dimanche 15 avril 2007
De Truman Capote, ce ne sont pas les singeries ou les grimaces affectées de l'homme de salon, le caniche devenu célèbre et un peu précieux, qui m'intéressent, mais les récits plus ou moins véridiques de son enfance : A Christmas Memory (lire ceci), The Thanksgiving Visitor, I remember my Grandpa... Ces textes contiennent l'essentiel à mes yeux. Ils sont le carbone de tout ce que je pourrais écrire, mille fois moins bien que lui.

En France, on ne sait pas écrire de nouvelles, ou bien les éditeurs n'en publient pas volontiers. Pourtant, c'est un genre exigeant, qui ne pardonne aucun mot en trop ou faute. Je n'en ai jamais publié qu'une seule dans ma vie, j'en ai écrit pas mal, mais j'ai cessé, car le format ne me convient décidément pas. Je suis du genre hystérique excessive.

Dans le fond, peut-être que Miss Sook est la première pour moi, avant Holly Golightly ; et, avant ces deux-là, le petit garçon mal-aimé qu'il fut.



Petit souvenir d'enfance, dont l'évocation m'a été suggérée par une correspondance assidue en direct de l'Amérique, avec mon ami Jim.



Patte-de-canne

La mémoire est capricieuse parce que, souvent, elle ne restitue les êtres du passé que par des détails, des fantômes gouailleurs sans contour ; elle ne livre que de fugitives visions, la plupart du temps plus intellectuelles que sensibles ; elle frappe avec un emporte-pièce sur la mosaïque du temps vécu. La mémoire est un alambic. L'avantage de telles lacunes, c'est qu'elles nous autorisent à vivre une seconde fois notre passé en étant un peu plus maître de son déroulement : je crois que je n'ai vécu que dans l'attente de ce jour où je serai en mesure de recréer ce passé, de faire dévier, même de façon infime, chaque être et chaque événement de son centre intime de gravitation, du petit pivot auquel il s'accroche. Je me suis donné, dans l'acte d'écrire, le droit suprême d'être infidèle à tous et à tout. Dans l'écriture, il n'y a que la vérité que l'on veut bien lui donner, en tant que démiurge, et celle que l'on veut bien prendre, en tant que lecteur. Les personnages de roman et les situations auxquelles ils participent sont presque toujours bien plus et bien moins cruels que l'auteur ne le laisse entendre. La véracité n'a aucune valeur en littérature, c'est la force seule qui compte et elle a tous les droits : le talent ou l'impuissance à se survivre. Quoi qu'il en soit, ce que l'on tait, soit par pudeur, soit par lâcheté, ou encore par lassitude, c'est cela seul qui en définitive restera et témoignera de notre fiasco.
Je me souviens que le père Miau était un vieil homosexuel, grand, étique, le teint et les cheveux blancs, avec des yeux bleus humectés. Il vivait dans une petite maison peinte en gris qui était installée sur l'extrême bord du trottoir. Son seul compagnon officiel était un fox-terrier à la fourrure blanc sale qui adorait le sucre et répondait au nom de Mickey.



