cette protection, matérialisée non plus par des objets mais par des idées, une vision du monde. Il me semble qu’elle – pensée rationnelle ou plus versée dans la création - s’élabore ainsi, par la naissance d’une conscience de soi, et que la comparaison n’est point farfelue. Mais tout le monde n’est pas capable de se rappeler l’acte de naissance de cette conscience de soi, le moment où s’élabore dans le sujet cette autre naissance, cette fusion de soi avec son autre soi, lorsque le noyau intime est recouvert et enterré en nous, puis scellé par l’amnésie infantile et par l’oubli, plus ou moins volontaire de l’adulte. À jamais. Nous étions deux et nous ne sommes plus qu’un. Nous avions trois yeux et l’un d’entre eux est désormais crevé. Mais sur cette conscience de soi se fonde une vision du monde, une pensée, et nous n’en sommes guère conscients. Que savons-nous de ce que nous devons à notre enfance, aux pensées qui ont germé à cette époque ? Elles n’ont pas disparu tout à fait. On pourrait peut-être retrouver des vestiges de l’enfance de Proust dans le personnage de Marcel, ou bien des ruines enfantines dans la philosophie de Kant. Mais l’idée est inacceptable pour la plupart des philosophes, je crois. Tout simplement parce que la raison est une puissance adulte, qui se sentirait diminuée, perdant de son crédit, si on mettait à jour son acte de naissance, qui n’est pas raison. La raison n’est pas née parfaite et seule. Le non-rationnel la borde de toute part. La sensibilité l’irrigue et l’imagination lui a fait téter son lait. Toute œuvre – d’art ou une construction intellectuelle - est une maison. La pensée est une forme d’œuvre, de fiction, une « otobiographie » également, pour reprendre le mot de Derrida.Une maison de maîtres à étage, avec des dépendances peut-être, pourvue d’une cave et d’un grenier. Une maison avec des pièces secrètes, peut-être, des couloirs, des fissures, des fragilités ici et là, et une charpente plus ou moins solide. Une maison est horizontale et verticale. Elle possède des planchers et des plafonds. Chaque pièce isole, sépare, comme le font les concepts. Notre maison se bâtit dans l’enfance. Tous les enfants ont une maison mi-imaginaire mi-réelle dans leur maison familiale, qui est tout à fait solide et réelle, elle. C’est une petite île, le petit coin provisoire et imaginaire aménagé quelque part dans l’habitat ; il s’agit aussi d’une petite morgue en devenir, lorsque la raison aura raison de ce qui n’est pas raison en eux. L’enfance d’abord. Une des fonctions de la rêverie, dit Bachelard, est de « réimaginer notre passé» et de nous maintenir en cette enfance interdite. À mon sens, cette fonction est aussi celle qui permet d’ouvrir les portes jamais totalement refermées chez certains êtres. « Les mots — je l'imagine souvent — sont de petites maisons, avec cave et grenier. Le sens commun séjourne au rez-de chaussée, toujours prêt au "commerce extérieur", de plain-pied avec autrui, ce passant qui n'est jamais un rêveur. Monter l'escalier dans la maison du mot c'est, de degré en degré, abstraire. Descendre à la cave, c'est rêver, c'est se perdre dans les lointains couloirs d'une étymologie incertaine, c'est chercher dans les mots des trésors introuvables. Monter et descendre, dans les mots mêmes, c'est la vie du poète. Monter trop haut, descendre trop bas est permis au poète qui joint le terrestre à l'aérien. Seul le philosophe sera-t-il condamné par ses pairs à vivre toujours au rez-de-chaussée ? » (3) Le littéraire a accès à toutes les pièces de la maison – ou presque - et aime à la faire visiter sous certaines conditions, avec certaines restrictions. Très peu d’écrivains – philosophes ou littéraires purs - possèdent une cave (ou veulent en être propriétaires, car la cave est sale et dangereuse) quand la plupart consentent à entretenir un grenier. On vit dans une meilleure entente avec les fantômes de l’esprit qu’avec les cadavres du passé. La cave est un cimetière excavé dans la terre gourmande qui demande toujours davantage de choses décédées et le grenier un herbier où les défunts sont en suspens, attendant le baiser du Prince Charmant (la Mémoire) pour revenir à la vie. Les gens normaux vivent dans l’entre-deux du paradis et de l’enfer. Le purgatoire n’existe pas. Ou plus exactement, ce n’est pas un lieu que l’on visite, c’est une tombe que l’on porte en soi dans notre ventre stérile et que l’on creuse peu à peu pour l’autre, pour quelqu’un de notre choix, et que l’on nomme amour. C’est l’autre nom de la peur, de la grande frousse des adultes. L’écriture est un vertige, une pointe éphémère. On n’écrit jamais que pour l’entretenir, presque reconnaissants de zigzaguer et d’avoir impression de vivre quand on ne fait qu’épuiser la lancée, pauvres poids de compétition que nous sommes, jetés dans la mêlée par quelques fous, des gens en mal d’enfants, des parents, des déraisonnables qui jouent aux quilles avec la vie d’autrui. A défaut de pouvoir trouver meilleur équilibre dans la véritable existence, nous nous dandinons entre deux pages que l’on écrit pour rien, pour personne (qui entend ?), nous nous promenons en enfer, comme si nous avions permission de sortie le dimanche après-midi, mais tout ceci n’est que l’antichambre de la mort, de la défaite. Dans l’entre-deux, nous nous illusionnons, nous nous fixons à la patère de l’éternité pour trois lignes mal dégrossies, pour une métaphore gangrénée, pour un petit attentat syntaxique ou bien une griffure sur la triste réalité de notre combat raté. Il faudrait ne pas naître ou bien ne plus parler pour comprendre les vertus de l’imminence et recaler toute velléité d’enfantement, réel ou symbolique. Écrire sa pensée, c’est écrire la tête coincée entre les quatre planches du concept. Ces planches qui craquent sous la poussée des images sauvages. *** (1) Lied Vom Kindsein de Peter Handke

