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vendredi 30 juin 2006
Billy Wilder est l'un des plus grands. Ce film-ci, une de ses délicatesses. Arte a eu la belle idée de le proposer hier soir. Je possède le DVD. Je l'ai acheté après avoir découvert le film en salle, à Paris, lors d'une rétrospective il y a quelques années. Je voulais m'assurer l'indéfectible présence de cette si belle histoire dans mon univers couleur guimauve et noir, couleur péché et mort, couleur enfance et enfer.
Mon tropisme pour les comédies romantiques est un péché mignon auquel je ne renoncerais pour rien au monde. Je suis persuadée que l'on atteint quelque chose d'aussi essentiel pour le coeur humain que lors de la représentation d'une tragédie grecque ou shakespearienne. Un indicible virtuel qui requiert un accès d'abandon en présence du sentiment maladroit que l'on éprouve à enlancer les (trop) jolies choses. Il n'est nulle émotion plus noble qu'une autre. Là où le coeur se fend et se déchire, comme le rideau d'un théâtre, celui de notre scène psychique, nous apprenons quelque chose sur nous-mêmes.. Nous ne sommes que des éphémères qu'un léger souffle emporte plus loin que nous n'aurions pu le penser. Les trois-quarts du temps (et plus encore, hélas) nous sommes en représentation. Être fort signifie ne point se nourrir des faiblesses des autres et n'avoir aucun scrupule ou retenue à cacher les siennes. Il ne s'agit pas nécessairement de faire montre d'impudeur ou d'exhibitionnisme ; il suffit d'un soupçon de générosité pour soi et les autres : rien de très grand ni de très profond, une bonne intention. Un moment de grâce qui, comme ses frères, ne durera pas, mais pour oeuvrer un instant de foi peut compter double.
Il faut se dire, se dévoiler pour que l'être véritable ait une chance de s'élever. Qu'importe la chute, plus tard. Il est très difficile d'oeuvrer dans la gamme de la légèreté et des intermittences du coeur, de même qu'il est absolument impossible, à moins d'avoir du génie, d'écrire avec des bons sentiments sans risquer le ridicule ou la niaiserie. Voici les raisons pour lesquelles j'aime les comédies romantiques ; j'y vois une certaine perfection dans l'art de créer un film - et une oeuvre d'art d'une manière générale.
"Actually, I don't much care for young men. Never did." En fait, je ne me soucie pas des jeunes hommes. Cela n'a jamais été mon habitude...
Telle est la déclaration de la candide Ariane alias Audrey Hepburn. Rien de vulgaire ne semble pouvoir atteindre cette créature délicate, sortie tout droit du songe aérien et ensorcelé d'un bon génie. Audrey Hepburn est presque trop belle pour être humaine.
Le film est très osé quand il sous-entend que la jeune fille et le séducteur d'âge mûr entretiennent une relation qui n'a rien de pure ou de platonique. Wilder n'est pas aussi habile que Lubitsch, peut-être, mais il me paraît plus sincère. Malgré une ou deux précautions prises pour que la certitude du spectateur quant à la pureté de l'héroïne demeure, il n'y a aucune doute... Lorsqu'Ariane cherche une de ses chaussures à la fin d'un après-midi, il est sous-entendu très délicatement qu'elle s'est déshabillée... Et si tel n'était pas le cas l'histoire n'aurait aucune crédibilité, car Gary Cooper incarne un requin dans la mer des passions. Il aime désinvoltement et joue les coeurs dans un poker où il ne cesse de tricher.
Cary Grant aurait refusé le rôle à cause de la différence d'âge entre lui (53 ans) et Audrey Hepburn (25 ans de moins). Gary Cooper (56 ans) le remplace très efficacement mais j'ai toujours pensé que Cary était fait pour ce rôle. Je n'aurais résisté ni à l'un ni à l'autre.
Ariane, l'intègre, veut jouer à égalité avec le séducteur et s'invente un passé amoureux aussi détaillé qu'improbable. L'homme réécoute la liste de ses amants imaginaires et ne sait plus à quel saint se vouer : joue-t-elle ou bien n'est-elle qu'une fille facile (celles que Bénabar a si bien réhabilitées dans une magnifique chanson )? Il en devient fou. Comment ce loup de mer des relations amoureuses peut-il se laisser prendre à sa comédie ? Ne s'est-il pas rendu compte qu'elle était intacte ?
La scène est à la fois hilarante et profondément triste. Les jeunes filles aussi brisent les coeurs avec leurs doigts mignons qui sont des pinces de crabe.
Ariane
Vidéo envoyée par misshollygolightly
Billy Wilder
La fin du film est l'une des cinq dernières minutes dans l'histoire du cinéma que je préfère. Bien que je connaisse l'issue de cet amour-là, je ne parviens jamais à me déprêter avec mes larmes.
Pour qui aime Billy Wilder, ce livre-ci est indispensable.
Il s'agit de conversations au seuil de la fin de la vie d'un grand homme, dans une intimité élégante...
mardi 8 novembre 2005

J'attends depuis des lustres une édition DVD de ce film, que je n'ai jamais vu - ce qui accentue mon désir à son égard.
Il est sorti, il y a peu, en zone 1. J'ai failli me jeter dessus. Mais il va sortir en décembre (le 6) en France, chez l'excellent éditeur Carlotta.
Claude-Jean Philippe (que j'adore et qui anime chaque dimanche, à 11 h, son ciné-club, à l'Arlequin, dans le VIe - on le répétera jamais assez) écrit ceci au sujet du film : "Le film est un extraordinaire ballet où le danseur et la danseuse étoile font valoir toute leur virtuosité. Les figures se succèdent, de la séduction, du dépit amoureux, du bonheur, de l'amertume, de la colère et du renouvellement subit de la passion. C'est une suite d'élans, de fuites et de retours, avec d'admirables pauses." "Dans ce film, Audrey Hepburn peut donner tout son registre. Vulnérable et forte, rieuse et déchirée, elle concilie le charme de la pudeur avec celui de la franchise. Tout est grâce en elle à chaque instant."
Audrey Hepburn aurait été très nerveuse à l'idée de tourner certaines scènes de nu - ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant - mais ces séquences n'apparaissent pas dans le montage final.
La musique est, bien évidemment, de Mancini et je suppose que, comme de coutume, sa création doit parfaitement servir l'émotion véhiculée par le film. C'est un compositeur que j'apprécie particulièrement. Il agit comme un révélateur sur Audrey Hepburn.
Sans avoir vu ce film, je pense que l'on doit pouvoir le ranger au côté du beau Voyage en Italie de Rossellini, avec Ingrid Bergman et George Sanders dans les rôles principaux. L'anatomie, ou plutot l'autopsie, d'un couple est le sujet de ces deux films. J'ai toujours voulu connaître ce qu'on nous cache : ce qui se passe après le mot "fin" dans les films qui se terminent bien, les contes de fées, avoués ou non comme tels. Peut-être parce que j'ignore ce qu'est le déclin de la passion, la mort (pourtant annoncée) des sentiments trop grands pour être contenus dans nos fragiles et étroites âmes.
Libellés :Audrey Hepburn
dimanche 6 novembre 2005

Je vais au moins justifier l'usage de mon pseudonyme sur ce blog, en parlant d'Holly Golightly, aujourd'hui.
C'est une de mes héroïnes préférées de la littérature et le film de Blake Edwards me l'a rendue encore plus chère, même s'il la travestit en un être un peu différent de celui auquel a donné vie Truman Capote.
D'abord, Capote voulait Marilyn Monroe pour le rôle. Marilyn qu'il a dépeinte magnifiquement dans un passage de Musique pour caméléons. Steve McQueen était pressenti pour le rôle qu'interpréta, en dernière instance, George Peppard, car il était engagé pour Wanted : Dead or Alive. Mais, au final, le couple est plutôt réussi.
Marilyn eût été plus ambigue dans le rôle à première vue, mais à bien y songer, la nature angélique d'Audrey Hepburn apporte un contraste saisissant à son personnage, à la désinvolte Holly G. le choix fut donc judicieux.