Il y avait une vraie passion entre ces deux êtres, comme il n'en existe guère chez les êtres humains : ils prenaient soin l'un de l'autre, sans pensée égoïste. Mickey ralentissait sa course lorsqu'il sentait que le vieux peinait à le suivre, et ce dernier, qui n'avait pas le sou, se privait sûrement pour offrir des friandises au roquet. La première chose qui m'a profondément découragée de vivre fut la tragédie qui survint dans la vie de ce couple. Je ne comprends pas pourquoi les hommes finissent presque inévitablement par accepter de vivre en payant un tribut aussi lourd, la sécheresse du cœur. Il faut qu'ils soient pourvus d'une sacrée dose d'indifférence. A moins que toute la vérité ne réside dans le fait qu'ils n'aiment jamais, sans pour autant cesser de s'illusionner sur ce point. Il y a dans notre organisme je ne sais quel antidote ou anticorps que nous fabriquons contre la tristesse. Une tristesse que pourtant nous sécrétons aussi, et peut-être en même temps que son contrepoison.
Le père Miau fut victime d'une attaque d'hémiplégie et on le transporta à l'hôpital, où il demeura de longues semaines loin de Mickey. Les Ravier, les voisins, songèrent -et l'idée de l'ouverture imminente d'une succession, sans héritiers, les aida dans cet effort de pensée - à leurs devoirs envers leur voisin esseulé. Ils vinrent nourrir Mickey et le sortirent deux fois par jour. Ils le retrouvèrent mort un matin. J'ignore qui apprit la triste nouvelle au père Miau ni quelle fut sa peine, mais pour la première fois de mon existence, je m'interrogeai sur le sens de ce qui me semblait être une injustice. Plus tard, je compris qu'il n'est jamais question de justice ou d'injustice, mais seulement d'événements aveugles et impersonnels que s'attribuent les hommes et dont ils s'imaginent être les uniques destinataires. Dieu, s'il existe, ne distribue pas de bons points.
Ma grand-mère s'affligea évidemment des malheurs de son voisin et projeta une visite à son chevet, elle, qui ne sortait plus à l'époque qu'une ou deux fois par an, et encore seulement en pantoufles, rapport à se pieds déglingués. Elle commanda, dans ce but, chez les Des Grameau -les pâtissiers les plus médisants de toute la ville- deux douzaines de biscuits à la cuiller, aussi immangeables que coûteux. Elle prit un taxi et se rendit auprès de lui, avec son précieux paquet sous le bras, qu'elle écrabouillait contre son thorax et sa poitrine mafflue, tant elle était aiguillonnée par la découverte de sa propre générosité. Elle le trouva assis dans un fauteuil, et elle ne vit que ses yeux. On aurait dit une cuvette bouchée : ils étaient plein d’eau. Ils ne regardaient déjà plus rien de réel. Sa visite impromptue ne lui apporta aucun bien-être et, même si elle le sentit avec évidence, elle ne regretta pas son geste. Mais je crois qu'elle se rendit compte qu'elle n'était pas faite pour la bonté. Elle avait peut-être trop besoin qu'on l'aimât en retour. Je ressens tout le contraire : l'idée que je puisse me rendre utile et que l'on puisse avoir l'envie de m'aimer en retour, sans que je l’aie décidé, me dégoûte. Heureusement, cela ne s'est pas produit plus d'une ou deux fois jusqu'à ce jour : la première fois, j'avais dix ou onze ans, et c'est Patte-de-canne qui fut responsable de ce réflexe de fuite qui me caractérise lorsque je me sens coincée dans un piège à bons sentiments. Patte-de-canne était une vieille femme désabusée de quatre-vingts ans qui traînait une jambe droite inerte. Elle était décharnée (dans un bien plus mauvais état que le père Miau), son visage était creusé au niveau des mâchoires, ce qui avait pour résultat de faire apparaître des joues saillantes et un menton de sorcière, ses yeux étaient enfoncés dans leur orbite, sans doute avaient-ils eu trop de misère à contempler et cherchaient-ils à camoufler leur pauvre lumière derrière une paupière ratatinée.
Rien d'étonnant à ce que les vieux me préoccupent autant si l'on réalise que j'ai passé la quasi totalité de ma vie auprès d'eux. Partager le désespoir, ou plus exactement l'absence d'espoir -le désespoir suggérant certainement une forme de lutte dans le refus- des vieux, leurs incalculables tracasseries liées à leurs diverses infirmités physiques, présentait un inconvénient : c'était un peu comme connaître la fin de l'histoire alors que l'on en est qu'au début. La vie perd inévitablement de sa saveur. Tous les vieux que j'ai connus avaient ce même air résigné, quoiqu'un peu boudeur, et je me demandais souvent comment vient le consentement à la mort, mais peut-être n'est-ce que le renoncement à la vie. Ils me l'ont appris, bien qu'au début j'eusse eu du mal à me faire à cette idée : c'est par fatigue, plus encore que par ennui, que les hommes se défont de la vie comme d’un linge sale. Lorsque l'on vit assez vieux pour être vermoulu, culbuté, délabré, usé jusqu’à la corde sensible et que l’on n’a plus, dans sa besace, que de vagues regrets sans rien ou personne à qui les attribuer, il est alors très rare que ce soit la vie qui prenne congé des vieux, ce sont eux qui la balaient d'un revers de main, avec un geste semblable à celui qui chasse une poussière ou un insecte, mais sans tristesse.
Patte-de-canne ne s'éloignait jamais de sa drôle de petite bicoque blanche, et son mari les ravitaillait, chaque jour, auprès des commerçants du marché, à deux pas de nos habitations respectives. Il demeurait assez vaillant malgré son grand âge et pourvoyait aux besoins peu exigeants du ménage. Ils vivaient ensemble sans trop de désagréments, semble-t-il, ni mieux ni plus mal que la plupart des couples mariés, jeunes ou vieux : dans une médiocrité domestiquée, sans appel. J'oublie peut-être le jour où Patte-de-canne coursa -le mot est mal choisi compte tenu de ma description précédente- son mari avec un hachoir à la main, en hurlant qu'elle allait le tuer. Personne ne sut comment leur voisine, Madame Lemoine, parvint à mettre fin à ce « regrettable incident » ni les motifs de cet accès de rage, ultime soubresaut de la vie qui brûlait encore en elle, avant-dernière convulsion de l'aigreur. Le mari de Patte-de-cane ne tarda pas trop à réaliser l'apparente volonté de l'infirme-au-hachoir, mais je n'ai aucune raison de présumer que sa mort ne fut pas « naturelle ».
Madame Lemoine, dont je n'ai ni bien ni mal à dire, prit la relève du défunt et s'occupa de Patte-de-canne, elle adopta ce rôle avec désintéressement et dévouement parce que ses journées étaient vides : les voitures de ses enfants n'étaient pas en assez bon état pour entreprendre un voyage, et, fréquemment, ils étaient désolés d'être dans l'impossibilité de venir l'embrasser et de lui apporter, eux-mêmes, une mauvaise boîte de gâteaux secs expédiée, une fois tous les trois mois, par voie postale. Malheureusement pour Patte-de-canne, la bonne volonté de Madame Lemoine eut à souffrir de la fêlure d'un fémur excentrique, et l'infirme resta seule pendant les mois de repos que nécessita l'os brisé. L'épicier du coin profita de l'aubaine et lui livra de quoi manger. Il fut d'ailleurs le seul à se risquer dans sa tanière parce que tout le monde la reluquait, en coin, depuis l'affaire du hachoir et la mort subite de son époux, un vieillard apparemment en bonne santé. Je m'avisai tout de même, de mon propre chef, sans que ma propre vieille y trouvât à redire, de lui apporter des fruits et un bouquet de marguerites. Je voulais probablement mimer la bonté de ma grand-mère - les enfants sont des êtres parfois très conventionnels - et être digne de l'amitié des Quatre filles du Docteur March, dont j'avais récemment fait la connaissance. Patte-de-canne accueillit mon geste avec trop d'effusions ; elle avait dû être dépouillée de toute forme de tendresse depuis longtemps, depuis toujours, et ne savait pas la manière. Mais ses débordements d'affection nerveux m'effrayèrent, ses mains s'agrippaient à moi, elle s'enthousiasmait pour un acte presque involontaire en somme, une sorte raptus, et cherchait visiblement à mettre en branle tous les artifices à sa portée afin de me retenir un peu plus longtemps. Dieu sait qu'elle en avait des malheurs à se faire consoler, mais je n'étais pas très concentrée : j'avais envie de me gratter l'épaule, les moustiques avaient encore fait un festin, la nuit dernière. Etrangement, ma pitié et ma compassion avaient disparu pour laisser place à ce qui pourrait se définir comme un vague écœurement. Je méprisais cette peine dans laquelle elle se complaisait et dont elle faisait son fonds de commerce. Une peine ruisselante qui, visiblement, lui donnait de la joie. Je n'aurais pas été étonnée d'apprendre qu'elle se masturbait un peu le coeur en pensant à sa vie de pupille, à son jeune fiancé mort à la guerre. Sa bouche effilée prenait forme, un peu de bave coulait le long des commissures, elle était avide de malheurs. Elle dégueulait ses larmes. C'étaient pour elle des sucreries dont elle se gavait et qui lui gâtaient le caractère. Je me méfiais de ses chatteries à n'en plus finir. Son regard était matois et il ne me trompait pas. Je ne savais plus quelle tactique employer pour me débarrasser d'elle : elle prenait des habitudes et m'empoignait par les bons sentiments qu'elle croyait à tort déceler en moi. Ce petit jeu me lassa au bout d'un mois de clabauderies, de listes de courses et de prétextes pour m'attirer chez elle. J'avais enfin trouvé un moyen efficace pour l'éviter (elle me guettait derrière son carreau et se précipitait dès qu'elle apercevait une paire de nattes au coin de la rue, si bien que je n'osais plus sortir) : je prenais mon élan quelques mètres avant son antre et je courais aussi vite que j'en avais la force, ne m'arrêtant qu'une fois parvenue au marché. Les premiers temps, j'eus raison de sa finesse, mais elle saisit rapidement le sens de ma précipitation, et je l'entendis crier mon prénom pendant plusieurs jours, enfin elle finit par se fatiguer. Mais je l'entends encore ce cri : une sorte de glapissement hystérique, mais je ne conserve aucun remords de mon échappée, sinon un peu de honte, un sentiment plutôt familier.

Tous ces gens sont maintenant morts et j'ai à peine l'air vivante quand je parle d'eux.
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samedi 14 avril 2007
Pour Fauna, qui m'a offert ce disque-là et bien d'autres bonheurs et trésors, je dépose dans la nacelle de son absence ces quelques lignes, afin qu'elles l'accueillent tendrement à son retour. Je contemple une jolie fée de papier, celle-ci, qui sied si élégamment à mon musée Barrie et qui porte sur son dos les mots de mon amie aux mille visages mais à la voix unique. Elle seule retrouvera son chemin dans le labyrinthe de mes pensées, dans ce billet à plusieurs entrées et à liens secrets.

***
La longe qui tenait mon cœur s’est rompue.
Vous n'aviez pas compris ?
Les choses ont changé.
Le centre de gravité s'est déplacé. Personne d'autre ne s'en était rendu compte.
D'égoïste, je suis devenue égocentrique.
Sacrée différence tout de même.
Le soleil, c'est moi.
Je brûle, je ne suis plus calcinée.
Voilà, je suis devant vous sans fards.

