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samedi 3 mars 2007
Les rôles où Cary Grant joue le brigand, le filou, le personnage louche et la canaille, sont ma foi assez rares. J'en ai déjà parlé ici et ailleurs. Il est, par conséquent, toujours intéressant de savourer une de ces exceptions. Et, Miss Holly de revenir à sa vieille habitude, de tailler quelque joli extrait pour vous dans l'un des films de sa vidéothèque.
Pendant ma période de fièvre, j'ai essayé de me soigner en regardant quelques films avec mon bien-aimé acteur (mais sans robe de soirée ni chaussures-à-talons-102e-étage, comme je le fais à chaque fois que je me projette un film avec le plus élégant des élégants, mais en vulgaire pyjama, moi qui n'en porte jamais...), dont celui-ci, que je connaissais déjà.
H.C. Potter a réalisé l'un des films les plus drôles de l'histoire du cinéma, un classique inoubliable, Hellzapoppin. Ce film-là n'est pas d'une égale réussite, loin s'en faut, mais comporte quelques belles scènes, drôles ou émouvantes, qui justifient à elles seules que l'on se souvienne de l'oeuvre.
Je n'ai pu résister à encoder cet extrait pour mes aimables lecteurs (petite pensée pour Clarabel, qui appréciera, peut-être, mais aussi pour Nicolas qui saura bien pourquoi...), car Cary y... tricote, afin de persuader certaine jeune femme soupçonneuse de ses bonnes intentions, alors qu'il cherche à la flouer ! Il ne perd rien de sa superbe et de sa virilité gracieuse dans cet exercice pour le moins périlleux.
Et il semblerait que ce soit contagieux !
Le film est très déséquilibré : à ne pas choisir un registre, comique ou dramatique, on ne cesse de se tenir sur un pied, puis sur l'autre, puis on sombre dans une petite déception. Il faut remettre les choses dans leur contexte et Serge Bromberg le fait avec son talent et sa gourmandise coutumière dans le DVD des éditions Montparnasse. La guerre s'étale sur tout le terrain de l'industrie du film et beaucoup de productions sont censurées à l'époque ou bien encouragent une forme de propagande plus ou moins discrète. Cette toile de fond rend le propos délicat. L'une des images les plus effrayantes du film est peut-être celle-ci, qui ne cesse de poursuivre le héros :
mais Joe (Cary) n'a cure de l'Oncle Sam et se fera déserteur en endossant l'identité d'un mort, ancien taulard, mais réformé, et essaiera de piquer dans la caisse des bonnes oeuvres pour les victimes de guerre. Rien de très moral, certes, mais on pourrait tout pardonner à un homme qui sait si bien truquer les pièces et piper les dés, car il ne triche pas lorsqu'il s'agit de sentiment. Et, quand bien même, ce serait sans compter l'amour inconditionnel d'une femme qui l'aimera tout autant brigand que gentilhomme, car bien sûr il ne cesse d'être beau joueur en toute circonstance. Et puis la guerre est une telle saloperie que tous les coups sont permis pour rester à l'écart et que l'on ne me parle pas d'héroïsme car cela n'existe pas... Tout est affaire de circonstances. Les héros sont des graciés du dilemme.
La morale sous-jacente du film est peut-être plus audacieuse qu'il n'y paraît : l'héroïne en oublie ses convictions par amour. A nous d'applaudir et de regretter, néanmoins, cette fin trop convenue bien qu'attendue.
Ce film prend place, dans la filmographie de Cary Grant, entre Once Upon a Honeymoon de Leo McCarey et Destination Tokyo de Demar Daves. Cary Grant a récemment été fait citoyen américain ; "Cary Grant" est devenu son véritable nom, et il subira des reproches de ses anciens compatriotes britanniques de ne pas participer à leur combat. Un meilleur film est à venir : None but the Lonely Heart.
La femme de Cary Grant, à l'époque, Barbara Hutton, voulait obtenir le rôle féminin, puisque celui-ci reflétait d'une certaine manière son vécu. Elle offrit même à la R.K.O. de travailler gratuitement. Mais Cary Grant l'apprit, refusa cette idée et s'arrangea pour qu'elle n'obtînt pas le rôle, qui fut attribué à la sensible Laraine Day. Précisons que les relations entre les époux n'étaient pas de celles dont on peut rêver et que l'éphémère Madame Grant me semble avoir été on ne peut plus opportuniste.
Le scénario fut écrit par un débutant, Milton Holmes, et s'inspire d'une histoire véritable, qui connut une fin plus tragique, car la vie n'est pas une danseuse des sept voiles à qui l'on peut promettre la lune à crédit.
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Libellés :Cary Grant,cinéma,H.C. Potter
jeudi 10 août 2006
- Thirty Day Princess (1934) : réalisé par Marion Gering, avec Sylvia Sidney.
- Kiss & Make Up (1934) : un film de Harlan Thompson.
- Wings in the Dark (1935) : réalisation de James Flood, avec Myrna Loy (très marquée par son rôle dans la succulente série de films The thin man, elle retrouvera Cary plusieurs fois dans sa carrière, avec les films Mr. Blandings Builds His Dream House et The Bachelor and the Bobby-Soxer )!
- Big Brown Eyes (1936) : un film de Raoul Walsh, qui fera une longue carrière, comme chacun sait.
- Wedding Present (1936) : réalisé par Richard Wallace, où il retrouve sa partenaire du film précédent, Joan Bennett...
La filmographie de Cary Grant n'aura plus aucun secret pour vous si vous adoptez ce livre : chaque film est détaillé à l'extrême. Le ton est impersonnel, le livre a l'aspect d'un mémoire dactylographié sur une vieille machine à écrire, mais le contenu est en béton armé. Une référence à posséder impérativement.
mardi 29 août 2006

[Ce rire-là, capturé dans son expression la plus euphorique, me porte au plus près de Dieu, en qui pourtant je ne crois guère. Le rire et la joie sont ce qui nous rapproche le plus d'un état de communion avec le monde.]
Doctor Noah Praetorius aka Cary Grant :
I consider faith properly injected into a patient as effective in maintaining life as adrenaline, and a belief in miracles has been the difference between living and dying as often as any surgeon's scalpel.
Je crois que la confiance injectée dans un patient, comme il convient, est aussi efficace à le maintenir en vie que l'adrénaline. La croyance aux miracles fait aussi souvent que le scalpel du médecin la différence entre la vie et la mort.
Joseph Leo Mankiewicz est un de mes cinéastes préférés. Il est l'un des dix réalisateurs de mon panthéon personnel.
J'ai fait souvent état de cette admiration, ici même et ailleurs. Il a le don de pouvoir officier dans des genres très différents sans se perdre ou tordre son style (que ce soit dans le conte romantique à mi-chemin du rêve et de la réalité, qui ouvre une aube où se dessine la délicieuse Mrs Muir, dont serait tombée fou amoureux Barrie, la comédie de moeurs, Letter to three wives, la tentation du gothique, Dragonwyck, la fresque gigantesque, Cléopâtre, la chronique familiale, The late George Apley, le film policier, Somewhere in the night, le film d'espionnage, Five fingers, ou encore l'analyse psychiatrique, Suddenly last summer...).
A chaque fois, il donne le ton avec une imperturbable classe, une pureté d'âme qui lui permet de parler des sentiments humains les plus ténus sans jamais les briser entre les mâchoires d'un scénario imparfait ou les mouvements brutaux d'une caméra inquisitrice. Même lorsque la caméra est au plus près des acteurs, lorsqu'elle se fait regard appuyé sur le visage, elle ne les brutalise jamais, évitant d'être avide d'une l'émotion qui ne paraît jamais provoquée mais s'épanouir naturellement dans les expressions et les gestes.
