jeudi 4 octobre 2007
Ce matin, dans ma boîte aux lettres, parmi diverses photographies de Cary Grant, acquises lors d'enchères, et le coffret de la saison 5 de Moonlighting, une jolie surprise m'attendait : un volume de la Bibliothèque Rouge des Moutons Electriques, celui consacré à Maigret, qui succède entre autres à Sherlock Holmes, à Arsène Lupin et à Hercule Poirot, déjà parus.
Ce tome devrait sortir sous peu en librairie, en compagnie d'un volume James Bond. Je ne puis que vous conseiller de les acquérir. Non pas parce que j'ai eu l'insigne honneur de collaborer au volume Maigret - très modestement d'ailleurs, je le précise -, afin d'y parler de deux de mes personnages de fiction préférés, L'inspecteur Frost et L'inspecteur Morse, mais parce que chacun de ces volumes représente une somme, abondamment illustrée, pour qui s'intéresse au personnage mis sur la sellette ou simplement pour celui qui aimerait découvrir l'univers du personnage et ses satellites. A ma connaissance, il n'existe pas en France beaucoup d'équivalents à cette maison d'édition en matière d'originalité, tant éditoriale que conceptuelle - car, en plus de leurs autres qualités, les livres édités sont beaux. Quelque chose de délicieusement artisanal, dans le sens le plus noble que j'accorde à ce mot, préside à leur fabrication.
Merci à André-François Ruaud, qui a créé et dirige cette maison d'édition pour ces cadeaux.
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Littérature
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Littérature
mardi 2 octobre 2007
... je vous écris ces quelques lignes.
Faites-lui bon accueil.
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Miscellanées
Ma belle amie Fauna, la reine des royaumes sombres, parce que, justement, elle n'est que lumière, guide mes pas depuis que je ne suis plus ici. Je travaille dans un théâtre d'ombres et me plais à m'imaginer sous les traits d'un horloger des viscères littéraires ou d'un docteur des revenants. Viennent, dans ma retraite, me rendre régulièrement visite Jim, Mélanie, Siréneau, Marie, et l'irrésistible Robert qui traverse la Manche en imagination.
J'ai le sentiment, quoi qu'il advienne, d'avoir conquis une terre inconnue en moi. Apprendre une langue étrangère (le chinois, souvenez-vous) et se découvrir un second cœur, siamois du premier, par le contact d'un violon, voici qui était encore improbable lorsque j'ai déposé mes premières brassées de roses ici. Notre existence colimaçonne plus qu'on ne l'imagine. A chaque fois que je me visse dans un lieu, je m'enfonce toujours davantage. Un petit cran supplémentaire et je découvre, émerveillée, une autre profondeur à ce monde. Je vis en spirale.
J'ai reçu des témoignages trop chaleureux, trop nombreux, parfois de personnes inattendues (je songe, en particulier, à un réalisateur et à une femme écrivain que les bourrasques d'automne ont poussé jusqu'ici et qui ont pris la peine de m'écrire pour m'encourager), depuis que j'ai soufflé aux quatre vents les pages de cet album, pour ne point me donner des petits pinçons de regrets d'avoir fermé la porte de ce JIACO. Non pas que je juge que cette très petite chose faite de mots, de sons et d'images ait une utilité pour moi ou pour les autres. Au contraire, ce serait sa contingence qui lui donnerait son sens. J'aime les paradoxes apparents, qui révèlent leur vérité lorsqu'ils sont deux fois pensés. Mais, voilà, je sens poindre comme une peur et un remords affreux : négliger ceux avec qui j'ai tissé des liens d'amitié. En témoignent les courriels orphelins, qui attendent une réponse qui tardera encore faute de temps. Alors, ce billet est un gage de fidélité pour ceux qui ne m'oublient pas (l'incomparable Jean-Christophe, ma précieuse amie E., Xavier, Alexandre, Wictoria, Jean-Claude, Nicolas, Simonne, Claire et bien d'autres... sans omettre Frédéric, qui ne sait pas à quel point je suis heureuse d'avoir fait sa connaissance. Je vous engage à lire son premier roman dont je parlerai un jour. Son journal, en devenir, est ici.)
Je pense également à vous, n'en doutez jamais. Je vous demande pardon de ne pouvoir sortir du brouillon de mes phrases pour vous dire tout ce que mon esprit porte de tendresse pour vous.