On pourrait palper le cadavre sous la peau. On le devine. Je vois toujours le cadavre chez les gens. C'est la première chose que j'estime en serrant la main de quelqu'un. Je calcule ses chances de survie.
Cela m'apaise.
Non, ce n'est pas morbide. Ce n'est pas plus mon amour du gothique, ce romantisme noir, inversé, la cause de tout ceci.
Comment pouvez-vous croire cela un instant ?
J'ai peut-être simplement un sens des raccourcis aiguisé, mais du landau au fauteuil roulant il y a moins qu'on ne le croit ; exactement la même distance qui persiste à s'établir entre le premier cri de vie (et de désespoir, si l'on en croit Schopenhauer) du nouveau-né cyanosé et le hurlement de bête du vieux en train de crever dans son lit à ridelles ; la vie et la mort sont des putes, mais la seconde fait toujours payer comptant. Entre les deux extrêmes, tout n'est que divertissement. Profitons-en. Nous avons tous les mêmes chances, un peu esquintés ou en bonne santé.
Dans la lumière crue et malade de ma caméra, qui me fait un teint jaune et des mires poudrées de violet, je prends les mesures de mon cercueil dans le temps qui me reste ; je compte les cercles autour de mes yeux, comme si je datais un tronc d'arbre. Cela tient en une photographie.
Il était une fois, une très vieille dame, qui allait mollement sur ses quatre-vingt-dix ans. Elle se dandinait un peu, à cause de sa bosse qui la faisait chavirer léger. Quatre-vingt-dix ans. Oui, je sais que cela doit vous sembler très vieux et vous vous dites, sûrement, qu’elle était bonne à mourir, après tant de temps passé dans le four de l'existence. Je ne suis pas sûre que vous oseriez employer le mot crever, ou alors bien discrètement, dans le secret de votre citadelle intérieure, à l’abri du regard de l’autre. Car l'autre est gardien de la morale, vous le savez.
Personne ne meurt réellement de chagrin. C’est quelque chose que j’ai appris très vite. Avant tout le reste, alors que je croyais encore au Père Noël et que je regardais sous les cotillons d’organdi de la Mort, que je prenais pour ma mère imaginaire, que j’appelais et taquinais dans mes jeux. Je la piquais un peu parce que je la trouvais lente et que ses gestes imprécis me troublaient un peu.
Personne ne meurt réellement de chagrin. Je savais.
Tout ça parce que je sentais, en moi, en vie, la vie et l’envie qui glougloutaient en trombes saccadées et généreuses. Elle a touché le bout de mes cheveux, avec tristesse, et m’a offert un quart de sourire. Mes cheveux sont longs et bruns. Ils sont la sève qui suinte de mon corps vivant. Les siens sont blancs, clairsemés et secs. Sous le sourcil gauche la peau commence à se décoller par bribes et s’attarde, finale, royale, immuable, tenace, vorace, dans ce désert où il est planté ce visage au bout d’une pique.
De l’adolescence à l’aube de la seconde enfance, nous sommes tous des ordures. Certains plus que d’autres, mais nous puons tous le renfermé. Reniflez, fouillez, vous lirez votre avenir dans les viscères du premier crevé que vous croiserez. Il n’y a que deux attitudes possibles face à la vieillesse : le dégoût violent et le rejet ou bien la compassion extrême. Il est des prédateurs et des sauveurs ; il existe, en revanche, très peu de gens honnêtes avec leur ressenti. Aucune des deux attitudes n’est la bonne. On s’accommode très bien de sa propre déchéance - le premier moment de surprise altéré, il n’en est pas de même de celle des autres. Personne n’aime fixer dans le blanc de l’œil – que les vieux ont plutôt jaunâtre – la mort. Ce n’est pas tant la vieillesse qui est haïe que ce dont elle est porteuse. Croyez-vous que cette bosse ait toujours été à sa place et qu’aucune jeune main n'ait jadis cajolée son emplacement ? Pensez-vous vraiment que le doigt était si cintré qu’il eût pu autrefois crocheter un napperon sans aiguille ? Êtes-vous capable de croire une seconde que le vieux ait toujours été vieux ?

Elle a sauté dans le vide. Du quatrième étage. Une fin d’après-midi. Son corps s’est arrêté à la surface du béton, retenu par une anse de feuilles et d’arbres. Le sang a coulé. On est venu la chercher. On savait que les bébés entraient et sortaient par les fenêtres, mais les vieillards ? C’est rendre sa force et son droit à la vieillesse que de croire en l’impossible. *
Elle s’est brisée en mille morceaux ; elle a survécu et j’ai pleuré deux fois : pour la morte et pour la vivante.

Elle aimait follement son mari (il existe heureusement de rares êtres qui meurent de chagrin) qui, hélas, était encore plus vieux qu’elle et avait dépassé les 102 ans. Il ne bougeait plus. Il vivait dans son lit. Il parlait peu mais entendait encore et voyait, mal, mais il apercevait l’ombre de sa femme et de son médecin. Il vivait et il était rassuré, coincé entre les crans d'arrêt de cette joie simple mais réelle de l'instant. Oh, bien sûr, rien de digne, comme se le figurent les gens-qui-savent, ceux qui ont la main sur le cran de la perfusion pour faire partir un peu plus vite. Il vivait tant et si bien qu’il donnait une raison de vivre à sa vieille femme. Il le savait, cela le portait dans les cieux. Puis, un jour, peu avant Noël 2006, il est mort. Alors, sa vieille a décidé qu’elle allait le rejoindre. Un jour, comme ça, sans prévenir. Elle s'est jetée de la fenêtre du quatrième étage. Moi, pendant ce temps-là, je pipais mon vécu.
Je me suis dit que c'était de ma faute. Oui, j'aurais dû retourner la voir très vite mais j'avais les foies. Cette vieille, c'était moi. Je n'aime pas me mirer dans mon avenir. Je ne suis pas assez solide. Mais j'ai imaginé son vieux corps tout moche, que j'aimais non pas par compassion mais par amour, de cette petite bonne femme mystérieuse, qui s'écrasait sur le sol.
Et, parce qu'il n'y aucune raison de vivre ou de mourir, elle a survécu.
J'aime cette photographie. Je clarifie, mon cher Jim, j'aime le regard que je porte sur mon regard. Je suis comme un des héros de Paul Auster, qui prend une photographie, chaque jour, du même endroit pendant des années. Je le fais avec mon regard. J'essaie de scruter en moi une étincelle d'humanité.
Je suis l'objet sur la photographie.

Je n'ai plus vraiment peur.

Ni de vous, encore moins de moi. Pas plus que d'elle. Je lui tiendrai la main, quand elle partira, et je ne pleurerai pas.

Je suis déjà partie, de toute façon, avec elle.

Il n'y a vraiment qu'une chose positive en ce monde : la joie. Mon regard vous le cèle peut-être, mais n'en doutez pas. J'ai coupé la calotte de mon cerveau et l'on peut plonger les deux mains à l'intérieur, comme dans un pain-surprise. Il y a un peu de tout à l'intérieur.

Ecoutez ! Admirez mes monstres intérieurs !

Ladies and gentlemen
Harry's Harbour Bizarre is proud to present
Under the Big Top tonight
Human Oddities
That's right
You'll see the Three Headed Baby
You'll see Hitler's brain
See Lea Graff the German midget who sat in J.F. Morgan's lap




Je ne sais plus très bien écrire. Je suis partie un peu loin, je me noie dans la goutte d'encre italienne.
Vetri a lune.

J'avais envie depuis le moment de ma découverte d'écrire ma passion pour un disque, pour une oeuvre qui n'est pas commune et dont l'écoute m'est nécessaire en ce moment plus qu'à n'importe quel autre. Lorsque je me vide de ma fiction personnelle, j'éprouve le besoin d'une perfusion des idées et des mots des autres, à condition que ceux-ci soient frères de peur des miens. J'y vois un encouragement à ne pas renoncer au centre de ma douleur exquise d'écrire.

"Au milieu du chemin de notre vie, je me suis retrouvé dans une forêt obscure. J'avais perdu la voie droite." (Dante)

Ainsi, vous serez un peu dans mes pensées et vous n'aurez pas l'impression que je vous abandonne tout à fait.


