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lundi 17 décembre 2007
Noël approche à grands pas et j'espère avoir le temps d'écrire quelques lignes obliques concernant cet événement d'importance. Ma robe en gaze noire est prête et mon cœur de petite fille est astiqué pour refléter avec le plus de vérité possible toutes les émotions de cette période. J'attends de pied ferme et vernis le Père Noël. Mais, eu égard au fait que je suis sa légitime épouse, je ne suis guère inquiète quant à sa venue.

Le volume Barrie, en préparation depuis des mois, dont la publication est toujours prévue en 2008, verra très certainement le jour, mais chez un autre éditeur que celui qui était prévu au départ. Dans de meilleures conditions, à la fois pour le volume lui-même et pour moi-même, car je ne transige pas avec certains principes, même si la liberté que je m'octroie semble être impertinente ou exagérée à certains. Le fait est que j'ai la chance et l'impudence de ne pas travailler pour gagner ma vie et que je peux choisir mes conditions. L'argent ne m'intéresse pas. Ainsi, je ne vends pas ma liberté d'être, de penser et de publier.

Et, dans cet intervalle, je donne des miettes à mes aimables oiseaux-lecteurs.

Je dédie cette miette ou cette croûte de pain frais à Kaguya qui m'a écrit une lettre magnifique et bouleversante (l'une des plus belles que j'aie reçues depuis que j'écris ce JIACO et que j'aie créé le site J. M. Barrie).

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J'ai la tête qui tourne un peu. Vertige du sentiment amoureux pour cet auteur.

Tout au plus s’agira-t-il ici d’exécuter quelques pas de danse autour de la tombe de l’auteur, avec la grâce supposée d’une danseuse étoile russe


[Cf. le billet de mon très cher et tendre ami Robert]

– de celles dont on peut essayer de tomber amoureux pour la simple beauté du geste (1) - ou bien se risquera-t-on à des entrechats, ratés, animés par la diablerie du rusé Peter Pan. Mais nous n’écrirons probablement jamais, à strictement parler, une biographie de Barrie. Ne maudissait-il pas, par avance, de toute éternité dirait-on, ceux qui essaieraient de « déterrer le mort et de fourrer un doigt dans ses orbites» ? Nous nous tenons sur le côté, figée dans une esquisse, une jambe tordue, parce que, soudain, nous nous souvenons de ce qu’il a écrit dans le labyrinthe de ses Carnets : « Je déteste les explications ! » Nous respectons cette farouche volonté d’indépendance tandis que nos doigts, comme les siens, « dégoulinent d’encre »… et se meuvent dans l’ombre de cette sage et impossible résolution. Se taire et l’écouter avec tous ses sens. Ces raisons pourraient suffire à faire préférer le silence ou, à tout le moins, à faire durablement pencher la volonté de ce côté-ci… La danseuse est à terre.
Il est d’autres motifs qui relèvent moins d’une faiblesse pour la formule aiguisée, celle qui en impose et tient à distance. Pourquoi coucher entre quatre pages sa biographie quand, brillamment, elle fut écrite par d’autres (Denis Mackail et mon ami Andrew Birkin, pour ne citer que les plus illustres et les mieux informés), même si au premier Mary Ansell-ex-Barrie-devenue-Cannan reprocha, à tort certainement (2), de n’avoir pas su cerner le grand petit homme. Emprisonne-t-on l’esprit de la nuit et la magie des fées dans un pot de confiture et, a fortiori, dans un livre ? Mary, Mary, Mary, trouvez un autre argument et si vous vous décidez à parler tout ce même, nous n’aurons d’autre choix que de vous écouter. « Ce n’est certainement pas le J. M. que j’ai connu pendant seize ans. M. Mackail l’a serré de si près avec ses propos étroits et un snobisme tel que l’on entrevoit très peu de l’homme véritable. Il avait un esprit fin et une immense dignité. Sa tragédie fut de savoir qu’il avait échoué en tant qu’homme et que l’amour, dans son sens le plus complet, ne pouvait être ressenti par lui ou même expérimenté, et c’est cette connaissance qui le conduisit à ses batifolages sentimentaux. On pouvait presque l’entendre, à l’instar de Peter Pan, croasser de triomphe, mais son cœur était malade en permanence. L'immense tragédie de son existence, M. Mackail l'a ignorée. Une tragédie qui ne peut être traitée avec de l’humour ou de la légèreté. M. Mackail a une passion pour le mot “petit” et au bout d’un certain temps cela devient ennuyeux. » (3) Ces protestations recevraient meilleur accueil de notre part si Mary A. avait toujours manifesté pareille loyauté à l’égard de son premier époux. Et pourquoi, si volonté de protection elle ressentait si fort, refusa-t-elle d’aider le biographe à écrire cette immense biographie, qui fait toujours autorité ? Pourquoi ne fut-elle pas plutôt reconnaissante à l’auteur de celer aux yeux des indiscrets les rapports platoniques forcés de son ex-mari, cette malédiction qu’il évoque à plusieurs reprises avec un tact non dépourvu de sincérité dans le dityque consacré à son alter ego, Tommy Sandys (4) ? N’avait-elle pas demandé à Sir J. M. Barrie de censurer certaines lignes qu’elle jugeait exhibitionnistes ? Dans ses Carnets, n’écrivait-il pas deux jours avant leur mariage : « Notre amour ne m’a rien apporté, sinon la souffrance. » ; « Comment ? Devons-nous vous instruire des mystères de l’amour physique ? » Certes, ces lignes n’étaient pas destinées à la publication, mais leur existence rend hommage au biographe de Barrie. Plus tard, lorsque le mariage sera, non pas consommé, mais prendra le goût vert-de-gris de la ruine, il écrira en plein jour : « Ce que Dieu trouvera le plus difficile à lui [Tommy] pardonner, je pense, c’est que Grizel n’eut jamais d’enfants. » Ce sont ces lignes que Mary lui demandera d’effacer. Le propos de Mary Cannan n’est pas dépourvu d’ambiguïté mais nous ne saurions la juger, quand l’époux déchu lui-même s’y refusa et jusqu’à sa mort se montra d’une bienveillance peu commune l’égard de celle qui l’avait pourtant abandonné pour un autre. Non, il ne s’agit pas d’établir une biographie qui, pour être à la mesure de l’homme, se devrait d’adopter un romanesque de chaque instant. Il faudrait une balance bien précise et bien étonnante pour peser des choses aussi légères qu’un rêve, l’essence d’un conte de fées ou les trois tonnes d’un regret. Malraux précisa ainsi cette pensée : « Il faut beaucoup de réel pour faire un conte de fées, mais il faut que ce réel y perde son poids. » Et si Peter Pan peut voler, c’est parce que sa mère, dans son incurie, a oublié de le peser… Malheureusement, nous ne sommes pas disciples de cet Icare qui n’avait pas besoin d’ailes, mais qui manquait d’elle, et nous ne pouvons ni voler ni entrevoir la couleur des cieux lorsqu’ils s’enfoncent au-delà des nuages, dans cet ailleurs rêvé qui a le goût d’un trouble, celui qui nous agite quand nous songeons à notre perte, lorsque nous croyons tomber de notre lit, comme Little Nemo, alors que nous ne faisons qu’être tirés par les pieds par le Marchand de Sable ou l’Homme dans la Lune.
Il est des choses aussi plus prosaïquement cruelles que, d’un trait de plume, en regardant par-dessus son épaule, en se donnant du Monsieur Anonyme, dans ses mémoires (4), Barrie désarme avec la brutale et salutaire franchise qui est la sienne : « En résumé, Monsieur Anon, cet homme qui abrite des chagrins secrets, trouvait inutile d’aimer car, après un regard jaugeant sa longueur et sa largeur, personne ne l’aurait écouté. » Ou encore, dans cette lettre à Mrs. Fred Oliver (21 décembre 1931, soit six ans avant sa mort) : « Six pieds et trois pouces (…) si j’avais atteint cette hauteur, cela aurait fait une grande différence dans ma vie. Je n’aurais pas eu l’ennui de faire tourner les machines des imprimeurs. Mon seul but aurait été de devenir le favori de ses dames – ce qui, entre vous et moi, a toujours été mon ambition malheureuse. Les choses que j’aurais pu dire si mes jambes avaient été plus longues. Lisez ceci, entrecoupé, de pleurs amers (…) » A peine transposé on retrouve cette même plainte dans des œuvres de jeunesse, telle que Le petit Ministre : « Il est dommage, mère, que je sois si petit, dit-il dans un soupir. - Tu n’es pas ce que j’appellerais un homme particulièrement grand, dit Margaret, mais tu es juste de la taille que j’aime. Même si Margaret n’en était pas consciente, la petitesse de Gavin avait affligé toute son existence. »
Il est tentant de prendre au premier degré cette souffrance qui est celle d’un homme qui aimerait avoir la taille d’un homme « normal » et qui, cependant, était moins court qu’il ne le dit et que je ne l’ai cru pendant longtemps.


