mardi 10 juin 2008
... pour mon JIACO... ou pour son auteur.

Sérieusement, ces lignes de Deleuze, que je recopie ici, expriment parfaitement ma (pauvre) conception de l'écriture, celle qui traverse le geste philosophique autant que le geste romanesque (et je dirais jusque dans la saine vulgarité de l'écriture "bloguesque"). Et de me souvenir, sourire carnassier aux lèvres, de mes premières années de philosophie, lorsqu'un professeur de faculté me fit la remarque, qui devait sonner comme cinglante à ses propres oreilles, que je ne pouvais pas lire le Nietzsche de Deleuze, car Deleuze "deleuzait" tout ce qu'il pensait et écrivait, sans comprendre visiblement que son intérêt et son génie étaient précisément là... et que la connaissance objective, neutre (si une telle monstruosité est possible), de Nietzsche n'avait aucune espèce d'intérêt pour moi (autant ne lire que Nietzsche et mettre au pilon tous les ouvrages critiques ou de présentation) .
Je ne voulais pas - et ne le veux toujours pas - que l'on m'explique mais que l'on vive et que l'on brûle de ce qu'on lit devant moi, ou au moins d'essayer.
Je ne voulais pas - et ne le veux toujours pas - que l'on m'explique mais que l'on vive et que l'on brûle de ce qu'on lit devant moi, ou au moins d'essayer.
«Des enfants dans le dos, c'est lui [Nietzsche] qui vous en fait. Il vous donne un goût pervers (que ni Marx ni Freud n'ont jamais donné à personne, au contraire) : le goût pour chacun de dire des choses simples en son propre nom, de parler par affects, intensités, expériences, expérimentations. Dire quelque chose en son propre nom, c'est très curieux ; car ce n'est pas du tout au moment où l'on se prend pour un moi, une personne ou un sujet, qu'on parle en son nom. Au contraire, un individu acquiert un véritable nom propre, à l'issue du plus sévère exercice de dépersonnalisation, quand il s'ouvre aux multiplicités qui le traversent de part en part, aux intensités qui le parcourent. Le nom comme appréhension instantanée d'une telle multiplicité intensive, c'est l'opposé de la dépersonnalisation opérée par l'histoire de la philosophie, une dépersonnalisation d'amour et non de soumission. On parle du fond de ce qu'on ne sait pas, du fond de son propre sous-développement à soi. On est devenu un ensemble de singularités lâchées, des noms, des prénoms, des ongles*, des choses, des animaux, de petits événements (...) traiter l'écriture comme un flux, pas comme un code. » (p.16, je souligne)
* Les ongles de Deleuze, dont je reparlerai un jour, et qu'il évoque d'une manière qui me bouleverse dans le livre cité, au gré d'une lettre à un connard de "critique" - en est-il d'autres ?
{Petit billet dédié à Virginia.}
Libellés :carnet de relecture,Deleuze
{Suite à un incident technique, en date de décembre 2011, toutes les captures d'écran du DVD, qui illustraient ce billet, ont été perdues...}
Un ami très cher m'a offert ce film lors du dernier Noël. J'ai mis un certain temps à en parler, tant je fus touchée par cette histoire et surtout par la manière dont elle est racontée, sans fausse pudeur ni sensiblerie déplacée. Etant une personne plus distanciée avec ses émotions qu'il n'y paraît, il ne m'est guère facile d'analyser ce qui parle autant de moi, car bien sûr le personnage féminin du film, la petite fille, Addie, c'est moi... Oh si ! Il aurait fallu me connaître lorsque j'avais son âge pour s'en rendre compte...
Un ami très cher m'a offert ce film lors du dernier Noël. J'ai mis un certain temps à en parler, tant je fus touchée par cette histoire et surtout par la manière dont elle est racontée, sans fausse pudeur ni sensiblerie déplacée. Etant une personne plus distanciée avec ses émotions qu'il n'y paraît, il ne m'est guère facile d'analyser ce qui parle autant de moi, car bien sûr le personnage féminin du film, la petite fille, Addie, c'est moi... Oh si ! Il aurait fallu me connaître lorsque j'avais son âge pour s'en rendre compte...
Peter Bogdanovich, dont je ne sais pas grand-chose, signe ici un chef-d'oeuvre. Je n'ai pas peur du mot, tant ce film est parfait. C'est l'un des dix films qu'il faut avoir vus avant de passer de vie à trépas.
Rien de moins.
Paper Moon est un film qui possède une certaine crudité (dans le langage, dans la réalité évoquée sans fards) et une cruauté affirmée, bien que l'histoire soit présentée sous le mode éveillé de la comédie - galonnée de drames, bien sûr, mais qui s'inscrivent seulement en filigrane - et bien qu'elle adresse une franche déclaration d'amitié au bonheur de vivre sans rien omettre de la nature du réel (deuil, pauvreté, exploitation réciproque des êtres humains, prostitution, bêtise...).
Les premières secondes du film donnent toute la mesure du film, pendant lequel le spectateur ne cesse d'être saisi de surprise et d'émotion, car l'attente ordinaire, tant au niveau des situations que des personnages, est déçue. Mais quelles belles "désillusions" nous offre ce film magnifique ! Le titre, lui-même, finalement, évoque cette ambivalence.
Vivre, malgré tout, et ne pas renoncer. Valeurs incarnées avec force et entêtement par la jeune héroïne haute en couleurs de ce road-movie à travers le Kansas et sur lesquelles vont venir se fissurer, mais point trop s'en faut, la désinvolture et le cynisme de l'adulte (Ryan O'Neal dans le rôle de Moses Pray), qui est davantage enfant que la fillette (Tatum O'Neal dans le rôle d'Addie). Lui, il ne songe qu'à survivre au jour le jour sur un fond de crise économique assez terrible (en escroquant à la Bible de luxe ceux qui sont moins malins que lui, sans tenir compte s'ils ont ou non les moyens de se faire arnaquer), tandis que la jeune enfant cherche à construire dans la durée un semblant de foyer. Mais elle renoncera à ce confort (à cette illusion ?), à la fin du film, car ce personnage incarne d'abord la liberté.
Ces Bonny and Clyde des grands chemins - ils auront maille à partir avec des policiers plus ou moins véreux et joueront aux bootleggers ! - cherchent avant tout à sauver leur peau et à rester ensemble (Addie veut demeurer avec celui qu'elle choisit pour père, qu'il le soit ou non; Moses, lui, demeure plus opaque quant à ses réels sentiments). Addie manifeste ce supplément d'âme - qui est autant compassion qu'intelligence - qui lui permet d'être parfois Robin des Bois (faisant payer les riches et favorisant les pauvres), tandis que son père de pacotille a pour but immédiat sa propre sauvegarde et la jouissance immédiate ; il ne fait pas dans le sentiment. L'époque ne s'y prête pas et il ne feint pas la générosité qui est, cependant, peut-être sienne. La force du film est de laisser la réponse en suspens.
La perfection, c'est le simple.
Rien de moins.
Paper Moon est un film qui possède une certaine crudité (dans le langage, dans la réalité évoquée sans fards) et une cruauté affirmée, bien que l'histoire soit présentée sous le mode éveillé de la comédie - galonnée de drames, bien sûr, mais qui s'inscrivent seulement en filigrane - et bien qu'elle adresse une franche déclaration d'amitié au bonheur de vivre sans rien omettre de la nature du réel (deuil, pauvreté, exploitation réciproque des êtres humains, prostitution, bêtise...).
Les premières secondes du film donnent toute la mesure du film, pendant lequel le spectateur ne cesse d'être saisi de surprise et d'émotion, car l'attente ordinaire, tant au niveau des situations que des personnages, est déçue. Mais quelles belles "désillusions" nous offre ce film magnifique ! Le titre, lui-même, finalement, évoque cette ambivalence.
Addie est une jeune orpheline de neuf ans. Le film s'ouvre sur l'enterrement - scène magistrale, filmée avec distance, ironie et une émotion ajournée, décapitée, mais, paradoxalement, plus présente que si elle était exprimée - de sa mère (une entraîneuse de bar ?) et la grossière et bruyante entrée en scène d'un homme qui pourrait être son père, qui est très certainement son père, mais qui jamais ne l'admettra pendant la durée du film, sinon par le biais du jeu de rôle (il fait passer Addie pour sa fille, quand il veut flouer des gens).
Cette attitude est d'ailleurs très révélatrice du personnage, qui ne peut pas se solidifier ni dans un lieu ni dans sa vérité intime - veut-il seulement la lire ou est-il lâche au point d'être aveugle à lui-même ? Ou bien n'est-il pas grand-chose de plus que ce qu'il donne à voir et à penser ? - et qui agit et pense à travers une persona ?Vivre, malgré tout, et ne pas renoncer. Valeurs incarnées avec force et entêtement par la jeune héroïne haute en couleurs de ce road-movie à travers le Kansas et sur lesquelles vont venir se fissurer, mais point trop s'en faut, la désinvolture et le cynisme de l'adulte (Ryan O'Neal dans le rôle de Moses Pray), qui est davantage enfant que la fillette (Tatum O'Neal dans le rôle d'Addie). Lui, il ne songe qu'à survivre au jour le jour sur un fond de crise économique assez terrible (en escroquant à la Bible de luxe ceux qui sont moins malins que lui, sans tenir compte s'ils ont ou non les moyens de se faire arnaquer), tandis que la jeune enfant cherche à construire dans la durée un semblant de foyer. Mais elle renoncera à ce confort (à cette illusion ?), à la fin du film, car ce personnage incarne d'abord la liberté.
