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lundi 26 février 2007
Eh non ! Ce n’est pas la charmante Miss Holly qui vous tiendra compagnie aujourd’hui. Ne m’en veuillez point, cette exception est entièrement de son fait. Enfin presque…
Il y a plus d’années que Holly n’oserait l’avouer, j’ai incité la tenancière de ce journal à emprunter la route d’une charmante bourgade. Elle refusa. Je réitérai mon invitation. Elle refusa de nouveau. Malgré d’incalculables déconvenues, j’insistai. Et comme votre Holly est plus têtue qu’elle n’oserait l’avouer, elle campa sur ses positions. Mais je peux me montrer très patient. Je savais que ses pas finiraient par la mener, de gré ou de force, là où je l’attendais de pied ferme. Et comme votre Holly est plus rancunière qu’elle n’oserait l’avouer, elle décida, pour se venger, de m’obliger à vous servir de guide dans cette adorable ville, réputée pour ses délicieuses tartes et ses meurtres sanglants.

Bienvenue à Twin Peaks, 51 201 habitants.


Twin Peaks. Il y a fort à parier que vous ayez déjà entendu ce nom. Il est malheureusement aussi fort probable que vous n’ayez pas suivi ce feuilleton méconnu du très grand public. Pour résumer, Twin Peaks était une expérience télévisuelle unique qui consistait à confier à un auteur iconoclaste et reconnu (David Lynch) la création d’une série novatrice de qualité alors que le genre était plutôt moribond. Lynch, associé à l’excellent Mark Frost (qui avait acquis une solide réputation avec Hill Street Blues), s’attela à la tâche. Ils définirent ensemble un concept génial : mêler les deux genres les plus appréciés du public que sont la série policière et le soap opera en les assaisonnant de thèmes subversifs. La sauce aurait pu tourner à l’aigre, le public aurait pu rejeter cet objet télévisuel non identifié ; ce fut tout le contraire qui se produisit : des millions Américains regardèrent, fascinés, leur petit écran pour tenter de découvrir qui avait assassiné la magnifique Laura Palmer. Pendant plusieurs semaines, la série devint un véritable phénomène de société. Enfin, le grand public et les intellectuels s’accordaient sur un feuilleton ! Enfin, on pouvait voir quelque chose d’intéressant à la télévision ! La fin apocalyptique de la première saison laissa l’Amérique hystérique, peu habituée à connaître des « cliffhangers » aussi insoutenables depuis que l’on avait tiré sur l’ignoble J.R. Après des mois d’attente, Lynch nous dévoilait enfin la suite de son étrange récit. Et ce que virent les spectateurs était aux antipodes de leurs attentes. Dans une succession de scènes aussi géniales qu’ésotériques, avec une lenteur délicieusement insupportable, Lynch apportait des réponses qui ne faisaient qu’accentuer le mystère. Décontenancée, l’Amérique des ménagères comprit qu’il ne s’agissait pas d’une simple enquête policière, que la série se révélait bien plus complexe qu’on ne pouvait l’imaginer. Une partie du public décrocha. Très vite, ABC qui avait "commandité" et qui diffusait Twin Peaks, fit pression sur Lynch et Frost pour qu’ils nous dévoilent la clé du mystère, pour qu’ils livrent enfin au public le nom de l’assassin. Le but des auteurs était de faire durer l’intrigue le plus longtemps possible. Malgré leurs protestations, ils durent se soumettre et révélèrent à la va-vite ce secret si bien gardé. Mais, déjà, le public, perturbé par un désastreux changement de programmation, se désintéressait de cette ville et des ses trop nombreuses énigmes. Privée de sa principale intrigue, Twin Peaks dut affronter une dernière épreuve qui lui fut fatale : l’éloignement de Lynch, retenu sur le tournage de Wild at heart. La série sombra alors dans une sinistre parodie de ce qui avait fait son génie. Malgré quelques scènes mémorables, le grotesque finit par dominer et la série qui aurait définitivement sombré dans l’oubli et le ridicule si Lynch n’était revenu à bord pour tourner le « finale » de la deuxième saison.

Avec le talent qui le caractérise, il a su achever toutes les intrigues en cours pour mener Twin Peaks à de nouveaux sommets de créativité. Malgré un extraordinaire dernier épisode, ABC refusa à Lynch de poursuivre l’aventure. Certes, l’heure de gloire de la série était derrière elle mais les fidèles étaient suffisamment nombreux pour que survive un temps encore cet univers si particulier. Malheureusement, il n’y a pas que notre chère Holly qui soit obstinée. Les dirigeants d’ABC refusèrent de céder et Lynch renonça provisoirement à cette ville qui lui tint tant à cœur. Il y revint toutefois plus tard, le temps d’un long-métrage, mais ceci sera sans doute le sujet d’un autre billet.

Twin Peaks n’a, à l’heure actuelle, aucun équivalent, même si elle a inspiré de nombreuses autres séries et ouvert au genre des perspectives inespérées que d’ingénieux scénaristes ont le bon goût d’explorer. Sa richesse inépuisable a permis à de nombreux journalistes, thésards ou passionnés de se livrer à des analyses souvent très pertinentes. Un trimestriel du nom de Wrapped in Plastic




lui fut même consacré. Dans ses pages, les fans pouvaient y découvrir, plus de dix ans après la diffusion du dernier épisode, de nouveaux essais extrêmement documentés détaillant des aspects insoupçonnés de la série, des indices ou des interprétations de nombreuses phrases ou symboles qui jalonnent la série, apportant chaque fois une lumière différente sur ce bijou aux innombrables reflets.


Il n’est pas mon intention de vous livrer dans les lignes suivantes une synthèse ou une resucée de ce qui a déjà été écrit ailleurs. Non, je vais simplement vous raconter ce que Twin Peaks représente pour moi, comment et pourquoi cette ville est devenue mienne, comment je me suis perdu et retrouvé. Regarder cette série est une expérience très personnelle, une plongée sans retour dans son inconscient.



Car on trouve avant tout dans cette ville ce qui on y apporte.
A suivre…


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Comme pour presque toutes les séries, c’est par le générique que l’on entre dans la bourgade de Twin Peaks. Un panneau à l’entrée de la ville annonce fièrement 51 201 habitants, avant que ne défilent devant nos yeux de douces images d’une ville perdue dans la forêt, et qui vit de l’exploitation du bois. Mais ce ne sont pas ces quelques clichés qui attirent notre attention mais la mélodie qui les accompagne. Un air envoûtant nous apaise, nous enveloppe confortablement. Par instant, une pointe de tristesse, peut-être de nostalgie, transparaît dans cette mélodie mais si légèrement qu’elle n’altère en rien la sérénité dans laquelle vous voilà plongée. Oui, la musique d’Angelo Badalamenti, vieux comparse de Lynch, est indissociable de son œuvre. Cette introduction musicale est un piège.
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En vous berçant de d’un rythme lent, elle vous donne une fausse impression de sécurité. Ce qui suit n’a vraiment rien de rassurant. Pourtant, nous restons dans cette impression de calme. Les images se succèdent lentement, comme l’eau des petites rivières, comme les légères rides que la brise forme sur un lac immobile. C’est justement par l’eau, le plus apaisant des éléments, que le malheur arrive. La musique, toujours aussi douce, devient pesante. Un sac en plastique s’est échoué sur la rive. Pollution malvenue dans un si beau paysage. Un vieil homme s’en approche.


