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jeudi 1 mai 2008
Les Moors étaient le « wild workshop » (littéralement l'atelier naturel, « wild » signifie aussi «sauvage ») des soeurs Brontë. Charlotte nous l'apprend dans la « Biographical notice » à l'édition de 1850 de Wuthering Heights.
"Wuthering Heights was hewn in a wild workshop, with simple tools, out of homely materials. The statuary found a granite block on a solitary moor; gazing thereon, he saw how from the crag might be elicited a head, savage, swart, sinister; a form moulded with at least one element of grandeur--power. He wrought with a rude chisel, and from no model but the vision of his meditations. With time and labour, the crag took human shape; and there it stands colossal, dark, and frowning, half statue, half rock: in the former sense, terrible and goblin-like; in the latter, almost beautiful, for its colouring is of mellow grey, and moorland moss clothes it; and heath, with its blooming bells and balmy fragrance, grows faithfully close to the giant's foot."
Et, même si j'ai renoncé avant d'aller au plus haut point (à Top Whitens, les ruines d'une vieille ferme qui aurait inspiré Emily Brontë), j'ai eu une excellente idée du climat des lieux – et puis je compte bien y retourner.
Que l'on veuille se limiter à un texte pour lui faire rendre raison de ce qu'il est, c'est une attitude très sensée, très raisonnée et logique du point de vue de l'interprétation textuelle. Je suis, cependant, de celles qui pensent que si le texte est premier et que sa compréhension ne peut certes se réduire à la biographie ou au contexte qui lui a donné naissance, je crois fermement que l'on ne peut pas complètement extraire une oeuvre de sa gangue et qu'un écrivain est d'abord une biographie ; une oeuvre, un sédiment.
Il y a une unité tant corporelle que spirituelle de chaque élément. C'est ainsi que les atmosphères, les objets, les lieux, les résidus, les traces me paraissent essentiels et que leur connaissance ou leur fréquentation doit s'incorporer à la lecture du texte. Non pas pour l'enrichir indûment, mais par exemple afin de mettre davantage en exergue certains fragments déjà saillants. Ou bien parce que la vérité se love parfois dans des détails matériels ou concrets qui font loupe.
C'est ainsi que les Moors sont l'écho ou le sous-bassement de Wuthering Heights, de The Tenant of Widfell Hall et de grandes parties de Jane Eyre. De même, que les Moors ont été la source vive d'inspiration des écrits de jeunesse des Brontë, filles et garçon. Et, il est impossible de ne pas comprendre que la poésie d'Emily ait été inspirée par ces paysages sauvages. Bien sûr que l'on peut lire les Brontë sans connaître les lieux, mais leur familiarité ou proximité ajoute quelque chose de vivant et de mordant aux textes.
Chaque jour, quand le temps n'était pas impitoyable, les petits Brontë allaient se promener dans les Moors. Et c'est ainsi qu'ils ont inventé leurs mondes imaginaires. Nul doute, toutefois, que dans d'autres lieux leur génie se serait déployé autrement, mais peut-être pas autant...
Le pont des Brontë, comme les gens de là-bas l'appellent, a été détruit par une tempête en 1989 et a été refait à l'identique.
"Nov. 29."I intended to have written a line yesterday, but just as I wassitting down for the purpose, Arthur called to me to take a walk.We set off, not intending to go far; but, though wild and cloudy,it was fair in the morning; when we had got about half a mile onthe moors, Arthur suggested the idea of the waterfall; after themelted snow, he said, it would be fine. I had often wished to seeit in its winter power,--so we walked on. It was fine indeed; aperfect torrent racing over the rocks, white and beautiful! Itbegan to rain while we were watching it, and we returned homeunder a streaming sky. However, I enjoyed the walk inexpressibly,and would not have missed the spectacle on any account"
"Wuthering Heights was hewn in a wild workshop, with simple tools, out of homely materials. The statuary found a granite block on a solitary moor; gazing thereon, he saw how from the crag might be elicited a head, savage, swart, sinister; a form moulded with at least one element of grandeur--power. He wrought with a rude chisel, and from no model but the vision of his meditations. With time and labour, the crag took human shape; and there it stands colossal, dark, and frowning, half statue, half rock: in the former sense, terrible and goblin-like; in the latter, almost beautiful, for its colouring is of mellow grey, and moorland moss clothes it; and heath, with its blooming bells and balmy fragrance, grows faithfully close to the giant's foot."
Et, même si j'ai renoncé avant d'aller au plus haut point (à Top Whitens, les ruines d'une vieille ferme qui aurait inspiré Emily Brontë), j'ai eu une excellente idée du climat des lieux – et puis je compte bien y retourner.
Que l'on veuille se limiter à un texte pour lui faire rendre raison de ce qu'il est, c'est une attitude très sensée, très raisonnée et logique du point de vue de l'interprétation textuelle. Je suis, cependant, de celles qui pensent que si le texte est premier et que sa compréhension ne peut certes se réduire à la biographie ou au contexte qui lui a donné naissance, je crois fermement que l'on ne peut pas complètement extraire une oeuvre de sa gangue et qu'un écrivain est d'abord une biographie ; une oeuvre, un sédiment.
Il y a une unité tant corporelle que spirituelle de chaque élément. C'est ainsi que les atmosphères, les objets, les lieux, les résidus, les traces me paraissent essentiels et que leur connaissance ou leur fréquentation doit s'incorporer à la lecture du texte. Non pas pour l'enrichir indûment, mais par exemple afin de mettre davantage en exergue certains fragments déjà saillants. Ou bien parce que la vérité se love parfois dans des détails matériels ou concrets qui font loupe.
