lundi 17 octobre 2005
Libellés :Alfred Hitchcock,Bunuel,cinéma,James Stewart
samedi 15 octobre 2005
Le plus beau livre de Vian et certainement un des plus beaux livres de la littérature française.
"(...) l'histoire est entièrement vraie, puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre."
Jeu avec le langage, modèle d'inventivité permanent, ce roman d'amour est un hymne à la vie, à notre faculté d'imagination, à notre pouvoir sur notre propre existence.
Chef-d'oeuvre absolu.
Libellés :Boris Vian,littérature française
vendredi 14 octobre 2005
Les éditions Allia ont le mérite de publier des petits textes (des miettes) de grands auteurs méconnus ou d'auteurs connus, dont certaines oeuvres le sont moins (les essais de Stevenson par exemple). Je connais Hazlitt, découvert par la lecture de Helene Hanff, en version originale et je gage que ces morceaux sont de choix.
"I hate anything that occupies more space than it is worth. I hate to see a load of bandboxes go along the street, and I hate to see a parcel of big words without anything in them. A person who does not deliberately dispose of all his thoughts alike in cumbrous draperies and flimsy disguises maystrike out twenty varieties of familiar everyday language, each coming somewhat nearer to the feeling he wants to convey, and at last not hit upon that particular and only one which may be said to be identical withthe exact impression in his mind. "
Libellés :Hazlitt,Helene Hanff,littérature anglaise
Je vous livre, ici, une traduction rapide d'une interview de Peter Krause (Nate Fisher), qui fait suite à la fin de la série (attention aux révélations ou "spoilers" comme disent les franglais !) :
Dans cet épisode final, SFU se serait terminé différemment si on avait pris en compte l'avis de P. K. Les fans ont été estomaqués quand Nate Fisher, un personnage central, s'est effondré, pour mourir, ensuite, victime d'une hémorragie cérébrale. Le dernier épisode la série sera diffusé ce week-end, bien d'autres surprises sont prévues. Selon Krause, l'acteur qui a donné vie - de main de maître - au personnage si torturé de Nate, ce fut une journée épuisante, une expérience qui a requis toutes ses forces et a atteint son apogée quand Nate est mort. "Ce fut vraiment très difficile pour moi parce que je savais que, même si je retournais travailler, je ne serai plus jamais Nate Fisher." Je le questionne au sujet des actes étranges de Nate durant cette saison. Le personnage fut, tour à tour, lugubre, résigné, expansif, distant, mais par dessus tout, statique. Pourquoi Nate n'a-t-il rien appris de ses erreurs passées ? "J'étais, dans une certaine mesure, frustré, nous confie Krause." "Il s'est produit certaines choses dans la série que je ne cautionne pas.""Par exemple, Nate et Brenda se marient alors même qu'elle est en train de perdre son bébé, et cela ne me paraît pas découler naturellement de la complexion de leurs personnages respectifs."Il y a toujours une tension créatrice dans n'importe quel spectacle télévisé. Et SFU - une série très subtile - qui fonctionne selon le mantra suivant : "Les êtres humains sont des noeuds de contradictions"- n'était pas prémunie contre les frictions. Les acteurs et les auteurs diffèrent souvent lorsqu'il s'agit de raconter des histoires, de développer des personnages. "Le problème, selon moi, au bout d'un certain temps, fut le suivant : j'ai eu des passages difficiles, où je n'arrivais pas à donner corps à ce qu'on attendait de moi, car je ne parvenais pas à ressentir de la justesse dans le développement de mon personnage, dit Krause." "Il y avait des idées qui forçaient plus le personnage qu'elles ne découlaient de lui." A une époque où, à Hollywood, les mauvaises langues et les "petites phrases" vont bon train, sa candeur est charmante et rafraîchissante. "Vous voyez, dit-il, les gens ont des idées différentes. Mais ce fut, en dernière instance, un lieu plein de créativité pour travailler. Il n'y a rien d'inapproprié dans les histoires qui ont été écrites cette saison. Mais, si j'avais été le capitaine du bateau, je l'aurais dirigé différemment." L'une des issues artistiques de la série fut la manière dont Nate a réagi, au cours des 5 saisons, à la myriade de coups portés au coeur et aux défis qu'il dut subir. Il est retourné, malgré sa nature, à l'entreprise familiale. Il eut une relation tumultueuse avec Brenda. Il fut sur le point de mourir. Il épousa Lisa. Elle mourut mystérieusement. Maya, leur fille, n'est peut-être même