Distance et présence au coeur de l'intimité des êtres sont les deux soucis primordiaux du cinéaste. Ce recul salvateur s'exerce souvent par l'humour, parfois assez mordant mais jamais cruel, mais aussi et surtout par une économie de paroles et d'effets. Il invite le spectateur autour du foyer intime des personnages, à nous frotter à leur lumière, à les coudoyer, à les comprendre intensément. Pour cela, il glisse quelques points de suspension au moment opportun. Nous participons au déroulement de l'histoire sans en être pleinement conscients sur l'instant. L'émotion ultérieure reviendra hanter le souvenir de la projection.
Il est des cinéastes curieusement absents de leur création. Tel n'est pas le cas des films de Mankiewicz, qui parlent de lui, d'une voix de basse. Il est pleinement audible, séparés que nous sommes de lui par des décennies. Prodige.
L'élégance du coeur et de l'esprit des plus grands, à savoir l'intelligence alliée à la modestie, confère à son oeuvre une chaleur commune à tous ses films.
Le cadre de ce film-ci est la jalousie d'un homme médiocre et la force de ce monstre aveugle que l'on appelle la rumeur, qui sera à peine évoquée. C'est aussi le portrait modeste et authentique d'une simple histoire d'amour qui tient sa place dans cet encadrement dramatique.
Ce film-ci est un de ceux que, dans sa filmographie, je prise le plus fort et pas seulement parce que Cary Grant y est plus que jamais l'homme parfait, c'est-à-dire celui de la situation. A l'instar des films de Capra, il y a dans ce film une générosité proprement dickensienne. Il faut distinguer ce trait sensible des vulgaires bons sentiments. Quelle différence entre l'indigeste compassion mielleuse et la bonté d'âme ? me sommerez-vous de répondre.
Avant de m'incliner devant votre légitime curiosité, j'aimerais extraire de ce film une scène, qui sanctifie à la fois l'immense talent de l'acteur Cary Grant et qui exprime l'intelligence du film
mentionné. Je crois qu'elle me permettra, in fine, de répondre un peu à cette interrogation.
Cary Grant interprète le rôle d'un docteur, comme il n'en existe plus guère, bien que j'aie la chance d'en connaître intimement un tout aussi merveilleux... Il officie dans une clinique qu'il a créée et donne des cours à la faculté. Il est jalousé par un ignoble personnage, tout droit sorti d'un roman de Dickens, plus filandreux que Uriah Heep* et à peine plus grand, du moins à l'échelle de l'âme, que Quilp. C'est ainsi que l'ami de Cary Grant, le condamné à mort et miraculé, qui l'accompagne dans son existence, tient ce discours, fort réjouissant pour le spectateur, à la petite vermine qui a tenté de faire basculer, à force de calomnies, le destin du noble docteur :
Professor Elwell, you're a little man. It's not that you're short. You're...little, in the mind and in the heart. Tonight, you tried to make a man little whose boots you couldn't touch if you stood on tiptoe on top of the highest mountain in the world. And as it turned out...you're even littler than you were before.
Professeur Elwell, vous êtes un petit homme. Je ne parle pas de votre taille. Vous êtes petit, dans votre esprit et dans votre coeur. Ce soir, vous avez essayé de rapetisser un homme. Vous ne pourriez vous isser à la hauteur de ses chevilles, même si vous vous teniez sur la pointe des pieds au sommet de la plus haute montagne en ce monde. Et la conséquence de tout ceci, c'est que vous êtes maintenant plus petit que vous ne l'avez jamais été de votre vie...
La médiocrité morale fait souvent état d'une médiocrité intellectuelle. Le personnage incarné par Cary Grant ne sombre pas dans l'autre piège, celui de la grandeur d'âme à tout prix - partant, la fausseté.
Une de ses patientes apprend de lui qu'elle est enceinte. Or, elle n'est pas mariée et refuse d'imposer à un père qu'elle adore la charge d'un enfant. Ils sont dépendants, l'un et l'autre, de son frère, un rustre fermier. L'avortement est même évoqué en filigrane lorsqu'elle dit au docteur qu'elle ne peut acheter sa tranquillité d'âme au prix de la sienne. Elle tente donc de se suicider. Le docteur la sauve et se félicite que peu de gens aient une réelle connaissance de l'anatomie ; en effet, elle s'est un peu trompé en visant le coeur avec son pistolet... Afin de la préserver de l'idée d'une récidive et de gagner du temps, il lui fait croire qu'il s'est trompé et qu'elle n'est pas enceinte. Mais il va tomber amoureux d'elle et l'épouser. Lorsqu'il lui avouera qu'elle est enceinte, mais pas de ses oeuvres, elle aura un mouvement de détresse, pensant qu'il ne l'a épousée que par charité. Or, tel n'est pas le cas. L'amour vaut mieux que la moralité. Cette dernière n'est utile que parce que nous manquons souvent d'aimer. Mais la moralité n'est réelle qu'irriguée par l'amour véritable. Les casuistes et religieux de tout poil l'oublient souvent.
Ici, Cary Grant expose devant ses élèves la différence entre un cadavre et le corps défunt d'un être humain, une très belle femme en l'occurrence. Il n'y a cependant aucun débordement lymphatique. Le pathos gluant de larmes est loin. La précaution avec laquelle Cary regarde ce corps inanimé, la douceur de son intervention, la douleur imperceptible de ce regard, disent le caractère de l'homme. [L'encodage de ma vidéo a connu un problème, car une scène est coupée, celle où Cary Grant enlève très lentement la serviette qui entoure les cheveux du cadavre ; ironie des choses, puisque ce sont les secondes que j'estime le plus !] Ce qu'il faut retenir de ceci est l'impartialité avec laquelle il considère le corps inanimé, sa capacité à le détacher de ce qu'il représentait vivant. On pourrait considérer cette saine réflexion comme une métaphore du travail de création cinématographique ou, plus largement, romanesque. Selon moi, il expose la conception cinématographique du réalisateur. Il me faut emprunter un travers pour m'expliquer. Pardonnez-moi.
L'autobiographie, à moins d'être le fruit d'une expérience de désensibilation au Moi et d'être abordée par quelqu'un de particulièrement talentueux, recèle bien des périls. La seule voie pour se frayer un chemin vers l'authenticité est celle que j'appelle "voie du classique", qui nous incline vers l'universel, par-delà la singularité du propos.
La chair est singulière, c'est sa nature, elle ne peut être autrement. La peau ne se prête pas. Le squelette ou la charpente supporteront d'autant mieux la chair du roman ou du film qu'ils seront solidifiés par une assise plus large et plus profonde que celle qui s'ancre dans le dérisoire Moi.
En ceci, mon billet du jour fait écho au précédent, qui évoquait la famille, Daudet et Fournier. Le bon sentiment (on pourrait dire de même du mauvais sentiment brandi par le souci de provocation, par l'outrance) est niais (fermé sur soi) s'il n'emprunte pas son essence à ce qui l'inclut tout en le dépassant : la charité, le sens moral de l'homme.
Notre sens moral mais non pas en tant qu'homme singulier, partie lambda de l'humanité, mais en tant que représentant anonyme de l'Humanité.
Lorsque Kant, par exemple, parle de la loi morale, lorsqu'il va défendre un non-droit de mentir jusqu'à ses conséquences les plus insoutenables contre Benjamin Constant, il ne parle jamais de vous ou de moi comme exemplaires uniques d'êtres humains. Il ne fait que s'adresser à ce qui, en nous tous, nous confère une appartenance métaphysique au genre humain et nous permet d'être moraux.
