mercredi 9 août 2006
Ce billet est dédié à mon grand ami David, qui prend soin de mille manières de mon imaginaire, et qui m'a appris l'existence de ce dont je vais vous parler...
Tout ne débuta pas avec une souris pour Walt Disney, mais avec une petite fille de cinq ans !
Avant le dessin animé, mi-figue mi-raisin, quasi échec, réalisé en 1951, Walt Disney avait mis en scène l'histoire de Lewis Carroll au moyen de courts métrages, mi-animé mi-vivant, que l'on peut maintenant découvrir ici :
Il y a quelques années déjà que l'on peut souffler sur la pellicule de poussière qui recouvre la mémoire de Disney, à travers cette collection intitulée "Les trésors de Walt Disney", vendue dans des boîtes métalliques. Je ne saurais trop vous recommander d'y jeter un oeil. Il n'est pas garanti que vous puissiez résister à l'enchantement !
Depuis les années 1920, Walt Disney donc avait songé à adapter Alice, pensant même à Mary Pickford pour le rôle puisqu'il avait l'idée d'un film avec des personnages en chair et en os. Il y renonça lorsque sorti le film de la Paramount, qui fait l'objet du précédent billet. Si ce n'est pas un enchaînement de premier ordre !
Les courts métrages proposés sur le DVD appartiennent à la période qui s'étend entre 1923 et 1926. Plusieurs jeunes actrices se plièrent à l'exercice. Ici, il s'agit de Virginia Davis. Elle est, Dieu merci, toujours en vie et âgée de quatre-vingt-huit ans. Il existe une cinquantaine de mini films. Certains ont totalement disparu. Le DVD en contient 7 :
* Alice's Wonderland * Ben and Me
* Alice Gets in Dutch * Football, Now and Then
* Alice's Wild West Show * Toot, Whistle, Plunk & Boom
* Alice in the Jungle * Pigs Is Pigs
* Alice's Egg Plant * Social Lion
* Alice's Mysterious Mystery * A Cowboy Needs a Horse
* Alice the Whaler * Hooked Bear
Alice traverse non pas le miroir mais pénètre dans l'univers de l'animation.
Quelques captures d'écran pour vous allécher :
Tex Avery (il ne sera pas le seul) reprendra avec beaucoup de classe cette idée que l'on peut, à volonté, se dessaisir de certaines parties de son corps. Ici, le lion affûte sa dentition afin de croquer Alice.
Je vous offre quelques captures d'un film assez difficile à trouver, excepté ici. Il s'agit d'un long métrage qui raconte l'histoire d'Alice et ce qu'elle vit de l'autre côté du miroir.
Cary Grant y joue le rôle de la simili-tortue (The Mock Turtle) ! Deux de mes intérêts se sont croisés dans la quête de ce film qui me faisait rêver : visionner tous les films de Cary Grant (il s'agit de l'un de ses premiers) et enrichir mon univers carrollien, en vue d'un essai sur le sujet !
Le film a été réalisé par Norman Z. McLeod, à qui l'on doit entre autres Monkey Business ou Horse Feathers (avec les Marx Brothers) et le scénario a été écrit par Mankiewicz !
Ida Lupino avait été pressentie pour le rôle d'Alice qui fut, cependant, attribué à Charlotte Henry (alors âgée de 20 ans) !
Les costumes ont été dessinés assez proches des dessins de Sir Tenniel.
Devant les noms communs, il n'y a guère de difficultés et l'on sait presque d'instinct, à l'oreille, par une habitude inconsciente, si l'élision convient. L'hameçon et la hideur. Le haricot, le hasard, et l'heur(e) mais le heurt. Sans parler de l'hexamètre.
Le h aspiré entraîne une absence d'élision, puisqu'il se comporte comme une consonne, tandis que le h muet agit comme s'il était invisible, comme s'il y avait d'emblée une voyelle, donc il y a élision.
Tout ceci est simple pour les noms communs. Il suffit de se reporter à son dictionnaire favori en cas de doute.
