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mercredi 20 février 2008
Il ne faut pas m’en vouloir. Je ne suis pas une amie rêvée, je ne suis même pas tout à fait réelle, et puis j’ai horreur de me sentir obligée de répondre aux lettres. Je n’ai pas besoin d’écrire aux gens pour penser à eux. Vous n’avez qu’à lire sur mes lèvres muettes. Je ne dirai pas mieux. Je suis là mais ne brisez pas mon silence ou faites-le avec beaucoup de délicatesse.



Sachez simplement, je n’ai pas envie d’écrire ici en ce moment. Et la boîte aux lettres déborde.


J’ai été malade, assez brutalement, sur une période un peu longue. Je suis affaiblie et je ne tiens pas à forcer ma carcasse. J’ai des points finaux à semer aux quatre vents, comme je le dis souvent, et un voyage à mettre sur pieds. Destination : Angleterre. Bientôt. D'ici là, je ne pense pas avoir le temps de vous écrire ou très peu. Rendez-vous en avril.

J’ai envie de vivre ailleurs et je n’ai pas le temps d’écrire, de répondre ou de donner des nouvelles. Je veux parler de temps vivant, bien sûr. Parce que des réponses mécaniques, je puis en consentir, mais ce serait tricher. Ce serait du temps mort que j’offrirais et ce serait mentir. Alors, je préfère donner une absence véritable, bordée de l’argent de mes songes.


J’aimerais tant que ce petit billet anodin, une fois encore, pour un moment, soit cette lettre que je ne vous écrirai pas. Non pas parce que je ne vous aime plus ou parce que je suis ingrate et que je me désintéresse de vous, simplement parce que je suis ailleurs, dans les pensées et le monde de mon amie Fauna, qui comprend tout, par exemple... ou dans une conversation avec une Jolie Demoiselle, dans un café parisien, à deux pas de ma chère Sorbonne,


quelque part, une angoisse et un sourire en écharpe. (Merci pour ces belles heures passées avec toi.)


Voilà…

Monsieur Monk et moi

Si, un jour, j’avais établi en ma demeure cérébrale un psychanalyste - mais je ne suis pas désespérée au point d’en avoir un et la psychanalyse ne m'a jamais intéressée que du point de vue littéraire et théorique car je crois que nous sommes, pour plagier, un des personnages de John Irving, "tous des incurables" -, je suppose qu’il décèlerait en moi une raison profonde à mon attachement chronique aux romans policiers et, a fortiori, à certaines séries policières (L’Inspecteur Morse et L’Inspecteur Frost, en tête, Columbo, Nestor Burma et L’inspecteur Barnaby plus loin derrière).
Force est de constater que, depuis que je me suis mis en tête l’idée de liquider mon ancien Moi et son cortège de manies déplacées (et datées), Monk est devenu mon meilleur ami. Je pense pouvoir le qualifier d’ami, après avoir passé cinq saisons avec lui, dans l’attente fiévreuse de découvrir ce que la sixième - en cours de diffusion aux Etats-Unis, le dernier épisode sera diffusé vendredi - me réservera de surprises. Chaque jour, à la fin de ma journée de travail, je sais que j’ai mérité cette récompense : passer quarante minutes avec mon quasi alter ego. Je suis persuadée que de s'identifier à un génial névrosé est importun et incertain.
Comme lui, je vis dans un univers qui ne paraît étroit qu’à ceux qui ont l’esprit trop vissé sur leur petite médiocrité quotidienne. Je ne sais pas faire de vélo ni nager, non pas par défi de faire autrement que les autres, mais simplement parce que personne ne m’a jamais appris. Maintenant, je suis trop vieille pour changer mes habitudes et ces manques définissent assez joliment mon identité. J’ai remarqué, bien souvent, que les choses qui m’étaient les plus évidentes étaient précisément celles qui me rendaient étrangère dans le regard des autres.
Pas plus que Monk, interprété par l’excellent Tony Shalhoub, je ne me sens à l’aise avec les gens qui le sont bien trop, toujours en harmonie avec les modes, les us et les coutumes de leur époque. Profondément décalée, avec assez de perspective, cependant, pour jouir de la vision biaisée que j’offre aux autres – recul qui fait défaut à notre héros -, je demeure en marge de la vie normale des terriens et je ne m'en porte pas mal. Je dois confesser une certaine fierté à ne pas dépendre des autres et à me sentir assez libre pour mettre en péril mes plus précieux attachements.
Mon humour, à l'instar du sien, est en général involontaire. Et, pourtant, croyez-moi, il m’a fallu beaucoup d’humour pour venir au monde et pour persévérer dans l’existence. Je ne suis pas rétive au rire, simplement je ne ris pas des mêmes choses que les autres et je ne pleure pas non pour les mêmes raisons.
Monk, c’est un peu moi. A écouter ceux qui me connaissent vraiment intimement - à savoir une seule personne sur terre -, Monk est tout à fait moi. Ou, peut-être, suis-je tout à fait lui. Certes, je n’abuse pas de manière compulsive de lingettes (cela reste encore à prouver ; j'entends tousser mon mari), dès que quelqu’un me sert la main, et je ne possède pas sa stupéfiante intelligence, mais la ressemblance est là. Ressemblance toute morale et psychique, il est vrai, car entre Monk et moi, hormis la complexion névrotiquement obsessionnelle, l’air de famille n’est pas évident à déceler. Et puis à bien considérer la situation, je suis normale.
Normale mais terrible.

De ce fait, il me semble légitime de prétendre à la compréhension de ce personnage martien, dont les prodigieuses facultés intellectuelles constituent, ainsi qu’il aime à le répéter, «un don et une malédiction». Emule de Sherlock Holmes, Monk reconstitue l'univers à partir d'une poussière.

Le plus grand intérêt que je prends à Monk, après quelques réflexions sur le caractère obsessionnel, nécessairement obsessionnel, de tous les détectives, c'est l'idée que la névrose obsessionnelle est, dans une certaine mesure, cette expérience qui ouvre, à nouveau, à la déraison l’espace de la raison. Et ce contre toutes les tentatives de la société et de la philosophie ou de la psychiatrie pour clore en un espace sûr la folie, qui est la germination de la modeste déraison. Il suffit de relire l'extraordinaire livre de Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique, pour s'en convaincre.

Monk incarne l'union de la raison et de la déraison, mieux que n'importe quel autre personnage de fiction télévisée. Il est aussi le prototype de l’Aimant inconsolé, qui était le héros de mon D.E.A. de philosophie, il y a de nombreuses années de cela. Je crois toujours que survivre à la mort de l'être aimé est le pire désaveu d'amour qui soit, une trahison et une lâcheté... Monk est vivant mais déjà mort. Il caresse le cadavre de son existence et le couvre de larmes. Ceci peu d'êtres le comprennent et Monk est condamné à une solitude bien cruelle, proportionnelle à la faveur que le destin lui a faite. Tout a un prix.
Monk, par le plus grand des miracles (double miracle : trouver l'amour véritable et trouver l'amour véritable quand on a été mis en hibernation dès l'enfance...), a trouvé quelqu’un sur terre pour l’aimer et l’épouser. Une merveilleuse beauté blonde répondant au prénom de Trudy (interprétée malheureusement par deux actrices différentes). Hélas, celle-ci est morte dans une voiture piégée par une bombe. Depuis ce jour funeste, Adrian Monk recherche le coupable de cet attentat qui l’a privé de son unique chance de bonheur. Or, celui qui résout tous les mystères en un clin d’œil est incapable de découvrir la raison pour laquelle sa femme est morte.