Vous savez combien j'aime les histoires, celles que me racontent les autres et celles que j'invente. De tout temps, les histoires ont été les nourrices de l'humanité et je crois même que la Rumeur, la grande clameur anonyme et salope, menteuse et fiévreuse, de la ville n'est que la bâtarde des histoires que l'on ne raconte plus au coin du feu.


Ecoutez celle-ci ! Abreuvez-vous à la source du conte.


Tom Waits est l'Ogre de mes jours et de mes nuits. Je sais qu'il en est de même pour mon amie. J'ai toujours bien aimé le Grand Méchant Loup ; sous sa peau se cache autre chose, car les véritables monstres portent rarement fourrure et crocs acérés, c'est même tout le contraire. Mais je ne vous apprends rien, à moins que vous ne soyez de ces amnésiques de l'enfance, et dans ce cas nous n'aurions plus rien à nous dire.

Musicalement, cet album est une curiosité, y compris peut-être pour ceux qui sont familiers du dandy dépenaillé à la voix rauque. Il est peut-être difficile de l'héberger dans le creux de l'oreille. Ce n'est pas une mélopée pour divertir ou accompagner le pas chancelant des pensées intimes, c'est le sens de l'histoire qui fait sens, qui bat la chamade, qui heurte et berce avec une violence sourde et la légèreté de l'innocence. On y reconnaît, plus ou moins bien cachées, des mélodies écrasées d'Ennio Morricone, des musiques gitanes comme celles que choisit Kusturica dans ses films... et mille choses que personne ne peut énumérer, à moins d'y perdre la raison.

Cet album est issu d'un spectacle musical composé par un trio. L'album comporte des versions studio des morceaux écrits pour la pièce, mise en scène par Robert Wilson et écrite par William S. Burroughs.

L'histoire s'inspire plus ou moins d'un conte ou d'une légende de l'Allemagne, Der Freischütz . Un homme fait un pacte avec le Diable.
I said Satan will fool you
Cette histoire avait déjà été adoptée par Carl Maria von Weber dans un opéra. Wagner, entre autres, sera beaucoup influencé par cette oeuvre.
Forts de ce succès, Tom Waits et sa compagne, Kathleen Brennan, retravailleront avec Robert Wilson pour deux "opéras", Alice (dont je parlerai mieux sur ma page Lewis Carroll) et Woyzeck (d'après Büchner ; Cf. l'album Blood Money que ma Fauna m'a également offert).
L'ambiance est crépusculaire et fait songer à Tod Browning en maints endroits. On vous prend la main et on vous entraîne dans une danse infernale, vous prenez part au banquet des morts-vivants et au carnaval des âmes (damnées ou non). La voix de Tom Waits, qui est son meilleur instrument de musique, vous découpe l'esprit en plus de morceaux que vous ne pouvez en compter. Même sa scie ne peut faire mieux. La richesse cacophonique et oxymorique de sons de cet album n'a d'égal que celle des images que peint Tom Waits, qui passe d'une ballade romantique à l'évocation des entrailles de l'âme, en bougeant à peine, avec la même crédibilité.

Come on a long with the Black Rider
We'll have a gay old time
Lay down in the web of the black spider
I'll drink your blood like wine

Sifflets de train, corbeaux, ambiance (faussement) lugubre (je n'ai pas peur du noir ou de la laideur apparente, car je sais que le Beau est toujours derrière), The Black Rider a tout pour me plaire. Tom Waits déclare qu'il a essayé de "Frankensteiniser" la musique pour obtenir une sorte d'épave de train déraillé. Personne ne peut mieux dire que lui.
Il suffit de redevenir un enfant.
Now when I was a boy
My daddy sat me on his knee
And he told me
He told me many things
And he said sone
There's a lot of things in this world
You're gonna have no use for
And when you get blue
And you've lost all your dreams
There's nothin' like a campfire
And a can of beans
Il suffit d'écouter les conseils de Papa Waits :
The more of them magics you use, the more bad days you have without them
So it comes down finally to all your days being bad without the bullets
It's magics or nothing
Time to stop chippying around and kidding yourself,
Kid, you're hooked, heavy as lead
Il suffit de savoir que la fin n'en est pas une :
And when I'm buried in my grave
Tell me so I will know
Your tears will fall
To make love grow
The briar and the rose
Extraits :
Lucky Day : waits
The Last Rose of Summer : waits
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Je joins à ces notes disparates, une bibliographie qui tient en un seul livre, acheté hier, chez un bouquiniste de ma connaissance, et déjà en train d'être dévoré, Romantisme Noir, Cahier de l'Herne.


Je suis aux anges.

*Emprunt de ces deux phrases à mon ami Siréneau que je fais miennes.

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mercredi 11 avril 2007
J'écoute en boucle cette belle chanson, qui donne vie dans le creux de mon oreille à un monde que je préfère à celui d'aujourd'hui, une ritournelle providentiellement nommée Roses in December et interprétée par Harriet Nelson.
nelson
Elle m'a été envoyée par un monsieur très raffiné, que je remercie ici du fond du coeur. Je pense au temps qui passe et, soudain...

Je vis et m’enroule dans la traîne de cette grande robe de mariée que j'arbore inlassablement, un peu pincée et grandiose, et qui n'est que mon imagination royale déguisée en jours ordinaires. Je sais que tout possède une explication et qu’il est bien rare que celle-ci ne soit pas logée dans nos désirs, conscients ou non. Pourtant, les coïncidences et les concordances de faits m’enchantent plus que tout, même si j’en suis l’infatigable chef d’orchestre. De mon enfance, du berceau ou du charnier natal, il me reste très peu d’objets : étonnamment, Walter Scott était déjà présent parmi ces reliques d’un passé si lointain qu’il ne me colle même pas à la peau. Il est le lien qui m’unit à Stevenson et celui-ci à Barrie. Une ligne droite et parfaite. Un chemin découpé à travers mon existence, plus long et moins sinueux que ma courte ligne de vie.

En vue de ce prochain voyage en Écosse qui passera fatalement par Édimbourg, en direction de la petite ville de briques rouges, Kirriemuir, je lis et relis Stevenson et Walter Scott. J’essaierai d’effleurer le mémorial (alors que je fustige, dans d'autres circonstances, tout "devoir de mémoire", forcément hypocrite et culpabilisateur ; ce qui appartient à la mémoire, véritablement, n'a nul besoin d'obligation...) érigé quelque part pour le premier, si le très petit avion nous laisse toucher la terre ferme en un seul morceau…

« Le caractère d’un lieu est souvent mieux exprimé par ses liens. Un événement prend racine et grandit sous la forme d’une légende, quand celui-ci se produit dans un cadre agréable. Des actions laides, surtout dans des lieux de laideur, possèdent l’authentique qualité romantique et deviennent l’éternelle propriété de ce décor. Pour un homme tel que Scott, les diverses apparences de la nature semblent déjà contenir d’elles-mêmes leur propre légende et leur avenir. Dans cet endroit-ci ou dans cet endroit-là, seuls tels ou tels événements ont le pouvoir de survenir. Dans cet état d’esprit, il créa La Dame du Lac pour Ben Venue, Le Cœur de Midlothian pour Édimbourg et Le Pirate, écrit avec tant d’indifférence mais conçu avec tant de romantisme, pour les îles désolées et les chenaux rugissants du Nord. Le cours élémentaire de l’humanité a, de générations en générations, un instinct presque aussi délicat que celui de Scott ; mais, où ce dernier crée de nouvelles choses, les premiers oublient simplement ce qui ne s’accorde pas avec les plus anciennes. C’est pourquoi, par la survie de ce qui est le plus approprié, un corps de tradition devient une œuvre d’art. Ainsi, dans les gorges inférieures et dans les mansardes hautes perchées dans le ciel, les gens peuvent revenir en arrière, par les passages obscurs, au cœur des aventures de la ville et faire frissonner leur moelle avec des contes d’hiver au coin du feu. Les histoires qui sont singulièrement pertinentes et caractéristiques – pas seulement de l’ancien temps mais aussi de la constitution même de la mère nature – sont en particulier bien qualifiées pour ajouter de l’horreur à l’horreur, quand le vent joue de la cornemuse sur les hautes terres et que les ululements creusent les chemins, quand l’étendue sauvage et désolée des lumières de la ville ne cesse de trembler et de flamboyer au travers des rafales. »

Trad. rapide de C.-A. F. aka Holly G.

