mercredi 6 mai 2009
Les îles m'ont toujours fait rêver. Et je crois que ce fut d'abord la faute d'Enid Blyton (qui fut longtemps un homme dans mon esprit). Je me rêvais pendant des années membre des Famous Five. Stevenson et Ballantyne vinrent après attiser cette passion. Puis, je découvris, sans jamais cependant l'accepter, que j'étais une personne très ordinaire qui ne vivrait jamais de telles aventures, mais qui pouvait en inventer, ce qui était presque aussi bien et peut-être même mieux. Ainsi, je ne fus jamais désespérée par ce rêve, tant que j'avais près de moi un papier et un crayon et deux paupières à fermer solidement pour mieux rêver dessous.

Jadis, il y eut l'explorateur Scott, le Capitaine Robert Falcon Scott, mort tragiquement (la lettre d'adieu écrite à Barrie, alors qu'il savait qu'il allait mourir, est déchirante ; elle est présente dans le livre ci-dessous), dont le fils était le filleul de J. M. Barrie.


  Le demi-frère (par la mère, Kathleen Bruce) de ce filleul est le propriétaire, avec son épouse, de l'ancienne maison de Barrie, à Bayswater, à Londres, là où je perdis les gants guimauve en 2007. Souvenez-vous.

En ce mois d'avril de l'année 2009, nous assistâmes à la naissance d'un autre type d'aventurier, d'une exploratrice (très peu) douée, dont la carrière s'acheva en une journée - ce qui est, en soi, un record, il convient de le souligner.

Le but de la mission était pourtant aisé : atteindre l'île de Mary Rose, en suivant les indices laissés par Andrew Birkin sur son magnifique site, dont le travail est un modèle pour moi et à qui je dois beaucoup. J'aime et admire Andrew, qui est un gardien sincère, généreux et courageux de la mémoire de Barrie. Jamais je n'oublierai le jour où le facteur m'apporta un colis enveloppé de papier brun. A l'intérieur, une édition originale du Little White Bird signée de la main de son auteur sur une page, une dédicace d'Andrew sur l'autre. Je veux être brûlée avec ce livre lorsque je mourrai. Je rappelle également qu'il m'avait offert sur DVD le contenu de sa base de données et que je n'ai pas encore fini de l'explorer - mais je suis plus douée, heureusement, pour ce genre d'explorations intellectuelles et imaginaires. Les images ci-dessous sont donc celles d'Andrew lorsqu'il se rendit là-bas, plus de 30 ans avant moi. A une différence près : Andrew avait un canot pour s'y rendre et pas moi! Ce qui prouve le bon sens de cet homme.


Je rêvais de cueillir la même bruyère qu'Andrew. Mais il y a loin de la main à l'île et à la bruyère qui pousse entre ses crocs en roc...

L'île de Mary Rose, grosse comme une main d'enfant, est bien plus petite que celle que Barrie décrivit dans sa pièce. Même si nous avions atteint le loch, nous n'aurions pu, sans canot, y poser le pied. Dois-je préciser que je ne sais pas non plus nager ?

Sur la route, nous vîmes un loch avec une île posée qui est, pour moi, comme une soeur de celle qui me restera interdite.



L'île dont s'inspire Brigadoon est située sur l'île de Harris (une île dans une île, à l'infini... mon phantasme...), posée sur un loch, le loch Voshimid - ou Boishimid en gaélique. Grâce à Robert, qui m'avait indiqué quelles étaient les cartes que nous devions acheter
afin de trouver ce lieu magique, nous fûmes en mesure d'emprunter la route idoine en voiture et d'atteindre un sentier pédestre qui devait nous conduire au but, le sentier au bout duquel le loch apparaît. En tout cas, c'est indiqué sur la carte :

[Je scannerai cette portion plus tard...]