De maigres pistes en maigres pistes, il finira pourtant par découvrir que, contrairement à ce qu’il avait cru au départ, la bombe ne lui était pas destinée, mais bien à son épouse. La culpabilité est un fardeau moins lourd à porter, mais elle demeure en lui.
Si la quête de Monk parvient un jour à son terme, son histoire sera terminée. Il se perdra lui-même dans une caricature de lui-même ou devra prendre le rique de tuer son identité "monkesque". Je ne sais ce qui serait le pire.
Monk a un frère, Ambrose, lui aussi, psychiquement atteint. Tous les deux ont connu une enfance cloîtrée et, à sa manière, violente. Ambrose ne sort pas de sa maison depuis des dizaines d'années. Il rédige des manuels d’utilisation d’objets aussi improbables les uns que les autres, en langues étrangères. Son intelligence est également prodigieuse, comme si l'absence d'affectivité était compensée par un surcroît de matière grise. Leur père les a abandonnés, lorsque Monk avait 8 ans. Depuis ce jour, Ambrose attend dans sa maison le retour du père prodigue... Monk, lui, sait qu'il ne reviendra pas. Pourtant, lors de la cinquième saison, après environ de quarante ans d’absence, Monk reverra son père, qui a fondé ailleurs une autre famille (Monk et Ambrose ont un demi-frère, Jack), qu’il a encore une fois laissé choir. Rencontre surréaliste, non dépourvue de chaleur et de regrets partagés.
Monk est un ancien policier, qui a perdu sa plaque, à cause de ses troubles obsessionnels très gênants. Cependant, il demeure un consultant de la police de San Francisco et travaille avec le Capitaine Leland Stottlemeyer (Ted Levine) – fraîchement divorcé et maladroit père de famille- et le Lieutenant Randy Disher (Jason Gray-Stanford) – un simple d’esprit, très sympathique.

Il espère récupérer son poste. Monk ne fait rien d'autre que d'attendre des choses improbables. Mais l'attente convient à sa complexion figée.
Pendant plusieurs années, Monk a été aidée par Sharona (Bitty Schram), une infirmière reconvertie en assistante du détective. Celle-ci le laissera tomber sans préavis (Monk est éternellement abandonné) – pour rejoindre son ex-mari - et, au cours d’une enquête, il fera la connaissance d’une autre blonde, mère de famille et veuve, Natalie Teeger (Traylor Howard). Elle sera sa nouvelle assistante. Contrairement à Sharona, qui n’avait aucune complaisance pour Monk, Natalie 


se montre maternelle, aimante envers son patron. Monk dira d’elle qu’elle lui rappelle, par certains aspects, son épouse défunte. Le compliment n’est pas mince, car Monk semble hermétique à tout sentiment, faisant preuve d'un égoïsme presque inconscient tellement il lui est naturel.
Les enquêtes de Monk ne brillent pas par leur intelligence scénaristique : tout est hautement improbable – nous sommes loin du réalisme et du travail d’orfèvre des séries policières anglaises-, mais leur loufoquerie, la tendresse qui s’installe au fil des épisodes pour les divers personnages (ne pas oublier de citer le psychiatre de Monk et le rival de ce dernier, l'exaspérant Harold Krenshaw, qui dispute à Monk les bonnes grâces du thérapeute), la quête de Monk (qui n’avance guère), les efforts que fait ce dernier pour se libérer de ses démons intérieurs, la mélancolie du personnage, l’atmosphère un brin surréaliste font de cette série une œuvre qui mérite notre attention – ou, pour le moins, notre affection. Sans omettre de citer, à partir de la saison 2, le générique écrit et interprété par l'excellent Randy Newman.
It's a jungle out there...

En vérité, Monk, c’est moi, mais avec une quinzaine d’années de moins. J'ai, en effet, très récemment pris conscience d'avoir quitté le monde des "monstres" et je suis tellement normale que je me reconnais à peine.

Je veux croire que l’on finit par guérir de soi et que ce n’est pas si terrible que cela d’oser être, un jour, un peu plus et un peu mieux qu’on ne le croyait permis. Contre ceux qui, jadis, avaient décidé pour nous
ou tout simplement par égard pour nous-mêmes, ce qui est encore mieux. C'est la raison pour laquelle, Monk est condamné à ne jamais progresser, et pas seulement parce qu'il n'est qu'un personnage typique ou exemplaire de fiction, un caractère, mais parce qu'il possède la perfection ou à la perfection son défaut d'être ou son supplément d'âme. A cause de ceci, je l'envie.
vendredi 17 avril 2009

Extrait :
L’ombre de Peter Pan que Madame Darling va déposer dans un tiroir est une idée que l’on retrouve tout aussi bien avec le thème des enfants dans des boîtes (Petite Mary et Un Baiser pour Cendrillon, et de manière moins explicite dans Tommy le sentimental, lorsqu’il est fait état des tiroirs qui ne peuvent s’ouvrir car la poignée est à l’intérieur !). Une lignée de mères vierges, de femmes-enfants naît de la plume de Barrie : Mary, Grizel, Wendy, Cendrillon et, dans une autre mesure, Mary Rose – puisqu’elle est mère mais demeure une enfant, non accessible à la corruption physique tant qu’elle demeure sur l’île enchantée.
Cendrillon est plus proche de la Petite Mary que de la Wendy de Peter Pan.

Lire la suite.

En ce moment, et ce jusqu'à mon départ imminent pour l'Écosse, des mises à jour quotidiennes sur le site Barrie, qui est en refonte depuis un moment et qui grandit, lui aussi, de manière imperceptible. Je vous recommande, par exemple, ce texte de présentation de l'oeuvre barrienne, dans les archives.

Si une âme charitable pouvait m'aider à créer un flux RSS digne de ce nom pour mon site Barrie, je lui en serais éternellement reconnaissante. [Ajout du 18 avril : tout fonctionne, en fait.]

Vous rendez-vous compte que, bientôt, je vais au pays de mon bien-aimé? L'Écosse, le pays des fées, des légendes, des pierres de Logan, le pays de ma jeunesse éternelle.

Je me retire sur la pointe des pieds et vous laisse en compagnie de Kilmeny (de James Hogg - 1770–1835) dont la Mary Rose de Barrie porte l'empreinte tout autant que Brigadoon via Barrie... Admirez la langue. Cela nous change de l'anglais standard ou bâtard. Traduire un tel texte... Mon Dieu, je n'oserais pas m'y essayer. Je reculerais devant l'impossible. La langue, l'écossais, y est trop riche, trop "goûteuse" et trop belle, selon moi, pour y poser le bout du doigt.