Le volume Barrie devrait paraître en septembre 2008 et il me reste encore beaucoup à faire. Et ceci n'est que le profil du monstre apprivoisé qui habite mes jours.
Je profite de ce passage ici, pour partager avec vous une très belle photographie envoyée de nouveau par Sandrine Sénéchal. Qu'elle soit remerciée de tout coeur ! Elle est notre Marraine et découvre toujours de jolis petits trésors.
[Cliquez pour agrandir l'image.]
Elle me précise qu'elle a été prélevée dans les archives du San Fransisco Examiner et que cette photographie de presse, en date de 1931, est identifiée par cette légende : "Marion Clayton as Peter Pan and Mary Jane Higby as Wendy at the Currau, Jan 6."
Incidemment, je promets à tous les lecteurs du site Barrie des mises à jour importantes avant la fin de l'année et l'ouverture de "La Société des amis de James Matthew Barrie", société qui sera franco-britannique. D'ores et déjà, ceux qui veulent adhérer à ce "Club" peuvent m'écrire avec leurs coordonnées postales à cette adresse.
Il me paraît aussi intéressant de mettre en exergue cet article consacré au père de Barrie, déniché par le merveilleux Andrew Birkin.
Il me paraît aussi intéressant de mettre en exergue cet article consacré au père de Barrie, déniché par le merveilleux Andrew Birkin.
[Cliquez pour agrandir l'image.]
Dans cet article, il est question de la figure paternelle de Jamie que j'ai depuis le premier jour ressentie comme absente, pour ne pas dire porteuse d'un silence très significatif. Je l'ai toujours plus ou moins identifiée avec celle du père de Tommy dans le roman éponyme : un contour vide. Cet article nous présente une autre image du père : un homme cultivé, vif d'esprit, voire admirable. Barrie aurait tiré de lui sa douceur, son aspect délicat et sa force tranquille. Cependant, ceci ne suffit pas à réformer mon jugement sur l'influence sans partage exercée par la mère sur le génie en devenir que fut ce petit garçon qui écrivait des histoires dans son grenier. Mais ceci constitue, sans nulle doute, un petit contrepoids à l'opinion reçue, de même que le père semble avoir été le faible antidote à l'amour probablement excessif d'une mère pour son fils.
Je me suis éloignée du motif premier de ce billet d'outre-tombe.
Je me suis éloignée du motif premier de ce billet d'outre-tombe.
Le problème en question est un problème de temps (une journée hollyesque est une course éperdue, une fièvre de cheval, un échec permanent car je ne fais pas le dixième de ce qui était prévu) et un problème de frontière, celle entre l'intériorité et l'extériorité de mon univers fantasmatique. Gageons un instant que je puisse dans le futur tout concilier, lorsque j'aurai pris un peu de distance. Et j'entends mon ami Jim dire qu'énoncer ce jour équivaut à penser au jamais.
Entre toujours et jamais.
"La nuit, quand le pendule de l’amour balance entre Toujours et Jamais,
Ta parole vient rejoindre les lunes du cœur et ton œil bleu d’orage tend le ciel à la terre."
Paul Celan
La conséquence de ce qui précède en serait l'écriture de quelques billets que je posterais ici, de temps à autre. On ferait comme si j'avais fermé la porte de la cave et comme si, néanmoins, de temps en temps, s'échappait de dessous la porte des effluves rémanents de mon univers intérieur. Sans rien compromettre d'autre. Gratuitement, épisodiquement. Des raptus, des impromptus. Je ne suis pas là, mais la porte est entrebâillée.
Aujourd'hui, mon dessein était simplement de vous signaler la naissance du journal de mon ami Jean-Sébastien.
Il m'a offert l'un des plus beaux cadeaux que l'on puisse offrir à une amie de M. Barrie, l'ombre de Peter Pan qui orne mon "Musée Barrie".
Faites-lui bon accueil.