[Extrait de la base de données d'Andrew Birkin.]

Sa femme était haute de 5 pieds (à peine un mètre et cinquante-trois centimètres). La taille est un prétexte, bien sûr, qui permet de parler ouvertement d’un problème physique ou psychique plus intime.
Et, en dernier recours, comme pour s’excuser de ne rien en faire, il faut bien admettre qu’il fut le premier à l’écrire cette maudite biographie ! Et parce qu’il l’a mieux écrite que personne, étant aux premières loges de son existence, mais sans s’aveugler sur son sujet - car il aurait pu être facile de le faire -, il donna à lire son existence à travers tous ses textes, même le plus petit et le plus insignifiant d’entre eux (ses lettres sont un modèle du genre).

Dormez bien, M. Barrie. Je veille sur vous à la lisière du temps. Je vous aime, comme l'enfant que je suis.

(1) Cf. ci-contre La vérité sur les danseurs russes, une fantaisie barrienne presque oubliée de tous.
(2) L’ex-femme de J. M. Barrie avait certains arrangements, condamnables, avec la vérité et le mauvais procès qu’elle fait à Denis Mackail paraît plutôt dicté par des motifs personnels, égoïstes. Mais loin de moi l'idée de vouloir la juger, puisque Barrie lui conserva son amitié ; je ne puis la concevoir ni subjectivement ni objectivement. Je ne la saisis pas du tout. Elle se dérobe sous ma pensée.
(3) Lettre de Mary Cannan à Peter Davies, le 14 avril 1941 (source : la remarquable base de données du site internet d’Andrew Birkin).
(4) « T. et G. Ce livre contient ce que les biographes ordinaires omettent. » (Carnet)