Il y découvre un corps bleui à l’intérieur. Le ravissant visage du cadavre de Laura Palmer enveloppé dans ce sac s’imprime dans la rétine du spectateur et y laisse un souvenir qui ne s’effacera jamais.


Cette vision morbide et séduisante reflète parfaitement ce qui nous attend par la suite. La musique devient plus intense, plus déchirante. La nouvelle de la mort de Laura se répand dans la petite ville. On découvre une succession de visages qu’on devine être des proches de Laura. Impuissants, nous ne pouvons que les regarder pleurer sans connaître la nature des liens qui les unissaient à la pauvre défunte. L’émotion monte en violence, devient gênante et même insupportable lorsque Lynch s’attarde avec pudeur et cruauté sur les insoutenables hurlements de la mère de Laura.

Nous demeurons sous le choc.

A travers la souffrance des habitants, nous découvrons une petite ville comme il en existe tant d’autres. Un lycée, un restaurant pour routier, une station service, un hôtel, un bureau de police. Une petite ville hors du temps, perdue dans cette immense forêt près de la frontière canadienne. Une petite ville où l’on doit s’ennuyer lorsqu’on est jeune. Une petite ville où les personnes âgées pourraient rêver d’une retraite au calme s’il ne faisait pas si froid en hiver. Une petite ville où l’on a l’impression d’avoir vécu son enfance avant de partir pour la grande ville à l’âge adulte. Une ville rassurante par sa monotonie. Une ville où la surface cache d’insondables abîmes et des secrets plus noirs que les ongles du cadavre de Laura Palmer.
L’ambiance oppressante est légèrement atténuée par l’arrivée de Dale Cooper,


agent spécial du FBI chargé de l’enquête. Unique protagoniste extérieur à la ville, il est le seul à ne pas être a priori suspect. Tout comme nous, il ignore tout de cette ville et de ses mystères. Tout comme nous, il n’a qu’un but : les découvrir. Mais, rapidement, nous comprenons qu’il ne s’agit pas d’un enquêteur comme les autres ; tout aussi rapidement, nous comprenons que nous ne serons pas soulagés par la possibilité de nous identifier à lui. Ses méthodes peu orthodoxes et sa détermination sans faille vont bientôt transformer celui qui était la seule bouffée de fraîcheur de ce pilote en une autre source de mystères et d’inquiétude. Ne laissant aucun répit au spectateur, Lynch poursuit l’enquête dans une ambiance oppressante. Suivant les pas de Cooper, nous découvrons les premiers suspects, les premières énigmes. Chaque révélation accentue le malaise. La jolie Laura n’était pas l’ange que sa figure de porcelaine enveloppée d’un halo bleu nous laissait deviner. Elle cachait de lourds secrets. Et elle n’était pas la seule. Où que l’on regarde, règnent le doute et le mensonge. Même les plus innocentes figures deviennent alors suspectes.

Alors tombe la nuit sur la ville, au sens propre pour cette fois. Loin de permettre aux habitants un sommeil réparateur, elle sert à cacher de sombres desseins ou à avouer de terribles vérités que l’on n’oserait murmurer en plein jour. La forêt est là, omniprésente. Loin d’être amicale, elle nous étouffe comme elle étrangle les cris des victimes. On n’échappe pas à l’ombre de ses arbres majestueux. La forêt encercle la ville et ne lui propose aucune issue. Elle est prise au piège comme nous le sommes à notre tour. Ce sera un cri qui viendra nous délivrer. Un cri d’horreur, un cri à vous glacer le sang. Le paroxysme de cette journée d’angoisse. L’acmé de ce pilote. La dernière scène avant le générique.


Les noms de David Lynch et de Mark Frost apparaissant à l’écran nous rappellent que ceci n’était qu’une fiction. Nous demeurons mal à l’aise face à notre télévision. Les lourds secrets de la ville continuent à peser sur nous. Nous devinons que ce que nous avons vu n’était que la partie émergée d’une horreur plus grande encore. Et alors que nous sommes exsangues, épuisés, nous mourrons d’envie d’en savoir plus. Voilà comment je suis entré dans la ville de Twin Peaks. Il serait inexact de dire que ma soirée s’est achevée avec le générique de l’épisode. Mais ce qui a suivi, je compte bien le garder secret. Ce fut pour moi aussi angoissant que ce que je venais de voir. Cette série en fut même directement la cause. Et lorsque la fiction rejoint la réalité, on se dit qu’il n’y a pas de coïncidence. Que l’œuvre est vérité.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle ne fait que commencer. Ce n’est pas l’histoire de Twin Peaks que je compte vous dévoiler, mais les raisons qui m’ont fait y rester.
A suivre…

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Le récit du pilote a pu vous laisser penser que cette série était effrayante, malsaine, voyeuriste ou absconse. Pourtant, c’est avant tout une profonde joie qui m’envahit lorsque je pense à cette petite ville. Vous en déduirez peut-être que je suis un être pervers, malade, dangereux. Même si vous aviez raison, cela ne changerait rien au fait que cette ville peut vous rendre heureux. Twin Peaks est un foyer pour ceux qui décident de s’y rendre. On s’y sent protégé et aimé. L’environnement y est familier, rassurant. Mais ça peut aussi être le lieu des secrets de famille, des grandes peurs d’enfant, des pires cauchemars. Twin Peaks est tout cela à la fois pour le spectateur comme pour les personnages. Car n’allez pas croire que vous pourrez regarder cette série à distance. Non, Twin Peaks parle de vous. Regarder cette série est une coulée dans son propre inconscient.

Toutes vos angoisses risquent de refaire surface. Car l’accueil chaleureux qu’on vous y réserve est un piège. Rassuré, vous abaissez vos barrières pour découvrir que ceux que vous aimez peuvent vous faire du mal. Vos amours, votre famille, vos amis, vos voisins, votre médecin, les représentants de l’autorité. Le danger peut surgir n’importe où. Mais Twin Peaks est également le lieu de tous vos fantasmes. Ici, il est plus facile de franchir la frontière entre le désir inavouable et la réalité. Parmi les dizaines de métaphores qui jalonnent la série, on pourra évoquer celle de la frontière entre la vie respectable et les pires débauches. Elle est ici matérialisée par la frontière qui sépare les Etats-Unis du Canada. Traversez-la, affranchissez-vous des règles de la morale ou de la loi des Etats-Unis et vous entrerez dans un territoire inconnu où un borgne vous aidera à assouvir tous vos fantasmes.

Un borgne ai-je dit ? C’est intéressant. J’aurais pu tout aussi bien pu vous parler d’un nain.



Ou d’un manchot.