Ces Bonny and Clyde des grands chemins - ils auront maille à partir avec des policiers plus ou moins véreux et joueront aux bootleggers ! - cherchent avant tout à sauver leur peau et à rester ensemble (Addie veut demeurer avec celui qu'elle choisit pour père, qu'il le soit ou non; Moses, lui, demeure plus opaque quant à ses réels sentiments). Addie manifeste ce supplément d'âme - qui est autant compassion qu'intelligence - qui lui permet d'être parfois Robin des Bois (faisant payer les riches et favorisant les pauvres), tandis que son père de pacotille a pour but immédiat sa propre sauvegarde et la jouissance immédiate ; il ne fait pas dans le sentiment. L'époque ne s'y prête pas et il ne feint pas la générosité qui est, cependant, peut-être sienne. La force du film est de laisser la réponse en suspens.
La perfection, c'est le simple.
Le simple est un état presque impossible à atteindre dans le domaine de l'écriture romanesque ou cinématographique. J'ai mis des années à le comprendre.
Simple n'est pas le contraire de complexe. Le simple, c'est au contraire la complexité comprise et exposée au niveau subatomique de l'émotion et de la réflexion.
Simple n'est pas le contraire de complexe. Le simple, c'est au contraire la complexité comprise et exposée au niveau subatomique de l'émotion et de la réflexion.
Ce film illustre parfaitement ce que peut être le simple, synonyme de vérité et de profondeur, par opposition à la mièvrerie qui flatte l'hypoderme des consciences.
On peut extraire n'importe quelle scène du film pour illustrer mon propos. Notamment, celle du chantage, où Addie somme son "père" de lui rendre les 200 dollars qu'il a réussi à tirer du frère de celui qui a causé la mort de sa mère ou bien de la garder avec lui. Ou il lui donne son argent ou il admet qu'il est son père. N'ont-ils pas la même mâchoire ? Cette scène d'une extraordinaire drôlerie est d'une richesse qui n'est pas perceptible instantanément. On ne remarque d'abord que l'aplomb hors du commun de l'enfant, mais divers points de vue sont dissimulés dans ce passage et lui donnent une épaisseur que l'on ne comprend qu'en revoyant la scène.
On peut extraire n'importe quelle scène du film pour illustrer mon propos. Notamment, celle du chantage, où Addie somme son "père" de lui rendre les 200 dollars qu'il a réussi à tirer du frère de celui qui a causé la mort de sa mère ou bien de la garder avec lui. Ou il lui donne son argent ou il admet qu'il est son père. N'ont-ils pas la même mâchoire ? Cette scène d'une extraordinaire drôlerie est d'une richesse qui n'est pas perceptible instantanément. On ne remarque d'abord que l'aplomb hors du commun de l'enfant, mais divers points de vue sont dissimulés dans ce passage et lui donnent une épaisseur que l'on ne comprend qu'en revoyant la scène.
Addie est spéciale. Petite créature androgyne, qui fume à son âge - l'adulte n'essaie pas de la dissuader - et qui vit à travers une émission de radio et a pour modèle Roosevelt...
... va peu à peu se féminiser, dans l'espoir de séduire cet homme avec qui elle voyage... et qui n'est intéressé que par des "poules".
Mais l'homme est aveugle à ses tentatives... et pendant qu'elle se fait "offrir" une barbe à papa avec l'une des techniques de vol apprises de Moses, sacrifiant ainsi à l'enfance qu'elle subvertit pourtant dans le geste même, son "père" va reluquer une danseuse plus ou moins vêtue.
Et il refusera de poser avec elle sur la photo, avec une lune de papier en arrière-plan, rejetant ce sentimentalisme qui n'a aucune raison d'être dans leur relation.
Dans n'importe quel autre film, le spectateur aurait eu droit à une "réparation" de ce tort fait à une enfant. Pas ici et c'est très bien ainsi : ont-ils besoin de cela ? Ils ont le réel pour eux et le make-believe est sans effet. Ni faux-semblants ni moraline. Tout le contraire, avec éclat ! Le propos est à la fois dur et beau, parce que leur relation s'inscrit dans une vérité qui refuse les illusions, qui n'a pas les moyens des illusions, et qui pour cette seule raison a tous les espoirs de s'épanouir et de durer. Les maîtres de l'illusion, ce sont eux : Moses pavane devant les gens et leur vend des exemplaires dorés de la Bible - Dieu n'est-il pas la plus grande escroquerie de l'humanité ? - et arbore des accessoires luxueux ; Addie, joue de son physique d'enfant pour attendrir, et déjà la femme perce sous ses attributs de l'enfance.
Au cours de leur voyage - dont le but affiché est d'amener Addie chez sa tante biologique -, il rencontreront un personnage féminin, une caricature de femme légère et sans attaches, qui pioche dans la bourse des hommes et se fait sauter pour 25 dollars. Image possible de la mère perdue et que l'on suppose aimante, image ternie et déformée, que va effacer Addie.
Personnage léger, vulgaire, qui inspire la commisération, Trixie Delight (Madeline Kahn), ne fera donc pas le poids face à Addie, qui se débarrassera en un tour de mains de cette rivale sans cervelle.
Et ces deux-là pourront sans doute poursuivre leur route ensemble...
Mais l'homme est aveugle à ses tentatives... et pendant qu'elle se fait "offrir" une barbe à papa avec l'une des techniques de vol apprises de Moses, sacrifiant ainsi à l'enfance qu'elle subvertit pourtant dans le geste même, son "père" va reluquer une danseuse plus ou moins vêtue.
Et il refusera de poser avec elle sur la photo, avec une lune de papier en arrière-plan, rejetant ce sentimentalisme qui n'a aucune raison d'être dans leur relation.
Dans n'importe quel autre film, le spectateur aurait eu droit à une "réparation" de ce tort fait à une enfant. Pas ici et c'est très bien ainsi : ont-ils besoin de cela ? Ils ont le réel pour eux et le make-believe est sans effet. Ni faux-semblants ni moraline. Tout le contraire, avec éclat ! Le propos est à la fois dur et beau, parce que leur relation s'inscrit dans une vérité qui refuse les illusions, qui n'a pas les moyens des illusions, et qui pour cette seule raison a tous les espoirs de s'épanouir et de durer. Les maîtres de l'illusion, ce sont eux : Moses pavane devant les gens et leur vend des exemplaires dorés de la Bible - Dieu n'est-il pas la plus grande escroquerie de l'humanité ? - et arbore des accessoires luxueux ; Addie, joue de son physique d'enfant pour attendrir, et déjà la femme perce sous ses attributs de l'enfance.
Au cours de leur voyage - dont le but affiché est d'amener Addie chez sa tante biologique -, il rencontreront un personnage féminin, une caricature de femme légère et sans attaches, qui pioche dans la bourse des hommes et se fait sauter pour 25 dollars. Image possible de la mère perdue et que l'on suppose aimante, image ternie et déformée, que va effacer Addie.
Personnage léger, vulgaire, qui inspire la commisération, Trixie Delight (Madeline Kahn), ne fera donc pas le poids face à Addie, qui se débarrassera en un tour de mains de cette rivale sans cervelle.
Et ces deux-là pourront sans doute poursuivre leur route ensemble...
En tout cas, Addie finira, par la grâce de son intelligence extrême et de sa sensibilité, par demeurer auprès de lui, plus librement peut-être (afin qu'il la choisisse, elle, pour ce qu'elle est, et non pas par devoir), par renoncer à être sa fille, pour n'être qu'Addie.
Filmé dans les années soixante-dix, le film reprend avec une grande intelligence, et seulement en apparence, pour mieux les dévoyer, les codes des films des années 30-40, manifestant par là une nostalgie décalée, peut-être plus poignante et sincère que bien d'autres... Le film joue en permanence sur l'idée d'une certaine innocence affichée que ne manifestent à aucun moment les personnages, pas même Addie - très au fait des choses de la vie, même les plus vulgaires, et plus maligne que son père lorsqu'il s'agit de faire des affaires...
Le film a été filmé en noir et blanc, sur une idée d'Orson Welles, ami du réalisateur.
[Cliquez sur mes captures d'écran pour les agrandir ; merci de ne pas les réutiliser...]
***************
Bonus : It's Only A Paper Moon par Cliff Edwards (merci à l'ami qui se reconnaîtra... et à qui est dédié ce billet). Une magnifique chanson qui porte dans ses plis l'idée d'une certaine Amérique, qui me plaît beaucoup. C'est un standard très célèbre et la chanson est reprise dans le film. (Cf. cette page pour tout savoir sur ce titre.)
I never feel a thing is real
When I'm away from you
Out of your embrace
The world's a temporary parking place
A bubble for a minute
Mmm, mm...
You smile, the bubble has a rainbow in it
When I'm away from you
Out of your embrace
The world's a temporary parking place
A bubble for a minute
Mmm, mm...
You smile, the bubble has a rainbow in it
Say it's only a paper moon
Sailing over a cardboard sea.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me.
Yes, it's only a canvas sky
Hanging over a muslin tree.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me.
Without your love
It's a honky tonk parade.
Without your love
It's a melody played in a penny arcade.