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« Lait noir de l'aube nous le buvons le soir
nous le buvons midi et matin nous le buvons
la nuit
nous buvons nous buvons
nous creusons une tombe dans les airs on n'y
est pas couché à l'étroit
Un homme habite la maison il joue avec les
serpents il écrit
il écrit quand vient le sombre crépuscule en
Allemagne tes cheveux d'or Margarete
il écrit cela et va à sa porte et les étoiles
fulminent il siffle ses dogues
il siffle pour appeler ses Juifs et fait creuser
une tombe dans la terre
il ordonne jouez et qu'on y danse. »
Paul Celannous le buvons midi et matin nous le buvons
la nuit
nous buvons nous buvons
nous creusons une tombe dans les airs on n'y
est pas couché à l'étroit
Un homme habite la maison il joue avec les
serpents il écrit
il écrit quand vient le sombre crépuscule en
Allemagne tes cheveux d'or Margarete
il écrit cela et va à sa porte et les étoiles
fulminent il siffle ses dogues
il siffle pour appeler ses Juifs et fait creuser
une tombe dans la terre
il ordonne jouez et qu'on y danse. »
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Libellés :amitié,d'outre-tombe,fragment du journal de bord
vendredi 27 juillet 2007
Ce matin, en allant lire l'article consacré à J. M. Barrie, je m'aperçois que les auteurs ont allégrement pompée ma présentation biographique, présente sur mon site et sur Wikipédia, sans me citer, bien entendu... Ils se sont contentés de tourner les phrases un peu différemment.
Un exemple, parmi d'autres, de la piraterie avérée :
"Les didascalies de Barrie, dans ses pièces, sont parfois plus fructueuses que le dialogue lui-même. Il s'est en effet montré très doué pour trouver les meilleurs effets scéniques et pour présenter des personnages. Les éléments sentimentaux et fantasques de son oeuvre continuent aujourd'hui encore à alimenter un malheureux malentendu sur la valeur de son oeuvre."
(Ma version...)
Version actuelle dans Universalis : "Les indications scéniques que donne Barrie sont quelquefois plus intéressantes que ses dialogues. Il maîtrise en effet parfaitement les contraintes du théâtre et sait camper à merveille un personnage, mais son goût pour le sentimentalisme et les traits d'esprit continuent malheureusement de faire de l'ombre à son vrai talent."
Le plus drôle, c'est que l'on sent très bien que ceux qui ont écrit l'article - il n'est pas signé d'ailleurs... - ne connaissent rien de Barrie... Parce que, comme je m'en explique ailleurs, ce sentimentalisme est bien particulier et certainement pas ce que l'on entend ordinairement par ce mot. Sorti du contexte, cela prend un tout autre sens...
La seule solution, peut-être, pour coincer les plagiaires, est de glisser dans mon travail de petites erreurs ou des inventions de moi seule connues, afin d'apporter des preuves éclatantes de leur fourberie. Je l'ai déjà fait par ailleurs...
Je leur ai écrit. Je n'escompte pas de réponse. Simplement, je tiens à le signaler, parce que je trouve le procédé particulièrement douteux. De la part de particuliers, je suis malheureusement habituée, mais une grossière indélicatesse venant d'une telle "institution" a de quoi m'accabler. A quoi bon offrir mon travail si on le pille ?
Un exemple, parmi d'autres, de la piraterie avérée :
"Les didascalies de Barrie, dans ses pièces, sont parfois plus fructueuses que le dialogue lui-même. Il s'est en effet montré très doué pour trouver les meilleurs effets scéniques et pour présenter des personnages. Les éléments sentimentaux et fantasques de son oeuvre continuent aujourd'hui encore à alimenter un malheureux malentendu sur la valeur de son oeuvre."
(Ma version...)
Version actuelle dans Universalis : "Les indications scéniques que donne Barrie sont quelquefois plus intéressantes que ses dialogues. Il maîtrise en effet parfaitement les contraintes du théâtre et sait camper à merveille un personnage, mais son goût pour le sentimentalisme et les traits d'esprit continuent malheureusement de faire de l'ombre à son vrai talent."
Le plus drôle, c'est que l'on sent très bien que ceux qui ont écrit l'article - il n'est pas signé d'ailleurs... - ne connaissent rien de Barrie... Parce que, comme je m'en explique ailleurs, ce sentimentalisme est bien particulier et certainement pas ce que l'on entend ordinairement par ce mot. Sorti du contexte, cela prend un tout autre sens...
La seule solution, peut-être, pour coincer les plagiaires, est de glisser dans mon travail de petites erreurs ou des inventions de moi seule connues, afin d'apporter des preuves éclatantes de leur fourberie. Je l'ai déjà fait par ailleurs...