Je me sens infiniment proche d'Holly, à cause de son désespoir esthétisant, de sa féroce envie de vivre malgré tout. Je l'aime.
J'ai horreur du titre français, qui ne restitue en rien le sens de la nouvelle de Capote, ni même de son adaptation cinématographique. La nouvelle de Capote est pessimiste et le personnage d'Holly, une femme insaisissable, sans ancre, elle ressemble par bien des aspects à ce qu'il écrit ailleurs de Marilyn : "Mais si conforme au "type" [de la femme fatale] que soit Marilyn par certains côtés, elle n'y appartient pas véritablement : elle manque trop de dureté ; et puis elle est capable d'une grande concentration en matière de sensibilité, le vrai secret pour qu'un talent quelconque puisse agir. Ce qui est le cas chez elle. " (Public people and private places / Les chiens aboient, Ed. Gallimard, p.192).
La chanson "Moon river" a été écrite spécialement pour elle, de façon à ce qu'elle ne soit interprétée que sur une octave, Audrey n'étant pas une chanteuse. Un post-producteur voulait couper cette chanson et Audrey Hepburn s'y est fermement opposée ! Décidement... ceci fait écho à ce qu'Enro disait dans un de ses commentaires au sujet de My fair lady.
Audrey explique que la scène où Holly jette son chat par la portière du taxi est une des scènes qui lui a coûté le plus à tourner.
Tiffany fut ouvert, pour la première fois de son existence, un dimanche, pour les besoins du film.
Libellés :Audrey Hepburn,Holly Golightly
dimanche 4 décembre 2005

Deux têtes folles, en v.f., est un film de Richard Quine (réalisateur notamment de Bell, Book and Candle, joyeux film animé par la présence du grand James Stewart et de la séduisante Kim Novak), d'après une histoire originale (La fête à Henriette) de Julien Duvivier et Henri Jeanson dont ce film est un remake.
Ce film est parcouru de part en part par une multitude de clins d'oeil - et le film ne vaut d'ailleurs que par cela ou peu s'en faut : le mari d'Audrey, Mel Ferrer est présent, Noel Coward interprète un petit rôle, Marlene Dietrich fait une apparition éclair, Tony Curtis se plie au second rôle de bonne grâce, etc. On y évoque My Fair Lady, qu'Audrey était destinée à tourner la même année, on y apprend les moyens d'éviter la censure (avec le fondu enchaîné) et mille autres petits détails qui pincent l'intérêt du spectateur.
L'histoire est charmante parce qu'elle est construite comme une perpétuelle mise en abyme : un scénariste alcoolique doit rendre un scénario. Or, il n'a aucune inspiration, car il connaît trop bien les ficelles du métier. Il les explique à la fausse naïve incarnée par Audrey Hepburn et à nous-mêmes. Audrey est une dactylo qui vient s'installer dans la "modeste" chambre d'hôtel du scénariste en mal d'écriture (William Holden) et, bientôt, la fiction du scénario et la réalité de leur propre histoire viennent à s'entremêler. Mais cette autre histoire est encore présentée comme une autre fiction à laquelle nous assistons. La leçon d'amour qui est donnée à vivre est tout autant le sujet de ce film que la leçon de cinéma qui nous est infligée (avec une certaine grâce néanmoins) en parallèle.
Les scènes, séparées les unes des autres, sont savoureuses, mais l'ensemble manque de liant. La distanciation provoquée par cette construction en poupées gigognes annihile l'émotion du spectateur. On rit, on sourit, on s'extasie souvent devant tel froncement de sourcil d'Audrey ou certains traits "blake edwardiens", mais nous ne sommes pas touchés au coeur.
Un film charmant qui parle d'amour mais qui demeure tiède.
mardi 17 juillet 2007
"When I get it the only thing that does any good is to jump into a cab and go to Tiffany's. Calms me down right away."
Je cherchais une image un peu symbolique pour clôturer ce JIACO. Il demeurera un moment recouvert de points de suspension, comme s'il était atteint de rougeole (une maladie infantile, on le sait !) ou bien comme si le soleil avait fait germer sur lui une myriade d'éphélides, tant que je n'aurai pas terminé trois travaux majeurs - m'autorisant néanmoins des exceptions et des incursions barriennes si nécessaire. Mais je ne reviendrai pas de longtemps et, pour cette raison, bientôt je fermerai les commentaires, comme si je tirais un peu plus les volets pour me mettre à l'ombre.
Certains magasins français commercialisent cette merveille,
qui me semble - à tort ou à raison - d'origine allemande. Des paravents à l'effigie d'Audrey Hepburn et, ici, du personnage de Holly Golightly.
J'aurais pu choisir un de ceux qui mettent en scène Marilyn. Elle aurait pu être Holly, du moins dans l'esprit de Truman Capote... Certaines images d'elle sont, néanmoins, selon moi, mal choisies pour orner ces toiles sur châssis, mais j'aime beaucoup celle-ci :
Certains, mixtes, comportent une face Marilyn et une face Audrey. "M. Golightly" m'a offert, ce matin, celui qui s'accorde avec le pseudonyme sous lequel je sévis depuis septembre 2005. Je ne lui ai pas encore trouvé de place dans la maison mais il ne demeurera pas dans mon bureau (Cf. la photographie) bien longtemps...
Si vous me cherchez, je suis derrière. Belle manière de conclure, puisque ce JIACO est (était) aussi un paravent derrière lequel j'ai pu jouer et, presque malgré moi, apprendre à être vraie.
*************
Libellés :Holly Golightly
lundi 6 mars 2006
Mon week-end parisien fut enchanteur, comme de coutume, puisque je me nourris de la substantifique moelle des plaisirs de la capitale, qui se réduit pour moi à trois arrondissements : tournée de mes librairies du VIe arrondissement (dans l'une d'entre elles, consacrée au cinéma, j'ai discuté avec la propriétaire, admiratrice d'Audrey Hepburn, qui s'affola en constatant que mon adresse électronique exprimait ma dévotion à la divine Audrey ! Elle crut bon de me préciser qu'elle rédigeait un livre sur l'actrice. Hélas, je dus partir, car un train m'attendait, et n'eus le loisir de prolonger cette conversation..), recensement de mes cantines et cafés habituels, promenade dominicale sur les quais et chez les bouquinistes (j'ai enlevé un petit trésor dont je parlerai dans un prochain billet). Le week-end n'aurait pas été complet sans un divertissement qui n'avait rien de pascalien.
J'ai eu le bonheur d'assister au récital d'Alain Souchon.
L'Olympia

était comble comme prévu. Des malheureux faisaient le trottoir dans l'attente d'un billet...
Ce petit gamin rachitique est généreux sur scène. Son ironie mordante passe presque inaperçue tant son allure d'enfant moqueur dissimule les piques qu'il lance ; il ne se trompe pas de cible. La grande messe des Victoires de la musique en a pris pour son grade, lorsqu'une équipe est venue pendant le spectacle mais, visiblement, personne n'a compris son propos acidulé... et tout le monde était content.
Il a fait un tabac. Les minets d'aujourd'hui ne sont pas à sa hauteur.
Ce grand dadais de soixante berges est l'un des derniers chanteurs qui bat le briquet avec mon coeur.
Sous des dehors simplicistes, voire naïfs, il chante une prose étudiée et chavirée, qui dit les tourments dérisoires et tragiques de nos âmes étriquées.
Souchon est la complexité travestie en facilité.
Sa mélancolie, ses sourires désabusés que l'on entend dans ses mélopées, sont la berceuse de mon mal de vivre.
Il habille mes pensées secrètes. Haute couture.
J'ai pensé à Truffaut lorsqu'il a interprété L'amour en fuite, générique du film bien connu...
S'il savait...
mardi 4 avril 2006
Je mets à mal - provisoirement - mon principe d'anonymat (déjà fracturé en mille éclats par une indélicatesse) et je me dévoile un peu plus. Tant pis pour les lecteurs qui imaginaient une Holly meilleure qu'elle ne l'est. Je pourrai toujours changer de vie lorsque celle-ci ne me conviendra plus...
