dimanche 1 avril 2012
[Le bateau de R. F. Scott, le Terra Nova]
***
THE MYTHMAKERS
(Les créateurs de mythes)
Histoire d’une amitié
entre un homme qui devint un mythe
et celui qui écrivit sa légende
***
« En Antarctique, la chose la plus difficile, c’est d’écrire avec des doigts gelés… »
***
En 1922, lorsque Barrie devint Recteur de Saint Andrews, il prononça un discours qui fait encore aujourd’hui piquer les yeux des moins sensibles d’entre nous, un discours extraordinaire intitulé Courage qu’il dédia aux étudiants et qui apparaît comme une sorte de défi lancé à la jeunesse d’après-guerre. Il donna littéralement son souffle, son âme, à ces mots simples, forts et beaux, qui avaient pour eux toute la douloureuse force de l’expérience et qui trahissaient, à chaque instant, l’inspiration que donnent le chagrin et la mise à l’épreuve de l’âme humaine. La guerre de 14 avait porté, comme le dit, je crois, un auteur que j’aime, ces fruits qui croissent sur les ciselures de la peine. En petits rangs serrés, les fantômes de ceux qu’il avait tant aimés s’alignaient devant lui. Sylvia Llewelyn Davies, George, Michael, Mary qui l’avait trahi et abandonné… Tous, ils avaient laissé la trace de leur absence dans l’existence du solitaire d’Adelphi. Le discours porte l’empreinte de tout cela, mais il vibre aussi d’une foi singulière qui irradie le lecteur : « Le courage est la chose essentielle : si l’on perd le courage, tout est perdu. Voici ce qu’en dit notre glorieux Johnson : “À moins qu’il ne possède cette vertu, un homme n’a aucune certitude de pouvoir en conserver aucune autre.” Nous devrions remercier notre Créateur trois fois par jour de nous avoir fait don du courage au lieu de le faire pour notre pain quotidien, qui, si nous travaillons, est sûrement la seule chose que nous puissions exiger de Lui. Ce courage est la preuve de notre immortalité (…) Ne soyons pas simplement courageux, mais également enjoués et le cœur content. »
Dans ce discours, qui est l’un de mes deux préférés parmi tous ceux qu’il a écrits, il fait intervenir quelques figures amies, des revenants, des êtres qui avaient tous en commun un courage assez remarquable, des hommes qu’il transforme en héros par le simple pouvoir d'une magie dont il avait le secret, les mots : R. L. Stevenson, W. E. Henley (« Je suis le maître de mon destin ; je suis le capitaine de mon âme ») et, bien sûr, le Capitaine Scott…
Précisément, il s’agissait pour moi, lorsque je me rendis à Londres, le week-end dernier, d’aller à la rencontre de Robert Falcon Scott et de Barrie… Richard White et Rose MacLennan Craig ont écrit une pièce épatante (disons-le d’emblée, pour ceux qui n’auraient pas la patience de me lire jusqu’au bout !) sur l’amitié qui unit les deux hommes. La pièce était à l’affiche dans un charmant théâtre de Londres et le sera bientôt, de nouveau, dans un autre. Mon rêve est… de la faire venir en France ! Mais c’est une autre histoire…
J’éprouve toujours beaucoup d’appréhension lorsque l’on s’avise de « s’en prendre » à celui qui est, pour moi, plus réel et plus vivant que bien des êtres qui s’agitent autour de moi. Barrie est, précisément – puisqu’il ne sera question que de cela dans ce petit texte de présentation –, mon héros. Si j’avais autant détesté le film de Forster, Finding Neverland, à l’époque, c’est bien parce qu’il falsifiait autant l’image de l’homme que celle de l’écrivain que je connaissais presque personnellement, étant la prisonnière consentante de son univers si particulier… Je n’ai jamais pu souffrir l’argument paresseux selon lequel le film « avait eu le mérite » de jeter la lumière sur l’existence d’un auteur somme toute méconnu – et peu importe, pour ceux qui affirmaient cela, si l’image était fausse ! Ceux qui ont découvert Barrie par ce film ne méritent pas de le connaître et très certainement ne le connaîtront-ils jamais véritablement… De plus, je n’ai jamais vraiment aimé Johnny Depp, qui ne fut un acteur convaincant que dans deux ou trois rôles, et encore… Il était tellement falot en endossant ce qu’il croyait être la peau de Barrie qu’il en devenait presque fascinant. Presque, dis-je, car je ne suis point masochiste.
Je n’attendais rien de l’acteur qui, par le pouvoir propre au théâtre, allait bientôt devenir Barrie dans cette salle et, pourtant, un sentiment d’amitié et de respect naquit rapidement en moi, lorsque, dimanche, je fus témoin du travail d’acteur de Steve Hay. Il incarne un Jamie à la fois facétieux et triste, un Barrie à la fois tourmenté et porteur d’un étrange enthousiasme, un Barrie désespéré et terriblement vivant, passant intérieurement en revue ses fantômes personnels – lui-même en passe d’en devenir un, au moins sur le plan symbolique.
Steve Hay sert Barrie avec beaucoup d’honnêteté et une certaine distance, peut-être, ce qui le préserve de bien des maux et des erreurs. Certes, il ne possède pas l’inquiétant pouvoir de personnification propre à Ian Holm (indépassable), mais qui, raisonnablement, pourrait exiger cela de lui ? L’accent qu’il adopte n’est peut-être pas celui de Barrie, il n’en demeure pas moins qu’il est coloré de teintes écossaises fort agréables à l’oreille de la petite française assise au premier rang… Jonathan Hansler fut également un Capitaine Scott assez proche de l’idée que je me fais de l’original, même si je ne le connais pas assez pour savoir si mon sentiment est justifié.
Scott nous est présenté comme écrasé par le poids de ses responsabilités (il ne le sait pas encore, mais il emmène ses hommes à la mort et envisage cette expédition comme un départ pour le front) et par le pressentiment que la providence s’est joué de lui et qu’il doit aller au bout de ce chemin qu’il a emprunté à cause de circonstances qu’il n’a pas tout à fait maîtrisées. Et peut-être est-ce là le véritable courage : poursuivre sa route, être engagé dans un destin que l’on a à peine choisi, mais ne pas renoncer pour autant. Aimer son destin, quel qu’il soit. L’épouser, sans hésitations, même en n’apercevant qu’un fragment de son visage. La condition, peut-être, pour que l’échec futur se transmue en gloire. Mais n’est-ce pas souvent ainsi, par un curieux paradoxe ? Nous ne sommes peut-être jamais admirés pour ce que nous sommes vraiment, pour ce que nous avons réellement accompli de valable en pleine conscience, mais pour certaine faille ou faiblesse, pour des échecs, ou des réussites qui ne nous doivent pas grand-chose. Malgré tout, la grandeur d’un homme se lit toujours et uniquement sur son visage, lorsque l’échec et le malheur sculptent son destin. Dans la réussite, nous sommes rarement à la hauteur des qualités que l’on nous prête. De noblesse réelle, il n’est que dans l’échec et la belle mort, là où nous n’avons que le choix de révéler ce que nous sommes vraiment, le personnage inconnu que nous avons peut-être toujours ignoré porter en nous et que nous découvrons, soudain, à la faveur d’une tragédie.
