Affichage des articles triés par pertinence pour la requête Morse. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête Morse. Trier par date Afficher tous les articles
jeudi 10 novembre 2005
Colin Dexter est fort connu par les amateurs de la très bonne série policière L'Inspecteur Morse. Mais les livres qui relatent ses aventures, et qui sont au nombre de 13, sont encore bien plus savoureux.
Le dernier bus pour Woodstock
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 1
Portée disparue
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 2
Les silences du professeur
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 3
Service funèbre
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 4
Mort à Jericho
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 5
Casse-tête en trois temps
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 6
Le secret de l'annexe 3
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 7
Mort d'une garce
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 8
Bijoux de famille
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 9
À travers bois
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 10
Les filles de Caïn
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 11
La mort pour voisine
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 12 – nous apprenons ici le prénom de l’inspecteur Morse. Surlignez ce qui suit, pour le savoir. Endeavour.
Remords secrets
Les enquêtes de l'inspecteur Morse - Tome 13 --- Lire celui-ci en dernier et, surtout, NE PAS LIRE la quatrième de couverture.
Malheureusement les livres sont épuisés, mais on peut les trouver d’occasion – ce que j’ai entrepris de faire, avec succès. 10 / 18 ne prévoit pas de les rééditer pour le moment, si je me fie à la réponse qu’ils ont adressé à mon message électronique…
Colin Dexter est né en 1930 en Angleterre. Il a été professeur de Latin / Grec et il a dû abandonner ce travail car il est devenu sourd. Il s'est contenté par la suite de corriger les copies d'examen.
C'est un très grand cruciverbiste et il adore le bridge. C'est un homme plutôt cérébral. Son personnage fétiche lui ressemble beaucoup.
Morse, est un homme d'une cinquantaine d'années, amateur de bière(s), pas très bien de sa personne, un peu sourd, petit, gros, et célibataire. Il est extrêmement intelligent et très cultivé. Il aime la poésie et les mots croisés. Il est très irascible. Bizarrement, les femmes semblent lui trouver quelque chose ...
Le style est très soigné, empreint à la fois de délicatesse et de fermeté. L'écriture est précise et soucieuse d'elle-même. Il y a beaucoup de références littéraires de bon aloi, mais rien de pesant. La structure des romans est classique, à savoir celle d'un whodun(n)it. Le charme principal réside dans l'atmosphère, dans la peinture du personnage principal et celle des autres protagonistes. Les intrigues sont intelligentes et bien menées. Il y a une réelle originalité dans cette série. C'est une oeuvre de qualité, qui représente ce qui s'écrit de mieux dans ce genre.
Impossible de ne pas imaginer Morse avec la dégaine de John Thaw, qui l’a incarné à l’écran. http://www.tmaw.co.uk/johnt.html
http://www.inspectormorse.co.uk/
Sa femme a écrit un livre plutôt bien senti sur son compagnon et l’homme présenté nous paraît vraiment illustrer cette citation de Fitzgerald : « Toute vie est un processus de démolition. » (in La Fêlure)
Libellés :Colin Dexter,Inspecteur Morse
lundi 14 août 2006
Le premier épisode donne le ton de cette série épatante, comme seuls les anglais savent en porter à l'écran. TMC l'a rediffusé hier soir et je me suis, à nouveau, laissée emporter par l'amplitude et l'élégance de cette oeuvre télévisuelle, adaptée d'une série de livres de R.D. Wingfield. Cet auteur ne délivre que peu de confidences sur lui, ce qui attise ma curiosité...
- A Touch of Frost
- Night Frost, 1992, Constable, London (1995, Bantam, New York)
- Frost at Christmas
- Hard Frost
- Winter Frost
A ma connaissance, point de traductions de ces livres dans la langue de Molière... On ne peut que déplorer ce manque. Je suis, pour ma part, plus qu'encline à me jeter dans la lecture des originaux.
David Jason est un acteur à la fois très émouvant et complètement maître des sentiments qu'il accorde à son personnage fétiche depuis 1992.
Premier épisode.
William Edward "Jack" Frost est un homme déprimé, à qui il ne manque guère de raisons pour sombrer tout à fait dans une forme de cynisme discret. Sa femme est mourante et il la fuit dans son travail, accablé par son état et surtout par son incapacité à éprouver les sentiments qu'il estime devoir ressentir en cette occasion. Mais la maladie ne peut rien ranimer. L'amour était déjà mort depuis que les deux acteurs de ce couple se sont mutuellement déçus : l'une espérait mieux de son mari en terme de carrière et d'ambition, l'autre attendait simplement de la compréhension. Etre aimé pour soi, et rien que cela. Est-ce aussi simple ? Kundera nous avait déjà mis en garde :
"Si nous sommes incapables d'aimer, c'est peut-être parce que nous désirons être aimés, c'est-à-dire que nous voulons quelque chose de l'autre (l'amour), au lieu de venir à lui sans revendications et ne vouloir que sa simple présence."
Le monologue final de Frost (que je traduis à main levée, pardonnez donc la forme) est bouleversant et illustre à merveille la rude vérité de Kundera :
"La nuit dernière, je me suis assis là. Toute la nuit, je suis demeuré assis à cet endroit, dans l'attente d'éprouver quelque chose. Elle était ma femme ; elle était mourante et je ne pouvais rien ressentir pour elle. Dieu sait combien il y a d'années que les choses ont commencé à mal tourner pour nous. Quand nous avons découvert que nous ne pouvions pas avoir d'enfants, elle a simplement changé. Nous avons changé. Elle est devenue une femme d'intérieur implacablement fière. Tout devait être nettoyé, propre et rangé. Vous auriez dû me voir à cette époque. J'avais mon travail. Je suis un flic des rues. J'appartiens à tout ceci. Mais ce n'était plus assez bien pour elle désormais. Elle attendait de moi que j'obtienne une promotion, que je sois ambitieux, que je fasse quelque chose de ma vie. Elle voulait que je lui donne un motif d'être fière, voyez-vous. Et elle n'a eu que moi. Elle en est arrivée à être déçue à la fin. Je le sais. J'en suis venu à retarder le moment de rentrer chez moi, afin de ne pas voir cet air de déception sur son visage. Et puis j'ai cessé de rentrer chez moi. Je sais que je n'avais aucune excuse. De toute façon... J'ai... J'ai rencontré quelqu'un d'autre. Pourquoi pas ? Je m'étais décidé à quitter ma femme. Le jour même où j'ai trouvé le courage de le lui annoncer, son médecin m'a appelé au poste. "Elle a un cancer. Dix-ans mois d'espérance de vie." Elle avait toujours eu des ennuis avec son estomac. Elle pensait que c'était nerveux, ou ceci ou cela. Quoi qu'il en fût, elle voulut savoir. Elle espérait qu'elle pourrait faire face. Elle parla sans détours. Elle s'accrocha à moi pour la première depuis des années. Elle tremblait de la tête aux pieds. "Tu prendras soin de moi, Billy ? Tu prendras soin de moi, Billy ?" Je lui ai répondu qu'évidemment je serai là pour elle. Je suis sorti et je me suis saoulé. Et j'étais encore saoul quand je me suis retrouvé face à ce dingue qui avait un revolver. Et, avant qu'ils n'aient pu m'en empêcher, je marchais vers lui. Savez-vous à quoi je pensais ? La seule chose qui m'occupait l'esprit était la suivante : "Vas-y, pauvre con, bute-moi ! Finir comme ça ou autrement..." Et pour cet éclatant acte d'héroïsme, j'ai obtenu une médaille. Je pense que c'était le plus beau jour de sa vie pour ma femme. Elle se tenait à côté de moi, à Buckingham Palace. J'avais un haut de forme. Finalement, j'avais accompli quelque chose dont elle pouvait être fière. Et je n'étais même pas là quand elle est morte. Elle aurait apprécié. "Même maintenant, tu me laisses tomber, Billy. On ne peut jamais te faire confiance."