C'est ainsi que les Moors sont l'écho ou le sous-bassement de Wuthering Heights, de The Tenant of Widfell Hall et de grandes parties de Jane Eyre. De même, que les Moors ont été la source vive d'inspiration des écrits de jeunesse des Brontë, filles et garçon. Et, il est impossible de ne pas comprendre que la poésie d'Emily ait été inspirée par ces paysages sauvages. Bien sûr que l'on peut lire les Brontë sans connaître les lieux, mais leur familiarité ou proximité ajoute quelque chose de vivant et de mordant aux textes.
Chaque jour, quand le temps n'était pas impitoyable, les petits Brontë allaient se promener dans les Moors. Et c'est ainsi qu'ils ont inventé leurs mondes imaginaires. Nul doute, toutefois, que dans d'autres lieux leur génie se serait déployé autrement, mais peut-être pas autant...
Le pont des Brontë, comme les gens de là-bas l'appellent, a été détruit par une tempête en 1989 et a été refait à l'identique.
Il y a trois bouquinistes à Haworth, mais seuls deux ont de l'intérêt – le troisième semble versé dans l'ésotérisme de pacotille. J'ai trouvé quelques livres intéressant, dont celui de Whiteley Turner, A Spring-time Saunter, Round and About Brontëland. Une édition originale, illustrée par de bien jolies gravures.
On se promène entre les pages comme dans les Moors.
L'auteur trouve la cascade des Brontë décevante, je ne saisis pas pourquoi. L'endroit est plutôt surprenant, un endroit calme, presque douillet.
On trouve dans un petit coin la «Brontë chair », une roche creusée en forme de chaise sur laquelle avait coutume, dit-on, de s'asseoir Charlotte.
On trouve dans un petit coin la «Brontë chair », une roche creusée en forme de chaise sur laquelle avait coutume, dit-on, de s'asseoir Charlotte.
Charlotte écrit ceci à une amie, quelques temps avant sa mort - lettre citée dans la biographie de Gaskell :
"Nov. 29."I intended to have written a line yesterday, but just as I wassitting down for the purpose, Arthur called to me to take a walk.We set off, not intending to go far; but, though wild and cloudy,it was fair in the morning; when we had got about half a mile onthe moors, Arthur suggested the idea of the waterfall; after themelted snow, he said, it would be fine. I had often wished to seeit in its winter power,--so we walked on. It was fine indeed; aperfect torrent racing over the rocks, white and beautiful! Itbegan to rain while we were watching it, and we returned homeunder a streaming sky. However, I enjoyed the walk inexpressibly,and would not have missed the spectacle on any account"
Et elle en tomba malade et peina à s'en remettre, puis...
A SUIVRE...
Libellés :Angleterre,Brontë,Haworth,voyage
mercredi 23 novembre 2005
Frédéric Delebecque qui, en 1925, a traduit Wuthering Heights par le génial titre Les hauts de hurlevent fut à l'origine d'une jurisprudence. Le titre même d'un roman traduit devenait oeuvre de création.
"Attendu que le titre Les Hauts de Hurlevent [sic] constitue une invention originale, et non une traduction littérale du titre anglais, le mot Wuthering n'ayant pas d'équivalent direct dans la langue française, et n'étant au surplus employé que très localement dans les pays de langue anglaise — qu'il ne s'agit pas en l'espèce d'une traduction, mais d'une interprétation nouvelle de Delebecque, qui peut s'en prévaloir comme d'une oeuvre personnelle et, dès lors, en revendiquer la propriété, d'ailleurs cédée par lui en exclusivité aux éditions Payot."
D'ailleurs, le code de la propriété intellectuelle fait référence, aujourd'hui encore, à ce cas :
- "Pour un glissement vers l'examen du mérite, v. à propos du titre Les Hauts de Hurlevent, traduction non littérale du titre du roman Wuthering Heights d'Emily Brontë, le constat que le titre était une trouvaille rendant de manière approchante, musicale et inquiétante, l'atmosphère angoissante du titre originale. "
Libellés :Brontë,traduction
vendredi 7 mars 2008
"Seule une pure pensée serait capable d'englober l'effectivité de la mort sans être concernée par les circonstances spatio-temporelles de cette mort. A défaut d'une telle super-conscience, c'est encore notre demi-savoir qui préserve le mieux notre demi-pouvoir. Mais ce n'est qu'un demi-savoir. L'homme sait qu'il mourra, mais il ne s'explique pas pourquoi il doit disparaître, ni comment il peut être nihilisé ; il pense et conçoit la mort, mais il ne la comprend pas ; c'est-à-dire qu'il ne jauge jamais la mort dans toutes ses dimensions à la fois : si intensément qu'il approfondisse le problème, si loin qu'il conduise le cours de ses pensées, il y a toujours une dimension qui lui échappe ; toujours le mystère se reforme au-delà du problème : l'a priori opaque a déjà devancé la conscience. La conscience de la mort ne retenant de la mort qu'une vide effectivité, reste sans contenu et nous laisse dans un état d'impréparation totale."
Vladimir Jankélévitch, extrait de son très beau livre, La mort, Paris, Ed. Champs-Flammarion, 1992, p. 430, je souligne.
La mort nous concerne et ne nous concerne pas, parce que nous sommes de raison, puis de sensibilité et d'imagination. Il faudrait être raison pure pour n'être traversé que de son idée sans trembler, pas plus que la feuille de papier ne s'émeut de la lame qui la coupe en deux. Mais nous sommes tous des Entre-Deux. Nous savons sans comprendre ; nous pleurons sans être noyé de ce flux, plus littéraire que réellement sentimental. Nous sommes dérobés à notre fin et nous vivons et crevons comme des chiens.
