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jeudi 2 novembre 2006
"La vie n'imite pas l'art. Elle imite seulement la télévision de bas étage." Woody Allen, Maris et femmes.


 Hier, il y a un an, jour pour jour, je laissais ici deux lignes sur Match point. Hier encore, je suis allée voir Scoop à la première séance de l'après-midi. Vous en conclurez, peut-être, soit que je suis fidèle à mes goûts soit que je suis casanière et sans surprises (les deux sont véridiques). Mais Woody Allen participe de ce plaisir que l'on prend à suivre de saines habitudes. Une année sans un film de Woody Allen serait une année un peu foutue, même si le névrosé juif à lunettes ne réalise pas toujours des chefs-d'oeuvre. Là n'est pas le problème, car les oeuvres de Woody Allen valent également par le vis-à-vis qu'elles provoquent les unes par rapport aux autres. Le cinéma allenien s'inscrit dans l'autoréférentiel. Plus on connaît Woody Allen, plus on l'aime, plus on l'aime, plus on le connaît, à l'infini... Il se pastiche lui-même, pour notre plus grand bonheur, sans omettre de brosser quelques portraits acides dans lesquels on se reconnaîtra sans peine. Parler d'un film de Woody Allen est un exercice très délicat, lorsque le film est aussi limpide. Il n'y a rien à en dire, sinon c'est que c'est un délassement de première classe. Allen se réclame ici sûrement de cette série de films qu'il apprécie beaucoup, tout en reconnaissant la légèreté de ces derniers, The Thin man.
La superficialité n'est pas toujours un crime. Ici, c'est même une gâterie autorisée par le ministère des gens sérieux. Allez voir ce film et foutez-moi la paix, lecteur (je mets au singulier, non par excès de modestie, mais parce que j'ai toujours l'impression de soliloquer) ! Si vous continuez la lecture de ce billet, vous risquez de vous sucrer le plaisir que vous pourriez prendre à voir ce film au lieu de me lire... Serez-vous avancés si je vous dis que ce film est le joyeux cliché britannique de l'enquête cosy, à la Agatha Christie ? Un long-métrage qui suit les traces de Meurtre mystérieux à Manhattan,
avec un peu moins de palpitant ? Il y a du Peter Sellers et du Miss Marple chez notre prodige magicien, qui mène l'enquête et auquel donne vie le décoiffé Woody Allen. Oui, Allen se prend pour Houdin (digression : ne pas manquer cette compilation de textes
chez Omnibus !) ou Harry Houdini et, chose étonnante, il ne rate aucun tour. C'est décevant ! Mais il fait apparaître un fantôme dans une de ses boîtes... Et tout commence ! Il nous invite à une sorte de murder party, chez les rupins, en compagnie d'une apprentie journaliste en quête d'un scoop qui ferait démarrer sa carrière et qui lui a été transmis... d'outre-tombe par un célèbre journaliste, soudain décédé et qui ne supporte pas d'être mort sans avoir fait feu de cette dernière bûche ! Ce dernier s'esquive, de temps en temps, du bateau de croisière (sur l'Achéron) qui l'amène vers sa destination finale, et vient renseigner nos deux héros. La mort et sa faucille nous rappellent Love and Death mais aussi certaines scènes du Sens de la vie des Monty Python. Ces scènes sont succulentes, mes préférées. Un triste sire affublé par les journaleux du prometteur titre du "Tueur aux tarots", épigone de Jack l'Eventreur, officie et trucide dans le milieu de la prostitution ; il serait le fils d'un Lord. On ne saura rien de ses victimes. Nous n'en rencontrerons aucune et les scènes de crime seront totalement occultées. Tout est très propre dans ce milieu. Les proies du criminel sont exclusivement des brunettes aux cheveux courts - des Loulou ! - en guise de représailles à l'encontre d'une mère, pas très fidèle, qui lui a fait défaut dans son enfance. Ce qui devait arriver arriva : l'enquêteur en jupons tombe amoureuse de son sujet ! A ses risques et périls...
Scoop est une comédie guillerette, qui ne présente aucune originalité du point de vue de l'histoire (il ne s'agit que d'une plaisante enquête policière, mais que demander de plus ?) et pour qui connaît son Allen sur le bout de la prunelle, mais ce n'est pas une limite au plaisir que l'on prend. Ce film peu ambitieux (si tant est que le divertissement soit toujours vain, ce qui n'est point assuré), mais non sans un discret éclat, est charmant. Woody Allen offre une comédie qui file à la vitesse d'une comète et qui vous laissera en guise de souvenir quelques fils de sa chevelure enroulés autour de votre imaginaire. Woody Allen a naturellement une dégaine de comique dont il s'amuse. Voilà un de ses atouts majeurs, vous en conviendrez, mais qui ne serait rien sans cet esprit d'à propos qui est le sien. Le voir rouler, à droite, coincé dans une Smart, sur les routes de la campagne anglaise, est hilarant ! Woody Allen est un Schopenhauer à qui l'on aurait mis du poil à gratter dans le slip (caleçon ou boxer, selon). Il pourrait demeurer debout au milieu d'une pièce, sans mot dire et sans bouger, qu'il serait encore à mourir de rire. Il suffit de le regarder. Sa tête est presque indécente. Il joue depuis si longtemps dans le registre du dépressif, névrosé et looser, qu'il a fini depuis belle lurette par emporter notre sympathie. Si, dans la réalité, il n'a rien du raté qu'il aime incarner, il doit néanmoins y avoir un peu de vrai dans cette perception qu'il paraît avoir de lui-même. On ne s'attribue pas impunément des rôles pathétiques simplement pour susciter le rire chez ses contemporains. Mais je ne vais pas le psychanalyser, il le fait trop bien lui-même... Miss Johansson, la nouvelle Aphrodite d'Hollywood est presque pâle dans ce film.
Je ne sais pas par quel prodige Allen a réussi à la rendre simplement belle (et non sublime et sulfureuse comme elle l'était dans Match point) en l'affublant de tenues informes, peu sexy. Le belâtre de service (Hugh Jackman) - vous savez, je suis peut-être étrange mais je suis toujours davantage attirée par un Woody Allen plutôt que par le mâle dominant à l'émail impeccable - a tout du coupable, alors forcément on le croit innocent, jusqu'à ce que l'on soit à moitié détrompé. Ce procédé est des plus classiques. Hitchcock l'a souvent employé, dans ce sens et dans le sens inverse, et aimait jouer sur cette ambiguïté possible. Revoir L'ombre d'un doute ou bien Soupçons pour s'en convaincre. Les références à Hitchcock sont assez évidentes. On ne tremble guère pour l'héroïne, on se doute qu'elle s'en tirera. C'est peut-être là que le bât blesse, car le personnage de la jeune fille n'est guère crédible. On la voudrait arriviste (voir la scène introductive où elle couche avec un cinéaste célèbre pour avoir un interview) et elle se révèle un tantinet cruche ; on la voudrait amoureuse et elle demeure fadasse dans son attachement au supposé meurtrier. Quelque chose ne tourne pas rond dans la boule magique, mais on reprendrait bien un ticket de cinéma.  
On retiendra quelques citations savoureuses de ce film : "J'étais de confession hébraïque, mais en vieillissant je me suis converti au narcissisme !" 
 "Ma femme m'a quitté : elle me reprochait d'être immature... Moi, j'avais une excellente réponse à ça ; je levais la main, mais je n'étais jamais interrogé !" 
Bande annonce :

Trois mots de Scarlett Johansson, qui n'est pas la plus belle fille du monde :  
 Nota Bene : Si vous aimez Woody Allen, vous aurez grand intérêt à lire ce livre d'entretiens :

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  • lundi 30 octobre 2006

    Je n'ai vraiment pas le temps. Je jette trois méchants mots ici, afin de vous convaincre, si vous habitez Paris ou si vous avez moyen de vous y arrêter bientôt, de sacrifier à une représentation théâtrale de grande qualité. J'aime beaucoup le théâtre. Je m'y rends en moyenne une fois par mois. Je n'en parle quasiment jamais dans mon JIACO, mais il est impossible d'épingler chacun de mes vices : ils sont trop nombreux. Il me fallait une excellente raison pour réparer cet oubli. Autrefois, j'y allais toutes les semaines. A Paris. Au théâtre. J'avais une fringale de théâtre comparable à ma boulimie livresque. Un doux enfer !

