lundi 21 janvier 2013

Hans Christian Andersen (1805-1875)





           {Photographies de Céline-Albin Faivre, à Central Park, New York, Septembre 2012 - cliquez sur les images afin de les agrandir.}

Il faut l’imaginer sortant, soudain, une gigantesque paire de ciseaux de sa poche, sous le regard dérouté d’enfants, comme hypnotisés par ses gestes minutieux et rapides à la fois, lorsqu’il s’attelait, sans patron, au découpage en règle d’une feuille de papier qui allait devenir en quelques minutes une délicate œuvre d’art. De la dentelle, dirait-on ; du papier troué ; modeste support d’une âme qui se délie autant en ajourant la matière qu’en la noircissant d’encre, voilà qui dit tout d’Andersen. Plein et vide, jour et nuit, masculin et féminin. 
On prétend que Dickens s’était inspiré de lui pour créer l’odieux personnage nommé Uriah Heep, un être plein de manières et de malice. Pourquoi pas ? Cela vaut toujours mieux qu’une biographie en forme de niche de columbarium, coincée entre deux pages d’une encyclopédie.
Romanesque, et donc malheureux, Andersen l’est tout entier. Lorsque le père d'Andersen, un pauvre cordonnier, se maria, il acheta le catafalque d'un mort que ses héritiers vendaient à l'encan, puis il en fit son lit nuptial, et c’est là que le futur orphelin, Hans Christian, naquit. Quel meilleur commencement pour un auteur de contes ?
Il est des existences dont le récit est déjà gros de l’œuvre à venir. Peut-être tout cela n’est-il qu’une illusion, car un écrivain est toujours orphelin – de naissance ou par conviction. Il doit donc devenir père et mère de l’âme qu’il couve. Andersen ne déroge pas à ce principe littéraire, souvent inavoué. Et c’est ainsi qu’il écrivit son autobiographie, imbue d’orgueil et touchante malgré tout, plusieurs fois, sous des formes différentes. Il avait coutume de dire que sa vie était un conte de fées. Tous les enfants tristes trouvent là, dans cette croyance, une consolation. Dieu sait également qu'Andersen avait eu une enfance des plus sombres et que ni les épreuves ni les déceptions ne lui furent épargnées plus tard ; et ce visage en forme de longue estafilade, d'où perlent le sang et les larmes qui irriguent chacun de ses contes, est plus révélateur qu’une pleine page de faits classés par ordre chronologique. Créature littérairement hermaphrodite, doté d’un cœur jamais comblé, qui bat le briquet en vain, Andersen est de la race des génies mélancoliques. 
D'un vague revers de main, on repousse souvent Andersen du côté des auteurs pour enfants, comme Barrie et Carroll, sans comprendre ce qui se trame à bas bruit dans leurs œuvres. Du trio que j'ai nommé, Andersen était sans conteste le plus cruel. Les fins pleinement heureuses sont assez rares dans ses œuvres.
Seules la vertu et l’espoir – autres noms de la foi – éclairent cette nuit où la flamme d’une allumette fait vaciller, un instant seulement, les ombres de la mort. Certaines visions sont cauchemardesques et presque surréalistes, elles vous brûlent longtemps les yeux. Pourtant, Andersen a longtemps souffert de mauvaises traductions qui simplifiaient à outrance ses textes, mais ses merveilleux contes, dont le cousinage avec les œuvres de Dickens est flagrant, étaient assez flamboyants pour résister à cela.
Chez Dickens comme chez Andersen, se révèle une troublante poésie, cette étrange capacité à faire vivre des scènes domestiques derrière le voile de la magie, de la fantaisie, entre deux larmes. Les objets s'animent lorsque nous avons le dos tourné et la tragédie se vit dans le silence de cœurs sourds et muets. Le beau sapin est brûlé, la petite sirène se meurt, le juste est quelquefois récompensé et la vanité est souvent punie. Mais les contes d’Andersen sont garantis sans moraline ; il n'y a là rien d’autre qu'un cœur pur qui rétrécit, peu à peu, de plus en plus, mais continue à battre pour un Ailleurs.
« L’histoire de ma vie, écrit-il, dira au monde ce qu’elle m’a appris : il existe un Dieu aimant qui organise toute chose en vue du meilleur. » Propos que notre époque n’est guère capable d’entendre et qui, cependant, révèle une force d’âme véritable, car le courage n’est pas tant de supporter l’épreuve que de ne pas laisser s’éteindre la soif du sublime et de l’infini, et ce, malgré elle.

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