Tout le monde sait mon adoration (ma névrose fantaisiste) pour le film de Blake Edwards, et plus encore pour la nouvelle de Truman Capote, et tout autant pour Audrey Hepburn.
Partant, j'ai donc décidé de me mettre dans la peau de Miss Holly Golightly quelques minutes. C'était bien la moindre des choses tout de même, depuis le temps où je lui chipe son nom !




Certes la copie est très pâle face au modèle, mais dans mon esprit je revis chaque moment du film. Dès mon arrivée à New York, les valises à peine déposées, je me suis rendue à la vitesse de l'éclair chez Tiffany, car je logeais non loin de l'ensorcelante Cinquième Avenue. Je voulais de visu me rendre compte si la réalité était à la hauteur de la légende. C'est le cas.
J'ai toujours désiré obtenir une petite boîte bleu.
Un bleu turquoise, celui dans lequel sont enfouis les trésors de la célèbre boutique. Ils ne vendent pas uniquement des diamants gros comme le Ritz
mais également de délicats bijoux en argent massif, numérotés [sur le coeur est gravé l'inscription : "Prière de ramener chez Tiffany and co. New York ; au cas où vous le perdriez...], ainsi que des pièces de vaissellerie [je viens d'inventer ce néologisme] en cristal et autres cadeaux potentiels.
L'ambiance est luxueuse mais non compassée. L'entrée y est libre. Aucun regard inquisiteur ne vous fera rebrousser chemin. Il est, par conséquent, inutile de se munir d'un nez pincé et d'un corset pour se maintenir droit comme un "i". Les prix sont poliment dissimulés aux regards, mais énoncés sans émotion sur simple demande. Il y a six étages et trois liftiers vous emmènent où vous le désirez. Ils sont habillés en civil - cela manque de faste ! - et assez diserts pour peu que vous soyez d'humeur bavarde. Le lieu est proprement discret mais les visiteurs ne marchent pas sur du feutre.
J'admire les scintillements des vitrines. Je m'arrête tel un papillon devant chaque objet. Je respire l'atmosphère.
Je ne suis pas une croqueuse de diamants, même si la chanson de Marilyn me berce les soirs d'insomnie. Cette chanson est cynique mais j'adore le film dont elle est tirée et rien n'est vulgaire dans la bouche de Marylin, une autre de mes icônes.
diamondS are a girl'S BEST FRIEND [Les diamants sont le meilleur ami de la femme ]- cela reste a prouver...
The French were bred to die for love
They delight in fighting duals
But I prefer a man who lives and gives
Expensive jewels
A kiss on the hand may be quite continental
But diamonds are a girl's best friend
A kiss may be grand, but it won't pay the rental
On your humble flat, or help you at the automat
Men grow cold as girls grow old
And we all lose our charms in the end
But square-cut or pear-shaped
These rocks don't lose their shape
Diamonds are a girl's best friend
Tiffany's !
Cartier !
Black star, frost gorom !
Talk to me, Harry Winston, tell me all about it !
There may come a time when a lass needs a lawyer
But diamonds are a girl's best friend
There may come a time when a hard-boiled
Employer thiks you're awful nice
But get that ice or else no dice
He's your guy when stocks are high
But beware when they start to descend
It's then that those louses go back to their spouses
Diamonds are a girl's best friend
I've heard of affairs that are strictly plutonic
But diamonds are a girl's best friend
Ad I think affairs that you must keep
Are better bets, if little bets get big bag gifts
Time rolls on,
And youth is gone
And you can't straighten up when you bend,
But stiff back or stiff knees you stand straight at Tiffany's !
Diamonds !
Diamonds !
I don't mean rhinestones
But Diamonds are a girl's best ...
Best friends !
Je crois même, puisque je suis un peu farfelue, avoir toujours désiré une boîte vide, simplement pour posséder le symbole, le signifiant. Les meilleurs rêves sont ceux que l'on peut remplir à sa guise, comme un cornet de glace qui peut revêtir mille parfums. Toutefois, celle-ci contenait une jolie petite chose, car tout est beau chez Tiffany ; c'est une loi aussi ferme que celle de la gravitation universelle. J'ai attendu mon retour en France pour l'ouvrir, avant de dormir... Je ne voulais pas gâcher cet instant.

Pudique, j'arrête ici ce déshabillage. La petite boîte est en sureté : dans mes souvenirs.
Le dimanche, le jour de fermeture, les portes sont fermées au moyen de ce qui m'a semblé être des portes de coffre-fort ! Mais toujours avec goût et raffinement, n'est-ce pas ? Hélas, j'avais rempli tous les disques (DVD) de mon camescope pour filmer la Fermeture du paradis !
Je songe une dernière fois à Audrey / Holly, qui disait quelque chose qui ressemble à ces mots:
Et n'oubliez pas l'édition anniversaire du DVD du film !"Le chat ? Pauvre vieux chat. Pauvre flemmard. Pauvre flemmard sans nom. Je n'ai pas le droit de lui en donner un. Nous ne nous appartenons pas. Un jour, nous nous sommes juste attachés l'un à l'autre. Je ne veux rien posséder jusqu'à ce que j'aie trouvé un lieu où je me sente en harmonie avec les choses. Je ne sais pas où se situe cet endroit. Je sais simplement à quoi il ressemble. Il ressemble à Tiffany."
"Hé bien, quand je le peux, la seule chose qui me fasse réellement du bien, c'est de sauter dans un taxi et d'aller chez Tiffany. Cela me calme aussitôt. A cause de la quiétude et du fier regard que l'on porte sur ce lieu. Rien de vraiment grave ne peut vous arriver ici. Si je pouvais trouver un lieu de vie réel qui me fasse ressentir ce que je ressens chez Tiffany, et bien je m'achèterais des meubles et donnerais un nom au chat !"
Libellés :Breakfast at Tiffany's,New York
mercredi 19 septembre 2012
Carnet de photographies du voyage à consulter ici. Pardon, par avance, pour l'indigence du graphisme de cette page, qui n'a d'autre vocation que d'héberger mes images. Cliquez sur les ronds, puis sur chaque image afin de l'agrandir. Pour revenir ensuite à la page précédente, appuyez sur la touche "Échap" de votre ordinateur. Comme à l'accoutumée, ces clichés sont extrêmement mauvais, je ne suis pas photographe. Ma fille de vingt-et-un mois prendrait de meilleures photographies... Il est possible que je "poste" ici, une ou deux vidéos, plus tard, si j'ai assez de temps pour cela.
***
Lettre de voyage
[Buste de Barrie, conservé à la Beinecke. Photographie de Céline-Albin Faivre]
Voyager ne m’est pas naturel. C’est une violence que j’exerce à mon encontre, à chaque fois. Il suffirait de presque rien pour que j’y renonce, au dernier moment. Je suis une créature d’enracinement. Mes ailes sont pourtant bien là et elles me démangent de temps en temps. Mais quelqu’un, un jour, dans l’enfance, a dû passer une couche de goudron dessus et la salissure ne s'est jamais tout à fait effacée. Ce qu’il faut de volonté et d’humour à mon mari pour me soulever jusqu’aux étoiles… Mais, lui, il est léger, il caresse les nuages et fait danser l’univers dans ses yeux et sur ses mains. La Terre tiendrait en équilibre sur la pulpe de son index. Il est le magicien de mon existence.
J’aime le voyage immobile. J’aime, sur le papier, dessiner l’exil provisoire – en détail. Je hais passer à l’acte. De même que je préfère vivre close, intérieurement, et communiquer par mots écrits : rayonner autour d'une idée, d'une émotion ou d'une image, cela ne se peut dans l'immédiateté du mot lâché qui éclate aussitôt comme une bulle de savon. Raté ou pas, je suis un écrivain dans l’âme, depuis l’enfance. Mais, là, il faudrait passer à l'acte... Mes souvenirs patiemment reconstruits, puis recréés, sont plus lumineux et plus précis que le présent jamais pleinement vécu. Comment d'ailleurs le pourrait-il ? Il faut vivre à rebours pour que le présent ait une chance de laisser une trace. Ou bien mourir idiot.