Moins raffiné que l'inspecteur Morse, Frost n'est pas non plus aussi cultivé que lui et officie davantage en cavalier seul dans la cité imaginaire de Denton. Son patronyme, qui signifie "gelé", dit son caractère ombrageux, distant, abrupt et terriblement efficace, que l'on peut parfois confondre avec de la froideur. Mais la glace se brise parfois et l'on entrevoit les tourments de cette âme solitaire.
Le schéma des épisodes veut que deux enquêtes occupent le devant de la scène : l'une qui prend le pas sur une autre, mineure celle-ci, mais qui exerce son attraction sur la première. Dans ce premier épisode, une disparition d'enfant est liée avec l'exhumation d'un cadavre vieux de trente ans.
Le réel point commun entre Frost et Morse est l'introspection sociale à laquelle les conduisent leurs enquêtes respectives. Morse est attaché à un contexte plutôt universitaire tandis que Frost oeuvre dans les franges moins ragoûtantes de la cité. Mais l'un et l'autre se définissent par un souci de tolérance et de compréhension de cette humanité déchue, charriée par les petits et grands crimes quotidiens. Un signe clanique les associe l'un à l'autre.
Catégories:
mardi 16 juillet 2013
(Semaine du 1er au 6 juillet 2013 en Angleterre)
Michael Asquith, J. M. B., Simon Asquith, Her Majesty Queen Mary, Lady Wemyss (= Mary Countess of Wemyss), Lady Mary Lyon ( = Mary Strickland, her daughter) and Charles Whibley at Stanway House. Aux alentours de 1923. Images que vous pouvez agrandir en vous rendant ici, dans la réserve d'images que je mets en ligne pour mes divers sites en relation avec Barrie.
******
OXFORD :
Je suis arrivée à la fin d’un cycle. C’est
la réflexion que je me suis faite abruptement, il y a quelques jours, quelques
semaines. Cet aveu est une gifle que je me suis donnée. Ce fut salvateur et bien mérité. Le remède à toute mauvaise foi possible est l'auscultation attentive des divers mouvements de l'humeur, l'étude de ces oscillations insignifiantes, qui sont pourtant signes et symptômes. Ce sismographe ne ment pas, contrairement à notre esprit consolateur, si bien disposé à entretenir le faux-semblant. J'avais perdu, peu à peu, la Joie pure et avide. Je me laissais dériver, vivre – comme "les autres". Je me sentais en mouvement, mais désorientée ; et ce fil d'or qui m'a toujours reliée à cette Joie terrible, vestige sacré de l'enfance, me semblait rompu. Je n'étais plus moi, simplement une projection de ce moi. Je m'étais usée et je me sentais stérile, bue jusqu'à la lie. Heureuse, mais en surface. Me manquait comme l'écho de ce bonheur, sa réflexion. Le soleil ne suffit pas, il faut également le reconnaître dans chaque éclat dont il pare le monde. (Ne pas perdre une goutte de ce soleil.) C'est cela la royauté de la Joie et je ne peux ni ne veux vivre dans une tonalité mineure ; pire : j'en veux à ceux qui se contentent de cela. On ne peut se satisfaire d'être plein et vif, ici et maintenant. Il faut se sentir engagé en un dessein supérieur.
La fin d'un cycle ? Je ne suis pas encore certaine de bien savoir ce que cela signifie,
mais il me semble que circonscrire l’impression et lui apposer un nom en forme
de diagnostic a le mérite de reconnaître cet état, qui était le mien depuis
quelques mois. Les six premiers mois de l’année manquèrent de légèreté, il faut
bien l’avouer. J’étais à la traîne et le fardeau était lourd. Heureusement, l’important
(mon Amour de Mari, notre enfant...) était hors d’atteinte des
contrariétés et des moisissures de la vie étrangère. J'ai toujours
été douée, depuis l'enfance, pour isoler la blessure. La gangrène est limitée. Mais le monde extérieur
existe et je préfère entretenir des relations cordiales avec lui plutôt que de
prétendre qu’il n'est pas – ce qui serait tout aussi sot que malsain. Et ce
monde extime a des choses à m'apprendre : il est là pour me
mettre à l'épreuve, pour vérifier ma solidité interne. C'est à son aune que mes
rêves se mesurent et contre lui qu'ils se déploient. Ne pas perdre la Joie, ne pas la laisser s'éteindre. Il faut veiller sur ce feu. Il suffit d'un moment d'inattention pour qu'il soit soufflé. Je dois vous avouer que j'ai l'impression, depuis mes toutes premières années, que la plupart des êtres humains vivent ainsi, à l'abri de ce feu, et en ignorent même l'existence – si bien que de feu il n'est pas. J'ai toujours conservé cette pensée secrète, parce que je la croyais tout d'abord illusion ravageuse, partagée par tous et, plus tard, excentricité de l'âme un peu honteuse, une sorte de tare. Pourtant cette Joie a d'autres noms et existe pour d'autres, mais pas pour tous, il est vrai.
J’attendais donc l’été, l’Angleterre et Venise,
pour faire une cure de beauté, pour reprendre des forces. Venise est très
proche, désormais ; mais l’Angleterre a déjà fait son effet sur moi :
l’énervement se dissipe, je redeviens la châtelaine de mon immense domaine
intérieur. Je ne me sens plus d’autres obligations que de faire ce que,
réellement, je dois accomplir pour rejoindre la petite fille qui compte les
clous de la porte, à la lisière de la mémoire : écrire. J’entends écrire
en première personne, pour cette petite fille. Je me moque de ceux qui ne voient pas en moi cette petite fille, qui est à la fois sorcière et fée.
Ces derniers mois, j’ai retravaillé une traduction ancienne de Mary Rose (et retrouvé, sans bouger de mon bureau, un manuscrit perdu de Barrie à la Beinecke !), que j’avais composée il y a un moment de cela, puis je l’ai annotée ; j’ai également sorti de l’ordinateur un gros brouillon grouillant d’idées d’une postface très possible à cette pièce, participé modestement à la naissance d’un beau livre qui sera bientôt publié chez Taschen, réécrit une nouvelle mouture de mon adaptation du Petit Oiseau blanc, mis en chantier la suite (car il y aura deux pièces, visibles indépendamment l’une de l’autre), œuvré pour la biographie de Barrie, traduit deux courts, mais essentiels, textes de Barrie que j’espère faire paraître… Et ce n’est pas tout. Mais je n'étais pas contente de moi pour autant, parce que je savais que, malgré l'importance de ces tâches et la profondeur de mon investissement, je manquais à une promesse ; et j'avais de plus en plus l'impression d'être une noyée. Chaque tâche accomplie était une pierre de plus, tirée de la carrière et poncée de mes mains, pour me lester davantage.