BONNIE Kilmeny gaed up the glen;
But it wasna to meet Duneira's men,
Nor the rosy monk of the isle to see,
For Kilmeny was pure as pure could be.
It was only to hear the yorlin sing, 5
And pu' the cress-flower round the spring;
The scarlet hypp and the hindberrye,
And the nut that hung frae the hazel tree;
For Kilmeny was pure as pure could be.
But lang may her minny look o'er the wa', 10
But lang may she seek i' the green-wood shaw;
Lang the laird o' Duneira blame,
And lang, lang greet or Kilmeny come hame!
When many a day had come and fled,
When grief grew calm, and hope was dead, 15
When mess for Kilmeny's soul had been sung,
When the bedesman had pray'd and the dead bell rung,
Late, late in gloamin' when all was still,
When the fringe was red on the westlin hill,
The wood was sere, the moon i' the wane, 20
The reek o' the cot hung over the plain,
Like a little wee cloud in the world its lane;
When the ingle low'd wi' an eiry leme,
Late, late in the gloamin' Kilmeny came hame!
'Kilmeny, Kilmeny, where have you been? 25
Lang hae we sought baith holt and den;
By linn, by ford, and green-wood tree,
Yet you are halesome and fair to see.
Where gat you that joup o' the lily scheen?
That bonnie snood of the birk sae green? 30
And these roses, the fairest that ever were seen?
Kilmeny, Kilmeny, where have you been?'
Kilmeny look'd up with a lovely grace,
But nae smile was seen on Kilmeny's face;
As still was her look, and as still was her e'e, 35
As the stillness that lay on the emerant lea,
Or the mist that sleeps on a waveless sea.
For Kilmeny had been, she knew not where,
And Kilmeny had seen what she could not declare;
Kilmeny had been where the cock never crew, 40
Where the rain never fell, and the wind never blew.
But it seem'd as the harp of the sky had rung,
And the airs of heaven play'd round her tongue,
When she spake of the lovely forms she had seen,
And a land where sin had never been; 45
A land of love and a land of light,
Withouten sun, or moon, or night;
Where the river swa'd a living stream,
And the light a pure celestial beam;
The land of vision, it would seem, 50
A still, an everlasting dream.
In yon green-wood there is a waik,
And in that waik there is a wene,
And in that wene there is a maike,
That neither has flesh, blood, nor bane; 55
And down in yon green-wood he walks his lane.
In that green wene Kilmeny lay,
Her bosom happ'd wi' flowerets gay;
But the air was soft and the silence deep,
And bonnie Kilmeny fell sound asleep. 60
She kenn'd nae mair, nor open'd her e'e,
Till waked by the hymns of a far countrye.
She 'waken'd on a couch of the silk sae slim,
All striped wi' the bars of the rainbow's rim;
And lovely beings round were rife, 65
Who erst had travell'd mortal life;
And aye they smiled and 'gan to speer,
'What spirit has brought this mortal here?'—
'Lang have I journey'd, the world wide,'
A meek and reverend fere replied; 70
'Baith night and day I have watch'd the fair,
Eident a thousand years and mair.
Yes, I have watch'd o'er ilk degree,
Wherever blooms femenitye;
But sinless virgin, free of stain 75
In mind and body, fand I nane.
Never, since the banquet of time,
Found I a virgin in her prime,
Till late this bonnie maiden I saw
As spotless as the morning snaw: 80
Full twenty years she has lived as free
As the spirits that sojourn in this countrye:
I have brought her away frae the snares of men,
That sin or death she never may ken.'—
They clasp'd her waist and her hands sae fair, 85
They kiss'd her cheek and they kemed her hair,
And round came many a blooming fere,
Saying, 'Bonnie Kilmeny, ye're welcome here!
Women are freed of the littand scorn:
O blest be the day Kilmeny was born! 90
Now shall the land of the spirits see,
Now shall it ken what a woman may be!
Many a lang year, in sorrow and pain,
Many a lang year through the world we've gane,
Commission'd to watch fair womankind, 95
For it 's they who nurice the immortal mind.
We have watch'd their steps as the dawning shone,
And deep in the green-wood walks alone;
By lily bower and silken bed,
The viewless tears have o'er them shed; 100
Have soothed their ardent minds to sleep,
Or left the couch of love to weep.
We have seen! we have seen! but the time must come,
And the angels will weep at the day of doom!
'O would the fairest of mortal kind 105
Aye keep the holy truths in mind,
That kindred spirits their motions see,
Who watch their ways with anxious e'e,
And grieve for the guilt of humanitye!
O, sweet to Heaven the maiden's prayer, 110
And the sigh that heaves a bosom sae fair!
And dear to Heaven the words of truth,
And the praise of virtue frae beauty's mouth!
And dear to the viewless forms of air,
The minds that kyth as the body fair! 115
'O bonnie Kilmeny! free frae stain,
If ever you seek the world again,
That world of sin, of sorrow and fear,
O tell of the joys that are waiting here;
And tell of the signs you shall shortly see; 120
Of the times that are now, and the times that shall be.'—
They lifted Kilmeny, they led her away,
And she walk'd in the light of a sunless day;
The sky was a dome of crystal bright,
The fountain of vision, and fountain of light: 125
The emerald fields were of dazzling glow,
And the flowers of everlasting blow.
Then deep in the stream her body they laid,
That her youth and beauty never might fade;
And they smiled on heaven, when they saw her lie 130
In the stream of life that wander'd bye.
And she heard a song, she heard it sung,
She kenn'd not where; but sae sweetly it rung,
It fell on the ear like a dream of the morn:
'O, blest be the day Kilmeny was born! 135
Now shall the land of the spirits see,
Now shall it ken what a woman may be!
The sun that shines on the world sae bright,
A borrow'd gleid frae the fountain of light;
And the moon that sleeks the sky sae dun, 140
Like a gouden bow, or a beamless sun,
Shall wear away, and be seen nae mair,
And the angels shall miss them travelling the air.
But lang, lang after baith night and day,
When the sun and the world have elyed away; 145
When the sinner has gane to his waesome doom,
Kilmeny shall smile in eternal bloom!'—
They bore her away, she wist not how,
For she felt not arm nor rest below;
But so swift they wain'd her through the light, 150
'Twas like the motion of sound or sight;
They seem'd to split the gales of air,
And yet nor gale nor breeze was there.
Unnumber'd groves below them grew,
They came, they pass'd, and backward flew, 155
Like floods of blossoms gliding on,
In moment seen, in moment gone.
O, never vales to mortal view
Appear'd like those o'er which they flew!
That land to human spirits given, 160
The lowermost vales of the storied heaven;
From thence they can view the world below,
And heaven's blue gates with sapphires glow,
More glory yet unmeet to know.
They bore her far to a mountain green, 165
To see what mortal never had seen;
And they seated her high on a purple sward,
And bade her heed what she saw and heard,
And note the changes the spirits wrought,
For now she lived in the land of thought. 170
She look'd, and she saw nor sun nor skies,
But a crystal dome of a thousand dyes:
She look'd, and she saw nae land aright,
But an endless whirl of glory and light:
And radiant beings went and came, 175
Far swifter than wind, or the linkèd flame.
She hid her e'en frae the dazzling view;
She look'd again, and the scene was new.
She saw a sun on a summer sky,
And clouds of amber sailing bye; 180
A lovely land beneath her lay,
And that land had glens and mountains gray;
And that land had valleys and hoary piles,
And marlèd seas, and a thousand isles.
Its fields were speckled, its forests green, 185
And its lakes were all of the dazzling sheen,
Like magic mirrors, where slumbering lay
The sun and the sky and the cloudlet gray;
Which heaved and trembled, and gently swung,
On every shore they seem'd to be hung; 190
For there they were seen on their downward plain
A thousand times and a thousand again;
In winding lake and placid firth,
Little peaceful heavens in the bosom of earth.
Kilmeny sigh'd and seem'd to grieve, 195
For she found her heart to that land did cleave;
She saw the corn wave on the vale,
She saw the deer run down the dale;
She saw the plaid and the broad claymore,
And the brows that the badge of freedom bore; 200
And she thought she had seen the land before.
She saw a lady sit on a throne,
The fairest that ever the sun shone on!
A lion lick'd her hand of milk,
And she held him in a leish of silk; 205
And a leifu' maiden stood at her knee,
With a silver wand and melting e'e;
Her sovereign shield till love stole in,
And poison'd all the fount within.
Then a gruff untoward bedesman came, 210
And hundit the lion on his dame;
And the guardian maid wi' the dauntless e'e,
She dropp'd a tear, and left her knee;
And she saw till the queen frae the lion fled,
Till the bonniest flower of the world lay dead; 215
A coffin was set on a distant plain,
And she saw the red blood fall like rain;
Then bonnie Kilmeny's heart grew sair,
And she turn'd away, and could look nae mair.
Then the gruff grim carle girn'd amain, 220
And they trampled him down, but he rose again;
And he baited the lion to deeds of weir,
Till he lapp'd the blood to the kingdom dear;
And weening his head was danger-preef,
When crown'd with the rose and clover leaf, 225
He gowl'd at the carle, and chased him away
To feed wi' the deer on the mountain gray.
He gowl'd at the carle, and geck'd at Heaven,
But his mark was set, and his arles given.
Kilmeny a while her e'en withdrew; 230
She look'd again, and the scene was new.
She saw before her fair unfurl'd
One half of all the glowing world,
Where oceans roll'd, and rivers ran,
To bound the aims of sinful man. 235
She saw a people, fierce and fell,
Burst frae their bounds like fiends of hell;
Their lilies grew, and the eagle flew;
And she herkèd on her ravening crew,
Till the cities and towers were wrapp'd in a blaze, 240
And the thunder it roar'd o'er the lands and the seas.
The widows they wail'd, and the red blood ran,
And she threaten'd an end to the race of man;
She never lened, nor stood in awe,
Till caught by the lion's deadly paw. 245
O, then the eagle swink'd for life,
And brainyell'd up a mortal strife;
But flew she north, or flew she south,
She met wi' the gowl o' the lion's mouth.
With a mooted wing and waefu' maen, 250
The eagle sought her eiry again;
But lang may she cower in her bloody nest,
And lang, lang sleek her wounded breast,
Before she sey another flight,
To play wi' the norland lion's might. 255
But to sing the sights Kilmeny saw,
So far surpassing nature's law,
The singer's voice wad sink away,
And the string of his harp wad cease to play.
But she saw till the sorrows of man were bye, 260
And all was love and harmony;
Till the stars of heaven fell calmly away,
Like flakes of snaw on a winter day.
Then Kilmeny begg'd again to see
The friends she had left in her own countrye; 265
To tell of the place where she had been,
And the glories that lay in the land unseen;
To warn the living maidens fair,
The loved of Heaven, the spirits' care,
That all whose minds unmeled remain 270
Shall bloom in beauty when time is gane.
With distant music, soft and deep,
They lull'd Kilmeny sound asleep;
And when she awaken'd, she lay her lane,
All happ'd with flowers, in the green-wood wene. 275
When seven lang years had come and fled,
When grief was calm, and hope was dead;
When scarce was remember'd Kilmeny's name,
Late, late in a gloamin' Kilmeny came hame!
And O, her beauty was fair to see, 280
But still and steadfast was her e'e!
Such beauty bard may never declare,
For there was no pride nor passion there;
And the soft desire of maiden's e'en
In that mild face could never be seen. 285
Her seymar was the lily flower,
And her cheek the moss-rose in the shower;
And her voice like the distant melodye,
That floats along the twilight sea.
But she loved to raike the lanely glen, 290
And keepèd afar frae the haunts of men;
Her holy hymns unheard to sing,
To suck the flowers, and drink the spring.
But wherever her peaceful form appear'd,
The wild beasts of the hill were cheer'd; 295
The wolf play'd blythly round the field,
The lordly byson low'd and kneel'd;
The dun deer woo'd with manner bland,
And cower'd aneath her lily hand.
And when at even the woodlands rung, 300
When hymns of other worlds she sung
In ecstasy of sweet devotion,
O, then the glen was all in motion!
The wild beasts of the forest came,
Broke from their bughts and faulds the tame, 305
And goved around, charm'd and amazed;
Even the dull cattle croon'd and gazed,
And murmur'd and look'd with anxious pain
For something the mystery to explain.
The buzzard came with the throstle-cock; 310
The corby left her houf in the rock;
The blackbird alang wi' the eagle flew;
The hind came tripping o'er the dew;
The wolf and the kid their raike began,
And the tod, and the lamb, and the leveret ran; 315
The hawk and the hern attour them hung,
And the merle and the mavis forhooy'd their young;
And all in a peaceful ring were hurl'd;
It was like an eve in a sinless world!
When a month and a day had come and gane. 320
Kilmeny sought the green-wood wene;
There laid her down on the leaves sae green,
And Kilmeny on earth was never mair seen.
But O, the words that fell from her mouth
Were words of wonder, and words of truth! 325
But all the land were in fear and dread,
For they kendna whether she was living or dead.
It wasna her hame, and she couldna remain;
She left this world of sorrow and pain,
And return'd to the land of thought again. 330