It's a Barnum and Bailey world,
Just as phoney as it can be.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me.
Without your love
It's a honky tonk parade.
Without your love
It's a melody played in a penny arcade.
It's a Barnum and Bailey world,
Just as phoney as it can be.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me
Sailing over a cardboard sea.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me.
Yes, it's only a canvas sky
Hanging over a muslin tree.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me.
Without your love
It's a honky tonk parade.
Without your love
It's a melody played in a penny arcade.
It's a Barnum and Bailey world,
Just as phoney as it can be.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me.
Without your love
It's a honky tonk parade.
Without your love
It's a melody played in a penny arcade.
It's a Barnum and Bailey world,
Just as phoney as it can be.
But it wouldn't be make believe
If you believed in me
Libellés :cinéma,enfance,enfants perdus
jeudi 5 juin 2008
Il est des êtres que l'on connaît, que l'on fréquente, que l'on aime et que l'on a l'impression, à chaque fois, de rencontrer pour la première fois, parce que le personnage ne perd jamais rien de son pouvoir de fascination sur vous. Je pense vous avoir déjà mon sentiment à ce sujet...
Cela m'est arrivé avec mon mari, avec quelques écrivains (Louis-Ferdinand Céline et James Matthew Barrie), avec certains philosophes (Kant et Hume), avec des acteurs (Cary Grant et James Stewart), avec des époques (victorienne !) ou des villes (New York, Londres et surtout Venise) et avec de rares amis. A chaque fois, je sais et je ne me trompe pas. Peut-être que je lis en eux quelque chose qui a été effacé en moi ou dissimulé à mon propre regard, mais la raison cachée de ce phénomène n'est pas cruciale, même si c'est mon propre mystère que j'essaie de déchiffrer par leur prisme. En revanche, le désir d'être "mesmérisée" à leur contact est violent et viscéral et je ne résiste pas.
Ulrich Mühe m'a fait cet effet-là, lorsque j'ai découvert La vie des autres.
Il est entré dans ma vie. Il est mort entre-temps. Mais cela n'a aucune espèce d'importance, vous le savez bien, puisque je suis toute dévouée à mes morts.
A la faveur du succès du film précité, Arte avait diffusé une portion des épisodes de la série qui l'avait fait le plus connaître dans son pays, Le dernier témoin, une série policière sans prétention (mais de qualité), où il interprète un médecin légiste, qui aime les femmes, mais est amoureux plus précisément d'une collègue qui joue au chat et à la souris avec lui (il est la souris), et père d'une fille rebelle.
Je suppose que les amateurs de séries américaines à la mode (par exemple, les fans du Docteur House, dont je ne suis pas - bien qu'amusée et enthousiasmée par les premiers épisodes, j'ai vite laissé tomber cette caricature débile de toubib misanthrope, qui possède moins de charisme que ma chienne percluse de rhumatismes et moins de véracité que moi dans le rôle d'une lectrice d'Anna G.) trouveront le propos fade, peu ambitieux et la série grisonnante. Nous ne adressons pas à ce public-là, qui a ses raisons et moi les miennes.
Je ne prétends pas qu'il s'agisse d'une série aussi géniale que le furent en leur temps Six Feet Under ou The Sopranos - deux exemples qui me servent d'étalon-mesure pour juger, a contrario, de l'affligeante production télévisuelle - mais, dans ses limites, cette série déploie une certaine intelligence des personnages, dont l'humanité est parfois bouleversante.
J'avais été irritée qu'Arte cesse la diffusion de la série, de manière très illogique (après l'avant-dernier épisode de la saison 4, si je me souviens bien), l'été dernier, et j'étais résolue à acquérir les DVD allemands (sans sous-titres, je précise pour ceux qui seraient intéressés et ne parleraient pas un mot d'allemand)
pour voir la suite et la fin de la série. Il semble, encore une fois, que la chaîne ne diffusera pas tous les épisodes disponibles, hélas.
Mais le docteur Kolmaar est de retour aujourd'hui. Alors, ce soir, sur Arte, regardez Ulrich Mühe et admirez l'acteur.
Aimez-le !
Le jeudi soir, jusqu'au 28 août.
Site allemand de la série : là.
Libellés :série télévisée,Ulrich Mühe
lundi 2 juin 2008
Je ne songe qu'au simple et entier mépris, ce sentiment de pure offense et de honte mordante que l'on peut ressentir face à une personne à la place de cette dernière, qui n'aurait jamais l'idée et la grandeur d'éprouver pour elle-même cette glaciation de la conscience. Le mépris est donc, dans quelques circonstances, le sentiment d'une noblesse non respectée en l'homme, d'un piétinement de ses possibles qualités (parfois, il est vrai, supposées à tort), et la colère du spectateur face à cette négligence d'autrui et à ce tort qu'il se fait d'abord à lui-même.
Il n'est pas non plus exclu de se mépriser un peu soi, en certaines occasions ; et, pour ce faire, de se tenir comme à distance respectueuse de son moi et de le juger sévèrement. Hygiène nécessaire et salvatrice tant qu'elle est tempérée par un amour-propre assez sûr, mais point trop, au risque de verser dans l'excès d'orgueil. Amour-propre que l'on prendra pour une saine estime de soi, qui n'est en rien redevable à la conception rousseauiste, bien au contraire.
Je prétends, par conséquent, que le mépris est un généreux bienfait que l'on accorde, lorsque ce mépris est profondeur et réflexion, et non l'expression d'une émotion superficielle ou déraisonnable.
C'est ainsi que je méprise un certain nombre d'êtres, non pas parce que je me sens supérieure à eux, mais parce que je les aime encore assez pour n'être point tentée de faire preuve du plus insolent (et parfois lâche) des cynismes à leur égard et parce que je ne suis pas encore tout à fait indifférente à leur sottise.
L'espoir de les voir s'améliorer, de s'élever jusqu'au faîte de leur être véritable, demeure en moi ; c'est ainsi que la fatale déception de cet idéal, en guise d'horizon, nourrit souvent mon mépris ; mais, jamais, n'effleure de trop près mon arrogance à aimer et à vivre au-dessus de mon apparente condition intellectuelle et sensitive.
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Mais on peut penser à mon antipode et concevoir ainsi le mépris - il est vrai, pour d'autres raisons que les miennes...
MÉPRIS, s. m. (Morale) L'amour excessif de l'estime fait que nous avons pour notre prochain ce mépris qui se nomme insolence, hauteur ou fierté ; selon qu'il a pour objet nos supérieurs, nos inférieurs ou nos égaux. Nous cherchons à abaisser davantage ceux qui sont au-dessous de nous, croyant nous élever à mesure qu'ils descendent plus bas ; ou à faire tort à nos égaux, pour nous ôter du pair avec eux ; ou même à ravaler nos supérieurs, parce qu'ils nous font ombre par leur grandeur. Notre orgueil se trahit visiblement en ceci : car si les hommes nous sont un objet de mépris, pourquoi ambitionnons-nous leur estime ? Ou si leur estime est digne de faire la plus forte passion de nos ames, comment pouvons-nous les mépriser ? Ne seroit-ce point que le mépris du prochain est plutôt affecté que véritable ? Nous entrevoyons sa grandeur, puisque son estime nous paroît d'un si grand prix ; mais nous faisons tous nos efforts pour la cacher, pour nous faire honneur à nous-mêmes.
De-là naissent les médisances, les calomnies, les louanges empoisonnées, la satyre, la malignité & l'envie. Il est vrai que celle-ci se cache avec un soin extrème, parce qu'elle est un aveu forcé que nous faisons du mérite ou du bonheur des autres, & un hommage forcé que nous leur rendons.
De tous les sentimens d'orgueil, le mépris du prochain est le plus dangereux, parce que c'est celui qui va le plus directement contre le bien de la société, qui est la fin à laquelle se rapporte l'amour de l'estime.
De-là naissent les médisances, les calomnies, les louanges empoisonnées, la satyre, la malignité & l'envie. Il est vrai que celle-ci se cache avec un soin extrème, parce qu'elle est un aveu forcé que nous faisons du mérite ou du bonheur des autres, & un hommage forcé que nous leur rendons.
De tous les sentimens d'orgueil, le mépris du prochain est le plus dangereux, parce que c'est celui qui va le plus directement contre le bien de la société, qui est la fin à laquelle se rapporte l'amour de l'estime.
[Encyclopédie de Diderot et d'Alembert]
En gage aimable de mon plus profond mépris à qui le mérite...