Libellés :James Matthew Barrie,miscellanées
mercredi 18 juillet 2007
29 septembre 2005 - 18 juillet 2007.
827 billets.
Et tous ceux que je voulais écrire : sur Méliès, sur l'opéra, sur Louis Malle, sur l'oeuvre de Bergman, Fanny et Alexandre, sur quelques livres aimés trop fort, sur la vieillesse et le suicide... Mais il faut savoir mettre un point final. La perfection et l'entièreté ne sont pas humains. Pourtant, le principe du journal est de donner l'illusion que le lendemain peut racheter la veille et que l'on peut indéfiniment corriger le texte de notre existence. J'ai pris beaucoup de plaisir à gribouiller ce néant. J'ai rencontré quelques magnifiques personnes avec qui, je le sais, je vais poursuivre la route ; oui, je le sais. J'écris ces mots pour les autres, qui viendront peut-être me lire, trop tard, au hasard d'une recherche sur Google, par exemple.
La première page que nous lisons est aussi la dernière écrite, du moins en ce qui concerne ce genre de journal. Quant à notre propre journal, celui de notre mémoire... Il n'est peut-être pas si différent.
Après presque deux ans d'écriture quasi quotidienne, je ferme les portes et les commentaires. Cependant, si vous aviez oublié de me dire quelque chose, si d'aventure vous faisiez ma connaissance après mon départ, vous pourriez toujours m'écrire à mon adresse électronique. Et Holly G. n'est pas morte, même si elle préfère désormais qu'on l'appelle Céline-Albin Faivre.
Je continue mon travail sur le site de James Matthew Barrie, qui n'en est qu'à ses balbutiements, malgré une année d'existence. Il reste tout à faire. Le plus urgent : un plan pour se retrouver dans ce labyrinthe de pages cachées au regard immédiat. Il a proliféré sur les côtés, comme une plante tordue, qui manque d'un tuteur et ne cesse de croître au hasard des rayons du soleil, bien que de manière peut-être peu visible. Partout où sera prononcé le nom de cet homme, à qui je me consacre, vous aurez la chance (ou le risque !) de me trouver, car je me suis engagée à tout traduire de lui et je le ferai, quand bien même ce génie d'écrivain demeurerait encore longtemps inconnu des français. Les causes perdues sont les plus belles à défendre, les seules peut-être qui vaillent que l'on s'offre sans partage ni arrière-pensées.
Je vous annonce même la prochaine création d'une Société des amis de James Matthew Barrie, ouverte à tous. Nous travaillons à cette naissance. L'année prochaine, je me rendrai aux îles Hébrides et à Black Lake Cottage, afin de poursuivre mon pélerinage barrien et je partagerai avec vous cette nouvelle étape.
J'enrichirai aussi La chasse au Snark, ma page consacrée à Lewis Carroll, car j'explore sa vie, son oeuvre, ses journaux... et cette envie de le faire encore mieux connaître est présente dans mon coeur. Mais cela se fera en fonction du temps qui me sera accordé. En dents de scie, avec l'irrégularité des jours qui ne se ressemblent jamais.
Je termine avec les premiers mots qui ont inauguré ce journal, afin de boucler le cercle de l'éternel retour. Ils prennent aujourd'hui une autre valeur : "Dieu nous a donné la mémoire afin que nous ayons des roses en décembre."
mardi 17 juillet 2007
"When I get it the only thing that does any good is to jump into a cab and go to Tiffany's. Calms me down right away."
Je cherchais une image un peu symbolique pour clôturer ce JIACO. Il demeurera un moment recouvert de points de suspension, comme s'il était atteint de rougeole (une maladie infantile, on le sait !) ou bien comme si le soleil avait fait germer sur lui une myriade d'éphélides, tant que je n'aurai pas terminé trois travaux majeurs - m'autorisant néanmoins des exceptions et des incursions barriennes si nécessaire. Mais je ne reviendrai pas de longtemps et, pour cette raison, bientôt je fermerai les commentaires, comme si je tirais un peu plus les volets pour me mettre à l'ombre.
Certains magasins français commercialisent cette merveille,
qui me semble - à tort ou à raison - d'origine allemande. Des paravents à l'effigie d'Audrey Hepburn et, ici, du personnage de Holly Golightly.