Hé bien la bonté de Mankiewicz, de Capra ou de Dickens est de cet ordre-là ! Elle oppose au pathétique opportuniste d'une oeuvre médiocre, aux mécanismes éprouvés du tire-larmes, un appel à la moralité. Il s'agit de rechercher la gratuité d'une émotion qui ne cajole pas simplement notre immédiateté sensible, mais qui exhorte notre nature supérieure d'être moral. La différence tranchée entre les deux est difficile à établir ici, car elle est du domaine de la philosophie et non pas celui d'une chronique légère. Pourtant, instinctivement, nous savons reconnaître ce qui nous incite à soulever l'état d'âme passager qui nous recouvre, devant une scène éminemment pathétique, et nous convie à un envol en direction d'un sentiment plus vaste et plus profond. C'est la différence, à mes yeux, entre le pathétique et le tristement pitoyable.
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People will talk
Vidéo envoyée par misshollygolightly
* Est-il réellement possible qu'Andersen eût été le modèle de Dickens pour créer ce répugnant personnage ?
Libellés :Cary Grant,cinéma
mercredi 14 février 2007
Cary Grant est le seul homme et le seul être, hormis mon mari et Barrie, que j'aime inconditionnellement et que j'aimerai jusqu'à mon dernier souffle. Un jour, peut-être, exprimerai-je par écrit cette passion dévorante à laquelle je sacrifie chaque jour... J'ai envie de vous proposer quelques extraits de ses films. J'en possède de très rares, dont vous ne trouverez pas trace sur internet, et je les partagerai bientôt avec vous, par bribes. The Awful Truth (dont j'ai déjà parlé) est l'une de ses meilleures et de ses plus célèbres comédies, et pas seulement parce que c'est un film d'une main de maître, celle de Leo McCarey, mais parce que Cary Grant a l'occasion d'exploiter avec une immense liberté, dans la folie de l'improvisation parfois, tous ses talents.
Qui pourrait penser que derrière l'oeil taquin de Cary Grant se cachait, dans le cristallin, la silhouette d'un homme très complexe et brûlé par divers feux, dont celui d'une enfance plutôt malheureuse et incomprise ?
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"In life there is no end to getting well. Perhaps death itself is the end to getting well. Or, if you prefer to think as I do, the beginning of being well."
(Cary Grant)
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Libellés :Cary Grant
vendredi 4 novembre 2005
Ce film de Stanley Donen réunit, pour la première et dernière fois (hélas !), Cary Grant et la gracile Audrey Hepburn.
Dans cette scène, elle désigne sa fossette, en lui expliquant qu'elle s'est toujours demandé comment les hommes faisaient pour se raser à cet endroit.
La fossette de Cary Grant est la huitième merveille du monde. Je crois que je suis tombée sous le charme de Cary Grant, avant même de connaître son génie d'acteur, à cause de cette particularité physique, qui m'a toujours grandement troublée.
Libellés :Audrey Hepburn,Cary Grant,Charade,Stanley Donen
mercredi 25 janvier 2006

... le film commence avec l'image d'une femme qui écoute un disque, puis se souvient... D'autres disques lui rappellent les moments de son existence jusqu'à un jour trop triste.
Penny Serenade, La chanson du passé est un film de 1941, réalisé par George Stevens (avec qui Cary Grant tournera plusieurs fois). Un homme et une femme se rencontrent dans un magasin de disques ; ils se marient ; la femme perd son enfant non encore né ; ils en adoptent un, qui mourra lui aussi. Ils s'éloignent l'un de l'autre, ne pouvant surmonter à deux cette douleur. Mais... vous devinez qu'ils finiront in extremis par se retrouver, autour d'un autre orphelin en quête de parents, car, décidément, la vie n'est pas chienne jusqu'au bout. Du moins, dans la fiction, qui recouvre des trésors de consolations pour le genre humain.
Ma passion brutale pour Cary Grant n'est plus un secret. J'ai revu Penny Serenade. Par bribes. Ce n'est pas un très bon film, c'est certain (sûrement qu'il dépasse la dose non mortelle de guimauve et il est un tantinet invraisemblable), mais il y a quelques jolis instants, pris à la volée.
Être embrassée pour la première fois par Cary Grant doit être une expérience mémorable.

Un homme si grand et une femme si petite. Ils ont de l'allure, n'est-ce pas ? J'aime la manière dont il tient le carton de disques sous son bras. J'aime son allure dégingangée et malgré tout gracieuse. Il y a dans ce geste quelque chose qui m'émeut. Certes, je pleure souvent.

J'aime au-delà du dicible les délicates rides au coin des yeux de Cary. Ne me demandez pas ce qui me prend. J'ai toujours été amoureuse de lui. Avoir le coup de foudre pour un type mort lorsque j'avais douze ans n'est pas commun ! Cela ferait un bon livre. Peut-être.

Mon cher Cary, je vous aime.
jeudi 14 octobre 2010
Très lentement, je mets à jour mes divers sites internet, entre deux pages d'un roman ou d'une traduction, le tout entrecoupé de divers projets théâtraux... et de quelques surprises littéraires que je prépare secrètement dans mon antre.
Aujourd'hui, je vous renvoie simplement, si le coeur vous en dit, à certaine page pour y découvrir deux petites raretés musicales que je viens de déposer sur mon site Cary Grant – qui n'est pas encore véritablement né, faute de temps. Mais Cary Grant est presque aussi important pour moi que Barrie et j'ai l'intention de le prouver... Depuis des années, je collecte des documents et des pièces rares, qui sont autant de preuves de mon amour et de ma dévotion à l'un des plus grands acteurs de tous les temps. Je suis un être constant, aux passions multiples, mais d'une fidélité à toute épreuve à ces dernières. Je tiens fermement les rênes et, jamais, je ne renonce avant d'avoir réalisé mes rêves, et ce, quoi qu'il advienne. Probablement que, de l'extérieur, certains m'imaginent comme un papillon ivre, voletant, affolé, d'un point à un autre, mais il n'y a rien de plus faux. Chacune de mes pensées et de mes passions, chacun de mes actes, est la perle d'un même collier. Il y a une cohérence en moi que bien peu perçoivent – en particulier, ceux qui attendent de moi que je fasse des choix. J'éprouve le besoin de préciser cet état afin, une fois pour toutes, que mes lecteurs (ceux qui ont la bonté de m'écrire et pour qui, d'une manière générale, j'éprouve de l'amitié) me pardonnent de n'avoir pas toujours le temps de leur répondre comme ils le mériteraient certainement. Parfois, je préfère laisser un courrier orphelin plutôt que de n'accorder que des miettes. Peut-être ai-je tort. Probablement ai-je blessé des êtres (qui attendaient trop de moi, et à qui, cependant, je n'avais rien promis), mais Holly n'est pas tout à fait Céline, et si la première oeuvre avec l'accord et toute la sincérité possible de la seconde, il me semble que le meilleur de moi est ici, dans mes divers sites, dans les livres que j'essaie de publier... et qu'il n'est guère utile de vouloir mieux me connaître. Louis-Ferdinand Céline, mon autre versant – de même que Barrie avait une écriture dextre et sénestre, il me semble que ma persona a deux hémisphères – disait ceci, dans une lettre à l'une de ses amies :
"Si on se laissait aller à aimer les gens qui sont gentils la vie deviendrait atroce. Je ne sais pourquoi mais ce serait ainsi. Il faut se raidir pour vivre."
Et ceci, dans Mort à crédit :
"L'essentiel c'est pas de savoir si on a tort ou raison. Ce qu'il faut c'est décourager le monde qu'il s'occupe de vous.. Le reste c'est du vice."
J'ai toujours, plus ou moins consciemment, adopté ces préceptes dans ma vie, depuis l'enfance, probablement pour me défendre de la tendance inverse. Mais force est de constater que, de temps en temps, j'oublie ces règles d'hygiène existentielle.