Libellés :miscellanées
dimanche 1 juin 2008
Lorsque que Berdiaeff, dans sa préface aux Frères Karamazov[1],
affirme de Dostoïevski que
« L’originalité de son génie était telle qu’il a pu, en analysant jusqu’au bout son propre destin, exprimer en même temps le destin universel de l’homme. »
et que
« (…) chez lui, nous voyons que le délire orgiaque, loin d’exclure la pensée, s’exerce sur elle, que ce sont les idées et leur dialectique qui suivent un rythme dionysiaque. Dostoïevski est grisé par les idées, car dans son œuvre les idées grisent ; mais, au milieu de cette ivresse, la finesse d’esprit ne s’émousse jamais. Ceux que n’intéresse pas cette dialectique, ce cheminement tragique de la pensée géniale de Dostoïevski, ceux qui ne voient en lui qu’un artiste ou un psychologue, ne le comprennent certainement pas. Car son œuvre entière est la solution d’un vaste problème d’idées. Le héros de L’Esprit souterrain, c’est une idée ; Raskolnikov est une idée ; une idée, Stavroguine ; Kirilov, Chatov, Verhovenski - des idées. Ivan Karamazov est une idée. Tous ces héros sont à la lettre engloutis par des idées ; ils en sont ivres. Ils ne parlent que pour développer leur dialectique idéologique. Tout tourne autour de ces « maudites questions éternelles ». Ce qui ne veut pas dire que Dostoïevski ait écrit des romans à tendance ou à thèse pour la propagation de telle ou telle idée précise. Non, les idées sont immanentes à son art, il découvre leur existence d’une façon purement artistique. Il est un écrivain « idéaliste » au sens platonicien du mot, et non dans l’acception peu sympathique dans laquelle il est pris habituellement par la critique. Dostoïevski conçoit les idées originelles, mais il les conçoit toujours en mouvement, dynamiques, dans leur destin tragique. Rappelons ces lignes qu’il écrivit modestement sur lui-même : « Je suis assez faible en philosophie (mais non pas dans mon amour pour elle, dans mon amour pour elle, je suis fort). » Faible pour la philosophie académique qui lui convenait mal, car son génie intuitif connaissait en ce domaine les véritables chemins. Il fut un vrai philosophe, le plus grand philosophe russe. Il a donné infiniment à la philosophie, et il semble que la spéculation philosophique doive être pénétrée de ses conceptions. L’œuvre de Dostoïevski apporte un tribut considérable à l’anthropologie philosophique, à la philosophie de l’histoire, de la religion, à la morale. Peut-être la philosophie lui a-t-elle pu appris, mais elle a beaucoup à lui prendre ; s’il lui abandonne les questions provisoires, en ce qui concerne les choses finales, c’est elle qui vit, déjà depuis de longues années, sous le signe de Dostoïevski. »
l’on ne peut que retrouver la conception schopenhauerienne de l’art et c’est cette conception qui est le germe de notre modeste pensée. Une conception qui s’oppose à l’idée selon laquelle l’art relèverait uniquement de "catégories affectives" [2] et dont serait émancipée toute philosophie (au contraire je crois que ces catégories-là sont en amont de toute pensée philosophique). Pour moi, le monde vécu est le monde senti, qui lui-même est le monde représenté par la pensée ; ces visages du réel ne se succèdent pas mais se superposent et ne sont que des variations du premier. Tout découpage est artificiel. L’auteur de cet article auquel je fais référence dans ma note [2] oppose comme il suit la philosophie et la littérature :
Mais le degré de cohérence de la pensée et sa systématisation, correspondant à l’application sur le réel de catégories logiques, qui sont censés définir la philosophie, suffisent-ils à épuiser le réel ? Comment comprendre, dans ces conditions, l’aphorisme philosophique, dont le style est l’une des composantes essentielles ? La philosophie, dans les œuvres littéraires, est-elle condamnée à n’être qu’un « sous-sol » implicite ? Qu’est-ce qui légitime cette évidente volonté de subordination de la littérature à la philosophie ? Cette perspective hégélienne, selon laquelle l’art, bien qu’il donne une représentation sensible des idées les plus hautes que l’homme soit capable de concevoir, est inférieur à la philosophie, parce que l’idée est plus profonde et a plus d’existence que sa représentation sensible nous semble participer de cette volonté de subordination. Nous voudrions la mettre en parallèle avec la conception schopenhauerienne. De plus, l’auteur de cet article déclare que la finalité de la philosophie est la vérité et celle de l’art la beauté ; toutefois, il ne peut répondre à cette objection, naïve dans sa simplicité, peut-être : la vérité ne peut-elle donc pas être belle ?
La pierre d’achoppement d’une telle confrontation réside dans le problème du fragment, de l’aphorisme. L’auteur de l’article ne distingue la citation littéraire, extraite d’une œuvre, de l’aphorisme que par le degré de généralité que contient le second, par la marque de l’organisme que porte en lui le fragment philosophique. La citation serait donc parcellaire, incomplète, dépendante quant à son sens de l’ensemble, tandis que l’aphorisme serait comme un précipité de la pensée de l’auteur. Or, nous voyons deux objections à cela : si nous faisons passer une citation littéraire pour un aphorisme aux yeux de cet auteur, il est douteux qu’il puisse au premier coup d’œil découvrir la supercherie, ce qui laisse entendre que la généralité et la marque de l’organisme peuvent être factices et ajoutées de l’extérieur. En outre, le style qui est une des composantes essentielles de l’aphorisme n’est-il pas l’expression de la plus pure des subjectivités?
Le jugement de goût kantien n'est-il pas singulier et universel ?
affirme de Dostoïevski que
« L’originalité de son génie était telle qu’il a pu, en analysant jusqu’au bout son propre destin, exprimer en même temps le destin universel de l’homme. »
et que
« (…) chez lui, nous voyons que le délire orgiaque, loin d’exclure la pensée, s’exerce sur elle, que ce sont les idées et leur dialectique qui suivent un rythme dionysiaque. Dostoïevski est grisé par les idées, car dans son œuvre les idées grisent ; mais, au milieu de cette ivresse, la finesse d’esprit ne s’émousse jamais. Ceux que n’intéresse pas cette dialectique, ce cheminement tragique de la pensée géniale de Dostoïevski, ceux qui ne voient en lui qu’un artiste ou un psychologue, ne le comprennent certainement pas. Car son œuvre entière est la solution d’un vaste problème d’idées. Le héros de L’Esprit souterrain, c’est une idée ; Raskolnikov est une idée ; une idée, Stavroguine ; Kirilov, Chatov, Verhovenski - des idées. Ivan Karamazov est une idée. Tous ces héros sont à la lettre engloutis par des idées ; ils en sont ivres. Ils ne parlent que pour développer leur dialectique idéologique. Tout tourne autour de ces « maudites questions éternelles ». Ce qui ne veut pas dire que Dostoïevski ait écrit des romans à tendance ou à thèse pour la propagation de telle ou telle idée précise. Non, les idées sont immanentes à son art, il découvre leur existence d’une façon purement artistique. Il est un écrivain « idéaliste » au sens platonicien du mot, et non dans l’acception peu sympathique dans laquelle il est pris habituellement par la critique. Dostoïevski conçoit les idées originelles, mais il les conçoit toujours en mouvement, dynamiques, dans leur destin tragique. Rappelons ces lignes qu’il écrivit modestement sur lui-même : « Je suis assez faible en philosophie (mais non pas dans mon amour pour elle, dans mon amour pour elle, je suis fort). » Faible pour la philosophie académique qui lui convenait mal, car son génie intuitif connaissait en ce domaine les véritables chemins. Il fut un vrai philosophe, le plus grand philosophe russe. Il a donné infiniment à la philosophie, et il semble que la spéculation philosophique doive être pénétrée de ses conceptions. L’œuvre de Dostoïevski apporte un tribut considérable à l’anthropologie philosophique, à la philosophie de l’histoire, de la religion, à la morale. Peut-être la philosophie lui a-t-elle pu appris, mais elle a beaucoup à lui prendre ; s’il lui abandonne les questions provisoires, en ce qui concerne les choses finales, c’est elle qui vit, déjà depuis de longues années, sous le signe de Dostoïevski. »
l’on ne peut que retrouver la conception schopenhauerienne de l’art et c’est cette conception qui est le germe de notre modeste pensée. Une conception qui s’oppose à l’idée selon laquelle l’art relèverait uniquement de "catégories affectives" [2] et dont serait émancipée toute philosophie (au contraire je crois que ces catégories-là sont en amont de toute pensée philosophique). Pour moi, le monde vécu est le monde senti, qui lui-même est le monde représenté par la pensée ; ces visages du réel ne se succèdent pas mais se superposent et ne sont que des variations du premier. Tout découpage est artificiel. L’auteur de cet article auquel je fais référence dans ma note [2] oppose comme il suit la philosophie et la littérature :
Philosophie | Littérature |
1) Théorie générale 2) Intention systématique 3) Discours organique 4) Transcender la subjectivité individuelle Lois 6) Abstractions conceptuelles 7) Démarche critique 8) Edification d’une pensée rationnelle à partir de principes clairs 9) Vérité conceptuelle 10) Vérité | 1) Singularité de l’expérience subjective 2) Irréductible originalité du vécu 3) Atome, parcelle, précipité 4) Retrouver l’universel dans le subjectif 5) Anarchie du sentiment 6) Concret 7) Illumination intérieure 8) Solidification du vécu dans un « tissage littéraire » 9) Véracité, authenticité 10) Beauté |
Mais le degré de cohérence de la pensée et sa systématisation, correspondant à l’application sur le réel de catégories logiques, qui sont censés définir la philosophie, suffisent-ils à épuiser le réel ? Comment comprendre, dans ces conditions, l’aphorisme philosophique, dont le style est l’une des composantes essentielles ? La philosophie, dans les œuvres littéraires, est-elle condamnée à n’être qu’un « sous-sol » implicite ? Qu’est-ce qui légitime cette évidente volonté de subordination de la littérature à la philosophie ? Cette perspective hégélienne, selon laquelle l’art, bien qu’il donne une représentation sensible des idées les plus hautes que l’homme soit capable de concevoir, est inférieur à la philosophie, parce que l’idée est plus profonde et a plus d’existence que sa représentation sensible nous semble participer de cette volonté de subordination. Nous voudrions la mettre en parallèle avec la conception schopenhauerienne. De plus, l’auteur de cet article déclare que la finalité de la philosophie est la vérité et celle de l’art la beauté ; toutefois, il ne peut répondre à cette objection, naïve dans sa simplicité, peut-être : la vérité ne peut-elle donc pas être belle ?