Als das Kind Kind war,

ging es mit hängenden Armen,

wollte der Bach sei ein Fluß,

der Fluß sei ein Strom,

und diese Pfütze das Meer.

Als das Kind Kind war,

wußte es nicht, daß es Kind war,

alles war ihm beseelt,

und alle Seelen waren eins.

Als das Kind Kind war,

hatte es von nichts eine Meinung,

hatte keine Gewohnheit,

saß oft im Schneidersitz,

lief aus dem Stand,

hatte einen Wirbel im Haar

und machte kein Gesicht beim fotografieren.

Als das Kind Kind war,

war es die Zeit der folgenden Fragen:

Warum bin ich ich und warum nicht du?

Warum bin ich hier und warum nicht dort?

Wann begann die Zeit und wo endet der Raum?

Ist das Leben unter der Sonne nicht bloß ein Traum?

Ist was ich sehe und höre und rieche

nicht bloß der Schein einer Welt vor der Welt?

Gibt es tatsächlich das Böse und Leute,

die wirklich die Bösen sind?

Wie kann es sein, daß ich, der ich bin,

bevor ich wurde, nicht war,

und daß einmal ich, der ich bin,

nicht mehr der ich bin, sein werde?

Als das Kind Kind war,

würgte es am Spinat, an den Erbsen, am Milchreis,

und am gedünsteten Blumenkohl.

und ißt jetzt das alles und nicht nur zur Not.

Als das Kind Kind war,

erwachte es einmal in einem fremden Bett

und jetzt immer wieder,

erschienen ihm viele Menschen schön

und jetzt nur noch im Glücksfall,

stellte es sich klar ein Paradies vor

und kann es jetzt höchstens ahnen,

konnte es sich Nichts nicht denken

und schaudert heute davor.

Als das Kind Kind war,

spielte es mit Begeisterung

und jetzt, so ganz bei der Sache wie damals, nur noch,

wenn diese Sache seine Arbeit ist.

Als das Kind Kind war,

genügten ihm als Nahrung Apfel, Brot,

und so ist es immer noch.

Als das Kind Kind war,

fielen ihm die Beeren wie nur Beeren in die Hand

und jetzt immer noch,

machten ihm die frischen Walnüsse eine rauhe Zunge

und jetzt immer noch,

hatte es auf jedem Berg

die Sehnsucht nach dem immer höheren Berg,

und in jeden Stadt

die Sehnsucht nach der noch größeren Stadt,

und das ist immer noch so,

griff im Wipfel eines Baums nach dem Kirschen in einemHochgefühl

wie auch heute noch,

eine Scheu vor jedem Fremden

und hat sie immer noch,

wartete es auf den ersten Schnee,

und wartet so immer noch.

Als das Kind Kind war,

warf es einen Stock als Lanze gegen den Baum,

und sie zittert da heute noch.

(2)Handke (Peter), La courte lettre pour un long adieu, Paris, Folio, 1986. (3) Bachelard (Gaston), La poétique de l'espace, Paris, PUF, 1961, p. 139
{Je prendrai mon temps pour revenir poster les vidéos de mes voyages, cette fois-ci... Ne m'attendez pas avant un long moment.}
La saison des promesses est advenue.

Beaucoup de choses en devenir. Un peu d'effroi dans les doigts engourdis qui n'ont jamais su battre la pulsation. Le cœur qui se serre en se surprenant (à peine, car je me connais trop bien) à éprouver autant de peur que de joie à réaliser ses rêves.

Ce matin, j'ai signé un contrat de traduction. Je le posterai demain. Je suis même plus heureuse pour mon bien-aimé Barrie que pour moi-même. Mon amour pour lui est inconditionnel.

Tant d'heures de travail devant moi et, toujours, si peu de temps.

Mais je suis vaillante.