Toutes les citations ont été traduites par nos soins.
vendredi 18 août 2006
J'en discutais avec mon ami Robert. Je lui disais à quel point j'étais convaincue de l'influence néfaste de Margaret Ogilvy sur son fils, James Matthew Barrie.
Et voici ce qu'Andrew Birkin publie ce jour sur le forum ANON...
Je traduis ses paroles en couleur. Le reste de la traduction est celle qui se rapporte aux écrits du biographe de Barrie.
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Le passage suivant, extrait du manuscrit original de la biographie de Denis Mackail, en date de 1941, pourrait être d’intérêt. Il a été censuré par Cynthia Asquith avec un crayon rouge. Les mots : « Détruisez ceci ! » barraient le passage. Voir la page 212, troisième paragraphe, dans la biographie de Mackail, pour comparer les deux versions.
« Jane Ann [la sœur de Barrie] avait quarante-six ans [en 1893]. Toujours aussi dévouée, se sacrifiant comme de coutume. Simple, déjà vieille, mais ayant surmonté le risque de développer la complexion vaniteuse de sa mère. Elle vivait dans le secret de son existence intérieure, qui était si malheureuse et pénible (il n’est plus besoin de le cacher plus longtemps), car elle n’était pas le seul membre de la famille à céder à cette tentation mortelle. Il y avait, en effet, deux démons qui guettaient les enfants de Margaret Ogilvy : la mélancolie et la boisson. Seul le plus fort d’entre eux pouvait résister aux deux forces. Jane Ann, par l’exemple qu’elle avait sous les yeux et par la prévention qu’elle avait conçue contre l’un d’entre eux, s’était battue et avait remporté le combat. Mais, voilà, il semblait maintenant que cette victoire avait laissé une voie à l’autre démon. Son frère savait. De même qu’il était au courant de tous les incidents se produisant par ailleurs. Il me fit part qu’il devait prendre garde à ne pas succomber lui-même. En effet, il y prit garde. Une ou deux fois, cela lui procura un certain bien-être lorsque l’un de ses mondes tomba en ruines. Mais c’est le pire qui lui advint. Ce sentiment ne le gouverna jamais. Et, bien que la mélancolie flotta dans les airs, autour de lui, toute sa vie, il put toujours la contrer, au moment où il le voulut, car il était aussi bien fuyant que courageux, y compris quand l’hérédité avait rattrapé tous les autres et qu’il était à terre. Mais les autres étaient plus faibles et vulnérables que lui. L’impulsion donnée par la renommée et par leur situation ne pouvait les aider qu’indirectement. Alors, ils buvaient ou bien se mettaient au lit pour n’en plus se lever. Encore une fois, tout se passait comme s’il existait quelque effrayant mystère biologique produit par l’union de ce tisseur et de cette fille de maçon. Quelque chose d’inexplicable, qui les remplissait d’effroi, qui les hantait tous. De quelque façon que ce fût, apparemment, qu’ils fussent ou non coupables, chacun de leurs enfants dut payer une impitoyable rançon. »
Il doit être rappelé que Denis Mackail – à la fois un ami de Barrie et des enfants Davies – avait été nommé par l’agent littéraire de Barrie (à savoir, Cynthia Asquith et Peter Llewelyn Davies) pour écrire une biographie. Celle-ci, selon Nico, manqua de le tuer !
Je précise que le terme d'hypocondrie, présent dans le texte original, désigne en fait davantage une forme de mélancolie. Je traduis donc ainsi. Cette mélancolie ou cette neurasthénie s'apparente à ce que l'on nomme aujourd'hui la dépression. Je commenterai tout ceci plus tard.
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  • mardi 16 juillet 2013
    (Semaine du 1er au 6 juillet 2013 en Angleterre)




    Michael Asquith, J. M. B., Simon Asquith, Her Majesty Queen Mary, Lady Wemyss (= Mary Countess of Wemyss), Lady Mary Lyon ( = Mary Strickland, her daughter) and Charles Whibley at Stanway House. Aux alentours de 1923. Images que vous pouvez agrandir en vous rendant ici, dans la réserve d'images que je mets en ligne pour mes divers sites en relation avec Barrie. 

    ******


    OXFORD :


    Je suis arrivée à la fin d’un cycle. C’est la réflexion que je me suis faite abruptement, il y a quelques jours, quelques semaines. Cet aveu est une gifle que je me suis donnée. Ce fut salvateur et bien mérité. Le remède à toute mauvaise foi possible est l'auscultation attentive des divers mouvements de l'humeur, l'étude de ces oscillations insignifiantes, qui sont pourtant signes et symptômes. Ce sismographe ne ment pas, contrairement à notre esprit consolateur, si bien disposé à entretenir le faux-semblant. J'avais perdu, peu à peu, la Joie pure et avide. Je me laissais dériver, vivre – comme "les autres". Je me sentais en mouvement, mais désorientée ; et ce fil d'or qui m'a toujours reliée à cette Joie terrible, vestige sacré de l'enfance, me semblait rompu. Je n'étais plus moi, simplement une projection de ce moi. Je m'étais usée et je me sentais stérile, bue jusqu'à la lie. Heureuse, mais en surface. Me manquait comme l'écho de ce bonheur, sa réflexion. Le soleil ne suffit pas, il faut également le reconnaître dans chaque éclat dont il pare le monde. (Ne pas perdre une goutte de ce soleil.) C'est cela la royauté de la Joie et je ne peux ni ne veux vivre dans une tonalité mineure ; pire : j'en veux à ceux qui se contentent de cela. On ne peut se satisfaire d'être plein et vif, ici et maintenant. Il faut se sentir engagé en un dessein supérieur. 
    La fin d'un cycle ? Je ne suis pas encore certaine de bien savoir ce que cela signifie, mais il me semble que circonscrire l’impression et lui apposer un nom en forme de diagnostic a le mérite de reconnaître cet état, qui était le mien depuis quelques mois. Les six premiers mois de l’année manquèrent de légèreté, il faut bien l’avouer. J’étais à la traîne et le fardeau était lourd. Heureusement, l’important (mon Amour de Mari, notre enfant...) était hors d’atteinte des contrariétés et des moisissures de la vie étrangère. J'ai toujours été douée, depuis l'enfance, pour isoler la blessure. La gangrène est limitée. Mais le monde extérieur existe et je préfère entretenir des relations cordiales avec lui plutôt que de prétendre qu’il n'est pas – ce qui serait tout aussi sot que malsain. Et ce monde extime a des choses à m'apprendre : il est là pour me mettre à l'épreuve, pour vérifier ma solidité interne. C'est à son aune que mes rêves se mesurent et contre lui qu'ils se déploient. Ne pas perdre la Joie, ne pas la laisser s'éteindre. Il faut veiller sur ce feu. Il suffit d'un moment d'inattention pour qu'il soit soufflé. Je dois vous avouer que j'ai l'impression, depuis mes toutes premières années, que la plupart des êtres humains vivent ainsi, à l'abri de ce feu, et en ignorent même l'existence – si bien que de feu il n'est pas. J'ai toujours conservé cette pensée secrète, parce que je la croyais tout d'abord illusion ravageuse, partagée par tous et, plus tard, excentricité de l'âme un peu honteuse, une sorte de tare. Pourtant cette Joie a d'autres noms et existe pour d'autres, mais pas pour tous, il est vrai.
    J’attendais donc l’été, l’Angleterre et Venise, pour faire une cure de beauté, pour reprendre des forces. Venise est très proche, désormais ; mais l’Angleterre a déjà fait son effet sur moi : l’énervement se dissipe, je redeviens la châtelaine de mon immense domaine intérieur. Je ne me sens plus d’autres obligations que de faire ce que, réellement, je dois accomplir pour rejoindre la petite fille qui compte les clous de la porte, à la lisière de la mémoire : écrire. J’entends écrire en première personne, pour cette petite fille. Je me moque de ceux qui ne voient pas en moi cette petite fille, qui est à la fois sorcière et fée.
    Ces derniers mois, j’ai retravaillé une traduction ancienne de Mary Rose (et retrouvé, sans bouger de mon bureau, un manuscrit perdu de Barrie à la Beinecke !), que j’avais composée il y a un moment de cela, puis je l’ai annotée ; j’ai également sorti de l’ordinateur un gros brouillon grouillant d’idées d’une postface très possible à cette pièce, participé modestement à la naissance d’un beau livre qui sera bientôt publié chez Taschen, réécrit  une nouvelle mouture de mon adaptation du Petit Oiseau blanc, mis en chantier la suite (car il y aura deux pièces, visibles indépendamment l’une de l’autre), œuvré pour la biographie de Barrie, traduit deux courts, mais essentiels, textes de Barrie que j’espère faire paraître… Et ce n’est pas tout. Mais je n'étais pas contente de moi pour autant, parce que je savais que, malgré l'importance de ces tâches et la profondeur de mon investissement, je manquais à une promesse ; et j'avais de plus en plus l'impression d'être une noyée. Chaque tâche accomplie était une pierre de plus, tirée de la carrière et poncée de mes mains, pour me lester davantage. 
    J'entends enfin quelque chose. 
    La petite fille réclame sa livre de chair… et je ne peux ignorer plus longtemps sa supplique ; cela fait vingt ans que je refuse de l’entendre – avec un talent certain, pour me cacher derrière Barrie et d’autres, il faut l’avouer – entre autres subterfuges. Après quoi, il sera trop tard. Ou peut-être est-ce cela la Ruse suprême : il est déjà trop tard et le rêve a perdu sa course contre le réel ? Mais, in fine, le rêve rétorque qu’il est plus endurant que le réel, même si ce dernier le prend de vitesse, car la vie, elle, adhère tout entière au songe : on ne vit pas pour le réel, on vit pour une vision du réel – qu'on l’ignore ou que l'on en soit pleinement conscient  – et cette vision est comme un vitrail coloré que l'on pose, à distance, sur le réel brut ; et l’on ne voit bien qu’à travers lui.