La pierre d’achoppement d’une telle confrontation réside dans le problème du fragment, de l’aphorisme. L’auteur de l’article ne distingue la citation littéraire, extraite d’une œuvre, de l’aphorisme que par le degré de généralité que contient le second, par la marque de l’organisme que porte en lui le fragment philosophique. La citation serait donc parcellaire, incomplète, dépendante quant à son sens de l’ensemble, tandis que l’aphorisme serait comme un précipité de la pensée de l’auteur. Or, nous voyons deux objections à cela : si nous faisons passer une citation littéraire pour un aphorisme aux yeux de cet auteur, il est douteux qu’il puisse au premier coup d’œil découvrir la supercherie, ce qui laisse entendre que la généralité et la marque de l’organisme peuvent être factices et ajoutées de l’extérieur. En outre, le style qui est une des composantes essentielles de l’aphorisme n’est-il pas l’expression de la plus pure des subjectivités?
Le jugement de goût kantien n'est-il pas singulier et universel ?
Libellés :carnet de lecture,notes,philosophie
lundi 19 mai 2008
Il y a longtemps que je me suis absentée. J'ai reçu beaucoup de courrier, glissé entre les fentes des volets.
Je vous la laisse découvrir :
Un petit arbre généalogique s'impose peut-être :
Robes de Charlotte :
Cabinet de travail de l'austère père Brontë :
Dans la salle à manger - ou petit salon (Jane Eyre et Wuthering Heights ont été écrits ici) :
La cuisine :
Maybe more later...
Je n'ai pas le temps de répondre. Pardon. Je lis, cependant, et je vous remercie, tous et toutes. Plus tard, je viendrai à votre rencontre, le temps d'une petite lettre manuscrite ou électronique.
Le temps, je n'en aurai jamais assez ; je devrais imaginer qu'il n'est qu'une fiction destinée à m'empêcher d'aller au bout de moi-même, afin que je ne sois jamais complète ni rassasiée. Je devrais lui rendre grâce, peut-être.
Le temps, je n'en aurai jamais assez ; je devrais imaginer qu'il n'est qu'une fiction destinée à m'empêcher d'aller au bout de moi-même, afin que je ne sois jamais complète ni rassasiée. Je devrais lui rendre grâce, peut-être.
Je ne suis pas encore guérie de l'existence.
Le voyage en Angleterre se range bientôt parmi les souvenirs, dans la naphtaline qui préserve les jolies choses, entre deux sachets de lavande fleuris, alors qu'il me reste encore tant à dire et à montrer et que d'autres voyages à "vocation cartographique" (je qualifie ainsi mes déplacements sur terre, puisque je pars toujours à la recherche de quelqu'un, d'un mort de préférence, et que j'en trace ainsi, en quelque sorte, la géographie intime et que je fais craquer les articulations des existences défuntes) se profilent sur la crête de l'horizon: l'Allemagne et l'Italie. La Bavière (Cher Ludwig II...) et Venise (mon escapade annuelle dans la Sérénissime). Me suivrez-vous jusque là ?
Mes herbiers sont vides. J'ai faim !
En attendant, mon très cher ami Robert a complété ce voyage chez les Brontë, à la faveur de déplacements personnels, puisqu'il s'est rendu à Penzance et qu'il m'a ramené des photographies de la maison natale de Maria Branwell, future mère des génies.
La maison est située au 25 Chapel Street. Le nom me fait tressaillir de joie.Je vous la laisse découvrir :
Un petit arbre généalogique s'impose peut-être :
J'ai scanné quelques photographies extraites du livre vendu au musée-presbytère de Haworth, afin de vous donner une idée des petites merveilles que l'on peut trouver dans cette demeure, qui paraît encore occupée par ses anciens habitants... Et peut-être est-ce d'ailleurs le cas...
Petits effets et silhouette de la tante Branwell, qui prit soin des enfants, tendrement et financièrement, après la mort de leur mère :
Petits effets et silhouette de la tante Branwell, qui prit soin des enfants, tendrement et financièrement, après la mort de leur mère :
Méridienne où Emily Brontë est supposée être passée de vie à trépas, à deux heures de l'après-midi, au mois de décembre de l'année 1848 :
Robes de Charlotte :
Cabinet de travail de l'austère père Brontë :
Dans la salle à manger - ou petit salon (Jane Eyre et Wuthering Heights ont été écrits ici) :
La cuisine :
Maybe more later...
Libellés :Angleterre,Brontë,voyage
samedi 10 mai 2008
L'homme, soudain, s'est excusé, puis il s'est baissé et sa main a frôlé et caressé la couverture verte du lac ; il a ramassé deux pommes de pin qu'il m'a tendues sans prononcer une parole.
Deux petits fragments d'un lieu qui n'existe que pour ceux qui y croient vraiment.
Elles ont rejoint mon musée Barrie et, bientôt, l'une d'entre elles quittera cette demeure... pour une autre qu'elle suppose tout aussi accueillante pour les esprits du temps passé.
« In Surrey, about a couple of miles to the south-east of Farnham, on the road which runs towards Tolford, an then on, over Frensham Common, to Hindhead. There it still stands, and still in the thick, scented pine-woods that grow on that sandy soil. » (The Story of J. M. B., Denis Mackail, London, Peter Davies, 1941, p.295)
C'est ici que je suis allée, le 28 avril 2008.
« LADY CAROLINE (with but languid interest). Where do you propose to take us?
PURDIE. To find a mysterious wood. (With the word 'wood' the ladies are blown upright. Their eyes turn to LOB, who, however, has never looked more innocent). »
« LOB (with a pout for the credulous). It is all nonsense, of course; just foolish talk of the villagers. They say that on Midsummer Eve there is a strange wood in this part of the country. »
« LOB (forced to the disclosure). They say that in the wood you get what nearly everybody here is longing for--a second chance. »
(Dear Brutus, J. M. Barrie)
*******
Pour comprendre l'importance - aux yeux de J. M. Barrie, puis au regard de ceux qui se soucient encore de lui - de Black Lake et de son cottage, il faut connaître un peu la vie et l'oeuvre du génie scots, qui était autant un écrivain qu'un créateur d'îles psychiques, parfois matérialisées dans l'ordinaire réel, sans que l'on sache qui, de l'endroit ou du créateur affamé, avait fait sien l'autre. Ces deux activités étaient d'ailleurs toujours liées en lui. À chaque livre correspondait une île. Ce serait lui faire tort que de ne point comprendre sa capacité à "mesmériser" autant les lieux que les êtres et à les incorporer dans son oeuvre, après les avoir infiltrés ou "barrienisés". S'il y a un secret du génie barrien, il se situe dans cette perfection à faire sien, qualité inestimable de notre auteur.
Cette aimantation, à des degrés moindres, est le propre de tous les écrivains, doués ou non, qui vivent toujours à la surface de leur conscience, faisant le guet pour attraper les histoires qui glissent ici et là, d'un monde à l'autre, comme les reflets, nombreux et contradictoires, qui agitent la surface de ce bien nommé "lac noir". En contemplant cette pièce d'eau, habitée quelquefois par un crocodile pas bien méchant et un cygne arrogant, on peut avoir le sentiment de fixer un visage maternel sur lequel dérive toute la gamme chromatique des émotions, de la colère à la tendresse ironique. Mais, du lac, je ne dirai mot, puisque l'endroit est secret et qu'il doit le demeurer... Mais d'île, dans les creux du lac, nous n'avons point trouvé - ni son propriétaire, ni les explorateurs passés... Mais l'île est un ensemble : le bois de pins, le lac et la maison. Black Lake est le parent du "lagon aux sirènes" de Peter Pan... Tous ces "mais" ne sont que les représentations symboliques et graphiques des failles de notre savoir.
Drôle d'aventure, n'est-ce pas ? Suis-je la même personne après avoir fait connaissance avec les lieux ? Que m'a dérobé le bois ? Il est encore trop tôt pour le dire. Pourvu que mon ombre soit toujours là. Je n'ose pas vérifier.
