« Jane Ann [la sœur de Barrie] avait quarante-six ans [en 1893]. Toujours aussi dévouée, se sacrifiant comme de coutume. Simple, déjà vieille, mais ayant surmonté le risque de développer la complexion vaniteuse de sa mère. Elle vivait dans le secret de son existence intérieure, qui était si malheureuse et pénible (il n’est plus besoin de le cacher plus longtemps), car elle n’était pas le seul membre de la famille à céder à cette tentation mortelle. Il y avait, en effet, deux démons qui guettaient les enfants de Margaret Ogilvy : la mélancolie et la boisson. Seul le plus fort d’entre eux pouvait résister aux deux forces. Jane Ann, par l’exemple qu’elle avait sous les yeux et par la prévention qu’elle avait conçue contre l’un d’entre eux, s’était battue et avait remporté le combat. Mais, voilà, il semblait maintenant que cette victoire avait laissé une voie à l’autre démon. Son frère savait. De même qu’il était au courant de tous les incidents se produisant par ailleurs. Il me fit part qu’il devait prendre garde à ne pas succomber lui-même. En effet, il y prit garde. Une ou deux fois, cela lui procura un certain bien-être lorsque l’un de ses mondes tomba en ruines. Mais c’est le pire qui lui advint. Ce sentiment ne le gouverna jamais. Et, bien que la mélancolie flotta dans les airs, autour de lui, toute sa vie, il put toujours la contrer, au moment où il le voulut, car il était aussi bien fuyant que courageux, y compris quand l’hérédité avait rattrapé tous les autres et qu’il était à terre. Mais les autres étaient plus faibles et vulnérables que lui. L’impulsion donnée par la renommée et par leur situation ne pouvait les aider qu’indirectement. Alors, ils buvaient ou bien se mettaient au lit pour n’en plus se lever. Encore une fois, tout se passait comme s’il existait quelque effrayant mystère biologique produit par l’union de ce tisseur et de cette fille de maçon. Quelque chose d’inexplicable, qui les remplissait d’effroi, qui les hantait tous. De quelque façon que ce fût, apparemment, qu’ils fussent ou non coupables, chacun de leurs enfants dut payer une impitoyable rançon. »


Avez-vous déjà essayé d'écrire une chanson ?
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- A Touch of Frost
- Night Frost, 1992, Constable, London (1995, Bantam, New York)
- Frost at Christmas
- Hard Frost
- Winter Frost
"Si nous sommes incapables d'aimer, c'est peut-être parce que nous désirons être aimés, c'est-à-dire que nous voulons quelque chose de l'autre (l'amour), au lieu de venir à lui sans revendications et ne vouloir que sa simple présence."
"La nuit dernière, je me suis assis là. Toute la nuit, je suis demeuré assis à cet endroit, dans l'attente d'éprouver quelque chose. Elle était ma femme ; elle était mourante et je ne pouvais rien ressentir pour elle. Dieu sait combien il y a d'années que les choses ont commencé à mal tourner pour nous. Quand nous avons découvert que nous ne pouvions pas avoir d'enfants, elle a simplement changé. Nous avons changé. Elle est devenue une femme d'intérieur implacablement fière. Tout devait être nettoyé, propre et rangé. Vous auriez dû me voir à cette époque. J'avais mon travail. Je suis un flic des rues. J'appartiens à tout ceci. Mais ce n'était plus assez bien pour elle désormais. Elle attendait de moi que j'obtienne une promotion, que je sois ambitieux, que je fasse quelque chose de ma vie. Elle voulait que je lui donne un motif d'être fière, voyez-vous. Et elle n'a eu que moi. Elle en est arrivée à être déçue à la fin. Je le sais. J'en suis venu à retarder le moment de rentrer chez moi, afin de ne pas voir cet air de déception sur son visage. Et puis j'ai cessé de rentrer chez moi. Je sais que je n'avais aucune excuse. De toute façon... J'ai... J'ai rencontré quelqu'un d'autre. Pourquoi pas ? Je m'étais décidé à quitter ma femme. Le jour même où j'ai trouvé le courage de le lui annoncer, son médecin m'a appelé au poste. "Elle a un cancer. Dix-ans mois d'espérance de vie." Elle avait toujours eu des ennuis avec son estomac. Elle pensait que c'était nerveux, ou ceci ou cela. Quoi qu'il en fût, elle voulut savoir. Elle espérait qu'elle pourrait faire face. Elle parla sans détours. Elle s'accrocha à moi pour la première depuis des années. Elle tremblait de la tête aux pieds. "Tu prendras soin de moi, Billy ? Tu prendras soin de moi, Billy ?" Je lui ai répondu qu'évidemment je serai là pour elle. Je suis sorti et je me suis saoulé. Et j'étais encore saoul quand je me suis retrouvé face à ce dingue qui avait un revolver. Et, avant qu'ils n'aient pu m'en empêcher, je marchais vers lui. Savez-vous à quoi je pensais ? La seule chose qui m'occupait l'esprit était la suivante : "Vas-y, pauvre con, bute-moi ! Finir comme ça ou autrement..." Et pour cet éclatant acte d'héroïsme, j'ai obtenu une médaille. Je pense que c'était le plus beau jour de sa vie pour ma femme. Elle se tenait à côté de moi, à Buckingham Palace. J'avais un haut de forme. Finalement, j'avais accompli quelque chose dont elle pouvait être fière. Et je n'étais même pas là quand elle est morte. Elle aurait apprécié. "Même maintenant, tu me laisses tomber, Billy. On ne peut jamais te faire confiance."