***
J'ai décidé d'écrire de nouveau quelques billets ici même, plus rapidement que prévu, suite à la mort de Marie, parce que, je l'avoue, cela va constituer pour moi un antidote contre cette crainte que j'éprouve à l'idée d'ouvrir à nouveau les pages de ce JIACO et de ressentir de plein fouet son absence. A l'idée que jamais plus elle n'écrira ici, pour déposer une marque de tendresse, je me sens désemparée. J'ai peur de ne plus jamais pouvoir écrire en ce lieu, si j'attends pour le faire. J'ai le sentiment que ma crainte va estampiller chacun des jours passés et à venir et amputer le présent de ses saines racines.
Ne pas nourrir la peine avec la peine, afin de ne pas la métamorphoser en ce qui n'est pas elle, à savoir vague sensiblerie et caricature de l'émotion première. Être présent à son absence, mais être vivant à soi-même.
Emily Dickinson, que j'aurais aimé faire mieux connaître à Marie, parle de ce grand Indicible, de cet incendie de la raison, de la mort, pour qui s'adonne trop à sa contemplation.
"If I shouldn't be alive
When the Robins come,
Give the one in Red Cravat,
A Memorial crumb."
quelques heures après un rouge-gorge est venu cogner à ma fenêtre de cuisine. La coïncidence entre ma pensée et l'occurrence de ce réel, que je sais bien dépourvu d'intentionnalité, me fait comprendre comment l'on peut croire qu'il existe un ailleurs, même si cet autre de la réalité ne m'a jamais semblé assez solide pour que j'y abandonne totalement ma pensée. C'est ainsi que je suis un être plus rationnel qu'il n'y paraît, peut-être, mais pas totalement, ce qui me permet de laisser filtrer un peu de merveilleux et d'illusoire beauté d'outre-monde entre les briques de mon univers de verre et de sable, où Raison est reine, où je suis sujette d'un royaume condamné à la dislocation permanente.
Puisque de ma chère Emily, il est question, je ne saurais trop vous recommander de lire le livre
de Bobin, qui atteint à une forme de sublime et de communion rarement égalée avec le poète, tout en ne cessant de parler de lui et de nous, de biais.
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[Cf. ce billet-ci que j'ai particulièrement apprécié. Je suis une inconditionnelle de ces livres marqués d'un pingouin. Depuis très longtemps. ]
Bien que je traduise et que j'apprenne en faisant ce qu'implique le fait même de traduire, j'apprécie de moins en moins de lire des traductions de livres en anglais ou en allemand. Qui peut prétendre connaître vraiment un auteur s'il n'a pas lu ses propres mots ? Lire les Brontë, Dickens, Barrie ou Jane Austen en français m'est inconcevable sans pouvoir me désaltérer à la source vive de leur langue. Certes, j'aime plus que tout certaines traductions, je suis fière de ma collection de Dickens en Pléiade, mais ma passion me conduit à passer à travers l'écheveau des mots et même à tréfiler leurs pas presque effacés dans des terres un peu lointaines.
C'est ainsi que je prépare ma visite à la famille Brontë, qui aura lieu dans plusieurs semaines. Je les relis et, hier, j'ai reçu cet essai, dont on m'a dit grand bien. (Petit clin d'oeil à Malice.)
Avril est le mois de mon anniversaire, mais aussi le mois choisi afin d'effectuer ce qui est en passe de devenir un voyage annuel en Angleterre. Les voyages forment la jeunesse et ma prononciation de la langue de Shakespeare. Mon royal ami Robert m'a mise en garde un jour de ne pas perdre mon intonation française - très peu de risques à mon avis ! - sous peine de rogner sur mon potentiel charismatique... ! Je songe à m'installer quelques mois à Oxford, un jour, afin de suivre des cours. L'idée me séduit et puis, pendant des années, lorsque des importuns me téléphonaient, j'avais coutume de faire dire par "M. Golightly" que son épouse était à Oxford, ce qui était une manière polie - bien que peu vraisemblable eu égard à la fréquence de l'affirmation - de signifier que je ne leur parlerai pas. Alors, j'aime imaginer y aller pour de vrai. J'appartiens aux contrées où l'on parle Anglais.
Cette année, l'idée est de visiter, bien évidemment, un lieu barrien, dont je vous réserve la surprise - ce n'est guère difficile à deviner - mais aussi le pays de la famille Brontë (Patrick, Branwell, Anne, Emily et Charlotte) : HAWORTH.
Wuthering Heights et
Jane Eyre
sont parmi mes romans préférés et il faut manquer sacrément d'intelligence et de goût pour ne point les reconnaître comme deux des chefs-d'oeuvre de la littérature en langue anglaise. Ma préférence va au premier de ces romans, mais, l'âge venant, je découvre d'autres mérites au second. Nous y reviendrons.
Jane Eyre
sont parmi mes romans préférés et il faut manquer sacrément d'intelligence et de goût pour ne point les reconnaître comme deux des chefs-d'oeuvre de la littérature en langue anglaise. Ma préférence va au premier de ces romans, mais, l'âge venant, je découvre d'autres mérites au second. Nous y reviendrons.
Mais Emily Brontë est pour moi la plus grande de la famille.
[In Cahiers de poèmes, traduction de Claire Malroux, qui traduit également avec talent Emily Dickinson, Ed. José Corti]
Il y a fort longtemps - depuis l'enfance - que je rêve de visiter Haworth. J'ai pris mon temps, comme pour beaucoup de choses. Marie ne disait-elle pas de moi que j'étais une petite abeille travailleuse ? Cela me convient bien. Je tire tout le jus que je peux du réel. Je le mâche jusqu'au néant. Je prends tellement mon temps que je serai sûrement en retard à ma mort.
Je suis fièrement membre de la Brontë Society .
La Gazette sort trois fois par an et j'attends le numéro de mars. Je m'inspire de l'organisation pour ma propre Société Barrie.
La Gazette sort trois fois par an et j'attends le numéro de mars. Je m'inspire de l'organisation pour ma propre Société Barrie.