Le seul problème était que ce sentier était long d'environ 10 kilomètres. Soit 20 kilomètres à faire à pied, non équipés, sur un chemin caillouteux, boueux, difficile à pratiquer en chaussures vernies (les miennes), et sans moyen d'utiliser nos téléphones en cas de pépin (j'avoue ne pas y avoir pensé dans le feu de l'action). De notre Guest House à cette portion de l'île de Harris, il avait déjà fallu affronter 1h40 de route. Une route à laquelle mon estomac ne résista pas, car je suis malade en voiture comme un chien. Pour M. Golightly, ce fut une partie de plaisir. Comme tous les garçons, il adore les voitures et se rêve pilote de rallye. Il a la conduite nerveuse qui va avec ce rêve...

Dès le départ, M. Golightly était dubitatif, mesurant les difficultés en homme pragmatique et les moyens pour les contourner, mais enthousiaste. Délesté de son fardeau (moi), il aurait atteint le loch, je le sais. Mais je ne voulais pas qu'il fît le chemin seul.

D'où le "c'est dément !" de M. Golightly, lorsque nous empruntâmes le sentier pédestre et lorsqu'il comprit, après un ou deux kilomètres, qu'il devrait... me porter jusqu'au loch à l'aller et au retour. Or, je pèse plus lourd que M. Golightly... C'est ainsi que je renonçai sur le chemin. Mais M. Golightly me promit un retour sur le lieu, un jour, et il tient toujours ses promesses. Or, je ne suis plus sûre de vouloir connaître cette île. Son idée m'est davantage nécessaire que sa présence effective.

En images et en vidéos notre parcours d'aventurier, ci-dessous.

TO BE CONTUINUED...












Le vent, si violent, couvre complètement mes paroles et j'ai le visage tellement gelé que je ne parviens pas à parle comme il faut...


mardi 5 mai 2009
En ce moment, la ville est éventrée ici et là par des travaux.


Un tramway est en construction. C'est sutout dommageable sur Princes Street. Mais ce qui m'a le plus choquée, c'est la cohabitation désastreuse de la noble tradition de monuments très anciens ou de maisons du passé, glorieuses et fières, avec des constructions modernes d'une laideur qui n'en est que plus frappante par contraste. Et ceci est irrémédiable.

L'une des choses qui m'a le plus fait rêver... ce sont les toits de la ville, que je n'ai cessé d'observer et qui m'ont inspiré une histoire...
... et m'ont donné souvenir d'un film que j'avais particulièrement aimé à l'époque...Mais ce qui emporte au-delà de tout mes sentiments ce sont les pierres grises et les légendes qu'elles cachent dans leurs craquelures.

Au restaurant de notre hôtel, j'ai rencontré un Monsieur Holmes (!), qui a étudié pendant trois ans la littérature anglaise et qui était, semble-t-il, admiratif (pourquoi ?) de mon plaisir à lire Shakespeare et Chaucer - celui-ci avec difficultés mais passion - dans le texte. Espiègle, il me raconta une histoire à laquelle je ne crus pas d'abord, mais qui s'avéra véridique : chaque jour, à une heure de l'après-midi, quelque chose se produit dans la ville. Je l'ignorais, ce qui prouvera combien je peux être aveugle (sourde, en l'occurrence) à tout ce qui ne relève pas de ma passion directe pour J. M. Barrie et combien le monde comporte de secrets pour moi.

(Bon anniversaire, Robert !)

Callanish - ou Callernish ou encore Callainn en gaélique semble étymologiquement, d'après mon petit dictionnaire - désigner l'ancienne nouvelle année (le 13 janvier actuel) ou le 31 décembre.
Le site est intéressant car c'est le seul site de ce type à Lewis où les pierres sont disposées en forme de croix chrétienne.
Des légendes nombreuses se rattachent à ce lieu très spécial. Je vous les raconterai peut-être un jour, mais ce ne sera pas aujourd'hui, car la journée a consumé toutes mes forces vitales...





lundi 4 mai 2009
Mon ami anglais, Robert, me supplie de mettre en ligne des vidéos de l'île de Lewis, alors que j'escomptais les télécharger dans l'ordre chronologique de notre voyage... Je m'exécute volontiers, cependant, en présentant les vidéos les moins impressionnantes de Lewis - quoique le ciel à la Friedrich donne ici parfois un aperçu de son velouté violent mais il est encore plus inquiétant lorsque l'on se trouve sur place... Une puissance dionysiaque ! Tous les éléments combattent en ce point du globe.