J'aurais pu choisir un de ceux qui mettent en scène Marilyn. Elle aurait pu être Holly, du moins dans l'esprit de Truman Capote... Certaines images d'elle sont, néanmoins, selon moi, mal choisies pour orner ces toiles sur châssis, mais j'aime beaucoup celle-ci :
Certains, mixtes, comportent une face Marilyn et une face Audrey. "M. Golightly" m'a offert, ce matin, celui qui s'accorde avec le pseudonyme sous lequel je sévis depuis septembre 2005. Je ne lui ai pas encore trouvé de place dans la maison mais il ne demeurera pas dans mon bureau (Cf. la photographie) bien longtemps...
Si vous me cherchez, je suis derrière. Belle manière de conclure, puisque ce JIACO est (était) aussi un paravent derrière lequel j'ai pu jouer et, presque malgré moi, apprendre à être vraie.
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Libellés :Holly Golightly
jeudi 12 juillet 2007
Après la douleur exquise d'un ancien chagrin d'amour,
ressorti de la naphtaline - car les artistes, qu'ils soient ou non écrivains au sens strict, sont tous des ordures qui portent leurs chagrins à la banque" (René Fallet) -, nous observons à nouveau, en voyeur, et par procuration, "la fin d'une liaison".
[Cliquez sur l'image pour l'agrandir...]
Quelques vidéos :
(La catalogue de l'exposition est en vente.)
À mon tour, je vous dis : "Prenez soin de vous."
D'un courriel de rupture, qui se terminait par ces mots un peu lâches et d'une trop généreuse ou précieuse politesse : "Prenez soin de vous", Sophie Calle a donné naissance à une oeuvre, exhibée à la Biennale de Venise, cette année. Je la soupçonnerais presque d'avoir inventé ce courriel... Elle a soumis cette lettre électronique à des regards de femmes (qui exercent toutes des professions diverses), afin d'autopsier ce chagrin d'amour et, peut-être, de crucifier celui qui est présenté - très injustement - comme un "goujat". Si ce courriel n'est pas une invention, j'y verrai peut-être un manque d'élégance et, en même temps, une audacieuse manière de cautériser la peine de la part de Sophie Calle. Etrangement, j'ai plus de sympathie et d'admiration pour la personne qui a écrit ces mots de rejet que pour toutes les expositions autour de cet objet ou cadavre, cette relique d'une relation qui m'apparaît demeurer très loin de ce sentiment vivant que je nomme amour.
Karl Lagarfeld, l'insupportable maniéré, pathétique caricature d'une autre époque, prix Nobel minuscule de fausseté (je ne parle pas de ses créations, mais du personnage qu'il exhibe en société), a créé cette "robe de rupture" pour Chanel, portée par la toute aussi impossible Claudia S. - trop belle pour l'être vraiment... que l'on peut admirer dans la boutique Chanel de Venise.
[Cliquez sur l'image pour l'agrandir...]
Sophie Calle : "Il y a deux ans et demi, j’ai effectivement reçu une lettre de rupture. Je m’étais déjà aperçue que jouer avec les événements de ma vie m’aidait à prendre de la distance, à m’adapter aux situations douloureuses. Je me suis donc emparé de cette lettre. Et cela a marché : le projet artistique a vite remplacé le manque. L’idée m’a tellement excitée que j’ai eu quasiment peur que cet homme revienne. Pour la Biennale, j’ai donc demandé à des femmes d’interpréter la lettre en fonction de leur profession. La correctrice corrige les fautes de ponctuation, la cruciverbiste fait une grille de mots croisés, la criminologue dresse un portrait-robot de l’auteur, la chasseuse de têtes se demande si elle l’embaucherait, la médiatrice familiale tente une réconciliation, la championne de tir à la carabine vise chaque fois le mot « amour » (...)"
L'interprétation ou analyse que j'ai préférée est celle d'une latiniste qui a mis en exergue une faute syntaxique - ma foi, bien pardonnable - à défaut de pouvoir fustiger une possible faute morale de la part du déserteur...
Quelques vidéos :
(La catalogue de l'exposition est en vente.)
À mon tour, je vous dis : "Prenez soin de vous."
Libellés :Biennale de Venise,Sophie Calle,Venise
mardi 10 juillet 2007
Paradiso Spezzato. Hommage à Ezra Pound (enterré d'ailleurs dans le si beau cimetière de Venise), qui "essaya d'écrire le paradis". Une vision et un art de l'impossible qui ne peuvent s'exercer que fragmentaires.