    Avec le temps, je suis aussi devenue plus exigeante (je n'ai jamais pu me remettre du tripotage de Phèdre par Luc Bondy, par exemple, ou bien des pâmoisons boursoufflées de collagène de Mademoiselle Adjani dans la triste Dame aux camélias - et encore je ne me suis pas frottée à sa Mary Stuart, mais il semblerait qu'elle soit à la hauteur cette fois-ci !) et le cinéma a dévoré une grande partie de ce temps, précisément, qui me fait toujours défaut. Mais le théâtre fut, avec la littérature, mon premier grand amour. Alors...
    Je ne pouvais manquer la mise sur scène des pièces en un acte de Woody Allen autour du thème dans lequel il est passé maître : l'adultère, qui semble cristalliser tous les gauchissements de l'homme, ses impossibilités, son désespoir mais aussi son salut, le rire, et ce depuis très longtemps dans la grande tradition théâtrale.
    On peut trouver les textes de ces pièces en 10/18 (j'avais déjà cité ici même cette publication) :
    Trois pièces en un acte sont données à l'Atelier dans une distribution étincelante, qui rend hommage à la verve allenienne et à l'ardeur théâtrale de mise en cette occasion. Quoi qu'en dise Rousseau, je me range du côté d'Aristote et j'apprécie cette "purgation" de l'âme par les mots et les maux des autres.

    Qui aime Woody Allen adorera ses pièces traduites. J'avais un peu d'appréhension, je l'avoue, à l'idée de cette francisation (un comble ou le summun de la lucidité pour une apprentie traductrice !), moi qui n'aime ses films qu'en version originale. Mais j'avais tort. Je suis éblouie, épatée, ravie, transportée ! Nous assistons à un jeu de massacre verbal et à une réjouissante introspection de l'âme de la bourgeoisie new yorkaise. Mais je suppose qu'il ne s'agit pas d'un problème de classe social, car la corruption des âmes n'épargne personne. Elle est simplement d'apparence plus propre dans certains milieux. Et encore ce n'est guère prouvé, ici comme chez Edward Albee.
    Mais, pour ce dernier, le rire racle la gorge, tandis que l'explosion des zygomatiques chez Allen est de bon augure. La tragédie est affirmée chez le premier et évitée, bien que de justesse, chez le second. Rire est une question de survie et d'éducation. Le happy end est toujours tordu et biaisé chez Allen, si bien que l'on finit par se demander à quel moment précis nous nous sommes faits avoir, lorsque nous avons accepté son dénouement. Tout le monde dupe tout le monde et les relations humaines ne sont que des trompe-l'oeil. Les liens sociaux sont ainsi faits que l'on ne reçoit, finalement, que ce que l'on offre. Ce n'est que justice, n'est-ce pas ? Dois-je avouer que je suis une créature asociale et que je me gausse de ce dont je me crois, à tort ou raison, préservée ? On a le conjoint et les amis que l'on mérite. Les miens sont parfaits. Je n'en dirai pas autant des personnages de ces trois pièces. Inutile de préciser que, dans le cas présent, tous ces gens sont plutôt infréquentables, hormis peut-être cette psychanalyste pitoyable, aveugle à son propre drame domestique. Je ne l'avais jamais réellement remarqué mais Woody Allen est parfois un Ibsen - mais un Ibsen qui se fend toujours la poire !
    On retrouva ce soir-là les grandes obsessions qui sont celles de son oeuvre, depuis toujours : l'amour, le sexe, la fidélité, la tromperie, l'usure du désir, la mauvaise foi, la lâcheté, l'absence de Dieu... et la psychanalyse (dont le besoin s'explique par tout ce qui précède !).
    Toute ma vie j'ai tourné autour de la psychanalyse et joué avec son idée, des deux côtés du divan, cela s'entend. Mais jamais je n'ai franchi le pas, bien trop méfiante à l'idée que l'on fouille dans mes entrailles psychiques. Et puis à quoi cela servirait ? Je suis une névrosée, mais j'aime mes penchants troubles, et je ne vais pas payer pour que l'on m'autorise à choyer mes travers pervers. Je n'ai, de plus, aucune envie de guérir. Et il n'existe aucun remède au fait de vivre, hormis la mort et le rire sincère. Le reste n'est que trituration de nos petits bobos, thésaurisation de nos gros chagrins. Il n'y a rien à comprendre. Il suffit de se moucher un bon coup et essayer d'accepter que rien n'a de sens, sauf peut-être celui que l'on a envie de créer. Ma réalité est peut-être autre, moins franche : la philosophie est en soi une psychanalyse permanente. Donc, je suis possiblement en analyse depuis quatorze ans ! On l'a oublié mais la psychologie n'est au départ qu'un rejeton de sa mère philosophe... Freud m'a toujours apparu bien plus intéressant en tant que philosophe que psychanalyste - heureusement pour lui, car on ne peut pas dire qu'il ait guéri beaucoup de patients ! Les plus sains d'entre nous sont des névrosés, n'est-ce pas ? C'est peut-être pour cette simple raison que les personnages de Woody Allen nous sont infiniment proches, même si l'on ne partage pas leurs ennuis. Woody Allen serait un très bon psychanalyste ou philosophe, au choix. Qui mieux que lui peut résumer l'enjeu et le problème de la psychanalyse : "Mais je ne suis pas perspicace... Simplemenent psychanalyste." ? Boutade, peut-être, mais pas seulement. Je pense que Freud lui-même, qui était un homme d'humour, apprécierait.
    On rit beaucoup. J'ai aussi entendu des dents grincer, car M. Allen a le chic pour mettre mal à l'aise nos états d'âme. Il ne manquerait plus que cela qu'il soit complaisant !
    Woody A., comme Lubitsch ou Sacha Guitry, appartient à une même lignée, celle des esprits qui pensent que l'on peut rire de tout car rien n'a d'importance en ce bas monde, puisque l'univers est un chaos, probablement sans Dieu... Ou alors un Dieu ironique, cruel et peau de vache. Pour notre bien. Evidemment !
    "Le doute me ronge. Et si tout n'était qu'illusion ? Si rien n'existait ? Dans ce cas, j'aurais payé ma moquette trop chère." (Dieu, Shakespeare et moi, opus I)
    Derrière la drôlerie et l'absurdité de cette déclaration, qui pourrait aisément résumer la philosophie de Woody Allen
    se dissimule une réelle profondeur philosophique, mais je ne tiens pas spécialement, aujourd'hui, à disserter avec vous de Kant, de Locke ou de Berkeley, car finalement M. Allen résume parfaitement la complexité de notre situation dans le monde. Nous sommes dotés d'un entendement imparfait, d'une morale trouble et de pouvoirs de très petite portée. Et il nous transmet cette sagesse avec un humour que, malheureusement, je suis loin de posséder. Après plus d'une décennie d'étude de la philosophie, j'en suis arrivée à concevoir que la sagesse était davantage du côté des Marx Brothers, de Buster Keaton ou bien chez Woody Allen, que chez mes compagnons de galère métaphyique. Croyez-moi : le rire est la seule échappatoire. A condition de ne pas oublier de respirer - c'est le même problème avec les baisers...
    Sont au programme
    Riverside Drive (une pièce déjantée) à 19 h et Central Park puis Old Saybrook à 21 h (ces deux pièces-ci s'enchaînent sans entracte). Vous pouvez choisir de ne voir que la première - ce qui serait dommage, car à mon sens c'est la plus faible, malgré une incontestable réussite - ou simplement les deux suivantes. A cause d'un couac de programmation, j'ai vu ces trois pièces en deux fois, à un mois d'intervalle. Ce ne fut pas plus mal, car j'ai pu ainsi bénéficier d'une injection retard de prozac littéraire.
    La mise en scène de Benoît Lavigne est pleine de classe et de rythme. J'ai aussi apprécié la traduction de Jean-Pierre Richard : audacieuse et fidèle. Les acteurs sont parfaits. Pascale Arbillot en tête et Xavier Gallais (époustouflant, toujours au bord, sur le point de sombrer dans un registre opposé). Mais les autres ne sont pas en reste : Dominique Daguier en auteur paumé, qui laisse moisir ses personnages dans un tiroir - il me rappelle quelqu'un mais je n'arrive pas à mettre le doigt sur cette familiarité ! - emprunte à Guitry et à Woody Allen. La ressemblance avec le premier est flagrante lorsque le décor se déchire et qu'on le découvre dans la pause de celui qui est crucifié face à la machine à écrire, soudain muette.
    Il faudrait faire preuve d'une singulière humeur noire pour ne pas adorer se délecter des malheurs des divers protagonistes. Hors de question de les plaindre !
    Il ne reste que deux jours pour découvrir son dernier film, Scoop. Tic tac !
    J'ai entrevu quelques extraits et l'histoire me semble très proche de celle de La malédiction du scorpion de jade. Sûrement un film un ou deux crans en-dessous de Match point. Mais je me trompe peut-être. Tous les espoirs sont permis avec Woody Allen. Je reviendrai vous en parler cette semaine, je vous le promets. Il me faudra aussi vous faire partager mon enthousiasme quant au dernier film de Clint Eastwood, que j'ai également découvert ce week-end et qui m'a laminée.
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    jeudi 1 décembre 2005
    Woody Allen fête aujourd'hui ses 70 ans. Bien sûr, il ne lira jamais ce billet, mais j'aimerais le remercier pour tous les merveilleux films qu'ils nous a offerts depuis 40 ans et lui dire que j'attends le prochain avec impatience !
    J'ai appris une chose essentielle en regardant la plupart de ses films, dont aucun ne m'a vraiment déçue - bien que certains soient, parfois, plus faibles que d'autres : l'humour est notre seul salut et il faut savoir perdre avec le sourire. La classe me touche autant qu'un costume bien taillé ou un sac à main assorti à une paire de chaussures.
    Un film, en particulier, m'avait transportée avec le même effet qu'ont sur moi certaines comédies musicales, La rose pourpre du Caire.
    Même si la conclusion est triste et si la plupart des films de Woody Allen ont une fin - permettez moi d'être prosaïque - en eau de boudin, je retiens la magie de ce film, qui exprime le délicat rapport de la réalité et de la fiction. Peut-on aimer un personnage de fiction autant qu'un être réel ?
    Oscar Wilde a déjà répondu lorsqu'il écrivit que la mort de Lucien de Rubempré fut ce qui lui causa son plus grand chagrin.
    A certains égards, ce film fait écho à la question de Truffaut, à savoir : qu'est-ce qui est le plus important, la vie ou le cinéma ?
    Alice est un film qui joue dans la même tonalité que La rose pourpre. Alice et son herbe magique, qui lui permet de s'évader de son quotidien étriqué. Alice qui s'ennuie et rêve d'un ailleurs ou d'un autrement. Alice, c'est un peu vous et moi, quelquefois, n'est-ce pas ?