Cette vidéo réalisée lors de notre arrivée, près de notre merveilleuse Guest House, située dans le village nommé Back, donne le visage le plus paisible de l'île. J'ai projeté un prénom dans le vent, celui d'une personne remarquablement douée et vivante, que j'aime profondément, l'Amie. J'espère que l'écho le lui a rendu. Je crois que oui...


En direction de l'île de Harris, qui est la partie la plus lunaire de cette géographie sauvage.



TO BE CONTINUED...
Aujourd'hui, je vous convie à la visite d'un adorable musée, posé comme par enchantement sur High Street, non loin d'une étonnante boutique, The Nutcraker Christmas Shop. Une visite clin d'oeil qui, je le souhaite, vous donnera envie de vous rendre sur place le découvrir. Imaginez un endroit dévolu entièrement à l'enfance victorienne et édouardienne, mais aussi plus récente. Un délice pour l'imagination et le regard...


J'ai pu admirer une robe de baptême qui ressemble exactement à celle dont la mère-personnage de J. M. Barrie ne cesse de faire l'éloge dans Margaret Ogilvy :


"Elle devint à jamais fragile à partir de cette heure-là et, pendant des mois, elle fut très malade. J’ai entendu dire que la première chose qu’elle exprima fut un vœu, celui de voir la robe de baptême, et elle la regarda longtemps, puis tourna son visage vers le mur. Ceci me laissa penser, tout petit garçon que je fus, que c’était la robe dans laquelle il avait été baptisé. Plus tard, j’appris que nous avions tous été baptisés avec le vêtement, du plus vieux de la famille au plus jeune, que vingt ans séparaient. Des centaines d’autres enfants avaient été baptisés dedans ; de telles robes étaient alors une possession rare et le prêt de la nôtre était l’une des gloires de notre mère. Elle était transportée soigneusement d’une maison à l’autre, comme s’il se fût agi d’un enfant ! Ma mère faisait grand cas de ce vêtement, le défroissait, lui souriait, avant de le mettre dans les bras de ceux à qui il était prêté. Elle siégeait sur notre banc à l’église pour le voir porté avec magnificence (avec quelque chose à l’intérieur !) le long de l’allée en direction de la chaire, quand un frisson d’agitation et d’impatience parcourait l’intérieur de l’église ; nous nous donnions des coups de pied sous le pupitre mais notre visage ne cessait dans le même temps d’exprimer notre piété. Dans l’intervalle, quel que fût le comportement de l’enfant - il pouvait rire sans pudeur ou hurler à la grande honte de sa mère – et quoi que fît le père, tandis qu’il l’élevait, l’air idiot probablement, et s’inclinant au mauvais moment, la robe de baptême, de sa longue expérience les faisait bénéficier et les aidait à se tirer de ce mauvais pas. Quand la robe lui était rendue, elle la prenait dans ses bras, aussi délicatement que possible, comme si elle s’était endormie, puis elle la pressait, sans s’en rendre compte, contre sa poitrine. Il n’y avait rien dans la maison qui lui parlait avec autant d’éloquence que la petite robe. C’était le seul de ses enfants qui demeurait toujours un bébé. Et elle ne l’avait pas cousue elle-même, ce qui à mes yeux était une chose bien merveilleuse, car elle semblait avoir fabriqué elle-même toutes les autres choses. Tous les vêtements dans la maison étaient nés de ses mains et vous ne la connaissez pas du tout si vous pensez qu’ils étaient démodés. Elle les transformait et leur donnait une allure nouvelle. Elle les reprisait et leur offrait une autre vie. Puis, elle les persuadait par la ruse de se transformer en autre chose pour la dernière fois. Ensuite, elle les élargissait et les reprenait de nouveau, en posant un nouveau galon, après quoi elle ajoutait un morceau de tissu dans le dos, et ainsi le vêtement passait d’un membre de la famille à un autre, jusqu’au plus jeune. Et, alors même que nous en avions fini avec eux, ils réapparaissaient sous une autre forme. À la mode ! Je dois revenir sur ce sujet. Aucune femme n’avait un œil pareil : elle ne possédait aucune gravure de mode ; elle n’en avait nul besoin. La femme du pasteur (une cape), les filles du banquier (la nouvelle manche) : elles n’avaient qu’à passer une seule fois devant notre fenêtre, et le scalp, si je puis m’exprimer ainsi, était entre les mains de ma mère. Regardez-la se précipiter, les ciseaux en main, un fil dans la bouche, en direction des tiroirs où les vêtements du dimanche de ses filles sont rangés ! Ou bien allez à l’église dimanche prochain et regardez certaine famille qui y pénètre en file indienne : le garçon lève ses jambes assez haut pour faire le fier et montrer ses nouvelles bottines, mais tous les autres demeurent discrets, spécialement la timide petite femme à l’air si peu perspicace qui se tient en arrière. Si vous étiez à la place de la femme du pasteur ce jour-ci ou à celle des filles du banquier, vous auriez un choc ! Mais elle a acheté la robe de baptême et, quand j’avais coutume de lui en demander la raison, elle rayonnait et paraissait réfléchir, puis répondait qu’elle voulait être une fois dans sa vie dispendieuse ! Et elle me dit, sans cesser de sourire, que plus une femme avait tendance à coudre et à fabriquer les choses elle-même plus grand et ardent était son désir ensuite de se précipiter dans un magasin et « de faire des folies ». La robe de baptême, avec ses volants pathétiques, a plus d’un demi-siècle maintenant et elle commence à se faner un peu, à la manière d’une pâquerette dont le temps est passé, mais elle est conservée avec autant d’affection qu’autrefois. Je l’ai vue en exercice, à nouveau, l’autre jour." (notre traduction)