Haworth, contrée sauvage et rude des Brontë, se situe ici :
Il faut prendre le train à Londres et s'arrêter à Keighley - 3 heures de voyage - et d'ici prendre un bus (lignes 663,664 ou 665) ou un taxi pour vous rendre au pays des Brontë (assez peu éloigné de Keighley).
Je logerai dans un lieu que je sais convenir à mes attentes et qui n'est pas dépourvu de liens avec les Brontë. Du presbystère reconverti en musée, j'aurai cette vue gothique et romantique :
J'irai hanter les landes et saluer les fantômes du temps jadis.
Mes liens indispensables en guise de préparatifs :
http://www.visitbradford.com/bronte-country/http://www.haworth-village.org.uk/
http://www.ashmounthaworth.co.uk/
Sans oublier cette biographie amicale et circonstanciée de Gaskell :
Et cette édition d'un livre consacré à Branwell, le frère maudit et sacrifié, dont le corps est absent du portrait, mais pas son ombre...
Roman - biographie, on ne sait plus, par Daphne Du Maurier, qui n'est pas elle non plus sans lien avec mon obsession number one, J. M. Barrie.
Le livre existe chez Penguin.
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Après mon séjour à Haworth, ma visite dans le Surrey commencera à Farnham, qui se situe ici :
De Londres, en train, il faut compter environ une heure de voyage, ce qui nous permettra de passer une journée là-bas et de rentrer à Londres, le soir, pour y fêter l'année supplémentaire qui me tombe, assez légèrement, sur les épaules.
Et je crois bien que Miss Holly prend goût, finalement, au voyage et je pourrais bien vous emmener en Bavière dans l'ombre de certain roi déchu, sa Majesté des Cygnes, l'été venu... Tout n'est qu'étapes et le voyage n'est pas encore terminé.
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Je logerai dans un lieu que je sais convenir à mes attentes et qui n'est pas dépourvu de liens avec les Brontë. Du presbystère reconverti en musée, j'aurai cette vue gothique et romantique :
Mes liens indispensables en guise de préparatifs :
http://www.visitbradford.com/bronte-country/http://www.haworth-village.org.uk/
http://www.ashmounthaworth.co.uk/
Sans oublier cette biographie amicale et circonstanciée de Gaskell :
Et cette édition d'un livre consacré à Branwell, le frère maudit et sacrifié, dont le corps est absent du portrait, mais pas son ombre...
Roman - biographie, on ne sait plus, par Daphne Du Maurier, qui n'est pas elle non plus sans lien avec mon obsession number one, J. M. Barrie.
Le livre existe chez Penguin.
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Après mon séjour à Haworth, ma visite dans le Surrey commencera à Farnham, qui se situe ici :
A Farnham, un ami très cher à mon coeur attendra sera le guide vers... Comment vous n'avez pas deviné ? Je ne sais pas encore si je pourrais pénétrer au coeur du lieu où tout a commencé, mais au moins, je serai en mesure de m'imprégner de l'atmosphère... Nous verrons. L'aventure, l'aventure, l'aventure !
Je reviendrai en Ecosse - aux Hébrides - l'année prochaine pour ce lieu barrien, qui était d'abord élu pour l'année 2008, et que je réserve pour dans quelques mois, si la vie ne se retire pas de moi.
Je vous raconterai tout ceci, bientôt, en images et en vidéo, comme j'en ai pris l'habitude.Et je crois bien que Miss Holly prend goût, finalement, au voyage et je pourrais bien vous emmener en Bavière dans l'ombre de certain roi déchu, sa Majesté des Cygnes, l'été venu... Tout n'est qu'étapes et le voyage n'est pas encore terminé.
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Ce billet a été rédigé le coeur en Alsace, la tête ailleurs et les pieds flottants sous mon bureau. L'accompagnement musical fut de premier ordre, puisqu'il s'agit d'un disque offert par mon très fidèle ami, Jean-Christophe.
Je n'ai pas fini de saisir toute la substance de ce disque très étonnant, dont j'aurai l'occasion de reparler en détail, je l'espère.
J'écoute également avec délectation cet autre cadeau de cet ami, aussi discret que rare :
Et ma semaine a oscillé entre deux autres disques qui possèdent pour l'un une audace et une force peu communes :
et pour l'autre la rigueur et la sensibilité de Maurizio Pollini dans les Nocturnes de Chopin.
A bientôt, peut-être.
J'écoute également avec délectation cet autre cadeau de cet ami, aussi discret que rare :
Libellés :Angleterre,Brontë,Haworth,James Matthew Barrie,Londres,voyage
mercredi 30 avril 2008
Je ne peux pas exprimer mon ressenti et mes vidéos ne sont pas en mesure de montrer la splendeur de cet endroit ni son immense pouvoir de fascination et d'inspiration.
Il ne s'agit pas seulement d'une vague séduction exercée par le romantisme noir ou le gothique. Ceci est une interprétation trop évidente et facile (donc fausse), si tant est, en outre, que l'on s'entende sur le sens du mot "gothique". Et la littérature dite gothique est moins aisée à circonscrire et à expliquer qu'on ne le croit au premier abord, mais tel n'est pas notre sujet pour le moment.
Il ne s'agit donc nullement d'un attrait morbide.
Il ne s'agit que d'atmosphère, de capacité respiratoire de la part du lecteur ou de l'écrivain des lieux, de possibilité ou non de s'imprégner de la beauté décadente de l'endroit, de l'amour des ruines et des pierres. J'ai toujours un rapport extrêmement sensoriel avec les lieux que je visite. Je touche, je palpe, je respire, je regarde en fronçant les sourcils.
Ce cimetière est également le contexte de livres que je juge admirables et que d'autres, parmi mes amis très chers, conçoivent comme des "opéras-savonnette pour demoiselles éplorées". Sauf que je ne lis pas ces œuvres, je le pense, sous ce biais. Je crois que la poésie d'Emily Brontë, par exemple, est très grande et que Jane Eyre ou Wuthering Heights possèdent une noblesse, une profondeur que peu de lecteurs, finalement, leur reconnaissent, tout en les aimant. Le même problème, bien que de nature différente, se pose pour l'oeuvre de Jane Austen - que nous croiserons sur le chemin.