Je me souviens d'une ancienne relation amicale, qui a beaucoup compté pour moi à l'époque, qui m'a même aidée à progresser, mais qui voulait, à tout prix, me soumettre au joug de la raison et de l'équilibre, me restreindre dans mon appétit, rogner sur mes possibles... et qui s'étonnait que l'on puisse se consacrer à Barrie et à Louis-Ferdinand Céline, priser Cary Grant et Hegel, aimer à la folie Bach et Michael Jackson... Il en est trop de ces tristes sires qui, jamais, ne comprendront que la vie n'est belle qu'entrelacée de mille fils - de fer, de coton, d'or ou prélevé sur une toile d'araignée – mais qui tous concourent à dessiner le même motif dans une existence.
Libellés :Cary Grant,je ne suis pas aimable,miscellanées
mercredi 8 février 2006
Je traduis, pendant mes loisirs, à main levée, une autobiographie de Cary Grant, jamais traduite en Français, à ma connaissance. Jouissance inexplicable et inexcusable de caresser mon fantasme du bout de la prunelle...
Extrait, mesdames, mesdemoiselles et messieurs...
Mon nom de famille est Leach. Un nom auquel, à mon baptême, furent ajoutés les prénoms Archibald Alexander, et je ne fus pas autorisé à protester. Pendant plus de la moitié de mes cinquante-huit ans, j'ai prudemment observé le monde de la façade de l'homme connu sous le nom de Cary Grant. La protection de cette façade fut à la fois un avantage et un inconvénient. Si je pouvais à peine scruter le monde à travers elle, comment quelqu'un aurait-il pu davantage m'entrevoir derrière elle ?Je suis né en Angleterre, dans une ville provinciale, Bristol, mais j'ai depuis fréquenté avec avidité les capitales les plus animées du monde entier et, aujourd'hui, je demeure principalement à Hollywood, une autre capitale, nommée à tort la capitale du chic.Je n'eus pas de sœurs, je fus séparé de ma mère à l'âge de neuf ans, et devins de ce fait bégayant de timidité en présence des filles ; pourtant, j'ai été marié trois fois et je me suis trouvé à faire la cour à l'écran - en public, devant des millions de personnes, rendez-vous compte ! - à des femmes aussi fascinantes qu'Ingrid Bergman, Doris Day, Mae West, Irene Dunne, Deborah Kerr, Eva Marie Saint, Sophia Loren, Marlene Dietrich et Grace Kelly.
lundi 12 décembre 2005

Un joli film, qui ne fait pas de bruit et dont le thème, pourtant, est presque scandaleux pour l'époque (1958). Cary Grant retrouve dans cette comédie amère Ingrid Bergman qu'il avait fougueusement embrassée et enlevée dans Notorious (Les Enchaînés) d'Hitchcock*, en 1946. Il s'agit d'une histoire d'amour (encore ! ) entre une femme et un homme, qui prétend être marié. Il s'agit donc d'une passion adultère (même si la faute morale entre les deux protagonistes est imaginaire, elle est bien réelle pour la femme qui la commet). Le film est, de ce point de vue, très ambigu. Il y a une élégance désuète, volatile, dans ce film de Stanley Donen, ce petit rien qui n'existe presque plus de nos jours... et qui rendait l'amour artiste. Lorsque le coeur parle par sous-entendus, lorsque l'on attend de l'autre une compréhension de choses non encore avouées...
*Existe-t-il une scène plus dramatiquement romantique que l'enlèvement de Cary Grant, à la fin du film d'Hitchcock ? Je dois avouer que cette scène m'a beaucoup troublée. Je la trouve terriblement érotique, même si (et surtout parce qu'il) n'y a rien de physiquement agressif entre eux à ce moment. Les moments les plus chargés en érotisme sont ceux où les corps exultent dans le non-dit de la passion, qui couve sous les regard et les gestes. La brusquerie discrète avec laquelle il l'entraîne dans son sillage, dans ses bras, est l'un des moments les plus sauvagement sensuels de l'histoire du cinéma. A mes yeux, bien sûr. Mais, Cary Grant a toujours été mon phantasme number one.
jeudi 10 novembre 2005
Ce film de Clifford Odets est un des plus beaux films de Cary Grant, parce qu'il y donne, comme dans Soupçons d'Hitchcock, une autre dimension de son jeu d'acteur. Cary Grant excelle dans la comédie mais, contrairement à un James Stewart par exemple, il est capable d'interpréter avec force conviction des personnages ambigus, noirs, ou désespérés.
Ici, il incarne un homme qui aspire à devenir meilleur, mais qui n'en a pas la force morale, figé dans une inertie de l'âme et du coeur, prêt à la chute dans le crime, mais qui connaîtra une forme de rédemption, lorsque sa mère tombera gravement malade.
Cary Grant fut nommé pour l'Oscar, mais il ne l'obtint pas - à tort !
Libellés :Cary Grant
jeudi 9 février 2006
J’ai revu, hier, ce grand film d’Hitchcock,

un des quatre films que le maître a tournés avec James Stewart.
Ce film est très célèbre, entre autres, parce qu’il est censé être constitué d’un seul plan continu. Bien que ce ne soit pas tout à fait le cas, Hitch a accompli un prodige réel en n’usant que de neuf plans coupés (on en aperçoit cinq très facilement : des gros plans sur le dos d’un des acteurs et sur le fameux coffre reconverti en cercueil – procédé grossier, car les raccords sont trop visibles). Toute l’équipe souffrit beaucoup afin de relever le défi. Les acteurs répétaient un jour et tournaient le lendemain. Certains dirent que seules les caméras avaient droit aux répétitions.
Hitchcock réinitiera une épreuve technique d’un autre genre avec Le crime était presque parfait. Ce film sera tourné en 3 D, avec un système de caméras binoculaire. Hitchcock utilise alors la profondeur pour composer l'image. Il use et abuse également de la plongée ou de la contre-plongée et, à certains moments clefs, il utilise toute la puissance du procédé pour mettre en valeur la fameuse clef et la paire de ciseaux. Pour réaliser en 3D, le plan serré où le doigt de Ray Milland compose le numéro de téléphone, Hitchcock se servit d’un téléphone géant et un faux doigt. On a pu admirer certains des objets, acteurs des films du Maître, lors d’une exposition et d’une rétrospective, à Beaubourg, il y a quelques années.
Cet été-là loge parmi les plus beaux étés dans ma mémoire-bibliothèque-à-souvenirs. Je me souviens – ceci est une digression – d’une jeune fille brune, aux cheveux courts, qui se déplaçait dans un fauteuil roulant, et dont le visage radieux m’émut. Je la retrouvai à chaque séance, puisque, comme moi, elle semblait passer ses journées à Beaubourg, pour le seul talent d’Hitchcock. J’ai eu envie de lui parler, je n’ai jamais osé. Je le regrette. Je suis persuadée que nous aurions pu avoir de jolies conversations autour des films d’Alfred. Occasion manquée.
Rope est un film qui date de 1948, de même Le secret derrière la porte de Fritz Lang. Je ne sais lequel des deux fait référence à l’autre, mais je pense qu’Hitchcock fait un appel du pied à Fritz Lang, lorsque le jeune meurtrier dit à son complice que la pièce où s’est déroulé leur forfait, et tous les objets qui la compose, devraient constituer une pièce de musée. La coïncidence est trop grande pour être fortuite.
Le scénariste d’Hitchcock
fit preuve de plus de clairvoyance que le réalisateur lorsqu’il exprime ses regrets (Cf. les bonus – ou boni, pour les latinistes – du DVD). Il aurait souhaité qu’Hitchcock ne montrât pas la scène du crime,
afin que le suspense portât sur cet élément. On notera au passage que la strangulation est le péché mignon d’Hitchcock ; il suffit de visionner ses divers films pour s’en convaincre…
Les deux jeunes gens jouent-ils ou ont-ils réellement assassiné un camarade, feignant de comprendre les théories supposées de Nietzsche ? La question, le doute eurent été profitables au film, qui aurait gagné en nervosité, en tension. En effet, au fil de mes visions de ce film, je trouve qu’il perd de la force. Il eût recueilli plus d’ambiguïté et de suspense si, au lieu de se
demander simplement quand James Stewart va confronter les deux tueurs et ouvrir le coffre, on s’était également posé la question de savoir s’il y avait réellement un cadavre dans le coffre. Dommage qu’Hitchcock eût cette faiblesse.