Merveille au pavillon espagnol de la Biennale de Venise : le travail du cinéaste José Luis Guerín. Au beau milieu de tant de fumisteries que l'on nomme art par incapacité à éprouver et à penser, par paresse et bêtise, cette poésie du mouvement, cette chasteté des gestes, cette outrecuidance de l'inconnu vous brisent les arêtes du coeur. Les femmes que l'on ne connaît pas, que l'on suit dans la rue ou que l'on observe à la terrasse d'un café. Ces femmes, qui sont filles, mères, amantes, vierges ou putes. D'aujourd'hui et d'hier, qui ne sont que réponses les unes pour les autres à une question non formulée.
Merveille au pavillon espagnol de la Biennale de Venise : le travail du cinéaste José Luis Guerín. Au beau milieu de tant de fumisteries que l'on nomme art par incapacité à éprouver et à penser, par paresse et bêtise, cette poésie du mouvement, cette chasteté des gestes, cette outrecuidance de l'inconnu vous brisent les arêtes du coeur. Les femmes que l'on ne connaît pas, que l'on suit dans la rue ou que l'on observe à la terrasse d'un café. Ces femmes, qui sont filles, mères, amantes, vierges ou putes. D'aujourd'hui et d'hier, qui ne sont que réponses les unes pour les autres à une question non formulée.
Libellés :Biennale de Venise,Venise
"Hélas, j'aurais aimé te rejoindre, et c'est toi qui me rejoindras. C'est ainsi que les musées historiques me procurent un malaise insurmontable : les berceaux y sont toujours vides, et les tombes pleines, vases communiquant à sens unique."
Sans Vanessa - dont le jugement et les goûts m'importent - je ne l'aurais jamais lu. J'ai croqué la pomme, hier après-midi, rageant devant l'impossibilité d'égaler le style, l'implicite et le défendu, les pleins et les déliés de cette oeuvre dont je ne peux rien dire sinon vous lire un extrait significatif. Quelle beauté ! Quelle innocence ! Quel érotisme délicat ! Il n'y a que les sots qui y verront de la perversité. En avant, pour cette lecture promise ! Oui, j'ai bafouillé, car je ne lis bien que silencieusement et je n'ai pas envie de paraître meilleure que je ne suis en vous offrant une voix qui ne trébuche pas ici et là. Une seule prise et à Dieu vat ! Je n'ai qu'un regret : que l'auteur ne soit pas davantage reconnu. Aimez ce livre et songez que "toute grande personne ternit tout ce qu'elle touche, si elle ne redevient enfant."
Et moi de conclure avec cette image, découverte sur internet, qui m'enchante, par sa subversion et son humour.
Libellés :littérature française
lundi 9 juillet 2007
J'ai ramené un peu des Zattere dans mes mains. Personne ne le sait, mais c'est sur les Zattere, que, symboliquement, j'ai choisi une des voies, qui sera mienne jusqu'à ma mort. Les vidéos sont de mauvaise qualité. Ne laisse pas ta vision intérieure de cette longue allée se troubler par mes pauvres images. Les Zattere affrontent fièrement la beauté de l'île de la Giudecca (que j'aime tant) qui leur fait face, au loin. La réalité est plus belle que les rêves, pour une fois, et je ne t'offre ici qu'un reflet terni, affaibli, du vrai. Comme dans la Caverne de Platon... Un jour, peut-être, marcherons-nous côte à côte sur ce drapé de Venise, sans nous parler, nous contentant d'échanger, un instant, nos ombres, en guise de salut et de reconnaissance. (Privilège insigne, la voix de M. Golightly, que je ne prête à personne...)
Sur l'île de la Giudecca. Je regarde au loin. Lorsque la caméra se retourne, on aperçoit les Zattere.
Et, en hommage à Corto Maltese, qui n'avait pas de ligne de chance, et qui s'en traça une au rasoir, un arrêt près de ce pont particulier, qui se trouve dans le Ghetto
et sur lequel le lecteur de Fable de Venise peut se reposer.
Celui qui concerne Corto est, en fait, un véritable guide de Venise, littéraire et pratique, excellent en tout point. L'autre vaut par les mots de Barrès, qui est proche de mon coeur.
Il ne faudrait point oublier l'un des plus beaux textes jamais écrits, Venises de Paul Morand.