James Matthew Barrie parle de lui-même, dans un discours qu’il prononce devant un parterre de critiques d’art dramatique, et de sa passion pour les îles : « Quelquefois, il se peut que vous vous demandiez pourquoi j’écris tant au sujet des îles et, en effet, j’ai remarqué un certain énervement chez certains d’entre vous quant à ce sujet. Il y a plus d’îles dans mes pièces qu’aucun de vous ne peut en être conscient. Je suis rusé et je leur donne d’autres noms. Il y a une chose pour laquelle je suis très doué et cette chose s’est discrètement glissée dans une île. J’ose dire que ce sont ces îles qui font que vous vous méprenez à mon sujet. J’aurais l’impression d’avoir abandonné tout vêtement si je devais écrire sans une île. Maintenant pourrait-il y avoir une déclaration plus réaliste que celle-ci ? » À vous de voir si Barrie se moque ou non de vous. Il paraît sage, comme toujours avec lui, de prendre au pied de la lettre son propos et aussi d’en discerner la tranchante ironie. Personne ne pourrait exécuter plus élégant pied de nez que lui avec une telle lucidité sur son art et sa personne et, en même temps, avec une réelle élégance à ne point trop en dévoiler. Barrie mettra toujours les rieurs et les intelligents de son côté et c’est peut-être la raison pour laquelle les autres, qui ne comprennent pas, le boudent. On en deviendrait snob et méprisant devant tant de désintérêt de la part de ceux qui ignorent ce grand écrivain qui, très sincèrement, vous livre son secret tout en vous tenant à distance avec un humour rageur ! L’île est bien sûr le motif secret de son œuvre. À condition de comprendre ce qu’est cette île, qui est toujours la même et toujours différente, ne cessant d’apparaître pour mieux se dissoudre... À l'instar de Peter Pan, l'île n'a jamais un sens unique et permanent : sa signification se compose, pour une part, de ce que le lecteur ou spectateur lui offre.
C'est ainsi que Black Lake, le délicieux et mystérieux bois de pins et les alentours forment une île pour certains rêveurs lecteurs. Je le savais avant de m'y rendre et l'ai encore mieux compris lorsque mes pas se sont enfoncés dans cet endroit sableux, spectaculaire et discret.
Dans le plus grand des dangers et pourtant exaltée.
C'est ici que je suis allée, le 28 avril 2008.
« LADY CAROLINE (with but languid interest). Where do you propose to take us?
PURDIE. To find a mysterious wood. (With the word 'wood' the ladies are blown upright. Their eyes turn to LOB, who, however, has never looked more innocent). »
« LOB (with a pout for the credulous). It is all nonsense, of course; just foolish talk of the villagers. They say that on Midsummer Eve there is a strange wood in this part of the country. »
« LOB (forced to the disclosure). They say that in the wood you get what nearly everybody here is longing for--a second chance. »
(Dear Brutus, J. M. Barrie)
*******
Pour comprendre l'importance - aux yeux de J. M. Barrie, puis au regard de ceux qui se soucient encore de lui - de Black Lake et de son cottage, il faut connaître un peu la vie et l'oeuvre du génie scots, qui était autant un écrivain qu'un créateur d'îles psychiques, parfois matérialisées dans l'ordinaire réel, sans que l'on sache qui, de l'endroit ou du créateur affamé, avait fait sien l'autre. Ces deux activités étaient d'ailleurs toujours liées en lui. À chaque livre correspondait une île. Ce serait lui faire tort que de ne point comprendre sa capacité à "mesmériser" autant les lieux que les êtres et à les incorporer dans son oeuvre, après les avoir infiltrés ou "barrienisés". S'il y a un secret du génie barrien, il se situe dans cette perfection à faire sien, qualité inestimable de notre auteur.
Cette aimantation, à des degrés moindres, est le propre de tous les écrivains, doués ou non, qui vivent toujours à la surface de leur conscience, faisant le guet pour attraper les histoires qui glissent ici et là, d'un monde à l'autre, comme les reflets, nombreux et contradictoires, qui agitent la surface de ce bien nommé "lac noir". En contemplant cette pièce d'eau, habitée quelquefois par un crocodile pas bien méchant et un cygne arrogant, on peut avoir le sentiment de fixer un visage maternel sur lequel dérive toute la gamme chromatique des émotions, de la colère à la tendresse ironique. Mais, du lac, je ne dirai mot, puisque l'endroit est secret et qu'il doit le demeurer... Mais d'île, dans les creux du lac, nous n'avons point trouvé - ni son propriétaire, ni les explorateurs passés... Mais l'île est un ensemble : le bois de pins, le lac et la maison. Black Lake est le parent du "lagon aux sirènes" de Peter Pan... Tous ces "mais" ne sont que les représentations symboliques et graphiques des failles de notre savoir.
Drôle d'aventure, n'est-ce pas ? Suis-je la même personne après avoir fait connaissance avec les lieux ? Que m'a dérobé le bois ? Il est encore trop tôt pour le dire. Pourvu que mon ombre soit toujours là. Je n'ose pas vérifier.
James Matthew Barrie parle de lui-même, dans un discours qu’il prononce devant un parterre de critiques d’art dramatique, et de sa passion pour les îles : « Quelquefois, il se peut que vous vous demandiez pourquoi j’écris tant au sujet des îles et, en effet, j’ai remarqué un certain énervement chez certains d’entre vous quant à ce sujet. Il y a plus d’îles dans mes pièces qu’aucun de vous ne peut en être conscient. Je suis rusé et je leur donne d’autres noms. Il y a une chose pour laquelle je suis très doué et cette chose s’est discrètement glissée dans une île. J’ose dire que ce sont ces îles qui font que vous vous méprenez à mon sujet. J’aurais l’impression d’avoir abandonné tout vêtement si je devais écrire sans une île. Maintenant pourrait-il y avoir une déclaration plus réaliste que celle-ci ? » À vous de voir si Barrie se moque ou non de vous. Il paraît sage, comme toujours avec lui, de prendre au pied de la lettre son propos et aussi d’en discerner la tranchante ironie. Personne ne pourrait exécuter plus élégant pied de nez que lui avec une telle lucidité sur son art et sa personne et, en même temps, avec une réelle élégance à ne point trop en dévoiler. Barrie mettra toujours les rieurs et les intelligents de son côté et c’est peut-être la raison pour laquelle les autres, qui ne comprennent pas, le boudent. On en deviendrait snob et méprisant devant tant de désintérêt de la part de ceux qui ignorent ce grand écrivain qui, très sincèrement, vous livre son secret tout en vous tenant à distance avec un humour rageur ! L’île est bien sûr le motif secret de son œuvre. À condition de comprendre ce qu’est cette île, qui est toujours la même et toujours différente, ne cessant d’apparaître pour mieux se dissoudre... À l'instar de Peter Pan, l'île n'a jamais un sens unique et permanent : sa signification se compose, pour une part, de ce que le lecteur ou spectateur lui offre.
Si j'avais pénétré dans une photographie ou dans un paysage peint au lieu de le faire dans ce bois, je pense que j'aurais ressenti avec la même acuité le grain si fin et pourtant râpeux de l'atmosphère. Elle ponçait les fragments de ma peau disposée à l'étreinte du lieu.
J'étais nue. Mes émotions à découvert.Dans le plus grand des dangers et pourtant exaltée.
Un léger brouillard mousseux recouvre en permanence la cime des pins et vous dissimule au reste du monde. Vous savez que vous êtes entrés dans un ailleurs au moment même où vous vous retournez pour contempler d'un air désolé et ravi ceux qui sont restés à l'entrée.
Ce bois est celui dont Barrie disait, en s'adressant aux enfants Davies, qu'il était "le bois du faire-semblant où vous avez atteint l'arbre de la connaissance". Hélas. C'est pourquoi "il est le bois qui disparaît dès qu'on le cherche". Il est comme l'amour, en somme.
Il faut contempler les photographies du seul exemplaire survivant au monde de The Boy Castaways et lire les pages qui précèdent désormais la pièce Peter Pan, "To the Five - A Dedication" (faites-moi songer à en donner une traduction sur mon site), pour prendre la mesure de cet endroit et expliquer son pouvoir de fascination.
Il faut aussi songer à la douleur de la séparation qui allait affecter le couple Barrie - lui, surtout. Après leur divorce, Jamie ne reviendra jamais sur les lieux du crime, celui de sa femme délaissée qui a croisé le regard de Gilbert Cannan, Mary A—, cette actrice probablement pas très douée, qui a couvé son jardin comme un enfant — celui qu'elle n'aura jamais, lui permettant de s’agrandir démesurément, le façonnant sans cesse... Création continuée dont il ne reste pas grand-chose aujourd'hui, car la nature reprend ses droits et que rien n'est plus changeant qu'un jardin...
Innocence et cœur pur de ceux qui ne voient pas les mêmes choses que les autres.
Black Lake est à Barrie ce qu'est pour certains d'entre nous certain paradis perdu — paradis, parce que perdu. Mais la comparaison ferait long feu. Black Lake est un endroit mythique non seulement parce que Barrie a fait germer en cet endroit les fragments qui allaient donner naissance à Peter Pan, par le prisme de ses amitiés croisées avec Sylvia Llewelyn Davies et ses enfants, lors de ce "terrible été", mais aussi parce que le lieu lui avait volé quelque chose lors de la cristallisation de son imaginaire. Il y a toujours un sacrifice à faire pour que le mythe devienne éternel. Tous les artistes le savent et y consentent de bon gré.Il faut contempler les photographies du seul exemplaire survivant au monde de The Boy Castaways et lire les pages qui précèdent désormais la pièce Peter Pan, "To the Five - A Dedication" (faites-moi songer à en donner une traduction sur mon site), pour prendre la mesure de cet endroit et expliquer son pouvoir de fascination.
Il faut aussi songer à la douleur de la séparation qui allait affecter le couple Barrie - lui, surtout. Après leur divorce, Jamie ne reviendra jamais sur les lieux du crime, celui de sa femme délaissée qui a croisé le regard de Gilbert Cannan, Mary A—, cette actrice probablement pas très douée, qui a couvé son jardin comme un enfant — celui qu'elle n'aura jamais, lui permettant de s’agrandir démesurément, le façonnant sans cesse... Création continuée dont il ne reste pas grand-chose aujourd'hui, car la nature reprend ses droits et que rien n'est plus changeant qu'un jardin...