    Le film le plus époustouflant est peut-être celui qui fait le moins parler de lui : Zelig, ou l'histoire d'un homme-caméleon ; un film raconté comme si nous assistions à un documentaire. Woody y est épatant !

    Un film de woody Allen, dans lequel ne joue pas Woody Allen, est toujours pour moi comme une journée parfaite, à un détail près. Même si j'entends Woody, sa petite musique, même si je reconnais ici ou là tel plan, j'ai besoin de le voir. Je suis une incroyante !
    Woody Allen est un homme qui nous dit deux ou trois choses de notre vie, traversée en creux par l'absence de Dieu, mais il a le talent de ne jamais le dire de la même façon. Cet homme-là a du génie, croyez-moi.

    Bon anniversaire, Woody. Je vous embrasse.
    Votre dévouée Holly.
    lundi 19 juin 2006
    Dans un pur esprit féerique, shakespearien (Le songe d'une nuit d'été, La tempête), Woody Allen nous offre une énième variation sur l'amour et le sexe. Tous les films de Woody Allen n'ont-il pas cette question en commun, à de rares exception près ? Peut-on désirer sans aimer et aimer sans désirer ? That's the question... Les vertiges des plaisirs sensuels s'inscrivent-ils sur une page blanche et ceux des tourments amoureux, spirituels, les tortures de l'âme, sur la page voisine, à la manière de ces cahiers de travaux pratiques qui comportaient une page pour le dessin et une page pour l'écriture, et qui contraignaient à un artificiel découpage ? N'est-ce point désirer séparer une ultime fois le corps et l'esprit ? En vain, semble nous dire l'épilogue du film, puisque le couple marié (de nouveau en harmonie sur le plan horizontal) connaît un dénouement heureux. Le sexe sans amour n'est peut-être qu'une fumisterie. Qui voudrait d'un amour sans la magie et la poésie qu'il invente pour l'entendement ? Cette subtile et délicieuse sucrerie met en scène, une fois de plus (je ne compte plus le nombre de films de Woody Allen construit sur ce présupposé), plusieurs couples qui partagent une maison et un week-end. Un bois alentour semble appeler les duos à se faire et à se défaire, à redistribuer les femmes et les hommes, les rôles, dans ce jeu de l'amour et du hasard. Comment ne pas songer à Shakespeare et au Dear Brutus de Barrie, car le thème de la seconde chance est fort bien développé. N'y a-t-il que des occasions et des moments magiques qui s'enfuient à jamais si on ne sait les saisir, ce que les personnages appellent des "moments parfaits" ? Ils ne sont parfaits, vraisemblablement, que parce que nous les avons manqués... Ma conception de l'amour est autre ; il me semble que Woody Allen la partage en partie ; et je songe à la moitié originelle telle qu'elle est décrite dans Le Banquet de Platon. Woody Allen joue le rôle d'un inventeur loufoque, qui ressemble fort à un bourdon un tantinet ridicule, qui lui sied à ravir :
    A Midsummer night's sex comedy Vidéo envoyée par misshollygolightly
    Toutes ses inventions échouent lamentablement, sauf peut-être une curieuse boule qui révèle des ombres, les âmes peut-être de certains amoureux... Un couple illégitime arrive, et l'on admire Woody en Icare, burlesque et funambule, attendrissant personnage :
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    Vidéo envoyée par misshollygolightly

    Et, puique j'aime coudre ensemble les divers pans de mon univers, il ne me semble saugrenu ou capricieux de proposer à la prunelle cet étalage de beauté, de féerie... Petit album de planches d'Arthur Rackham qui illustrèrent la pièce de Shakespeare... N'est-ce pas divin ?
    mercredi 2 novembre 2005


    Le dernier film de Woody Allen ne ressemble pas tellement à un film de Woody Allen. La plupart du temps, il suffit de quelques minutes pour se sentir guidé par la main de ce cinéaste que j'admire, pour se retrouver dans les lieux familiers de ses films, pour reconnaître un certain ton qui lui est propre, tout ce qui constitue peut-être ce qu'on nomme un style, pour ne pas dire le style.
    Les premières images du film nous donnent à penser ce qui constituera la métaphore du film tout entier : une balle de tennis qui heurte le filet et qui peut soit retomber soit passer de l'autre côté, ce que Woody Allen nomme la chance. le film s'achèvera d'ailleurs, afin que la boucle soit bouclée, sur le lancer raté d'un bijou dans la Tamise. Le présupposé du film est immoral - et Woody allen ne fera (quasiment) aucune concession - mais plutôt lucide : ce qui gouverne nos vies, c'est le hasard, la chance, plutôt que le talent ou une quelconque raison supérieure des choses. Le thème est métaphysique et le jugement était déjà celui de Schopenhauer : la raison du monde, son fondement, est lui-même sans fondement (grundlos).
    Je ne retiendrai qu'une image de ce film, dans le premier quart d'heure : le jeune arriviste, qui est le héros de ce conte cruel, tient un exemplaire de Crime et châtiment (titre qui préfigure le double assassinat qu'il va commettre, bien que le seul châtiment qu'il subira sera celui de sa conscience), puis le troque contre le Cambridge companion to Dostoievskii, ce qui montre à la fois son désir de savoir, mais surtout de briller, de faire illusion. Tout est dit, ou presque, sur ce personnage avec une économie de moyen remarquable.