    La petite fille cogne au carreau.

    Lorsque j’étais une petite fille, cette petite fille-là précisément, à une époque où à peu près tout me semblait impossible et lointain (avec raison : tout l'était), hors de portée de ma main crasseuse, j’avais deux rêves, j’étais tenue en laisse par deux idées fixes : devenir écrivain et être diplômée de la Sorbonne et d’Oxford. Pour le reste… J’ai obtenu un doctorat de la Sorbonne et je suis sur le chemin de l’écriture et ne le quitterai jamais. Oxford est pour moi, sans conteste, un mot magique. Il résume peut-être à lui seul ma relation à l’Angleterre et à cette langue que je suis bien en peine de prononcer (ô mon Dieu, pardonnez-moi !), mais que je comprends autant avec ma sensibilité que ma raison, parfois mieux que certains autochtones (car mon anglais est celui de la littérature, un anglais myope, muet, lu mais non chanté ; un anglais qui bat en mesure, sous mes paupières, avec ce cil nerveux dont je ne peux arrêter la pulsation lorsqu'il s'éprend de la page). Malgré de multiples séjours en Angleterre au cours des années passées, je n’étais jamais allée à Oxford. Je sais désormais qu’il me faudra y retourner, même si le fantôme du regretté John Thaw – et son double Morse, le parfait personnage de fiction, la quintessence de tous mes fantasmes – n’est pas là pour m’accueillir.

    OXFORD est un endroit rêvé. C’est la formule sanguine de mes rêves.