pas la sienne. Il assista à un suicide épouvantable. "Je ne sais pas combien de fois quelqu'un doit être frappé derrière la tête pour, au moins, prendre un peu de plomb, dit-il."Alors, quand a-t-il réalisé que l'évolution de Nate serait retardée, que Nate était condamné à faire avec une pitoyable inertie ? La prise de conscience s'est produite, dit-il, à la fin dela saison 4. Après avoir assisté au suicide de Hoyt, Nate retourne auprès de Brenda et la demande en mariage. Cela a frappé Krause comme un acte qui s'opposait résolument à l'évolution de Nate. "Ce fut le premier indice qui me fit comprendre que Nate ne se "réveillerait pas." Cette saison-ci, Krause eut aussi des difficultés avec la scène qui prend place, à son réveil, entre lui et Brenda, à l'hôpital, les instants qui précèdent sa mort. "Je pense honnêtement qu'il y avait quelque chose qui manquait plutôt de clareté et qui était très sombre dans cet arc de l'histoire - le "pourquoi", la raison pour laquelle Nate et Brenda ne pouvaient plus demeurer proches. Je n'ai pas cautionné cela. Laissez-moi simplement dire cela." Plus tard, dans la conversation, Krause dit ceci : "Je pense que la chose que j'ai préférée dans cette série, c'est la manière de peindre honnêtement l'existence humaine." "Cela s'est fait, ce fut quand SFU fut à son apogée. Je pense que c'est distrayant de regarder un soap-opera, mais quelquefois les lignes directrices de l'histoire me semblent - je ne veux pas dire qu'elles dépassent une limite - tracer un chemin qui paraît moins honnête, dans le but de faire sensation. Ces moments me paraissent toujours moins attrayants parce que je pense qu'ils ne révèlent rien. Je ne sais pas... L'élément de vérité a été perdu. Ce fut décevant parce que c'est ce qui avait été saisi dans les premiers épisodes - les terminiasons nerveuses de la vérité émotionnelle."Ne fut-il pas difficile de se débarrasser des problèmes de Nate, dans la vie réelle ? "Ce fut parfois difficile, concède Krause. Je dirais que j'ai très peu de désir, après SFU, d'interpréter des personnages torturés."Krause est entré dans la quarantaine la semaine dernière. Je lui demande l'effet que cela a produit en lui d'interpréter un personnage qui meurt soudainement à 40 ans."Je n'ai pas vécu mes propres 40 ans avec des arrière-pensées, jusqu'à ce que je fusse obligé de passer 4 jours à fêter mes 40 ans dans la peau de Nate Fisher. Et cela vous amène à vous demander pourquoi les gens donnent tant d'importance aux 40 ans. J'en suis arrivé à la conclusion que c'est parce que tout le monde se donne environ 80 ans à vivre et que 40 représente la moitié d'une vie."Oh, mon Dieu, Peter, vous parlez comme... Nate. "Ouais, probablement que j'ai interprété trop longtemps son personnage, plaisante-t-il." Une autre révélation intéressante : Nate était presque en trop. Il y a eu une discussion, dit Peter, selon laquelle Claire serait tuée mais la mort de Nate n'a pas été une surprise. "J'ai appris cette possibilité au cours de la première saison, dit-il. C'est quelque chose qu'Alan Ball voyait comme le point culminant de la série, si l'on peut dire." Dans la vraie vie, la mort de Nate a affecté la famille de Krause et ses amis. "Ce fut difficile pour les gens qui me connaissent de voir ces deux épisodes (la mort et l'enterrement). Je pense qu'ils ont très bien su symboliser l'absence, avec ce trou qui reste béant après le départ de Nate." Krause sera bientôt à Vancouver pour commencer le tournage d'un nouveau film, l'histoire d'un homme qui croit que son voisin est un terroriste. Il cherche à fausser compagnie à Nate Fisher. En fait, l'équipe des acteurs était totalement épuisée quand la série a été terminée de tourner en juin. "Ce fut une série triste et assez dure, dit-il. Nous avons tous appris à nous aimer de plus en plus, parce qu'on nous demandait, à chacun, d'accomplir des choses très difficiles en tant qu'acteurs. Nous nous nous sommes réellement soutenus et encouragés les uns les autres, lors de notre travail sur cette série."Comme il réfléchit à tout cela, finalement on peut lui demander quel était le message de SFU."Si cette série délivre un message, c'est le suivant, dit Krause après une pause: "De toute façon, nous allons tous mourir, alors accommodez-vous au mieux de votre vie." Source : http://www.thestar.com/NASApp/cs/ContentSe...tacodalogin=yes
Libellés :série télévisée,Six Feet Under
Libellés :Helene Hanff,littérature américaine,New York
La genèse de 84 Charing Cross Road.