Nous nous attarderons sur l'aspect littéraire et psychologique plus tard, car le voyage ne fait que commencer.
Regardez attentivement le début de cette vidéo, la première image.
Il s'agit sans conteste de la plus belle tombe du cimetière, qui est à lui seul une oeuvre d'art, celle de ces hommes qui ont sculpté, souvent avec beaucoup d'adresse, la pierre. Parfois, ces hommes étaient même analphabètes...
Cette tombe est celle d'un sculpteur de pierre, dont le nom est Heaton, et qui a perdu sept enfants - fait très répandu, à l'époque et dans cette région au climat si rude. Il a sublimé sa souffrance dans ce magnifique tombeau.
Admirez la beauté de la sculpture qui représente un enfant couché (un de ses enfants), protégé par un baldaquin. On aperçoit si l'on s'approche une rose coupée ou brisée - symbole victorien assez fréquent sur les tombes d'enfants et la base a la forme d'un berceau... Voici qui aurait plu à Peter Pan qui danse sur la tombe des enfants morts ...
Il ne s'agit donc nullement d'un attrait morbide.
Il ne s'agit que d'atmosphère, de capacité respiratoire de la part du lecteur ou de l'écrivain des lieux, de possibilité ou non de s'imprégner de la beauté décadente de l'endroit, de l'amour des ruines et des pierres. J'ai toujours un rapport extrêmement sensoriel avec les lieux que je visite. Je touche, je palpe, je respire, je regarde en fronçant les sourcils.
Ce cimetière est également le contexte de livres que je juge admirables et que d'autres, parmi mes amis très chers, conçoivent comme des "opéras-savonnette pour demoiselles éplorées". Sauf que je ne lis pas ces œuvres, je le pense, sous ce biais. Je crois que la poésie d'Emily Brontë, par exemple, est très grande et que Jane Eyre ou Wuthering Heights possèdent une noblesse, une profondeur que peu de lecteurs, finalement, leur reconnaissent, tout en les aimant. Le même problème, bien que de nature différente, se pose pour l'oeuvre de Jane Austen - que nous croiserons sur le chemin.
Nous nous attarderons sur l'aspect littéraire et psychologique plus tard, car le voyage ne fait que commencer.
Regardez attentivement le début de cette vidéo, la première image.
Il s'agit sans conteste de la plus belle tombe du cimetière, qui est à lui seul une oeuvre d'art, celle de ces hommes qui ont sculpté, souvent avec beaucoup d'adresse, la pierre. Parfois, ces hommes étaient même analphabètes...
Cette tombe est celle d'un sculpteur de pierre, dont le nom est Heaton, et qui a perdu sept enfants - fait très répandu, à l'époque et dans cette région au climat si rude. Il a sublimé sa souffrance dans ce magnifique tombeau.
Admirez la beauté de la sculpture qui représente un enfant couché (un de ses enfants), protégé par un baldaquin. On aperçoit si l'on s'approche une rose coupée ou brisée - symbole victorien assez fréquent sur les tombes d'enfants et la base a la forme d'un berceau... Voici qui aurait plu à Peter Pan qui danse sur la tombe des enfants morts ...
Libellés :Angleterre,Haworth,voyage
lundi 19 mai 2008
Il y a longtemps que je me suis absentée. J'ai reçu beaucoup de courrier, glissé entre les fentes des volets.
Je vous la laisse découvrir :
Un petit arbre généalogique s'impose peut-être :
Robes de Charlotte :
Cabinet de travail de l'austère père Brontë :
Dans la salle à manger - ou petit salon (Jane Eyre et Wuthering Heights ont été écrits ici) :
La cuisine :
Maybe more later...
Je n'ai pas le temps de répondre. Pardon. Je lis, cependant, et je vous remercie, tous et toutes. Plus tard, je viendrai à votre rencontre, le temps d'une petite lettre manuscrite ou électronique.
Le temps, je n'en aurai jamais assez ; je devrais imaginer qu'il n'est qu'une fiction destinée à m'empêcher d'aller au bout de moi-même, afin que je ne sois jamais complète ni rassasiée. Je devrais lui rendre grâce, peut-être.
Le temps, je n'en aurai jamais assez ; je devrais imaginer qu'il n'est qu'une fiction destinée à m'empêcher d'aller au bout de moi-même, afin que je ne sois jamais complète ni rassasiée. Je devrais lui rendre grâce, peut-être.
Je ne suis pas encore guérie de l'existence.
Le voyage en Angleterre se range bientôt parmi les souvenirs, dans la naphtaline qui préserve les jolies choses, entre deux sachets de lavande fleuris, alors qu'il me reste encore tant à dire et à montrer et que d'autres voyages à "vocation cartographique" (je qualifie ainsi mes déplacements sur terre, puisque je pars toujours à la recherche de quelqu'un, d'un mort de préférence, et que j'en trace ainsi, en quelque sorte, la géographie intime et que je fais craquer les articulations des existences défuntes) se profilent sur la crête de l'horizon: l'Allemagne et l'Italie. La Bavière (Cher Ludwig II...) et Venise (mon escapade annuelle dans la Sérénissime). Me suivrez-vous jusque là ?
Mes herbiers sont vides. J'ai faim !
En attendant, mon très cher ami Robert a complété ce voyage chez les Brontë, à la faveur de déplacements personnels, puisqu'il s'est rendu à Penzance et qu'il m'a ramené des photographies de la maison natale de Maria Branwell, future mère des génies.