Lorsque l’on entre à Twin Peaks, on sort de la normalité.
Comme dans les rêves, la réalité perd progressivement de sa substance. Et, lorsqu’on perd pied avec le réel, plus aucune règle ne s’applique, à part celles des séries télévisées. Mais, même ces règles-là sont détournées sans vergogne. Mieux, Lynch se moque ostensiblement d’elles par un soap dans le soap, Invitation à l’amour, feuilleton que les protagonistes regardent sans comprendre qu’il ne s’agit qu’une parodie de leurs propres mésaventures. Cette savoureuse mise en abyme n’est qu’un gadget au regard des innombrables niveaux de lecture de la série. En effet, chaque épisode est aussi riche et perturbant qu’un rêve. On peut décider d’ignorer ce qui nous a tourmenté avant notre réveil ou la fin du générique et laisser cette sensation d’inachevé peser sur nous ou, au contraire, chercher à comprendre et interpréter ce que l’on a vu ou vécu. Et c’est dans cet inconnu-là que se cachent les pires vérités. Ignorez votre inconscient si vous le souhaitez, lui ne vous ignorera pas.

Pour affaiblir un peu plus la frontière entre le rêve et la réalité, Lynch inscrit dans chaque personnage, fût-il totalement secondaire, des éléments qui pourraient paraître incongrus ou surprenants au premier abord. Mais en rendant l’ensemble totalement cohérent, on finit par ne plus remarquer ces détails jusqu’à les intégrer dans l’ordre naturel et mental des choses. Et, imperceptiblement, ces éléments étranges vont prendre une place grandissante jusqu’à nous mener dans un monde inquiétant où tout semble désormais pouvoir se produire.

Si les parallèles entre la structure de Twin Peaks et les diverses couches du rêve sont légion, le rôle des symboles est sans doute le plus visible. Lynch parsème son œuvre d’images déroutantes. Vous pouvez parfois passer des heures à chercher une signification à une scène revenant sans cesse (comme ces feux rouges se balançant au bout d’un fil et dont le seul but est de servir l’ambiance) et vous pouvez passez à côté d’un symbole tellement significatif que vous mourrez de honte de na pas l’avoir pas remarqué lorsqu’une bonne âme vous éclairera. Chaque image, chaque élément du décor, chaque prénom, chaque phrase peut revêtir une importance capitale, aussi bien pour dénouer les fils de l’intrigue que pour deviner ce qui animait l’auteur. Même la distribution est tout sauf innocente. Mais Lynch ne vous facilitera pas la tâche dans votre quête de la vérité car tout l’intérêt réside dans le mystère. Il est regrettable que les tâcherons qui lui ont succédé sur la série ne l’aient pas compris.
Twin Peaks a pour but de poursuivre dans la durée l’expérience de Blue Velvet qui consistait à explorer avec un voyeurisme assumé (Twin Peeks) la vie d’une petite communauté. Se servant du meurtre de Laura Palmer comme prétexte, il va plus loin que la curiosité malsaine du spectateur pour le morbide ou les mensonges coupables, pour les adultères ou les trahisons. Il se propose en effet de révéler avec une exhaustivité fascinante les secrets de chacun des habitants. C’est d’ailleurs avec maestria qu’il arrive à nous faire découvrir, sans jamais nous lasser ou nous égarer, les vices et vertus d’une quarantaine de protagonistes qu’il nous présente dès le pilote. Mais si Lynch dissèque froidement l’humanité et ses turpitudes, il le fait également avec amour, s’attardant aussi longtemps sur ce qui fait de l’homme un monstre qu’un être digne de compassion. Faute de place, je ne développerai pas le thème du monstre dans la série, tout comme je ne parlerai pas de la gémellité (Twin Peaks) trop évident pour que je m’y attarde. Mais sachez que Twin Peaks est un éblouissant diamant aux mille facettes qu’il est impossible d’appréhender dans sa globalité.
Vous l’aurez compris, rien n’est normal à Twin Peaks. Et même lorsque vous commencez à acquérir quelques certitudes, le sol se dérobe sous vos pieds et vous découvrez que rien n’est permanent ici, si ce n’est que, comme dans toutes les séries, les personnages sont pris dans une tourmente de rebondissements qui les ramènent toujours à leur point de départ. Car il n’y a pas d’issue à Twin Peaks. On n’en sort jamais. Chaque protagoniste qui a essayé d’en partir y est revenu de gré ou de force, aspiré par le tourbillon des événements. Même les rares étrangers à la ville n’en repartent jamais une fois qu’ils y ont mis les pieds. Vous ne ferez pas exception à la règle. La sensation d’éternel recommencement culmine avec le dernier épisode qui reprend des scènes, des personnages et même des répliques du premier épisode. Mais Lynch aime les paradoxes et joue avec le côté intemporel de la ville. Alors que tous les éléments, du relais routier tout droit sorti de Happy Days aux vêtements vieillots des habitants, évoquent les fifties, l’époque de l’American Dream idéal et éternel (encore un rêve), cette série est précisément située dans le temps. Comme le fait remarque l’excellent Guide du téléfan, le premier épisode se déroule le vendredi 24 février 1989 et chaque épisode dure très exactement une journée. Cette règle narrative, innocente au premier abord, pose un réel problème pour une série conçue pour durer éternellement : la chronologie de la série avance à un rythme beaucoup plus lent que le vieillissement des acteurs ne peut le permettre. Au lieu de s’en inquiéter, Lynch retournera deux ans plus tard dans le passé de la ville avec les mêmes acteurs en tournant Fire walk with me.
A Twin Peaks, abandonnez la logique ou vous perdrez votre esprit.

Mais comment peut-on alors se sentir heureux dans cette ville ? Tout simplement parce qu’on y trouve, comme dans son foyer, tout ce qui peut vous rendre heureux : un endroit convivial, des gens qu’on aime (car comment ne pas s’attacher à ces portraits truculents que Lynch nous brosse ?), un sens à notre vie (je reviendrai sur ce point un peu plus loin), l’amour (un thème forcément central dans une série qui prend modèle sur les soaps. D’ailleurs, avec toutes ces splendides actrices, cela aurait été dommage de ne pas exploiter cette ficelle. Et comme dans tous les bons soaps, l’amour ne peut être que contrarié) et même l’humour. Aussi étrange que cela puisse paraître, Twin Peaks arrive à nous faire rire. Cela n’a d’ailleurs en soi rien d’étrange que le rire vienne nous soulager dans les moments les plus tendus. Ce n’est donc pas innocemment que Lynch a glissé l’une des scènes les plus drôles de la série pendant l’enterrement de Laura Palmer. Non seulement Twin Peaks est follement drôle mais pourrait même passer pour loufoque tant les incongruités s’y accumulent. A ceux qui s’étonneraient de voir pareil mélange de genre, je citerais David Lynch qui ne comprend pas pourquoi on ne peut pas faire rire, pleurer et trembler les spectateurs dans un même film alors que l’on peut soi-même rire, pleurer et trembler dans la même journée. La vie est ainsi faite, pleine d’émotions contraires, de mystères insolubles, de fausses certitudes et de vrais bonheurs. Et il y a toujours cette musique dans l’air.