Correction en date du 24 août 2008 : en reprenant mes pages du début, je suis affligée par la vacuité des débuts de ce JIACO. A l'époque, j'étais encore anonyme sur ces pages et, étrangement, je parlais peu, je n'osais pas...
Ce livre est finalement ce qui m'aura servi de modèle pour mon éducation littéraire.
Libellés :Helene Hanff,littérature américaine
La suite de 84, traduite en français, chez Payot.
J'ai beaucoup aimé mais force est de reconnaître que l'on se sent un peu déçu, parce que Helene Hanff découvre enfin Londres et ses lieux aimés à distance. Il ne faut peut-être pas rendre réel ce qui est imaginaire.
Correction en date du 24 août 2008 : Non, c'est faux. Parfois, le réel est encore plus beau que l'imaginaire. J'en ai fait maintes fois l'expérience depuis l'écriture de cette note.
Libellés :Helene Hanff,littérature américaine
Célèbre grâce à un livre (et un film) cultes, 84 Charing Cross Road, Helene Hanff, amoureuse des livres et de Londres, est morte dans la pauvreté. A la fameuse adresse, où je me suis rendue en pélérinage, cet été, il y a une pizzeria. Je ne devrais pas le dire, peut-être, parce que cela causera sûrement de la peine à ceux qui, comme moi, ont vécu intensément cette correspondance entre une new-yorkaise fauchée et un libraire londonien, qui lui envoie de "bonnes éditions" de classiques pour quelques dollars. Amitié amoureuse, troublante et triste, silencieuse comme la solitude, de deux êtres séparés par un océan immense. Choc de l'inachevé. Qui peut rester insensible à la prose sans façons de Miss Hanff ?
Mais son livre qui m'a le plus remuée, c'est bizarrement un autre livre, non traduit chez nous, Q's Legacy. Q. pour Sir Arthur Quiller-Couch, célèbre professeur, dont L'art d'écrire (non traduit non plus) et d'autres livres a permis à Miss Hanff de découvrir la littérature anglaise, la littérature majuscule, celle qui lui a permis de tenir debout, ainsi que j'aime à le répéter.
Je n'ai pas vu le film qui a été tiré de 84 Charing Cross Road. Je n'ai pas osé.
Cf. http://www.84charingcrossroad.co.uk/
et surtout http://www.bartleby.com/people/QuillerC.html
où l'on peut lire On the Art of Reading et On the Art of Writing et, par conséquent, prendre les mêmes leçons que Helene Hanff.
Libellés :Helene Hanff,littérature américaine,Londres
Je n'ai guère de respect pour la télévision et peu de séries m'ont touchée ou intéressée, mais Six Feet Under fait partie de mes meilleurs souvenirs de télévision.
D'ailleurs, Six Feet Under (Six pieds sous terre) est plus qu'une série télévisée : c'est une œuvre d'art à part entière, un univers bouleversant, où tout est vrai, bien que sublimé par l'inventivité des scénaristes et de la réalisation.
Nous entrons dans l'univers de la famille Fisher, croque-morts de leur état et devenons, soudain, un membre à part entière de ce clan.
La saison 5, la dernière saison, a été diffusée il y a peu aux États-Unis. J'ai eu la chance de la voir et je n'ai jamais ressenti une telle communion avec une œuvre télévisée. Le final est époustouflant. Je n'en dirai pas plus, bien sûr, mais je pense que c'est la meilleure fin possible pour la meilleure série jamais créée.
Il y a quelques années était sorti un livre (qui n'a rien d'un gadget ou d'un produit commercial dérivé), Better Living Through Death, et qui se présente, en quelque sorte, comme un album familial, qui fourmille de détails et d'anecdotes qui rendent encore plus vivants (si cela est possible) chaque membre de la famille Fisher. Je le conserve précieusement, avec les trois précédents coffrets, en attente du dernier.