J'entends enfin quelque chose.
Ces derniers mois, j’ai retravaillé une traduction ancienne de Mary Rose (et retrouvé, sans bouger de mon bureau, un manuscrit perdu de Barrie à la Beinecke !), que j’avais composée il y a un moment de cela, puis je l’ai annotée ; j’ai également sorti de l’ordinateur un gros brouillon grouillant d’idées d’une postface très possible à cette pièce, participé modestement à la naissance d’un beau livre qui sera bientôt publié chez Taschen, réécrit une nouvelle mouture de mon adaptation du Petit Oiseau blanc, mis en chantier la suite (car il y aura deux pièces, visibles indépendamment l’une de l’autre), œuvré pour la biographie de Barrie, traduit deux courts, mais essentiels, textes de Barrie que j’espère faire paraître… Et ce n’est pas tout. Mais je n'étais pas contente de moi pour autant, parce que je savais que, malgré l'importance de ces tâches et la profondeur de mon investissement, je manquais à une promesse ; et j'avais de plus en plus l'impression d'être une noyée. Chaque tâche accomplie était une pierre de plus, tirée de la carrière et poncée de mes mains, pour me lester davantage.
J'entends enfin quelque chose.
La
petite fille réclame sa livre de chair… et je ne peux ignorer plus longtemps sa
supplique ; cela fait vingt ans que je refuse de l’entendre – avec un talent
certain, pour me cacher derrière Barrie et d’autres, il faut l’avouer – entre
autres subterfuges. Après quoi, il sera trop tard. Ou peut-être est-ce cela
la Ruse suprême : il est déjà trop tard et le rêve a perdu sa course
contre le réel ? Mais, in fine, le rêve rétorque qu’il est plus endurant
que le réel, même si ce dernier le prend de vitesse, car la vie, elle, adhère
tout entière au songe : on ne vit pas pour le réel, on vit pour une vision
du réel – qu'on l’ignore ou que l'on en soit pleinement conscient – et
cette vision est comme un vitrail coloré que l'on pose, à distance, sur le réel
brut ; et l’on ne voit bien qu’à travers lui.
La petite fille cogne au carreau.
Lorsque j’étais une petite fille, cette
petite fille-là précisément, à une époque où à peu près tout me semblait
impossible et lointain (avec raison : tout l'était), hors de portée de ma main crasseuse, j’avais deux
rêves, j’étais tenue en laisse par deux idées fixes : devenir écrivain et
être diplômée de la Sorbonne et d’Oxford. Pour le reste… J’ai obtenu un
doctorat de la Sorbonne et je suis sur le chemin de l’écriture et ne le
quitterai jamais. Oxford est pour moi, sans conteste, un mot magique. Il résume
peut-être à lui seul ma relation à l’Angleterre et à cette langue que je suis
bien en peine de prononcer (ô mon Dieu, pardonnez-moi !), mais que je
comprends autant avec ma sensibilité que ma raison, parfois mieux que certains
autochtones (car mon anglais est celui de la littérature, un anglais myope, muet, lu mais non chanté ; un anglais qui bat en
mesure, sous mes paupières, avec ce cil nerveux dont je ne peux arrêter la pulsation lorsqu'il s'éprend de la page). Malgré de multiples
séjours en Angleterre au cours des années passées, je n’étais jamais allée à
Oxford. Je sais désormais qu’il me faudra y retourner, même si le fantôme du
regretté John Thaw – et son double Morse, le parfait personnage de fiction, la
quintessence de tous mes fantasmes – n’est pas là pour m’accueillir.
OXFORD est un endroit rêvé. C’est
la formule sanguine de mes rêves.
Là-bas, j’ai pensé à C. S.
Lewis à chaque instant. Non pas à la faveur de Narnia (que je ne prise guère,
mais j'y reviendrai peut-être un jour, avec un regard différent), mais par la
seule force de ses écrits religieux. Lorsque
je lus Lewis, il y a une dizaine d’années, je n’étais pas encore en mesure d’offrir
un contenu à ce mot « Joie » – état pourtant cent fois vécu de la
façon dont il l’exprime, avec des variantes qui me sont singulières – qu’il
employait pour parler de son cheminement vers Dieu. Mais ces lectures eurent lieu
avant ma conversion, qui date de décembre 2010. Laquelle s’est produite d’un
coup, lorsque mon enfant est né, presque au moment où on l’a sortie de mes
entrailles. Je ne pensais pas que la foi pouvait avoir ce visage. Je ne l’ai
simplement pas reconnue comme telle : j’imaginais que l’on était foudroyé par la grâce, qu’aucune décision n’entrait en ligne de compte et que l’on était
contraint de rendre les armes par la force de l’évidence. Je n’imaginais pas que la
foi pût se faire un chemin à bas bruit ; je n’imaginais pas qu’elle pût
être là depuis le premier jour, dissimulée dans certaines sensations ou pensées gardées secrètes, attendant notre assentiment pour éclore.
Je n’imaginais pas que l’on pût avoir la foi et refuser de la reconnaître. En vérité,
Barrie a été l’instigateur de cette foi. Mais, là encore, je n’ai pas reconnu
l’œuvre de Celui que je ne peux encore me résoudre à nommer « Dieu ».
Il m’est très pénible de renoncer à l’athéisme. Je suis presque honteuse de passer de l’autre
côté. La foi a toujours été pour moi la force des lâches, de ceux qui sont
incapables de voir le monde tel qu’il est : matériel et donc inhumain, fondamentalement
sans espoir. Pourtant, il y a toujours eu en moi autre chose, et la Joie était
l’indice de cette « autre chose ». Je suis à jamais une athée ceinturée par la foi. Une réaliste tendance pessimiste traversée par un courant de folle Joie. Tout relève de la
décision en moi, d’une décision esthétique plus que morale ou métaphysique, celle
de croire ; ou, pour le dire autrement, d’un refus de la mauvaise foi (conserver
ma position d’athée qui me semblait bien plus noble, mais aussi, paradoxalement
plus confortable). Cela ne change pas ma façon de me comporter ni même ma
Weltanschauung. Cette foi n’est pas un ajout ou une conversion au sens étymologique,
mais simplement un aveu ou l’acceptation de quelque chose qui existe en moi
depuis toujours et dont Lewis parle mieux que moi. Je ne peux que citer ce que
j’écrivais au sujet du film de Malick, The Tree of Life, en y apportant un autre regard : « J'aurais aimé avoir la foi. Brûlée vive. Je suis
curieuse de ce sentiment ou de cette émotion que je devine, mais qui ne
m’atteint pas pleinement. Je suis née sans foi. J’ai reçu ce que j’ai longtemps
cru être une malédiction, mais qui est peut-être la grâce véritable : la
liberté de conquérir et de remettre, sans cesse, en jeu mon salut. Incomplète
et incomprise je suis, et mon travail ne fut jamais, jusqu’à présent, que celui
d’une couturière, laborieuse et constante : je voulais refermer sur moi cette
aube trouée, menteuse, porteuse de mensonges et de songes nacrés. J’étais une
perle sans coquille. Je voulais que l’on s’empare de moi. Je suis née sans
autre foi que celle, humaine, de la beauté et de la vérité, cette émotion qui
saisit et dépossède de soi. Peut-être n’en existe-t-il pas d’autres, mais qui
osera le dire ? Il est facile d’être athée et d’exprimer ce manque ou cette
fermeture en soi à l’Autre et à l’Ailleurs. Il est impossible de dire la foi,
qui a peut-être mille visages, et n’exprime pourtant qu’un seul et unique trait
: une béance, une place vacante en soi. La foi n’est peut-être rien d’autre que
cette absence ressentie si fortement qu’elle œuvre plus pour nous qu’une
présence dont on est certain. » Ma foi est donc une non-foi, mais je
découvre aujourd’hui que c’est une foi qui en vaut une autre et que
la foi a probablement mille visages, ou autant de visages que d'êtres humains. Cela rend modeste.