Ce roman aux dimensions d’une longue nouvelle est un classique du genre et, peut-être, la meilleure histoire de fantômes jamais écrite à ce jour, bien qu’il ne s’agisse pas exactement de revenants. Ou, si tel est le cas, pas dans le sens où vous seriez susceptibles d’entendre immédiatement ce dernier terme. Les reliques de nos souvenirs et de nos inconscients peuvent donner naissance à des revenants, sans même oser parler du retour du refoulé – expression que l’on peut mettre au pluriel…Amenabar s’en est inspiré pour son film Les autres,

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[Affiche Scribner's pour le lancement du roman de Barrie...]
Catégories: Billet dédié à Cinnamon, qui a rappelé à ma mémoire, hier, ce personnage qui apparut pour la première fois dans Sweeney Todd, le barbier démoniaque de Fleet Street.
Je me réfère, entre autres sources souvent contradictoires, à ma précieuse (mais parfois fautive) Encyclopaedia of Fantastic Victoriana pour vous livrer quelques bribes de son histoire.
Le personnage est issu d’une série de penny dreadfuls
(dont mon bien-aimé Barrie était friand dans sa jeunesse) et il est assez difficile d’attribuer une paternité à cette créature. Il aurait été créé, selon l’auteur de cette encyclopédie, par James Malcom Rymer et Alfred S. Burrage. Rymer créa d’autres vilains : Claude Duval, Edith Tarleton et Varney le Vampire – et, possiblement, Blueskin. Burrage, de son côté, était l’un des créateurs de Spring-Heeled Jack.
D’autres attribuent la naissance du personnage (et celle de Varney) à l’écrivaillon Thomas Prest. En tout état de cause, les prémices de l’histoire apparurent pour la première fois, sous forme de feuilleton, dans The People’s Periodical, le 21 novembre 1846. La première histoire se nommait « Le collier de perles : une histoire d’amour ».
L’histoire est alors censée se dérouler aux alentours de 1785. Le barbier Sweeney Todd a engagé un nouvel apprenti, Tobias Ragg. Il l’éduque de manière à ce que ce dernier lui obéisse en tous points. Un jour, un marin, Thornhill, en balade dans Londres, s’arrête devant sa boutique, dans l’idée de se faire raser. L’ami de Thornhill est récemment décédé et il vient dans la capitale pour annoncer la nouvelle à son épouse et lui donner un collier de perles de grand prix. Il commet l’erreur de montrer le collier au barbier… qui le tue ! L’apprenti tiendra sa langue car Sweeney le menace, lui et sa mère.
La voisine de Sweeney, Mrs. Lovett, vend des tartes à la viande. Ils ont des rapports ambigus. Tandis que des hommes ne ressortent jamais de la boutique de Sweeney, les tartes à la viande de Mrs. Lovett sont de plus en plus délicieuses… Mais, au bout d’un certain temps, la plantureuse voisine se lasse de tout ceci et fait un brin chanter Sweeney, qui tentera de l’assassiner. Elle aidera donc, par souci de vengeance, la police à l’attraper et celui-ci finira à Newgate, fou, hanté par les fantômes de ses victimes, avant d’être pendu.
Je suis persuadée que Hitchcock aurait adoré en faire un film. Le Hitch de La Corde ou celui de la série télévisée. Mélanger la mort à la nourriture, l'idée n'est pas nouvelle, mais toujours aussi perturbante et révélatrice du monstre qui sommeille en nous.
L’histoire très réjouissante et au demeurant fort macabre de ce serial killer a été mise sur la scène, par George Dibdin Pitt, avant de devenir une comédie musicale, qui se joue encore à Broadway. Cette dernière a été composée par Stephen Sondheim sur le livret de Hugh Wheeler, adapté de la pièce de Christopher Bond.
L’expression « Sweeney Todd » est un argot cockney, qui consiste à remplacer un mot par une locution qui rime avec ce mot. « Sweeney Todd » désigne la « Flying squad » (brigade volante) londonienne.
- Thirty Day Princess (1934) : réalisé par Marion Gering, avec Sylvia Sidney.
- Kiss & Make Up (1934) : un film de Harlan Thompson.
- Wings in the Dark (1935) : réalisation de James Flood, avec Myrna Loy (très marquée par son rôle dans la succulente série de films The thin man, elle retrouvera Cary plusieurs fois dans sa carrière, avec les films Mr. Blandings Builds His Dream House et The Bachelor and the Bobby-Soxer )!
- Big Brown Eyes (1936) : un film de Raoul Walsh, qui fera une longue carrière, comme chacun sait.
- Wedding Present (1936) : réalisé par Richard Wallace, où il retrouve sa partenaire du film précédent, Joan Bennett...
La filmographie de Cary Grant n'aura plus aucun secret pour vous si vous adoptez ce livre : chaque film est détaillé à l'extrême. Le ton est impersonnel, le livre a l'aspect d'un mémoire dactylographié sur une vieille machine à écrire, mais le contenu est en béton armé. Une référence à posséder impérativement.
Quelques chapitres...
Les roses du Pays d'Hiver
Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.
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- Holly Golightly
- Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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