jeudi 1 mai 2008

Un peu d'autodérision ne nuit pas à la santé mentale...
Samedi 26 avril
Une grande aventure, une immense aventure ! Nous allons vraiment partir pour "les hauteurs tourmentées".

[Cliquez pour agrandir le plan, ainsi vous pourrez suivre notre route à partir des vidéos que je vais disposer dans l'ordre.]
Trois heures de marche au bas mot. Si M. Golightly en est capable sans efforts, c'est moins mon cas, car mon coeur est, de naissance, en mauvais état (ce qui prouve que j'en ai un, même s'il bat trop fort d'après les médecins). Mais nous décidons néanmoins d'entreprendre ce voyage jusqu'à la Brontë Waterfall, bien connue.
La route sera longue, escarpée, de celles qui brisent les chevilles. On nous a déconseillé cette route, parce que nous n'étions pas équipés comme les émules du Vieux Campeur. J'ai voulu renoncer avant même de commencer, je l'avoue, quand j'ai compris les difficultés, mais M. Golightly m'a dit que nous irions, même s'il devait me porter ! Il sait que je le regretterais plus tard si je n'y allais pas.
L'immensité des lieux provoquera en moi un de ces accès de "mysticisme naturel" qui me sont rares et que je n'ai éprouvé que dans le glen barrien, l'année dernière. Cette immensité, cette profondeur, ces vents qui battent les sangs et frictionnent les sens ont fait éclater en moi bien des résistances.
Quelle sauvagerie !

Le bruit désagréable que vous entendrez sur les vidéos est celui du vent. Vous n'imaginez pas sa puissance sur les hauteurs ! Le rire me secoue de la tête aux pieds en regardant cette vidéo du départ (la route était bien entamée depuis le village de Haworth et je suis déjà essouflée) - j'ai un sens inné du ridicule et j'ai tout de l'enfant :

Au départ, je ne suis pas méfiante. Je ne sais pas quelles créatures terribles peuvent être les moutons...

Être courtisée d'aussi près par une cinquantaine de moutons ne m'était jamais arrivé. Je n'ai commencé à blêmir que lorsque que M. Golightly m'a dit : "Ne te retourne pas, nous sommes suivis !" Et, bien sûr, je me suis retournée... Et nous étions tellement haut que je ne pouvais pas courir, tant le souffle me manquait. Le péril était immense ! Imaginez ces créatures féroces qui me lorgnaient, prêtes à me lacérer d'un coup de corne ! Ne vous fiez pas à leur air inoffensif. Rendez-vous compte du culot de ces bêtes : elles nous suivaient ! Et cela me fait penser à une chanson de Philippe Katerine, qui est un peu mon "maître" involontaire dans certains registres... M. Golightly n'a d'ailleurs pas cessé de me dire que je lui rappelais l'absurde de cet artiste...

Un quart de mile avant l'arrivée - sauf que nous nous sommes un peu perdus dans les champs à perte de vue, dans les pleins et déliés de cette nature assez rude :

L'arrivée - il faut préciser que les choses ne se sont pas déroulées comme prévu et je pense que nous nous sommes égarés car nous n'avons pas retrouvé les portes-échelles (stile gate) qui séparent les champs... Je vous épargne les photographies les plus scabreuses, celle-ci donne déjà une idée de mon adresse pour la tâche... Je suis une fille de la ville et j'ai le vertige sur une échelle, comme Monsieur Monk.



Et puis je n'avais pas l'équipement requis...

La cascade de loin :

A SUIVRE...
lundi 13 mars 2006

Je n'ai guère chômé pendant mon week-end parisien. En effet, j'ai allié le plaisir au... plaisir. Je me suis rendue dans les deux plus célèbres librairies parisiennes, rue de Rivoli, en quête d'un viatique pour le monde merveilleux de Barrie. Très informatisée, je possède tout ce qu'il est possible d'acquérir en matière de dictionnaires et d'encyclopédies, et ce en plusieurs langues. Toutefois, je suis attachée au papier, aux livres que l'on fait vivre, en les cornant, en les griffant, en les mouillant... J'aime pleurer sur le papier bible, épais, rugueux ou doux (un zeugme du plus mauvais effet se tient ici). Que voulez-vous ? Je suis comme je suis et c'est très bien ainsi. J'étais donc partie en quête d'un dictionnaire d'Écossais (que je n'ai trouvé que ce matin : une édition ancienne Chambers, selon mes voeux, qui est davantage un glossaire de mots empruntés aux auteurs écossais classiques ...), d'un dictionnaire des fées et du folklore écossais et irlandais (je n'ai pas réellement mis la main sur ce prodigieux ouvrage et peut-être n'existe-t-il pas... mais j'ai trouvé des substituts divers et variés...) et d'un dictionnaire de vieil Anglais (recherche très complexe - expliquez-moi pourquoi !). De dilettante, je n'ai peut-être, dans certains domaines, que la dénomination poétique (je l'espère en tout cas) et j'ai décidé de devenir une grande fille. En matière de traduction littéraire. Si l'on reconnaît le bon ouvrier à ses outils, ainsi que me l’asséna à longueur de journée une vieille institutrice poilue et mauvaise comme une teigne, je désire le nec plus ultra. Rien n'est trop bon ou beau pour Barrie, qui m'entraîne loin de chez moi... Ne vous intéressez pas de trop près à un sujet précis, car vous risquez fort d'être propulsée dans des contrées inattendues... Je me suis mise en danger en explorant les écrits didactiques de Yeats. Ils n'ont rien à envier à sa prose fictionnelle et à ses poèmes, selon moi... Et me voilà partie sur ses traces, de livre en livre... Je me perds pour mon plus grand plaisir. Le point de départ étant Barrie, rappelons-le. Somme toute, je suis heureuse de mes acquisitions :