Ma foi est cette Joie mystérieuse en moi,
lorsque je sens l’odeur des tilleuls en fleurs. Cette odeur, dont je ne peux
capturer l’essence, me ramène au jardin public où j’allais rarement avec ma
grand-mère, lorsque j'étais petite, pour y ramasser des feuilles de tilleuls qu’elle me préparait
ensuite en tisane, ajoutant une cuillerée de sirop pour la gorge. Et
ce retour dans le passé m’ouvre à Dieu sans que je puisse l’expliquer. Voilà, c’est
tout. Un sentiment de complétude, d’infini dans le fini, un sillon d'éternité creusé dans la temporalité du souvenir. L'AMOUR.
{Cliquez sur ces images et les suivantes pour les agrandir.}
Ne restant que peu de temps à
Oxford, mes exigences étaient limitées. Je désirais emprunter l’Addison’s Walk,
dans les jardins de Magdalen College (que je ne prononce pas du tout comme il
convient de le faire), boire une pinte au pub où se réunissaient chaque mardi
les Inklings (et Morse y descendit
également), visiter Christ Church (encore deux mots que je dis comme si ma
langue était ensorcelée par le diable en personne) et la Bodleian Library.
Tous mes vœux ont été exaucés.
J’espère avoir le temps, à mon
retour de Venise, pour revenir vous parler de C. S. Lewis, de Tolkien… et de
Dieu. J’aimerais prendre le temps de le faire. Cela fait partie de l’expression
de cette Joie.
À l'intérieur du pub, une citation de Lewis :
Il ne faut pas que j'oublie de mentionner un livre que je recommande
chaudement : de belles images d'Oxford et des promenades à faire sur les pas
des Inklings. Vous n'apprendrez rien de nouveau sur Lewis, Tolkien and co, si vous
connaissez bien le cheminement de leurs existences, mais le panorama est
plaisant.
De Christ Church, je ne peux
rien dire pour le moment, car je refuse, dans la mesure de mes moyens, de
nourrir le cliché – même s’il n’existe pas d’autres moyens de visiter certains
lieux que de suivre le troupeau (j’ai failli m’étrangler de rage, lorsque l’on
me parla de Harry Potter, comme si je venais visiter the Great Hall pour rendre
hommage à ces films !). Mais ce fut un pèlerinage important pour
la carrollienne que je suis. Il me faudra consacrer quelques heures pour en
rendre état. Laissons, pour l'heure, parler quelques images maladroites.
Magdalen College était une
étape souhaitée, par égard pour C. S. Lewis.
Et l’Addison’s Walk un endroit symbolique à ne pas manquer,
puisque Lewis, alors qu’il discutait avec Tolkien et Hugo Dyson, en se promenant ici, eut le début d'une
révélation et se mit à croire à l’existence du Christ (la nuit du 19 au 20
septembre 1931).
***
BROADWAY :
À Oxford, nous avons loué une
voiture pour nous rendre dans les Cotswolds, région magnifique d’Angleterre,
comme tout un chacun le sait. Mon but était évidemment barrien. Stanway House,
l’objet de ma quête, est située à Stanway, à quelques miles de Broadway, où nous avions donc
élu domicile pour deux ou trois jours. Stanway évoque tout d’abord pour moi The Yellow Week at Stanway, un petit film amateur réalisé par Barrie, dont j’ai déjà parlé. De jaune, en effet, il
est question, car tout est doré dans ce pays, à cause des pierres si
caractéristiques de la région, mais ce n'est pas la raison du titre de ce film. Broadway est un charmant village : beau et
policé. Peut-être trop parfait pour émouvoir véritablement. L’argent y coule à
flots, cela se sent, à chaque coin de rue. J’y verrai bien la scène d’un crime
à la manière d’Agatha Christie. Je me suis toujours imaginé la campagne
anglaise ainsi, mais les Cotswolds n’en sont vraisemblablement pas représentatifs. L'attraction principale de Broadway est une folie, la tour ! Le vent y est particulièrement violent et, cependant, il s'agissait d'un jour béni d'après les familiers de l'endroit. À noter le petit musée (d'un intérêt limité) William Morris en haut de la tour, car l'homme s'y réfugia un temps.
Broadway est un village
délicat ; et c’est là où, jadis, Mary Cannan, l’ex-femme de Barrie,
s’était installée un été, en 1923, dans l’espoir, peut-être, de se rapprocher
de celui qu’elle avait abandonné, car Barrie prenait ses quartiers d'été à Stanway. 1923 fut l’année où Gilbert, ex-mari de Mary Ansell ex-Barrie ex-Cannan (mais elle conservera le nom de son second époux et prétendra, en France,
être sa veuve), fut interné… Barrie ne la rencontra pas, je crois, à ce
moment-là. Pendant les années 20, Barrie n’était pas à la noce, pauvre chère
âme… Néanmoins, il vécut d’agréables moments dans la région des Cotswolds. Il découvrit à Stanway House un
nouveau jeu, une passion : le shuffleboard. Stanway House possédait une merveilleuse table de
jeu en chêne et Barrie s’adonna rapidement à ce jeu avec, paraît-il, la ferveur et l’enthousiasme
d’un enfant... Il y jouait pendant des heures. En tout cas, pendant seize ans, ce jeu fut, dit-on, l'une des choses qui l'incitèrent à revenir à Stanway !
Jeudi 4 juillet, nous avions rendez-vous
avec nos amis Robert Greenham et Christine De Poortere, qui venaient
respectivement de Maidstone et de Londres. Ce fut une grande joie de visiter tous ensemble Stanway House, une fête de l'amitié. La demeure n’est ouverte au public que de juin à
septembre et uniquement deux jours par semaine : le mardi et le jeudi.