La maison est située au 25 Chapel Street. Le nom me fait tressaillir de joie.Je vous la laisse découvrir :
Un petit arbre généalogique s'impose peut-être :
J'ai scanné quelques photographies extraites du livre vendu au musée-presbytère de Haworth, afin de vous donner une idée des petites merveilles que l'on peut trouver dans cette demeure, qui paraît encore occupée par ses anciens habitants... Et peut-être est-ce d'ailleurs le cas...
Petits effets et silhouette de la tante Branwell, qui prit soin des enfants, tendrement et financièrement, après la mort de leur mère :
Petits effets et silhouette de la tante Branwell, qui prit soin des enfants, tendrement et financièrement, après la mort de leur mère :
Méridienne où Emily Brontë est supposée être passée de vie à trépas, à deux heures de l'après-midi, au mois de décembre de l'année 1848 :
Robes de Charlotte :
Cabinet de travail de l'austère père Brontë :
Dans la salle à manger - ou petit salon (Jane Eyre et Wuthering Heights ont été écrits ici) :
La cuisine :
Maybe more later...
Libellés :Angleterre,Brontë,voyage
dimanche 31 décembre 2006
Avec ou sans disque dur, ma mémoire est encore vaillante et mes forces intactes, puisque j'ai envie ce matin, contre toute attente, d'écrire quelques lignes pour refermer cette année, qui m'a offert de belles rencontres livresques et humaines. D'autres relations se sont épanouies et je suis toujours étonnée par l'amitié, qui vous rend décidément beaucoup plus fort et peut-être même plus beau. Je n'ai pas spécialement de bonnes résolutions pour l'avenir, sinon de donner plus de puissance à mon travail, de mieux me concentrer et d'oser davantage l'écriture qui me tiraille. Demeurer dilettante, car les spécialistes sont souvent stériles lorsqu'il atteignent certain niveau de complexité, mais laisser se sédimenter mes aspirations les plus violentes et construire sur ce socle mon existence. Le reste, je le laisse à Maître Hasard.
2007 sera, selon toute vraisemblance, une année écossaise pour moi. Je le souhaite. Si le vieux barbu me prête vie, je serai en Ecosse au printemps, pour visiter Barrie, Walter Scott, Stevenson et quelques autres, dans le but d'écrire quelques pages qui seront des pages écossaises, en témoignage d'amour et de respect pour James Matthew Barrie. J'espère avoir le temps, pendant ce voyage en langue anglaise, de me rendre à Haworth, dans le West Yorkshire, en mémoire de mes amies, les soeurs Brontë
2007 sera, selon toute vraisemblance, une année écossaise pour moi. Je le souhaite. Si le vieux barbu me prête vie, je serai en Ecosse au printemps, pour visiter Barrie, Walter Scott, Stevenson et quelques autres, dans le but d'écrire quelques pages qui seront des pages écossaises, en témoignage d'amour et de respect pour James Matthew Barrie. J'espère avoir le temps, pendant ce voyage en langue anglaise, de me rendre à Haworth, dans le West Yorkshire, en mémoire de mes amies, les soeurs Brontë
[The Brontë Sisters, peinture de Patrick Branwell Brontë, vers 1834. De gauche à droite : Anne, Emily, and Charlotte ; Branwell s'était représenté au départ entre Emily et Charlotte mais il a effacé sa présence par la suite... Très étrange l'impression suscitée par cet espace vide... ]
(sans oublier Branwell). Je m'identifie beaucoup à Emily,
[Emily peinte par son frère]
qui demeure ma préférée, car Wuthering Heights et ses poèmes sont d'une telle incandescence que j'aime à m'y brûler, mais Charlotte a conquis mon affection la première, dans l'enfance.
A DAY DREAM (par Emily Brontë)
ON a sunny brae alone I lay
One summer afternoon;
It was the marriage-time of May,
With her young lover, June.
From her mother's heart seemed loath to part
That queen of bridal charms,
But her father smiled on the fairest child
He ever held in his arms.
The trees did wave their plumy crests,
The glad birds carolled clear;
And I, of all the wedding guests,
Was only sullen there!
There was not one, but wished to shun
My aspect void of cheer;
The very gray rocks, looking on,
Asked, "What do you here?"
And I could utter no reply;
In sooth, I did not know
Why I had brought a clouded eye
To greet the general glow.
So, resting on a heathy bank,
I took my heart to me;
And we together sadly sank
Into a reverie.
We thought,
"When winter comes again,
Where will these bright things be?
All vanished, like a vision vain,
An unreal mockery!
"The birds that now so blithely sing,
Through deserts, frozen dry,
Poor spectres of the perished spring,
In famished troops will fly.
"And why should we be glad at all?
The leaf is hardly green,
Before a token of its fallIs on the surface seen!"
Now, whether it were really so,
I never could be sure;
But as in fit of peevish woe,
I stretched me on the moor,
A thousand thousand gleaming fires
Seemed kindling in the air;
A thousand thousand silvery lyres
Resounded far and near:
Methought, the very breath I breathed
Was full of sparks divine,
And all my heather-couch was wreathed
By that celestial shine!
And, while the wide earth echoing rung
To that strange minstrelsy
The little glittering spirits sung,
Or seemed to sing, to me:
"O mortal! mortal! let them die;
Let time and tears destroy,
That we may overflow the sky
With universal joy!
"Let grief distract the sufferer's breast,
And night obscure his way;
They hasten him to endless rest,
And everlasting day.
"To thee the world is like a tomb,
A desert's naked shore;
To us, in unimagined bloom,
It brightens more and more!
"And, could we lift the veil, and give
One brief glimpse to thine eye,
Thou wouldst rejoice for those that live,
BECAUSE they live to die."
The music ceased; the noonday dream,
Like dream of night, withdrew;
But Fancy, still, will sometimes deem
Her fond creation true.