Barrie se rêvait en explorateur et Scott enviait le talent d’écrivain de Barrie. La pièce se construit sur cette admiration réciproque et sur ce désir de l’autre, dans son génie particulier : l’un tire des mythes de la page blanche, l’autre en écrit un dans cette réalité blanche et presque chimérique qu'est le pôle Sud, en l’incarnant.
Et puis vient un non-dit, une blessure, un malentendu peut-être. L’amitié est toujours fragile, bien plus que l’amour. Un froid s’installe alors entre les deux hommes, surtout de la part de Barrie (c’est la dernière lettre de Scott qui nous le révèle). Il est toujours trop tard et, jamais, la blessure ne pourra se refermer, faute de temps, faute d’une ultime rencontre. Quoi de plus terrible que d’être le survivant d’une amitié véritable entachée par l’incompréhension, le silence, une amitié gelée à jamais dans une impossibilité ? C’est cette histoire que nous raconte The Mythmakers, l’histoire de James Matthew Barrie et du Capitaine Scott, qui mourut, il y a cent ans, d’une manière si tragique qu’il ne pouvait que devenir un héros. L’incroyable réussite de cette pièce est peut-être d’avoir fait d’un sentiment très simple et très humain – la cause de ce froid entre les deux hommes – un mystère.
Je ne suis pas du tout certaine que Barrie ait tourné le dos à Scott à cause de la raison invoquée dans la pièce et je crois que personne ne le sait, mais l’idée est fort plausible. Humainement plausible. Et personne n’était plus humain que Barrie, l’auteur, le créateur de mythes et l'homme incompris. Séparés à jamais par un silence irrattrapable, tombé tout à coup dans l’éternité des regrets, Scott écrira cependant avant de mourir ces mots célèbres : « De toute mon existence, je n'ai jamais rencontré un homme que j'ai autant admiré et aimé que vous, mais je n'ai jamais pu vous montrer ce que votre amitié représentait pour moi, car vous aviez beaucoup à donner et moi rien du tout... »
Les deux acteurs, seuls sur scène, donnent remarquablement vie au beau texte (beau, mais aussi d’une grande finesse – qualité rare dans le théâtre actuel) des auteurs, tant et si bien que l’on oublie de ne pas aimer tout à fait le décor, parfois entaché d’un soupçon d’anachronisme, réduit au strict nécessaire. La mise en scène, sobre mais efficace, nous retient, vibrants et en équilibre, à l’intérieur de ce mythe en train de naître devant nous. Le texte tout entier se déploie autour de nous et nous sommes enserrés par l’émotion. Nous nous sentons, soudain, témoins de quelque chose de simple et sublime en même temps, et nous retenons notre souffle. Ce quelque chose, c’est l’ébauche d’un mythe.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit – aussi : avoir l’illusion de pénétrer dans le secret ou l’origine des mythes… Celui d’un auteur et celui d’un héros.
Mais qu’est-ce qu’un héros ?
C’est celui que l’on élira et que l’on nommera tel, parce qu’il nous paraît être le meilleur intercesseur possible entre le monde humain – où nous crions peut-être grâce –, et le monde divin auquel nous aspirons – probablement. Les écrivains ont besoin de héros pour raconter leur légende, vous vous en doutez. Un héros est un modèle nécessairement inimitable et, pourtant, il nous enjoint à le suivre, à marcher dans ses pas, sans mot dire, par la seule force de son aura. Il ne faut que du courage et de la détermination pour être un héros.
C’est peu et déjà plus que n’en possède la plupart.
Le héros, comme beaucoup de fictions essentielles à nos vies, naît surtout du désir que l’on a de lui, auréolé d’une légende que l’on adopte et nourrit de soi-même (la légende doit s'entretenir et voyager d'esprit en esprit), ou que l’on crée si l’on est soi-même, comme Barrie, un Author. Le héros est toujours un être claudicant. Homme ordinaire, doté d’une volonté et / ou d’un destin extraordinaires, il est toujours étrangement en retard sur le déroulement de son existence, presque en dehors de lui-même, spectateur de ses actes – comme l’écrivain, en somme : « Un écrivain ne sait presque rien, et c’est ce qui fait de lui un étranger aux yeux de ses amis et de sa famille. Il vit à l’extérieur de sa propre existence, cherchant à la comprendre. C’est un endroit affreux où vivre… » (Barrie ou, plus exactement, le Barrie de Rose MacLennan Craig et Richard White).
Ce décalage, tous les écrivains le ressentent. Les héros aussi, probablement, mais ils sont fatalement moins lucides, peut-être. Le héros doit mourir pour être un héros, sinon il n’est qu’un chic type ou, au mieux, un grand homme ; la légende des héros s’écrit avec leur sang et leurs larmes ; la mort doit se refermer sur lui, comme l’ambre sur l’insecte ; il ne se sait donc jamais tel, car le héros est par nature aveugle : il semble jouer la partition d’un destin que lui ont écrit les circonstances.
Le héros doit tout, a posteriori, à celui qui écrit sa légende. Il ne vit d’abord que par cette légende, qui est fiction, qui est mensonge, et donc stricte vérité – un peu celle du conte. La légende n’est pas (encore) le mythe, car le mythe, lui, est indépendant et détaché, à savoir intemporel, universel et comme désincarné. Le mythe dévore ce dont il est le mythe et l'auteur du mythe. Cette pièce donne à voir cela, très subtilement, en arrière-plan.
Le mythe est détaché. Il paraît alors presque logique que Scott et Barrie soient séparés... Et le Scott que fera revivre Barrie dans ses souvenirs ou ses phrases n'est pas exactement le Scott qu'il a connu. C'est tout à la fois sa faute et celle du mythe.
Le mythe est détaché. Redisons-le.
Et de celui qui l’a créé et de celui qui l’incarne – ce dernier, toujours malgré lui. Le mythe tue le héros ou, plus exactement, l’être humain en lui. Le mythe est, lorsqu’il est achevé, à lui-même son propre mythe. La légende, elle, se nourrit en permanence d’événements – réels ou fictifs, surtout fictifs – et est historique. Le mythe, par opposition à la légende, dit une vérité métaphysique, existentielle, une vérité humaine qui a valeur d’exemple. On ne peut jamais considérer que l’extériorité du mythe. Dès que nous évoquons un mythe, il nous rejette. Le mythe a également ceci de fascinant qu’il s’énonce et se vit sur le mode éternel d’un présent qui ne se mue pas en passé. Le mythe transforme en nature une intention inscrite dans le temps et l'histoire, un événement singulier en éternité. Il nous fait oublier l’origine et la contingence de l’événement au profit d’un modèle érigé en universel. Le mythe évacue le réel, il se fonde en nature et en éternité, en droit.
Et, même si, las et vaincu, le Barrie de The Mythmakers nous fait ses adieux sur ces mots : « Je suis peut-être le créateur de mythes, mais vous, Scott, êtes le mythe. », Barrie fut et est encore aujourd’hui, par son génie littéraire et sa mystérieuse personnalité, un mythe, et pas seulement un créateur de mythes. Et il s'y est employé plus qu'il n'y paraît en écrivant sa propre biographie (tout à fait imaginaire) dans ses fictions.