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lundi 9 avril 2007

Non, je ne vais pas invoquer en vain Rembrandt ou Kubrick, comme pourrait le laisser croire ce titre, qui donne envie d'être papillon et de se brûler pour atteindre l'extase.

Je fais référence au titre d'un très beau livre de Gaston Bachelard, dont on sait certainement mon admiration pour lui, puisque je me suis autrefois attardée en sa compagnie, et encore aujourd'hui je reviens vers lui. Lui seul sait dire le sentiment d'avoir des ailes et le sens du rêve. Lire son magnifique L'air et les songes pour se rendre compte de cette acuité qui lui est si personnelle et qui justifie ma conception d'une philosophie de chair et d'éther - par opposition à une philosophie de plomb et de barbelés. William Blake n'a jamais été en meilleure compagnie qu'avec la plume de Bachelard.

Mais pas plus que l'on ne peut se prévaloir de connaître la philosophie de Deleuze en se contentant de regarder et d'écouter son Abécédaire - qui, bien que merveilleux, n'est qu'une anecdote au regard de son travail - sans avoir lu ses livres, qui demandent tout de même plus d'intelligence, voire d'efforts, que ce petit infini qu'il offre à l'humble téléspectateur démuni de culture et de langage philosophiques, ce n'est pas ce livre-ci de Bachelard qui vous permettra de comprendre toute la complexité de sa pensée. Néanmoins, je crois que dans un cas comme dans l'autre que des étincelles de génie crépitent ici et là. Bachelard plus que tout autre philosophe sait faire appel en nous à l'intuition, à la sensualité de notre perception intellectuelle, celle qui ne s'arrime pas complètement à la raison, et qui n'est au contraire que pure poésie, au sens étymologique du terme, à savoir la poièsis par opposition à la praxis. Certes, l'une n'empêche pas l'autre.

«La flamme est un monde pour l’homme seul.
Alors, si le rêveur de flamme parle à la flamme, il parle à soi-même, le voici poète. En agrandissant le monde, le destin du monde, en méditant sur le destin de la flamme, le rêveur agrandit le langage puisqu’il exprime une beauté du monde. Par une telle expression pancalisante*, le psychisme lui-même s’agrandit, s’élève. La méditation de la flamme a donné au psychisme du rêveur une nourriture de verticalité [cf. mon ancien billet ici], un aliment verticalisant. Une nourriture aérienne, allant à l’opposé de toutes les "nourritures terrestres", pas de principe plus actif pour donner un sens vital aux déterminations poétiques. » (p. 4)
* du Grec "pan" et "kallos" ("tout" et "beauté" - Blogger n'accepte plus les caractères grecs ; si vous avez une solution pour m'aider à résoudre ce problème...)
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samedi 7 avril 2007


[Copyright des photographies : Arts and Ghosts]



Elle s'appelle Louise.Je crois qu'elle s'appelle Louise, bien que les prémoms Alice ou Estrella lui conviendraient mieux.J'ai acheté, hier, trois de ses oeuvres. J'ai eu envie d'abriter dans mon univers un peu du sien et j'aime l'idée que mon petit geste lui permettra de continuer à créer.Vous pouvez également acheter ses créations via sa boutique dont vous trouverez l'adresse sur son journal en ligne, qui s'intitule tout simplement, Art and Ghosts. Greg, dénicheur de curiosités magnifiques, avait extrait de sa page hébergée sur Flickr une de ses poupées mises en scène et j'ai suivi la trace de cette artiste qui fait cliqueter en tout sens mon inconscient, sans que je puisse expliquer les tenants et les aboutissants de cette passion qui égorge souffrance et plaisir dans la vision que nous avons d'elle, à travers les trois ou quatre séries qu'elle nous offre, et qui ne laisse au final qu'une forme d'émerveillement crevé dans le coeur et l'esprit. [suite du billet ici, sur ma page Lewis Carroll. ]



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Approchez !
Approchez, mesdames et messieurs ! Vous aussi, les enfants, mais essuyez d'abord vos mains tachées de chocolat et secouez vos miettes. Oui, pour les oiseaux que Frédéric Clément aime tant, mais aussi en hommage au spectacle. Fermez les yeux et avancez.
Plus près.
Oui, là. Ne bougez plus.
Contemplez. Ecoutez. Respirez.
Si vous sentez, soudain, vos pieds décoller de la terre ferme, si votre coeur fait de drôles de bruits, et que vos mains se mettent à battre, ne vous faites pas de soucis, ne luttez pas, laissez-vous emportez par la brise parfumée. Le phénomène est bien connu, identifié et circonscrit par la Faculté de Médecine de Paris, et il ne se passe rien, sinon une chose très normale. Vous êtes emballés, enthousiasmés, charmés, ensorcelés, épatés, enivrés, exaltés... Vous devenez fou ! Il n'y a aucun remède et c'est une maladie contagieuse que vous transmet l'auteur.
Vous lisez Luminus tour.
Le voyage a débuté, vous ne vous étiez presque pas aperçu, et vous n'avez pas envie de rentrer à la maison, car votre foyer est ailleurs, dans votre imaginaire. Qui aurait le coeur de vous demander de sauter à pieds joints dans votre existence, ce petit point, ce petit pois séché, que vous entrevoyez du ciel sur la terre, en bas tout en bas ? Ne vous en faites pas : vous ne risquez pas de tomber. Vous volez déjà et on n'a jamais vu, au grand jamais, personne tomber du ciel.
De Frédéric Clément, je ne savais rien, avant de recevoir un petit mot sur ma page My Space. Il est apparu, dans mon esprit, sous le déguisement d'une bizarre image mentale, comme un magicien, peut-être chaussé de bottes de sept lieues, vêtu d'une cape et d'un haut-de-forme, qui est en réalité un coffre aux trésors, et de gants en peau d'astre poli. Il est presque impossible de parler de Luminus Tour, même si Vanessa et Florizelle l'ont déjà fait avant moi, car le livre ne se laisse pas capturer avec autant de facilité. Il vit sa propre vie et n'a pas tellement envie d'être dérangé. Prenez-le délicatement et posez-le sur vos genoux tendres. Il s'ouvrira seul. Si vous êtes réellement une belle âme, il vous montrera ses secrets, mais ne dérangez rien.
Parlons de choses évidentes, en espérant, que nous pourrons, par cette diversion, nous saisir du fil doré qui dépasse du livre - et qui n'est, en aucun cas, un marque-page. Tirez dessus, pour voir, et vous risquez bien des surprises !
Luminus Tour est en quelque sorte la suite de celui-ci :


Les deux livres ayant été écrit pour Mademoiselle Alys, la fille de l'auteur, à l'occasion de ses cinq ans, puis de ses quinze ans, car même les princesses vieillissent (grandissent). Luminus Tour est une promenade, une quête en quatre-vingts heures au pays des pays des contes de fées. Vous y croiserez James Matthew Barrie, Lewis Carroll et son Chat, Dorothy d'Oz, Peau d'âne, Andersen peut-être, et bien d'autres contes en formes de clins d'oeil, de grains de peau ou de beauté, de minuties, de clefs, de coeur, de tic tic... Un bric-à-brac coloré et poétique qui vous étourdira un peu, car il y a au moins dix belles idées par pages, que ce soit dans le choix des mots ou des tournures, ou bien dans l'éblouissante mise en page. A la limite, un esprit chagrin dirait que trop c'est trop. Pas moi, car je suis une gourmande, une affamée permanente.
[Le seul bémol : pourquoi ce livre est-il imprimé en Malaisie ? En France, ne sommes-nous plus capables ? Cette découverte pince mon coeur et le retourne à l'aide d'une épingle à nourrice... ]

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  • mercredi 4 avril 2007
    (Je dédie ce petit billet à Marie et à Siréneau.)