Ce dictionnaire est excellent. Il manque peut-être de pages mais pas d'épaisseur. Il m'a donné une satisfaction simple mais réelle. J'y ai trouvé la définition de WHILOM, mot qui n'a rien de sorcier (il indique une chose passée, qui n'a plus cours, il renvoie à un jadis) et qui doit être un peu trop vieux pour avoir une place dans les dictionnaires les plus usuels... A mon grand agacement. Étonnant. Plus qu'un dictionnaire étymologique, il est aussi un dictionnaire historique (certes, les deux sont liés), concis et précis. Grâce à lui, je suis bien aise de savoir que l'expression "fairy tale" fut employée pour la première fois par Walpole, dans ses Lettres, en 1749 ... et qu'elle provient du français. Quant au Brewer,

c'est un classique, qui recense mots et expressions dans les oeuvres de langues anglaises, entres autres. Ainsi, si vous vous souciez des fées, vous pourrez avoir un aperçu de leur dénomination, comme ci dessous :

Fairies,
good and bad. 1
AFREET or EFREET, one of the Jinn tribe, of which there are five. (See Story of the Second Calendar.)
APPARITION. A ghost.
ARIEL. (See ARIEL.)
BANSHEE or BENSHEE, an Irish fairy attached to a house. (See BANSHEE.)
BOGGART. (Scotch.) A local hobgoblin or spirit.
BOGIE or BOGLE, a bugbear (Scotch form of bug). (See BOGIE.)
BROWNIE, a Scotch domestic fairy; the servants’ friend if well treated. (See BROWNIE.)
BUG or BUGBEAR, any imaginary thing that frightens a person. (Welsh, bwg.) (See BUG.)
CAULD LAD (The), the Brownie of Hilton Hall. (See CAULD LAD.)
DJINN, JIN, or GINN (Arabian). (See JIXX.)
DUENDE (3 syl.), a Spanish house-spirit. (See DUENDE.)
DWARF, a diminutive being human or superhuman. (Anglo-Saxon, dweorg.)
DWERGER, DWERGUGH, or DUERGAR, Gotho-German dwarfs, dwelling in rocks and hills. (Anglo-Saxon, dweorgh.)
ELF (plu. ELVES), fairies of diminutive size, supposed to be fond of practical jokes. (Anglo-Saxon, œlf.) (See ELF.)
ELLE-MAID or ELLE-WOMAN, ELLE-FOLK, of Scandinvia.
ESPRIT FOLLET, the house-spirit of France.
FAIRY or FAERIE (plu. FAIRIES), a super-natural being, fond of pranks, but generally pleasing. (German and French, fee.)
FAMILIAR (A), an evil spirit attendant on witches, etc. (See FAMILIAR.)
FATA, an Italian fay, or white lady.
FATES, the three spirits (Clotho, Lachsis, and Atrpos) which preside over the destiny of every individual. (Latin, fata.)
FAY (plu. FAYS), same as Fairy (q.v.).
FEAR DEARG (The), i.e. Red Man. A house-spirit of Munster.
GEXII (plu.). The sing. genie and genius. Eastern spirits, whether good or bad, who preside over a man or nation. “He is my evil [or good] genius.” (Latin, genius.) (See GENIUS.)
GHOST, the immaterial body or noumenon of a human being. Supposed to be free to visit the earth at night-time, but obliged to return to its Hads at the first dawn.
GHOUL, a demon that feeds on the dead. (Persian.)
GNOME (1 syl.), the guardian of mines, quarries, etc. (Greek, , a Cabalistic being.) (See GNOMES.)
GOBLIN or HORGOBLIN, a phantom spirit. (French, gobelin; German, kobold.)
GOOD FOLK. (The). The Brownies or house-spirits.
GUARDIAN-ANGEL, an angelic spirit which presides over the destiny of each individual.
HABUNDIA, queen of the White Ladies.
HAG (A), a female fury. Milton (Comus 445) speaks of “blue meagre hags.”
HAMADRYAD, a wood-nymph. Each tree has its own wood-nymph, who dies when the tree dies.
HOBGOBLIN. (See above, GOBLIN.) Hob is Robin, as Hodge is Roger.
HORNS or HORNIE, the Devil. (See HORNIE.)
IMP, a puny demon or spirit of mischief. (Welsh, imp.)
JACK-A-LANTERN, a bog or marsh spirit who delights to mislead
JINN or GINN, (See JINN.) These Arabian spirits were formed of “smokeless fire.”
KELPIE (2 syl.). In Scotland, an imaginary spirit of the waters in the form of a horse. (See KELPIE.)
KOBOLD, a German household goblin, also frequenting mines. (German, kobold.) (See KOBOLD.)
LAM’IA (plu. LAM’LÆ), a hag or demon. Keats’s Lamia is a serpent which had assumed the form of a beautiful woman, beloved by a young man, and gets a soul. (Latin, Lamia.) (See LAMIA.)
LAMIES, African spectres, having the head of a woman and tail of a serpent. (See LAMIES.)
LAR (plu. LARES) (2 syl.), Latin household deitles. (See LARES.)
LEPRECHAUN, a fairy shoemaker.
MAB, the farles’ midwife. Sometimes incorrectly called queen of the fairies. (Welsh, mab.) (See MAB.)
MANDRAKE. (See MANDRAKE.)
MERMAID, a sea-spirit, the upper part a woman and the lower half a fish.
MERROWS, both male and female, are spirits of the sea, of human shape from the waist upwards, but from the waist downwards are like a fish. The females are attractive, but the males have green teeth, green hair, pig’s eyes, and red noses. Fishermen dread to meet them.
MONACIELLO or LITTLE MONK, a house-spirit of Naples.
NAIAD (plu. NAIADES [3 syl.] or NAIADS [2 syl.]), water-nymphs. (Latin.) (See NAIADS.)
NIS or NISSE (2 syl.), a Kobold or Brownie. A Scandinavian fairy friendly to farmhouses. (Contraction of Nicolaus.)
NIX (female, NIXIE), a water-spirit. The nix has green teeth, and wears a green hat: the nicie is very beautiful.
OSERON, king of the fairies.
OGRE [pronounce og’r], an inhabitant of fairyland said to feed on infant children. (French.)
ORENDS, mountain nymphs. (Greek, oros.)
OUPHE (2 syl.), a fairy or goblin,
PERI, a Persian fairy. Evil peris are called “Deevs.”
PIGWIDGEON, a fairy of very diminutive size.
PIXY or PIXIE (also pisgy, pisgie), a Devonshire fairy, same as Puck.
POUKE (1 syl.), same as Puck. (See POUKE.)
PUCK, a merry little fairy spirit, full of fun and harmless mischief. (Icelandic and Swedish, puke.) (See PUCK.)
ROBIN-GOODFELLOW, another name for PUCK.) (See ROBIN … .)
SALAMANDER, a spirit which lives in fire. (Latin and Greek, salamandra.) (See SALAMANDRA.)
SHADES, ghosts.
SPECTRE, a ghost.
SPOOK (in Theosophy), an elemental.
SPRITE, a spirit.
STROMKARL, a Norwegian musical spirit, like Neck. (See STROMKARL.)
SYLPH, a spirit of the air; so named by the Rosicrucians and Cabalists. (Greek, silphe; French, sylphids.) (See SYLPHS.)
TRITON, a sea deity, who dwells with Father Neptune in a golden palace at the bottom of the sea. The chief employment of tritons is to blow a conch to smooth the sea when it is ruffied.
TROLL, a hill-spirit. Hence Trolls are called Hill-people or Hill-folk, supposed to be immensely rich, and especially dislike noise. (See TROLLS.)
UN’DINE (2 syl.), a water-nymph. (Latin, unda.) (See UNDINE.)
URCHIN properly means a hedgehog, and is applied to mischievous children and small folk generally. (See URCHIN.)
VAMPIRE (2 syl.), the spirit of a dead man that haunts a house and sucks the blood of the living. A Hungarian superstition. (See VAMPIRE.)
WERE-WOLF (Anglo-Saxon, wer-wulf, manwolf), a human being, sometimes in one form and sometimes in another. (See WERE-WOLF.)
WHITE LADIES OF, NORMANDY. (See WHITE LADIES.)
WHITE LADY (The) of the royal family of Prussia. A “spirit” said to appear before the death of one of the family. (See WHITE LADY.)
WHITE LADY OF AVENEL (2 syl.), a tutelary spirit.
WHITE LADY OF IRELAND (The), the banshee or domestic spirit of a family.
WHITE MERLE (The), of the old Basques. A white fairy bird, which, by its singing, restored sight to the blind.
WIGHT, any human creature, as a “Highland wight.” Dwarfs and all other fairy creatures.
WILL-O’-THE-WISP, a spirit of the bogs, whose delight is to mislead belated travellers.