Libellés :série télévisée,Six Feet Under
jeudi 13 octobre 2005
Barrie et Doyle étaient tous les deux écossais, ils étaient issus de l'université d'Edimbourg et aimaient le cricket. Doyle jouait dans l'équipe de Barrie, les Allahakbarries. Ce nom étrange avait pour origine le nom de Barrie, bien sûr, et la phrase arabe qui signifie "Que Dieu nous vienne en aide."
Doyle disait de son ami Barrie (qui mesurait environ 1,50 m) : "Rien n'est petit en lui, sauf son corps".
En 1892, Barrie est malade, au bord de la dépression, et n'arrive pas à achever d'écrire le livret d'une opérette, qui lui a été commandée. Cet opérette s'appelle Jane Annie ou The Good Conduct Prize. Doyle va l'aider à terminer ce livret. Cf. le résultat à cet endroit.
Barrie avait déjà écrit le premier acte et Doyle de dire ceci : "Les idées et l'esprit étaient présents en abondance, mais l'intrigue en elle-même n'était pas solide, bien que les dialogues et les situations fussent excellents. J'ai fait de mon mieux et j'ai écrit les paroles pour le second acte, et la plupart des dialogues, mais je devais me soumettre à la forme qui avait été donnée initialement."
Cette opérette fut un cuisant échec. Les critiques la détestèrent et George Bernard Shaw, qui n'avait pas la plume dans sa poche, écrivit ceci : "La plus dévergongée de toutes les pitreries que deux citoyens responsables d'eux-mêmes puissent, selon toute vraisemblance, imposer au public."
Les deux hommes ne se laissèrent pas abattre pour autant et Barrie utilisa la trame de cette oeuvre pour écrire une parodie de Sherlock Holmes, intitulée The Adventure of the Two Collaborators. Dans cette histoire, deux hommes rendent visite à Sherlock Holmes et Watson. Leur problème étant le suivant : ils ne parviennent pas à comprendre pourquoi les gens ne viennent pas applaudir l'opérette qu'ils viennent d'écrire !!!
L'amitié des deux fut sans faille. Leur seul sujet de désaccord fut les croyances occultes auxquelles adhérait Doyle et dont Barrie ne voulait pas entendre parler - ce qui prouvera, si besoin était, que Barrie était un réaliste pur et dur, et certainement pas l'homme farfelu que l'on s'imagine.
Doyle est mort sept ans avant Barrie, en 1930, et ce dernier dit de lui : "J'ai toujours pensé qu'il était l'un des meilleurs hommes que j'aie connus; il ne pouvait y en avoir de plus droit et honorable que lui."
Libellés :Conan Doyle,James Matthew Barrie
Voir : http://www.lewiscarroll.org/logic.html
Lewis Carroll était un logicien d'un genre très particulier ! Ses paradoxes et énigmes sont tout en humour et en intelligence.
Cette part de son oeuvre est trop méconnue ; pourtant, c'est une des plus savoureuses.
http://www.gutenberg.org/dirs/etext03/thgmf10.txt
Libellés :Lewis Carroll
mercredi 12 octobre 2005
Un de mes écrivains préférés, pour qui je me relève la nuit.
J'aime tout de lui.
L'affection que l'on porte aux morts ne connaît guère de bouleversements. Avec eux, je me sens en sécurité : peu de risques d'être déçu.
Un film vient de sortir aux States : Capote de Bennett Miller. Il y est question de l'enquête qu'a menée l'écrivain pour écrire De sang froid.
Je suis un peu curieuse. http://www.sonyclassics.com/capote/
Je n'aime pas trop que l'on s'attaque à mes mythes.
A voir : Murder by Death aka Un cadavre au dessert.
Libellés :cinéma,littérature américaine,Peter Falk,Truman Capote
"La lucidité : l'automne des instincts."
Cioran
Penser est déjà une déchéance du corps. Vivre est une force animale. Cioran, Schopenhauer, Nietzsche : l'axe de mon pessimisme joyeux.
Cioran
Penser est déjà une déchéance du corps. Vivre est une force animale. Cioran, Schopenhauer, Nietzsche : l'axe de mon pessimisme joyeux.
Libellés :miscellanées
Gilles Deleuze, Logique du sens, Paris, Minuit, 1994.