    Un très bon film de Woody Allen aux accents chabroliens.
    dimanche 11 novembre 2007
    Pensées lumineuses à Frédéric, qui aime le cinéma, et à Jim, qui malheureusement ne l'aime plus.

    Le cinéma a une place presque aussi grande dans ma vie que les livres et, désormais, la musique. Le cinéma en salles, mais aussi le cinéma en DVD et sur les nombreuses chaînes du câble dédiées au septième art.

    J'aimerais pouvoir écrire un billet pour chaque film aimé, mais à raison d'un film par jour, parfois plus, l'entreprise me paraît impossible. A défaut d'être profonde, j'ai décidé de reproduire ici les très petites notes que je prends pour chaque film, mais seulement pour ceux vus ou revus en salles - habitude qui est mienne depuis cinq ou six ans et qui me permet de mesurer avec une certaine précision la force de mon attachement pour un film ou, au contraire, l'évolution de mes perceptions et de ma sensibilité dans le temps, à l'occasion de la "revisite" d'une oeuvre qui m'avait déplu ou que j'avais aimée.


    Mes repères sont simples, enfantins : des étoiles, qui correspondent au degré de plaisir que j'ai éprouvé à me frotter à tel ou tel film. Subjectivité absolue d'une personne qui a trop de respect pour les cinéphiles pour se prétendre telle.

    Lorsque j'ai commencé à conserver mémoire de mes séances de cinéma, The Straight Story, le très beau film de David Lynch, venait de sortir en France. C'est le film qui m'a obligée à considérer l'ajout d'une cinquième étoile à un classement, qui, de prime abord, n'en possédait que quatre. Je pense toujours à ce film, qui est une sorte d'étalon-mesure à mes yeux. Je me rappelle également que le superbe Noi Albinoi de Dagur Kari, avait obtenu 4 étoiles et demi dans mon classement. Pourquoi parler de ces deux films ? Parce qu'ils ont laissé une entaille en moi.



    Mes critères "mélancHollyques " de sélection :


    Un carreau [Cela m'arrive rarement de dessiner ceci sur mes carnets, car je sais d'instinct quel film m'est destiné] : film honteux, nul, sans intérêt ;

    Une étoile : mauvais film, proche de la nullité avec un éclair possible de beauté ;

    Deux étoiles : film moyen, sans originalité, mais qui témoigne simplement d'un usage de la caméra et de certaines qualités moyennes ;

    Trois étoiles : bon film, non sans défauts, qui aurait pu devenir un très bon film ;

    Quatre étoiles : très bon film, proche de l'excellence, presque parfait, avec un petit manque cependant ;

    Cinq étoiles : l'excellence, au plus près du paradis des films.



    Les films, vus en salle, lors des deux dernières semaines - j'ajouterai des notes au fur et à mesure dans ce billet - ce qui me permet également de ne pas perdre contact avec vous :


    Eastern Promises (Les Promesses de l'Ombre) de David Cronenberg : 4 étoiles et demi ; [Ceux qui me lisent savent peut-être à quel point Spider est un film important dans mon existence ; j'en parlais ici. J'espère avoir le temps d'écrire ma chronique de ce film, car c'est l'une des oeuvres que j'ai préférées cette année. Je sors de la séance et je suis encore tremblante. Certaines scènes sont insoutenables de violence mais le film est fascinant.]





    Paranoid Park de Gus Van Sant : 3 étoiles et demi ;
    [Un sujet et un traitement, qui, a priori, avaient tout pour m'irriter, mais un film très noble et très juste, sans la moindre afféterie. Un film sur la culpabilité et l'adolescence qui, par hasard, n'est pas sans écho avec le dernier film de Woody Allen, qui nous entraîne lui aussi dans la sphère du meurtre et le labyrinthe de la conscience morale. Garanti sans "moraline".]


    Le Mariage de Tuya de Wang Quan'an : 3 étoiles, mais de justesse ;

    [Tout film chinois, par principe, m'intéresse, puisque la langue de ce pays multiforme et insaisissable est une de mes préoccupations. Un film bien trop lent, qui manque d'ambition et d'ampleur, malgré une bien belle idée de départ et l'exposition de sentiments purs...]


    Un secret de Claude Miller (cinéaste que j'adore mais ce film-ci n'exprime pas du tout son talent véritable) : 2 étoiles et demi ;
    [Terrible déception à l'aune de ma grande attente - car j'attends chaque film de Miller. Je crois que le sujet a été épuisé par l'art et qu'à moins de faire preuve d'une folle originalité ou d'un style puissant, on ne peut qu'échouer à ce qui est devenu, de par le thème éculé, un exercice. Cependant, les acteurs sont tous magnifiques. Trop peut-être. Je fus agacée par ce film qui a essayé, je l'ai senti, de me piéger : avec de bons sentiments et des couleurs trop éclatantes.]



    Le rêve de Cassandre de Woody Allen : 3 étoiles et demi ;


    [Woody Allen reprend ici partie certains thèmes de sa pièce Puzzle, que j'ai eu l'heur de voir au Théâtre du Palais-Royal assez récemment (la structure familiale est quasiment identique). Le film explore la veine noire de l'auteur, sans atteindre les sommets de ceux qui sont véritablement sombres (un Siodmak, par exemple, un de mes cinéastes fétiches). Un film qui prolonge, à certains égards, Match point. Ma petite chronique : ici. Et, à propos de Siodmak, ne manquez pas le Cinéma de Minuit, sur France 3, ce soir.]




    La forêt de Mogari de Naomi Kawase : 3 étoiles et demi.


    **********Ajout du 19 novembre :
    American Gangster de Ridley Scott : 3 étoiles et demi ;
    Film d'excellente facture, du point de vue formel en tout cas, qui reprend avec intelligence et brio les codes du film noir et surtout des films des années soixante-dix (à la Sidney Lumet and co), mais en insufflant à ce thème un regard qui appartient à notre époque, lourd de toute l'histoire des trente dernières années (les conflits ethniques plus ou moins explicités, qui transcendent ceux qui opposent les gangsters et la police). J'aime beaucoup cette New York à l'atmosphère fangeuse et avide de sa pitance : du sang et des larmes. Denzel Washington et Russell Crowe (dont je ne suis pas du tout une fanatique) donnent une dimension particulièrement profonde à leur personnage. Certains traits caricaturaux auraient pu être gommés et le scénario a ses failles, mais il n'en demeure pas moins que l'exercice est réussi. Ce film n'est pas sans lien avec Les Infiltrés de Scorsese (ce dernier étant néanmoins supérieur) et avec Les Promesses de l'ombre. Petite déception quant à la fin, trop conventionnelle. Mais une belle couleur de noir qui se répand en nous.


    De l'autre côté (Auf der anderen Seite) de Fatih Akin : 4 étoiles ;

    Difficile de demeurer tranquille devant ce très beau long métrage, qui met en scène, de manière posée, presque froide, et pourtant avec grande émotion, des personnages fragiles jusqu'à la cassure (que l'on perçoit dans leur visage), perdus ou en quête de rédemption. Chacun des héros de ce film porte en lui une part de notre existence, passée, présente ou à venir. Leur solitude et leurs silences sont parfois douloureux mais nous nous enivrons de cet amour de la vie qui triomphe, malgré tout, et l'on a envie de croire, un instant, que la bonté est de ce monde. Malgré l'irréparable dommage de l'exister, il existe toujours une chance de survie. A noter la présence de Hanna Schygulla, égérie de Fassbinder, mère éplorée et admirable.

    **********Ajout du 27 novembre :


    Jane (Becoming Jane) de Julian Jarrold : 2 étoiles et demi.


