Merci à Robert pour cet extrait du Times en date de ce jour.
La fameuse petite robe noire de Holly Golightly, mon héroïne adorée, a donc été adjugée au plus offrant. Un monsieur Anon l'a achetée. Pour l'offrir à une belle inconnue ?
Il était trop jeune, trop lisse, trop angélique, avec une peau de bébé Cadum qui m'exaspérait. Et puis j'ai enfin compris quel génial acteur il était. Bien plus tard que pas mal de gens. Je suis lente, prudente, mais il m'a enfin gagnée à sa cause. La beauté de ses traits, cette apparente candeur qui gouverne chaque mouvement de son visage ne demande qu'à être abîmée. La pureté du regard ne donne que plus de force à sa rage inutile. On a envie de le brutaliser pour qu'il mérite cette foi, presque trop grande pour lui, au cas où elle lui aurait été échue par accident... Non, le gosse est devenu un homme et il est solide. Il dit que sa main ne tremble pas lorsqu'il participe aux boucheries de ses congénères du mal. Mais il avale des flacons de Valium pour tenir, tandis que son reflet maléfique bande mou et finit par se retrouver pris dans une ironie dangereuse : il doit trouver la taupe, c'est-à-dire lui.
DiCaprio vole la vedette à Nicholson, malgré la stature immense de ce dernier. Matt Damon,
quant à lui, m'a toujours paru trop falot et ce film ne me fera pas changer d'idée.
Je ne comprends pas le choix des titres français des films américains.
"The departed", à savoir "le défunt", cette inscription porté sur une carte de condoléances, n'a rien de commun avec "les infiltrés". C'est trahir le film que de lui donner un titre qui, même s'il en exprime une certaine réalité, n'en dit pas le secret, car le film est construit sur le manque, bien plus que sur le parallélisme qui existe entre les deux personnages principaux, les infiltrés. Ce manque est celui de la famille, pour les deux personnages, dont les noms irlandais riment et semblent se faire écho par l'intermédiaire d'un chiasme imparfait : Colin Sullivan et Billy Costigan. Drôle de famille, des Atrides. Etrangement, Jack Nicholson est une figure paternelle possible pour les deux hommes. De même, Colin et Billy partagent une femme, Madolyn (Vera Farmiga),
une psychiatre, qui définit le mensonge (le sien) comme une manière d'entretenir un équilibre, entre elle et elle-même, entre elle et les autres. Celle-ci enceinte (de qui ? ) symbolise une forme d'inceste entre les deux jeunes hommes dédoublés.
Il est fini le temps de Capra qui brossait le portrait d'une amérique généreuse, altruiste, qui sauvait ses citoyens d'eux-mêmes, porteuse d'un idéal qui nourrissait ses enfants. Scorsese le dit avec cette allégorie finale, le rat sur le rebord de la fenêtre, qui donne sur le Capitole. Les rats sont dans le bateau et ils sont les maîtres. De même cette enveloppe biffée, qui porte la mention "Citizens" qui est le détonateur du final... La nation n'est faite que de trahisons et de compromis. Tout est saloperie. Le dernier film de Clint Eastwood (magnifique ! Je n'ai pas osé en parler tant il m'a impressionnée !) dit en substance la même chose et, même si les deux films ne parlent pas de la même chose, j'ai trouvé en l'un et en l'autre de nombreux points de contact, comme si le temps était venu de reconnaître ses fautes et d'expier.
La bande originale du film
est aussi très expressive, variée, donnant des pulsations supplémentaires. Un des titres des Rolling Stones, auquel Scorsese va consacrer un film, me semble-t-il, comme il l'avait fait pour Bob Dylan, est présent.
Deux extraits ci-dessous.
Billy's theme (Howard Shore), qui n'est pas sans rappeler à certains accents d'Anton Karas et de sa cithare (Le troisième homme) : Le titre phare du film, I'm shipping up to Boston (Dropkick Murphys):
Extrait (pour un extrait sous-titré ou en français, allez sur allocine.fr) : Bande annonce :
Mon ami d'outre-Manche, Robert Greenham, auteur d'un délicieux petit livre, qui est une pierre de plus, une fondation solide, dans les études barriennes, m'envoie régulièrement des articles divers, extraits de la presse anglaise, en rapport avec ce qu'il sait être mes passions, les alimentant avec soin, afin que la flamme ne s'éteigne pas.

Ce petit billet maladroit, fouillis, est offert et dédié à Fauna Amor, qui l'a inspiré de mille manières. Cette jeune femme est remarquable, presque trop belle - je crains que cet hommage ne lui déplaise, car Fauna est sauvageonne, je l'imagine ainsi, indépendante et fière - pour exister ailleurs que dans le pays des songes. Je puise en elle un certain nombre de forces. Elle justifie à elle seule, avec quelques autres personnes dans cet univers imaginaire que d'aucuns appellent à tort virtuel, ce JIACO et d'autres choses plus profondes.