Mais les noms propres ? Y avez-vous jamais songé ?
Que dire ? Une réflexion de Holmes ou une réflexion d'Holmes ? Un roman de Henry James ou un roman d'Henry James ? La Pléiade a choisi la seconde solution si je me réfère aux préfaces des nouvelles.
Les Misérables d'Hugo ou Les misérables de Hugo ?
Un billet d'Holly ou de Holly ?
Sueurs froides qui coulent dans mes veines.
La langue française est perverse à souhait.
Encore, lorsqu'il s'agit de noms propres français, à l'oreille on peut être guidée et écrire, sans trop d'hésitation, le roman d'Hugo par exemple, bien que ce dernier se soit emmêlé avec Hernani et lui ait ou non accordé l'élision ! Mon fidèle Grevisse est clément - quand j'aimerais qu'il soit davantage rigoureux : il reconnaît d'Hugo et de Hugo.
Soit. Admettons bien que tout ne soit pas clair, net et précis.
Mais pour les noms propres étrangers ?
Grevisse lui-même y perd son latin (et accessoirement son français).
Rien n'est simple. Tout peut se justifier, à un niveau ou un autre, bien que la philosophie de Heidegger ou les Contes d'Hoffmann ne fassent aucun pli dans mon esprit.
J'ai adopté une règle simple, quant à moi : j'évite autant que possible de me retrouver dans la situation gênante. Au lieu de parler d'Holly ou de Holly, j'évoque Miss Holly.
Quant à Holmes et à Henry James, j'ai décidé de ne point faire d'élision car leur prononciation anglaise m'incite à ce choix et je suis fortifiée dans cette idée par l'esthétisme de la graphie.
Holly vous salue bien bas et espère n'avoir point commis de fautes dans ce billet. Ce serait un comble, avouez-le !
lundi 7 août 2006
J'ai eu la chance de me rendre à l'exposition Almodovar, à la cinémathèque, qui s'est achevée le 31 juillet.
Vous pouvez en retrouver l'esprit dans ce catalogue :

composé de huit livrets, qui suivent le découpage de l'exposition.
Pas aussi excitante que l'exposition Hitchcock, il y a quelques années, à Beaubourg, qui demeure ma référence en la matière, j'ai pourtant palpé l'univers d'Almodovar, un des cinéastes les plus bandants de sa génération. Il semble que l'artiste se soit beaucoup investi dans cette représentation, en prêtant moult objets personnels, en disséquant son travail, en ponctuant le parcours d'interviews vidéo.
Je constate, tout à coup émue, qu'il s'attache à de petites choses, au premier abord dérisoires... Zest d'enfance qui donne son goût de fer et de pleurs à ses films, pour qui sait les goûter. La mise en scène de sa biographie encollée d'extraits de films et de photographies se prête à ce caractère flamboyant qui enflamme les salles de cinéma. L'homme de la Mancha aime beaucoup cet art hétéroclite du collage, qui confronte objets et monde a priori incompatibles. Cet hommage à son artiste fétiche, Dis Berlin, est une des pistes pour trouver le secret de son oeuvre.
J'excipe cette citation qui pourrait servir de point de départ à une réflexion sur son oeuvre passée et en devenir :
"Avant [le succès, la reconnaissance et la célébrité], je regardais par la fenêtre ; maintenant, je regarde dans un miroir."
Et le danger est reconnu. Et Almodovar de se défendre de cette tentation. Il le prouve dans son dernier film, qui est un hommage indirect à son enfance. Par-delà la spécularité du propos, il parvient à atteindre l'universel de celui qui regarde hors de lui-même... pour mieux retourner vers lui-même. J'appelle ce mouvement, celui du troisième oeil, celui de la conscience.
dimanche 6 août 2006
L'hélice
Vidéo envoyée par misshollygolightly
Petite sélection de livres

en rapport avec le message précédent.