    On sait ma passion, parfois aveugle, pour Jane Austen, mais force est de constater que je ne puis plus supporter l'engouement qui entoure ce nom, au détriment d'une oeuvre la plupart du temps mal comprise - quand elle a été lue. C'est mon ami américain Jim, fin lecteur, qui m'a ouvert les yeux. Oui, je suis snob et je n'aime pas Jane Austen, depuis presque deux décennies, pour les mêmes raisons que vous.
    Il faut replacer l'oeuvre dans le contexte et lire les contemporains de Jane Austen pour mesurer sa force, son impudence parfois, mais aussi ses limites. Non, non, Jane Austen n'était pas une oie, une nénette qui glousse, cette femme que l'on pense ou sous les traits d'une vieille fille sevrée de plaisirs ou sous ceux d'une incurable romantique qui se pâmait d'amour. Il ne faut pas non plus la lire à l'aune d'un féminisme anachronique. (Je hais les féministes.)
    Lisez simplement ces romans, avec un oeil critique, et prenez de la distance avec les divers films, qui essaient à tout prix de nous vendre Darcy, Darcy et encore Darcy. Je crois que vous n'en apprécierez que davantage cet auteur talentueux qu'elle était.
    Même si le parti pris du film est un peu différent, a priori, de ses prédécesseurs, il semble que la confusion de l'oeuvre et de la vie de Jane Austen ne soit guère pertinente. Tom Lefroy n'était peut-être pas une relation amoureuse très sérieuse de l'auteur et rien ne prouve que Darcy eût été créé d'après ce modèle...
    Hormis, le dernier quart d'heure du film qui possède une forme de noblesse dans l'âme, presque tout est à jeter dans ce film. Du vu et du revu. De belles images, certes, mais le propos est creux et aussi savoureux qu'un scone sans crème, desséché qui plus est.
    Je ne suis pas loin de penser comme ce monsieur, si ce n'est que j'avais apprécié le film de Joe Wright.
    mardi 11 avril 2006
    Avant de refermer provisoirement mon album new yorkais - car je reverrai New York, si Dieu le veut ! [étrange d'invoquer systématiquement une puissance en laquelle je ne crois pas...] -, je recopie ici, mes impressions d'avant, je colle l'image que je me faisais de New York, avant qu'elle ne me fasse son numéro de strip-tease, avant d'éplucher la grosse pomme (une granny smith à mon avis, eu égard au goût qui demeure sur la pointe de ma langue).



    Paris, 27 mars 2006, 21h30.
    Un de mes morts a treize ans. Un de ces jours, je vais devenir si vieille que je serai la mère de mon enfance. Non, je crèverai avant. J'ai pas le coeur pour durer. Concupiscente. New York, deux syllabes qui m'ont toujours fait tressauter. Peut-être à cause de Sinatra. Sûrement à cause des films des années 50, mais aussi ceux de Woody Allen. Evidemment à cause de Céline in Journey to the end of the night

    et d'Auster. L'Amérique a toujours été pour moi un rêve défendu, la porte d'un imaginaire fermé à clef, pour cause d'impuissance. J'étais attachée à mon enfance ; un corsaire à son épave. C'est sale, petit, pauvre et puant. Les odeurs, j'ai jamais supporté depuis. Je reconnais la pestilence du pauvre à dix kilomètres et je me taille. Pas sain pour mes bronches. Faut respirer chic. Voir my Zola et le vieux qui crève sous un escalier dans L'Assommoir. On le retrouve tout vert. Il pue. J'ai pué. J'arrête la conjugaison ici. La misère et ses fragments de beau, l'honnêteté des gens modestes : mon oeil ! Le luxe est une dépravation moins dommageable que celle du manque. New York dépasse mon imagination. Je ne sais pas à quoi m'attendre. Je suis un peu effrayée parce que je crois être une ville à la taille des dieux, une ville à la verticale, "une ville debout", un symbole de l'hubris. Et je connais la leçon première des Grecs à ce sujet. Niveau lycée. Faut dire que le Grec ne s'enseignait qu'en seconde à mon époque. La démesure est punie. toujours. Récemment, j'ai rêvé que la ville m'étouffait et me brisait entre ses gratte-ciel. Je me suis réveillée, la gorge serrée. Un raccord à la Hitchcock, lorsqu'Eva Marie-Saint est retenue par la main de Cary Grant et que le plan suivant nous montre les deux héros dans la couchette d'un train. J'ai le vertige : penser New York et ne pas la connaître. Peur et attrait. L'un dans l'autre. Et, au sein de cette frayeur, il demeure place pour la passion. J'en suis convaincue. New York est une boîte de conserve, dans laquelle loge une mythologie qui m'est personnelle. Elle me contient et je la contiens. Certains des traits de cette mythologie sont des clichés, mais j'ai le sentiment d'aller au-devant d'une vieille dame austère, droite, divine et impatiente. New York est un réflexe. J'y associe les noms suivants : Scorsese, Woody Allen, les taxis, la danger, le jazz, l'aventure, le glamour, l'appartement de Julia R. et la maison de Paul A., Helene Hanff,
    des tas de livres. Et bientôt, par hasard, Hugo et Stevenson, car ils seront mes deux compagnons de voyage. Au sein de tout ceci se tient le Moleskine sur lequel je berce et balance ces pensées banales au moyen d'un stylo à plume (encre violette depuis quelques années déjà) en argent, acheté à Venise, l'an passé. Parler est une condamnation : tout dire, comme chez le psychanalyste (où je n'ai jamais mis les pieds). La mémoire charrie pépites et ordures. Avant qu'il ne soit trop tard, je suis crispée [Blogger a mangé la fin de mon message ! Un comble. Je reviens dès que possible...]
    mardi 18 décembre 2007
    James Matthew Barrie parle de lui-même, dans un discours qu’il prononce devant un parterre de critiques d’art dramatique et laisse confondu n’importe lequel de ses éventuels détracteurs ou laudateurs: «Aucun de vos adjectifs ne peut mieux toucher au but que celui que j’ai trouvé pour me désigner :“ l’inoffensif Barrie ”. Je constate à quel point cela vous frappe d’emblée, vous tous. Une comprimé amer à avaler, mais il semble que, au moins en ce qui concerne ce seul sujet, je sois le critique le plus qualifié dans cette pièce. Le mot que vous choisiriez pour moi serait probablement formidable. J’étais tout à fait préparé à l’entendre de la bouche du Président de cette assemblée, parce que j’ai pressenti qu’il ne pouvait pas être mesquin au point de dire “ fantasque ” et qu’il était possible qu’il oubliât de dire “ insaisissable ”. Si vous saviez combien ces mots m’ont souvent déprimé ! Je suis tout à fait sérieux ! Je n’ai jamais cru être jamais désigné par ces choses jusqu’à ce que vous les enfonciez en moi. Peu ont autant que moi essayé d’être simple et direct. J’ai toujours également pensé que j’étais plutôt réaliste.» Du point de vue de Barrie lui-même, ce discours est parfaitement cohérent. Il ne feint pas. Il ne joue pas un rôle. Il ne se crée pas une persona, à l’instar d’un Charlie Chaplin ou d’un Woody Allen, par exemple, au point que les autres confondent le rôle et l’acteur. Il est lui-même autant que l'on peut l'être, dans les limites de la liberté et de la facticité, telles que décrites par Sartre, par exemple. Mais c’est trop exiger de la plupart de nos contemporains.
    Qui, dans son for intérieur, se trouverait étranger à soi-même, en marge du comportement normal ou moyen attendu par la société, s’il n’existait pas des êtres pour vous désigner autre et vous contraindre du regard à abdiquer toute forme de singularité ? La plupart d’entre nous adoptera les manières qui s’accordent avec la couleur du rang et de la position. Barrie, lui, n’est en harmonie qu’avec lui-même, exposant par cette aisance à être lui ce que d’aucuns cacheraient ou exprimeraient par d’autres chemins ou détours. Or, Barrie, lui, use de la voie droite, celle qui part à droite jusqu’au matin. Barrie est une île au milieu posée sur la mer de la bienséance, de l’hypocrisie, de la norme. Alors, Barrie n’a rien d’un homme étrange, loufoque, excentrique, extraordinaire si on le considère du point de vue de son regard intérieur, mais il devient tout ceci, indéniablement, à l’égard de nous-mêmes qui n’osons pas, qui n’avons ni génie ni force. C’est une belle âme, au sens où peut-être les anciens désignaient un certain type de courage. En ceci, comme en d'autres qualités, J.M. Barrie est un modèle pour moi.
    Traduction effectuée par nos soins, souligné par nous. Reproduction interdite.
    vendredi 6 octobre 2006
    Je parle assez peu de musique sur ce JIACO. J'ai tort. Mais, dans ces conditions, il me faudrait aussi parler de peinture, et de mille autres choses qui font décoller mes talons du sol et flotter dans l'éther de mes songes. Je me prends tout à coup pour le héros de La Science des rêves de Gondry... La vie se charge de vous spécialiser, malgré vous, car les journées ne sont pas extensibles, hélas. Je suis un émule d'Antoine Doinel : qu'est-ce que j'aimerais m'ennuyer ! Pourtant... La musique, la grande, la petite, la variété, le foklore... Tout ceci est excessivement présent dans ma vie quotidienne. Je ne travaille jamais sans musique et sans thé.
    Ma vie est jalonnée de morceaux, de chansons. Je sais exactement ce que j'écoutais lorsque je travaillais sur l'hypotypose kantienne par exemple ou bien quand j'essayais de comprendre Hegel. Ma tristesse des derniers jours, balayée par un sursaut de vie, aura le ton du dernier album de Bob Dylan.