Proustienne, malgré moi. Mais nous le sommes tous.
Un écrivain a, malgré tout, besoin de réel (de matière, de terreau), d’expériences, de rencontres, pour créer, ou plus exactement pour nourrir et enraciner le monstre tapi en lui – car le véritable écrivain, c’est lui. Certes, nul besoin d’aller loin pour cela, mais s’enfuir donne de la perspective, du relief et, chez moi, a pour effet de polir une certaine rugosité. La motivation pour sortir de mon trou doit être suffisamment forte. Voyager équivaut pour moi à aller chercher ma pitance (mon encre) pour les mois et les années à venir. Je fais provision de réel et de présent éphémère, je les mets en bouteille. Et il n’est de meilleur mobile que Sir James. Et il n’est de plus grande tentation que l’idée de tenter l’aventure en emmenant avec moi mes amis réels et imaginaires : Virginia, Cary Grant, Truman Capote, Audrey Hepburn, quelques héros de sang, de papier et de pellicule…
La condition première pour me faire à ce voyage, pourtant si désiré et depuis si longtemps, était donc de séjourner au Warwick, l’hôtel où vécut Cary Grant, mon second amour après Barrie, et de n’emprunter aucun transport en commun pour nous déplacer dans la ville et atteindre New Haven. Nous avons donc voyagé en stretch limo : ces voitures à rallonge, genre maffieux, d’un mauvais goût certain, donnent l’illusion de vivre dans un film et sont d’un grand confort (avec siège bébé, si on le demande). Avoir un chauffeur a un coût, mais peu importe, si cela me permet de glisser sur le réel, protégée dans un cocon de vapeur imaginaire. Et cela en valait la peine. Oh, oui ! À bien des égards, ce voyage fut le voyage de ma vie.
J’ai croisé quelques silhouettes nobles, d’autres inquiétantes.
Les ogres ne sont pas toujours ce qu’ils paraissent.
New York est une ogresse de la pire espèce qui soit. Séduisante en diable, cabotine, et cruelle – lorsque l’on s’y attend le moins. New York est une ogresse échappée d’un conte de fées désenchanté. Il faut toujours au moins deux rencontres et un peu de recul pour se faire une idée du monstre. Une juste idée, cela s’entend. La troisième rencontre, je ne sais pas encore ce qu’elle pourrait m’apprendre, mais je devine qu’elle ne ferait que confirmer ce que j’ai découvert pendant ce séjour entrecoupé d’un petit passage dans le Connecticut.
J’ai fait la connaissance de New York, il y a six ans, à une époque où, bien que comblée, j’étais moins heureuse que je ne le suis aujourd’hui, lestée par une thèse inachevée – un autre monstre auquel j’ai fini – ô victoire ! – par faire la peau en 2009, d’un point final, au cœur –, et par la peur de grandir, à savoir de mourir, car ce n’est jamais que cela. Voilà, c’est dit. C’est pour cela que Peter Pan n’a pas peur de grandir : jamais il n’a réellement refusé de grandir, il n’a fait que le prétendre. Il est déjà mort. Non, plutôt non-vivant, non né, et une partie de lui le sait fort bien. Nous aussi, nous sommes déjà morts pour une part, mais il reste encore de la vie en nous et il en faut si peu pour tenir ; c’est bien cela la cause de tous nos tourments. Une goutte d’éternité coule dans notre temporalité et cette éternité, ce sont les fictions que nous nous créons pour continuer à avancer. Nous-mêmes, nous ne sommes qu’une histoire que quelqu’un a inventée.
Avoir un enfant, c’était admettre qu’il faut passer de l’autre côté, et accepter, in fine, de mourir. On met au monde des enfants pour qu’ils nous tuent et nous enterrent. Pas pour nous consoler ou pour convoler avec nos rêves demeurés à l’état d’épures. Il ne sert à rien de refuser, sinon on pourrit sur place. Je préfère mourir achevée dans toutes (une grande partie de) mes possibilités que de vivre desséchée. Vivre est une terrible aventure !
Tétanisée.
Foudroyée par son esthétisme, New York m’était apparue alors, en 2006, comme l’endroit le plus vivant qui eût été en ce monde, le nerf vif de tous les rêves. Je rêvais d’y revenir. M. Golightly m’avait offert un billet pour New York sans date de péremption à utiliser quand bon me semblerait.
Y revenir m’a fait voir New York sous un autre jour.
J’ai pensé que l’une de nous deux avait changé. Moi, c’était incontestable. Je suis la même, mais je suis également autre depuis la naissance de notre enfant. J’ai toujours eu l’âme matriochka, mais je cache désormais une autre poupée, une autre personnalité. Mais New York s’est elle-même durcie, il me semble. Des pauvres mangent dans les poubelles à tous les coins de rue. Pourtant, je n’ai guère bougé de Manhattan.
New York s’est enfin révélée à moi telle qu’elle est : irréelle, magnifique, agressive, repoussante, sale, très catin – elle me fait penser à ces femmes fascinantes à la voix rocailleuse à force d’avoir trop fumé –, mais souvent grande dame. Je n’aimerais plus y vivre. Mais elle m’attire toujours. Je le dis sur l’une des vidéos que j’ai enregistrées à notre arrivée et je crois que c’est vrai : être blasé de New York, c’est être bon pour la tombe. Néanmoins, j’ai ressenti beaucoup de tensions dans cette ville. Les new-yorkais sont trop pressés, brutaux : ils marchent tellement vite qu’ils vous écraseraient d’un coup de talon. Il est évident que New York est une machine à produire non pas du rêve, mais de l’argent. Le rêve est pour celui qui contemple la ville derrière une vitre. Si l’on pénètre New York on devient sa chose, une pièce de sa machinerie. New York broie les âmes et les corps. Sur la cinquième avenue, un vieil homme aveugle qui sort prudemment d’une supérette. J’ai peur pour lui. J’essaie d’imaginer mes paupières cousues, seule, perdue et jouant à colin-maillard à Manhattan. Sur la cinquième avenue, de belles dames, diamant gros comme le Ritz à l’annulaire, sac Hermès ou Vuitton au bras, talons de 10 centimètres, manucurées à la perfection, coiffées au cordeau, que l’on dirait sorties d’un soap-opera, avancent comme des somnambules. Sur la cinquième avenue, de pauvres hères recroquevillés dans des coins, les vêtements collés à la peau par la crasse et la peur. Sur la cinquième avenue, des robots. Sur la cinquième avenue, nous trois, hébétés à force de lucidité. Sur la cinquième avenue, nous trois émerveillés et vaguement coupables d’être un rouage de cette mécanique qui tue.