Libellés :Corto Maltese,Venise; Zattere
dimanche 8 juillet 2007
Sophie Calle est l'une des rares artistes contemporaines dont je m'enquiers toujours. Je me rends à ses expositions, je conserve ses catalogues, je la suis à distance, sans fièvre mais avec plaisir et intérêt. Elle et Raymond Depardon (avec San Clemente, par exemple) ont fait de leur vie l'œuvre que j'aurais aimé être ou la création que j'aurais souhaité extirper de moi-même.
Imaginez ma joie d'apprendre qu'elle était présente, par deux fois, à la Biennale de Venise !
Une présence discrète mais forte au pavillon italien, présentée dans ce petit billet. Je vous parlerai ensuite de son exposition principale, au pavillon français, moins tragique...
La mort de sa mère, mise en scène et, néanmoins, bien réelle. La main qui relève le drap, après s'être assuré de l'arrêt de la respiration en cherchant le souffle disparu sur sa bouche.
Imaginez ma joie d'apprendre qu'elle était présente, par deux fois, à la Biennale de Venise !
Une présence discrète mais forte au pavillon italien, présentée dans ce petit billet. Je vous parlerai ensuite de son exposition principale, au pavillon français, moins tragique...
La mort de sa mère, mise en scène et, néanmoins, bien réelle. La main qui relève le drap, après s'être assuré de l'arrêt de la respiration en cherchant le souffle disparu sur sa bouche.
Sophie Calle a toujours joué entre le réel et l'imaginaire, jusqu'à ce que les deux se confondent, jusque dans l'oeuvre de Paul Auster.
Est-elle allée trop loin dans cette exhibition de la mort de sa mère ?
A mes yeux, certainement non. Je ne me serais même pas posé la question si je n'avais pas assisté à des réactions de rejet et de dégoût. Sophie Calle exprime l'impossibilité de saisir cet instant ultime, ce non-être, ce passage. Rien de plus, rien de moins. La mort ne concerne de toute façon que les vivants.
Agrandissez les images ci-dessous, qui vous donnent une vision de la première des deux pièces qu'elle occupait.
Préambule :
Est-elle allée trop loin dans cette exhibition de la mort de sa mère ?
A mes yeux, certainement non. Je ne me serais même pas posé la question si je n'avais pas assisté à des réactions de rejet et de dégoût. Sophie Calle exprime l'impossibilité de saisir cet instant ultime, ce non-être, ce passage. Rien de plus, rien de moins. La mort ne concerne de toute façon que les vivants.
Agrandissez les images ci-dessous, qui vous donnent une vision de la première des deux pièces qu'elle occupait.
Préambule :
Jeunesse éternelle :
De la vie à la mort :
Le dernier mot prononcé :
Mise en abyme :
Une jeune femme assise, dans la seconde pièce, et qui contemple le film qui passe en boucle - sur lequel est gravé l'insaisissable instant du départ.
Le film (extrait):
Et, si vous n'avez pas peur de la mort - « C'est parfois la peur de la mort qui pousse les hommes à la mort », disait Épicure - , je vous conseille une expérience dérangeante : ici (merci à Nicolas, pour le lien).
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Libellés :Biennale de Venise,Sophie Calle,Venise
Du temps ! Serveur, donnez-moi du temps ! Non, même les agiles du Florian ne peuvent satisfaire ce désir. Je les connais tous, ou peu s'en faut, par leur prénom. Du temps ! Il m'en faudra un peu, au moins une semaine pour montrer tout ce que mon coeur porte en lui de Venise.
Je décharge ici quelques excroissances de mon imaginaire.
Je puis me montrer studieuse,
même en ce lieu, sous l'égide et l'oeil peu étonné d'un des musiciens, qui nous revoit d'année en année, dans cette ville où les gens ne font que passer, où peu retournent, et où les véritables amateurs ne viennent jamais l'été - à cause de la densité de la population à cette époque. Ils ont tort : Venise est belle à toutes les saisons ; en été, malgré la horde de touristes, il y a des couleurs que l'on ne retrouve pas aux autres saisons, plus douces. Pourtant, je hais la chaleur et les êtres humains, surtout en nombre.
Venise est le palais de tous les artistes. Elle en porte les marques. Ici, Mozart...
Ailleurs, le lieu des amours désordonnées de George Sand :
Quelques traces de mon cher Henry James...