Il convient de lire l'essai de Freud, Un souvenir d'enfance de Leonard de Vinci, en parallèle avec celui d'André Green, Révélations de l'inachèvement, qui montre l'erreur possible de Freud quant à son interprétation. De ce texte, Freud était le plus fier, à juste titre selon nous car Freud s'y montre fort brillant. Qu'il y ait ou non une perception erronée importe peu tant ce qu'il écrit nous parle de lui, profondément. Car parler d'autrui est toujours, in fine, se révéler.
Je retiendrai ce texte en particulier :
"Nous nous plaisons ainsi à oublier qu'à vrai dire tout dans notre vie est hasard, à partir de notre commencement, par la rencontre du spermatozoïde et de l'ovule, hasard, qui participe certes aux lois et à la nécessité de la nature, mais qui est sans rapport avec nos désirs et nos illusions. Le partage, dans ce qui détermine notre vie, entre les "nécessités" de notre contitution et les "hasards" de notre enfance peut bien être encore incertain dans le détail ; mais dans l'ensemble, il ne subsiste aucune doute quant à l'importance de nos premières années d'enfance."
Je vous en dirai davantage bientôt si d'aventure j'ai le luxe de le faire, à savoir si du temps m'est accordé.
"La rigueur vient toujours à bout de l'obstacle."
Telle est la maxime que je retiendrai de Leonard et que je vais accrocher au fronton de ma salle de travail, car c'est la denrée qui me fait le plus défaut.
Et si l'inachèvement était une force plutôt qu'une faiblesse ? Et s'il fallait rechercher dans l'inabouti le secret de l'artiste ?
Merci à Gaëlle de m'avoir entraînée à ce questionnement.
Sur les traces de Leonard de Vinci...
Vidéo envoyée par misshollygolightly
Le Clos Lucé est la dernière demeure du grand Leonard, à Amboise, dans un charmant encadrement et environnement, parfaitement mis en valeur, bien que l'ensemble soit peut-être trop dédié au dieu du commerce. Mais cette tendance est un péché universellement partagé. Il s'y est installé à 64 ans et il y est mort quelques années après.
La propriété et ses dépendances appartiennent à la famille Saint Bris. L'un de ses membres, descendant de l'imprimeur Mame, Gonzague, biographe de son état, est un personnage très sympathique, qui aime tant sa Touraine natale qu'il en devient encore plus aimable. L'attachement des êtres à leurs racines est toujours un indice favorable à mes yeux.
La visite est accomplie assez rapidement, même avec un pas léger : chambre de Leonard, cabinet de travail du grand homme, oratoire d'Anne de Bretagne, Salons du XVIIIe siècle, salle de réception du génie, cuisine et salle des maquettes. Ce sont ces dernières qui m'ont le plus intéressée, bien qu'inapte aux sciences. Toutes ces maquettes ont été fabriquées à partir des dessins de Leonard. On retrouve les machines, grandeur nature, dans le parc, qui est un havre délectable, propice à la rêverie et à la réflexion.
La tradition rapporte que le jeune François Ier rendait visite au grand homme par le souterrain qui relie le Clos Lucé au château d'Amboise. Je n'ai pu le vérifier...
Bien sûr, on retirera un peu de déception de cette nécessaire visite. Quelques anachronismes heurtent le regard (certains meubles) et le manque d'objets véritables, qui ne soient pas simples reflets de ce temps si lointain.
vendredi 4 août 2006
Le titre rappelle la chanson de Cole Porter, interprétée par Ella Fitzgerald,
Sarah Vaughn ou encore plus récemment par Robbie Williams
dans un nouveau film autour de la vie d’un homme remarquable, après le Night and day de Michael Curtiz, De-Lovely, qui narre la vie de l’immense Cole Porter.
Les ayants-droit de Cole Porter ont d’ailleurs demandé à ce que le titre du film soit modifié.
Robin Wright, dans la première partie, semble avoir perdu les rondeurs des contes de fées, qu’ils soient parodiques (The Princess Bride, 

délicieux livre et film) ou bien plus vraisemblablement ridicules (Santa Barbara, un soap des années 80), mais dans la seconde partie, nous retrouvons celle que le petit écran avait cru phagocyter.