Je retournerai à Londres le temps de revoir les lieux barriens que je connais déjà pour certains. Bien sûr, je rendrai compte de ce voyage, ici même, si mes lecteurs sont toujours présents.
*
Walter Scott (1771-1832) m'est davantage familier, au fur et à mesure que je travaille à mon étude qui devrait accompagner les textes de Barrie que je traduis. Je ne savais pas dans quel engrenage je mettais le doigt en m'attelant à ce gros volume barrien. Pénétrer dans le monde des légendes celtiques, afin de mieux saisir et de mettre en perspective les sources de James Matthew Barrie, est à la fois un enchantement et un motif d'inquiétude constante : une part de mon esprit n'est-elle pas désormais captive de l'autre monde ? Et si ces divers livres étaient un appât pour piéger mon âme et mon esprit ? Serai-je comme ces pauvres hères prisonniers d'un cercle de fées et qui sont obligés de danser jusqu'à l'épuisement et la mort ? Ou bien peut-être ne suis-je pas humaine mais une enfant née sur les îles de Tir Nan'Og et qui vit en marge des hommes, sur la frange de leurs rêves éveillés ? Qui sait ce que nous sommes réellement ? Berkeley ou Shakespeare et bien d'autres ont posé cette question, chacun à leur manière.
J'ai déjà une bibliographie longue comme le bras gauche et mon esprit ne sait où tourner ses vacillantes lumières. Mais quel bonheur ! Je ne vis jamais aussi intensément que dans l'étude et lorsque mes doigts s'agitent sur le clavier (et lorsque l'ordinateur ronronne au lieu de flamber, aussi excité que je le suis dans la découverte). Je me sens également légitimée dans ma propre tentative romanesque, comme si j'avais trouvé ma véritable famille littéraire et acceptait enfin cette ascendance.
En 1830, après une première attaque de paralysie, pendant sa convalescence, Scott écrivit les Letters on Demonology and Witchcraft ;
il y fut incité par son beau-fils. L'ouvrage se compose de dix longues lettres à lui adressées. Bien sûr, Scott est un enfant des Lumières et il fait oeuvre de rapporteur de légendes et d'opinions, de conteur ; il critique également les procès de sorcellerie qui ne laissaient aucune chance aux accusés.
Il suffit de lire l'effroyable Malleus maleficarum (Le marteau des sorcières) de Henry Institoris et Jacques Sprenger (1486), pour avoir la chair de poule.
Comme toujours, chez Walter Scott, le propos est précis et copieux, d'un sérieux mâtiné de quelque souffle épique.
Je joins plus loin des extraits de la lettre IV (traduction d'Albert Montémont) où il est question de changelins et de Thomas le Rimeur... Ce dernier est le personnage d'une fameuse ballade des Borders (la région d'Ecosse, où beaucoup de sang fut versé par les écossais et les anglais, car elle servait de tampon entre les deux pays). A lire :
Pour faire plus ample connaissance avec les chansons des Borders vous pouvez visiter cette page bilingue. Cette chanson-ci est citée par J.M. Barrie, qui fait beaucoup référence aux Borders, à l'histoire et à la mythologie écossaise dans Adieu Mademoiselle Julie Logan, son conte de noël et / ou d'hiver qui met en scène un fantôme qui pourrait être l'ancêtre de la bien vivante Mary A., connue de ceux qui ont lu Le petit Oiseau blanc. Les ballades sont souvent teintées de surnaturel et sont la source de contes plus étoffés. Barrie s'ingénie à reprendre dans cette histoire un certain nombres d'éléments du folklore écossais - la pierre de Logan, par exemple... il existe plusieurs pierres de cette sorte... - et de l'histoire terrible des luttes entre anglais protestants et écossais jacobites (catholiques) partisans des Stuarts, dont "Bonnie Prince Charlie" (le Prince Charles-Edouard)
est la figure de proue dans le conte de Barrie. Le jacobitisme dont il est question, par allusions chez Barrie, est très connu aussi des lecteurs de Walter Scott ou de Stevenson (Cf. Kidnapped). Il n'est pas non plus innocent de songer que l'autre prénom du Capitaine Crochet (Hook) est Jacobus... Mais c'est une autre histoire que je raconterai ailleurs. Qui m'aime me suive...
*
(...)
[Cliquez sur les petits extraits pour les agrandir.]
******************
Catégorie :
Littérature
Libellés :Brontë,Ecosse,fées,littérature celtique,merveilleux,Walter Scott
mardi 30 mai 2006
En 1890, Barrie avait en tête une drôle d'histoire, dans la veine qui est la sienne :
un homme, qui tombe amoureux d'Emily Brontë, par le seul fait de la lecture de Wuthering heights.Il se rend à Haworth et arrive à temps... pour l'enterrement de son aimée !
Emily Brontë était pour Barrie un immense écrivain, qu'il célèbre dans un de ses discours in M'Connachie and J.M.B., Speeches [M'Connachie, répétons-le, est le double fictif que s'est attribué Barrie]. Lorsqu'il lira Shirley, le roman de sa soeur, Charlotte, il le jugera très inférieur (à juste titre).
George Eliot était également un écrivain qu'il admirait. Il disait d'elle ces mots :
"George Eliot polit ses phrases et retient ainsi le lecteur en arrière afin qu'il les ramasse - comme si chacune de ses phrases était pour lui, sur son chemin, une pierre qu'il lui faudrait escalader."
mercredi 23 avril 2008
Je pars ! Je ne suis qu'un frisson.
Il paraît d'après ceux qui en sont revenus que, là-bas, à certaines heures, l'herbe est bleutée et qu'elle se balance très poétiquement. L'image me fait un peu mal car cette simple idée énoncée concurrence mon imagination. La réalité peut-elle encore être à la hauteur de cette déclaration ?