Les analyses et interprétations de Deleuze quant à l'oeuvre de Carroll me laissent pantoise, mais admirative. Une citation qui me parle en particulier : « Car le nom propre ou singulier est garanti par la permanence d’un savoir. Ce savoir est incarné dans des noms généraux qui désignent des arrêts et des repos, substantifs et adjectifs, avec lesquels le propre garde un rapport constant. Ainsi le moi personnel a besoin du Dieu et du monde en général. Mais quand les substantifs et adjectifs se mettent à fondre, quand les noms d’arrêt et de repos sont entraînés par les verbes de pur devenir et glissent dans le langage des événements, toute identité se perd pour le moi, le monde et Dieu. C’est l’épreuve du savoir et de la récitation, où les mots viennent de travers, entraînés de biais par les verbes, et qui destitue Alice de son identité. Comme si les événements jouissaient d’une irréalité qui se communique au savoir et aux personnes à travers le langage. Car l’incertitude personnelle n’est pas un doute extérieur à ce qui se passe, mais une structure objective de l’événement lui-même, en tant qu’il va toujours en deux sens à la fois, et qu’il écartèle le sujet suivant cette double direction. Le paradoxe est d’abord ce qui détruit le bon sens comme sens unique, mais ensuite ce qui détruit le sens commun comme assignation d’identités fixes. » (pp. 11-12) Ce que je comprends : Le monde et Dieu désignent des « plates-formes » sur lesquelles le sujet peut s’appuyer. Le monde est l’immanence et Dieu la transcendance. La boîte et le couvercle. Le fond et la forme. La matière et l’idée. Moi et non-moi. Le savoir est celui du fixe, du général, de l’éternel, de ce qui est mort peut-être aussi. Moi, Dieu et le Monde sont les trois Idées kantiennes de la raison ; elles sont les piliers, les conditions d’exercice de la pensée. Des identités fixes ou présupposées telles, ou plus exactement un cadre immobile et référentiel pour situer les êtres et les choses à l’intérieur, des abscisses et des ordonnées mentales. Le savoir est « incarné » dans des mots tels Dieu, le monde ou n’importe quel nom désignant une stabilité de surface ou une géométrie dans l’espace. L’incarnation est le processus qui désigne la « corporéisation » d’éléments incorporels, une quête de la chair, réelle ou symbolique (le substantif faisant office de chair dans le monde du langage). Le général est le garant du singulier, ce qui a pour conséquence directe de subordonner toute identité propre, limitée et déterminée, à un ensemble englobant et nécessairement plus vaste, et devient de ce fait un sous-ensemble dépendant. Les « points » par rapport au repère orthonormés n’existent qu’en fonction de cet arrière-plan et le transportent dans leur identité propre, implicitement. Il n’existe pas d’îlot isolé de sens, le monde et le langage forment une toile avec d’innombrables ramifications. L’image de la fonte des substantifs et des adjectifs a un envers, celui de la solidification, celle du langage, de la réification des êtres et des choses par le nom. Le flux du devenir est aussi celui du sang qui coule dans nos veines et nos artères. Les veines vont au cœur, les artères partent du cœur, de même l’homme va au monde et Dieu part du monde. Avoir une identité, c’est être et ne pas devenir, à cause du paradoxe attaché au temps, durer et durcir. Comment un événement peut-il aller dans deux sens à la fois ? Nul besoin d’être bigleux, de voir double pour le comprendre : tout ce qui est oscille immédiatement entre le déjà-plus et le non-encore. La distinction du bon sens et du sens commun est celle de la fonction et du résultat. Le bon sens est unique puisqu’il permet, selon la définition cartésienne, de distinguer le vrai d’avec le faux, le sens et le non-sens, il ne saurait se dédoubler en opposés. Le sens commun, lui, s’il s’applique à une multiplicité d’objets, n’en suppose pas moins une opinion identique et unique sur ces objets-ci. Or, si les identités sont floues et mobiles, plus rien ne retient les opinions et le sens commun… Le verbe indique une action et il subit les déclinaisons du temps quand le nom propre reste invariable. Suffirait-il de demeurer immobile ou de faire la planche pour avoir une identité ? Non, car il m’arrive(ra) fatalement des choses, des événements et ceux-ci m’appartiennent, que je le veuille ou non. Le paradoxe est en moi en tant que je suis sujet actif ou passif d’un verbe. Cette irréalité de l’événement ne l’est que par l’inadéquation d’un langage obligatoirement statique et de la logique qui en est issue à un monde en mouvement ou en devenir. Le mot tombe de biais ou de travers sur l’événement qui ne se laisse pas attraper.