    Il m'accompagne en ce moment même, alors que je traduis une nouvelle oeuvre de Barrie. Je ne suis pas un critique musical mais je ne crois pas pouvoir me ridiculiser en affirmant que ce disque contient quelques chefs-d'oeuvre, dont celui-ci, "Beyond the horizon" - au-delà de l'horizon, par-delà ce qui est visible ou perceptible, de l'autre côté de nous-mêmes à la manière d'Alice, l'ailleurs dont on rêve tous, où même l'on se rend parfois, que l'on s'appelle Dorothy

    ou non. C'est peut-être aussi le non-lieu de la vie, le paradis biblique...
    Dylan
    Au-delà de l'horizon, au printemps ou à l'automne, l'amour l'attend éternellement, lui et chacun d'entre nous...
    Il me semble que Dylan fait implicitement référence dans ce texte à au moins deux films, Lost Horizon de Frank Capra et Bells of St. Mary de McCarey. L'ensemble de l'album contient plusieurs clins d'oeil cinéphiliques et je ne parle pas du titre, qui est une évidence ironique.
    Le désespoir tranquille et gai de Dylan, sa voix nasillarde, son style musical, tout ceci concourt à construire une atmosphère propice à la mélancolie, mais une mélancolie parfumée à la barbe à papa, pas ce genre de monstre tentaculaire qui amène à lui tous les beaux moments de la vie et s'en goinfre.
    Les textes sont magnifiques, presque trop beaux pour n'être qu'écoutés.
    Bien sûr, Dylan emprunte sans le citer des vers à Henry Timrod, un poète de la guerre civile, finalement assez peu connu, mort en 1867 à l'âge de 39 ans. Le procédé peut choquer. Je n'ai aucune indulgence pour le plagiat, mais je suis convaincue que, dans ce cas précis, Dylan - qui a trop de talent pour avoir besoin de celui des autres - joue aux devinettes avec nous. En effet, il suffit de regarder le titre de son album qui contient des lettres du nom du poète : Modern Times... [La preuve ici.]
    Une autre des chansons de cet album, "When the deal goes down", a bénéficié d'un clip faussement démodé, ironique, illuminé par la présence de la nouvelle égérie de Woody Allen (dont on attend avec impatience le dernier film, après avoir assisté à un beau spectacle, qui met en scènes trois de ses pièces en un acte, au Théâtre de l'Atelier), l'inoubliable héroïne de Lost in translation, Scarlett Johansson.
    Chaque prière muette est comme un nuage dans l'air...
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  • mardi 25 juillet 2006

    Holly vous salue en son palais provisoire… Le carrosse se transformera bientôt en citrouille. Et j’aime autant la seconde, car les choses trop parfaites blasent vite. Je demeure muette mais je souris intérieurement. Et ce sourire est adressé à « Igor », qui se reconnaîtra par l’intermédiaire d’un autre…qui me l'a présenté, un jour.
    J'espère pouvoir récupérer les vidéos des salons de l'inestimable Gritti - j'y ai croisé l'ombre de Julia Roberts et de Woody Allen ; ils l'avaient oubliée derrière eux... et je me propose, telle Wendy, de la recoudre - et surtout la vue de sa terrasse qui ouvre une vue inimaginable sur la Douane de mer, la Salute... Dîner ou prendre un petit-déjeuner sur le Grand Canal est presque irréel. Je n'oublierai jamais.
    Jamais. Jamais. Jamais.
    Et si l'éternité a un sens, à notre échelle microscopique d'homoncule, je l'ai vécue à un instant précis, lorsque le soir est tombé là-bas.
    Je vous offre, pour finir, cette photographie d'une photographie (impossible double à la Hoffmann) de Julia à Venise...
    lundi 27 février 2006

    Le dernier film de Claude Chabrol m'a déplu et irritée au plus haut point. Je suis pourtant une afficionado du réalisateur. Il a mis au monde plusieurs chef-d'oeuvre, trois ou quatre films en demi-teinte et, probablement, a connu l'échec avec quelques longs-métrages. Il le reconnaît lui-même dans une interview récente : "Il m'est arrivé de sortir un film et de dire : c'est une merde !" Je ne serai pas aussi sévère que lui, car Chabrol est un grand cinéaste ; je suis d'ailleurs persuadée que les films auxquels il songe ici sont des films que j'aime... et je ne puis croire qu'il ait fait un film totalement raté. Chabrol, à l'instar d'un Woody Allen dans un autre registre, fait preuve d'une constance et d'un souffle qui ne peuvent que susciter le respect. Ce sont les briques du mur d'enceinte qu'il construit patiemment depuis 55 films. "L'ambition est de fabriquer le mur, mais je ne suis pas certain d'arriver exactement à ce que je voulais." Et pourquoi ne pas faire le mur au lieu de l'ériger ? Ce film-ci eût été une bonne occasion. Sa constance et sa fidélité s'éprouvent d'abord par le choix de ses comédiens, que l'on retrouve souvent d'un film à l'autre Isabelle Huppert est l'une de ces privilégiées. C'est une créature très étonnante. Elle est froide de la tête aux pieds. Elle peut s'investir dans n'importe quel rôle. Cette femme provoque en moi à la fois le dépit et l'extase, les deux en même temps. Je suis admirative par la force qu'elle dégage, par sa capacité à incarner tout entière le personnage qui lui est destiné. Je demeure cependant en retrait lorsqu'elle joue, car elle me semble à l'image de ce personnage de L'ivresse du pouvoir, à qui il manque quelque chose. Son mari lui dit cela très précisément. Il est évident qu'il parle d'un coeur. L'actrice Huppert n'émeut pas. Excès de pudeur qui la confine dans l'expression forte des sentiments les plus simples et qui la condamne à toujours les dire dans une violence sourde ? Isabelle Huppert ne s'efface jamais tout à fait devant les femmes auxquelles elle insuffle de la réalité. Là est son drame et son talent, peut-être. Dans Madame Bovary, je l'avais haïe. Elle n'avait rien de l'Emma de Flaubert. Tel n'était pas le but, il me semble. La passion qu'elle doit vivre, à chaque fois, derrière la caméra, est fausse, se donne à ressentir comme fallacieuse, à cause de sa brutalité - sauf peut-être dans Une histoire de femmes, lorsqu'elle récite un "Je vous salue Marie" blasphématoire. J'aimerais voir Isabelle Huppert se fissurer, être moins monolitique ; on dirait un nerf tendu jusqu'à la rupture. Malheureusement, lorsqu'il claque, il ne se produit rien. Huppert est une courbe ascendante mais sans montée ni descente. Un paradoxe. Il est très remarquable de l'observer lorsqu'elle rit - ce qui, finalement, arrive assez peu dans ses rôles : le rire est censé libérer les courbures du visage ; chez elle, l'inverse se produit. J'aimerais qu'elle soit autre lorsqu'elle est Médée, Emma ou le juge Charmant Killman. L'ivresse du pouvoir est une caricature de l'affaire ELF et la mention obligatoire et hypocrite concernant la fortuité des coïncidences en début de film est superfétatoire et lâche. Il faut signer ses dénonciations et n'avoir peur des représailles, sinon autant s'abstenir. Le choix des acteurs et leur ressemblance grossièrement troublante avec les protagonistes de ce scandale est une des raisons qui m'ont poussée à détester ce film. Je suis parfaitement consciente que le film de Chabrol mettait moins en joue l'affaire ELF que la psychologie du juge, qui est une brute et surtout une femme qui assouvit sa libido dans la griserie de sa fonction. Le juge Charmant Killman (le nom est très bien choisi !) est une castratrice de premier ordre. Très bien. Et alors ? Et ensuite ? Nous tournons court assez rapidement. J'ai toujours suspecté les créateurs, en littérature ou au cinéma, qui s'inspirent à outrance de faits divers encore chauds de manquer d'imagination et de courage. Je ne prise guère ces faux décalques de la réalité. Cette facilité dissimule une imposture. Pourtant, malgré ma déception, je reconnais des mérites au film : il est propre. Trop, sûrement... Les dialogues sont honnêtes, parfois un peu acides. La réalisation et le scénario pépères et surdosés en ce que Nietzsche appelait la "moraline". Je retiendrai de ce film une idée, la seule qui m'ait convaincue. Une belle idée dans la réalisation. Huppert porte des gants rouges. Impossible de ne pas le remarquer, puisque les affiches la figent dans ce port. Est-ce une métaphore du sang ? Je suis encline à le croire. Ces gants rouges ne seraient rien sans le sac assorti qu'elle trimbale toujours en compagnie d'un autre sac, marron celui-ci. On a le sentiment que le juge Charmant Killman essaie de compartimenter sa fonction et sa vie de femme : le sac rouge et le sac marron désignant ces deux vies qu'elle porte en parallèle et dont elle ne se déssaisit à aucun moment du film, alors qu'elle devrait faire un choix. Le final de l'histoire dit ce choix mais il s'agit plus d'une défection que de l'élection d'un possible.
    mardi 13 décembre 2005