Holly, bien potelée et hilare, reviendra, bientôt, amis, lecteurs et vilains de tout genre.
Si les trains ne déraillent pas. Si les avions demeurent sages. Si la grippe Zx' ne la tue pas. Si M. Golightly ne la perd pas sur une île - il pourrait être tenté, car vivre avec moi est épuisant. Il semble que les journaux soient aux adultes ce que les contes sont aux enfants : des épouvantails qui leur rappellent qu'ils sont des êtres faits pour la mort, que le monde est dangereux. N'est-ce pas évident, même sans eux ?
J'emporte avec moi beaucoup de travail : une pièce de théâtre à traduire, un discours à écrire, un roman au long cours qui divague, des corrections à prendre au sérieux... Je ne suis jamais en vacances et je le suis toujours. J'aime cette vie de flibuste au sein de mon propre univers, gros comme une main, mais qui peut exploser à tout instant. J'aime ne pas avoir cet âge qui devrait être le mien et qui ne le sera, je l'espère, jamais.
Je me sens vraiment pirate. Il me suffit de vraiment peu pour ressentir l'émotion et la vérité de mes jeux d'autrefois. Je me cache sous la table et je suis dans une cabane construite dans un arbre, au cœur d'une forêt J'ai toujours su jouer mieux que personne. Peut-être parce que j'ai toujours joué seule, enfant. Je n'ai jamais cessé depuis que j'ai découvert cette magie.
Hier, la journée fut douce et terrible. Souvent, les jours passent en moi entre ces deux extrêmes. Ce week-end, seulement deux films à mon actif: Black Jack (adapté d'un roman de Leon Garfield, pour qui j'éprouve une grande tendresse, et qui vaut plus que la qualification de "sous-Stevenson" qu'on lui a souvent attribuée ; j'ai mordu dans ce film comme dans un souvenir) au cinéma et Mariage à l'italienne en DVD.

Sophia Loren (fantasme de M. Golightly), qui brisa en son temps le coeur de Cary Grant, trouve un rôle magnifique ici ; elle y est presque aussi émouvante que dans La Ciociara. Mes larmes ont coulé sans que j'en sois d'abord consciente. Je fus troublée par cette émotion si discrète avec ma conscience. Je sais la raison. Filumena est une mère comme j'ai longtemps espéré en avoir une : elle finirait par venir et par briser les apparences de l'abandon, elle me regarderait de loin et prendrait soin de moi à distance. Non, je suis réellement une enfant perdue et cela me va.
Et, toujours, pour entrecouper les pages d'écriture, un épisode par-ci par-là de Kavanagh Q.C. avec l'extraordinaire John Thaw (fantasme absolu de Holly, hormis Cary Grant - et comme j'ai épuisé tous les épisodes de L'inspecteur Morse, Frost ou Lewis...) ou des Rues de San Francisco. Je songe, bien sûr, à Karl Malden, dont la disparition n'a pas fait assez pleurer, dont le visage a apaisé et illuminé mon adolescence. Acteur d'une humanité exceptionnel, notamment dans Baby Doll d'Elia Kazan. Son visage était comme la mer : la moindre vague s'y lisait et y laissait un message. Je l'aimais et le respectais.

Je ne suis décidément pas de mon époque...

Je pars prochainement pour explorer les cratères de mes rêves (Londres et ses Kensington Gardens, assister à la représentation d'une pièce de Shakespeare avec mon ami Robert et manger - des yeux seulement, oh dear je le promets ! - des scones ; l'Écosse et ses Castles, en espérant saluer Nessie ; Venise, là où je veux mourir).

Je vous offre, avant de partir, un bouquet d'images du temps jadis, le genre d'images qui m'entourent chaque jour de l'année. Sépia, noir et blanc.
Et vous ? En quelle couleur rêvez-vous ?





(Cette image, particulièrement, m'émeut : Peter prend le haut-de-forme de John, découpe son fond, et en fait une cheminée pour la maison de Wendy, qui est construite autour d’elle. On dirait bien que cette maison ressemble à celle que je construisais dans mon enfance, avec moins de moyens... Cf. mon billet suivant. On ne quitte jamais sa première maison, vous savez.)

Et si vous voulez retrouver les étés de votre enfance... rejoignez Jack Hollborn (toujours d'après Leon Garfield). Le temps de l'enfant n'est pas celui de l'adulte, c'est bien là tout le secret prosaïque de ces longs été d'enfance qui n'en finissaient - mes vacances d'été me semblaient être une autre vie possible - et ceux d'aujourd'hui, qui disparaissent en moins de temps qu'il n'en faut pour s'habituer à ce quart de saison mensonger. Une heure de la vie d'un enfant de dix ans représente en durée subjective cinq heures de la vie d'un homme de soixante ans... Ce n'est pas moi qui le dis mais Pierre Lecomte du Noüy... et je crois qu'il a raison. Il me suffit vraiment de très peu pour retrouver le chemin de ma maison... Je suis une nostalgique. Avec ou sans Jankélévitch. Mais je n'ai pas assez perdu pour l'être douloureusement...

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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