Il succomba à une autre. La pièce d’où est tiré le film
met en scène des homosexuels (les deux assassins et leur professeur), alors que le film tait cet état. A cause de la censure et surtout parce que personne ne voulait imaginer James Stewart dans un rôle autre que celui d’un mari fidèle. Pourtant, certaines scènes suggèrent métaphoriquement et subtilement la liaison des deux assassins. Par exemple, au début du film, après le meurtre, lorsque le plus hardi veut allumer la lumière et que l’autre préfère demeurer dans l’obscurité… Hitchcock n’est pas parvenu à gommer toutes les équivoques que le scénariste avaient semées.
Cary Grant refusa le rôle, car il craignait que l’on confondît la vie fictionnelle et la vie réelle. Il eut tort, car Cary Grant est parfait dans tous les registres, surtout ceux où l'ambigu, le
désespoir ou la noirceur règnent en maîtres. James Stewart, quant à lui, est très mal à l’aise dans ce rôle. Il s’étiole dans cette composition un peu fade. Quelque chose sonne faux à mon oreille.
Hitch, toujours malicieux, ne peut s’empêcher de faire des clins d’œil textuels au beau brun, qui déclina sa proposition (Cary Grant tournera pourtant trois films avec lui) :
Les protagonistes de ce film-ci faisant mine de ne pas se souvenir du titre du film dans lequel il officie aux côtés d’Ingrid Bergman (Notorious / Les Enchaînés) :
Hitchcock apparaît dans presque tous ses films. On appelle ce procédé un cameo. Ici, étant donné que le film est presque tourné comme une pièce de théâtre, il n’a que peu d’occasions de montrer le bout de son nez. Les plus observateurs l’apercevront ici, au début du film :
Il avait eu l’idée de signer son film, en plaçant un néon représentant son profil que le spectateur aurait pu contempler par la fenêtre de l’appartement des deux meurtriers. Mais l’idée était trop blagueuse et ne convenait pas au propos.
Dans les Miscellanées de Mister Schott, on trouve la liste de ces apparitions furtives.
On appréciera les divers niveaux de langage et l’humour extrêmement macabre et pervers dans les dialogues du Maître. De ce point de vue, le film est très rigoureux.
lundi 5 février 2007
Alors que je traduis A kiss for Cinderella,
une très belle pièce de Barrie (ce personnage est capital dans son oeuvre), et que je tente vaille que vaille d'écrire quelque chose qui pourrait ressembler à un roman, avec l'idée serrée entre deux angoisses existentielles d'oser finir un petit truc, songeant qu'à mon âge il est temps et plus que temps... Je prends quelques vitamines littéraires ou cinématographiques pour me donner le teint frais. Si cela ne repose pas mes yeux, qui sont en très mauvaise santé en ce moment, cela apaise un peu la douleur d'écrire des foutaises avec un style à qui pas un lecteur ne ferait la mendicité, moi la première. Je crois que je suis bien trop lucide et exigeante envers les livres pour jamais prétendre faire mieux qu'essayer d'en donner un au monde. Je ne compte plus les rebuts dans mon ordinateur et dans ma poubelle. Je n'ai jamais compris tous ces médiocres qui publient sans avoir honte d'eux-mêmes. Je comprends encore moins leurs lecteurs. Je préférerais toujours Sophocle, Homère, Dickens, Céline... à ces putes des lettres ; je ne parle même pas de leurs maquereaux d'éditeurs qui sont encore mille fois plus coupables. Il n'ont même l'excuse de l'innocence, c'est bien là leur plus grande faute.
Je me gâte et l'un de ces plaisirs est celui de retrouver, chaque jour, deux vieux amis.
Je vous offre cette petite sucrerie avant de revenir bientôt poster un billet un peu plus conséquent et peut-être même un peu plus sérieux.
Nul besoin de vous les présenter, je crois que la plupart d'entre vous les connaissent.
Sinon, la voix d'Al Jarreau devrait vous rafraîchir un peu la mémoire.
Some walk by night,
Some fly by day,
Nothing could change you,
Set and sure of the way.
There is the sun and moon,
They sing their own sweet tune,
Watch them when dawn is due,
Sharing one space.
We'll walk by night,
We'll fly by day,
Moonlighting strangers
Who just met on the way.
Dans les années 80, j'étais une (très) petite fille et je ne regardais pas la télévision. Ce n'était pas tellement le genre de la maison. J'avais très peu de permissions pour les divertissements. Ce n'était pas un mal en soi. J'ai ainsi pu profiter de mon enfance en mourant d'ennui chaque jour et cet ennui m'a conduite à inventer mes premières histoires et à écrire mes premières bêtises (mais je ne devins pas Jacques Laurent pour autant).
Ce n'est que que très récemment que j'ai découvert la série Clair de lune, qui fit, jadis, les beaux jours de la télévision française (et mondiale). C'est une chance, somme toute, car à l'époque je n'aurais pas été capable de goûter les subtils clins d'oeil au cinéma, à la télévision ou à la littérature que cette série ne cesse de provoquer. Dans un épisode, vous pouvez savourer une parodie du Crime de l'Orient-Express mêlée à certaines scènes ou propos décalqués d'Un cadavre au dessert ; dans un autre, la scène du miroir de Duck soup fait bon ménage avec la plus farfelue des enquêtes... J'avais dit un mot sur le sujet il y a quelques mois. Je n'en étais qu'au début de ma relation avec cette oeuvre loufoque, qui traitait le téléspectateur avec beaucoup de galanterie, faisant tout autant appel à son intelligence qu'à sa mémoire.
Les maîtres mots de cette création télévisuelle étaient non-sens et deuxième (ou troisième) degré. Cette série avait la classe et la répartie de certaines screwball comedies, celles de Howard Hawks, par exemple, qui demeurent une référence en matière d'esthétique du comique, de vivacité dans les dialogues et dans les situations, et d'intelligence dans l'auto et l'extra-référentiel. Brillant est le mot qui convient pour dire l'indicible.
La Dame du Vendredi
est le modèle le plus évident pour décrire à la fois les rapports entre les deux protagonistes principaux (l'homme qui titille et la femme qui s'énerve jusqu'à l'hystérie collective) et le principe nerveux qui soutient l'ensemble. Souvenez-vous de cette scène, lorsque le personnage incarné par Cary Grant fait référence à un certain Archie Leach (qui n'est autre que lui-même, puisque Cary Grant est un pseudonyme) ou encore ce moment où il évoque "the Mock Turtle" et qu'il fait alors écho au film où il jouait ce personnage de Lewis Carroll...
On pourrait tout aussi bien citer certains films de Billy Wilder, de Leo McCarey, de Capra ou de Preston Sturges, qui sont le vivier où puise cette série, sans compter mille autres choses, qui sont toutes assumées par les scénaristes et les réalisateurs.
Ce qui me plaît le plus, ce sont peut-être les références les plus fines que, somme toute, assez peu de gens peuvent saisir, surtout s'ils n'ont aucune connaissance en matière de cinéma (mais pas seulement, car que serait un cinéphile qui ne goûterait à aucun autre aspect de la culture ?).
Aujourd'hui, je puis dire que je suis confondue par tant de métalepses et de mises en abyme et même de profondeur, oserai-je dire, de la part d'une oeuvre dont le premier but était un innocent divertissement.