Plus qu’à un simple divertissement, c’est à une véritable quête initiatique que nous invitent les auteurs. On ne trouve pas dans cette ville que des secrets bien cachés ou des cadavres enveloppés. Le bien équilibre toujours le mal, bien qu’il soit parfois difficile de distinguer l’un de l’autre. Pour chaque horreur commise un rayon d’espoir nous illumine. Tout comme Cooper y a découvert bien plus que l’identité d’un assassin, j’y ai trouvé bien plus qu’une série haletante : un modèle qui a guidé ma vie pendant les années qui ont marqué la fin de mon adolescence et mon entrée dans le monde adulte. Ce modèle s’appelle Cooper. Par son courage, son intégrité, sa compassion, sa philosophie, sa volonté sans faille mais aussi par ses faiblesses, ses doutes et même par son côté obscur, il m’a montré une voie originale, certes difficile et incertaine, qui pouvait m’amener à donner le meilleur de moi-même. Il m’a montré qu’il pouvait être beau d’être humain… et quel pouvait en être le prix à payer. Là encore, la réalité rejoint la fiction lorsque mon destin suit celui des personnages.

Vous comprendrez sans doute pourquoi parler de cette série est un acte si personnel, si intime pour moi. J’aime cette série comme on aime son foyer, son pays. C’est le mien et cela peut devenir le vôtre. Si vous acceptez de vous glisser dans ce monde, si vous renoncez à toute rationalité pour vivre cette expérience, alors de nouvelles perspectives s’ouvriront à vous. Je ne vous promets pas que le voyage sera toujours plaisant ni que vous ne serez jamais déçu, mais je vous garantis une expérience qui ne ressemblera en rien à ce que vous avez pu connaître. Votre sac est prêt ? Alors suivez-moi. Je vous garantis que vous allez manger les meilleures tartes au monde.

[Le texte est écrit par David aka Ombre. et toutes les captures d'écran et la mise en page ont été faites par Holly.]
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Twin Peaks est pour moi d'abord la concordance et la dissonnance des visages.



C'est la couleur rouge sang qui hante mon esprit et m'affecte du syndrome de Lady Macbeth, c'est un écho particulier entre l'univers de deux ausculteurs de l'Amérique profonde, Stephen King et David Lynch (vous verrez que leurs univers sont très proches et que je ne les associe pas en vain), c'est aussi l'idée que Twin Peaks reprend certains thèmes des tragédies antiques, sans mot dire. Laura est une victime sacrificielle, le bouc émissaire qui expurge et cristallise à la fois le mal dans la société. Twin Peaks est une impossibilité à dire mais je me dois de me prêter au plus tôt à l'exercice, pour répondre à mon ami David.
David (qui porte joliment le prénom du frère de Barrie et de son héros) m'a connue au sortir de l'enfance, au lendemain d'un deuil. Il était très grand. J'étais petite et maigre, presque transparente, mais vive. J'avais 19 ans et j'étais maladroite, mais il me plut instantanément car il ne ressemblait pas à ces benêts, ces grandes tiges, ces garçons qui cherchent mauvaise aventure. Il était un rêveur, qui tétait tout autant que moi le lait de la fiction. Il me fut présenté par cet autre ami, qui compte tant pour moi, Olivier. Si j'évoquais Delphine, vous connaîtriez mes trois meilleurs amis, ceux de l'enfance qui demeure ; je les aime différemment, pour des raisons différentes, mais je les aime véritablement. L'amitié est un don. Seul l'ami véritable s'afflige de votre malheur et se réjouit de votre bonheur, sans arrière-pensées.Mais David est très particulier. Avec lui, je ne me suis jamais retenue. Il sait les pires choses de mon être que je ne dirai jamais à d'autres amis. Il connaît le pire et le meilleur, peut-être. Je sais qu'il goûte ma bizarrerie, qu'il attend de voir jusqu'où je pourrais aller dans ma folie. Notre relation est vacharde et tendre, mais toujours authentique. J'ai toute confiance en lui.
Croyez-vous que je laisserais quelqu'un d'autre écrire dans mon JIACO ?
Sans lui, je n'aurais jamais lu un comic book ni Stephen King et je n'aurais pas plus connu David Lynch, car ces deux-là attirent le lecteur et le spectateur au bord d'un abîme intérieur qui me faisait terriblement peur. Et pour cause. Certainement était-il plus inconscient que moi de ce danger ou mieux armé.
David a mis au moins 10 ans à me convaincre de regarder Twin Peaks.
Je m'y suis reprise à trois ou quatre fois avant de dépasser le troisième épisode. Non par manque d'intérêt, mais à cause d'une fascination que je jugeais malsaine et qui a ses raisons d'être. Le pire étant peut-être cette voie sanguine et cauchemardesque que l'oeuvre ouvrait en moi et qui me rappelle toutes les tentatives sérieuses d'écriture auxquelles je me suis livrée. Je m'apprête à vous dire les raisons de ce recul. Mais il vous faudra encore quelques jours de patience, le temps pour moi de me remettre d'aplomb.
Twin Peaks est une série emblématique. Non, ce n'est pas une série ou un feuilleton, c'est une oeuvre d'art baroque, puissante, monstrueuse par bien des aspects et une énigme. C'est aussi l'une des pièces du puzzle Lynch. A condition de prendre ce dernier mot dans toutes ces acceptions : le puzzle est à la fois le mystère et la figure éclatée que l'on doit reconstituer à partir de pièces éparpillées. Le signifiant et le signifié, un contenu qui déborde de son contenant.

La sortie en DVD zone 2 (et la seconde saison en zone 1) est annoncée et, cette fois-ci, ce serait la bonne, mais je n'y croirai que lorsque je tiendrai les coffrets entre mes mains. En attendant, je vais reprendre un café, saluer mentalement Cooper, puis songer à la pièce de Pinter à laquelle j'ai assisté ce week-end, à une belle rencontre d'amitié et aux Lettres d'Iwo Jima. De tout ceci, je vous parlerai ici.
En attendant, vous pouvez lire les mots de Wictoria ici et .
dimanche 11 novembre 2007
Pensées lumineuses à Frédéric, qui aime le cinéma, et à Jim, qui malheureusement ne l'aime plus.

Le cinéma a une place presque aussi grande dans ma vie que les livres et, désormais, la musique. Le cinéma en salles, mais aussi le cinéma en DVD et sur les nombreuses chaînes du câble dédiées au septième art.

J'aimerais pouvoir écrire un billet pour chaque film aimé, mais à raison d'un film par jour, parfois plus, l'entreprise me paraît impossible. A défaut d'être profonde, j'ai décidé de reproduire ici les très petites notes que je prends pour chaque film, mais seulement pour ceux vus ou revus en salles - habitude qui est mienne depuis cinq ou six ans et qui me permet de mesurer avec une certaine précision la force de mon attachement pour un film ou, au contraire, l'évolution de mes perceptions et de ma sensibilité dans le temps, à l'occasion de la "revisite" d'une oeuvre qui m'avait déplu ou que j'avais aimée.


Mes repères sont simples, enfantins : des étoiles, qui correspondent au degré de plaisir que j'ai éprouvé à me frotter à tel ou tel film. Subjectivité absolue d'une personne qui a trop de respect pour les cinéphiles pour se prétendre telle.

Lorsque j'ai commencé à conserver mémoire de mes séances de cinéma, The Straight Story, le très beau film de David Lynch, venait de sortir en France. C'est le film qui m'a obligée à considérer l'ajout d'une cinquième étoile à un classement, qui, de prime abord, n'en possédait que quatre. Je pense toujours à ce film, qui est une sorte d'étalon-mesure à mes yeux. Je me rappelle également que le superbe Noi Albinoi de Dagur Kari, avait obtenu 4 étoiles et demi dans mon classement. Pourquoi parler de ces deux films ? Parce qu'ils ont laissé une entaille en moi.