    Autant le dire tout net, je joue encore avec l'idée de couper les roses de décembre, ou d'espacer les floraisons, parce qu'il m'est parfois difficile de concilier mon écriture extérieure (celle que je vous destine inconsciemment, n'écrivant au fond que pour moi et quatre ou cinq personnes essentielles, dont Jean-Christophe et ma Fauna , qui possède très certainement la plus belle plume du net - ne te fâche pas, ce n'est que la vérité !) et ma prose intérieure, celle qui ne s'abandonne d'encre que sur mes cahiers de fiction, hors de la vue des autres. Je reconnais être, ici, dans une facilité qui m'est désagréable. Je veux prendre des risques et je ne le puis ici, devant témoins. Je ne sais que radoter entre les pétales. En décembre dernier, j'avais déjà cette idée, je ne peux promettre de continuer si cela compromet mon regard sur la page à rayures. Par avance, lecteurs anonymes, ne m'en veuillez pas si, un jour, je succombais. Après bientôt 800 billets et un an et sept mois de présence quasi-quotidienne, je trouve que ce serait très honorable. Pour les autres, les véritables amis, je serai toujours là. Et puis du sang neuf prendra la relève. Il me reste 4 billets à écrire et mon voyage en Ecosse à partager. Ensuite, je verrai bien. Je suis si versatile.

    Ce film tombe bien dans ma reconquête de ma culture allemande, que j'avais laissée en gâtine depuis quelques années, ne connaissant plus d'elle que les grands textes philosophiques. J'avais oublié le plaisir de lire et d'écouter cette langue un peu râpeuse au toucher- telle la langue d'un chat qui vous agace consciencieusement la peau et vous plaît beaucoup dans ce désagrément -, mais si favorable, cependant, comme toutes les choses un peu difficile, à l'extase poétique.
    Personne ne sait très bien dire comment il faut agir pour créer quelque chose de digne. Pourtant, d’instinct, si l’on n’est pas tout à fait handicapé par une cervelle hypotrophiée, on sait reconnaître la bonté, la beauté et la distinction, là elles existent. Ce n’est pas tant une question de tenue que de simplicité dans l’énonciation (cela n'empêche pas la complexité du propos ou sa profondeur), d’aisance ou de facilité, d'évidence, d'intuition intellectuelle (puisqu’il paraît, selon Kant, que cela n’existe pas). Cette reconnaissance ne demande aucun effort de la part de celui qui regarde ; elle entre en lui d'un grand coup et se répand. La douleur vient après, tellement longtemps après que l’on ne sait plus qui a porté ce coup. Je crois que ce film-ci répond à cette interrogation qui est mienne : qu'est-ce qu'une oeuvre honnête ?
    Cela ressemble peut-être aussi à "La sonate de l'homme bon". Un ami intime l'offre à l'un des héros de ce film, avant de se suicider, brisé par le pouvoir totalitaire, qui tue presque sans se salir les mains, par simple empêchement d’exister. Qu’est-ce que la bonté ? Vous le savez, vous ? Moi, je crois que c’est ce qui reste en dernier, quand on est dépouillés de tout ce qui nous masque à nous-mêmes. La bonté ne s’entrevoit que dans l’instant, à la fin du monde, d’un monde. C’est aussi le sujet de ce film beau et sobre comme une pluie d’automne.
    Deux hommes, une femme et l’Allemagne de l’Est. Voici l’argument.

    L’un est un squelette, une carcasse vide, qui se déplace sans bruits inopportuns, toujours habillé d’une grisaille


    qui n’est haranguée, silencieusement, que par ses yeux vifs, qui scrutent avec application le visage du mensonge. Le regard est fixe, bleu marine, presque noir. Il est vieux avant d’avoir l’âge. Son monde est hermétique. Il accomplit sa besogne de fonctionnaire de la terreur sans états d'âme ou réflexion ; il est dévoué à une efficience toute kafkaïenne. Dans la froideur et la précision du geste, il s’enfonce dans votre esprit. Le soupçon est sous-cutané. La cruauté n’est que rigidité du visage qui ne s’affaisse jamais, pas même pour pleurer. La larme qui coule sur son visage, un court instant, semble être suintée par les pores de sa peau plutôt qu'enfuie du contour de l'oeil. Cette scène, en particulier, mérite d'être retenue. L'homme, qui enferme les autres, l'automate, l'arme de précision du pouvoir, ne peut sortir de lui-même. Juste punition, pense-t-on d'abord. Le rire lui est interdit, puisqu'il ne peut déborder de l'attitude robotisée qui a été programmée en lui. Son appartement est froid, rangé, propre. Tout est très logique, jusqu'à l'absurde, jusqu'à l'angoisse, la nôtre, car lui ne déraillerait pas.

    Il épie les faits et les gestes d'un couple toute la journée. La nuit venue, il se paie occasionnellement une grosse pute et prend un instant le service rendu pour de la tendresse. C'est à ce moment précis que l'on entre avec lui dans le chemin de la compassion. C'est à ce moment également que, peut-être, il commence à regarder ses « proies » différemment. Il va perdre ce qu'il va gagner et réciproquement. Il y a une comme une passation de pouvoirs inconsciente entre celui qui écoute et regarde (et vit par procuration tout ce qui lui fait défaut) et celui qui ignore l’être. Tout le film va jouer sur ce manque et cette recherche d'équilibre que l'on appelle peut-être le suspense et qui doit s'achever dans une chute, plus ou moins brutale.

    L’autre homme, celui qui est épié sans le savoir, qui ne l'est que parce qu'il est « trop honnête pour l'être réellement » d’après les dirigeants, mais qui l'est surtout parce qu'il est l'amant d'une femme convoitée par un ministre, est un auteur à la mode, qui ne fait ni l’effort ni le commerce de la lucidité.