Aucune autre série télévisée n'a peut-être créé une complicité aussi exacerbée entre les personnages et leurs admirateurs (nous). Les acteurs s'adressent à nous et nous demandent notre avis. On a l'impression, parfois, qu'ils viennent cogner contre la vitre du téléviseur.
Force est de constater que Moonlighting fit date et inspira ses suivantes, au moins quelques-unes.
Cette époque est plus ou moins révolue et hormis des productions télévisuelles de haut vol (Six feet under, The Sopranos, Angels in America, Carnivale...) et quelques O.V.N.I. (Dead like me), nous sommes entrés dans l'ère de la vulgarité et de l'insipide. Je n'allume jamais ma télévision sans m'être assurée que je ne risquais rien et, exceptés quelques moments de grâce passés en compagnie de Morse ou de Frost, je préfère m'abstenir...
C'est un scénariste de la série Remington Steele, Glenn Gordon Caron, qui eut l'idée de cette fausse série policière. En effet, les enquêtes policières ne sont qu'un prétexte, parfois on démonte même le décor avant de terminer l'histoire... Le véritable sujet est la relation entre les deux protagonistes, David et Maddie, que tout oppose, qui ne cessent de se crêper le chignon, de s'insulter et de se séduire sans oser se l'avouer. Je me souviens d'un coup de poing dans l'oeil gracieusement envoyé par la dame au monsieur...
Dans cette scène-ci que je vous présente en images, Maddie croit s'adresser à l'homme qui l'a demandée en mariage (Sam) et elle lui explique qu'elle ne peut accepter car elle aime aussi un autre homme (David). Bien sûr, elle n'est pas encore capable de se dire qu'elle n'aime que ce dernier. Elle veut leur offrir une nuit d'adieux. Or, il se trouve que c'est David et non Sam qui est dans le lit... Situation on ne peut plus classique de quiproquo mais quel fantastique affrontement !
Leur histoire durera un peu moins de cinq ans. Ce qui devait arriver arriva mais... vous le savez mieux que moi.
Qui pourrait encore se vanter d'avoir une standardiste
qui parle en vers plutôt qu'en prose ?
"Blue Moon Detective Agency. If persons are missing, if objects are lost, we'll find then for you at a reasonable cost. Your runaway husband that non-paying louse. We'll find and bring him back to the house. Lost a prize winning dog? Lost a prize winning cat? We'll find them both for you in just no time flat. So tell us your problem, it'll all work out fine. Just tell me your problem, it's why I'm on the line. "
est le modèle le plus évident pour décrire à la fois les rapports entre les deux protagonistes principaux (l'homme qui titille et la femme qui s'énerve jusqu'à l'hystérie collective) et le principe nerveux qui soutient l'ensemble. Souvenez-vous de cette scène, lorsque le personnage incarné par Cary Grant fait référence à un certain Archie Leach (qui n'est autre que lui-même, puisque Cary Grant est un pseudonyme) ou encore ce moment où il évoque
"Blue Moon Detective Agency. We're detectives with a heart, we really do our part. In your moment of need, we'll be there indeed. So please don't be shy, just give us a try. We're co-operative and discreet, we really can't be beat. And if I may be so bold, I'd like to put you on hold."
Allyce Beasley, qui donne vie au personnage d'Agnes DiPesto, est une actrice remarquable. Les yeux écarquillés et le visage tendre, c'est peut-être elle la véritable héroïne... Tous ces gens, trop discrets, dont la présence semble ne point compter et qui font pourtant la différence dans la vie des autres. Il en existe certainement un dans votre propre existence. Regardez bien.
Le personnage sera chouchouté pendant quelques épisodes (North by North DiPesto, par exemple, sur le modèle de La mort aux trousses d'Alfred Hitchcock ! ) qui seront centrés sur son personnage. Sa présence est indispensable, car elle apporte une touche de générosité et de naïveté au sein de toute cette agitation. J'aimerais beaucoup rencontrer une telle personne dans la vie réelle...
Qui pourrait encore se vanter d'obtenir la présence d'Orson Welles (mon admiration pour lui est sans bornes)
pour présenter un épisode réalisé en noir et blanc, une variation sur le film de Tay Garnett, Le facteur sonne toujours deux fois et un hommage aux film de la MGM et de la Warner ?
Le grand Orson mourra quelques jours après avoir enregistré sa participation à Clair de lune.
Qui pourrait nous refaire le coup de La mégère apprivoisée et nous entraîner au pays de Shakespeare ?
Les scripts étaient deux fois plus longs que les autres séries contemporaines et la série coûtait beaucoup plus chère que toutes les séries qui étaient à l'écran à l'époque et qui épuisaient un concept malingre (des séries policières niaises et sans intérêt : L'Amour du risque - Hart to Hart - par exemple) et se donnait à coeur joie de se moquer de ses consoeurs.
L'alchimie entre les deux acteurs est tellement intense
que l'on en vient à se demander si tout n'est que fiction !
Mais ceci est une autre histoire...
Je n'ai jamais été fan de Bruce Willis (son cinéma n'est pas du tout le mien) et de Cybill Shepherd je me souvenais surtout de son rôle dans le film de Scorsese, Taxi driver. J'ai fait connaissance, jour après jour, de ces deux acteurs avec la plus grande des objectivités et je dois reconnaître que Cybill Shepherd pouvait rivaliser avec une Katharine Hepburn et Bruce Willis, l'oeil goguenard, le mot impertinent et le smoking de travers, n'avait rien à apprendre des grands acteurs des années 40 et 50.
Deux coffrets DVD sont sortis en France. Ils couvrent les saisons 1 à 3. Nous attendons avec impatience les deux derniers.
Quelques extraits vidéo ici sur l'excellent site David and Maddie.
***********
Catégorie :
Séries
vendredi 4 novembre 2005
Je trouve qu'Audrey et Cary vont diablement bien ensemble!
Cary voulait qu'elle soit à nouveau sa partenaire dans Father Goose (Grand méchant loup appelle) de Ralph Nelson. Mais elle n'était pas disponible. Elle avait accepté de jouer le rôle d'Eliza Doolite dans My fair lady. Et le plus ironique est que Cukor avait proposé à Cary Grant le rôle du Professeur Henry Higgins dans ce même film et qu'il n'a pu accepter, étant déjà engagé pour Father Goose. Dommage. Deux fois dommage.
Ce fut Leslie Caron qui obtint le rôle, aux côtés de Cary Grant. Il y a d'ailleurs une certaine ressemblance entre ces deux femmes, gracieuses comme des papillons.
Libellés :Audrey Hepburn,Cary Grant
mardi 2 novembre 2010
Même si mon coeur de cinéphile appartient depuis longtemps à l'incomparable Cary Grant, James Stewart et Gary Cooper figurent eux aussi (loin derrière Cary, tout de même) parmi les acteurs que je chéris depuis toujours, et ce, pour toujours. Aucun acteur de mon époque, n'a su m'inspirer autant que ce trio. Bien sûr, je vénère un Charles Denner (sa voix est à jamais incrustée en moi), ou aime inconditionnellement un Alain Delon (et pas seulement pour Le Guépard !), un Gérard Depardieu (à une époque où il est, hélas, de bon ton de le répudier) ou un Clint Eastwood, par exemple, mais l'attachement que je conçois et l'admiration que je ressens pour ceux-ci se situent à un tout autre niveau. Ils sont réels, tandis que Cary, James ou Gary n'existent pas : le premier l'avait parfaitement compris en déclarant, sur le ton de la boutade : "Tout le monde veut être Cary Grant. Y compris moi..." Ils n'existent pas, car ils sont des êtres rêvés. L'incarnation en nous, au sein de notre vie, de ces êtres faits de silence et de lambeaux de paradis ou d'enfer a toujours un prix : une livre, non pas de chair, mais une livre d'âme et la rencontre avec la mort. Il faut que quelque chose de solide meure ou vacille en nous pour autoriser cette rencontre-là.