Elle est habitée par son propriétaire actuel (Lord Neidpath ou, si vous préférez, l'Earl of Wemyss and March, qui est, si je ne
m’abuse et sais lire l’arbre généalogique, le petit-neveu de Cynthia Asquith, et, entre autres, un adepte de la trépanation – c'est lui-même qui le dit... On a les loisirs que l'on peut...).
Seule une partie de la maison est ouverte au public, celle qui me paraît
en majorité dévolue aux amis. Ma première impression lorsque je découvris
Stanway fut un choc esthétique : une splendeur absolue, qui met à genoux, un incroyable manoir
jacobéen avec une "gatehouse" que l'on attribue à Inigo Jones. Lorsque je pénétrai à l’intérieur, je ressentis pourtant un certain
malaise. La maison, selon toute évidence, est mal entretenue et peu d’égards lui
sont rendus. Vraisemblablement par manque d’argent ; mais, tout de même, son
propriétaire actuel pourrait certainement trouver moyen de lui redonner son
lustre. On est étonné de voir des livres à reliures anciennes (The Approach to Shakespeare by J. W.
Mackail ou Ellen Terry and Her Sisters
by T. Edgar Pemberton et d’autres livres plus intéressants et anciens) côtoyer
des choses aussi vulgaires (à mes yeux) que des numéros de Vogue –
ou pire. Des couvertures chauffantes, ici et là, laissent entendre que la maison
est bel et bien habitée – et mal chauffée, l’hiver. La cuisine est immense et équipée avec le confort moderne. Le papier peint est sale (oui,
mais il s'agit d'un papier peint de William Morris, censé avoir été posé de sa main !)
et tombe en ruine, les tapis sont usés à la corde, il y a une juxtaposition de
très ancien et de moderne bon marché (des tapis que l’on imagine dans la plus
modeste des maisons, par exemple). Je sais : cela ne se fait pas de critiquer une
maison dans laquelle on est invités (pour la modique somme équivalente au
ticket d’entrée, tout de même)… et l’on est en train de me trouver mesquine. Cependant,
cette maison me semble... triste et mériter mieux...
Barrie loua Stanway House tous les étés à
partir de 1921 jusqu'en 1932 ; il passa l'été 1933 dans le glen Prosen et retourna à Stanway en 1934, pour Noël, puis y revint régulièrement jusqu'en 1937, quelques mois avant sa mort. Il y fêtait également souvent Noël et semble avoir été très attaché à ce lieu. À Noël ou en été, il y fit donner des pièces qu’il avait écrites (A
Record of Fair Men and Brainy Women, Where Was Simon? Or, The Secret of The
Pyramid, et surtout The Wheel – je parlerai, un jour, de ces pièces jouées, notamment, par les enfants de Cynthia et leurs cousins), organisa de grandes fêtes,
invita des personnalités très différentes et éminentes (Denis Mackail son
biographe fut de la fête, H. G. Wells, Elizabeth Lucas, )… C’est donc, à mes yeux, une
maison importante. La majestueuse demeure appartenait à la famille de Cynthia
Asquith (son père était le
onzième Comte de Wemyss.), la secrétaire de Barrie, « l’esclave »
(le mot est de Barrie et j’y reviendrai un jour ou l’autre) un peu dominatrice
des dernières années. Cynthia Asquith est une personnalité mystérieuse. Au
départ, d’instinct, j’ai éprouvé une forte antipathie pour elle, à cause de
certaines lettres qu’elle avait écrites, où elle parlait de Barrie sur un ton
qui ne me plaisait pas. Elle me semblait manquer de tendresse et avoir un œil
un peu trop acéré. Après mon "séjour" à la Beinecke, après la lecture de
certaines lettres, mon jugement a évolué, notamment à cause de ce que Barrie,
lui, éprouvait pour elle, à cause de cette dépendance qui était la sienne à son
égard (la réciproque était vraie). La relation entre eux est très complexe et, à mon sens, la clef (ou l’une
des deux ou trois clefs) pour comprendre les dernières années de vie de Barrie.
La première année où Barrie loua Stanway,
ce fut après la mort tragique, dont on a longtemps cru qu’il s’agissait d’un
suicide, du si prometteur Michael, le fils adoptif tant aimé de Barrie. C’était
à la fin du mois de juillet de l’année 1921. Les propriétaires, les parents de
Cynthia, partaient en Écosse à cette époque de l’année. L’argent manquait et
celui de Barrie était le bienvenu. La position de Cynthia n’était pas si
confortable que certains biographes l’ont pensé : certes, c’était une
manière facile de fournir de l’argent à son père que de suggérer à Barrie de
louer la maison de son enfance, une façon également de profiter, avec son époux
et ses enfants, de cette maison à laquelle elle était attachée, mais cela
représentait un surcroît de travail pour elle et une position vraiment étrange
(être une simple invitée dans sa propre maison). Les invités de Barrie étaient très divers
et Mackail nous rappelle que Barrie lui-même présentait trois visages
différents : « l’hôte ordinaire, l’hôte extraordinaire que l’on
aurait eu grand peine à distinguer de Lob et une sorte d’invité – même
s’il louait cette maison. »
En 1925, il fit construire un
pavillon de cricket, d’après, paraît-il, ses propres dessins. C’est l’endroit
que j’ai préféré voir, parce que j’étais, là-bas, capable de réellement
ressentir la présence de Barrie. Il est à noter que le propriétaire actuel ne
fait guère état du lien entre Barrie et cette demeure (les gardiens savent à
peine que Barrie y vécut et on eut bien du mal à savoir quelle était la chambre occupée
par Barrie : « the Willow room », la chambre où Morris aurait
posé un papier peint avec pour motif des feuilles de saule, semble-t-il, mais
aucune preuve n’a été avancée…). On ne peut s’empêcher d’être surpris par la « discrétion »
du propriétaire à ce sujet. Par exemple, le pavillon de cricket n’est même pas
inclus dans la visite (on peut y accéder gratuitement et facilement, mais rien
n’indique sa provenance ni son lien avec le
génie scots).
(La "fontaine" est
impressionnante, mais ce n'est pas ce qui a le plus retenu mon attention,
malgré l'arc-en-ciel, qui était, à n'en point douter, un sourire de Barrie.)
Diaporama de mes
photographies (dont je ferai un album sur le site Barrie, un peu plus tard.)
KENSINGTON GARDENS :
Le voyage a pris fin dans les Jardins de
Kensington, où rôde Monsieur K. dont je vous reparlerai peut-être, mais notre
fille, elle, sait parfaitement de qui il s'agit... Il n'est de meilleur endroit
pour une fin, car tout commence également ici. Les Jardins de K. sont l'alpha et
l'oméga...
Une petite visite à l'Elfin Oak hélas très protégé par une prison de métal s'est imposée...
Et cela me
rappelle ce merveilleux livre que j'ai la chance de posséder :
…
témoins immuables de notre belle vie… et de la Joie qui nous anime…
Et, de la
Serpentine, je contemple la vie qui me quitte, que je quitte volontiers, pour
la transmettre à une petite fille, bien plus forte que je ne le suis et ne le
serai jamais, une petite fille qui sait prononcer à l'anglaise "Peter
Pan", mieux que moi... Mais elle, elle, a la chance d'avoir un "Uncle
Robert" et un Parrain du Ciel, nommé Jamie...