Mes critères "mélancHollyques " de sélection :


Un carreau [Cela m'arrive rarement de dessiner ceci sur mes carnets, car je sais d'instinct quel film m'est destiné] : film honteux, nul, sans intérêt ;

Une étoile : mauvais film, proche de la nullité avec un éclair possible de beauté ;

Deux étoiles : film moyen, sans originalité, mais qui témoigne simplement d'un usage de la caméra et de certaines qualités moyennes ;

Trois étoiles : bon film, non sans défauts, qui aurait pu devenir un très bon film ;

Quatre étoiles : très bon film, proche de l'excellence, presque parfait, avec un petit manque cependant ;

Cinq étoiles : l'excellence, au plus près du paradis des films.



Les films, vus en salle, lors des deux dernières semaines - j'ajouterai des notes au fur et à mesure dans ce billet - ce qui me permet également de ne pas perdre contact avec vous :


Eastern Promises (Les Promesses de l'Ombre) de David Cronenberg : 4 étoiles et demi ; [Ceux qui me lisent savent peut-être à quel point Spider est un film important dans mon existence ; j'en parlais ici. J'espère avoir le temps d'écrire ma chronique de ce film, car c'est l'une des oeuvres que j'ai préférées cette année. Je sors de la séance et je suis encore tremblante. Certaines scènes sont insoutenables de violence mais le film est fascinant.]





Paranoid Park de Gus Van Sant : 3 étoiles et demi ;
[Un sujet et un traitement, qui, a priori, avaient tout pour m'irriter, mais un film très noble et très juste, sans la moindre afféterie. Un film sur la culpabilité et l'adolescence qui, par hasard, n'est pas sans écho avec le dernier film de Woody Allen, qui nous entraîne lui aussi dans la sphère du meurtre et le labyrinthe de la conscience morale. Garanti sans "moraline".]


Le Mariage de Tuya de Wang Quan'an : 3 étoiles, mais de justesse ;

[Tout film chinois, par principe, m'intéresse, puisque la langue de ce pays multiforme et insaisissable est une de mes préoccupations. Un film bien trop lent, qui manque d'ambition et d'ampleur, malgré une bien belle idée de départ et l'exposition de sentiments purs...]


Un secret de Claude Miller (cinéaste que j'adore mais ce film-ci n'exprime pas du tout son talent véritable) : 2 étoiles et demi ;
[Terrible déception à l'aune de ma grande attente - car j'attends chaque film de Miller. Je crois que le sujet a été épuisé par l'art et qu'à moins de faire preuve d'une folle originalité ou d'un style puissant, on ne peut qu'échouer à ce qui est devenu, de par le thème éculé, un exercice. Cependant, les acteurs sont tous magnifiques. Trop peut-être. Je fus agacée par ce film qui a essayé, je l'ai senti, de me piéger : avec de bons sentiments et des couleurs trop éclatantes.]



Le rêve de Cassandre de Woody Allen : 3 étoiles et demi ;


[Woody Allen reprend ici partie certains thèmes de sa pièce Puzzle, que j'ai eu l'heur de voir au Théâtre du Palais-Royal assez récemment (la structure familiale est quasiment identique). Le film explore la veine noire de l'auteur, sans atteindre les sommets de ceux qui sont véritablement sombres (un Siodmak, par exemple, un de mes cinéastes fétiches). Un film qui prolonge, à certains égards, Match point. Ma petite chronique : ici. Et, à propos de Siodmak, ne manquez pas le Cinéma de Minuit, sur France 3, ce soir.]




La forêt de Mogari de Naomi Kawase : 3 étoiles et demi.


**********Ajout du 19 novembre :
American Gangster de Ridley Scott : 3 étoiles et demi ;
Film d'excellente facture, du point de vue formel en tout cas, qui reprend avec intelligence et brio les codes du film noir et surtout des films des années soixante-dix (à la Sidney Lumet and co), mais en insufflant à ce thème un regard qui appartient à notre époque, lourd de toute l'histoire des trente dernières années (les conflits ethniques plus ou moins explicités, qui transcendent ceux qui opposent les gangsters et la police). J'aime beaucoup cette New York à l'atmosphère fangeuse et avide de sa pitance : du sang et des larmes. Denzel Washington et Russell Crowe (dont je ne suis pas du tout une fanatique) donnent une dimension particulièrement profonde à leur personnage. Certains traits caricaturaux auraient pu être gommés et le scénario a ses failles, mais il n'en demeure pas moins que l'exercice est réussi. Ce film n'est pas sans lien avec Les Infiltrés de Scorsese (ce dernier étant néanmoins supérieur) et avec Les Promesses de l'ombre. Petite déception quant à la fin, trop conventionnelle. Mais une belle couleur de noir qui se répand en nous.


De l'autre côté (Auf der anderen Seite) de Fatih Akin : 4 étoiles ;

Difficile de demeurer tranquille devant ce très beau long métrage, qui met en scène, de manière posée, presque froide, et pourtant avec grande émotion, des personnages fragiles jusqu'à la cassure (que l'on perçoit dans leur visage), perdus ou en quête de rédemption. Chacun des héros de ce film porte en lui une part de notre existence, passée, présente ou à venir. Leur solitude et leurs silences sont parfois douloureux mais nous nous enivrons de cet amour de la vie qui triomphe, malgré tout, et l'on a envie de croire, un instant, que la bonté est de ce monde. Malgré l'irréparable dommage de l'exister, il existe toujours une chance de survie. A noter la présence de Hanna Schygulla, égérie de Fassbinder, mère éplorée et admirable.

**********Ajout du 27 novembre :


Jane (Becoming Jane) de Julian Jarrold : 2 étoiles et demi.


On sait ma passion, parfois aveugle, pour Jane Austen, mais force est de constater que je ne puis plus supporter l'engouement qui entoure ce nom, au détriment d'une oeuvre la plupart du temps mal comprise - quand elle a été lue. C'est mon ami américain Jim, fin lecteur, qui m'a ouvert les yeux. Oui, je suis snob et je n'aime pas Jane Austen, depuis presque deux décennies, pour les mêmes raisons que vous.
Il faut replacer l'oeuvre dans le contexte et lire les contemporains de Jane Austen pour mesurer sa force, son impudence parfois, mais aussi ses limites. Non, non, Jane Austen n'était pas une oie, une nénette qui glousse, cette femme que l'on pense ou sous les traits d'une vieille fille sevrée de plaisirs ou sous ceux d'une incurable romantique qui se pâmait d'amour. Il ne faut pas non plus la lire à l'aune d'un féminisme anachronique. (Je hais les féministes.)
Lisez simplement ces romans, avec un oeil critique, et prenez de la distance avec les divers films, qui essaient à tout prix de nous vendre Darcy, Darcy et encore Darcy. Je crois que vous n'en apprécierez que davantage cet auteur talentueux qu'elle était.
Même si le parti pris du film est un peu différent, a priori, de ses prédécesseurs, il semble que la confusion de l'oeuvre et de la vie de Jane Austen ne soit guère pertinente. Tom Lefroy n'était peut-être pas une relation amoureuse très sérieuse de l'auteur et rien ne prouve que Darcy eût été créé d'après ce modèle...
Hormis, le dernier quart d'heure du film qui possède une forme de noblesse dans l'âme, presque tout est à jeter dans ce film. Du vu et du revu. De belles images, certes, mais le propos est creux et aussi savoureux qu'un scone sans crème, desséché qui plus est.
Je ne suis pas loin de penser comme ce monsieur, si ce n'est que j'avais apprécié le film de Joe Wright.
mardi 1 juillet 2008