Sean Penn n’est jamais aussi bon que dans les rôles de suppliciés, de personnages dérangés, en marge de la marche du monde (21 grammes, Mystic river, L’interprète…). La torture de son esprit ou de son âme se lit dans son regard. Ici, il est un peu fou, ou peut-être bien qu’il voit des choses que nous n’apercevons pas. Il donne l'impression d'un enfant pris sans cesse en faute, qui sent le sol se dérober sous lui.
Il est interné pour un acte de violence : il a tiré, accidentellement, sur un ambulancier. Alors que, dans la première partie du film, nous sommes conduits à penser que le personnage (singulièrement absent, dont le vide est dessiné par la présence contradictoire de ce monstre d'acteur qu'est James Gandolfini aka Anthony Soprano, par le désarroi d'une femme déséquilibrée, au propre et au figuré) est un petit malfrat, adepte de la brutalité facile, et que nous craignons pour la fragile Maureen, son épouse enceinte, nous nous apercevons peu à peu que la réalité est tout à fait autre.
Maureen et Eddie Quinn s’aiment.
Nous sommes sceptiques face à ce sentiment qui ne s'exprime presque que par l'absurde et par la distance, dans une quasi impossibilité. Pourtant, lorsqu'ils se mettent à danser
on ressent intensément le lien fusionnel. Mais, là encore, on imagine qu'il ne s'agit que d'une passion destructrice, peut-être simplement sexuelle, qui ne possède pas d'autre ressort qu'une inflammation des sens. Ce malentendu, qui porte bien son nom puisque nous sommes inaptes à écouter ce qui se dit et s'écrit dans leur relation, s'estompe quelque peu lors de l'internement d'Eddie. Nous découvrons qu'Eddie est différent. Le personnage de Sean Penn est-il inadapté ? Oui, probablement qu’il ne vit pas comme chacun de nous (les plus normaux d’entre nous), avec les limites que nous imposent la vie en société et notre lâcheté également de ne pas oser davantage. Eddie est fêlé. Le son qu'il rend n'est pas celui que l'on attend.
Il est potentiellement dangereux. Le feu réchauffe ou brûle, c'est selon. Il dépend du monde qui l'entoure. Il est un objet entre les mains des autres tout à coup.
Trois mois, avait-elle dit. Pas davantage. Il sortirait dans trois mois, le temps de guérir. Elle l'attendrait.
Dix ans ont passé. Elle est remariée à un homme (John Travolta, nerveux et bedonnant, qui aime pragmatiquement quoiqu'il devienne presque fou à la fin du film mais la démence ne sied pas à son tempérament), qui est le contraire de son grand amour, et a trois enfants (dont celui d'Eddie).
L'imcompréhension du spectateur subsiste. Il y a trahison. Pourtant, n'a-t-elle pas dit à celui qui l'avait prise pour femme qu'elle aimerait davantage l'autre ? Et, ce, toujours.
Eddie n'est pas mort. Il s'éveille dans l'idée que trois mois se sont écoulés. Quand il comprend la réalité qui est désormais la sienne : vivre sans Maureen, il ne peut s'y résoudre. Lorsque Maureen apprend la sortie de son ex-mari, elle sait qu'elle n'aura aucun choix sinon celui de le suivre. Deux moitiés d'enfant font peut-être un adulte viable. Qui sait ? Une scène exprime cette immaturité partielle d'Eddie : lorsque le mari de son ex-femme lui amène sa fille, afin qu'il en fasse la connaissance puisqu'elle est née pendant son internement, il découpe des poupées dans un journal et explique qu'il "fabrique des jouets" pour elle.
Le film était le projet de John Cassavetes qui mourut avant d’avoir le temps nécessaire pour réaliser le film. Le fils reprit le flambeau avec élégance et sensibilité. On imagine aisément que le père eût filmé cette hsitoire avec moins de "désinvolture" - bien que cette dernière soit apparente.