FIN PROVISOIRE...
jeudi 4 octobre 2007
Ce matin, dans ma boîte aux lettres, parmi diverses photographies de Cary Grant, acquises lors d'enchères, et le coffret de la saison 5 de Moonlighting, une jolie surprise m'attendait : un volume de la Bibliothèque Rouge des Moutons Electriques, celui consacré à Maigret, qui succède entre autres à Sherlock Holmes, à Arsène Lupin et à Hercule Poirot, déjà parus.
Ce tome devrait sortir sous peu en librairie, en compagnie d'un volume James Bond. Je ne puis que vous conseiller de les acquérir. Non pas parce que j'ai eu l'insigne honneur de collaborer au volume Maigret - très modestement d'ailleurs, je le précise -, afin d'y parler de deux de mes personnages de fiction préférés, L'inspecteur Frost et L'inspecteur Morse, mais parce que chacun de ces volumes représente une somme, abondamment illustrée, pour qui s'intéresse au personnage mis sur la sellette ou simplement pour celui qui aimerait découvrir l'univers du personnage et ses satellites. A ma connaissance, il n'existe pas en France beaucoup d'équivalents à cette maison d'édition en matière d'originalité, tant éditoriale que conceptuelle - car, en plus de leurs autres qualités, les livres édités sont beaux. Quelque chose de délicieusement artisanal, dans le sens le plus noble que j'accorde à ce mot, préside à leur fabrication.
Merci à André-François Ruaud, qui a créé et dirige cette maison d'édition pour ces cadeaux.
******************
Catégorie :
Littérature
******************
Catégorie :
Littérature
mercredi 20 février 2008
Il ne faut pas m’en vouloir. Je ne suis pas une amie rêvée, je ne suis même pas tout à fait réelle, et puis j’ai horreur de me sentir obligée de répondre aux lettres. Je n’ai pas besoin d’écrire aux gens pour penser à eux. Vous n’avez qu’à lire sur mes lèvres muettes. Je ne dirai pas mieux. Je suis là mais ne brisez pas mon silence ou faites-le avec beaucoup de délicatesse.
Sachez simplement, je n’ai pas envie d’écrire ici en ce moment. Et la boîte aux lettres déborde.
J’ai été malade, assez brutalement, sur une période un peu longue. Je suis affaiblie et je ne tiens pas à forcer ma carcasse. J’ai des points finaux à semer aux quatre vents, comme je le dis souvent, et un voyage à mettre sur pieds. Destination : Angleterre. Bientôt. D'ici là, je ne pense pas avoir le temps de vous écrire ou très peu. Rendez-vous en avril.
J’ai envie de vivre ailleurs et je n’ai pas le temps d’écrire, de répondre ou de donner des nouvelles. Je veux parler de temps vivant, bien sûr. Parce que des réponses mécaniques, je puis en consentir, mais ce serait tricher. Ce serait du temps mort que j’offrirais et ce serait mentir. Alors, je préfère donner une absence véritable, bordée de l’argent de mes songes.
J’aimerais tant que ce petit billet anodin, une fois encore, pour un moment, soit cette lettre que je ne vous écrirai pas. Non pas parce que je ne vous aime plus ou parce que je suis ingrate et que je me désintéresse de vous, simplement parce que je suis ailleurs, dans les pensées et le monde de mon amie Fauna, qui comprend tout, par exemple... ou dans une conversation avec une Jolie Demoiselle, dans un café parisien, à deux pas de ma chère Sorbonne,
quelque part, une angoisse et un sourire en écharpe. (Merci pour ces belles heures passées avec toi.)
Voilà…
Monsieur Monk et moi
Si, un jour, j’avais établi en ma demeure cérébrale un psychanalyste - mais je ne suis pas désespérée au point d’en avoir un et la psychanalyse ne m'a jamais intéressée que du point de vue littéraire et théorique car je crois que nous sommes, pour plagier, un des personnages de John Irving, "tous des incurables" -, je suppose qu’il décèlerait en moi une raison profonde à mon attachement chronique aux romans policiers et, a fortiori, à certaines séries policières (L’Inspecteur Morse et L’Inspecteur Frost, en tête, Columbo, Nestor Burma et L’inspecteur Barnaby plus loin derrière).
Force est de constater que, depuis que je me suis mis en tête l’idée de liquider mon ancien Moi et son cortège de manies déplacées (et datées), Monk est devenu mon meilleur ami. Je pense pouvoir le qualifier d’ami, après avoir passé cinq saisons avec lui, dans l’attente fiévreuse de découvrir ce que la sixième - en cours de diffusion aux Etats-Unis, le dernier épisode sera diffusé vendredi - me réservera de surprises. Chaque jour, à la fin de ma journée de travail, je sais que j’ai mérité cette récompense : passer quarante minutes avec mon quasi alter ego. Je suis persuadée que de s'identifier à un génial névrosé est importun et incertain.
Comme lui, je vis dans un univers qui ne paraît étroit qu’à ceux qui ont l’esprit trop vissé sur leur petite médiocrité quotidienne. Je ne sais pas faire de vélo ni nager, non pas par défi de faire autrement que les autres, mais simplement parce que personne ne m’a jamais appris. Maintenant, je suis trop vieille pour changer mes habitudes et ces manques définissent assez joliment mon identité. J’ai remarqué, bien souvent, que les choses qui m’étaient les plus évidentes étaient précisément celles qui me rendaient étrangère dans le regard des autres.
Pas plus que Monk, interprété par l’excellent Tony Shalhoub, je ne me sens à l’aise avec les gens qui le sont bien trop, toujours en harmonie avec les modes, les us et les coutumes de leur époque. Profondément décalée, avec assez de perspective, cependant, pour jouir de la vision biaisée que j’offre aux autres – recul qui fait défaut à notre héros -, je demeure en marge de la vie normale des terriens et je ne m'en porte pas mal. Je dois confesser une certaine fierté à ne pas dépendre des autres et à me sentir assez libre pour mettre en péril mes plus précieux attachements.
Mon humour, à l'instar du sien, est en général involontaire. Et, pourtant, croyez-moi, il m’a fallu beaucoup d’humour pour venir au monde et pour persévérer dans l’existence. Je ne suis pas rétive au rire, simplement je ne ris pas des mêmes choses que les autres et je ne pleure pas non pour les mêmes raisons.
Monk, c’est un peu moi. A écouter ceux qui me connaissent vraiment intimement - à savoir une seule personne sur terre -, Monk est tout à fait moi. Ou, peut-être, suis-je tout à fait lui. Certes, je n’abuse pas de manière compulsive de lingettes (cela reste encore à prouver ; j'entends tousser mon mari), dès que quelqu’un me sert la main, et je ne possède pas sa stupéfiante intelligence, mais la ressemblance est là. Ressemblance toute morale et psychique, il est vrai, car entre Monk et moi, hormis la complexion névrotiquement obsessionnelle, l’air de famille n’est pas évident à déceler. Et puis à bien considérer la situation, je suis normale.
Normale mais terrible.