Toute autre fut l’aventure qui m’attendait à New Haven, ville charmante au style néo-gothique. L’Old Campus fut une merveilleuse surprise pour moi et un changement de panorama bénéfique pour mon imagination. Mon âme était en paix là-bas. Je me suis réconciliée un moment avec les États-Unis : le simple fait de passer plus d’une heure en douane avec un tout petit enfant dissuaderait n’importe quelle personne saine d’esprit de revenir dans ce pays ; surtout si l’on vous fouille, vous fait passer au scanner et vous interroge pendant vingt minutes comme si vous étiez un terroriste. Les Américains sont des paranoïaques. À juste titre, je ne le nie pas ; mais l’essence de la paranoïa est d’avoir tort même avec des raisons. Et, de toute façon, ces grands donneurs de leçons sont coupables de tant de crimes que j’ai du mal à les plaindre jusqu’au bout… L’Amérique est atteinte d’un doute pathologique. Politiquement, culturellement. Elle n’a plus d’identité, si tant est qu’elle en eût jamais eu une. La France prend le même chemin : nous sommes aux mains de personnes cyniques et lâches. La France perd son identité, fragment par fragment ; et le politiquement correct est cette arme de destruction massive qui répand la peur des mots. Le processus est en marche depuis longtemps et s’accélère depuis quelques années. Je ne me sens pas proche des Américains, pas même des plus cultivés et éduqués – espèce très rare et en voie de disparition. Je déteste leurs intonations, leur façon de parler fort et de ponctuer toutes leurs phrases de «Oh my God ! », « you know »... Leur langue est souvent une insulte à la noble langue anglaise. Je n’aime la démesure que lorsqu’elle est au service d’une œuvre. L’Amérique ne crée plus rien. L’Amérique ne se crée plus. (Mais j’aime encore quelques Américains : Eastwood, Allen…)
Je ne savais rien de New Haven, je n’étais venue que pour être admise au sein de la bibliothèque de Yale, la Beinecke. Cette étrange construction abrite le plus grand fonds (trésor) barrien au monde. Vient le moment d’une précision, car la question me fut posée plusieurs fois : pourquoi ces archives sont-elles conservées aux États-Unis et non pas au Royaume-Uni ? Tout simplement parce qu’un dénommé Walter Beinecke Jr. a, en son temps, collecté une grande partie de ce qui constitue aujourd'hui ces archives inestimables. À son époque, les manuscrits, les lettres et les éditions rares se vendaient pour rien. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui : voir "l’album perdu" de la femme de Peter Davies vendu récemment et acheté par… la Beinecke ! Je n’ai d’ailleurs pas pu admirer ce dernier, car il n’était pas encore arrivé dans les coffres.
Source : ici.
Être immergée pendant huit heures, l’espace de quelques jours, dans les lettres, les manuscrits et les textes inédits de Barrie fut une expérience à la fois bouleversante et fortifiante. J’ai voyagé en compagnie de mon ange gardien littéraire de la fin de son adolescence jusqu’à la veille de sa mort. Nous avons traversé le temps et l’espace ensemble. En tant que biographe en devenir (puisque mon texte n’est pas achevé), j’ai pu vérifier certaines hypothèses, impressions ou intuitions ; seule une visite à la Beinecke pouvait permettre cela. Il me fallait rencontrer le fantôme de Barrie, caresser, embrasser les peaux mortes qu’il avait laissées derrière lui, sur cette terre. J’ai donc fait ce long voyage, prévu depuis plusieurs années, mais ajourné plusieurs fois pour le bien-être d’une petite fille, qui compte plus que Barrie – et il est peu d’êtres qui comptent plus que lui, car Barrie est bel et bien vivant pour moi et plus vivant que ceux qui portent ce nom. Dieu sait que je hais l’avion et seuls ceux qui me connaissent intimement savent le courage (n’ayons pas peur des mots) qu’il m’a fallu pour accepter d’être enfermée dans ce « truc » ronflant pendant plus de huit heures... Pour accéder à tous ces documents, il faut remplir certaines conditions : prouver son identité avec plusieurs documents, accepter de se faire prendre en photo et d’être en quelque sorte « fiché » dans leur base de données, mais aussi d’être filmé en permanence dans la salle de lecture. On adresse des « requêtes » par ordinateur interposé, on vous amène des boîtes, qui sont scannées lorsqu’elles vous sont remises, une par une, et rescannées lorsque vous les rendez.
Dans la salle de lecture, on peut amener un ordinateur et un appareil photo (mais sans objectif), mais ne rien posséder d’autre que des feuilles de papier, des crayons de papier (les feutres, plumes, etc. sont interdits). Aucun autre objet ne doit être posé sur la table excepté ceux que je viens de mentionner. Tous les effets personnels sont stockés dans un casier (au rez-de-chaussée) dont on conserve la clef sur soi. Il est interdit de sortir plus d’un document de la boîte posée sur la table : en effet, si vous demandez une lettre ou un manuscrit, vous obtenez la boîte dans laquelle le document se trouve, parmi de nombreuses autres lettres ou manuscrits. C’est ainsi que, très vite, et par chance, j’ai glané des documents que je n’avais pas demandés. J’ai pris presque 1300 clichés et je pense pouvoir travailler quelques années à partir de cette collecte… Non pas tant pour la biographie que j’espère terminer rapidement, mais pour établir des éditions de textes inconnus ou rares. Lorsque vous quittez la salle de lecture, vous devez remettre tous vos biens personnels à un garde qui vérifie que vous n’avez rien volé… Hormis ce protocole un peu pesant, mais pleinement justifié (je demeure toujours émerveillée par le fait d’avoir pu toucher, et même discrètement embrassé, les lettres et les manuscrits de Barrie), l’expérience à la Beinecke est un pur rêve. J’ai totalement oublié où j’étais et qui j’étais. Cela ne m’était jamais arrivé (je pense toujours à dix choses en même temps et travaille toujours sur trois ou quatre choses à la fois).
Dans la salle de lecture, on peut amener un ordinateur et un appareil photo (mais sans objectif), mais ne rien posséder d’autre que des feuilles de papier, des crayons de papier (les feutres, plumes, etc. sont interdits). Aucun autre objet ne doit être posé sur la table excepté ceux que je viens de mentionner. Tous les effets personnels sont stockés dans un casier (au rez-de-chaussée) dont on conserve la clef sur soi. Il est interdit de sortir plus d’un document de la boîte posée sur la table : en effet, si vous demandez une lettre ou un manuscrit, vous obtenez la boîte dans laquelle le document se trouve, parmi de nombreuses autres lettres ou manuscrits. C’est ainsi que, très vite, et par chance, j’ai glané des documents que je n’avais pas demandés. J’ai pris presque 1300 clichés et je pense pouvoir travailler quelques années à partir de cette collecte… Non pas tant pour la biographie que j’espère terminer rapidement, mais pour établir des éditions de textes inconnus ou rares. Lorsque vous quittez la salle de lecture, vous devez remettre tous vos biens personnels à un garde qui vérifie que vous n’avez rien volé… Hormis ce protocole un peu pesant, mais pleinement justifié (je demeure toujours émerveillée par le fait d’avoir pu toucher, et même discrètement embrassé, les lettres et les manuscrits de Barrie), l’expérience à la Beinecke est un pur rêve. J’ai totalement oublié où j’étais et qui j’étais. Cela ne m’était jamais arrivé (je pense toujours à dix choses en même temps et travaille toujours sur trois ou quatre choses à la fois).
La forme que j’avais choisie pour ma biographie de Barrie s’est trouvée justifiée a posteriori par certaines découvertes ou révélations, mais je n’en dirai rien ici… En outre, il me semble que, jamais plus, je ne traduirai Barrie de la même manière : les mots sont nés devant mes yeux. Ils vibraient de certains traits de plume particulier. J’ai toujours dit que j’entendais la voix de Barrie et que c’était elle qui me guidait, à la fois dans le choix des textes à traduire (leur chronologie, qui n’est pas celle de la rédaction barrienne) et dans le choix des mots auquel je donne une inflexion ; cette voix m’impose également une certaine rigidité ou rigueur quant à certains détails (qui ne le sont qu’en apparence pour celui qui connaît son petit Barrie comme je le connais). Me retrouver face aux manuscrits (certains de textes inédits et Barrie fut une espèce de graphomane – des deux mains !) de cet écrivain que j’aime comme on aime Dieu (avec la force du désespoir, avec la foi vierge d'un enfant), face à cette graphie si particulière qui était la sienne et qui a évolué de l’âge de 17 à 77 ans (les lettres, manuscrits et autres dissertations d’université s’inscrivent dans cette période), sur divers supports, sillons tracés à l’encre noir ou au crayon de papier, a donné une autre réalité aux textes, leur a rendu vie, en quelque sorte.
[Extrait d'un texte de Barrie, conservé à la Beinecke. Photographie de Céline-Albin Faivre]
Une incarnation.