    Là-bas, j’ai pensé à C. S. Lewis à chaque instant. Non pas à la faveur de Narnia (que je ne prise guère, mais j'y reviendrai peut-être un jour, avec un regard différent), mais par la seule force de ses écrits religieux. Lorsque je lus Lewis, il y a une dizaine d’années, je n’étais pas encore en mesure d’offrir un contenu à ce mot « Joie » – état pourtant cent fois vécu de la façon dont il l’exprime, avec des variantes qui me sont singulières – qu’il employait pour parler de son cheminement vers Dieu. Mais ces lectures eurent lieu avant ma conversion, qui date de décembre 2010. Laquelle s’est produite d’un coup, lorsque mon enfant est né, presque au moment où on l’a sortie de mes entrailles. Je ne pensais pas que la foi pouvait avoir ce visage. Je ne l’ai simplement pas reconnue comme telle : j’imaginais que l’on était foudroyé par la grâce, qu’aucune décision n’entrait en ligne de compte et que l’on était contraint de rendre les armes par la force de l’évidence. Je n’imaginais pas que la foi pût se faire un chemin à bas bruit ; je n’imaginais pas qu’elle pût être là depuis le premier jour, dissimulée dans certaines sensations ou pensées gardées secrètes, attendant notre assentiment pour éclore. Je n’imaginais pas que l’on pût avoir la foi et refuser de la reconnaître. En vérité, Barrie a été l’instigateur de cette foi. Mais, là encore, je n’ai pas reconnu l’œuvre de Celui que je ne peux encore me résoudre à nommer « Dieu ». Il m’est très pénible de renoncer à l’athéisme. Je suis presque honteuse de passer de l’autre côté. La foi a toujours été pour moi la force des lâches, de ceux qui sont incapables de voir le monde tel qu’il est : matériel et donc inhumain, fondamentalement sans espoir. Pourtant, il y a toujours eu en moi autre chose, et la Joie était l’indice de cette « autre chose ». Je suis à jamais une athée ceinturée par la foi. Une réaliste tendance pessimiste traversée par un courant de folle Joie. Tout relève de la décision en moi, d’une décision esthétique plus que morale ou métaphysique, celle de croire ; ou, pour le dire autrement, d’un refus de la mauvaise foi (conserver ma position d’athée qui me semblait bien plus noble, mais aussi, paradoxalement plus confortable). Cela ne change pas ma façon de me comporter ni même ma Weltanschauung. Cette foi n’est pas un ajout ou une conversion au sens étymologique, mais simplement un aveu ou l’acceptation de quelque chose qui existe en moi depuis toujours et dont Lewis parle mieux que moi. Je ne peux que citer ce que j’écrivais au sujet du film de Malick, The Tree of Life, en y apportant un autre regard : « J'aurais aimé avoir la foi. Brûlée vive. Je suis curieuse de ce sentiment ou de cette émotion que je devine, mais qui ne m’atteint pas pleinement. Je suis née sans foi. J’ai reçu ce que j’ai longtemps cru être une malédiction, mais qui est peut-être la grâce véritable : la liberté de conquérir et de remettre, sans cesse, en jeu mon salut. Incomplète et incomprise je suis, et mon travail ne fut jamais, jusqu’à présent, que celui d’une couturière, laborieuse et constante : je voulais refermer sur moi cette aube trouée, menteuse, porteuse de mensonges et de songes nacrés. J’étais une perle sans coquille. Je voulais que l’on s’empare de moi. Je suis née sans autre foi que celle, humaine, de la beauté et de la vérité, cette émotion qui saisit et dépossède de soi. Peut-être n’en existe-t-il pas d’autres, mais qui osera le dire ? Il est facile d’être athée et d’exprimer ce manque ou cette fermeture en soi à l’Autre et à l’Ailleurs. Il est impossible de dire la foi, qui a peut-être mille visages, et n’exprime pourtant qu’un seul et unique trait : une béance, une place vacante en soi. La foi n’est peut-être rien d’autre que cette absence ressentie si fortement qu’elle œuvre plus pour nous qu’une présence dont on est certain. » Ma foi est donc une non-foi, mais  je découvre aujourd’hui que c’est une foi qui en vaut une autre et que la foi a probablement mille visages, ou autant de visages que d'êtres humains. Cela rend modeste.
    Ma foi est cette Joie mystérieuse en moi, lorsque je sens l’odeur des tilleuls en fleurs. Cette odeur, dont je ne peux capturer l’essence, me ramène au jardin public où j’allais rarement avec ma grand-mère, lorsque j'étais petite, pour y ramasser des feuilles de tilleuls qu’elle me préparait ensuite en tisane, ajoutant une cuillerée de sirop pour la gorge. Et ce retour dans le passé m’ouvre à Dieu sans que je puisse l’expliquer. Voilà, c’est tout. Un sentiment de complétude, d’infini dans le fini, un sillon d'éternité creusé dans la temporalité du souvenir. L'AMOUR.










    {Cliquez sur ces images et les suivantes pour les agrandir.}

    Ne restant que peu de temps à Oxford, mes exigences étaient limitées. Je désirais emprunter l’Addison’s Walk, dans les jardins de Magdalen College (que je ne prononce pas du tout comme il convient de le faire), boire une pinte au pub où se réunissaient chaque mardi les Inklings (et Morse y descendit également), visiter Christ Church (encore deux mots que je dis comme si ma langue était ensorcelée par le diable en personne) et la Bodleian Library.
    Tous mes vœux ont été exaucés.
    J’espère avoir le temps, à mon retour de Venise, pour revenir vous parler de C. S. Lewis, de Tolkien… et de Dieu. J’aimerais prendre le temps de le faire. Cela fait partie de l’expression de cette Joie.


    À l'intérieur du pub, une citation de Lewis : 


    Il ne faut pas que j'oublie de mentionner un livre que je recommande chaudement : de belles images d'Oxford et des promenades à faire sur les pas des Inklings. Vous n'apprendrez rien de nouveau sur Lewis, Tolkien and co, si vous connaissez bien le cheminement de leurs existences, mais le panorama est plaisant.  


    De Christ Church, je ne peux rien dire pour le moment, car je refuse, dans la mesure de mes moyens, de nourrir le cliché – même s’il n’existe pas d’autres moyens de visiter certains lieux que de suivre le troupeau (j’ai failli m’étrangler de rage, lorsque l’on me parla de Harry Potter, comme si je venais visiter the Great Hall pour rendre hommage à ces films !). Mais ce fut un pèlerinage important pour la carrollienne que je suis. Il me faudra consacrer quelques heures pour en rendre état. Laissons, pour l'heure, parler quelques images maladroites. 



    Magdalen College était une étape souhaitée, par égard pour C. S. Lewis.

     


    Et l’Addison’s Walk un endroit symbolique à ne pas manquer, puisque Lewis, alors qu’il discutait avec Tolkien et Hugo Dyson, en se promenant ici, eut le début d'une révélation et se mit à croire à l’existence du Christ (la nuit du 19 au 20 septembre 1931).



    ***






    BROADWAY :

    À Oxford, nous avons loué une voiture pour nous rendre dans les Cotswolds, région magnifique d’Angleterre, comme tout un chacun le sait. Mon but était évidemment barrien. Stanway House, l’objet de ma quête, est située à Stanway,  à quelques miles de Broadway, où nous avions donc élu domicile pour deux ou trois jours. Stanway évoque tout d’abord pour moi The Yellow Week at Stanway, un petit film amateur réalisé par Barrie, dont j’ai déjà parlé. De jaune, en effet, il est question, car tout est doré dans ce pays, à cause des pierres si caractéristiques de la région, mais ce n'est pas la raison du titre de ce film. Broadway est un charmant village : beau et policé. Peut-être trop parfait pour émouvoir véritablement. L’argent y coule à flots, cela se sent, à chaque coin de rue. J’y verrai bien la scène d’un crime à la manière d’Agatha Christie. Je me suis toujours imaginé la campagne anglaise ainsi, mais les Cotswolds n’en sont vraisemblablement pas représentatifs. L'attraction principale de Broadway est une folie, la tour ! Le vent y est particulièrement violent et, cependant, il s'agissait d'un jour béni d'après les familiers de l'endroit. À noter le petit musée (d'un intérêt limité) William Morris en haut de la tour, car l'homme s'y réfugia un temps.