Je l'ai découvert cet après-midi, dans notre décapotable, lors d'un trajet un peu long ; je ne peux pas l'écouter davantage et je ne peux cesser de l'écouter.
Il a eu ma peau.
Je suis transie et bleuie d'émotion.
A la chanson il est, dans cet album, ce que David Lynch est au cinéma.
Vous ne me croirez peut-être pas sur parole, c'est dommage. Si peu sont ceux qui connaissent vraiment Christophe... et je ne prétends pas le connaître...
Je ne l'ai écouté qu'une seule fois en concert et j'en garde un souvenir excessivement précis.
Il a la lenteur des perfectionnistes. Je ne sais pas quand nous pourrons découvrir un autre opus de cet artiste si singulier.
Ce disque captivera l'homme du labyrinthe, le nietzschéen de l'abîme, le dionysiaque, et laissera froid l'apollinien qui regarde l'abîme sans y croire.
Ecoutez simplement ce titre que j'ai pris le temps d'encoder pour vous - It Must Be A Sign :
christophe
Colette Thomas et Antonin Artaud...
Achetez son disque, si vous m'aimez un peu.
C'est important pour moi. C'est tout.
A lire une superbe interview ici.
Adieu, je pars en voyage !

Le site de Christophe.
dimanche 5 novembre 2006
 Avec une accroche aussi accrocheuse, je suis bien certaine d'avoir gagné de nouveaux lecteurs à ma cause. C'est beau comme... comme un souvenir, n'est-ce pas ? On dirait du Bacon. Toute la vie défile. C'est concentré, sobre et plein d'espoir. On regretterait presque de mourir en imaginant que la vie puisse donner autant d'aspirations. Il était temps que je m'offrisse cette image de marque qui me fait défaut depuis que j'écris ce journal. Il était temps de venir témoigner à visage découvert et laisser tous ces faux-semblants derrière moi, comme des pétales de rose, qui marquent le chemin parcouru. Oui, Holly est poète à seize heures. Je ne vous l'avais pas dit ? Oui, je suis une fille intelligente et passionnante - du moins, je le fus autrefois -et je le prouve. Pendant quelques années, j'ai regardé un soap. Je sais qu'un tel aveu à de quoi vous laisser pantois. Vous pensiez bien me connaître, et non ! Vous ne saviez pas l'essentiel. Bien sûr, depuis j'ai subi une cure de désintoxication, et je suis devenue une fille ordinaire. On m'a aussi ôté un lobe au cerveau, donc je ne suis plus en mesure d'apprécier tout ça. Mais je sais qu'autrefois on pouvait me tirer des larmes, avant que je ne devienne cette brute épaisse et creuse. Je crois que le début de la fin a commencé lorsque je me suis inscrite, il y a une dizaine d'années, au fan-club suisse de The Bold and the Beautiful. Je me suis rendue à une convention et j'ai rencontré des acteurs et j'ai même assisté à l'un de leurs concerts (ils chantaient avant de déchanter). Le choc fut la rencontre avec mes congénères, le public de ce feuilleton : rien que des quadragénaires astiquées au fond de teint, qui sentaient le propre de la solitude, femmes au foyer ravies, sans enfants, sans maris ou amants, sans animal domestique, sans réelle aspiration, ne vivant qu'au rythme de leur feuilleton quotidien. Moi, bien sûr, j'étais tout l'inverse. Sauf pour les mioches, mais j'aime pas les vergetures. Et je m'étonne que cela n'ait pas donné idée à mon mari de divorcer afin de me rendre semblable à mes nouvelles amies. Oui, lui, il était une créature vraiment dégénérée. Pire que moi, parce que j'avais l'espoir de pouvoir être tout à fait des leurs. Il faisait tache au milieu de ces beaux esprits en robes de soirée. Il était le seul homme de l'assistance, le seul d'un quotient intellectuel qui ne lui permettait pas de suivre les conversations torrides entre ces jolies truies qui se vautraient dans la fange télévisuelle, sans honte ni retenue aucune. Savourant chaque scène jusqu'à la douleur exquise. Il a même dû porter secours à l'hystérique de service qui, à force de se pâmer devant le blondinet (Thorne, l'ancien acteur), en a avalé de travers un os de poulet. J'ai compris à cet instant que le monde se divisait entre les désespérés, les suicidaires (le public de ce soap), des gens ayant une réelle profondeur, qui combattaient pour survivre, et les insensibles (celle que j'allais devenir). J'ai écrit quelques lignes, dont j'ai déjà livré des extraits ici même, et je vous offre un texte plus consistant, rédigé à ma sortie de mon opération du cerveau. Le soap-opera Pourquoi s’interroger, dans cette étude, sur une réalité apparemment aussi éloignée que possible de nos sujets de réflexion habituels et de la pensée philosophique en général ? Parce que ce phénomène étrange atteint environ 50 millions de personnes à travers le monde. Parce que l’on a pris le parti de s’intéresser à l’homme, au réel prosaïque, ordinaire, à la vie quotidienne. Le soap-opéra (1) est, par excellence, une représentation anti-tragique ou, mieux, atragique du monde. Du moins, au premier abord… Il met en scène un monde dépourvu du moindre sentiment tragique, où la mort même n’existe pas, et prône sans peut-être même s’en rendre compte une asepsie totale et une monotonie non moins absolue. En effet, il est très courant dans ce genre de production télévisuelle, que des personnages meurent et « ressuscitent » quelques mois ou années après. De même, de l’autre côté du Pacifique, il est habituel de voir des acteurs reprendre un rôle en cours, sans que personne n’y trouve à redire ; parfois, le nouvel acteur modifie de fond en comble la perception du personnage et cela ne semble pas choquer le téléspectateur puisqu’il ne proteste pas ... De même certains personnages grandissent à une allure folle, passent de l’âge de six ans à celui de dix-huit après une petite semaine d’absence, tandis que les autres demeurent en l’état : ils ne vieillissent pas implicitement, car leur rôle les fige dans un âge utile au déroulement des histoires ou des chroniques. Malgré l’apparente inanité intellectuelle de ce genre de programme, il semble que sa confrontation avec son noble extrême (et double, dans une certaine mesure) soit fructueuse. En effet, le soap et la tragédie grecque présentent des analogies. Le soap-opera est souvent désigné comme le degré zéro de la création et comme le péché intellectuel par excellence. Aucune personne sensée et proprement éduquée n’avouerait une telle dégradation. Ces feuilletons au long cours, interminables, sont-ils si bêtes qu’ils n’aient aucune leçon, même involontaire (les plus enrichissantes le sont souvent), à nous offrir ? Ceux qui en sont friands sont-ils la lie de l’humanité ? Nous ne le pensons pas. Ou pas complètement. Au contraire. Le soap a plus de points communs avec la tragédie grecque et Nietzsche que bien des œuvres réputées, à tort ou à raison, intelligentes. Nous n’avons aucune intention de choquer en révélant cet état de fait. La profondeur et la gravité sont parfois des actes manqués et l’intelligence d’une œuvre est au moins autant dans le regard de celui qui la contemple et la comprend qu’en elle-même. Les soaps ont une structure invariable, quelle que soit leurs différences superficielles. Une rapide description