La composition de Barrie est très précise et suit toujours un ordre, qui va de la préparation très soigneuse (il creuse une obsession ou une idée pendant parfois dix ans ou plus) au tapuscrit annoté et, parfois, totalement modifié, à la dernière seconde. C’est ainsi que l’une de ses pièces que j’espère faire monter en France tourne de la comédie (initialement) à la tragédie par l’ajout d’une dernière phrase, au dernier moment. Mais cela n’est guère surprenant, car Barrie oscille toujours entre deux cieux… Je savais que Barrie était un grand écrivain, je savais qu’il ne cessait d’écrire, mais j’ai pris la dimension physique de tout cela. Dire mes émotions est impossible. J’y renonce. J’avoue toutefois avoir eu grand mal à refouler mes larmes en lisant une lettre écrite à Cynthia Asquith (j’ai toujours éprouvé force réserves à son endroit, mais j’ai désormais une vision d’elle plus nuancée) quelques jours avant sa mort. L’écriture tremblée, le ton…
[Photographie de Céline-Albin Faivre]
La voir imprimée dans le livre de Viola Meynell et la contempler telle qu’elle fut écrite n’a rien de comparable. L’impression, le livre sont distance. Le contact avec le papier et l’encre, lui, est presque violent. Barrie est incarné dans son écriture. Sa graphie révèle vraiment sa psychologie, de même les supports et le crayon ou la plume utilisés. Je ne suis pas graphologue, je ne sais rien en ce domaine, mais j’ai eu la sensation de converser avec lui par ces lettres et textes rares ou inconnus pour certains. Barrie en hologramme, c’est un peu cela. Je vais avoir du mal à me contenter de traduire à partir de livres à présent. J’aimerais travailler sur le matériau brut. Cela sera possible pour certains textes que j’ai ramenés avec moi, photographiés en haute définition. Ce contact immédiat va désormais me manquer. J’espère retourner à la Beinecke dans quelques années. Il y a tant et tant à lire, à étudier… Une vie n’y suffirait peut-être pas.
Pour cela, je pardonne volontiers à l’Amérique (oui, je sais : New York n’est pas l’Amérique et New Haven est probablement une exception) d’être aussi décevante. Un jour, un ami américain (de l’espèce rare, lui, et il parlait un français parfait ou presque) m’avait dit que l’Amérique que j’idolâtrais – celle des films et de la littérature – n’existait pas. Il avait raison, évidemment. Et tort : rien n’existe. Nous faisons exister tout ce qui est. Nous sommes des créatures de fiction produisant de la fiction. Notre vie est un rêve et la vraie vie commence peut-être lorsque nous mourons, mais de cela nous ne pouvons rien dire, car nous ne pouvons le penser.
***
1/ Régulièrement, je déposerai certaines images issues de la Beinecke sur l'almanach barrien.
2/ Le hasard faisant bien les choses, je suis tombée nez à nez avec ceci à la Beinecke:
Stevenson est, bien sûr, parmi mes écrivains préférés... et un ami de Barrie.
***
1/ Régulièrement, je déposerai certaines images issues de la Beinecke sur l'almanach barrien.
2/ Le hasard faisant bien les choses, je suis tombée nez à nez avec ceci à la Beinecke:
[Photographies de Céline-Albin Faivre ; cliquez sur les images pour les agrandir.]
Stevenson est, bien sûr, parmi mes écrivains préférés... et un ami de Barrie.
mercredi 11 mars 2009
Notons la sortie en zone 2, ce mois-ci, du DVD de Love in the Afternoon (1957, Billy Wilder), un de mes films préférés avec la divine Audrey Hepburn et le très séduisant Gary Cooper...
"Actually, I don't much care for young men. Never did."
En effet...
Le bord des larmes, à chaque fois que je revois cette scène.
Mon mari : Gary Cooper, mais en mieux.
Libellés :Audrey Hepburn,Billy Wilder,Gary Cooper
mardi 6 mars 2007
Il semblerait que les fées se soient penchées sur mon cas, qui relève de l'urgence musicale. Merci Monsieur Barrie. Je suis certaine que vous avez dépêché une légion de petites dames nées dans un pétale de tulipe. Il est bon d'être inculte, cela réserve de grandes émotions, des découvertes qui vous fortifient, cela prouve aussi que l'on est encore en vie et loin d'être blasés. Le monde est jeune, nous le sommes encore plus. Déroulons le store de notre imaginaire. Sur un coin du rideau blanc se projettent ensemble passé, présent et indétermination de l'avenir. Je songe à la formule d'Elizabeth Goudge, dans l'indolent et ondoyant Pays du Dauphin vert,
lorsqu'elle parle, à propos d'autre chose, de cette corde trois fois tissée qui ne rompt pas. Et nous nous perdons dans ce point infime qui scintille et meurt. Une voix, une image, une idée peuvent rappeler à la vie éternelle ce que l'on croyait n'être qu'incandescence de l'instant. Rickie Lee Jones est capable de ce prodige.
En tout cas, certain monsieur plein d'esprit et d'allant, de sensibilité surtout (comment pourrait-il en être autrement d'un ami de Barrie ?), guidé par l'amitié et la connaissance des mes états d'âme sûrement, s'avisa d'écrire, sur un morceau de papier où était imprimé le baiser d'Audrey Hepburn et de Humphrey Bogart (Sabrina de Billy Wilder), deux citations qui ne pouvaient qu'enflammer mon imagination, déjà prompte à la combustion spontanée.
but what do birds leave behind,
of the wings that they came with
If a son's in a tree
building model planes?
***
From the blue and pale room I'd follow
Through the faces and the traces of
Treasure I keep hearing inside me
Que pouvais-je faire sinon partir en quête du sens profond de ces mots ?
Que trouvais-je ?
Un disque qu'il m'offrit, lors d'un autre envoi, accompagné, entre autres merveilles new-yorkaises, d'une photographie à la beauté où crépite par intermittences le merveilleux, cette beauté invisible et intuitive de braise qui parle autant à mon imaginaire qu'à mon esprit frappé par la foudre du rationnel. Je retombe en cendres devant la Beauté mais je ne la trouve pas aussi amère que le Poète. Peut-être parce que je la subis simplement au lieu de la tirer de mes ent(r)ailles.
Ramon Novarro, célèbre acteur à son époque, une photographie prise par George Hurrell. Un chevalier, un halo de lumière, une licorne dépossédée de son signe distinctif ? L'image suit la courbure de mes songes. Je ne veux rien savoir d'autre de cette image. J'écrirai son histoire.
Je me sens dans un monde qui est mien.
Je n'ai rien écrit de valable, rien accompli dont je sois fière pour le moment et l'on m'offre pourtant autant que si je n'avais pas failli. Etrange. Mais j'accepte le don.
Je prends le disque.
Pirates.
And I won’t need a pilot
Got a pirate who might sail
Somewhere I heard far awayYou answer me
So I’m holding on
To your rainbow sleeves
Le titre ne peut que m'enchanter, car j'en suis un, sous des dehors sages. Il s'agit du second album de la demoiselle au sourire troussé et au bonnet rouge.
Woody and the dutch on the slow train to Peking
D'abord une photographie de Brassaï qui m'arrête devant le pas du ressentir, avant de sortir la galette de son boîtier.
Un couple.
De loin, on dirait des enfants qui jouent une scène d'un autre âge que le leur. L'illusion subsiste encore lorsqu'on découvre qu'ils sont plus âgés qu'on ne l'aurait cru au premier regard. L'émotion revient en force. Elle vous plaque contre le mur. On demeure en retrait, dans l'attente de la suite, qui n'a plus le droit, MAINTENANT, de décevoir ce préambule.
Une légère appréhension au moment d'enclencher le disque, puis elle est là.