       


    Broadway est un village délicat ; et c’est là où, jadis, Mary Cannan, l’ex-femme de Barrie, s’était installée un été, en 1923, dans l’espoir, peut-être, de se rapprocher de celui qu’elle avait abandonné, car Barrie prenait ses quartiers d'été à Stanway. 1923 fut l’année où Gilbert, ex-mari de Mary Ansell ex-Barrie ex-Cannan (mais elle conservera le nom de son second époux et prétendra, en France, être sa veuve), fut interné… Barrie ne la rencontra pas, je crois, à ce moment-là. Pendant les années 20, Barrie n’était pas à la noce, pauvre chère âme… Néanmoins, il vécut d’agréables moments dans la région des Cotswolds. Il découvrit à Stanway House un nouveau jeu, une passion : le shuffleboard. Stanway House possédait une merveilleuse table de jeu en chêne et Barrie s’adonna rapidement à ce jeu avec, paraît-il,  la ferveur et l’enthousiasme  d’un enfant... Il y jouait pendant des heures. En tout cas, pendant seize ans, ce jeu fut, dit-on, l'une des choses qui l'incitèrent à revenir à Stanway !

    STANWAY HOUSE :


    Jeudi 4 juillet, nous avions rendez-vous avec nos amis Robert Greenham et Christine De Poortere, qui venaient respectivement de Maidstone et de Londres. Ce fut une grande joie de visiter tous ensemble Stanway House, une fête de l'amitié. La demeure n’est ouverte au public que de juin à septembre et uniquement deux jours par semaine : le mardi et le jeudi. Elle est habitée par son propriétaire actuel (Lord Neidpath ou, si vous préférez, l'Earl of Wemyss and March, qui est, si je ne m’abuse et sais lire l’arbre généalogique, le petit-neveu de Cynthia Asquith, et, entre autres, un adepte de la trépanation – c'est lui-même qui le dit... On a les loisirs que l'on peut...). Seule une partie de la maison est ouverte au public, celle qui me paraît en majorité dévolue aux amis. Ma première impression lorsque je découvris Stanway fut un choc esthétique : une splendeur absolue, qui met à genoux, un incroyable manoir jacobéen avec une "gatehouse" que l'on attribue à Inigo Jones. Lorsque je pénétrai à l’intérieur, je ressentis pourtant un certain malaise. La maison, selon toute évidence, est mal entretenue et peu d’égards lui sont rendus. Vraisemblablement par manque d’argent ; mais, tout de même, son propriétaire actuel pourrait certainement trouver moyen de lui redonner son lustre. On est étonné de voir des livres à reliures anciennes (The Approach to Shakespeare by J. W. Mackail ou Ellen Terry and Her Sisters by T. Edgar Pemberton et d’autres livres plus intéressants et anciens) côtoyer des choses aussi vulgaires (à mes yeux) que des numéros de Vogue – ou pire. Des couvertures chauffantes, ici et là, laissent entendre que la maison est bel et bien habitée – et mal chauffée, l’hiver. La cuisine est immense et équipée avec le confort moderne. Le papier peint est sale (oui, mais il s'agit d'un papier peint de William Morris, censé avoir été posé de sa main !) et tombe en ruine, les tapis sont usés à la corde, il y a une juxtaposition de très ancien et de moderne bon marché (des tapis que l’on imagine dans la plus modeste des maisons, par exemple). Je sais : cela ne se fait pas de critiquer une maison dans laquelle on est invités (pour la modique somme équivalente au ticket d’entrée, tout de même)… et l’on est en train de me trouver mesquine. Cependant, cette maison me semble... triste et mériter mieux... 


    Barrie loua Stanway House tous les étés à partir de 1921 jusqu'en 1932 ; il passa l'été 1933 dans le glen Prosen et retourna à Stanway en 1934, pour Noël, puis y revint régulièrement jusqu'en 1937, quelques mois avant sa mort. Il y fêtait également souvent Noël et semble avoir été très attaché à ce lieu. À Noël ou en été, il y fit donner des pièces qu’il avait écrites (A Record of Fair Men and Brainy Women, Where Was Simon? Or, The Secret of The Pyramid, et surtout The Wheel – je parlerai, un jour, de ces pièces jouées, notamment, par les enfants de Cynthia et leurs cousins), organisa de grandes fêtes, invita des personnalités très différentes et éminentes (Denis Mackail son biographe fut de la fête, H. G. Wells, Elizabeth Lucas, )… C’est donc, à mes yeux, une maison importante. La majestueuse demeure appartenait à la famille de Cynthia Asquith (son père était le onzième Comte de Wemyss.), la secrétaire de Barrie, « l’esclave » (le mot est de Barrie et j’y reviendrai un jour ou l’autre) un peu dominatrice des dernières années. Cynthia Asquith est une personnalité mystérieuse. Au départ, d’instinct, j’ai éprouvé une forte antipathie pour elle, à cause de certaines lettres qu’elle avait écrites, où elle parlait de Barrie sur un ton qui ne me plaisait pas. Elle me semblait manquer de tendresse et avoir un œil un peu trop acéré. Après mon "séjour" à la Beinecke, après la lecture de certaines lettres, mon jugement a évolué, notamment à cause de ce que Barrie, lui, éprouvait pour elle, à cause de cette dépendance qui était la sienne à son égard (la réciproque était vraie). La relation entre eux est très complexe et, à mon sens, la clef (ou l’une des deux ou trois clefs) pour comprendre les dernières années de vie de Barrie.