La nature d'un être rêvé est celle de l'intangible. Leur mode d'existence – ou d'inexistence – fait appel à ce qui se tapit dans les profondeurs de notre âme : notre insatiable besoin de divinité et notre invincible terreur à l'idée de manquer de courage si d'aventure nous avons moyen de la rencontrer.
Un rêve est toujours une histoire, une fiction, un roman que l'on écrit. Une énigme, certes, la plupart du temps, mais néanmoins une histoire, au sens le plus banal que l’on donne à ce mot. Pourtant, le rêve ne parle pas tout à fait le langage prosaïque des hommes éveillés : il est une variation d’or sur le désir et son langage, qui est intraduisible en mots et en concepts, mais s’exprime au moyen d’images persistantes, aheurtées et fascinantes. Les êtres rêvés ressemblent aux personnages de fiction (celle des autres) dont on peut tomber amoureux. Cet amour est bien étrange puisqu’il exclut toute réciprocité. L’amour parfait, en somme ! Sauf, peut-être, que l’on n’aime jamais que son reflet à travers l’être rêvé qui devient le miroir de nos fantasmes et de nos impuissances… J’ai toujours imaginé que les rêves étaient de l’essence des simulacres lucrétiens (De Natura Rerum, IV, 34-45) Les rêves sont – il n’y a aucun doute là-dessus – des amours mortes ou des fragments de sentiments qui n’ont pas pu trouver en nous assez d’espace et de temps pour nidifier et arriver à maturité, jusqu'à l'incarnation. Parfois, les êtres humains, glissent dans le ventre des livres des fleurs qui sèchent à l’intérieur, coincées entre deux pages. Il est à supposer que cet usage subversif et plein de cruauté présente des attraits pour les personnalités un tant soit peu romantiques. Les hommes agissent souvent sans raison, sans utilité. Tels sont les hommes. Mais les rêves sont des sortes de fleurs séchées et nos romans de vastes herbiers.
Il m'arrive souvent de conserver certains films, de veiller jalousement sur leur statut d'inédits, pour les jours de disette ou simplement en guise de cadeau que je désire me faire en vue de certains jours de fatigue. Ainsi, j'ai découvert ce film réalisé par King Vidor il y a seulement quelques jours, alors qu'il figurait en bonne place dans ma filmothèque (assez conséquente, puisqu'elle abrite près de 2000 titres) depuis quelques années déjà. Le scénario fut écrit par Edwin Knopf qui s'inspira d'un couple d'amis célèbres, Zelda et Francis Scott Fitzgerald... afin de croquer les personnages de Tony et de Dora. Une version antérieure du film s'appelait Broken Soil et les deux personnalités littéraires étaient clairement identifiées sous le nom de Zelda et de Scott Fitzpatrick. Knopf et Vidor connaissaient intimement le couple et, même si d'immenses différences existent entre le premier scénario et le dernier, il demeure quelques traces de cette inspiration.À ma connaissance, ce film n'existe qu'en zone 1 (mais il est très facile de l'acquérir et de rendre son lecteur de salon compatible ou d'en acquérir un multizone – cela présente un indéniable intérêt puisque certains très anciens films ne sont édités qu'en zone 1 et il y a fort à parier qu'ils ne le seront jamais en zone 2... Je pense notamment à certains films pré-code Hays).
Gary Cooper interprète le rôle d'un homme (Tony Barrett) un peu désinvolte, gâté par de trop favorables circonstances, qui survole l'existence en vulgaire dilettante et agit comme s'il ne s'agissait jamais que d'une fête perpétuelle. Il est écrivain, a obtenu quelques succès que l'on devine faciles et, très logiquement, il ne doute de rien : tout lui est acquis et seul les plaisirs éphémères lui importent. Mais ces êtres trop frivoles dissimulent souvent une faille tragique, on le devine aisément, car nous avons tous rencontré, un jour ou l'autre, dans le monde réel, ce genre de personnages taillés dans une étoffe trop lâche. Leur frivolité n'est alors que l'épais manteau de la lucidité et du désarroi qui ne protège qu'en apparence, et seulement un temps, des diverses tempêtes de l'existence. Nous sommes faits – les meilleurs d'entre nous – pour le climat de la tragédie, dans l'attente que le temps arrache, morceau par morceau, notre écorce d'être au monde.
Le film débute au sein d'une immense party, où, comme il se doit, l'alcool coule à flot. Gary / Tony a envoyé une droite bien sentie à l'un des invités qui a eu l'outrecuidance d'émettre des réserves quant à la qualité de son dernier manuscrit, juste avant que son éditeur ne vienne en personne lui signifier qu'il refuse de publier ledit manuscrit et attend de lui qu'il écrive enfin un livre digne de ce nom !
Tony est à peine blessé dans son orgueil : ce qui lui importe le plus est, très prosaïquement, le manque à gagner : il a déjà dépensé l'argent avant de l'obtenir...
Le héros de cette histoire est marié à une femme (Dora) qui apparaît tout d'abord, et ce, jusqu'aux derniers moments du film, comme une fille un tantinet écervelée, qui ne songe réellement qu'à l'amusement (et, contrairement à son époux, elle ne semble point dissimuler de profondeur) ; il s'agit donc de ce que, communément, on nomme une gold-digger. L'argent venant à manquer, puisque l'auteur soudain déchu comptait sur le dernier manuscrit pour les renflouer, le couple est contraint de revenir dans la demeure familiale (celle des "Ancestors") et déserte de Tony, au grand dam de sa femme, qui hait la campagne (tout comme moi...).
Rapidement, le couple rencontre leurs voisins polonais qui leur font d'emblée une offre attrayante : acheter un champ (au-dessous de sa valeur), proposition qu'ils s'empressent d'accepter – même si, après l'enthousiasme premier, Tony semble plus réticent que sa femme à se séparer d'un bien familial. Tony remet l'intégralité de la somme à Dora et l'épouse désinvolte s'empresse de repartir à New York afin de dépenser sur-le-champ les 5000 dollars ainsi acquis, tandis que l'écrivain, étrangement, choisit de demeurer sur place afin d'écrire son nouveau roman.
Les adieux sont enjoués et la séparation semble soulager les deux protagonistes. Il y a tant de couples qui vivent de la sorte. Je ne ressens que mépris pour ces pisse-froid, capables de tenir bien droit entre les marges d'une vie sans passion, circonscrite par de rassurantes habitudes.
Entre-temps, Tony a découvert les curieuses moeurs de cette famille polonaise, qui cultive le tabac, et s'est délecté en leur compagnie d'une "prune soup". Amusé par ce qui lui semble être des bizarreries de la part de ses hôtes, il finit pourtant rapidement par comprendre qu'il est l'étranger au sein de cette enclave polonaise. Ses manières provoquent le rire de l'assemblée (il fait preuve de courtoisie envers les femmes, qui sont traitées comme des marchandises et des bêtes de somme, sans qu'il leur vienne à l'esprit de se rebiffer) et c'est lui qui, contre toute attente, devient un objet d'étude et de railleries. Il tente de se mettre au diapason en adoptant leurs façons (la serviette de table sous le cou, par exemple). La scène du repas est édifiante à cet égard, puisqu'elle cristallise les différences entre ces deux mondes et leur système de valeurs.
Très rapidement, à la faveur d'une livraison matinale de lait, le héros, abandonné par sa femme, puis par son domestique chinois, et en proie aux affres d'un foyer qu'il est incapable de tenir, se lie avec la jeune fille de la famille polonaise – Manya (l'actrice Anna Sten que Cooper surnommait Anna Stench* tant il la détestait).