Sans omettre Punch et Judy, héros célèbres, dont le même J. M. Barrie réinvente, si l'on peut dire, les aventures dans Le Petit Oiseau blanc. Une notice nous informe que, de nos jours, ces personnages n'ont plus de succès auprès des enfants car ils sont trop... violents ! Incroyable lorsque l'on songe à toute la violence, non cathartique, bel et bien gratuite, qui abreuve dès le biberon les enfants de notre siècle.








De cette visite, je ramènerai ces modeste trésors - mais il n'est point de modestes joies - qui embaument de parfum suranné mon home...



dimanche 3 mai 2009


De retour dans mon univers, après un assez long voyage, l'esprit gorgé de pensées glorieuses, il me reste beaucoup à faire (des idées neuves à mettre dans mon travail de fiction – du sang frais à lui incorporer –, beaucoup de réflexions à ordonner et des tas de travaux en retard) avant d'avoir le loisir d'encoder mes silly videos, où le son est souvent inaudible à cause du vent (il souffle plus fort qu'à Haworth ! Diantre !), où les images sont aussi mouvantes et saccadées que mon rythme cardiaque, où ma figure est défaite par trop d'émotions violentes, mais je le ferai un peu chaque jour jusqu'à "épuisement du stock".
L'Écosse n'est pas déjà un souvenir pour moi, puisque j'y retournerai dès que possible, et probablement cet été pour visiter Inverness (il paraît même qu'il y a là-bas un excellent cuisinier dont j'ai envie de faire la connaissance...), le Loch Ness, et surtout l'île de Skye et ses alentours (les Hébrides intérieures cette fois-ci, puisque nous avons simplement exploré les Hébrides extérieures lors du voyage que je suis en train de relater en ce moment par bribes).
Je commencerai par le commencement ce récit, et par conséquent par Édimbourg, une ville qui a des teintes d'automne même au printemps ou en été,

peut-être à cause de la couleur de ses pierres grises, si caractéristiques de l'Écosse que je connais, qui donnent une ombre à chaque luminosité, peut-être à cause du soleil voilé qui poudre de mordoré chaque fragment de la ville.
Lorsque j'ai vu les pointes de ces grilles j'ai évidemment pensé à la triste fin du héros de Barrie, Tommy, qui meurt empalé sur l'une d'entre elles...
Toujours scintille dans la ville quelque chose d'inattendu, toujours craquelle la surprise sous le vernis du prévisible. Comme ces closes (passages) si pittoresques qui me rappellent certaines traverses de Venise.