WRAITH (Scotch), the ghost of a person shortly about to die or just dead, which appears to survivors, sometimes at a great distance off. (See WRAITH, HOUSEHOLD SPIRITS.)
Mais si vous ne désirez que faire connaissance avec un(e) Brownie, vous lirez ceci :
Brownie : The house spirit in Scottish superstition. He is called in England Robin Goodfellow. At night he is supposed to busy himself in doing little jobs for the family over which he presides. Farms are his favourite abode. Brownies are brown or tawny spirits, in opposition to fairies, which are fair or elegant ones. (See FAIRIES.) 1
“It is not long since every family of considerable substance was haunted by a spirit they called Browny, which did several sorts of work and this was the reason why they gave him offerings … on what they called Browny’s stone.”—Martin: Scotland.
Ce gros livre est une Bible pour qui s'intéresse à la culture, à la littérature anglo-saxonne. Je ne crois pas qu'il ait d'équivalent français. Détrompez-moi.
Il ne me reste plus qu'à me rendre en Écosse, bientôt, tôt ou tard, afin de marcher dans les pas de Barrie.
jeudi 8 juin 2006
J'ai beaucoup glosé sur le bonhomme. Je crains d'avouer quelques centaines de mauvaises pages à son sujet dans mon ordinateur depuis quelques années. Je vais clore la discussion en postant un extrait d'une autre étude que j'avais tentée d'écrire concernant le bonhomme et qui fut refusée. Si on me le réclame à cor et à cri, je posterai le fichier pdf de cette dernière. Son âge mûr lui permet d’être un tant soit peu achevé ; c’est un homme fini, figé par l’expérience et peu enclin à la dérive des sentiments et des passions. C’est aussi l’homme sans âge, à savoir un archétype. Poirot vit au présent éternel. Au fond, on le constatera, ce qui importe, c’est sa capacité à penser sans être détourné par le besoin de s’accomplir dans une carrière ou par l’urgence de prouver sa valeur au monde. Sa réputation le précède. Il ne vit pas dans l’attente de devenir : il est. Poirot, tel David Copperfield naît coiffé (chauve), ou telle Athéna, casqué (muni d’une moustache épatante) et armé (de la raison). Il a déjà un passé, mais aucun futur ou présent : son destin est scellé. Il porte en lui son essence, qui, contrairement à ce qu’en dit Sartre au sujet de nous-mêmes, précède bien ici son existence. Sa situation est fondamentale pour comprendre ce que l’on peut juger être son extravagance. Poirot est, en effet, en dehors du monde. Il le contemple ; il ne participe pas à son mouvement. Il ne crée pas de cercles concentriques autour de lui. Dame Christie nous livre l’acte de naissance de Poirot :
«Quel détective pouvais-je engager ? Je passai en revue les détectives que j’avais rencontrés et admirés pendant mes lectures. Il y avait Sherlock Holmes, le seul et l’unique : je ne serai jamais capable de rivaliser avec lui. Il y avait Arsène Lupin : était-ce un criminel ou un détective ? De toute façon, ce n’était pas mon type. Rouletabille dans Le Mystère de la chambre jaune : voici le genre de héros que j’aimerais inventer. Un personnage inédit. Qui engager ? Un écolier ? Plutôt difficile. Un scientifique ? Que savais-je des scientifiques ? Soudain, je songeai à nos réfugiés belges. (…) Pourquoi ne pas faire de mon détective un belge ? pensai-je. Il y en avait de toutes sortes, de ces réfugiés. Et pourquoi pas un officier de police réfugié ? Un officier de police à la retraite ? Un qui ne soit pas trop jeune. Quelle erreur commettai-je là ! Le résultat, c’est que mon détective fictif doit être bien plus que centenaire à l’heure actuelle. Je me décidai donc pour un détective belge. Je le laissai progressivement s’installer dans son rôle. Il aurait été inspecteur, de sorte qu’il posséderait une certaine connaissance en matière de crimes. Il serait méticuleux, très ordonné, me dis-je tandis que je rangeais moi-même pas mal de choses qui traînaient dans ma chambre.»
Cette dernière remarque n’est pas une parole en l’air : d’une certaine manière, Agatha Christie a calqué son personnage sur ses traits de caractères personnels. Sans conteste, la «reine du crime» souffrait des mêmes travers que Poirot : la rigueur de la femme écrivain transparaît dans le comportement du détective. Cette rigueur froide a l’inflexibilité de la logique. Au fond, Poirot a quelques caractéristiques, hormis sa moustache, d’un enfant, le sien ; elle insiste tant sur sa petite taille, qu’elle compense aussitôt en l’affublant d’un nom trop grand pour lui, le nom d’un héros. Il est petit dans son esprit afin qu’elle puisse le manœuvrer plus commodément, peut-être. Sa petitesse nous apprend, en réalité, quelque chose sur Agatha Christie. Il semble qu’elle ait eu toujours eu des arrière-pensées en songeant à son « enfant ».
«Puisqu’il devait être petit, Hercules serait pour lui un bon prénom.»
Quelle étrange association de cause à conséquence ! Sauf si l’on conçoit que son prénom est la réparation de sa défaillance physique. Le contraste, en tout état de cause, est saisissant et n’est qu’un des paradoxes du personnage. Il doit être petit et moyennement laid ou beau, pour ne pas susciter l’intérêt : son physique est sa couverture. Aucun risque, somme toute, qu’on aime ce type et qu’on le distraie de sa fonction. C’est toute la différence qui sépare le détective entièrement cérébral du beau gosse, un peu raté (mais point trop s’en faut) et un peu à la dérive, qu’incarne le privé du roman noir. Dans un ordre d’idées comparables, Columbo, inspiré à la fois du Père Brown de Chesterton et du Petrovitch de Dostoiëvski (Crime et Châtiment) dissimule son intelligence prodigieuse avec des ustensiles : son imperméable fripé, sa vieille voiture étrangère, sa femme, son chien, ses petites questions, ses anecdotes quelconques. Poirot est un personnage démesurément suffisant : son objet de fierté toute virile est sa moustache, qu’il entretient avec des procédés plus ou moins douteux (teinture, vernis, etc.) au grand dam de Hastings ! On pourrait, avec un esprit un peu leste, se demander si cette moustache ne le dédommage pas de quelque autre attribut… Les moustaches exceptionnelles de Poirot et son arrogante vanité sont de tels accessoires. Ils produisent le même effet. Ils portent le regard et l’esprit des suspects et du lecteur ailleurs.
« Mais, Ariadne, ma chérie, dit-il, tout cela est très bien, mais avec cette moustache et tout le reste, comment peut-on le prendre au sérieux ? Vous affirmez réellement qu’il est compétent ?»