J’ai toujours pensé que, si l’on voulait vraiment dire quelque chose d’essentiel sur soi, il fallait commencer par avouer la pensée la plus triste que l’on ait jamais conçue et portée en soi. Posez cette question à ceux que vous aimez : Quelle est la chose la plus triste à laquelle tu aies jamais pensé ? Bien peu sauront ou pourront répondre. Instinct de protection. Mensonge pudique.
Le seul combat qui vaille est celui que nous menons contre nous-mêmes, et non pas cette lutte contre les autres, contre le monde entier, en prenant à témoin ceux qui peuvent nous porter secours – croit-on. La mort a-t-elle le dernier mot comme le dit ou semble le dire le Barrie de la pièce de Richard et Rose ? Oui, mais l’art a l’avant-dernier…
Barrie n’a jamais eu peur d’ouvrir toutes les portes dérobées de son cœur. Il en donne la preuve dans le discours évoqué plus haut – lorsqu’il dresse le portrait de son double M’Connachie –, qui est l’une des inspirations implicitement revendiquées des auteurs de la pièce. Et sa pensée la plus triste était peut-être la conscience aiguë de cette triste vérité : si nos morts revenaient, ils n’auraient très probablement plus de place dans nos vies. Il a exprimé cette idée dans plusieurs œuvres, notamment dans la pièce Mary Rose. La mort transforme ceux qui lui appartiennent en mythes ou en revenants. C’est parce que Barrie éprouvait une infinie pitié pour ces revenants, parce qu’il ne voulait pas les laisser glisser dans l’oubli qu’il essaya d’en faire des mythes ; et ce qui le fascinait tout autant dans le processus de la création littéraire que dans l’aventure réelle vécue par les explorateurs, c’était cette illusion de pouvoir combattre à armes égales avec la mort.
Dans The Mythmakers, Scott compare son Antarctique et celui de Barrie : l’un et l’autre ont un espace à conquérir, un combat à mener, dont l’issue possible est la mort – celle de l’écrivain n’est pas moins terrible que celle de l’aventurier. Les deux tâches requièrent une seule arme, le courage.
Un écrivain incarne une forme de providence dans l’univers d’encre et de papier auquel il prête son souffle. Il crée des héros et des légendes, parfois des mythes, dont le destin est de le rejeter (Peter Pan a dévoré Barrie, lui a échappé). La providence, elle, d’après les auteurs de la pièce et d’après leur Scott, nous engage toujours dans un marché de dupes. Le mythe n’existe que si quelqu’un l’écrit et lui donne le pouvoir de demeurer vivant dans la mémoire de l’humanité. Le maître ou le créateur des mythes est celui qui est capable de geler le temps, de le transformer en éternité.
Les héros existent parce que nous sommes des ratés. Ou, plus exactement, parce que la majorité d’entre nous ne le sont pas tout à fait, et ne pas l’être tout à fait est un manque absolu de grandeur. « Nous sommes tous des ratés – en tout cas les meilleurs d’entre nous le sont… », écrivit Barrie, toujours son discours intitulé Courage. Et c’est aussi pour dire cette noblesse de l’échec qu’est écrit cette pièce sensible et intelligente, qui nous donne à pénétrer dans le cœur d’une histoire d’amitié, qui, elle-même, fut un échec.
Scott eut le dernier mot et Barrie, à n’en point douter, tira de ce dernier mot quelques pensées cruelles et sublimes. Le vent a toujours murmuré de sombres histoires à l’oreille de Barrie. Le vent est porteur des secrets des morts et seul celui qui, bien malgré lui d’ailleurs, est dans le secret des mythes, sait les entendre et il a le devoir de les retranscrire pour nous, humbles mortels. Le maître des mythes est béni et maudit. « Le diable l’emporte toujours. Vous êtes plus chanceux que moi, Scott. Vous ne vieillirez jamais, endormi à jamais dans la glace. Moi ? Vous auriez du mal à me reconnaître. Et qui me connaît à présent ? La plupart de mes amis sont des fantômes… » (The Mythmakers) Néanmoins, il faut continuer à avancer. Le courage est ce qui demeure, lorsque tout le reste est perdu. Et il faut encore plus de courage pour écrire que pour simplement vivre.
On entend parfaitement l’écho de Scott, l’écho d’une amitié perdue, dans le discours que prononça Barrie en 1922 et auquel se réfèrent en plusieurs occasions les deux auteurs de la pièce.
« Lorsque je pense à Scott, je me souviens de cette étrange histoire qui se déroula dans les Alpes : un jeune homme perdit la vie en tombant d’un glacier ; l’un de ses compagnons, un scientifique, calcula le temps qu’il faudrait au corps pour réapparaître d’ici plusieurs années. Lorsque le temps fut venu, quelques-uns des survivants retournèrent au glacier afin de vérifier si la prédiction s’était réalisée. Ils étaient vieux à présent ; le corps réapparut aussi jeune que le jour où cet homme les avait quittés. C’est ainsi que Scott et ses camarades surgissent, toujours jeunes, de ces blanches immensités.
Il y a de la beauté dans l’épreuve supportée avec allégresse ; cette tâche n’est pas hors de portée des plus modestes d’entre nous. Qu’est-ce que la beauté ? C’est le chant porteur de courage de ces hommes au caractère bien trempé qui, de leur tente, s’élève vers vous ; ce sont les murmures de cette île, où ces hommes exemplaires ont élu domicile, qui parviennent jusqu’ici pour vous dire leurs exploits. Parfois la beauté se répand, nous dépasse, et alors l’esprit se libère du corps. Des siècles peuvent se passer, tout absorbés que nous sommes dans notre contemplation et notre écoute, car le temps est annihilé. Il est une très vieille légende que m’a racontée l’explorateur Nansen – j’aime beaucoup la compagnie des explorateurs –, la légende d’un moine qui se promenait dans les champs lorsqu’une alouette se mit à chanter. Il n’avait jamais entendu auparavant le chant d’une alouette, alors il se tint là, fasciné, jusqu’à ce que l’oiseau et son chant se confondissent avec les cieux. Puis il s’en retourna au monastère et y trouva un portier qu’il ne connaissait pas, pas plus que ce dernier ne le connaissait. D’autres moines vinrent et tous lui étaient étrangers. Il leur dit qu’il était le Frère Anselme, mais cela ne servit à rien. Ils finirent par se tourner vers les livres du monastère et ceux-ci leur révélèrent qu’il y avait eu un Frère Anselme, il y avait au moins cent ans de cela. Le temps avait été occulté pendant qu’il écoutait l’alouette.
Voici un exemple de ce qu’est la beauté, cette beauté qui se répand ou bien cette âme qui se répand – et c’est peut-être la même chose. L’esprit se libère alors du corps et, hors de lui, se met en mouvement dans le monde. » (Barrie, Courage)
Scott était un peu cette alouette et Barrie ce moine… Et cette pièce nous donne le privilège d'entendre ce chant.