C’est quoi l’amour ? Cette question essentielle est posée. La fin, qui n'est qu'à demi morale (tant mieux !), puisque Maureen laisse ses enfants derrière elle, apporte une réponse précise. L'amour consiste en une impossibilité : n'avoir pas le choix, à un certain moment de son existence. L'amour est une fuite vers ce que Platon appelait un inconditionné, même si pour lui l'Amour ne l'était pas. Eddie a besoin de Maureen mais cette dernière a tout autant besoin de son besoin à lui.
L'amour, c'est tout plaquer, devenir léger, plus léger que son passé et son avenir, n'être qu'instant, présence à l'autre.
Un absolu.
Personne ne demande à ceux qui n'aiment pas de comprendre.
Un manga de Kaori Yuki.
Je lis des mangas* avec parcimonie. Mais je suis coupable de m'adonner, une fois ou deux par trimestre, à ce plaisir. Pardonnez-moi. Cet appétit d'oiseau pour ce met est dû à deux raisons principales, l'une prosaïque et l'autre d'ordre esthétique. Les mangas, en général, s'étendent sur un nombre important de volumes, qui peuvent aller jusqu'à la cinquantaine ou pire. Le prix d'un tome avoisine les 8 euros, parfois moins. Les histoires avancent souvent à pas de nain. Le genre exige cette lenteur, je suppose. Nous sommes proches de la réalité du feuilleton, bien qu'il existe des séries au sens strict du terme. Le lecteur potentiel de mangas est noyé par une pléthore de titres médiocres.
Certes, il est des exceptions judicieuses. Toutefois, ne comptez guère moins de 5 volumes; 20 étant une moyenne. A moins d'adorer une série, je ne me sens pas d'humeur à investir autant pour un simple divertissement de la pupille car le problème se situe bien là.
Peu de mangas présentent, à mes yeux, un réel intérêt. Les titres se multiplient miraculeusement mais l'on retrouve souvent un schéma identique et une construction mille fois reproduite, sans réelle originalité en ce qui concerne le trait de crayon et l'histoire.
Toutefois, des artistes comme Urasawa ont su créer des séries palpitantes, à l'insoutenable suspense (Monster, 20th century boys) sans parler des maîtres que sont Tezuka (le dieu incontestable ; ne manquez pas de lire sa biographie en bande-dessinée chez Casterman) ou Taniguchi. Il en est d'autres.
En cran en-dessous, des mangaka comme Tsukasa Hojo déploient des récrits encrés dans une veine humaniste et tendre (La mélodie de Jenny) qui portent à la tendresse, à l'amour et à la considération du prochain... Et que dire de Leiji Matsumoto qui a créé un univers entier autour d'une seule idée (j'exagère à peine) ?
Toutefois, il est des titres encore plus éloignés du manga d'auteur, ainsi que nous aimons l'appeler, qui ont emporté sans réserve mon attention - pour de bonnes ou de mauvaises raisons : Fruits basket de Natsuki Takaya ou Nana de Ai Yazawa. Le premier est un récit goûteux, léger, mais pas inconsistant. Je suis émerveillée par la douceur du ton. Le second s'apparente davantage à un roman-photo bien que plus cru.
Count Cain [on devrait d'alleurs le nommer Earl Cain, car "count" désigne un comte européen, alors que Earl désigne le même rang mais d'origine britannique !] en 5 volumes (suivi de God Child en 8 volumes) est mon préféré de très loin. Il est plus ambitieux et dépourvu de mièvrerie. Il est publié chez Tonkam, un éditeur qui n'est pas toujours à la hauteur de son travail...
Il s'agit prétendument d'un Shojo (manga romantique, destiné aux jeunes filles ou femmes) par opposition au Shonen. Il existe d'autres espèces comme le Yaoi, par exemple, qui est un manga mettant en scène des relations homosexuelles masculines.