Celle-ci, dotée d'une forte personnalité, ne se laisse point séduire par les manières de cet homme, qui tente de badiner avec elle. Il recevra une retentissante gifle – que l'on pourrait croire être les prémices d'un baiser, mais ce n'est pas (encore) le cas.
Elle n'est nullement impressionnée par le rôle qu'il se donne, celui d'écrivain, et lui fait remarquer qu'il n'y a aucune différence entre le fait de tirer sa subsistance de l'écriture et le fait de travailler la terre ; elle le met au défi d'écrire quelques chapitres, avant qu'elle ne consente à lui livrer de nouveau le lait, chaque matin.
Piqué au vif, mais surtout inspiré, Tony se lance dans l'écriture d'un livre dont l'héroïne, Sonia, ressemble étrangement à notre jeune Polonaise.
Et, plus le livre s'écrit, plus Tony écrit son propre rêve, plus il en devient à la fois la proie et le maître. Le miroir et le reflet.
N'est-ce pas le propre de tous les écrivains ? Il faut écrire à l'intérieur d'un rêve palpitant dont on maîtrise les contours, dont le coeur rivalise d'ingéniosité avec la vie réelle lorsqu'elle est sublimée, lorsqu'on lui demande l'impossible, une vie dont les personnages sont les fils de notre inconscient propre et de l'éternel humain – l'universelle tentation de l'Ailleurs et de l'Autre.
Très subtilement – le scénario aurait pu, cependant, davantage s'appuyer sur cette idée qui n'est pas assez développée ni davantage exploitée –, le roman de Tony devient une image de la psyché des personnages : Tony y livre son désir pour cette jeune fille, Manya découvre la femme affranchie de la tyrannie paternelle qu'elle pourrait devenir et, plus tard, Dora y lira l'amour de son mari pour cette autre femme et la ruine de leur union.
Manya a été promise (vendue) par son père au fils d'un voisin, un grossier lascar qui courtise les filles en tuant des porcs devant elles pour les divertir...
Le promis n'éprouve aucun sentiment pour la jeune fille, mais accepte l'union, car il acquerra le champ vendu par Tony (quelle ironie !), une maison et une bonne à tout faire, corvéable à merci : sa future femme. La jeune fille tente de refuser ce mariage à tout prix, mais le père la soumet brutalement à son autorité.
Une nuit de blizzard, Manya et Tony vont se retrouver seuls au monde, prisonniers dans la maison de l'écrivain. La nuit de noces, véritable, d'où le film tire son nom est celle-ci et non celle qui doit suivre le mariage de Manya et de son prétendant. Une nuit de noces rêvée, détachée des corps, de l'espace et du temps. Mais, paradoxalement, une nuit vécue.
Tony et Manya, sans mot dire, dans un simple effleurement des lèvres, reconnaissent implicitement leur attirance. Non, leur amour, celui qui est forclos, qui rend impuissant jusqu'au songe de lui-même.
Avec une infinie délicatesse, une pudeur qui semble aujourd'hui, hélas, bien surannée, les deux êtres vont se reconnaître sans que l'union soit scellée autrement que par des regards. Les âmes communient et les corps se taisent.
Le lendemain matin, le père viendra rechercher son bien (sa fille), furieux, puisque celle-ci s'est déshonorée aux yeux de toute la communauté, quand bien même celle-ci est demeurée aussi pure que la veille.
Le patriarche décide donc de précipiter le mariage, de peur que le prétendant ne change d'avis, de peur que la jeune fille ne soit ravie par Tony.
Manya n'épouse pas encore son destin. Mais ses larmes n'y peuvent rien et sa mère de lui dire que les femmes polonaises pleurent "à l'intérieur" et qu'il faut bien se résoudre...
Manya n'épouse pas encore son destin. Mais ses larmes n'y peuvent rien et sa mère de lui dire que les femmes polonaises pleurent "à l'intérieur" et qu'il faut bien se résoudre...
Lorsque Manya rendra visite en cachette à Tony pour lui annoncer que le mariage doit avoir lieu le lendemain, elle se retrouvera face à l'épouse, revenue de manière fort inopportune. Cette dernière, sans aucune élégance, après avoir lu le manuscrit de son mari et compris qu'elle avait perdu son mari, va tenter d'éloigner Manya en effleurant la corde morale et en faisant montre d'une confiance en Tony qu'elle est bien loin de ressentir. L'épouse fait éprouver à l'aimée de la honte pour son sentiment. Et seul ce sentiment pouvait la perdre, parce que le rêve n'a qu'un ennemi : le doute.
Seulement à cet instant, Manya renonce vraiment.
Le mariage a lieu selon les rites consacrés de la communauté.
Dora, songeant que le mal est fait, avoue à son mari la venue, la veille, de Manya et l'échéance du mariage. Tony se précipite à la fête qui succède à cette union et réclame le droit de danser avec la mariée. Tout peut se lire dans ce regard échangé. Et cette mèche vagabonde sur le front de Gary (sa petite marque de fabrique) est comme une larme.
Nous pensions assister, depuis les premiers instants de ce film, à une comédie fluette et agréable, voire à un aimable mélodrame, mais les derniers instants transforment ce film, qui aurait pu être anodin, en une tragédie véritable, qui choque autant qu'elle laisse désemparé.
La nuit de noces est venue et Manya se refuse ou s'offre contre sa volonté à son époux. Celui-ci, blessé dans son orgueil, devine la raison de cette attitude et décide de se rendre à la maison de Tony afin de le tuer. Manya arrive la première et s'interpose entre les deux hommes, pour sauver celui qu'elle aime ; et, malheureusement, elle tombe dans l'escalier.
Alors qu'elle est mourante, Tony lui avoue enfin son amour – le songe traverse la paroi du monde réel – et Manya lui dit, haletante, qu'elle a été contrainte à cette union.
Il est trop tard. Il est plus tard qu'on ne le pense. Il est toujours trop tard.
L'épouse prend une autre dimension à ce moment-là, se révélant à elle-même autre ; elle essaie de soutenir son mari, mais le glas a sonné : et pour elle et pour lui.
Imperceptiblement, ce petit film, fort imparfait, se métamorphose, peu à peu, en une histoire de rédemption qui émeut aux larmes : le héros est transfiguré par cette rencontre avec cette femme et brûlé par la pureté de chaque fibre de son être. Morte, elle ne cesse d'être vivante en lui, plus que jamais. Elle a irradié Tony et celui-ci refuse alors de rendre un dernier hommage à son cadavre, car elle vit en lui désormais. C'est ainsi que Tony devient un être sensible, accordé au la mineur des sentiments les plus nobles, ceux qui éclosent à bas bruit et nous font rencontrer (trop rarement) notre moi rêvé...
Son regard au loin devine la silhouette fantomatique de cette jeune fille qui a traversé comme une ombre son existence, dont l'ombre a croisé et fracturé à jamais la sienne.
Elle le salue au loin. D'elle, il ne reste dans le monde réel que la membrane du rêve ou du simulacre, le coeur de toutes les histoires... La meilleure part du rêve, le velours des songes, ce tissu que bien peu d'êtres humains peuvent toucher.
Et, Tony, avec un pauvre sourire, lui rend ce signe de la main qui signifie, peut-être, un adieu à cette peau morte d'homme qu'elle emporte avec elle, cette membrane déchirée dans laquelle il ne peut plus se réfugier, en proie à la cruauté du réel, à sa vérité... Tony est à nu et à vif. Il a répudié les simulacres d'un monde frivole pour ceux de l'âme profonde.
Il coïncide avec un destin. Il le détruit. Il devient ce qu'il est.
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* "Puanteur" en anglais.
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Billet écrit en écoutant ce magnifique disque :
Libellés :cinéma,Gary Cooper,King Vidor,mélodrame
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- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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