    La première année où Barrie loua Stanway, ce fut après la mort tragique, dont on a longtemps cru qu’il s’agissait d’un suicide, du si prometteur Michael, le fils adoptif tant aimé de Barrie. C’était à la fin du mois de juillet de l’année 1921. Les propriétaires, les parents de Cynthia, partaient en Écosse à cette époque de l’année. L’argent manquait et celui de Barrie était le bienvenu. La position de Cynthia n’était pas si confortable que certains biographes l’ont pensé : certes, c’était une manière facile de fournir de l’argent à son père que de suggérer à Barrie de louer la maison de son enfance, une façon également de profiter, avec son époux et ses enfants, de cette maison à laquelle elle était attachée, mais cela représentait un surcroît de travail pour elle et une position vraiment étrange (être une simple invitée dans sa propre maison). Les invités de Barrie étaient très divers et Mackail nous rappelle que Barrie lui-même présentait trois visages différents : « l’hôte ordinaire, l’hôte extraordinaire que l’on aurait eu grand peine à distinguer de Lob et une sorte d’invité – même s’il louait cette maison. »

    En 1925, il fit construire un pavillon de cricket, d’après, paraît-il, ses propres dessins. C’est l’endroit que j’ai préféré voir, parce que j’étais, là-bas, capable de réellement ressentir la présence de Barrie. Il est à noter que le propriétaire actuel ne fait guère état du lien entre Barrie et cette demeure (les gardiens savent à peine que Barrie y vécut et on eut bien du mal à savoir quelle était la chambre occupée par Barrie : « the Willow room », la chambre où Morris aurait posé un papier peint avec pour motif des feuilles de saule, semble-t-il, mais aucune preuve n’a été avancée…). On ne peut s’empêcher d’être surpris par la « discrétion » du propriétaire à ce sujet. Par exemple, le pavillon de cricket n’est même pas inclus dans la visite (on peut y accéder gratuitement et facilement, mais rien n’indique sa provenance ni son lien avec le génie scots).



    (La "fontaine" est impressionnante, mais ce n'est pas ce qui a le plus retenu mon attention, malgré l'arc-en-ciel, qui était, à n'en point douter, un sourire de Barrie.)



    Diaporama de mes photographies (dont je ferai un album sur le site Barrie, un peu plus tard.)




    KENSINGTON GARDENS : 


    Le voyage a pris fin dans les Jardins de Kensington, où rôde Monsieur K. dont je vous reparlerai peut-être, mais notre fille, elle, sait parfaitement de qui il s'agit... Il n'est de meilleur endroit pour une fin, car tout commence également ici. Les Jardins de K. sont l'alpha et l'oméga... 

    Une petite visite à l'Elfin Oak hélas très protégé par une prison de métal s'est imposée... 

                                 




    Et cela me rappelle ce merveilleux livre que j'ai la chance de posséder :





    Chaque année, nous ne manquons pas de rendre une visite aux "tombes" de Peter Pan et à Peter lui-même...



    … témoins immuables de notre belle vie… et de la Joie qui nous anime…


    Et, de la Serpentine, je contemple la vie qui me quitte, que je quitte volontiers, pour la transmettre à une petite fille, bien plus forte que je ne le suis et ne le serai jamais, une petite fille qui sait prononcer à l'anglaise "Peter Pan", mieux que moi... Mais elle, elle, a la chance d'avoir un "Uncle Robert" et un Parrain du Ciel, nommé Jamie... 








    FIN PROVISOIRE...


    mardi 27 mars 2007


    Après le 15 Old Cavendish Street, où il logea en 1890 et le 14 Gloucester Walk, où il vécut un moment en compagnie de sa soeur, Maggie, c'est la première maison d'importance de Sir James Matthew Barrie.




    Il y s'y installa de 1895 à 1902.
    Porthos, le fameux saint-bernard, y vécut également. Les fenêtres de la façade avant, au rez-de-chaussée, donnent sur sa salle d'écriture, nous informe son biographe Denis Mackail.
    Ce fut la maison du bonheur et de tous les espoirs.

    Je m'y installerais avec plaisir. C'est un rêve à portée de main (bien que j'ignore le prix du loyer). Si j'avais eu plus de temps, j'aurais demandé à la visiter... Petit regret.
    Mon accent est désastreux et je recopie ce que m'écrit mon ami Robert à ce sujet, car ses explications sont excessivement claires pour ceux qui s'intéressent à la phonétique (Robert, tu es mon bon génie) :
    I have just been looking at your latest videos uploaded on to DailyMotion this morning! Very nice! May I correct you on your pronunciation of 'Gloucester', please? I can imagine that this is a difficult pronunciation
    to understand, but then Britain is full of strange names! We pronounce it just the same as we would pronounce 'glosster', if such a word existed. We have the name 'Gloster' which is pronounced the same. The vowel 'o' should be pronounced the same way the English pronounce the 'o' in 'Robert' and 'John'. The 'cester' part of 'Gloucester' is pronounced as one syllable, as if it were spelt 'ster', like the second part of the word 'mister'.We have the same sort of thing with the cities 'Leicester' and 'Worcester'. These are pronounced like 'Lesster' and 'woosster' ('oo' pronounced as in 'book' or 'wood', not as in 'mood' or 'food' - assuming you know the difference!).But if there is an 'h' after the 'c' in similar looking names - such as in 'Winchester' and 'Rochester', then the 'chester' part is pronounced as two syllables, exactly
    the same as the city 'Chester'.
    Ce n'est pas sans raison si je projette d'assister à des cours d'été à Oxford. J'aimerais beaucoup suivre des cours de philosophie ou de littérature appliquée. Bientôt.
    TO BE CONTINUED...

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  • mercredi 28 mars 2007
                      
    Lewis par misshollygolightly


    Certes, je gueule un peu (beaucoup) sur cette vidéo, mais le bruit alentour, celui des voitures, était réellement assourdissant. Impression d'être un bateleur de foire - ce qui tombe plutôt bien, puisqu'une des prochaines étapes sera Covent Garden, avec une évocation d'Eliza Doolittle - ou une poissarde en regardant ce petit film. Envie d'éclater de rire. Je suis ridicule.

    J'aime assez ma bêtise.
    Imaginez que nous sommes en 1897. Le 31 décembre, pendant le réveillon, chez les Lewis qui ont eu l'excellente idée d'inviter Barrie



    et Sylvia Llewelyn Davies. Ils ne se connaissent pas encore mais le sort est déjà jeté. Nous sommes privilégiés parce que nous connaissons l'avenir de cette rencontre capitale.
    Je cite dans ma traduction le biographe par excellence, Denis Mackail, qui a écrit LA vie de Barrie et dont le travail fut titanesque : "Les Barrie ont, à ce moment-là, dîné plus d'une fois avec Sir George et Lady Lewis dans leur maison de Portland Place (...) Barrie se tourne vers l'un des convives près de lui. Et, à cet instant précis, elle [Sylvia] doit se contenter d'avoir, de l'autre côté, une vue sur son petit dos. Car il y a là, juste de l'autre côté, celle qui est vraisemblablement la plus belle femme dans cette pièce. Sylvia Llewelyn Davies, qui, cinq ans auparavant, était encore Sylvia du Maurier. Aucun des deux n'oubliera jamais cette rencontre, car ce qui adviendra bientôt sera plus que particulier et participera aussi de la légende."