Lorsqu’on s’attache à une apparence, la vision demeure superficielle et localisée, pour ce qui est de la spatialité, et ancrée dans l’instant, en ce qui concerne l’axe temporel. Ainsi, on ne cherche pas d’emblée à imaginer les intentions passées et / ou futur du détective, tétanisés que nous sommes devant une conduite outrancière ou un manque flagrant de personnalité. De même, on ne verra que ce qui fait saillie dans le geste ou la parole, par excès ou par défaut, et non pas ce qui se tient derrière, devant ou sur les côtés. En revanche, rien ne dit qu’ils agissent sciemment en entretenant cette brume qui dérobe à notre regard leur activité heuristique. En outre, tout le roman policier tient dans cet esprit de prestidigitation. Un nom donne une identité ou prétend réaliser un prodige de la sorte. Hercule fait référence, sans aucun doute, à la figure mythologique. Il n’est pas inutile de rappeler des évidences. Une des leçons du roman policier incite à les remâcher. Un recueil fameux des plus célèbres aventures où il intervient se nomme Les travaux d’Hercule et celui-ci se trouve dans la position de son éminent homonyme : douze épreuves l’attendent. Il faut retenir de cette source l’idée que les deux Hercule sont des êtres supérieurs (l’un par sa force, l’autre par son intelligence), douée d’une âme vaillante (la vertu et le sens de l’honneur anime les deux hommes). Il y a quelque chose d’ironique, voire de méchant, de la part d’Agatha Christie d’avoir nommé son héros de la sorte. L’homme aux yeux de chat (verts) est même accompagné d’un (faux) frère dont le prénom est tout aussi invraisemblable. Un instant, Poirot se parodie en s’exhibant sous ce nom. Hercule et Achille, l’un sans faille, l’autre avec un point faible. Dans l’avant-propos aux Travaux d’Hercule cité en épigraphe de ces lignes, Agatha Christie fait discuter son personnage avec un certain Docteur Burton. Ce passage est riche en clins d’œil. Dame Christie cite souvent Shakespeare et les œuvres de la littérature classique. Ici il faut comprendre qu’elle fait référence à Robert Burton, celui qui écrivit l’Anatomie de la mélancolie. « Dr Burton interrupted his melancoly. »
« Dites-moi, pourquoi ce prénom, Hercule ? - Vous voulez dire mon nom de baptême ? - A peine un nom de baptême, rechigna l’autre. Tout à fait païen. Mais pourquoi ? C’est ce que je veux savoir. Une idée fantasque de votre père ? Un caprice de votre mère ? Des raisons familiales ? Si je me souviens bien, car ma mémoire n’est plus ce qu’elle était, vous aviez un frère nommé Achille , n’est-ce pas ? (…) - Seulement un petit laps de temps. Le Docteur Burton s’éloigna avec tact de ce sujet. (…) Songez à cette conversation imaginaire. Votre mère et feue Madame Holmes , assises en train de coudre ou bien de tricoter : "Achille, Hercule, Sherlock, Mycroft…" Poirot ne parvenait pas à partager l’amusement de son ami. - Dois-je comprendre que, quant au physique, je ne ressemble pas à un Hercule ? Le regard du Docteur Burton examina de part en part Hercule Poirot : sa personne proprette affublée de pantalons rayés, d’une veste noire comme il faut, d’un pimpant nœud papillon. Son regard remonta des chaussures chics en cuir jusqu’à son crâne d’œuf et à l’immense moustache qui ornait le dessus de sa lèvre. »
Le patronyme, quant à lui, est plus mystérieux. Poirot a une sonorité qui n’est guère attrayante, elle suggère, en français le poireau, un légume aussi fadasse que la courge, amie dudit détective. Mais ce légume s’obstine : il est planté en terre, bien droit, de même son homophone demeure sur les lieux du crime tant qu’il n’a pas résolu son affaire. Nous ne croyons pas tout à fait Agatha Christie lorsqu’elle affirme avoir oublié d’où provient ce nom. Le secret des associations d’idées est souvent tabou et révèle plus que ne le désire le sujet. Cette réticence est compréhensible. Probablement que nous pourrions apprendre beaucoup de la source de ce nom, mais nous n’y sommes pas parvenus. Pour le moment… Agatha Christie, qui a instauré, dans le prolongement d’une tradition victorienne - qui aime à procéder à ce qui nous apparaît, lecteurs français du XXIe siècle, comme une certaine subversion du monde de l’enfance - la tradition d’écrire certains de ses romans en fonction de comptines (des nursery rhymes) a très vraisemblablement pensé à Humpty Dumpty en créant Hercule Poirot. Son «crâne d’œuf» est connoté par l’intertextualité. A la fois, le personnage des nursery rhymes mais aussi le protagoniste de Lewis Carroll, pour qui le langage n'a de sens que par l'intention que je lui accorde, les mots n'étant que des mercenaires, auxquels j’attribue telle ou telle tâche, c'est-à-dire telle ou telle signification. Personne n’ignore à quel point Poirot est attentif aux mots, même s’il a la fâcheuse tendance à citer de travers Shakespeare, et à écorcher la langue de ce dernier, ainsi que nous le rappelle sa notice nécrologique. A Carroll est peut-être aussi emprunté la montre à gousset du lapin, dont ne se départ pas Poirot. Poirot est un paradoxe vivant : il refuse, ainsi que le souligne Narcejac , l’absurde et l’humour, alors qu’il les incarne parfaitement. Il est un personnage enflé de son importance. Trop gros pour être vrai. Forts de cette certitude, on ne peut qu’en déduire trois choses : Poirot est un archétype et un automate, ainsi que le souligne Narcejac et ceci a pour fonction, dit-il sans s’expliquer davantage, d’empêcher l’installation, dans le roman, de l’angoisse. Il faut donc que Poirot soit irréel, faute de quoi nous allons « souffrir » avec lui et nous attacher davantage à sa personne qu’à l’intrigue. Cette définition de Bergson lui convient parfaitement :
« Ce qu’il y a de risible (…) c’est une certaine raideur de mécanique là où l’on voudrait trouver la souplesse attentive et la vivante flexibilité d’une personne. »
La constante répétition, d’un livre l’autre, des manières de Poirot provoque aussi le rire :
« L’idée est chose qui grandit, bourgeonne, fleurit, mûrit, du commencement à la fin du discours. Jamais elle ne s’arrête, jamais elle ne se répète. Il faut qu’elle change à chaque instant, car cesser de changer serait cesser de vivre. Que le geste s’anime donc comme elle ! Qu’il accepte la loi fondamentale de la vie, qui est de ne se répéter jamais ! Mais voici qu’un certain mouvement du bras ou de la tête, toujours le même, me paraît revenir périodiquement. Si je le remarque, s’il suffit à me distraire, si je l’attends au passage et s’il arrive quand je l’attends, involontairement je rirai. Pourquoi ? Parce que j’ai maintenant devant moi une mécanique qui fonctionne automatiquement. Ce n’est plus de la vie, c’est de l’automatisme installé dans la vie et imitant la vie. C’est du comique. »
Nous comprenons ainsi le propos : si Poirot est un être mécanique, il faut le comprendre de deux manières. D’une part, ses traits primaires de caractère sont réguliers comme un métronome. Il est toujours présenté avec les mêmes tics. D’autre part, son autre aspect mécanique s’exprime intellectuellement. Il est régi par l’unique principe de l’intelligence : il conduit le monde selon la seule logique, sans se soucier de l’aspect sentimental, sensible ou passionnel des événements. Il se comporte comme un mathématicien face à une équation à résoudre ou comme un physicien mesurant des forces en présence. Mais de quelle intelligence et de quelle logique parle-t-on au juste ? Hé bien, celle, si rassurante du roman policier, cousine germaine de celle qui s’expose dans l’exercice philosophique.
« Vous savez ce que vous m’évoquez ? dit Mrs Oliver. Un ordinateur. Vous vous programmez vous-même. C’est bien comme ça qu’ils disent ? Vous ingurgitez toutes ces données tout le long de la journée et vous attendez de voir ce qui va en sortir ensuite. - Vous tenez une bonne idée, dit Poirot, intéressé. Oui, oui, je joue le rôle de l’ordinateur. On le remplit d’informations… - Et supposez que toutes les réponses obtenues soient fausses ? dit Mrs Oliver. - C’est impossible ! dit Hercule Poirot. Les ordinateurs ne se trompent pas. - Ils sont supposés agir de la sorte, dit Mrs Oliver, mais vous seriez surpris de savoir ce qui se produit parfois ! (…) Je sais qu’il existe un adage selon lequel "L’erreur est humaine". Mais l’erreur d’un homme n’est rien en comparaison de ce dont est capable un ordinateur quand il s’y met. »