De ce fait, il me semble légitime de prétendre à la compréhension de ce personnage martien, dont les prodigieuses facultés intellectuelles constituent, ainsi qu’il aime à le répéter, «un don et une malédiction». Emule de Sherlock Holmes, Monk reconstitue l'univers à partir d'une poussière.
Monk incarne l'union de la raison et de la déraison, mieux que n'importe quel autre personnage de fiction télévisée. Il est aussi le prototype de l’Aimant inconsolé, qui était le héros de mon D.E.A. de philosophie, il y a de nombreuses années de cela. Je crois toujours que survivre à la mort de l'être aimé est le pire désaveu d'amour qui soit, une trahison et une lâcheté... Monk est vivant mais déjà mort. Il caresse le cadavre de son existence et le couvre de larmes. Ceci peu d'êtres le comprennent et Monk est condamné à une solitude bien cruelle, proportionnelle à la faveur que le destin lui a faite. Tout a un prix.
Monk, par le plus grand des miracles (double miracle : trouver l'amour véritable et trouver l'amour véritable quand on a été mis en hibernation dès l'enfance...), a trouvé quelqu’un sur terre pour l’aimer et l’épouser. Une merveilleuse beauté blonde répondant au prénom de Trudy (interprétée malheureusement par deux actrices différentes). Hélas, celle-ci est morte dans une voiture piégée par une bombe. Depuis ce jour funeste, Adrian Monk recherche le coupable de cet attentat qui l’a privé de son unique chance de bonheur. Or, celui qui résout tous les mystères en un clin d’œil est incapable de découvrir la raison pour laquelle sa femme est morte.
Monk, par le plus grand des miracles (double miracle : trouver l'amour véritable et trouver l'amour véritable quand on a été mis en hibernation dès l'enfance...), a trouvé quelqu’un sur terre pour l’aimer et l’épouser. Une merveilleuse beauté blonde répondant au prénom de Trudy (interprétée malheureusement par deux actrices différentes). Hélas, celle-ci est morte dans une voiture piégée par une bombe. Depuis ce jour funeste, Adrian Monk recherche le coupable de cet attentat qui l’a privé de son unique chance de bonheur. Or, celui qui résout tous les mystères en un clin d’œil est incapable de découvrir la raison pour laquelle sa femme est morte.
De maigres pistes en maigres pistes, il finira pourtant par découvrir que, contrairement à ce qu’il avait cru au départ, la bombe ne lui était pas destinée, mais bien à son épouse. La culpabilité est un fardeau moins lourd à porter, mais elle demeure en lui.
Si la quête de Monk parvient un jour à son terme, son histoire sera terminée. Il se perdra lui-même dans une caricature de lui-même ou devra prendre le rique de tuer son identité "monkesque". Je ne sais ce qui serait le pire.
Monk a un frère, Ambrose, lui aussi, psychiquement atteint. Tous les deux ont connu une enfance cloîtrée et, à sa manière, violente. Ambrose ne sort pas de sa maison depuis des dizaines d'années. Il rédige des manuels d’utilisation d’objets aussi improbables les uns que les autres, en langues étrangères. Son intelligence est également prodigieuse, comme si l'absence d'affectivité était compensée par un surcroît de matière grise. Leur père les a abandonnés, lorsque Monk avait 8 ans. Depuis ce jour, Ambrose attend dans sa maison le retour du père prodigue... Monk, lui, sait qu'il ne reviendra pas. Pourtant, lors de la cinquième saison, après environ de quarante ans d’absence, Monk reverra son père, qui a fondé ailleurs une autre famille (Monk et Ambrose ont un demi-frère, Jack), qu’il a encore une fois laissé choir. Rencontre surréaliste, non dépourvue de chaleur et de regrets partagés.
Si la quête de Monk parvient un jour à son terme, son histoire sera terminée. Il se perdra lui-même dans une caricature de lui-même ou devra prendre le rique de tuer son identité "monkesque". Je ne sais ce qui serait le pire.
Monk a un frère, Ambrose, lui aussi, psychiquement atteint. Tous les deux ont connu une enfance cloîtrée et, à sa manière, violente. Ambrose ne sort pas de sa maison depuis des dizaines d'années. Il rédige des manuels d’utilisation d’objets aussi improbables les uns que les autres, en langues étrangères. Son intelligence est également prodigieuse, comme si l'absence d'affectivité était compensée par un surcroît de matière grise. Leur père les a abandonnés, lorsque Monk avait 8 ans. Depuis ce jour, Ambrose attend dans sa maison le retour du père prodigue... Monk, lui, sait qu'il ne reviendra pas. Pourtant, lors de la cinquième saison, après environ de quarante ans d’absence, Monk reverra son père, qui a fondé ailleurs une autre famille (Monk et Ambrose ont un demi-frère, Jack), qu’il a encore une fois laissé choir. Rencontre surréaliste, non dépourvue de chaleur et de regrets partagés.
Monk est un ancien policier, qui a perdu sa plaque, à cause de ses troubles obsessionnels très gênants. Cependant, il demeure un consultant de la police de San Francisco et travaille avec le Capitaine Leland Stottlemeyer (Ted Levine) – fraîchement divorcé et maladroit père de famille- et le Lieutenant Randy Disher (Jason Gray-Stanford) – un simple d’esprit, très sympathique.
Il espère récupérer son poste. Monk ne fait rien d'autre que d'attendre des choses improbables. Mais l'attente convient à sa complexion figée.
Pendant plusieurs années, Monk a été aidée par Sharona (Bitty Schram), une infirmière reconvertie en assistante du détective. Celle-ci le laissera tomber sans préavis (Monk est éternellement abandonné) – pour rejoindre son ex-mari - et, au cours d’une enquête, il fera la connaissance d’une autre blonde, mère de famille et veuve, Natalie Teeger (Traylor Howard). Elle sera sa nouvelle assistante. Contrairement à Sharona, qui n’avait aucune complaisance pour Monk, Natalie
Il espère récupérer son poste. Monk ne fait rien d'autre que d'attendre des choses improbables. Mais l'attente convient à sa complexion figée.
Pendant plusieurs années, Monk a été aidée par Sharona (Bitty Schram), une infirmière reconvertie en assistante du détective. Celle-ci le laissera tomber sans préavis (Monk est éternellement abandonné) – pour rejoindre son ex-mari - et, au cours d’une enquête, il fera la connaissance d’une autre blonde, mère de famille et veuve, Natalie Teeger (Traylor Howard). Elle sera sa nouvelle assistante. Contrairement à Sharona, qui n’avait aucune complaisance pour Monk, Natalie
se montre maternelle, aimante envers son patron. Monk dira d’elle qu’elle lui rappelle, par certains aspects, son épouse défunte. Le compliment n’est pas mince, car Monk semble hermétique à tout sentiment, faisant preuve d'un égoïsme presque inconscient tellement il lui est naturel.