La Chine ? En vue d'un lointain mais futur voyage là-bas, quand je parlerai correctement . Hoffman, parce que je ne connais pas ce conte (quand je vous dis que je suis trouée de lacunes, ce n'est pas une posture ! ) et parce que Phébus est une maison d'édition que j'aime...
De Tolkien, j'ai lu Le Seigneur des anneaux. Qui ne l'a pas lu ? Et j'ai toujours émis des réserves sur ce livre, qui n'est pas aussi extraordinaire qu'on voudrait bien nous le faire croire. Je crois que Bilbo est plus digeste. J'ai envie de le lire depuis longtemps en français. La prose de Tolkien est aussi lourde en version originale qu'en traduction... alors, je n'ai pas envie de le lire en anglais, car j'aime trop la musicalité de cet idiome. Mais n'allez pas croire que je n'aime pas Tolkien. Ce serait trop simple.
"S’il l’avait voulu, Adieu miss Julie Logan aurait pu devenir aisément un autre roman. Mais il ne le permit pas. L’histoire avait sa propre temporalité. Probablement, cette histoire apparaît quelquefois comme la plus lente jamais écrite. Mais il la contemplait et savait qu’il ne s’agissait là que d’une illusion. Car, désormais, il connaissait tous les secrets de la concision, sans omettre le secret qui permet de s’attarder et de garder le cap, de demeurer dans la droite ligne. Et, de plus, il ne voulait pas écrire un roman. Il souhaitait raconter cette histoire exactement de la manière dont elle appelait elle-même son récit. Peut-être existait-il une autre façon. Peut-être pas. Il ne pensait pas aux éditeurs, ni aux correcteurs ni même aux lecteurs, demeurant à l’écart de tout ce qui ressemblait peu ou prou à une attitude ordinairement professionnelle. Il était autant soumis à la magie que son héros. Il était le héros, alors il écrivit et écrivit… Le temps et l’espace n’existaient plus quand il glissa hors de sa soixantaine, puis dans les gorges qui surplombaient Kirriemuir. (…) Il a offert cette histoire, sans exiger le moindre paiement, au Times, un périodique qui ne publie jamais de fiction. Mais c’était le premier quotidien en langue anglaise. (…) Il fut prévu, dans un secret plus grand que jamais, qu’Adieu Miss Julie Logan serait publié sous la forme d’un supplément avec l’édition de la veille de Noël : un cadeau pour les lecteurs du Times. Une surprise - bien qu’il y eut des annonces au fur et à mesure qu’approchait la date – afin de retenir l’attention d’une large audience. Peut-être la meilleure vitrine au monde pour une histoire. Mais une boutique ouverte une seule fois. Il y avait donc peu de raisons de payer l’auteur, en aurait-il manifesté la demande. (…) une grande quantité de gens qui, soit n’avaient pas pris le supplément, soit avaient été préoccupés par d’autres choses liées à la période de Noël, ont écrit afin de demander une copie de ce texte. Tant et si bien qu’il fut décidé de le retirer sous une forme particulière au prix d’un shilling. Le public alors rechigna à ce prix ou pensa qu’un livret de huit pages, mesurant dix-huit pouces et demi sur douze, serait plutôt un désagrément dans la maison et, en tout cas, semblait presque faire autant marche arrière qu’il avait été empressé quelques jours auparavant. Pendant ce temps, Messieurs Hodder et Stoughton furent autorisés à publier ce texte (…) ce ne fut rien de moins qu’un best-seller. (…) Barrie avait désormais écrit son dernier livre."