La voix d'une enfant faufilée dans certaines intonations. Non, pas seulement, ce serait trop simple. Un rythme plus dur, sûr de lui, conduit le voyageur au sein d'une intimité douloureuse, d'une mélancolie et d'une nostalgie qui se défendent d'elles-mêmes. Il y a du courage et de la foi dans ce ton, des larmes refoulées aussi, une forme de violence salutaire, une tendresse octroyée aux mauvais jours. Une voix de femme pourtant, on le sent à certains soupirs, dépouillée des artifices, des inutiles artifices de la féminité. Une voix d'émotion sauvage qui ne perd pas le texte dans sa course folle, qui est soutenue et propulsée par des paroles qui ont un sens aigu, qui racontent, toujours, une histoire triste, car ce sont les plus belles : celle des filles abandonnées par les garçons, qui ne gardent d'elles en souvenir qu'un tatouage, celle de cette femme enceinte qui perd son homme à cause d'une fusillade (histoire vraie). Cet album est cinéphilique, mais en creux, sans dommage. L'ombre de Nathalie Wood, de Brando, Sinatra, un ou deux fantômes de regrets, et vous poursuivrez le chemin seul, comme vous l'entendez.
Rickie Lee Jones parle de l'amour perdu (Lucky Guy),
Oh, he's a lucky guy
Oh, he's a lucky guy
He doesn't worry about me
When I'm gone
celui de Tom Waits, mais ne rentrons pas dans les détails, ce serait offensant et réducteur. On ne peut pas expliquer ce qui vous parle trop près du coeur. J'avais sept ans et elle avait déjà écrit ces huit chansons, presque trop belles pour n'être que des chansons.
But I lied to my angel and now he can't find me
Mais la supériorité de la poésie sur le roman est bien là : une chanson est une allumette que l'on craque et le monde apparaît aussitôt, sans autre effort que le geste détonateur. Le roman est un grand feu de joie, qui menace sans cesse de s'éteindre, et auquel il faut sacrifier ce que l'on possède de plus rare, de plus cher. Le nécessaire. Il faut tout calciner. Tout.
Ecrire une chanson, c'est peut-être trouver une seule image, mais la plus belle de toutes, celle qui pourra contenir toutes les autres, les vôtres.
Mademoiselle Rickie Lee Jones possède cet immense talent : une âme forte.
Si elle n'était qu'une femme, elle ne m'intéresserait pas. Mais il y a cet autre personnage dans le remblai élevé par chacun de ses pas, qui sautille derrière elle, qui joue à la marelle dans ses traces imprimées sur la neige, un enfant.
(Something for J.-C. )
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Catégorie :Miscellanées
Libellés :musique,Rickie Lee Jones
dimanche 1 avril 2007
[Le premier film qui date, lui, de 1938 d'Anthony Asquith et de Leslie Howard, avec dans les rôles principaux Leslie Howard et Wendy Hiller]
Extrait du premier film cité :
lorsque j'ai visité Covent Garden, encouragés que nous fûmes par Robert à nous délecter de l'endroit.
Dieu merci, moi, j'ai épousé mon Pygmalion. Beaucoup semblent avoir oublié que la fin écrite par ce vieux grincheux de Shaw n'est pas celle attendue par le public. Volonté qui ne fut pas respectée ni par les films ni par la comédie musicale. Et l'auteur de s'expliquer dans une sorte de postface à sa pièce sur son choix de séparer les deux destins.
"This being the state of human affairs, what is Eliza fairly sure to do when she is placed between Freddy and Higgins? Will she look forward to a lifetime of fetching Higgins's slippers or to a lifetime of Freddy fetching hers? There can be no doubt about the answer. Unless Freddy is biologically repulsive to her, and Higgins biologically attractive to a degree that overwhelms all her other instincts, she will, if she marries either of them, marry Freddy. And that is just what Eliza did."
Eliza épouse donc Freddy parce qu'elle aura le dessus sur lui ? Mauvais choix (et analyse psychologique biaisée de Shaw) selon moi. Elle va s'ennuyer.
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Catégorie :
Libellés :Audrey Hepburn,Londres,My Fair Lady
mardi 10 mars 2009
Je ne sais pas exactement à combien de rêves les damoiselles de mon genre ont droit. D'autant plus que j'ai épousé le dernier Prince Charmant en stock. N'est-ce pas trop pour une seule personne ? Les dieux vont-ils me punir? Ou bien est-ce déjà fait, d'une manière subtile, en posant le simple et douloureux effroi de la perte sur chaque jour heureux ?
Si je compte bien, un certain nombre de souhaits, de vies d'entre mes rêves ont pris corps ces dernières années : rendre visite à Julia Roberts à New York, aller embrasser J.M. Barrie sur sa tombe, serrer la main d'Emily Brontë...
Il en reste au moins trois, mais ce sont de très volumineux et imposants rêves et je ne sais pas s'ils tiendront dans mon existence !
En tout cas, samedi dernier un autre d'entre eux s'est réalisé. À la salle Pleyel, j'ai pu entendre un de mes héros modernes, un des rares vivants qui me fassent encore rêver : Maurizio Pollini.
Même si le programme n'était pas celui que j'aurais choisi pour l'entendre (je n'aime ni Stockhausen ni Schönberg - mais il y avait le quintette en fa mineur de Brahms et, là, ce fut un moment flamboyant), Maurizio Pollini m'a enthousiasmée. Et, pendant que je vous écris, je l'écoute dans un des registres que je préfère (hormis Chopin, qui est son domaine enchanté, selon moi), entourée de présents de mon ami Jean-Christophe, qui me connaît très bien - alors même que nous ne nous jamais rencontrés. Mais est-ce que cela a de l'importance de voir les gens quand leur réalité de mots est si terriblement vivante ? Jean-Christophe est de ces personnes rares dont les lettres sont à elles seules un enchantement et un cadeau. Il y a un ton... Quelque chose qui se brise sans bruit au bord de ses phrases et transforme votre sourire en larmes. S'il écrivait un jour un livre, je serais sa première lectrice. Il est de ces êtres qui enchantent la vie des autres et j'ai bien de la chance de le connaître. Il faut d'ailleurs le premier lecteur du Petit oiseau blanc et c'est grâce à ce livre que nous nous sommes connus. Je lui rends hommage ici et c'est trop peu. [Le texte de Lorrain est superbe - sans parler de la langue, qui est celle que j'aime-, sans dire mot non plus des illustrations hallucinées et poétiques de Jeanne Jacquemin ! Et je me suis perdue avec délice dans le manoir ce matin ! ]
Si je compte bien, un certain nombre de souhaits, de vies d'entre mes rêves ont pris corps ces dernières années : rendre visite à Julia Roberts à New York, aller embrasser J.M. Barrie sur sa tombe, serrer la main d'Emily Brontë...
Il en reste au moins trois, mais ce sont de très volumineux et imposants rêves et je ne sais pas s'ils tiendront dans mon existence !
En tout cas, samedi dernier un autre d'entre eux s'est réalisé. À la salle Pleyel, j'ai pu entendre un de mes héros modernes, un des rares vivants qui me fassent encore rêver : Maurizio Pollini.
Même si le programme n'était pas celui que j'aurais choisi pour l'entendre (je n'aime ni Stockhausen ni Schönberg - mais il y avait le quintette en fa mineur de Brahms et, là, ce fut un moment flamboyant), Maurizio Pollini m'a enthousiasmée. Et, pendant que je vous écris, je l'écoute dans un des registres que je préfère (hormis Chopin, qui est son domaine enchanté, selon moi), entourée de présents de mon ami Jean-Christophe, qui me connaît très bien - alors même que nous ne nous jamais rencontrés. Mais est-ce que cela a de l'importance de voir les gens quand leur réalité de mots est si terriblement vivante ? Jean-Christophe est de ces personnes rares dont les lettres sont à elles seules un enchantement et un cadeau. Il y a un ton... Quelque chose qui se brise sans bruit au bord de ses phrases et transforme votre sourire en larmes. S'il écrivait un jour un livre, je serais sa première lectrice. Il est de ces êtres qui enchantent la vie des autres et j'ai bien de la chance de le connaître. Il faut d'ailleurs le premier lecteur du Petit oiseau blanc et c'est grâce à ce livre que nous nous sommes connus. Je lui rends hommage ici et c'est trop peu. [Le texte de Lorrain est superbe - sans parler de la langue, qui est celle que j'aime-, sans dire mot non plus des illustrations hallucinées et poétiques de Jeanne Jacquemin ! Et je me suis perdue avec délice dans le manoir ce matin ! ]
Paris est un endroit où nous aimons passer le week-end, où longtemps j'ai eu un tout petit appartement, boulevard Saint-Germain. Cela faisait des mois que nous n'y étions pas allés, en attente de quelque chose qui tarde à venir... Alors, nous sommes allés en amoureux rendre visite à nos souvenirs. Nous y avons nos sages et dévergondées habitudes, qui se nomment Shakespeare and Co., les Deux Magots, les librairies de notre quartier : l'Écume des pages, La librairie Compagnie, Gibert Joseph, et quelques secrètes maisons de livres ou de thés. J'y rencontre toujours des livres qui me font de l'oeil, comme celui-ci, consacré à Audrey Hepburn et qui est une toute petite merveille...