C'est par l'un de ces closes que l'on trouve le fameux Musée des écrivains, (The Writers' Museum) tout à la gloire de Burns, Scott et Stevenson. Un endroit charmant, où l'on peut admirer, entre autres, les bottes que portait Stevenson à Samoa ! Il y a des dizaines et des dizaines d'effets personnels des gloires littéraires susnommées.

J'ai aimé Édimbourg. Beaucoup. Pourtant, c'est une ville que l'on aime par degrés, me semble-t-il, et je suis un être de l'instantané, de l'immédiat, vorace de l'instant, impatiente, brutale même. Une émotion à rebours. Est-ce simplement subjectif ? En tout cas, ce fut ce que je ressentis et je crois être très sensible aux lieux, aux bruits, aux couleurs, aux odeurs. L'intellect vient toujours en second chez moi, à la traîne des sens et de l'imagination. Aucune fulgurance physique lorsque je me retrouvai face à la ville souveraine, comme lorsque le voyageur rencontre pour la première fois Venise ou New York, par exemple, mais plutôt l'acceptation muette d'une certaine rigueur ou sévérité dans la mise qui m'imposa un retrait contemplatif. L'amour vint ensuite, par insinuations progressives, comme une marée qui inlassablement vient vous lécher, vous frotter, vous éroder et détacher de vous, parcelle par parcelle, votre réserve, pour mettre à nu la sensibilité dépouillée de tous ses travestissements. Aucune forfanterie ne pare Édimbourg, mais avec quelle fierté elle vous regarde ! Vous baissez alors le regard sur ses pavés. Puis, vous relevez timidement la tête pour être égayé soudain par quelque détail moderne ou passé.
Ma première visite à Edimbourg, ou mon premier souci, me conduisit naturellement à l'endroit où vécut J. M. Barrie de 19 à 22 ans : 3 Great King Street. Une plaque indique le lieu. C'est un quartier résidentiel qui semble très aisé de nos jours.



(Je porte une jolie broche Chaperon Rouge sur mon pull : clin d'oeil à qui se reconnaîtra... Et une broche orne mon imperméable guimauve, acquise chez Laetitia qui fait des merveilles, à qui je rends hommage ici pour son merveilleux travail. Je lui suis redevable d'un superbe Hook en papier mâché. Je signale une de ses expositions à Paris en mai. Vous verrez mieux cette broche-ci sur d'autres vidéos ou photos. Ici, elle est cachée par mon col...)




Mais la porte d'entrée de mon voyage est peut-être le Monument Scott, et pas seulement parce que j'admire grandement cet auteur - il me reste beaucoup à lire de lui en anglais.




(Notre majestueux hôtel, choisi par mes soins parce qu'il s'est installé dans les anciens locaux du journal The Scotsman, pour lequel Barrie écrivit, lorsqu'il était jeune.)




Le premier jour, nous avons fait approximativement, Edinburgh Castle compris, une vingtaine de kilomètres (à pied - sigh !) d'après M. Golightly, et je ne m'en suis jamais remise, car je suis d'une faible constitution physique, comme la suite vous l'apprendra. Nos pas nous ont conduits à divers endroits de la ville que j'avais épinglés sur ma cartes des semaines auparavant, comme autant de bonheurs anticipés.
Un tropisme nous conduisit ici et là, dans une flânerie qui comportait peu d'improvisation, celle-ci viendrait plus tard. Du côté de chez Stevenson...