    Lors d'une promenade, hier matin, dans un grand magasin, qui vend des produits "culturels", je suis tombée nez à nez avec ce DVD (zone 2, contrairement à la photo qui agrémente ce billet), accompagné d'un CD. Pour moins de 20 euros, vous avez un grand film et un CD. Pourquoi pas ? D'autant plus que peu de films ne me font de l’œil, en ce moment, au cinéma. Je n'ai pas reconnu tout de suite le film dont il s'agissait, car le titre français n'était pas apposé sur la jaquette et j'avais oublié l'original. La version française nous donne une traduction étrange : "La femme aux chimères". Je ne comprendrai jamais ce qui motive les professionnels du métier à choisir des titres aussi saugrenus ou éloignés de l'original. Qu'est-ce qui les motive à cette infidélité ou à cette surenchère interprétative ? Quoi qu'il en soit, le sujet de mon billet quotidien n'est pas là. Je me réjouis plutôt de la sortie de ce DVD dans notre contrée. J'aime beaucoup les films musicaux, inspirée ou non de la vie de personnages réels, dans la lignée de The Glenn Miller Story d'Anthony Mann, avec le magnifique James Stewart (qui a toujours rivalisé dans mon coeur avec Cary Grant) ou, plus récemment, de Accords et désaccords (Sweet and Lowdown) de Woody Allen. Michael Curtiz n'est plus à présenter. C'est un grand cinéaste, qui a oeuvré dans des registres divers (Robin des Bois, Noël blanc ou Capitaine Blood). Tout le monde a vu et pleuré devant Casablanca. L'histoire interprétée par Kirk Douglas est celle d'un homme, un trompettiste blanc (inspiré par Bix Beiderbecke, célèbre dans les années 20, terrassé par l'alcool la décennie suivante) depuis sa découverte de la musique jusqu'à son inéluctable déchéance, puis sa miraculeuse rédemption (le cinéma aime faire plaisir aux spectateurs). A noter que Harry James donne son souffle à l'instrument dont est censé jouer Kirk Douglas. Le plus beau morceau du film est le standard intitulé "With a Song in My Heart" que l'on retrouve, bien évidemment, sur le CD. Extrait : ici. Doris Day est toujours aussi pimpante dans ce film et Lauren Bacall toujours aussi fatale.
    vendredi 28 octobre 2005

    J'ai acheté un nom de domaine et je vais bientôt mettre en ligne un site consacré à J.M. Barrie.
    Il est temps ! Aucun site francophone n'existe !

    Woody Allen en 10/18.
    Je me réjouis par avance de lire ces 3 petites pièces de théâtre. Je n'ai pas encore eu le temps et le bonheur de voir son dernier film. Bientôt.

    Adultère(s).
    Un crime ? Un état ?
    Non, les circonstances.
    Il faut rire de ce qui fait pleurer.
    Politesse.
    jeudi 7 mai 2009


    En juillet prochain, je me rendrai à Londres afin d'assister, dans les Kensington Gardens, à une représentation de Peter Pan. J'attends beaucoup de ce spectacle et j'ai acquis des billets, il y a quelques mois, sur la simple foi que l'événement pourrait être à la hauteur de mes attentes, puisqu'il se déroulera dans l'un des lieux même où l'imaginaire de James Matthew Barrie a pris feu, brasier au sein duquel il a modelé son histoire et ses personnages immortels. J'espère que J.M.B. sera respecté dans la lettre et l'esprit. Comptez sur moi pour vous donner mon sentiment ! Je suis - ai-je besoin de le redire ? -, d'une manière générale, très rétive lorsqu'il s'agit de grand spectacle autour de l'oeuvre barrienne. Tant de non-sens et de contre-sens entourent déjà son œuvre qu'il n'est point besoin d'en rajouter.

    J'en profiterai pour me rendre à la médiathèque du British Film Institute, afin de pouvoir y découvrir un film amateur de 42 minutes, dont je ne connaissais que quelques secondes jusqu'à présent,



    Source.


    un film réalisé par... J. M. Barrie - on sait que le cinéma le fascinait et je prépare un dossier sur le sujet, qui me demandera quelques heures de travail - que le BFI vient de mettre à la disposition du public il y a très peu de temps.

    Le film est catalogué comme il suit :

    Yellow Week at Stanway
    1923 | 42 mins
    J.M. Barrie's whimsical home-movie record of a summer house party in the Cotswolds [Stanway sera certainement la destination d'un de mes voyages au printemps prochain.]
    Collection: Pandora's Box

    Et le détail des scènes se présente ainsi :