s’impose. Il suffit simplement de savoir, en guise de préalable, que le mensonge et les trahisons qu’il sert, ainsi que la mise à nu de ce dernier, est le moteur principal de ces séries interminables. La recherche de la vérité est le motif de ce feuilleton. La philosophie avoue un but comparable. De plus, il est à noter que la durée permet l’exploitation intensive et surréaliste de tous les possibles, ou peu s’en faut. Un seul exemple nous servira d’introduction. Un homme se croit le père d’une enfant (une fille) qu’il aurait eu avec l’ex-femme de son père, celle-ci n’ayant épousé ce dernier que par dépit de n’avoir pu se marier avec le fils. On découvre – ô stupeur ! – que l’enfant est bien du père et non du fils. La fille du fils devient alors sa demi-sœur. Or, quelques années plus tard, il s’avère que la mère du fils a eu cet enfant d’un autre que celui réputé son père. Le fils n’a donc plus aucun lien de parenté avec son ex-fille et son ex-demi-sœur ; ils peuvent devenir amants, ce dont ils ne se privent pas. On appréciera le comique de la situation, d’autant plus qu’elle est présentée avec force larmes et cris. Il n’y a dans l’exposition de cet exemple, aucun élément strictement impossible (rien qui appartienne au fantastique ou à la science-fiction), même si le déroulement des faits est hautement improbable. L’extension des possibles par la redéfinition des rôles ou des liens de parenté permet d’apporter du « sang neuf » sans rien utiliser qui soit extérieur au vase clos où croupissent les âmes damnées des soaps. Si ce n’est pas une idée géniale, peu s’en faut ! La famille est le cœur du feuilleton. La famille est le noyau dur du soap, de même dans la tragédie, où le malheur se lègue avec les gènes. Souvent, deux grandes dynasties, riches et puissantes s’affrontent ; dans chacune d’elles, les aïeux et les aïeuls sont présents et la nouvelle génération en passe de les remplacer. Chaque âge est représenté, même si l’action est entre les mains des trentenaires. L’un des points communs récurrents entre tous ces soaps (et à l’intérieur même d’un soap) est la mise en doute de la paternité d’un des personnages, ce qui a pour conséquences deux faits : l’extension des possibles et l’absence d’identité permanente des personnages. Autour de ces familles gravitent d’autres cellules familiales, moins fortunées ou puissantes, mais jamais aussi démunies que ne le sont la majorité de ceux qui regardent ses programmes. S’il est des pauvres et des faibles, ils ne le sont que provisoirement, le temps de devenir aussi forts et imposants que ceux dont ils convoitent la réussite et la splendeur. La richesse et le pouvoir qu’elle autorise (pas toujours légitimement, soit dit en passant) ne sont pas là uniquement pour faire rêver (baver) les pauvres, mais pour permettre aux personnages d’augmenter à l’infini, ou presque, leurs marges de manœuvre, bien que ceux-ci vivent et agissent dans le cadre restreint d’une ville, au nom souvent imaginaire, mais qui, bizarrement, donne l’impression de résumer le monde tout entier. De même que Steiner écrit à propos de la tragédie antique que «le vers libère le personnage tragique des complications du monde matériel», dans le soap, c’est l’argent qui remplit ce rôle. Leur champ d’action devrait être le plus large possible et les choix multiples ; pourtant ils usent au minimum de cette liberté – tout le contraire du principe d’économie mis en avant par Leibniz concernant l’organisation divine de l’univers. Superficiels (2), ils le sont sûrement, évidemment, mais cependant quelque chose d’essentiel nous est dit à travers eux : rien ne dure ni ne réussit, tout est toujours à recommencer, tout est vain. Le soap est à sa manière, peut-être inconsciente, une réfutation du réel rationnel. Le reproche que l’on fait en général au soap est son manque de crédibilité - il arrive trop de choses aux personnages et les mêmes situations invraisemblables les accablent par cycle - sa simplification à l’extrême des sentiments, des dialogues et des situations stéréotypés. Pourtant, sans vouloir paraître provocateur, on peut affirmer que le soap est une illustration possible de l’éternel retour nietzschéen… et une manifestation d’une authentique vision tragique du monde in fine. La qualité la plus flagrante de ce monde hermétiquement fermé au reste du monde est l’absence de laideur. Evoquons d’abord la laideur physique des êtres humains. Celle-ci nous est familière. Objectivement, les gens réellement beaux ne sont pas la majorité dans notre monde et, ce, indépendamment de toutes préférences subjectives. La laideur telle que nous la côtoyons est tellement rare que la beauté surprend toujours lorsqu’elle s’infiltre dans l’œil et l’esprit ; elle fascine. Elle s’exprime dans le visage, la démarche, la silhouette, d’une part, et dans le choix des vêtements ou autres accessoires décoratifs, d’autre part. Dans le second cas, la laideur est remédiable et s’inscrit dans le négligé de la personne, dans la crasse ou le débridement. L’autre laideur, celle du corps nu, est plus permanente et souvent impossible à gommer. De celle-ci, il n’est jamais question dans le soap. De celle-là, il en est parfois question, mais, à l’instar de la pauvreté et de la faiblesse, elle est très provisoire et accidentelle. Les acteurs de soaps, s’ils ne sont pas beaux à mourir (chacun a ses goûts), ne sont jamais objectivement laids ou repoussants, même s’ils ne plaisent pas à tous. Ne dit-on pas ceci de tous les acteurs ? Non, car il est des artistes de cinéma, de télévision ou de théâtre que beaucoup s’accorderaient à trouver laids ou très banals, voire difformes (ce qui est rare). Ce qui est très remarquable, dans le soap et qui confirme notre idée, est la concentration de beaux visages et de silhouettes gracieuses. La plupart du temps, il n’y a jamais de laid, de petit ou de gros pour faire contraste. Il peut y avoir un acteur en dessous de « la moyenne de beauté requise » mais il n’est jamais laid, et souvent il est plus beau que l’homme moyen de la rue. Le soap se distingue aussi des films, dans la mesure où l’on n’essaie jamais d’être réaliste : les acteurs sont toujours parfaits et il ne viendrait pas à l’idée du spectateur absorbé dans sa contemplation d’imaginer un personnage décoiffé, avec des ongles sales ou un bouton. Inutile de tenter de les imaginer dans des tâches ingrates, telles celles de l’alimentation, de la digestion, de la toilette ou autres. Lorsqu’une personne se salit, sa crasse est propre et lorsqu’il mange, il picore et jamais une feuille de salade ne vient se coincer entre ses dents. Il se réveille et se couche, manucuré, brushingné, dans un monde assaini de la laideur et de tout ce qui la symbolise. Le monde est beau et en ordre, comme dans les catalogues de vente par correspondance ou, mieux encore, dans les hôtels cinq étoiles luxe. Les personnages vivent en ne froissant pas leur pantalon ou leur robe et leurs pleurs ne font jamais couler les mascaras (waterproof) des belles femmes. Le