Les analyses et interprétations de Deleuze quant à l'oeuvre de Carroll me laissent pantoise, mais admirative. Une citation qui me parle en particulier : « Car le nom propre ou singulier est garanti par la permanence d’un savoir. Ce savoir est incarné dans des noms généraux qui désignent des arrêts et des repos, substantifs et adjectifs, avec lesquels le propre garde un rapport constant. Ainsi le moi personnel a besoin du Dieu et du monde en général. Mais quand les substantifs et adjectifs se mettent à fondre, quand les noms d’arrêt et de repos sont entraînés par les verbes de pur devenir et glissent dans le langage des événements, toute identité se perd pour le moi, le monde et Dieu. C’est l’épreuve du savoir et de la récitation, où les mots viennent de travers, entraînés de biais par les verbes, et qui destitue Alice de son identité. Comme si les événements jouissaient d’une irréalité qui se communique au savoir et aux personnes à travers le langage. Car l’incertitude personnelle n’est pas un doute extérieur à ce qui se passe, mais une structure objective de l’événement lui-même, en tant qu’il va toujours en deux sens à la fois, et qu’il écartèle le sujet suivant cette double direction. Le paradoxe est d’abord ce qui détruit le bon sens comme sens unique, mais ensuite ce qui détruit le sens commun comme assignation d’identités fixes. » (pp. 11-12) Ce que je comprends : Le monde et Dieu désignent des « plates-formes » sur lesquelles le sujet peut s’appuyer. Le monde est l’immanence et Dieu la transcendance. La boîte et le couvercle. Le fond et la forme. La matière et l’idée. Moi et non-moi. Le savoir est celui du fixe, du général, de l’éternel, de ce qui est mort peut-être aussi. Moi, Dieu et le Monde sont les trois Idées kantiennes de la raison ; elles sont les piliers, les conditions d’exercice de la pensée. Des identités fixes ou présupposées telles, ou plus exactement un cadre immobile et référentiel pour situer les êtres et les choses à l’intérieur, des abscisses et des ordonnées mentales. Le savoir est « incarné » dans des mots tels Dieu, le monde ou n’importe quel nom désignant une stabilité de surface ou une géométrie dans l’espace. L’incarnation est le processus qui désigne la « corporéisation » d’éléments incorporels, une quête de la chair, réelle ou symbolique (le substantif faisant office de chair dans le monde du langage). Le général est le garant du singulier, ce qui a pour conséquence directe de subordonner toute identité propre, limitée et déterminée, à un ensemble englobant et nécessairement plus vaste, et devient de ce fait un sous-ensemble dépendant. Les « points » par rapport au repère orthonormés n’existent qu’en fonction de cet arrière-plan et le transportent dans leur identité propre, implicitement. Il n’existe pas d’îlot isolé de sens, le monde et le langage forment une toile avec d’innombrables ramifications. L’image de la fonte des substantifs et des adjectifs a un envers, celui de la solidification, celle du langage, de la réification des êtres et des choses par le nom. Le flux du devenir est aussi celui du sang qui coule dans nos veines et nos artères. Les veines vont au cœur, les artères partent du cœur, de même l’homme va au monde et Dieu part du monde. Avoir une identité, c’est être et ne pas devenir, à cause du paradoxe attaché au temps, durer et durcir. Comment un événement peut-il aller dans deux sens à la fois ? Nul besoin d’être bigleux, de voir double pour le comprendre : tout ce qui est oscille immédiatement entre le déjà-plus et le non-encore. La distinction du bon sens et du sens commun est celle de la fonction et du résultat. Le bon sens est unique puisqu’il permet, selon la définition cartésienne, de distinguer le vrai d’avec le faux, le sens et le non-sens, il ne saurait se dédoubler en opposés. Le sens commun, lui, s’il s’applique à une multiplicité d’objets, n’en suppose pas moins une opinion identique et unique sur ces objets-ci. Or, si les identités sont floues et mobiles, plus rien ne retient les opinions et le sens commun… Le verbe indique une action et il subit les déclinaisons du temps quand le nom propre reste invariable. Suffirait-il de demeurer immobile ou de faire la planche pour avoir une identité ? Non, car il m’arrive(ra) fatalement des choses, des événements et ceux-ci m’appartiennent, que je le veuille ou non. Le paradoxe est en moi en tant que je suis sujet actif ou passif d’un verbe. Cette irréalité de l’événement ne l’est que par l’inadéquation d’un langage obligatoirement statique et de la logique qui en est issue à un monde en mouvement ou en devenir. Le mot tombe de biais ou de travers sur l’événement qui ne se laisse pas attraper.
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- Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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