    Il oeuvre de facilité, dans le privé comme dans le professionnel ; il est doué pour le bonheur, sans lâcheté ni courage ou soucis particuliers ; il partage la vie d'une jolie femme, une actrice ; ils sont heureux, lui l’est. La femme, portrait idéal de l’actrice, est le point de contact entre les deux hommes, à cause de ses fêlures (elle ne croit pas en son talent, véritable pourtant, et se drogue pour tenir sur scène) qui vont les contaminer.
    La faiblesse, qui est sa qualité dominante, est d’abord impossible, à froid, sans révélateur, à l'agent de la Stasi, car elle n'est pas inscrite dans son cahier des charges; elle est aussi impossible à l'auteur mais, dans le cas précis, parce qu'il ne s'est jamais mis dans la situation d'être pris de cours ou en danger véritable. Tous les deux ignorent ce qu'est la gélivure, bien qu'ils vivent aux antipodes l’un de l’autre.
    C'est par la femme que les deux hommes vont évoluer l'un vers l'autre, sans le savoir. Lorsqu’elle dit à l’agent de la Stasi qu’il est « un homme bon », elle le libère définitivement de son armure d’insensibilité. Il est prêt à perdre.
    L'un des deux hommes va gagner en force et l'autre en faiblesse, dans un équilibre parfait, qui apparaît à la fin du film, dans l'acte de reconnaissance (un livre est dédié, qui reprend le titre d'une sonate qui avait fait couler la larme sur le visage de "l'ange gardien" des écoutes téléphoniques) exercée par l’auteur envers l’autre, qui lui a sauvé la mise (vie). Mais il faut une victime expiatoire à ce double acte de rédemption. On devine que la femme doit mourir, comme les doigts tachés de sang qui marquent le premier texte dissident et révolté de l'auteur le préfigurent.
    On pourrait apprécier ce film de ce seul point de vue divergent, faisant fi de ce qui pourtant donne son sujet au film : le travail de la Stasi au sein de l'Allemagne de l'Est.
    J’ai choisi de comprendre le film avec ce prisme.

    Peu de films allemands obtiennent en France une reconnaissance. L'un des derniers était le très beau Goodbye Lenin de Wolfgang Becker, dans un registre nettement plus léger, mais tout aussi réussi que ce thriller (car cela en est un !).

    J'avais quinze ans lorsque le mur est tombé. J'étais déjà indifférente et je n'en ai que peu de souvenirs. Ce film m'emmène là où je ne suis jamais allée, car on n'a pas besoin de courage véritable à mon âge, à mon époque, en France. Nous sommes des privilégiés. Pour combien de temps encore ?


    Florian Henckel von Donnersmarck est un nom que je grave dans ma mémoire ; j'aimerais savoir ce que seront ses prochains films ; j'ai le plus grand mal à savoir ce qui lui appartient en propre dans ce film, car je crois que les acteurs, dont la splendide Martina Gedeck, l'ont guidé plus qu'il ne les a dirigés. Et je ne manquerai pas de suivre la trace d'Ulrich Mühe, dont le destin m'importe infiniment plus que celui de l'acteur Sebastian Koch, malgré le charme brûlant et sensuel de ce dernier. Ulrich Mühe ne possède pas ce regard, qui m'a transpercée, sans raison, et ce n'est pas qu'une question de rôle. Je voudrais savoir ce qu'il a vécu pour le posséder aussi entier et impossible à briser.





    Bande-annonce : ici.
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  • "Les questions ne sont jamais indiscrètes, mais parfois les réponses le sont".

    Qui pourrait contredire, sur ce point comme sur bien d'autres, cet esprit remarquable qu'était Oscar Wilde ? Vanessa est si jolie - je l'imagine ainsi, car son journal est bien délicat et il ne peut en être autrement- que j'accède à sa demande concernant un questionnaire (un de plus qui traîne sur le net pas très net), mais je vous préviens que c'est la dernière fois ! Comprenez bien que je suis atrabilaire et que j'aime ma tranquillité. J'ai horreur des sujets imposés. Je ne sais pas danser sur le même rythme que les autres et, quand j'essaie avec de la bonne volonté, je me tords les chevilles. Pardonnez-moi de ne pouvoir mieux m'acquitter de la tâche.

    De plus, j'ai déjà plus ou moins répondu à ces questions et j'ai dressé une autre liste ici. Ce préambule étant achevé, je crois que les livres aimés ou haïs en disent plus long sur nous que nous ne le pensons. Il est également vrai que cette aveu en forme de liste n'est pas tout à fait authentique dans la mesure où je pourrais fournir d'autres réponses tout aussi légitimes.
    • Les quatre livres de mon enfance :
    Mon enfance fut indigente et je n'ai de cesse de la raccommoder.
    Lire était un acte de provocation qui ne pouvait s'accomplir sans danger et toujours en cachette, de jour comme de nuit. Je suis née chez des illettrés pour qui les mots devaient cogner sur la gueule plutôt que vous éclabousser joyeusement la pupille. D'où ma répugnance à verbaliser de gorge. Mais j'eus quelques marraines de papier et ce privilège changea la destinée de Miss Holly tête de bois, coeur de sucre et âme en verre pilé. Depuis, le carrosse ne s'est jamais changé en citrouille. Ouf !





    Je me souviens cependant parfaitement des livres d'Enid Blyton




    et, sur ce point, je ne puis guère être originale, puisque je partage ce penchant un peu coupable (Enid Blyton n'était pas une styliste inoubliable) avec les gens de ma génération. Toutefois, je crois que je puis avouer que ses livres m'ont permis de tenir dans mon cachot et que, bien des années après, j'ai racheté ces anciennes éditions en occasion (je désirais les couvertures d'époque), afin d'entretenir ma mémoire et ma colère. J'aimais beaucoup les îles qu'elle faisait surgir avec beaucoup de facilité et je m'en inventais aussi quelques-unes avant même de connaître Sea Cook. Claude, le personnage du Club des Cinq, était une jeune personne que j'aurais aimé être. Les enfants étaient plus fortiches que les adultes dans ces divers livres et c'est ce qui me plaisait.


    Le Petit Chose d'Alphonse Daudet, parce que c'est moi, dans les moindres détails. J'en ai parlé ici en long et en large, mais pas tant que ça. Je ne dirai rien de plus à son sujet, car ce serait en dire trop à coup sûr. Je me souviens simplement de mon choc en découvrant, pour la première fois, que mes pensées et mes sentiments n'étaient pas originaux et pouvaient être réverbérés par un étranger, qui, soudain, m'offrait une enclave de normalité au sein de ce monde étrange où j'avais germé trop vite.

    La case de l'Oncle Tom de Harriet Beecher Stowe (en version non abrégée, bien sûr). J'aimais les sacrifices d'enfants, comme celui de l'ange blond, Evangeline. J'ai toujours été un peu sadique. Pourquoi aurais-je dû être la seule à souffrir ?

    "Adieu, enfant bien-aimée ! les portes brillantes, les portes éternelles
    sont closes sur toi. Nous ne reverrons plus ton doux visage ! Malheur à
    ceux qui l’ont vue entrer aux cieux lorsqu’ils se réveilleront, pour ne plus
    trouver que le jour terne et gris de la terre, et toi, sa lumière, à jamais
    éclipsée !"

    Les Quatre filles du Docteur March de Louisa May Alcott (avant de découvrir, bien plus tard, à mon soulagement, qu'il y avait quatre romans et non pas seulement cette moitié que j'avais lue), La petite maison dans la prairie de Laura Ingalls Wilder ou la série Anne et la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery conservent toute ma tendresse aujourd'hui encore.

    • Les quatre écrivains que je lirai et relirai encore :
    Louis-Ferdinand Céline ;
    James Matthew Barrie ;
    Mervyn Peake ;
    Marcel Proust, car lui et moi nous n'en avons pas terminé. Inutile de justifier la présence des trois autres tant elle est évidente pour ceux qui me connaissent un peu.