    [Sylvia en 1894 avec George et Jack]



    ************

    vendredi 19 janvier 2007
    Je désirais simplement présenter, avant le week-end, en quelques lignes, cette petite pièce, en quatre scènes, que Barrie avait écrite pour l'amusement des enfants Davies, The Greedy Dwarf. Dix jours après sa représentation mourrait la reine Victoria et quelques mois plus tard George partirait chez Wilkinson (Cf. le milieu de cette page-ci ou reportez-vous à mon édition du Petit oiseau blanc). La fin d'une époque.



    Le titre m'évoque le nain Quilp, un odieux personnage du Magasin d'antiquités de Dickens.


    [caricature de Joseph Clayton Clarke]

    Je ne sais si mon intuition est juste, car hélas il ne reste pas, à ma connaissance, d'exemplaires de ce texte, très mince et en grande partie révélé par le programme. Toutefois, grâce à l'immense et insurpassable travail du biographe de Barrie, Denis Mackail (qui assista à cette pièce alors qu'il avait neuf ans sans savoir qu'il écrirait bien des années plus tard la vie de Barrie ! Cette coïncidence n'était-elle pas belle ?)


    et à celui d'Andrew Birkin nous pouvons reconstituer l'ambiance et le contenu de la pièce. Il s'agissait d'une pantomime, dans la plus pure tradition victorienne. Le Noël précédent, Barrie avait emmené George et Jack à un tel spectacle, Les enfants dans les bois.
    L'année suivante, il décida de faire quelque chose de plus amusant : écrire sa propre pantomime ! Son but était de "faire se tordre de rire tous ceux qui ont quatre ans"comme il l'écrit à l'un de ses compagnons de cricket... Et si le terme "moral" apparaît dans le programme, c'est une petite pique destinée à la gouvernante des enfants Davies, Mary Hodgson. On trouvera écho de ceci, encore une fois, dans Le petit oiseau blanc. Cette gouvernante se disputait avec Barrie l'affection des enfants et était outrée par le comportement de l'auteur, qui aimait tant les histoires...

    La pièce fut donnée dans sa salle d'étude.
    Ah que j'aurais aimé assisté à cela ! Il y eut une seule et unique représentation. Les spectateurs furent tous invités ; c'étaient des enfants. Cette représentation eut lieu le 7 janvier 1901, l'après-midi. Ce ne sera pas la première pièce privée que donnera Barrie, coutumier du fait.

    Les costumes étaient dans le style des illustrations de Kate Greenaway (j'ai parlé d'elle ici en un mot). Tous les acteurs, à l'exception de Gerald du Maurier, avaient plus de trente ans ; Barrie lui-même allait vers ses quarante-et-un ans.


    En lisant le programme, on apprend que Miss (!) Sylvia du Maurier a été ramenée en hansom cab de l'année 1892 (!) afin de jouer le garçon à cheval sur les principes" ! Barrie, quant à lui, jouait le rôle du vilain garçon de l'école. Il portait une perruque. Il effrayait les enfants avec son déguisement en faisant peut-être un peu son Capitaine Crochet pour l'occasion... Son morceau d'anthologie était la scène où, afin de se battre, il enlevait les douze (vous avez bien lu !) manteaux qu'il portait sur lui. Gerald du Maurier (le fameux nain ! Il interpréta alors son premier rôle dans une pièce de Barrie.) de son côté, se servait de ses mains à la place de ses pieds, tandis qu'un autre acteur lui prêtait ses menottes. Madame Barrie jouait le rôle de la Brave Petite Fille, elle se tira de tous les dangers qui la menaçait, mais finit par se déguiser en fauteuil, recouverte d'une couverture... Porthos, le saint-bernard bien connu, joua aussi son rôle à la perfection, qui consistait à manger un biscuit et à boire du lait.

    Grâce à Andrew Birkin et à ses trente ans (est-ce aussi un peu de mon destin de tisser ma vie avec celle de Barrie, de repriser son ombre ? Si tel est le cas, j'y consens de tout coeur, ce rôle me plairait assez) de passion pour Barrie et la famille Davies, grâce à son oeuvre, nous avons moyen de lire le programme de la pièce, d'en apprécier l'humour, d'être touchés par tant d'amour de la part d'un poète qui s'adresse à l'enfance, et émerveillés par ce pouvoir que, finalement, nous possédons tous d'enchanter la vie des autres. Oui, chacun d'entre nous, et sans limite, que nous soyons doués ou non.
    Je me rappelle de ma soutenance de D.E.A. de philosophie, il y a quelques années, lorsque j'avais plus ou moins sidérés mes juges en faisant preuve d'autant de foi enfantine que de maturité tragique - je parlais de la mort de l'être aimé dans ce texte que je présentais - en affirmant que la magie n'était pas un vain mot mais une manière très simple de déplacer son regard dans le halo des choses et des êtres.
    Ce n'est point naïveté de ma part que de le croire et de l'exprimer. Il suffit de tellement peu pour ouvrir la voie d'un bonheur quotidien, durable, et pour faire entrer le merveilleux, comme le soleil qui cogne à la fenêtre, dans notre coeur et dans celui des autres.

    Ce matin, j'ai reçu une belle lettre rose-mauve, écrite en violet, d'une personne que j'aime tant, d'une amie qui n'a pas peur d'exprimer ces sentiments. C'est exactement ce dont je parle et ce que Barrie fait vivre encore aujourd'hui pour moi et quelques personnes à travers le vaste monde.


    Le programme de la pièce présente un dessin assez proche d'une photo de Peter Davies, que j'ai jointe également dans cette présentation. L'auteur est nommé "Peter Perkin" ! La photo le montre plus jeune qu'il ne l'était en 1901.


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