{Toutes les citations traduites le furent par nos soins.}
samedi 31 mars 2012
[Source de l'image : ici.]
Scott. — Savez-vous ce
qu’est la peur, Barrie ?
Barrie. — Je suis habitué à sa présence. Avoir peur, c’est
être vivant.
Scott. — Barrie, votre
Antarctique est ici, dans le glen, ou à n’importe quel autre endroit choisi par
votre imagination. Le pôle Sud de votre esprit m’est bien plus difficile à
atteindre que mon 90 degrés Sud – qui ne requiert que de la persévérance et de
l’endurance.
***
Scott. — La mort dans l’Antarctique
arrête le temps d'un seul coup. Il n’y a ni pourriture ni décomposition.
C’est le cosmos qui domine et non la civilisation. Lorsque vous pénétrez dans
cette immense solitude, vous sentez que c’est l’un des derniers endroits
sauvages sur cette terre. Pourtant, sous ses profondeurs endormies, la vie est
là, grouillante, comme s’il devait s'agir du lieu de naissance de la création.
***
Barrie. — Je vous le dis,
vous pourriez être un créateur de mythes.
Scott. — Quel mythe pourrais-je
créer ?
Barrie. — Le mythe de l’explorateur
qui n’a peur de rien. Le héros. L’art tient à la manière dont vous raconterez votre
histoire.
Scott. — Il faut d’abord
avoir une histoire à raconter.
Barrie. — Mais vous en avez
déjà une ! Cette aventure est la vôtre. Vous devez dire au monde ce qu’est
un héros. Même les morts ont des histoires à raconter…
***
Barrie,
à voix basse. — Ne croyez-vous pas qu’il y ait une voix
en vous ?
Scott, qui semble perplexe. — Une voix ? Je n’entends rien.
Barrie. — Soyez patient, cela prend du temps.
Scott, s’agitant. — Vous savez bien que j’ai peu de temps, Barrie. J’ai des responsabilités.
Barrie. — Mettez vos inquiétudes de côté ! Écoutez !
L’expérience est d’autant plus intense que la perception en est difficile. Le
secret, c’est de la faire vôtre. Je vous ai dit que je sentais une infime brise
souffler sur moi. C’est comme attraper le vent dans un filet.
Scott. — Qu’est-ce que
le vent amène ?
Barrie. — La vérité !
Scott. — Vos livres sont
des fantaisies qui parlent de fées et d’îles mystérieuses. Que savez-vous de la
vérité ?
Barrie. — Mais ils puisent dans les
sources de la sagesse antique. Ils sont l’expression d’une quête, celle de ces expériences vécues et oubliées que nous avons tous en commun. Je veux écrire des mythes.
Scott. — Les mythes sont-ils le summum de
la littérature ?
Barrie. — Mais bien sûr ! Et ce, parce que les
mythes tournent toujours leur regard vers le monde invisible afin d’en trouver
le sens. Virgile, Homère, Dante, Milton, Shakespeare… Je pénètre dans leur
univers comme dans une cathédrale. Je veux être un créateur de mythes.
Scott. — Mais vous l’êtes ! N’est-ce
pas le cas avec Peter Pan ?
Barrie. — Résistera-t-il à l’épreuve du
temps ?
Scott. — Il est parmi nous
depuis plusieurs années.
Barrie. — 100 ans est en général le
critère pour le déterminer.
Libellés :Capitaine Scott,courage,James Matthew Barrie,Théâtre
Après un hiver un peu laborieux, un petit séjour à Londres s'imposait, et notamment un détour par Fortnum and Mason...
Tous les landaus ne mènent donc pas uniquement aux Jardins de Kensington ...
Mais, en ce moment, tous les produits ou presque de Fortnum and Mason sont "aux couleurs" du Jubilé de diamant de la Reine. Admirez, entre autres détails, le lion d'Angleterre et la licorne d'Écosse...
Quoi de plus enchanteur pour le coeur et l'esprit que de se perdre dans cet endroit en compagnie de son grand Amour et de son enfant ?
Et, le dimanche venu...
[la vidéo est floue, car un problème technique a affecté mon Galaxy Note...]
À suivre...
jeudi 15 mars 2012
Alors que je mets laborieusement à jour mon site Barrie, dont les excroissances sont trop nombreuses et donc incontrôlables, tant et si bien qu'il semble proliférer de lui-même, en secret – il est plus que nécessaire que je fasse une carte du site afin que les visiteurs puissent se repérer... –, j'ai scanné un programme ancien du GOSH tout à fait désuet et charmant.
Vous pouvez le lire in extenso ici.
J'extrais cette page pour les lecteurs des Roses.
Elle requiert un commentaire, ou une petite explication, car enfin ce film, bien sûr, ne vit jamais le jour.
Pourquoi ?Walt Disney commit encore un crime. Non content d'avoir dénaturé tant d'oeuvres, dont Peter Pan, le fossoyeur de la littérature fit son possible pour empêcher cette oeuvre de voir le jour, en prétendant posséder seul les droits cinématographiques de Peter Pan... Ce qui était faux, bien sûr. Mais, quoi qu'il en fût, malgré un procès qui dura 5 ans, Mel Ferrer, mari et futur producteur du film, se lassa et le projet fut abandonné...
Walt Disney préférait le fric au bien-être des enfants malades !
(Vous pouvez également lire cet article.)
Audrey en Peter, cela me laisse rêveuse... Et Laurence Olivier arborant le crochet de Hook...
Avec le génie Cukor au commande... Trop beau pour être vrai.
Je pense à vous tous et regrette de ne pas être à vos côtés ce soir, mais ce n'est que partie remise...
Voici une vidéo extrêmement émouvante de J.M.B., extraite d'un petit film tourné cinq ans avant sa mort. Le film complet d'une durée de 8 minutes est conservé à Londres et on peut le visionner gratuitement en se rendant à la Médiathèque du BFI.
On apercevra dans ce petit film, entre autres, G. B. Shaw.
On apercevra dans ce petit film, entre autres, G. B. Shaw.
mardi 13 mars 2012
Almost every Briton alive has been prouder these last days because a message from a tent has shown him how the breed lives on; but it seems almost time to remind him of that more practical Englishman who said of a friend in need, "I am sorry for him £ 5; how much are you sorry?"
Extrait d'une lettre que J.M. Barrie envoya à la presse (à noter l'usage du mot "Briton" plus vaste que le mot "Englishman"...) après la mort de son ami Scott, afin de lever des fonds en faveur de sa famille désormais privée de ressources.
***
En 1913, Hodder and Stoughton, l'éditeur de Barrie, publia un charmant petit livre, destiné aux enfants, et dédié à Peter Scott* (le fils de l'explorateur) ; il portait pour titre Like English Gentlemen et, fait notable, était dépourvu de tout nom d'auteur. Bien évidemment, je possède ce livre.
Le titre fait référence aux mots prononcés par Wendy, alors que Hook menace de faire passer ses frères sur la planche.