Les enquêtes de Monk ne brillent pas par leur intelligence scénaristique : tout est hautement improbable – nous sommes loin du réalisme et du travail d’orfèvre des séries policières anglaises-, mais leur loufoquerie, la tendresse qui s’installe au fil des épisodes pour les divers personnages (ne pas oublier de citer le psychiatre de Monk et le rival de ce dernier, l'exaspérant Harold Krenshaw, qui dispute à Monk les bonnes grâces du thérapeute), la quête de Monk (qui n’avance guère), les efforts que fait ce dernier pour se libérer de ses démons intérieurs, la mélancolie du personnage, l’atmosphère un brin surréaliste font de cette série une œuvre qui mérite notre attention – ou, pour le moins, notre affection. Sans omettre de citer, à partir de la saison 2, le générique écrit et interprété par l'excellent Randy Newman.
Les enquêtes de Monk ne brillent pas par leur intelligence scénaristique : tout est hautement improbable – nous sommes loin du réalisme et du travail d’orfèvre des séries policières anglaises-, mais leur loufoquerie, la tendresse qui s’installe au fil des épisodes pour les divers personnages (ne pas oublier de citer le psychiatre de Monk et le rival de ce dernier, l'exaspérant Harold Krenshaw, qui dispute à Monk les bonnes grâces du thérapeute), la quête de Monk (qui n’avance guère), les efforts que fait ce dernier pour se libérer de ses démons intérieurs, la mélancolie du personnage, l’atmosphère un brin surréaliste font de cette série une œuvre qui mérite notre attention – ou, pour le moins, notre affection. Sans omettre de citer, à partir de la saison 2, le générique écrit et interprété par l'excellent Randy Newman.
It's a jungle out there...
En vérité, Monk, c’est moi, mais avec une quinzaine d’années de moins. J'ai, en effet, très récemment pris conscience d'avoir quitté le monde des "monstres" et je suis tellement normale que je me reconnais à peine.
Je veux croire que l’on finit par guérir de soi et que ce n’est pas si terrible que cela d’oser être, un jour, un peu plus et un peu mieux qu’on ne le croyait permis. Contre ceux qui, jadis, avaient décidé pour nous ou tout simplement par égard pour nous-mêmes, ce qui est encore mieux. C'est la raison pour laquelle, Monk est condamné à ne jamais progresser, et pas seulement parce qu'il n'est qu'un personnage typique ou exemplaire de fiction, un caractère, mais parce qu'il possède la perfection ou à la perfection son défaut d'être ou son supplément d'âme. A cause de ceci, je l'envie.
En vérité, Monk, c’est moi, mais avec une quinzaine d’années de moins. J'ai, en effet, très récemment pris conscience d'avoir quitté le monde des "monstres" et je suis tellement normale que je me reconnais à peine.
Je veux croire que l’on finit par guérir de soi et que ce n’est pas si terrible que cela d’oser être, un jour, un peu plus et un peu mieux qu’on ne le croyait permis. Contre ceux qui, jadis, avaient décidé pour nous ou tout simplement par égard pour nous-mêmes, ce qui est encore mieux. C'est la raison pour laquelle, Monk est condamné à ne jamais progresser, et pas seulement parce qu'il n'est qu'un personnage typique ou exemplaire de fiction, un caractère, mais parce qu'il possède la perfection ou à la perfection son défaut d'être ou son supplément d'âme. A cause de ceci, je l'envie.
Libellés :Monk,série télévisée
Inscription à :
Articles
(Atom)
Quelques chapitres...
Les roses du Pays d'Hiver
Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.
!doctype>Rechercher sur mon JIACO
Qui suis-je ?
- Holly Golightly
- Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
Almanach barrien
Rendez-vous sur cette page.
En librairie
Où Peter Pan rencontre son double féminin...
Oeuvre de Céline Lavail
Lettres
Voyages
Écosse
Kirriemuir
Angleterre
Londres
Haworth
Allemagne
Venise
New York
Copenhague
Prague
Les vidéos de mes voyages sont consultables ici et là...
Liens personnels
Le site de référence de J.M. Barrie par Andrew Birkin (anglais)
Mon site consacré à J.M. Barrie (français ; en évolution permanente)
Site Barrie miroir (français ; en construction)
Ma page sur Lewis Carroll (français)
"Une fée est cachée en tout ce que tu vois." (Victor Hugo)
Blog Archive
- 2020 (1)
- 2019 (1)
- 2018 (4)
- 2017 (8)
- 2016 (1)
- 2015 (22)
- 2014 (15)
- 2013 (22)
- 2012 (34)
- 2011 (20)
- 2010 (34)
- 2009 (66)
- 2008 (74)
- 2007 (143)
-
2006
(447)
- décembre(21)
- novembre(19)
- octobre(20)
- septembre(21)
- août(33)
- juillet(23)
- juin(43)
- mai(44)
- avril(62)
- mars(50)
- février(51)
-
janvier(60)
- janv. 31(3)
- janv. 30(3)
- janv. 27(1)
- janv. 26(1)
- janv. 25(4)
- janv. 24(3)
- janv. 23(3)
- janv. 22(1)
- janv. 20(2)
- janv. 19(3)
- janv. 18(2)
- janv. 17(1)
- janv. 16(2)
- janv. 15(1)
- janv. 13(5)
- janv. 12(2)
- janv. 11(2)
- janv. 10(3)
- janv. 09(1)
- janv. 08(1)
- janv. 07(2)
- janv. 05(4)
- janv. 04(2)
- janv. 03(2)
- janv. 02(2)
- janv. 01(4)
- 2005 (217)
Archives
-
►
2018
(4)
- ► juillet 2018 (1)
- ► avril 2018 (1)
- ► février 2018 (1)
-
►
2017
(8)
- ► juillet 2017 (6)
- ► avril 2017 (1)
-
►
2015
(22)
- ► décembre 2015 (3)
- ► octobre 2015 (1)
- ► avril 2015 (1)
-
►
2014
(15)
- ► juillet 2014 (3)
- ► janvier 2014 (1)
-
►
2013
(22)
- ► novembre 2013 (1)
-
►
2012
(34)
- ► novembre 2012 (1)
- ► juillet 2012 (12)
- ► avril 2012 (1)
-
►
2011
(20)
- ► décembre 2011 (1)
- ► octobre 2011 (1)
- ► septembre 2011 (1)
- ► janvier 2011 (1)
-
►
2010
(34)
- ► novembre 2010 (1)
-
►
2009
(66)
- ► juillet 2009 (11)
- ► avril 2009 (8)
-
►
2008
(74)
- ► novembre 2008 (1)
- ► septembre 2008 (4)
- ► juillet 2008 (17)
- ► avril 2008 (11)
-
►
2007
(143)
- ► décembre 2007 (8)
- ► novembre 2007 (6)
- ► juillet 2007 (14)
- ► avril 2007 (18)
- ► février 2007 (16)
-
►
2006
(447)
- ► décembre 2006 (21)
- ► novembre 2006 (19)
- ► octobre 2006 (20)
- ► septembre 2006 (21)
- ► juillet 2006 (23)
- ► avril 2006 (62)
- ► février 2006 (51)
- ► janvier 2006 (60)
-
►
2005
(217)
- ► décembre 2005 (62)
- ► novembre 2005 (98)
- ► octobre 2005 (49)





