Empreint de fureur et de folie gothique, dans une atmosphère victorienne, côté sombre, version bas-fonds, le héros est un enfant illégitime (comme il se doit) honni par son père. Devenu grand, il s'intéresse de près aux poisons et devient versé dans cet art maudit. Son père a d'ailleurs tenté de l'assassiner par ce biais.
Les cinq premiers livres relatent des histoires indépendantes (bien que certains faits soient indispensables pour la suite de l'histoire) où il est question de meurtres, de suicides, d'actes ignobles. Cain mène des enquêtes au coeur d'événements sordides, horrifiques, étranges et répugnants, qui ont parfois, comme c'est le cas pour les romans d'Agatha Christie, pour trame une comptine... La suite concerne plus précisément le destin de Cain. Cette histoire est haletante. Le climat est délétère. Une merveilleuse rose noir ! Une fleur des champs en enfer !
*Signifie étymologiquement : image dérisoire, irresponsable...
mardi 1 août 2006
La mairie de Biarritz m'a envoyé, sur ma demande, le certificat de décès de Mary Ansell, l'ex-femme de Barrie :
http://www.sirjmbarrie.com/biographie/maryansell-deces.jpg
Je mène une enquête sur sa vie en France. Elle a réussi, jusqu'à la fin, à cacher son âge véritable...
Cette semaine, je vais poster sur mon site des documents offerts par Robert Greenham, mon ami anglais, qui a écrit un charmant livre en rapport avec Barrie, et des extraits musicaux du Peter Pan de Leonard Bernstein, entre autres. Il s'agit des morceaux additionnels à une comédie musicale de l'année 1950 (la première eut lieu le 24 avril, pour être précis, à New York), qui mettait en scène Jean Arthur (Peter Pan) et Boris Karloff (Crochet). Excusez du peu : deux pointures !
J'ai d'ailleurs acquis le programme de ce spectacle et je le partagerai avec vous.
Les extraits seront tirées de cette version :

Avant-goût ici :
- scène d'ouverture :
- Who am I ?
dimanche 30 juillet 2006
Contes de la folie ordinaire
Vidéo envoyée par misshollygolightly
Inspiré très librement, avec une raison poétique et saine, des Contes de la folie ordinaire de Charles Bukowski - que j'admire avec la même douleur que Céline, et vis-à-vis de qui le premier fait preuve de dévotion - Marco Ferreri livre un film sans concession, presque exempt d'humour, mais non sans espoir. A condition de comprendre que l'unique espoir de l'homme réside dans l'acceptation d'une condition sans issue.Le malaise s'est emparé de moi en de nombreux instants du film, car le réalisateur - qui mêle son univers à celui de ce grand ivrogne, frère d'âme de John Fante ou de Dostoïevski - n'épargne rien à personne. Il oeuvre ici, dans un certaine mesure, pour ce que Ionesco appelait "le désapprendre à vivre".
Ornella Muti, figure de la pute et de la sainte, qui s'ouvre la gorge ou s'enfonce une immense épingle de nourrice dans les joues, qui s'ampute d'un embryon au moyen de ce même objet barbare et purificateur, vous déchirera en mille morceaux. Vous n'échapperez pas au poison qui est contenu dans les images et dans le texte magnifique en voix-off. Si votre âme ne se brise pas, vous êtes déjà mort.
L'héroïne est trop belle pour le monde, qui est une fange, d'où peut seul peut se dépêtrer celui qui ne tient que par la beauté (faussement) rédemptrice des mots.
Nous sommes seuls et les plus seuls d'entre nous sont encore ceux qui, peut-être, le sont le moins, puisqu'ils ont pour compagne la mort, qui ne leur fera jamais défaut...Ce semblant de monologue qui ouvre le film dit ce que je n'ai jamais su écrire.
Vivons et crevons avec style, mes frères !
samedi 29 juillet 2006
Cindy Sherman au Jeu de Paume, exposition du 16 mai au 03 septembre 2006.