Our sons will die like English gentlemen
Nul doute que l'explorateur Scott mourut ainsi. Avec toute la noblesse ou force d'âme qui échoit aux grands hommes. On ne naît pas héros. C'est la mort qui fait d'un homme un héros. Ou, parfois, les circonstances. Mais il n'existe pas d'autres héros, en pleine connaissance de cause, en pleine conscience. La mort crée la légende ou la parachève, ce qui revient au même.
Longtemps, et encore de nos jours certains ne sont pas convaincus qu'il faille renoncer à identifier l'auteur du texte comme étant bel et bien Sir James, on attribua à Barrie la paternité de ce texte "anonyme".
En ce qui me concerne, je suis dubitative : si le texte comporte certains passages qui sont proches de l'humour ou de l'esprit de Barrie (il y a imitation en tout cas), il manque indéniablement la patte un peu sournoise de Jamie, à savoir cet aspect légèrement tortueux de la phrase qui procède par détours, qui avance en diagonale. Je peux me tromper, bien sûr. Barrie aurait pu falsifier son propre style.
Quoi qu'il en soit, le texte est charmant et est écrit à la gloire du Capitaine Robert Falcon Scott – qui trouva la mort (son destin) dans l'Antarctique –, afin de récolter des fonds pour sa femme et son fils qui lui survivaient. Barrie était d'ailleurs le parrain du jeune Peter.
Tout le monde connaît l'histoire de cette fameuse lettre que Scott écrivit à Barrie, dans sa tente, sa dernière lettre dans laquelle il demandait au célèbre écrivain de prendre soin de son épouse et de son fils après sa mort – qu'il savait inéluctable. Il lui disait aussi regretter la froide distance qui s'était installée entre eux et l'assurait que, jamais, il n'avait cessé de le respecter et de le considérer comme son ami. Il lui écrivit même ces mots si émouvants : "De toute mon existence, je n'ai jamais rencontré un homme que j'ai autant admiré et aimé que vous, mais je n'ai jamais pu vous montrer ce que votre amitié représentait pour moi, car vous aviez beaucoup à donner et moi rien du tout..."
Jamie conserva longtemps cette lettre dans sa poche pour des raisons que j'évoquerai peut-être un jour...
Barrie aimait terriblement les explorateurs, les voyageurs (Paul du Chaillu, Joseph Thomson...). Rien d'étonnant à cela : l'aventure est le combustible de l'imagination. Scott fut l'un de ses amis aventuriers. Tous les deux comparaient les mérites de leurs destins respectifs, celui de l'écrivain et celui de l'aventurier, l'un enviant l'autre d'être ce qu'il était. Écrire est aussi une aventure, mais une aventure invisible, intérieure. Tout aussi périlleuse, pourtant.
J'ai toujours rêvé des aventuriers, moi qui suis si casanière...
J'ai été contactée, il y a quelques semaines, par Richard White, qui est le coauteur d'une pièce qui sera donnée dans quelques jours à Londres.
Il est très rare que j'évoque une oeuvre dont je ne sais encore rien de très précis, mais un bon pressentiment s'est emparé de moi. Tant et si bien que, même si je n'avais pas prévu de me rendre à Londres avant les derniers souffles du printemps, je ne manquerais pour rien au monde l'occasion d'assister à l'une des représentations de cette pièce, dont j'attends beaucoup ; je vous en donnerai des nouvelles à mon retour.
Pour l'heure, je dépose ici les affichettes de la pièce, ainsi qu'une présentation.
[Cliquez sur les images pour les agrandir dans une nouvelle fenêtre]
L'histoire d'une amitié inattendue...
Évoquer la glace, c'est évoquer la mort...
Dimanche 18 mars à 19h30 / Dimanche 25 mars à 15h et 19h30
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Scott, le héros de l’Antarctique, et J.M. Barrie, le père de Peter Pan, étaient des hommes célèbres à leur époque, mais peu de gens savent qu'ils étaient également de proches amis. De récentes recherches ont révélé certains faits : on sait désormais ce qui les rapprocha, pourquoi ils furent fascinés l'un par l'autre ; on connaît les rêves et les chagrins qu'ils partagèrent, les raisons pour lesquelles l'un rêvait du destin de l'autre et ce qui – tragédie ! – les éloigna l'un de l'autre, et ce, avant le départ de Scott pour sa dernière expédition...
Pourquoi Barrie tourna-t-il le dos à son ami et ne le revit-il jamais ? Pourquoi Scott devint-il un héros, bien qu'il n'arrivât pas le premier au Pôle Sud (il fut battu dans cette course au Pôle par Roald Amundsen) ? The Mythmakers (littéralement, "les créateurs de mythes" – excellente définition de Barrie aussi bien que de Scott...) est l'histoire intime de deux hommes publics dont les existences exercent autant d'attrait sur les esprits d'aujourd'hui que sur ceux d'il y a 100 ans.
***
Tout a commencé en Écosse.
Le glen Prosen (peut-il y avoir meilleur endroit sur terre ?) fut le cadre dans lequel cette histoire prit forme, à la fin d'une représentation de Farewell Miss Julie Logan – une adaptation écrite par Rosie MacLennan Craig, à partir de la dernière histoire de Barrie –, donnée devant un petit comité. L'idée d'une autre pièce vint alors, celle qui narrerait les relations du Capitaine Scott et de l'illustre Barrie. Il fallut deux ans d'efforts afin que la pièce vît le jour. Elle aurait dû être créée pour les 150 ans de Barrie, à Kirriemuir ; elle le sera, finalement, pour les 100 ans de la mort de Scott...
Je vous enjoins à visiter le site de Rose MacLennan Craig et de Richard White.
Vous pouvez également en apprendre davantage sur le Capitaine Scott en lisant les pages suivantes : celle-ci et celle-là.
Et je vous recommande la lecture de ce livre-ci :
Et surtout de celui-ci,
car il contient une introduction / notice biographique de Scott écrite par Barrie, où il évoque leur rencontre et leur amitié. Ils se sont rencontrés peu après la première expédition de Scott dans l'Antarctique. Ils ont passé toute une nuit à se raccompagner l'un l'autre à leurs domiciles respectifs, parlant jusqu'aux premières lueurs de l'aube...
****
*J'avais fait la connaissance de son demi-frère il y a quelques années... Merveilleux souvenir (les gants mauves).
*******
Je reviens ici, en coup de vent, à cause du billet qui suivra celui-ci, tout à l'heure ; mais je m'installe durablement là-bas. Symboliquement.
Ici, Barrie guide ma main ; là-bas, ce sont d'autres bons génies.
L'hiver fut impoli. Un véritable goujat, crotté des pieds à la figure.
Il y eut beaucoup de travail et peu de santé.
Tonalité mineure.
Pleine nuit sans gué.
Éclats de joie mordorés, ici et là, pourtant, souvent.