8 Howard Place. Son lieu de naissance, autrefois musée, aujourd'hui habitat privé. J'aime penser l'enfance des grands écrivains. Et l'enfance de Stevenson me fascine (souvenez-vous de son Baby Book). Je pourrais, une autre fois, muni de ce livre trouvé au Writers' Museum,


traverser Edimbourg en sa compagnie. Le 17 Heriot Row, où il vécut longtemps, attirera notre attention lorsque nous reviendrons à cette ville. Il y vécut plus longtemps et en conçut des souvenirs (Cf. Memoirs of Himself, 1880, Tusilata Edition). Aujourd'hui, la maison appartient à des particuliers et est reconvertie en Guest House.

Nous rendîmes aussi un irrévérencieux hommage à Doyle, que j'évoque souvent ici sur le ton de la camaraderie, alors qu'il faudrait en parler plus sérieusement...



Nous fîmes également halte à Castle Street, au 10 (désormais une banque)


et au 32,


où vécurent respectivement les Shelley (Harriet et non Mary) et Kenneth Grahame, pour finir par traquer l'ombre de l'inspecteur Rebus à l'Oxford Bar.


A SUIVRE...

***Petite note : à l'aéroport, je suis tombé nez à nez (en vérité, je ne peux pas m'empêcher de fouiner dans les endroits où il y a des livres, donc le hasard a peu de chances de n'être point mâtiné de certaine nécessité) avec un livre que j'ai commencé à lire dans l'avion du retour - afin de ne pas penser que j'étais dans un avion - et je me dois de vous en parler car je le trouve tout à fait délicieux. C'est assez rare qu'un petit livre de la sorte produise en moi un tel effet. Il s'agit de ce livre-ci :

Il est magnifiquement bien écrit dans sa simplicité. Ce n'est pas un grand livre (d'un point de vue du style ou de l'ambition littéraire), mais c'est un livre précieux, ô combien, qui vous parlera de l'essentiel, qui tient souvent à des choses si ténues que l'on ne peut les dire. Mais l'auteur, lui, a ce pouvoir. Je ne dis rien de plus. Après recherches, je découvre qu'il a été traduit en français chez Actes Sud.***

[Merci Jean-Christophe pour la magnifique carte trouvée à mon retour. ]
jeudi 30 avril 2009
Lewis et Harris - l'île que l'on sépare en deux parce qu'elle fait coexister en son sein deux univers différents et deux reliefs contrastés, mais qui n'est qu'une géographiquement - composent un paysage vraiment étrange et vous incitent à un curieux voyage dans vos pensées si vous prenez le risque d'approcher. Un mystère inquiétant vous enroule dans d'indescriptibles tourments dès que vous y posez la pointe du pied. Je n'ai pas encore trouvé de mots pour l'exprimer, mais j'ai certaine prescience... Je dirai simplement qu'il est temps pour moi de partir - mais je reviendrai, car ma mission n'est pas tout à fait achevée. Si je demeurais quelques jours de plus, je pense que ma complexion n'y résisterait pas. Ne vous méprenez pas : j'aime à la folie cette double île, mais elle comporte certains dangers que j'ai immédiatement identifiés. Elle est propice au Weltschmerz, à la mélancolie langoureuse et amoureuse d'elle-même, à l'engourdissement des sens et de l'esprit (vous êtes anesthésiés pendant que la maladie - un romantisme noir - s'empare de vous) et, pour finir, je pense, à un désespoir absolu, inconscient de lui-même, qui peut conduire à la mort celui qui l'abrite.
Je suppose que la fascination qu'elle exerce sur des âmes trop sensibles peut aller jusqu'à la perte de soi. Pour vivre ici, il faut un tempérament d'insulaire, une prédisposition, un instinct que ne confèrent pas seulement la naissance ou le choix tardif de cette île, car c'est l'île qui décide de vous prendre ou de vous rejeter et ce n'est jamais vous qui avez cette liberté. Si vous le croyez, vous êtes à jamais perdu à vous-même. C'est parce que j'ai conscience de ceci qu'il est temps que je parte, même s'il est également trop tard... L'île est délétère pour moi, car elle flatte mes penchants mélancoliques et parce que je sens qu'elle puise en moi des forces vitales et qu'elle s'abreuve à mon âme.
Je crois avoir compris pourquoi Barrie aimait ces Hébrides-là : l'ambiguïté, la cruauté et le sublime des lieux.
Quand le paysage se déroule devant vous, vous comprenez que vous êtes ailleurs. Vous suffoquez. Vous êtes pris. Aucun retour en arrière n'est possible et, pourtant, vissé au coeur, vous n'avez plus que ce désir désormais impossible à satisfaire aussitôt qu'il se transmet à vous.
Paysage lunaire, sentiment d'être du bout du monde ou d'être le témoin d'une fin de l'univers sont quelques-uns des sentiments qui m'ont prise à la gorge. J'espère que nos vidéos restitueront ce climat. Mais il faut le vivre, je crois, pour le comprendre véritablement. C'est une expérience que l'on ne peut ni partager ni transmettre, en aucune manière.
Ce matin, nous sommes allés à Callanish.
Je vous reparlerai, à mon retour (si je reviens), de ce lieu très impressionnant, à l'envoûtement puissant, à l'image du reste de l'Île. En attendant, je vous livre juste quelques photographies en guise de cartes postales, collectives et virtuelles, des clichés bruts, qui seront suivis de vidéos plus tard. Nous revenons à l'instant du site et j'écris très vite ces lignes.