Entre les arbres du bois, on aperçoit le fameux cottage de James Matthew et de Mary A—.
La photographie ci-dessous montre le cottage à l'époque où Barrie et son épouse y vivaient. Le cliché est extrait du livre de Mary Ansell (Barrie) consacré à Black Lake Cottage. Dommage que les deux photographies n'aient pas été prises sous le même angle. Petit regret que mon fétichisme me pousse à émettre.
Au fond, Black Lake Cottage a toujours été son royaume. C’est elle qui l’a acheté.
Mais Blake Lake était sa possession à lui et il a rendu ce sombre et fascinant endroit mythique.
J'ai eu la chance de pouvoir visiter le cottage, qui, après avoir été un hôtel, a été scindé en deux maisons.
[Le copyright de ces photographies appartient aux propriétaires respectifs des deux maisons que je remercie pour leur bienveillance et leur immense patience. Je reproduis ces images avec leur permission et tout autre personne n'en possède pas le droit.]
Grâce au livre de Mary Ansell (Barrie), The Happy Garden, et à la sagacité de Robert, nous avons pu établir des lignes de démarcation entre l'ancien (ce qui appartenait à l'époque de Barrie) et le moderne.
Par exemple, j'ai pu retrouver l'endroit exact où était disposé le fauteuil de Barrie grâce à la photographie de cet article...
La cheminée que l'on entrevoit est toujours là, presque identique. Je pourrais poser la photo sur le mur et laisser le lieu actuel prolonger en hauteur et en largeur l'image gravée sur la feuille. C'est un grand bonheur d'avoir l'illusion de pouvoir s'approprier des lieux et une époque révolue, ne serait-ce qu'un instant...
Au fond, Black Lake Cottage a toujours été son royaume. C’est elle qui l’a acheté.
Mais Blake Lake était sa possession à lui et il a rendu ce sombre et fascinant endroit mythique.
J'ai eu la chance de pouvoir visiter le cottage, qui, après avoir été un hôtel, a été scindé en deux maisons.
[Le copyright de ces photographies appartient aux propriétaires respectifs des deux maisons que je remercie pour leur bienveillance et leur immense patience. Je reproduis ces images avec leur permission et tout autre personne n'en possède pas le droit.]
Grâce au livre de Mary Ansell (Barrie), The Happy Garden, et à la sagacité de Robert, nous avons pu établir des lignes de démarcation entre l'ancien (ce qui appartenait à l'époque de Barrie) et le moderne.
Par exemple, j'ai pu retrouver l'endroit exact où était disposé le fauteuil de Barrie grâce à la photographie de cet article...
La cheminée que l'on entrevoit est toujours là, presque identique. Je pourrais poser la photo sur le mur et laisser le lieu actuel prolonger en hauteur et en largeur l'image gravée sur la feuille. C'est un grand bonheur d'avoir l'illusion de pouvoir s'approprier des lieux et une époque révolue, ne serait-ce qu'un instant...
A SUIVRE... (peut-être)
Libellés :Angleterre,James Matthew Barrie,voyage
mercredi 7 mai 2008
Si vous ne pouvez pas visionner mes vidéos sur cette page, vous pouvez les retrouver ici :
http://www.youtube.com/user/MissHollyGol
Merci.
http://www.youtube.com/user/MissHollyGol
Merci.
samedi 3 mai 2008
Nous sommes passés du Surrey au Hampshire, et réciproquement, en quelques coups de volant. Robert nous a conduits à chacune des étapes avec un soin et des égards que je n'ai cessé d'apprécier. Robert est un gentleman et il aurait beaucoup plu à Miss Austen, car il possède également un bel esprit : il est impossible de ne pas rire d'intelligence en sa compagnie. Ceux qui ont lu son livre n'ont pas pu ne pas remarquer la parenté d'humour qui existe entre lui et Barrie...
Nous ne pouvions pas ne pas nous arrêter en chemin pour rendre hommage à ce grand auteur, que je place, dans ma bibliothèque, entre Henry James et George Eliot, non loin de Conrad et de Thomas Hardy. J'aime que mes amis pliés en volumes aient bon voisinage (jamais de classement alphabétique - une hérésie à mes yeux !). Et je crois que ceux-ci ne s'entendent, ma foi, pas trop mal. Aucun grand froid dans mes étagères ni volumes qui seraient tombés à terre à signaler.
L'arrivée à Chawton.
Oui, je ris beaucoup, car le mot est imprononçable, pour moi, du moins parfaitement. J'aime tellement la langue anglaise que je la parle le moins possible, afin de ne pas l'outrager, mais je l'écris et la lis quotidiennement, parce que je ne sais pas comment je pourrais vivre autrement. De toute façon, il est prévu que je m'installe un peu à Oxford, un jour pas si lointain... et je suppose que l'accent parfait me viendra comme le Saint-Esprit se pose sur certains imbéciles.
A l'intérieur. Avouons-le de suite : la maison de Jane Austen est un peu décevante, car elle n'est pas vraiment donnée à voir dans l'idée de reconstituer le passé qui fut le sien lorsque Miss Austen l'habitait. Aucune atmosphère - tout ce que je recherche lorsque je pars sur les traces de Barrie ou d'un autre auteur aimé. Je ne félicite pas le conservateur de la maison.
Nous avons plutôt l'impression de visiter une consigne à bagages qu'un lieu qui a bercé en lui un auteur. Je n'ai pas beaucoup apprécié l'exhibition des divers costumes qui ont servi aux films ou téléfilms variés, adaptations de ses oeuvres. Cela n'a rien à voir avec Jane Austen ! Diantre !
Et c'est ainsi que les gens confondent tout, symptôme de notre époque moderne, où sont substituées à la vérité, à l'oeuvre, aux êtres et aux choses, des représentations muettes et défraîchies... Le règne du faux.
Alors, les vidéos que je vous propose sont davantage des vignettes un tantinet désappointées qu'autre chose.
Ceci étant, j'étais heureuse d'être là, mais ce n'est pas cette maison qui m'a aidée à l'être. Simplement l'idée de faire un voyage dans le temps, par la seule force de persuasion et de gravitation de mes facultés imaginatives.
Nous avons plutôt l'impression de visiter une consigne à bagages qu'un lieu qui a bercé en lui un auteur. Je n'ai pas beaucoup apprécié l'exhibition des divers costumes qui ont servi aux films ou téléfilms variés, adaptations de ses oeuvres. Cela n'a rien à voir avec Jane Austen ! Diantre !
Et c'est ainsi que les gens confondent tout, symptôme de notre époque moderne, où sont substituées à la vérité, à l'oeuvre, aux êtres et aux choses, des représentations muettes et défraîchies... Le règne du faux.
Alors, les vidéos que je vous propose sont davantage des vignettes un tantinet désappointées qu'autre chose.
Ceci étant, j'étais heureuse d'être là, mais ce n'est pas cette maison qui m'a aidée à l'être. Simplement l'idée de faire un voyage dans le temps, par la seule force de persuasion et de gravitation de mes facultés imaginatives.
Objets et effets.
La chambre à coucher de Jane :
L'endroit où elle écrivait. Simplicité, modestie et inconfort entourent l'acte d'écrire. Un des seuls objets qui aient fait fructifier le pouvoir de mon imagination, avec le fac-similé de son testament. Sa transciption donne ceci :
Enfermées dans une cage de verre, deux mannequins en cire, qui représentent Jane et sa soeur.
La fameuse proposition de mariage relatée dans une lettre à sa soeur...
Le jardin.
Les dépendances.
Le four à pain et la carriole tirée par des ânes...
A SUIVRE...
Libellés :Angleterre,Jane Austen,voyage
vendredi 2 mai 2008
En préambule à notre visite de la maison de Chawton, par un heureux hasard, j'ai eu le privilège de regarder, dimanche 27 avril, sur la BBC1, ce téléfilm, qui retrace avec plus ou moins de vérité les dernières années de la vie de Jane Austen, en se fondant sur divers documents (dont une proposition de mariage reçue par Jane ; je vous montrerai en vidéo copie de cette lettre, conservée à Chawton). Je l'ai trouvé assez remarquable, parce qu'il laisse entrevoir le tragique de l'existence de l'auteur, faille déjà perceptible dans ses romans qui, pour je ne sais quelle raison, sont souvent simplement compris comme s'il ne s'agissait que de bluettes...
J'ai notamment apprécié la mise en lumière de la relation qui existe entre Jane et sa soeur, Cassandra. (D'autres couples de soeurs célèbres, Emily et Charlotte Brontë, Virginia Woolf et Vanessa Bell...) En dehors de ceci, j'aurais bien une foule de critiques à formuler.
Voici qui nous change, cependant, des films niais autour de la vie de l'auteur (Becoming Jane, par exemple, qui était souvent insupportable). Mais, il est vrai que l'on en revient toujours au même (je grince des dents) : le fait que Jane Austen soit demeurée "vieille fille", comme s'il était absolument indispensable de se marier et de procréer. Mon Dieu ! Les gens sont d'un conventionnel et manquent singulièrement d'imagination, encore plus à notre époque... et c'est d'autant moins pardonnable. Il vaut mieux en rire, je crois.