J'aime mon travail, car personne ne me l'a imposé, et parce qu'il n'est soumis à aucune contrainte, pas même celle de devoir m'y plier pour gagner le pain quotidien. Je ne travaille pas ; j'aime et je sillonne. Je vis l'extrême luxe de ne faire que ce que je choisis. Je ressens l'exigence de bien choisir. Je ressens l'anxiété qui accompagne à la fois ce refus et cette probabilité de l'erreur. Mon travail me comble lorsqu'il est achevé, mais se révèle peu valorisant la plupart du temps puisqu'il me confronte à mes limites presque à chaque instant – en tout cas, lorsque je sors de l'ivresse qu'il me faut éprouver pour le faire. Je dois m'aveugler pour écrire, traduire, imaginer... On ne peut pas tricher, lorsque l'on est en permanence face à soi-même, sans autre intermédiaire qu'une vilaine conscience de ses défauts et de ses lacunes, lorsque l'on a pour maîtresse une exigence impossible à satisfaire, même si l'on valait cent fois mieux que ce que l'on vaut effectivement. Ce sillon que je trace et retrace est une figure simple, une ligne ; une artère qu'il ne faut pas couper ; ce travail ne laisse encore rien voir, mais il est pourtant comme ces visages que l'on finit par trouver beau à force d'ingratitude. On apprend, un jour, à les regarder autrement.
C'est le travail du coureur de fond, celui auquel on se donne aveuglément, en sachant que l'on n'en savourera les fruits que bien plus tard, si fruits il y a. De tout son coeur, cependant, il faut aimer ce labeur dont la seule récompense immédiate est la joie pure et chaleureuse du travail bien fait (selon ses possibilités de l'instant), la satisfaction de savoir que, simplement, l'on fit de son mieux et , surtout, que l'on fit oeuvre utile pour un but que l'on est le seul à connaître.
Ici, Barrie guide ma main ; là-bas, ce sont d'autres bons génies.
L'hiver fut impoli. Un véritable goujat, crotté des pieds à la figure.
Il y eut beaucoup de travail et peu de santé.
Tonalité mineure.
Pleine nuit sans gué.
Éclats de joie mordorés, ici et là, pourtant, souvent.
J'aime mon travail, car personne ne me l'a imposé, et parce qu'il n'est soumis à aucune contrainte, pas même celle de devoir m'y plier pour gagner le pain quotidien. Je ne travaille pas ; j'aime et je sillonne. Je vis l'extrême luxe de ne faire que ce que je choisis. Je ressens l'exigence de bien choisir. Je ressens l'anxiété qui accompagne à la fois ce refus et cette probabilité de l'erreur. Mon travail me comble lorsqu'il est achevé, mais se révèle peu valorisant la plupart du temps puisqu'il me confronte à mes limites presque à chaque instant – en tout cas, lorsque je sors de l'ivresse qu'il me faut éprouver pour le faire. Je dois m'aveugler pour écrire, traduire, imaginer... On ne peut pas tricher, lorsque l'on est en permanence face à soi-même, sans autre intermédiaire qu'une vilaine conscience de ses défauts et de ses lacunes, lorsque l'on a pour maîtresse une exigence impossible à satisfaire, même si l'on valait cent fois mieux que ce que l'on vaut effectivement. Ce sillon que je trace et retrace est une figure simple, une ligne ; une artère qu'il ne faut pas couper ; ce travail ne laisse encore rien voir, mais il est pourtant comme ces visages que l'on finit par trouver beau à force d'ingratitude. On apprend, un jour, à les regarder autrement.
C'est le travail du coureur de fond, celui auquel on se donne aveuglément, en sachant que l'on n'en savourera les fruits que bien plus tard, si fruits il y a. De tout son coeur, cependant, il faut aimer ce labeur dont la seule récompense immédiate est la joie pure et chaleureuse du travail bien fait (selon ses possibilités de l'instant), la satisfaction de savoir que, simplement, l'on fit de son mieux et , surtout, que l'on fit oeuvre utile pour un but que l'on est le seul à connaître.
Ma patience fut néanmoins mise à rude épreuve pendant tout un long hiver.
Cela dit, je devrais publier un ou deux livres barriens cette année. Et je m'engage dans un autre amour, celui du théâtre.
Tout cela ressemble à l'attente amoureuse, à la délicieuse promesse d'un retour et d'une délivrance.
Tout cela ressemble à l'attente amoureuse, à la délicieuse promesse d'un retour et d'une délivrance.
L'hiver fut trop long, n'est-ce pas ?
J'aime l'hiver qui précède Noël. J'aime la saison des prémices, voilà tout.
Je hais l'hiver qui s'éternise, cet hiver bégayant de silence qui me fait le même effet que la neige sale qui colle des jours durant aux semelles. Je n'aime que les aubes, même l'aube du dernier jour, mais pas les dernières heures de ce dernier jour. Il en va de même pour tout dans mon existence.
J'aime l'hiver qui précède Noël. J'aime la saison des prémices, voilà tout.
Je hais l'hiver qui s'éternise, cet hiver bégayant de silence qui me fait le même effet que la neige sale qui colle des jours durant aux semelles. Je n'aime que les aubes, même l'aube du dernier jour, mais pas les dernières heures de ce dernier jour. Il en va de même pour tout dans mon existence.
Je sors d'un hiver valétudinaire. D'un épuisement réel. Physique, pas moral. Je n'ai que mépris pour ceux qui s'adonnent aux funestes plaisirs de la déprime. Il y a très peu de raisons nobles d'être affecté dans une vie : la mort et la maladie. Le reste contient assez d'espoirs de guérison pour rendre injuste toute tentation de céder au découragement et à l'angoisse.
Je suis donc revenue de certaines impressions favorables ; il m'a fallu du temps pour accepter la réalité ; je m'étais enlisée dans certaines déceptions humaines – pas surprenantes ni évitables ; des déceptions bénéfiques, somme toute. Il faut s'alléger. Rien de vraiment regrettable, dans le fond. Sauf le manque de classe, qui est le péché capital. Il faut résister au manque de classe provoqué par ceux qui n'en ont jamais eu, qui font manteau épais de leurs litanies. Cela vire au mantra. C'est lassant. Je n'aime pas la répétition.
Ceux qui vous aiment vraiment et ceux que l'on aime vraiment ne sont guère plus nombreux que les quatre points de la boussole. Les autres ne résistent pas à toutes les épreuves que, consciemment ou inconsciemment, ils nous infligent. Le tri se fait de lui-même. Il suffit d'attendre sagement le moment où l'on pourrait avoir besoin de l'autre pour se retrouver seul.
Ceux qui vous aiment vraiment et ceux que l'on aime vraiment ne sont guère plus nombreux que les quatre points de la boussole. Les autres ne résistent pas à toutes les épreuves que, consciemment ou inconsciemment, ils nous infligent. Le tri se fait de lui-même. Il suffit d'attendre sagement le moment où l'on pourrait avoir besoin de l'autre pour se retrouver seul.
Je ne prétends pas valoir mieux que d'autres ; mais, moi, je ne (me) mens pas. C'est probablement mon tort. J'ai la faiblesse de penser que c'est ma grande force. Je n'attends rien des autres, je ne compte pas sur eux, donc je peux mettre en danger n'importe quelle relation. J'aime la gratuité.
Ma patience fut mise à rude épreuve dans divers domaines.
Et puis le printemps a fini par poindre ; et, enfin, je redeviens moi-même : une exaltée, brandissant mon bonheur comme un défi jeté à la face des dieux.
Il faut tout de même prendre garde à cette catégorie de personnes que je nomme les "Éteigneurs d'âme".