    • Les quatre auteurs que je ne (re)lirai jamais :

    Virginia C. Andrews. Adolescente, j'avais été captivée par sa saga des Fleurs captives. En effet, ces ouvrages publiés par les éditions J'ai Lu sont terriblement mal écrits et destinés à des écervelées. Beaucoup d'ouvrages ont été publiés après la mort de son auteur, car son nom est devenu une sorte de franchise ! Mais l'histoire était et demeure fascinante à mes yeux : une mère qui enferme ses quatre enfants dans un grenier pendant des années, afin de palper un gros magot et qui, peu à peu, les empoisonne à l'arsenic. Il est aussi question d'inceste et de relations plus ou moins perverses.
    95 pour 100 des "auteurs" vivants. Les mauvais choix de lecture, assez rares, sont les fautes que je me pardonne le moins.
    • Les quatre livres que j’emmènerais sur une île déserte :
    Non pas parce que ce sont mes livres préférés, mais parce qu'ils me paraissent capables d'être lus et relus, avec des plaisirs divers, je mettrais dans mon baluchon :
    L'homme sans qualités de Musil (oeuvre majeure, stimulante, déroutante, que l'on peut ouvrir à n'importe quelle page) ;
    Tom Jones de Henry Fielding (j'ai de la sympathie pour ce bâtard et Fielding possède un sacré esprit) ;
    A la recherche du temps perdu de Marcel Proust (encore lui !) ;
    La phénoménologie de l'esprit de Hegel (parce que j'aime me torturer ou, plus exactement, parce que c'est une oeuvre qui demeure mystérieuse pour moi malgré mes lectures).

    • Les quatre premiers livres de ma liste à lire :
    J'ai des centaines de livres en attente et je n'exagère, hélas, pas. Je me shoote aux livres (et à autre chose). Alors, je pioche parmi les derniers achetés (depuis mon retour de Londres ; oui, je suis consciente que je ne suis pas raisonnable) :











    • Les quatre derniers mots d’un de mes livres préférés :

      Je préfère les débuts, je suis désolée.
      Alors, je choisirai ceci :

      "Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'est Arthur Ganate qui m'a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C'était après le déjeuner. Il veut me parler. Je l'écoute."

      ou ceci :

      "Whether I shall turn out to be the hero of my own life, or whether that station will be held by anybody else, these pages must show. To begin my life with the beginning of my life, I record that I was born (as I have been informed and believe) on a Friday, at twelve o'clock at night. It was remarked that the clock began to strike, and I began to cry, simultaneously."
    Merci à Vanessa de m'avoir fait subir cette petite torture. Je vous recommande chaudement son journal.
    Je romps la chaîne ici et ne passe le flambeau à personne.
    lundi 2 avril 2007
    Je dédie ce tout petit billet à Xavier, qui, presque tous les lundis, m'envoie des liens pour me faire rire.
    *

    En me promenant, je me suis arrêtée un instant à Murder One (une librairie qui ne parle que du crime et des assassinats de première ou de seconde classe) ;



    j'ai farfouillé dans les casiers et j'ai trouvé des pièces holmésiennes d'intérêt, dont des scenarii et quelques vieilleries précieuses ou anodines. Mais mon étape ultime était située un peu plus loin.




    Aller à Londres et ne pas passer chez Foyles est un crime. La librairie est mondialement connue. Que ce soit en matière de livres neufs, récents ou classiques, ou bien d'antiquités vénérables (au dernier étage, j'ai eu entre les mains l'édition originale illustrée par Rackham de Peter Pan dans les Jardins de Kensington ! J'ai découvert, parmi les cinquante planches en couleur et les 12 illustrations noir et blanc, certaines qui m'étaient encore inconnues) vous trouverez votre bonheur. Le mieux est encore d'y aller sans argent ; je vous le recommande. Hélas, il me restait de l'argent de poche. J'ai glané quelques livres, dont je vous offre un échantillonnage.



    • Un thriller  que je suis en train de lire avec grand plaisir. Freud et sa bande, la "horde sauvage"



      comme le grand homme appelait ses disciples, sont des personnages de cette histoire haletante, où il s'agit de retrouver un meurtrier particulièrement pervers. Jed Rubenfeld a écrit une thèse ou un travail d'importance sur Freud (le bienheureux !) et on a le sentiment qu'il exploite cette connaissance sans pour autant céder à diverses tentations qui feraient mauvais ménage avec le sens du romanesque, mais bizarrement avec peut-être trop de retenue, cajolant un vice inverse de celui attendu. L'écriture proprette, qui adopte à la fois la narration en première personne et celle du narrateur omniscient, est plaisante mais elle manque de vivacité, de nerf, de piquant. Néanmoins, le livre demeure fermement entre les mains et la lectrice appliquée, imbibée de freudisme, que je suis savoure des clins d'oeil et des perspectives qui frôlent de temps en temps le parodique (involontairement, semble-t-il). Freud était quelqu'un de très drôle et je regrette que beaucoup l'ignorent. L'enquête est bien menée mais manque d'ambition. A moins que le final ne m'emporte - ce dont je doute.
    • Petit détour chez Virginia Woolf, un auteur dont la prose m'a toujours beaucoup inspirée et cette collection-ci est très élégante avec sa tranche dorée et son délicat papier : elle enveloppe à merveille sa prose.

    “Yes, of course, if it’s fine tomorrow,” said Mrs Ramsay. “But you’ll have to be up with the lark,” she added.

    • En occasion, mais en parfait état, mon magicien de mari a trouvé ce livre :

      Il s'agit d'un ouvrage plutôt universitaire (synonyme de sérieux mais pas d'assommant), illustré (mais en noir et blanc) qui recense les divers courants et oeuvres que l'on peut qualifier de préraphaélites. Excellent aide-mémoire et puits dans lequel je me noie volontiers.
    • Un livre indispensable pour ceux qui s'intéressent aux comptines, aux berceuses et autres petites histoires anglaises, celles qui nourrissent la culture et l'imaginaire anglo-saxons, et qui ont parfois servi de fil conducteur à certains romans d'Agatha Christie :

    • Les deux auteurs restituent les textes dans leur contexte historique, nous en explicitent le sens et nous en découvrent les origines, avec beaucoup de précision. Plus de cinq cents Nusery Rhymes sont passées en revue et au tamis d'une érudition indubitable. 

    • Un petit cahier, pour un usage futur, édité par la National Gallery (où je n'ai pas eu le temps de retourner), qui représente Jane Austen sur sa couverture, un auteur important pour votre Holly en sucre et en verre pilé.

    Et maintenant ?


    Beaucoup de travail en perspective : finir le gros volume Barrie qui devrait voir le jour en 2008, écrire un petit portrait de l'Inspecteur Morse (l'article est dans ma tête) très rapidement pour le volume Maigret de la Bibliothèque rouge, préparer le voyage en Ecosse...


    Et, dans cette délicieuse idée, je m'allonge et me perds dans cet ouvrage et effleure les contours d'une carte des lieux :



    Puis, je me reposerai, en écoutant ces deux disques qui nous encoconnent dans l'atmosphère du film noir :



    Ce double disque est un paradis pour tous ceux qui éprouvent une excitation brutale aux évocations de Laura, du Faucon Maltais, du Troisième homme, de Gilda, de Key Largo, de La femme au gardénia, de Bob le flambeur... La part belle est faite aux films américains, c'est légitime puisque le modèle du genre n'est pas français.
    Chandler, Goodis, Hammett, Irish... Je vous rends hommage et porte le deuil pour vous, même si je ne suis pas une femme fatale.

    Bientôt, je reviendrai vous parler très bientôt des jolies pensées de Frédéric Clément :


    Ce livre, presque trop beau pour être vrai, vous emmènera loin et vous apercevrez l'ombre de James Mathew Barrie et celle de Lewis Carroll... Mademoiselle Alys a décidément bien de la chance d'avoir un tel papa et cela me ferait presque regretter de n'en avoir jamais eu ! Juste un battement de coeur et une larmichette plus tard, j'oublie cet inconsidéré regret et je prends mes aises dans cette quête poétique.


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    Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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