Le téléfilm est sorti en DVD le lendemain et je l'ai commandé sur amazon.co.uk.
Vous pouvez, avec profit, consulter cette page si vous êtes intéressé par ce téléfilm.
Libellés :Jane Austen
L'endroit est gigantesque. L'Abbey devait être une place immense. On a du mal à prendre les mesures.
[Cliquez sur les photos pour les agrandir.]
Libellés :Angleterre,voyage,Walter Scott,Waverley
Je rédige ces lignes en écoutant le très bel album de Rickie Lee Jones,
offert, entre autres merveilles (cessez de me "pourrir" ainsi ! Mais si je dis cela sérieusement, je le dis également avec un sourire à dévorer le soleil...), par mon ami Jean-Christophe. Oh, yes, I won't grow up... Vous me connaissez si bien - j'adore Here's to Life sur cet album-ci, qui est une très belle découverte également, de A à Z. 
*************
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Lundi 28 avril
Mon grand ami anglais Robert avait préparé en amont une journée de rêve pour moi, en guise de cadeau d'anniversaire, et ce fut probablement la journée la plus riche en émotions, même si ce voyage fut un rêve éveillé du début à la fin.
La journée était consacrée à James Matthew Barrie, afin de compléter la cartographie que j'ai commencé à dessiner, à Londres et en Ecosse l'année dernière (et je vais donc pouvoir remplir la partie laissée vierge, depuis l'année dernière, sur mon site, pour ce voyage à Black Lake !). Il ne me restera plus, après ce voyage, que deux lieux à Londres à visiter, un séjour aux Hébrides extérieures pour voir l'île de Mary Rose (l'année prochaine) et quelques endroits en France... Mais le voyage ne sera jamais terminé. La preuve, lundi, Robert et moi, nous avons découvert des choses inédites sur mon bien-aimé auteur (que je conserve par devers moi pour un de mes livres - sachant qu'elles ne seront pas présentes dans le prochain que je compte présenter à la fin de l'année si... si... mais je sais que... tout ira pour le mieux !), présentes dans aucune biographie - et surtout pas la moins que passable biographie de Rivière - ce qui aiguise mon appétit.
Mon grand ami anglais Robert avait préparé en amont une journée de rêve pour moi, en guise de cadeau d'anniversaire, et ce fut probablement la journée la plus riche en émotions, même si ce voyage fut un rêve éveillé du début à la fin.
La journée était consacrée à James Matthew Barrie, afin de compléter la cartographie que j'ai commencé à dessiner, à Londres et en Ecosse l'année dernière (et je vais donc pouvoir remplir la partie laissée vierge, depuis l'année dernière, sur mon site, pour ce voyage à Black Lake !). Il ne me restera plus, après ce voyage, que deux lieux à Londres à visiter, un séjour aux Hébrides extérieures pour voir l'île de Mary Rose (l'année prochaine) et quelques endroits en France... Mais le voyage ne sera jamais terminé. La preuve, lundi, Robert et moi, nous avons découvert des choses inédites sur mon bien-aimé auteur (que je conserve par devers moi pour un de mes livres - sachant qu'elles ne seront pas présentes dans le prochain que je compte présenter à la fin de l'année si... si... mais je sais que... tout ira pour le mieux !), présentes dans aucune biographie - et surtout pas la moins que passable biographie de Rivière - ce qui aiguise mon appétit.
Le programme de la journée s'est présenté ainsi - je recopie ce que Robert m'a écrit, sans le traduire parce que cela me plaît que ce soit ainsi...
A Wonderful Adventure - Monday 28 April 2008 :
09.55 - Meet at Farnham StationNous étions tous à l'heure. J'ai aperçu, la première, Robert et j'avais grand mal à retenir mes guiboles qui avaient envie de courir dans tous les sens, éperdue de joie que j'étais. Je n'ai pas souvent la chance de voir Robert, alors c'est en soi une grande fête que cette occasion très spéciale.
10.20 - Medstead StationJ. M. Barrie n'avait pas d'autre choix que d'emprunter le train qui s'arrête à cet endroit, afin de rendre visite à sa soeur et à son beau-frère, Mr et Mrs Winter.
09.55 - Meet at Farnham StationNous étions tous à l'heure. J'ai aperçu, la première, Robert et j'avais grand mal à retenir mes guiboles qui avaient envie de courir dans tous les sens, éperdue de joie que j'étais. Je n'ai pas souvent la chance de voir Robert, alors c'est en soi une grande fête que cette occasion très spéciale.
10.20 - Medstead StationJ. M. Barrie n'avait pas d'autre choix que d'emprunter le train qui s'arrête à cet endroit, afin de rendre visite à sa soeur et à son beau-frère, Mr et Mrs Winter.
10.30 - The Boynes
Il vous faudra lire le beau livre de Robert Greenham si vous voulez mesurer l'importance de cette maison, où ont vécu les Winter et le petit Willie, le neveu de Barrie. C'est dans cette maison que, selon la vraisemblance, est née la fée Tinker Bell... J'ai touché cette lampe magique...
11.45 - Jane Austen's House, Chawton
Lectrice non hystérique de Jane Austen, mais très admirative de son oeuvre et de sa personne, je ne pouvais pas ne pas m'arrêter à sa maison, transformée en musée. Bientôt, les vidéos de la visite en ligne.
13.15 - Lunch at The Bishop's Table Hotel & Restaurant, 27 West St, FarnhamExcellent déjeuner. Robert sait que la cuisine a beaucoup d'importance pour moi et il avait choisi un endroit parfait.
14.45 - Waverley Abbey
J'ai aimé Walter Scott avant de connaître Barrie, qui l'admirait beaucoup. Cf., par exemple, ce qu'il en dit dans Margaret Ogilvy. N'oubliez pas que, à l'instar de Jamie, je suis d'humeur jacobite ! Je ne voudrais pas, cependant, vous induire en erreur et vous laisser croire que, comme le prétend la pancarte à l'entrée du site, ce lieu a un réel rapport avec le roman et la série de romans étiquetée "Waverley novels". Il n'est pas exclu, en tout cas, que Scott ait choisi ce nom par association d'idées avec cet endroit. Ces ruines ont une grande puissance évocatrice pour moi.
(lire ceci)
15.30 - Pine woods by Black Lake Cottage
Une merveille que cet endroit. Marcher dans les pas de Barrie... Vous n'imaginez pas l'atmosphère proprement magique de ce bois (celui de Lob dans Dear Brutus) et, à travers les pins, on aperçoit le cottage de Barrie, là où il a été heureux, puis profondément malheureux, là où un jour il n'est jamais revenu...
Anthony Hopkins était présent au même moment que nous. Un film y était tourné... Etrange coïncidence : avant mon départ, mon amie Wictoria me faisait remarquer qu'il y avait une ressemblance entre Barrie et lui...
16.00 - Black Lake
Le centre de gravité de ce voyage. Je n'en dirai rien ici, car je suis liée par serment. J'ai eu beaucoup de mal à contenir mes larmes et mon émotion. Tout barrien rêve de cet endroit, sinon il n'est pas un barrien. Merci à ceux qui ont permis que je respire cette "île" barrienne.
16.45 - Cream tea at The Bishop's Table Hotel and Restaurant
Il faut savoir que, si vous me donnez des scones (des véritables), vous pouvez presque tout obtenir de moi... Le scone, je le rappelle, se fend en deux. Vous disposez d'abord une couche de beurre, une autre de confiture et ensuite une grosse cuillère de crème épaisse par-dessus. C'est l'ordre précis dans lequel se succèdent ces ingrédients, d'après Robert, qui me paraît expert en la matière.
17.40 - Lobswood House
et
18.40 - Barrie HouseL'ancien et fameux Black Lake Cottage de Barrie, bien après son divorce d'avec Mary Ansell, qui l'habitera encore longtemps, sera transformé en hôtel, puis coupé en deux maisons, celles que nous avons visitées, plan en mains et les livres de Mary Ansell en guise de guide. Le petit miracle, c'est que certaines parties du cottage n'ont pas du tout été changées ou détruites depuis l'époque de Barrie et que nous avons pu retrouver des fragments du passé du génie écossais... Les photographies d'époque nous indiquent certaines découpes dans le présent... Mais c'est une autre histoire que je ne raconterai pas ici. Imaginez simplement mon émotion extrême et la reconnaissance que j'éprouve à l'égard des propriétaires de ces maisons qui nous ont laissés visiter leur demeure du grenier à la cave. Ce qui m'a le plus fait plaisir, c'est que les divers particuliers rencontrés (quatre) présentent tous un intérêt pour Barrie et possèdent des livres de lui, dans d'anciennes éditions. L'une de ces personnes a même une bibliothèque assez conséquente construite au fil des ans.
19.28 - Part at Farnham StationLe seul moment un peu triste de la journée et du séjour tout entier. La séparation et le départ. Nous rentrons à notre hôtel. J'interpelle un chef de gare et je lui demande, en anglais, si c'est bien le train pour London, tout simplement parce que j'ai toujours rêvé de le faire... Et nous rentrons sans encombre à notre bel hôtel de Baker Street.
Et je décide d'arrêter l'écriture de ce rétrojournal ici, ce qui ne signifie pas qu'il n'y aura pas des développements ultérieurs.
Les billets qui suivront celui-ci seront les réminiscences en vidéos et photographies des diverses étapes consignées ici.
A SUIVRE, donc...
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