    AMATEUR. Whimsical record of the activities and antics of J.M. Barrie's guests at a summer house-party at Stanway in Gloucestershire, August/September 1923. Reel 1: "THE YELLOW WEEK AT STANWAY. A record of fair women and brainy men. 1923" (11). Iris out to LS Stanway house with man walking towards it (49). Two women and a man and a woman walking towards one another along path in front of tithe barn (94). The group of four (Lord and Lady Wemyss and their daughters Cynthia Asquith and Mary Strickland, with pet dogs) seated on bench (118). LS Stanway house, panning right (134). LS grounds with group of people (148). CS small child, Simon Asquith, in pram (173). MLS Nicholas Llewellyn-Davies (Nico) standing by gateway. Walks backwards through gateway (reverse action) (195). He walks through gateway correctly (212). CS Nico smoking and putting on a comic manner for the camera (231). MCS Nico by another gateway awaiting guests for the Cricket Week (259). Maurice arrives and shakes him by the hand (304). Two young men, one of them Ocker, arrive by car (332). Antony and Edward approach Nico, who mockingly spurns them, then greets them before they walk off arm in arm (371). Sam and Peter join Nico and another man playing croquet (388). Nico and two other men seated on bench: Pasty, Jimmy and Ralph clamber over and through a wall then creep up behind them. Having surprised them they walk off together towards the camera (446). Sequence shown in reverse (478). Six young women - Cynthia, Mary, Pamela, Hermione, Bunty and Joan - all come through doorway (516). They walk alongside house (562). LS Cynthia and Mary hurtling round lawn playing `croquet'. They shake hands and kick one another (616). Cricketers on field before game, including man in ordinary clothes (Barrie?) acting as umpire (662). Match between Etonians and village team begins, with man in ordinary clothes seated on shooting stick at square leg (671). Close shots of Maurice, Pasty, Sam and Jimmy bowling. General shot of game, Harry Holmes of village team bowling? (735). Close shot of Nico stumping Harry Last (750). Elderly man, James Prew [former coachman to Lord Wemyss], standing with Simon before ground (763). Two women by war memorial (785). Further shot of cricket game (810). CS Harry Holmes playing a stroke with Nico as wicket-keeper (826). Newspaper headline - "Strange disappearance of an Oxford blood. Vanished while meditating on the roof at Stanway" (835). Nico on flat roof walks forward, `disappears' then `reappears' (865). Group of young men in croquet lawn (869). Woman and child on bicycles plus Simon on a tricycle with woman beside him, all cycling backwards (reverse action) (909). CS Simon pedalling but not moving (961). Woman walks out of wood ["the forest of Arden"] past camera (993). CS Peter and Hermione lying on bank with Simon as Eros standing behind them. He `shoots' her in the heart (1022). MCS Nico lies down and falls asleep (1081). Long `dream' sequence where Nico seeks "his Rosalind" but sees all the other house guests pair up without him: Mary leaves him for Antony (1130); Edward and Pamela walk away from him when he greets them (1171); Sam and Rosemary hit croquet balls at him (1208); Pasty and Hermione sit on bench and he edges nearer to her (1252); Ocker and Hermione sit on same bench and she edges nearer to him (1297); Pasty and Cynthia cycle hand in hand past Nico (1332); Teddy and Ralph push Mary to and fro like a pendulum, walking off when Nico intervenes [filmed in rapid and normal motion] (1365); Maurice and Bunty walk off when Nico joins them on a bench (1412); Jimmy and Pamela walk together followed by Nico carrying their golf bags (1455); Greville serenades Joan with a banjo as Nico walks past (1479); Nico's dog abandons him (1538). LS the women creep up on the sleeping Nico and all sit round him as he wakes. The men approach, then walk away in disgust. Nico, surrounded, lights a cigarette (1631). Nico being petted by the eight young women (1684). The cricket match (1719). Reverse action shot of six of the women coming through door [same action as 478-516 but closer] (1747). LS Prew by fence outside his cottage (1775). Dissolve to CS of Prew (1788). Mr Allen at Didbrook comes through gate and poses for camera (1832). Nico comes up to small table on roof at Stanway. Takes lid off soup tureen and sponges soup into bowls (1894). Reel 2: Double exposure shot of Nico talking to himself (25). CS baby girl in pram [Pamela, daughter of Mary Strickland] (78). "The Pirates' Lagoon. An intruder" (84). J.M. Barrie and Michael Asquith on a small punt on a pond, Barrie punting (128). "Michael the captain could stand when pressed. But drink and the devil had done for the rest" (140). Michael and three other children, including Simon, in boat (204). "`Ware the redskins" (208). Michael pointing gun and smaller boy with bow and arrow on punt (235). Michael alone on punt pointing gun (250). "Escaping the tomahawks by a miracle, Red Michael reached Stanway by a perilous descent" (261). Michael climbing through window set in high wall (284). Two close-ups of Nico (306). Nico on roof of building [presumably Stanway] pretending to sleep and embracing someone (322). CS Nico surrounded by the young women at Stanway (331). Return to previous shot as Nico wakes (331). "A last look round" - the women coming through the door, six young men walking in the grounds, two women playing croquet, Nico waiting by the gateway (352). Panning shot of Stanway (386). LS through gateway of members of the house party. Eventually they walk towards the camera - mostly young people, but possibly Barrie among group at back. Fade (452). Panning shot of Stanway (488). Eton schoolboys outside the school, many looking at the camera (534). Panning shot of Eton area (550). THE END (554). MCS Simon and Michael waving handkerchieves through windows in garden wall (589). 2483ft. English intertitles. Note: J.M. Barrie first rented Stanway, the Cotswolds home of Lord and Lady Wemyss, in 1921, and held regular summer house-parties at Stanway thereafter. From 25 July 1923 Barrie invited his secretary Cynthia Asquith (the eldest daughter of Lord Wemyss) and her family, Nicholas Llewellyn-Davies and his Eton friends (who arrived late August and left by 10 September) and a number of other guests. Cricket and croquet matches were a feature of the house- parties, and there were `entertainments' planned - on this occasion the project was to make a film, and a professional cameraman was hired. Barrie wrote the `screenplay' [see Asquith, p 158] and most likely the titles, some of which are in verse. It is probable, given the above and Barrie's past enthusiasm for film projects, that he also directed the action. The film was premiered before the participants at a Wardour Street projection room on 11 October 1923. Nicholas (Nico) Llewellyn-Davies was one of the five sons of Arthur and Sylvia Llewellyn-Davies who were the models for the `Lost Boys' and Barrie's "Peter Pan". The sequence on the pond (Reel 2 78-284ft) recalls "Peter Pan" and Barrie's photo-story `The Boy Castaways'. Barrie features in this sequence and may also be one of the umpires at the cricket match and a member of the house party in Reel 2 386-452ft. The eleven friends of Nicholas Llewellyn-Davies shown in the film are: Maurice Bridgeman, Sam Webber, Teddy Jessel, Antony Lytton, Evan (`Ocker') Talbot, Peter Thirsby, Edward Woodall, Ralph Tennyson d'Eyncourt, Pasty Barrett, Greville Worthington and Jimmy (unidentified). The young women shown are Cynthia Asquith (née Charteris), Mary Strickland (née Charteris, sister of Cynthia Asquith), Pamela ?Beckett, Hermione Lytton (later Lady Cobbold), Joan Talbot, Bunty (unidentified), Rosemary (unidentified) and one other. The two children most featured are Cynthia Asquith's children Simon and Michael. Other guests at Stanway that summer were J.M. Barrie himself, Lord Wemyss (the owner), Mr and Mrs William Winter (Barrie's sister), Hamlin Garland (with wife and two daughters, Constance and Mary), Lord Darling with daughter Diana, Lady Lytton (daughter and son referred to above), Elizabeth Lucas, Basil Dean, G.W. `Tuppy' Headlam, David Cecil, A.B. Walkley and T.L. Gilmour. Details of guests from notes supplied by Lady Cobbold and works cited below. Some of the titles in the first half of the film are numbered, and if correct do not always follow sequentially. Many have small cartoon illustrations. A separate record of the full titles has been made. The original print was donated to the Archive in 1985 by Lady Cobbold, whose mother-in-law is Hermione Lytton in the film. References: Cynthia Asquith: `Portrait of Barrie' (1954), pp 132-148, 156-9. [Details of summer parties at Stanway, mentioning filming p 158] Denis Mackail: `The Story of J.M.B.' (1941), pp 584-5. [Refers to filming and film's exhibition]
    ***Source et le forum ANON***

    Pendant plus de dix ans, Barrie a passé ses mois d'août à Stanway et s'est adonné avec une passion dévorante à de mémorables parties de cricket. Comme j'aurais aimé y être invitée !
    Je frissonne de plaisir à l'idée de pouvoir rencontrer grâce à ce film tant de visages qui, pour moi, sont figés depuis des années entre les pages des livres que j'ai acquis lorsque j'ai commencé à aimer J. M. Barrie. Des visages qui vont prendre mouvement et vie. S'il y a moyen de pénétrer dans le film, de m'inspirer en cela de La rose pourpre du Caire de Woody Allen, croyez bien que je le trouverai ! Imaginez cela ! Comme il serait glorieux de me retrouver au milieu de tous ces personnages et de découvrir qu'ils continuent, pour l'éternité, à vivre de merveilleux étés, sans conscience qu'ils ont quitté le temps ou que ce dernier les a quittés...!

    Vex not his ghost ; O let him pass ; he hates him
    That would upon the rack of this tough world
    Stretch him out longer


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    Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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