Je n'ai qu'une très lacunaire éducation en matière d'art contemporain. Et, très honnêtement, je ne sais qu'aimer ou haïr lorsqu'il s'agit d'art. Je crois bien que tous mes discours ne sont que fausseté car ils n'existent que pour justifier un penchant, une inclinaison viscérale, qui n'ont que l'instinct pour raison.
Je pourrais reprendre ce fragment kantien de La faculté de juger, "L'Analytique du beau", mais je crains de ne pas trouver un meilleur point d'appui pour exprimer ce qui relève davantage d'une brutalité de l'émotion que d'un raisonnement ordonné.
Par conséquent, je ne possède guère d'aptitudes pour parler de cette artiste que je considère pourtant comme tout à fait exceptionnelle. Tour à tour modèle, photographe (presque peintre lorsqu'elle reprend à son compte thèmes, lumière et composition des Maîtres anciens), cinéaste, elle a la particularité de ne mettre en scène qu'un objet : elle-même, avec la distance inquiétante d'un moi devenu étranger et protéiforme.
Toujours autre sans cesser de modifier et de magnifier cette altérité, jusqu'au point de rupture : dans la grimace simiesque du clown ou la dislocation d'un double, d'un pantin.
Héroïne hitchcockienne, façon Marnie,
dans la ville ou dans une chambre d'hôtel, pin-up agressive, ménagère prenant la pose, stéréotypes divers, abritant tous les personnages d'un muder mystery, clown à la Stephen King (dans Ça),
poupée déglinguée, obscène et plastique,
Cindy Sherman n'a pas de visage propre car elle les possède tous, les composant parfois au moyen de prothèses. La plupart de ses oeuvres ne s'affichent pas sous des titres personnels ; mais elles sont regroupées en séries et ma préférée est celle qui a pour thème les contes de fées. Cindy Sherman propose alors sa série la plus effrayante, morbide et fascinante. Putréfaction. Cadavres. Etrangetés. Perdition. Le cauchemar sous la verdeur du conte. Cindy Sherman est une sorcière. L'univers des frères Grimm lui donne l'air qu'il lui faut. Et ce n'est pas pour rien...
La Mare au Diable
Vidéo envoyée par misshollygolightly
« Oui, mon garçon, dit-elle, c'est ici la Mare au Diable.
C'est un mauvais endroit, et il ne faut pas en approcher sans jeter trois
pierres dedans de la main gauche, en faisant le signe de la croix de la
main droite : ça éloigne les esprits. Autrement il arrive des malheurs à
ceux qui en font le tour.
- Je ne vous parle pas de ça, dit Germain en s'approchant d'elle et en
criant à tue-tête : n'avez-vous pas vu passer dans le bois une fille et un
enfant ?
- Oui, dit la vieille, il s'est noyé un petit enfant !
Germain frémit de la tête aux pieds ; mais heureusement, la vieille
ajouta :
- Il y a bien longtemps de ça ; en mémoire de l'accident on y avait planté
une belle croix ; mais, par une belle nuit de grand orage, les mauvais
esprits l'ont jetée dans l'eau. Oui, mon garçon, dit-elle, c'est ici la Mare au Diable.
C'est un mauvais endroit, et il ne faut pas en approcher sans jeter trois
pierres dedans de la main gauche, en faisant le signe de la croix de la
main droite : ça éloigne les esprits. Autrement il arrive des malheurs à
ceux qui en font le tour
- Je ne vous parle pas de ça, dit Germain en s'approchant d'elle et en
criant à tue-tête : N'avez-vous pas vu passer dans le bois une fille et un
enfant ?
- Oui, dit la vieille, il s'est noyé un petit enfant !
Germain frémit de la tête aux pieds ; mais heureusement, la vieille
ajouta :
- Il y a bien longtemps de ça ; en mémoire de l'accident on y avait planté
une belle croix ; mais, par une belle nuit de grand orage, les mauvais
esprits l'ont jetée dans l'eau.