Le Palais Barbaro, façade arrière :
Vue de cet endroit :
Façade avant du Palais Barbaro :
Plus prosaïquement, on vit ici comme partout dans le monde.
Il est des endroits qui me glacent de désir, comme la boutique de ce relieur austère, qui vend des livres que je volerais sans scrupules, si j'étais malhonnête.
Un fac-similé de l'édition carrollienne d'Alice...
Et une édition avec des illustrations d'Arthur Rackham, le bien-aimé :
Les rues qui s'échappent en courant du quartier de la Fenice recèlent quelques belles boutiques pour l'enfant que je suis :
Une fée violette à la peau verte retiendra les battements de mon coeur :
Par un tour de passe-passe, elle se retrouve chez nous...
J'ai toujours adoré ces petits théâtres en carton :
Et les délicats personnages, I Pupi (je confesse en avoir adopté un ) :
Il n'a pas encore trouvé sa place dans mon bureau :
Finalement, nous lui avons trouvé un compagnon ...
Après un tour en gondole...
... j'ai ramené, comme chaque année, une paire de pantoufles de gondolier (ils n'en portent plus mais sacrifient tristement à la modernité, en osant d'odieuses chaussures Nike ou autres), achetées chez le seul vendeur digne de ce nom, dans le quartier du Rialto :
Deux pieds gauches, puisque, traditionnellement, les chaussons n'ont pas de préférence... Cela tombe bien, je n'ai pas de pieds et peut-être est-ce la raison de mon légendaire manque d'équilibre.
Libellés :Venise
J'aime beaucoup Nicolas Cauchy. D'abord par son écriture, puis par cette élégance que l'on devine assez facilement. Mon modèle, mon étalon-mesure est Cary Grant, alors...
J'aime aussi me tromper un peu sur les êtres, moi que l'on dit souvent intuitive, et l'auteur demeure devant moi un mystère non fissuré. Ce n'est pas une pose. Il est ainsi. Je ne dirai rien de plus. Je ne sais pas très bien qui il est et je pressens une discrétion que mes mots pourraient fatalement mettre mal à l'aise. Il est un écrivain que j'ai envie de retrouver d'un livre l'autre, qui n'en est qu'au début de son chemin. Il a également prononcé quelques mots magiques dans certains courriers personnels. Mais je parle de l'écrivain, le reste a moins d'importance.
Je l'ai connu à la faveur d'une expérience inédite qu'il a imaginée autour de son premier roman, dont j'ai parlé ici.
Le deuxième va bientôt paraître mais, par enchantement, il s'est retrouvé entre mes mains et j'ai eu la folle envie de l'emmener avec moi, en voyage, afin de lui faire prendre l'air. Le précédent roman avait un délicat parfum (une énigme non résolue à ce jour), lorsque j'ai humé les pages. Celui-ci aura l'odeur de la Sérénissime.
L'auteur nous dévoile les coulisses de la création de cette histoire sur un autre journal en ligne : ici. Vous pouvez aussi vous rendre sur son site officiel où il vous en parlera mieux que moi. Quant à Holly G., elle compte bien partager avec vous les états d'âme de sa lecture (brisons le suspense d'emblée : son livre est fortement aimé - sinon il n'y aurait pas lieu d'en toucher mot ici ) après sa suite vénitienne, et avant le grand sommeil de la Belle au Bois Dormant... Je dirais presque à l'auteur, comme Fanny Ardant à son nègre, dans le film de Lelouch précédemment évoqué, que je crève de jalousie face à ce livre. "Envie" est plutôt le mot qui convient, la jalousie ne se mesurant qu'entre personnes que l'on peut supposer d'une certaine égalité, et lui et moi ne sommes pas du même rang. Hélas, mille fois hélas, pour moi. A l'envie, je préfère l'admiration, car je n'ai d'autre ambition que d'avoir bon goût.
Dans cette attente de vous dire tout de ce livre, le tout de Holly, une facétie pour Nicolas Cauchy, en vidéo. Pardon pour la qualité de l'image, mais vous me pardonnerez, car j'ai offert de belles vacances à votre roman (il a visité tous les endroits de Venise cher à mon coeur de midinette) et tous n'ont pas cette chance ! A bientôt.
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Catégorie :
Littérature
Libellés :littérature française,Nicolas Cauchy,Venise
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