Folie et sincérité sont les deux qualités qui gouvernent tout le reste dans l'âme humaine, la race d'âme à laquelle je suis sensible. Tout ce qui n'est pas dominé par la folie et la sincérité n'est que mauvaise foi. Et la mauvaise foi engendre l'insatisfaction chronique de celui qui la cultive. Je ne supporte plus cela chez les autres, à présent que l'hiver est passé. Je ne supporte plus ceux qui ne sont pas amoureux de leur existence, ceux qui, gâtés et pourris jusqu'à la moelle, se plaignent sans cesse. Des autres, d'eux-mêmes. De tout.
S'ils sont des ratés, c'est bien leur choix et leur entière faute. Mais ils ne vont même pas au bout de l'échec. Ils se parent de mauvaise foi comme de vertu.
Je n'aime pas les demi-mesures.
Tout ou rien.
Et je fais l'économie de ce qui gît entre.
****
Illustration sonore des lignes qui précèdent... Un très beau duo de Nana Mouskouri et d'Alain Delon que j'aime passionnément – autant l'homme que l'acteur. La chanson est extraite du dernier album, très réussi, de Nana. Cette femme appartient à une époque où la variété pouvait encore avoir la grâce et la beauté de son innocence, d'une certaine innocence...
C'est bel et bien fini. Nana n'est plus que l'écho merveilleux de quelque chose qui est déjà mort. Hélas !
S'ils sont des ratés, c'est bien leur choix et leur entière faute. Mais ils ne vont même pas au bout de l'échec. Ils se parent de mauvaise foi comme de vertu.
Je n'aime pas les demi-mesures.
Tout ou rien.
Et je fais l'économie de ce qui gît entre.
****
Illustration sonore des lignes qui précèdent... Un très beau duo de Nana Mouskouri et d'Alain Delon que j'aime passionnément – autant l'homme que l'acteur. La chanson est extraite du dernier album, très réussi, de Nana. Cette femme appartient à une époque où la variété pouvait encore avoir la grâce et la beauté de son innocence, d'une certaine innocence...
C'est bel et bien fini. Nana n'est plus que l'écho merveilleux de quelque chose qui est déjà mort. Hélas !
Impossible de ne pas penser à l'indépassable version originale, celle de Léo Ferré – qui cabotine un peu, mais demeure génial.
Aucun risque que notre époque toujours davantage médiocre, à la dangereuse bêtise et à la mauvaise foi éhontée fasse encore éclore de tels artistes... Notre civilisation est morte. (Eh, oui, je n'ai pas peur du mot "civilisation", ni même du mot "race" d'ailleurs... Ceux qui ont peur des mots méritent qu'on les fasse taire.)
Libellés :états d'âme,miscellanées
jeudi 12 janvier 2012
Belphegor, l'étonnante revue internationale, a enfin publié, parmi d'autres articles que je n'ai pas encore eu le temps de véritablement lire, deux de mes contributions (dont une traduction d'un texte inédit de Barrie en français, Hook à Eton), rédigées l'an dernier, juste après la naissance de mon enfant. Cette traduction et ce petit essai en forme de commentaire de ce merveilleux texte de Barrie ont une saveur particulière pour moi. Je les ai écrits auprès du berceau de mon enfant endormi, pendant ces jours d'hiver où nous faisions connaissance, où nous nous découvrions... Jamais je n'oublierai ces heures-là et ces deux textes témoignent probablement, en creux, de cette émotion.
L'illustration du sommaire de la revue est un collage de ma très précieuse amie, Virginia Ledoux, dont je ne parle que très peu ici, car je l'aime bien trop pour la partager avec vous... En un mot, elle est le talent et la modestie incarnés, et une amie rêvée depuis plusieurs années. Ce collage sur toile vit désormais dans mon musée Barrie et je le reproduis ici, parce que j'estime que l'illustration de la revue est trop petite pour lui rendre hommage.
Virginia a créé ce collage avec la douce fulgurance que je lui connais depuis le premier jour, après lecture de ma double contribution. Je ne pouvais espérer plus belle expression barrienne de mes pensées. Lorsque ma biographie de Barrie paraîtra, j'espère avoir la chance que l'une de ses oeuvres en orne la couverture (si j'en suis digne).
Un des articles de la revue me cite en mauvaise part, je me permets donc de répondre ici, en reproduisant la lettre que j'ai adressée à son auteur, François Fièvre – qui devrait peut-être prendre un peu de paracétamol afin de calmer ses ardeurs...
Cher Monsieur,
Je viens de parcourir votre article. Je prends la liberté de vous écrire ce courriel, puisque votre adresse figure dans le message commun que nous avons reçu ce matin.
Puisque vous me citez publiquement, vous m'autoriserez certainement à vous répondre, sinon à vous contredire, sur mes sites barriens... En effet, j'ai l'intention de vous répondre, au moins quant aux deux points "litigieux" qui suivent.
Vous écrivez : "(...) rien ne semble montrer que celui-ci ait vu les aquarelles de Rackham pour Rip Van Winkle, contrairement à ce que moi ou Céline-Albin Faivre (« Le péan de Pan », in James Matthew Barrie, Peter Pan dans les Jardins de Kensington, trad. Céline-Albin Faivre, Rennes, Terre de Brume, 2010, p. 10) avons pu noter sur le sujet, ni a fortiori que ce soit lui qui ait eu l’initiative de cette collaboration." Vous auriez pu très simplement me demander d'où je tirais cette information ou conclusion, au lieu de présupposer que, comme vous, j'écrivais sans réelle preuve ou raison, et donc sans sérieux !!!
De même, je crains que vous n'ayez pas tout à fait compris mon propos, dans ma préface à Peter Pan dans les Jardins de Kensington, concernant le rapport que j'établis entre les Jardins et Never Never Never Land et leur "irréalité". Cette préface est une préface destinée au grand public et non pas à mes collègues docteurs en philosophie ; mais, si vous tenez à ce que j'en appelle à une étude ontologique des lieux barriens, j'y consentirai volontiers...
Très cordialement,
Céline-Albin Faivre
L'une des preuves que Barrie a vu l'exposition et a donné son impulsion au projet d'illustration de Peter Pan dans les Jardins de Kensington se situe dans au moins une des lettres d'Edward Verrall Lucas à Rackham... Je laisse à M. Fièvre le soin de la trouver lui-même, mais je la tiens à la disposition de mes lecteurs !