A l'heure de la messe, mécréants, nous aimons nous rendre au ciné-club de cet éternel passionné qu'est Claude-Jean Phillippe. Dimanche, L'homme qui aimait les femmes était à l'affiche, alors... impossible de résister à la voix de Charles Denner. Et je suis même intervenue, cette fois-ci, contrairement à mon sacré commandement, pour fermer le clapet d'une spectatrice qui n'avait rien saisi de la beauté trouble du personnage... sous les applaudissements du public ! Je déteste les bavardages qui succèdent aux projections car 999 fois sur 1000, ce sont des âneries, des bavardages creux (des gens qui exhibent leur inculture et leur vanité, leur inintelligence)... et parce que j'ai souvent des coups de sang... surtout si l'on n'aime pas qui j'aime. Ne suis-je pas diabolique ?
Un autre rêve remue en moi et va bientôt naître, en avril. Il est dessiné dans ses grandes lignes.Nul besoin, je crois, d'emmener avec moi tout mon matériel de traducteur, chèrement acquis pour la cause barrienne et d'autres projets, qui sont tout aussi enthousiasmants.
Il faut dire que, pour moi, la traduction est déjà en soi un voyage. Et c'est un voyage que je ne peux pas entreprendre autrement qu'en me projetant dans les mots qu'il faut tirer à soi pour voir ce qu'ils cachent. J'aime glisser mon doigt dans leur doublure et les esquinter juste ce qu'il faut pour leur donner la dimension et la place qui leur reviennent dans leurs nouveaux habits linguistiques.
Je suis donc très malheureuse de constater que la préparation à un diplôme anglais, à visée internationale, que je convoite, est exactement aux antipodes de ma conception. Hors de question, cependant, de me plier à des recettes, de suivre des cours pour ce qui ne s'apprend qu'en se blessant aux outils du traducteur, en traduisant donc ; hors de question également de mouler mon français dans cette chose reproductible à l'infini, le français standard, qui ne possède aucune sensualité ni la moindre aspérité. Car la langue bruisse ou elle n'est pas. Je serais capable de traduire un vulgaire article économique en langage flaubertien rien que pour le plaisir ! Je n'écrirai jamais des mots qui ne sonnent pas en moi. Même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Il y a une limite que je ne peux pas dépasser, c'est celle de la douleur de l'écrit non éprouvé en soi. Allez faire comprendre cela à un "tutor" femelle, qui écrit en bureaucrate...
Nul besoin de ces considérations pour comprendre l'Écosse, car comprendre ce pays ne demande que l'amour que l'on porte à son peuple et à ses paysages. Comprendre l'Écosse, c'est adopter son climat.
Nul besoin de ces considérations pour comprendre l'Écosse, car comprendre ce pays ne demande que l'amour que l'on porte à son peuple et à ses paysages. Comprendre l'Écosse, c'est adopter son climat.
Tout d'abord, une bibliographie sélective, parce que personne ne part en voyage sans des bagages étudiés pour la circonstance. Et, nous, nous partons pour une fête.
L'histoire de l'Écosse écrite par un passionné. Livre indispensable - la seule histoire de ce pays, à ma connaissance, en outre (je ne parle pas des volumes de Galibert et Pellé qui remontent au XIXe siècle). Un panorama complet de l'histoire mouvementée de ce pays, car il s'agit bien d'un pays et non pas d'une extension de l'Angleterre... Je m'endors chaque soir au bord d'un loch, grâce à ce très bon livre.
Un recueil des textes consacrées à son pays par un de ses célèbres enfants.
Et, mieux encore, lisez dans la langue originale ses Picturesque Notes.
On mentionnera aussi le fleuron de la littérature écossaise, aux côtés de Stevenson : Walter Scott, Burns... et un sympathique auteur de policiers, qui, sans révolutionner le genre, s'y fait une place qu'on lui accorde en général bien volontiers, Ian Rankin et son célèbre inspecteur Rebus.
Et puis... et puis... les livres de James Matthew Barrie.
Admirez ce portrait magnifique de l'Écossais :
"Mais, maintenant, alors que nous pouvions avoir pour nous-mêmes des servantes, je reculais devant l’idée. Cela ne serait évidemment plus la même maison ; nous aurions eu à nous dissimuler : je me me vis pas parler anglais toute la journée. Vous ne connaissez que la coquille d’un Écossais avant d’entrer dans le cercle de sa maison. Dans son bureau, dans les clubs, dans les réunions sociales, ces lieux où vous et lui semblez vous entendre si bien, il est réellement une maison avec tous les volets clos et la porte fermée à clef. Il n’est pas opaque de plein gré. Souvent, c’est contre sa volonté – et c’est certainement contre la mienne. J’essaie de laisser mes volets ouverts et mon pied au travers de la porte, mais ils vont claquer. De bien des façons, ma mère était aussi renfermée que moi – bien que ses manières fussent aussi gracieuses que les miennes étaient rugueuses (en vain, hélas ! toutes si bien huilées de sincérité) et ma sœur était la plus réservée de nous tous. Vous pouviez parfois entrevoir une lumière à travers l’une de mes fentes ; elle avait des doubles volets. Or, il semble qu’il s’agisse d’une loi de nature : nous devons montrer notre véritable moi de temps en temps. Et, comme l’Écossais doit le faire à la maison et faire loger une journée entière dans l’espace d’une heure, la conséquence en est qu’il se révèle là au plus haut degré. Les sentiments si longtemps étouffés débordent et c’est pourquoi les membres d’une famille écossaise se connaissent probablement mieux les uns les autres et sont plus ignorants de la vie extérieure à leur cercle que n’importe quelle autre famille au monde. Et, comme la connaissance est compassion, l’affection qui existe entre eux est presque douloureuse dans son intensité. Ils n’ont pas davantage à donner que leurs voisins, mais ce qu’ils possèdent est prodigué à quelques-uns plutôt que distribué à beaucoup. Ils sont réputés pour être avares, mais en ce qui concerne l’affection familiale, au moins, ils paient en or. En cela, je crois, nous trouverons la véritable explication à ce fait : pourquoi la littérature écossaise, bien avant le temps de Burns, a été si souvent inspirée par le foyer domestique et a traité ce sujet avec une compréhension passionnée.
Était-il nécessaire qu’une femme vienne dans notre maison et découvre que je n’étais pas l’homme à la triste figure que j’avais la réputation d’être ? Devais-je être enfin vu tel que j’étais une fois le voile de l’austérité levé ? Ma voix en société est si basse et si quelconque que ma première remarque est à peine une indication que je suis sur le point de parler (comme le bourdonnement de l’horloge avant qu’elle ne sonne) : fallait-il révéler que j’avais une autre voix, qu’il y avait une autre porte que je n’ai jamais ouverte sans laisser ma réserve sur le paillasson ? Ah, cette pièce! Ses secrets doivent-ils être donnés à voir au grand jour ?"
James Matthew Barrie, Margaret Ogilvy, extrait du Chapitre VIII, traduction Céline-Albin Faivre, tous droits de reproduction réservés (dépôt à la S.D.G.L.).
Il ne me reste plus qu'une malle à trouver pour le printemps, afin d'y déposer mes trois derniers rêves. Qu'ils dorment paisiblement et attendent le retour de l'enfant que je suis, toujours.
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