L’idée de la machine et de l’aspect automatique de sa personnalité se trouvent confortés par cette déclaration. Ajoutons une troisième caractéristique. Une machine est impersonnelle et n’éprouve pas de sentiment. Poirot, à la différence d’un Nestor Burma par exemple, ne parle jamais en première personne. Soit Hastings raconte ses exploits soit un narrateur anonyme (l’auteur) les rapporte. Il n’existe que par ouï-dire ; il n’est jamais le narrateur en première personne. Pas même lorsqu’il rédige cette dernière lettre, celle que nous découvrons avec Hastings, lors du dernier chapitre du dernier roman où il intervient, puisque c’est par les yeux d’Hastings que nous la lisons. L’existence d’Hercule Poirot est ambiguë sur tous les fronts : en plus d’être abstrait et concret, il est à la fois omniprésent et étrangement absent. Mais son cas n’est pas extraordinaire dans la littérature policière :
« (…) le détective lui-même est incapable de faire des confidences autobiographiques (…) le détective se tait parce que tout destin est muet pour lui. Son mutisme s’explique non par l’engagement absolu de l’existence, mais par l’absence d’existence propre à l’engagement rationnel, absence qui lui interdit la parole (…) C’est pourquoi il est accompagné du confident qui chante ses louanges et qui arrache la résolution des cas à l’obscurité dont l’entoure son caractère impersonnel. » (S. Kracauer)
Poirot est une caricature. Ne pourrait-on pas dire de même de son frère aîné, Sherlock Holmes ou de ses cousins éloignés, Columbo ou Monk, ou encore de Nestor Burma que nous venons d’évoquer ? Qu’est-ce qui diffère, par exemple, Poirot d’un type tout à fait humain, comme l’inspecteur Morse créé par Colin Dexter, par exemple ? Morse nous est proche : il a des amours, des vices, des états d’âmes, etc. Il rend possible l’identification. Poirot vit en exilé, en exclus : il n’est pas de notre univers et c’est la raison pour laquelle il peut le démonter à loisir et le remettre en marche, comme un horloger qui aurait une parfaite connaissance des rouages d’une machinerie infernale. Il n’est pas un homme ; il incarne une activité. «Hercule Poirot» n’est pas un nom, c’est une fonction, un métier. D’où ces formules distanciées par rapport à lui-même, cette manière de se traiter à la troisième personne, ce maniérisme qui lui est spécifique et qui n’est pas uniquement indice de vantardise :
« Je devrais peut-être, madame, vous en dire un peu plus à mon sujet. Je suis Hercule Poirot. (…) Je suis, ainsi que vous le savez peut-être, dit Poirot, un détective. Il se frappa la poitrine. Peut-être le plus célèbre détective au monde. » «Je suis Hercule Poirot. Je suis le grand, l’unique Hercule Poirot. »
Ce qui importait pour Agatha Christie, c’était de créer un personnage original. Si le roman policier guidé par un enquêteur est un genre aussi ardu à écrire et à renouveler, c’est en partie à cause de la difficulté qu’il y a à inventer un détective, qui ne ressemble pas à tous les autres et qui génère un univers autre. Au-delà de la qualité du problème ou de l’énigme à résoudre, ce qui donne son cachet et son intérêt à un roman policier, c’est la saveur de l’ambiance, le charisme ou la fantaisie du personnage principal. Il est très remarquable de constater que la plupart des romans d’Agatha Christie sont extrêmement pensés de ces deux points de vue, quant la galerie de personnages secondaires est assez peu – tout est relatif, n’est-ce pas ? – travaillée. Pour autant, il ne faut pas s’imaginer Agatha Christie, tendre et amoureuse de son personnage. N’écrit-elle pas, dans son autobiographie :
«Hercule Poirot, mon invention belge, était accrochée à mon cou, fermement attaché là, comme le vieil homme de la mer. »
Si tel avait été le cas, elle n’eût probablement pas ressenti le besoin de le tuer. Certes, elle eût pu concevoir de la jalousie, à l’idée qu’il lui survécût ou qu’un autre auteur l’adoptât, mais la raison est différente, nous en sommes bien persuadés. Quelques lignes issues de Mrs McGinty est morte nous le prouvent. Un des personnages récurrents de Dame Christie se nomme Ariadne Oliver, qui est en quelque sorte le double de l’auteur, ou pour le moins son ombre chinoise. Ariadne est également romancière, officiant dans le genre policier, et elle semble revêtir certaines des caractéristiques de Mrs Christie.
«Qu’est-ce que j’en sais ? dit Mrs Oliver avec humeur. Est-ce que je connais les raisons pour lesquelles j’ai un jour inventé cet homme répugnant ? Je devais être folle. Pourquoi un finlandais [On pourrait se dire : pourquoi un Belge ?] alors que je ne sais rien de la Finlande ? Pourquoi un végétarien ? [Très amusante réflexion, si l’on reprend le début dudit roman, qui expose les ennuis de Poirot quant à l’alimentation !]Pourquoi possède-t-il tous ces tics idiots [La relation avec Poirot est claire comme de l’eau de roche !] ? Ces choses arrivent et c’est tout. Vous essayez quelque chose et les gens semblent l’apprécier. Alors, vous continuez. Ets avant de vous rendre compte où vous en êtes arrivé, vous vous retrouvez lié pour la vie avec quelqu’un du genre de cet exaspérant Sven Hjerson [ou Hercule Poirot…Il est très vraisemblable qu’Agatha Christie ait développé une certaine haine à l’encontre d’Hercule Poirot, comme son meurtre le laisse penser.] Et les gens vous écrivent même pour vous signifier à quel point ils sont convaincus que vous l’adorez. L’adorer, lui ? Si je rencontrais, dans la vrai vie, cet échalas de Finlandais, amateur de crudités, je commettrais un meurtre [On peut dire qu’elle l’a fait, littérairement parlant] à côté duquel tous ceux que j’ai inventés jusqu’à ce jour ne seraient rien. Robin Upward la contempla avec un profond respect. « Vous savez, Ariadne, savez-vous que cela pourrait être une idée merveilleuse ? Un véritable Sven Hjerson. Et ce serait vous qui le tueriez. Vous en feriez un livre qui serait votre chant du cygne. Il ne serait publié qu’après votre mort. [Ceci est très troublant, surtout quand on songe que la réalité a rattrapé la fiction. En effet, Agatha Christie avait mis au coffre un Poirot et un Marple inédits à ne publier qu’après sa mort, même si les conditions n’ont pas été tout à fait respectées…] - Pas de risque ! dit Mrs Oliver. Et l’argent ? Le salaire du crime, je le veux maintenant ! [Ce cynisme plus ou moins avéré est possiblement celui de Mrs Christie.]»
Ces lignes ont été écrites pendant la seconde guerre mondiale, soit plusieurs décennies avant que le public ne découvre la mort de Poirot, mais elles sont à peu près contemporaines de la rédaction du dernier opus de Poirot ! La dernière intervention de Poirot écrite par Christie, dans la chronologie réelle, étant celle d’Une mémoire d’éléphant. Mais, au fait, après cette revue de détails, nous n’avons pas posé la question qui sied tant à la culture britannique. Monsieur Poirot est-il un gentleman ? Bien qu’il n’ait pas sucé le lait d’Eton, bien qu’il baragouine l’Anglais, et qu’il soit décidément trop fantasque, Hercule est peut-être un gentleman car il recherche la vérité, qui est la première des vertus qu’il honore. Il est, en tout cas, frère d’âme d’Aristote. Néanmoins, son goût immodéré pour les questions indiscrètes et le mensonge ne lui permettent pas, nous le craignons et le regrettons, de l’asseoir à la table des gentlemen.

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