Vous pouvez consulter cette page pour une présentation rapide et ce petit livre très complet et très précis

que j'ai acquis sur place.
Mon coeur hésite entre l'effroi et l'exaltation.
mercredi 29 avril 2009
M. Golightly, d'ordinaire si posé, au flegme britannique affirmé dans les plus dramatiques circonstances, aussi imperturbable qu'un horse guard à Buckingham Palace, m'a soudain regardée dans les yeux, haussant à peine un sourcil moqueur, et a dit ces simples mots :
"C'est dément !"
Le rire était proche et il voulait le conserver par-devers lui, par égard pour la personne si fière et si prompte au péril le plus grotesque qu'il avait en face de lui, mais il n'a pu le retenir indéfiniment, tant la situation devenait... folle. Mais il s'est ressaisi bien vite : "C'est dément. Mais je suis prêt à le faire... si tel est ton désir." Pourquoi a-t-il dit cela et pourquoi mon coeur s'est-il gonflé à cet instant de fierté pour mon héros ? Je vous le raconterai peut-être en détail au retour. Sachez simplement que nous avons vraiment vécu l'aventure ce matin et que, même si ce fut un demi-succès ou un demi-échec, j'ai vécu intensément cette quête... Celle d'une île grosse comme la main d'une enfant que je n'ai pas atteinte.
Sur le chemin - presque deux heures de route de l'île de Lewis où nous résidons jusqu'à l'île de Harris (capitale du tweed) -, à 30 kilomètres par heure sur des routes à double sens (de la largeur d'une seule voiture), où il est donc souvent impossible de croiser une autre voiture (passing places), où moutons et vaches font la sieste en pleine voie, où pendant des kilomètres vous ne voyez pas âme qui vive, nous avons de manière improbable aperçu ceci, surgi de je ne sais où :(une voiture ancienne, qui n'avait même pas de clignotants !)
M. Golightly a dit la seule chose sensée en ces circonstances : "Monsieur Barrie, dans les années 20, a pu emprunter la route dans une telle voiture... En fait, c'est lui..." Et il a dit cela au moment où j'avais perdu la foi. Voici pourquoi je l'aime.
Et la journée s'est terminée ainsi, par la découverte d'un endroit où Barrie grava ses initiales sur une vitre...





Holly en explorateur, jumelles en main (vous verrez !), est affalée dans son lit et vous écrit, l'esprit en quête d'un whisky pour la remettre d'aplomb.
C'est vrai, c'était dément...
Je ne peux garantir plus de sagesse la prochaine fois, cependant.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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