On peut en voir encore un bout. Si quelqu'un avait le malheur de s'arrêter
ici la nuit, il serait bien sûr de ne pouvoir jamais en sortir avant le jour
Il aurait beau marcher, il pourrait faire deux cents lieues dans
le bois et se retrouver toujours à la même place.
On peut en voir encore un bout. Si quelqu'un avait le malheur de s'arrêter
ici la nuit, il serait bien sûr de ne pouvoir jamais en sortir avant le jour
Il aurait beau marcher, il pourrait faire deux cents lieues dans
le bois et se retrouver toujours à la même place. »
Chapitre XIV
En route vers la Mare au Diable
Vidéo envoyée par misshollygolightly
Enfant des alentours de Nohant, je ne suis pas une grande admiratrice de la "bonne dame"... Mais j'ai décidé d'entamer une révision de son procès, où je l'avais condamnée. Le coeur de Musset m'était trop cher pour que je ne lui fisse pas payer très cher les tourments du poète.
vendredi 28 juillet 2006
Le musée Maillol offre une bien belle exposition, jusqu'au 30 octobre, pour les amoureux de la divine Marilyn. Il s'agit d'une très petite sélection de 59 photographies de Bert Stern sur une totalité de 2571 clichés, qui appartiennent à des particuliers.
Le catalogue de l'exposition est disponible aux Editions Gallimard. Les photographies que je propose ici en sont extraites. Le texte inséré dans le livre est celui du photographe.
J'avoue avoir été sur le point de pleurer en pénétrant dans ce mausolée éphémère. Impression de troubler la tranquillité d'un fantôme qu'on ne laissera jamais en paix, de me faire voyeur (au masculin), d'être indigne. Envie de recouvrir ce corps trop malmené de son vivant.
Les photographies de nus ont été refusées par Vogue. Suivra une seconde séance de photographies acceptée par Marilyn, plus habillée. Elle mourra un jour avant la publication du reportage, en 1962, dans les conditions troubles (ou troublées par l'esprit pervers des journalistes) que tout le monde sait.

Non, je n'ai pas troqué un ange (Julia R.) contre un autre.
D'ailleurs, les courbes de Marilyn et sa tristesse sont tout ce qu'il y a de plus terrestres selon moi...
Il suffit de la contempler dans cette pose, qui évoque une veuve, une femme de marin perdu en mer peut-être... L'imaginaire prend son envol. Mélancolie à perte de vue.

Mais Marilyn a toujours su m'émouvoir car je la crois très incomprise. Excellente actrice, beaucoup n'ont vu en elle qu'une ravissante idiote - rôle qu'elle endosse mieux qu'un chèque. Mais s'il ne s'agissait que de cela... Son dernier film, inachevé, celui de Cukor, la met dans une lumière qui dit une douleur que son sex-appeal ne dissimule plus.
Marilyn exhibe le péché et la peccabilité, la blessure (comme cette cicatrice qui biffe chaque photographie, due à une récente opération de la vésicule)...

et la vulnérabilité, l'acte et la potentialité.


Y compris dans des poses indécentes - et il suffit de regarder attentivement cette bouche pour y apercevoir autre chose qu'une bouche -, Marilyn ne me choque pas.
Elle m'émeut aux larmes. J'ai l'impression que sa solitude m'atteint au-delà du temps et de l'espace qui nous séparent.
Ces courbes, amoindries par le chagrin et un état valétudinaire, ne sont-elles pas la huitième merveille du monde ?

Pourquoi publier et montrer les photographies que Marilyn ne désiraient pas voir figurer dans la sélection destinée à Vogue ? L'une d'entre elles est scarifiée - le commissaire de l'exposition y voit l'anticipation de sa mort prochaine, une forme de crucifixion ; l'image est belle mais elle manque de pudeur et est faussement symbolique - et elle figure au programme.
Est-ce respectueux ?
Marilyn... A qui pouvais-tu faire confiance ?
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"Kiss me tiger", extrait :
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- Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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