monde est figé, confis dans le luxe, dans l’image glacée de la perfection. Le paradis ou l’enfer ? Est-ce que l’un ne revient pas à l’autre, au fond ? Quant à la laideur morale… Il y a toujours un ou des méchants qui donnent un peu de vie à cet univers de gens beaux et bien intentionnés. Ces monstres sont parfois effroyables : coupables d’adultère, de mensonge, imbus de désirs de vengeance (défauts les plus courants, qui nous rappellent notre monde), parfois de choses plus graves comme le viol, l’inceste ou le meurtre. Quand bien même ils sont méchants, ils restent beaux et jamais tout à fait incompréhensibles (seuls les monstres authentiques le sont : le Caligula de Camus par exemple). Et ils sont aimés pour la détestation qu’ils procurent. Rien n’est irrémédiable dans le soap : souvent les méchants (et les très méchants) se rachètent et, s’ils s’obstinent dans leur mauvais penchants, ils n’en sont pas abîmés et leurs défauts ne choquent pas car ils sont la condition des qualités des autres. N’en tirons pas la conclusion que, par ce type de personnages, les scénaristes donnent une image du mal inhérent à la nature humaine. Le mal n’est qu’un désagrément passager et les souffrances sont éphémères. La mort, elle-même, n’existe pas et les deuils sont toujours en demi-teinte. Les deux reproches majeurs qui sont formulés à l’encontre du soap sont le manque de crédibilité de l’intrigue et la répétition des situations, ce qui se résume au fond à une absence de fin ou de finalité de l’histoire. Gageons que ce pourrait être ses qualités principales. Le soap est absolument dépourvu de la moindre dose de mémoire, ou s’il en a, elle ne ressemble aucunement à celle du vulgum pecus. Voici un indice sur la nature du temps propre aux héros de ces feuilletons. Le temps est à la fois le nôtre et quelque chose de totalement étranger à notre vécu. Ce que des œuvres télévisuelles, comme La Quatrième dimension, mettait en perspective quant à l’espace, le soap le fait en ce qui concerne le temps. La tragédie grecque a une structure climaxique, c’est-à-dire qu’elle est construite sur une tension et qu’elle monte graduellement vers un point, qui est celui du « non-retour ». Le temps est un compte à rebours. La tragédie est un crescendo, comme celui du Boléro de Ravel, par exemple. D’abord, une voix de basse, un murmure confus, un écho lointain, puis quelque chose advient et se précise de plus en plus à la vision, jusqu’à l’explosion finale. Ou encore un plan séquence très large, puis une focalisation de plus en plus précise sur un point, gros plan, plans de plus en plus rapprochés et puis … plus rien. Extension et progression de la situation de départ. Une tache qui se répand sur un buvard, jusqu’à masquer ce buvard. Le soap n’a ni durée ni tension, ni temps. Il est présent et uniforme. Du sur-place. On peut regarder n’importe quel épisode et « être dans l’histoire » instantanément, ou perdre le fil de l’histoire pendant des années et retrouver une situation quasi identique, justement parce qu’il n’y a pas de fil. Ces soaps sont des quotidiens et instaurent une véritable relation en miroir et une complicité avec le spectateur. N’ayant ni durée, ni temps, ni forme, ils épousent aisément celles du spectateur. Tel un bernard-l’hermite, ils se faufilent dans la propre carapace du spectateur. Le rythme même du feuilleton est calqué sur celui du spectateur : la lenteur est sa caractéristique. Il mime en général le temps quotidien, le temps réel : pas de saut dans le futur, on ne fait l’économie d’aucune médiation pour aller de la situation A à la situation A’. Les intrigues sont nombreuses mais répondent toujours au même schéma ; elles résident en général sur l’élaboration d’un mensonge puis sur le cheminement qui mène à la découverte et à la destruction de ce mensonge, par une révélation publique. Rien ne dure, car tout est emporté par un flux constant (de sentiments, de relations) qui, bizarrement, ramènent toujours les mêmes éléments à la surface. Un sablier que l’on ne cesse de retourner (3). Vase clos, répétons-le. La tragédie casse ce vase. Rien dans le soap n’est irrémédiable, irrévocable ou inexorable. Le soap, à la différence de la vie réelle, n’a aucune mémoire et c’est pour cette raison que l’éternel retour des mêmes événements est possible. Il ne se passe rien. Rien, à savoir que tout est un éternel recommencement : les mêmes situations, stéréotypées, se reproduisent, pour les mêmes personnages ou pour d’autres. Aucun état de choc. Aucune catastrophe. Que peut-il arriver puisque la mort elle-même est caricaturée ? Rien. Rien, même si, paradoxalement, tout arrive, et surtout l’invraisemblable. Le soap, à sa manière, est une illustration de l’absurde, tel que Camus le décrit dans le Mythe de Sisyphe ! Etonnante comparaison, et pourtant le soap est absurde parce qu’il emprisonne les personnages dans un schéma invariable. L’autre qualité apparente du soap est la naïveté ou l’innocence des personnages qui vivent chacune des situations comme si elles leur étaient neuves. Les personnages de soaps parlent, beaucoup même et on remarquera que le vocabulaire est plutôt châtié et raffiné compte tenu de l’intelligence déployée dans l’écriture des scenarii. Probablement à cause du bannissement de la laideur évoquée plus haut, auquel le langage ne doit pas renvoyer. Dans leurs discours, deux choses ne sont JAMAIS évoquées : le temps vécu, c’est-à-dire la vieillesse (le lifting de Katherine Chancellor dans les Feux de l’amour est une exception notable, en même temps elle a toujours été vieille), et le suicide. Le soap n’a pas de héros. Entendons-nous : pas de héros, mais des héros, voire que des héros. C’est pourquoi n’importe quel point de vue peut être adopté par n’importe quel spectateur : la raison et / ou le droit ne sont pas détenus par une seule personne, il ne dépend que du spectateur de casser l’objectivité globale et d’approprier la raison à l’un des personnages par l’identification qu’il opérera entre celui-ci ou celui-là et lui-même. Prochainement, je parlerai de Twin Peaks et j’essaierai de montrer comment David Lynch a réussi à intégrer les ficelles du soap pour écrire une des séries les plus révolutionnaires et intelligentes qui soient. (1) Citons, parmi les plus célèbres, Dallas, Côte Ouest (Knots Landing), Santa Barbara, Dynastie, et aujourd’hui, sur les petits écrans français on trouve encore : Les Feux de l’amour (The Young and the Restless), Amour, Gloire et beauté (The Bold and the Beautiful), Des jours et des vies (Days of our lives), etc. Au départ, ces programmes étaient sponsorisés par des marques de lessive, d’où leur appellation. (2) Superficialité superficielle, pour un regard qui l’est tout autant que ce qu’il dénonce, superficialité de surface donc, qui n’empêche pas d’être profonde… (3) Un de ces soaps utilise d’ailleurs ce symbole dans son générique (Days of our lives).

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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