Le coeur de ceux qui viennent réveiller les lieux donne le "la", m'a-t-on dit, et tout prend vie le temps d'un printemps. Je sais bien que je vis l'un des derniers printemps de mon printemps et qu'ensuite il faudra vieillir.
J'ai hâte de voir - non ! d'éprouver - cela, je veux dire l'herbe bleutée et froufroutante. Il me semble que je touche et croque déjà le fruit de mes songes.
Il paraît même que je pourrai visiter pendant ces jours prochains la dernière maison où a habité Jane Austen.
Il paraît même que je pourrai visiter pendant ces jours prochains la dernière maison où a habité Jane Austen.
Il paraît que je ne vis plus que mes rêves.
Je rends visite à mes "parents". Ils sont tous morts et ne vivent plus qu'entre les pages des livres.
C'est bien.
De toute façon, je réprouve la compagnie des trop vivants.
Rien ne va plus ! Tout est en désordre ! Je m'active ici et là. Je dépose une note bibliographique ici ; là, je taille et allonge en même temps un chapitre trop long ; ailleurs, je prends des notes, sur un carnet surchargé de ratures et d'ajouts, pour une autre histoire. Je gobe, sans le goûter, un litre de café et dispense ma désinvolture à tous. Puis, je me contemple dans l'incompréhension des autres, surtout de ces femmes qui n'ont pas la moindre idée que je ne suis pas tout à fait comme elles, que je m'en trouve bien, et qui ne comprennent pas que je préfère porter des livres plutôt que des enfants et que les deux sont, pour moi incompatibles.
Déjà l'enfance me distinguait d'elles. Déjà j'étais consciente de tout ce qui nous séparait. Sans indisposition.
Pas le temps.
Je suis sûre d'avoir oublié mille petites choses qui me feront défaut au moment propice.
La leçon de Chinois n'était pas assez apprise, hier ; ce matin, le violon n'est pas assez caressé. Je suis coupable, oui. Je fais trop et pas assez. Surtout en amitié.
Dernières recommandations à qui de droit.
Quand, comme moi, on cohabite avec quatre chats et trois chiens qui vous font l'honneur de vous accorder une petite place dans leur territoire, il est hors de question de partir de chez soi sans trouver quelqu'un qui va habiter votre maison, à votre place, pendant votre absence. J'ai de la chance, je connais cette perle, qui emménage chez nous le temps d'un voyage et qui ne dérange pas trop les ombres que je laisse derrière moi, même si elle ouvre mes pots de confiture.
Il ne me reste plus qu'à remplir légèrement des valises.
Je suis devenue plus raisonnable au fil du temps. Je me le répète pour m'encourager à l'être vraiment. Un peu plus que chaque dernière fois.
Je suis devenue plus raisonnable au fil du temps. Je me le répète pour m'encourager à l'être vraiment. Un peu plus que chaque dernière fois.
Autrefois, j'emmenais une armoire avec moi. Ma valise avait la taille d'une malle-cabine et était le cauchemar de tous porteurs dans les hôtels. Désormais, je voyage avec le minimum.
Je suis consciente, cependant, que mon minimum n'est pas nécessairement celui des autres. L'apparat vestimentaire n'est pas ma préoccupation, étant donné que je ne m'habille que de noir et que j'ai souvent les mêmes vêtements en double ou en triple. Mon seul éventuel indice de sophistication est mon Chanel number 5 ou Le monde est beau de Kenzo ou encore ma collection de sacs à main. Pour le reste, je suis une personne plus que modeste. L'invisibilité est mon ambition. On observe mieux en retrait.
Mais je refuse de voyager sans mes livres, mes encyclopédies ou mes dictionnaires. Dieu merci, l'informatique permet d'alléger la valise.
Que vais-je emmener ?
Le sac que j'ai dérobé en imagination à Miss Poivert, avant de me l'offrir, parce que j'aime bien l'idée et que, finalement, je n'emporterai pas, car hier soir j'ai trouvé un cadeau de princesse dans la maison (une très belle création Lancel, l'Easy flirt décliné en rose, bien sûr, car la couleur je ne la porte qu'en bandoulière).
Dans ce confortable sac, je vais pouvoir mettre plein de choses. Raisonnable, ai-je dit ?
Dans ce confortable sac, je vais pouvoir mettre plein de choses. Raisonnable, ai-je dit ?
Un carnet ventru, Wuthering Heights et Jane Eyre pour faire bon poids, symboliquement. Mes extensions : mon précieux IPhone (lui et moi, nous sommes inséparables depuis sa sortie en France, en novembre dernier) et mon tout nouveau eeepc (un ultra-portable qui tient dans un sac à main et qui fait tout comme un grand ! Bien pratique quand, comme moi, on aime écrire n'importe où...), qui me permettra peut-être de faire des "reportages" en direct sur place et, surtout, de continuer à travailler un peu. Parce que ce qui m'importe vraiment, c'est de savoir si on peut dire le réel.
Un stylo-plume qui dégorge d'encre noire et un autre d'encre violette, pour écrire des cartes postales que je n'aurai pas le temps d'envoyer à tout le monde, c'est certain. Des disques que j'ai chargés sur mon précieux IPhone, dont celui-ci (beau, beau, beau) :
ainsi que les cours du Collège de France - que je n'aurai pas le temps d'écouter, mais cela me rassure.
Un appareil photo et un camescope numériques - le domaine de M. Golightly, afin de ramener vidéos et photographies pour les indulgents lecteurs de ces pages.
De toute façon, les souvenirs ne servent à rien, car on les vit au présent et le présent n'existe pas. Et puis, tout est vain.
Vite ! Vite ! Je suis en retard ! Au secours ! Au revoir !
De toute façon, les souvenirs ne servent à rien, car on les vit au présent et le présent n'existe pas. Et puis, tout est vain.
Vite ! Vite ! Je suis en retard ! Au secours ! Au revoir !
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- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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