De plus, lorsque j'écris que les Jardins de Kensington ne sont pas plus "réels" ou familiers au lecteur (quand bien même il serait londonien et élirait domicile dans lesdits Jardins) que Never Never Never Land (ce que semble me reprocher l'auteur, quand moi je me féliciterais plutôt de ne pas me trouver en accord avec lui) je veux signifier par là que, pour tout créateur, pour tout poète, rien n'est réel, dès lors que le regard de l'artiste se pose en un lieu, sur un être ou un objet, quand bien même ceux-ci auraient une correspondance objectivement réelle, une existence prosaïque, dans le monde extérieur. L'artiste travestit jusqu'à la moindre once de réel, par son seul regard. Il en est conscient et inconscient, car tout artiste est double. L'artiste ne vit pas à l'extérieur, dans notre monde, mais toujours comme si son for intérieur lui servait de peau, d'une peau retournée, pour vivre dans le monde extérieur... C'est pourquoi, dans un autre registre, il n'existe pas de biographie possible, encore moins d'autobiographie, lorsque l'écrivain écrit en artiste. Ce principe de distorsion du réel est inévitable. Les Jardins de Kensington ne sont pas plus réels que Never Never Never Land, je le répète, et ils le sont, paradoxalement, encore moins que le Pays du Jamais, qui nous est immédiatement intime si nous ne nous prenons pas au sérieux au point d'oublier que nous ne sommes que des humains, toujours défaits, en quête d'une âme... Mais les Jardins de Kensington semblent plus réels ou "habitables" au lecteur du commun, par définition insensible au latent, et le danger est là... Le lecteur ordinaire ne voit pas... et le lecteur enchanté, lui, ne voit déjà que trop, tout comme l'artiste... Il ferme alors les yeux. Barrie écrit pour l'aveugle et pour celui qui a les yeux brûlés d'avoir trop vu.
Et lorsque M. Fièvre me reproche d'avoir écrit ceci : "Il ne s’agit pas ici d’habiter dans les jardins (personne n’y habite d’ailleurs, si ce n’est Peter et les fées), ni même de les imaginer, mais bien de les voir, justement pour que puisse s’opérer la conversion du regard (l’« enchantement ») qui fait advenir la merveille à la lisière de la réalité quotidienne : modalité du merveilleux bien différente de celle à l’oeuvre dans Peter and Wendy", il semble ne pas comprendre que celui qui peut habiter est, bien entendu, le lecteur... et que je ne suis pas stupide au point de laisser entendre que l'on puisse y habiter littéralement ; on habite toujours en poète, comme je l'écrivais ici, et le lecteur n'habite que son songe, celui provoqué par un réel vu au travers d'un double regard artiste, celui de Barrie et celui de Rackham...
Et lorsque M. Fièvre me reproche d'avoir écrit ceci : "Il ne s’agit pas ici d’habiter dans les jardins (personne n’y habite d’ailleurs, si ce n’est Peter et les fées), ni même de les imaginer, mais bien de les voir, justement pour que puisse s’opérer la conversion du regard (l’« enchantement ») qui fait advenir la merveille à la lisière de la réalité quotidienne : modalité du merveilleux bien différente de celle à l’oeuvre dans Peter and Wendy", il semble ne pas comprendre que celui qui peut habiter est, bien entendu, le lecteur... et que je ne suis pas stupide au point de laisser entendre que l'on puisse y habiter littéralement ; on habite toujours en poète, comme je l'écrivais ici, et le lecteur n'habite que son songe, celui provoqué par un réel vu au travers d'un double regard artiste, celui de Barrie et celui de Rackham...
Quant au jeu de Barrie avec le lecteur, je n'ose répondre...
Je n'ai, de toute façon, guère de leçons d'ontologie à recevoir et, si je ne craignais d'abuser d'armes de destruction massive, je ferais appel à Sartre, Platon ou Heidegger, afin qu'ils me rendent raison, mais cela ne vaut vraiment pas le temps gâché...
Je vous propose une version pdf, plus aisée à lire, de mes deux contributions sur mon site Barrie.
Et, d'ores et déjà, je joins une notice biographique de votre servante, puisque Belphegor m'a tout simplement oubliée dans la liste des auteurs !
***
Ce billet en forme d'annonce est l'occasion pour moi de vous informer aussi que l'un de mes "essais", écrit en anglais, cette fois-ci, paraîtra prochainement dans un livre publié par l'éditeur Cambridge Scholars Publishing. Ce livre est né du colloque qui a eu lieu à Madrid l'an passé, où je devais me rendre. Je n'ai malheureusement pas pu y participer, car mon enfant était malade, mais mon texte a tout de même été retenu.
Je vous en livre le titre et le résumé (j'ai fait semblant d'être sérieuse et de me plier aux règles de la bienséance universitaire, pour une fois, chose que j'exècre – j'ai horreur des listes d'articles et des C.V. bien polis) :
The legacy of the phantoms, or death as a ghost-writer in Peter and Wendy
Abstract:
For each human being, reality is nothing but memory. Our identity is also created by our memory, which is a mirror for each one of us. Winnicott wrote that our first mirror is our mother’s face; a mother is also the memory of, and the witness to, the first years of her child, because we all experience childhood amnesia. As Barrie revealed it in Margaret Ogilvy, her mother literally didn’t look at him, so he had to write fictional memories, and, finally, his fiction became and replaced his life. Peter Pan is one of these fictions. Peter Pan’s shadow is the symbol of the absent reflection of his Self in his mother’s face. If you don’t have a shadow firmly stuck to you, you are probably a ghost. But Peter Pan is a ghost of one kind. And more than a ghost, he is a sort of phantom, as Abraham and Torok define them in their book, The Shell and the Kernel.
Et je joins un extrait, en avant-première :
I remember an old couple. This old couple who haunt my memory were at the last chapter of their life. They lived the life of millions of people satisfied with the same simple pleasures and frightened by the same injuries: abandonment, failure and death. Only one thing set them apart from others: a terrible lack, an unbearable absence, which had almost imperceptibly hollowed out each day of this shared and closed life: a child. The shadow of that child, the real shadow of the child who never was, came to greet them each hour of the day and the most painful of those hours was the one that rang the dusk. The child did not come, they ceased to hope, but paradoxically they never gave upon waiting for him because he already had his place. He had his place even before they realized that he never would take it. This place was symbolized by the presence of a pram in the entrance of their house. Till their death, the pram never left this place, even when, by necessity, they understood that it would not be filled. Nobody, nothing– except dust – ever disturbed this pool of absence, but this place or no-place, this utopia, this island, this hole, this dark spot in space, embodied a no-time that is called “Never”. Thus, in the life of this old couple, the empty pram symbolized a possibility never realized. And someone haunted this unoccupied place. Thus ghosts and legends were born from “Never” and “Nevermore” (Barrie, 1937: 128), from an impossibility and a limit, from the lack and the desire. Well, nothing can better explain the meaning of Peter and Wendy than this simple story. “Never” is the reverse side of memory, the blank space where time writes our lives, the vacant place without which nothing can be thought or lived.
Let me quote from Derrida's Memoires for Paul de Man (Derrida, 2001: 11) to anchor my thoughts on mourning and memory: “Upon the death of the other we are given to memory, and thus to interiorization, since the other, outside us, is now nothing. And with the dark light of this nothing, we learn that the other resists the closure of our interiorizing memory […]”. Grief is impossible and this failure is paradoxically a success: one is preserved as other in its otherness. The Other is not devoured or absorbed by the memory. When the mourning is successful, the other does not remain in me, his trace disappears, my memory is not his grave. The work of the artist is a work of an impossible mourning, it is a work of memory on the blanks of the memory. There is no remembrance. Derrida explains that memory is, in essence, plunged into mourning. The work of writing is never more than this: interlacing the absence, death, and the presence of words. Memory is a cenotaph.
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