"Nous sommes le premier jour de décembre de l’année 18.. ; je pense qu’il est prudent de ne point s’approcher plus avant de la date, au cas où ce que je suis présentement en train d’écrire ne prenne une fâcheuse tournure ou bien ne tombe entre des mains curieuses. Je n’ai pas besoin d’être autant sur mes gardes en ce qui concerne le climat actuel. C’est une nuit de bourrasques foudroyantes ; elles ont projeté ma fenêtre à mes pieds, il y a une demi-heure. Elles sont venues jouer de la cornemuse de pièce en pièce, comme ces officiers de loi qui chercheraient à appréhender et à délivrer la justice à quelque ministre scots, qui serait assis ici, prêt à mettre en accusation toutes les apparitions et les sorcières. Il y a eu une nouvelle bourrasque tout à l’heure. Ce soir, les vents répondent à mon invitation. Je crois que je peux les prendre au piège et les rassembler en un seul endroit. Ils traversent le presbytère. Je cours de porte en porte. Je les ouvre et les ferme, tour à tour. Je suis en passe de devenir le chef d’orchestre d’un ensemble plutôt sinistre. J’essaie de m’atteler à la première page du Journal que les Anglais m’ont mis en demeure d’écrire. Il n’y a aucune raison de l'entamer ce soir, car pour le moment pas un flocon n’est tombé sur mon premier hiver dans la gorge. Ce Journal est supposé être un récit de ma vie ici, pendant les semaines (on m’a dit qu’il pouvait être question de mois) où la gorge est « fermée à double tour ». Cela signifie que la personne prise au piège ici peut très bien ne plus avoir moyen de sortir, dès que la gorge est enroulée dans la neige… Si l’on se fie aux histoires qui rampent ici, à la manière dont les brumes bercent nos collines, à l’endroit même où les Anglais ont dû les ramasser, il est dit que des formes appelées « Étrangers » s’y promènent. Vous cheminez parmi l’étrange, sans le savoir. Vous marchez et parlez avec ces spectres, pensant qu’ils appartiennent à votre monde, jusqu’à ce que, peut-être, ils vous jouent de sales tours… "
Les deux photographies sont des montages offerts à Andersen pour son soixante-dixième anniversaire. [cliquez pour agrandir les images - Photographe : Georg E. Hansen]
Il conçut pour Charlotte son dernier livre d'images (constitué de dessins, de ses propres poèmes, de diverses images découpées et collées), dont voici une page :
Andersen était très habile de ses mains et nous a laissé des centaines de découpages, dont vous pouvez voir quelques exemplaires :
Vous pouvez les admirer et lire une étude à leur sujet dans ce livre-ci. L'imagination d'Andersen ne s'exprimait pas uniquement par les mots mais aussi par sa capacité à faire vivre la matière inerte. Je crois que ses découpages et ses contes sont en harmonie.
Après Barrie et Carroll, je vous présente mon troisième grand amour. Et ce n'est pas sans raison. Dans mon univers, tout est lié. Aucun risque de se perdre quand on tient en main la carte majeure.
Je sais que vous le connaissez tous.
Il disait de lui, à juste titre je crois, que sa vie était un conte de fées. Dieu sait qu'Andersen avait eu une enfance des plus tristes et je suis persuadée que cette longue estafilade, d'où perlent sang et larmes irrigue chacun de ses contes tendres et cruels.
Barrie lui doit beaucoup. D'autres également. On ne le sait pas assez.
D'un vague revers de main, on repousse souvent Andersen du côté des auteurs pour enfants, comme Barrie et Carroll, sans comprendre ce qui se trame dans leur oeuvre. Du trio que j'ai nommé, Andersen était sans conteste le plus cruel. Les happy ends sont rares. Mais, ma foi, pas plus rares que dans nos existences. Malgré tout la foi permet des miracles à l'échelle humaine. Certaines visions sont cauchemardesques et presque surréalistes :
"Ils traversèrent une longue allée dont les murs étincelaient d’une façon bizarre : c’étaient mille araignées enflammées qui montaient et descendaient rapidement. Ils arrivèrent ensuite dans une grande salle construite d’or et d’argent ; des fleurs larges comme des soleils, rouges et bleues, luisaient sur les murs ; mais personne ne pouvait les cueillir, car leurs tiges n’étaient que de vilains serpents venimeux, et les fleurs elles-mêmes n’étaient que le feu exhalé de leurs gueules. Tout le plafond était parsemé de vers luisants, et des chauves-souris couleur bleu de ciel y battaient des ailes. Que tout cela était étrange ! Au milieu du plancher s’élevait un trône porté par quatre squelettes de chevaux dont les harnais se composaient de ces araignées étincelantes. Le trône lui-même était de verre blanc comme du lait, et les coussins n’étaient que de petites souris noires qui se mordaient la queue. Au-dessus était un toit formé d’une toile d’araignée rouge, garnie de charmantes petites mouches vertes qui brillaient comme des diamants. Au milieu du trône était assis un vieux sorcier avec une couronne sur sa vilaine tête et un sceptre à la main. Il baisa la princesse au front, l’invita à s’asseoir à côté de lui sur le précieux trône, et la musique commença. De grandes sauterelles noires jouaient.... et le hibou, faute de tambour, se battait le ventre. En vérité, c’était un bizarre concert. De petits fantômes noirs, avec un feu follet sur leur bonnet, dansaient en rond dans la salle. Personne ne put voir le compagnon de voyage ; il s’était placé derrière le trône, d’où il écoutait et voyait tout ce qui se passait. Bientôt entrèrent les courtisans ; ils étaient richement vêtus et prenaient de grands airs ; mais qui aurait vu tant soit peu clair les eût vite appréciés à leur juste valeur. Ce n’étaient que des manches à balais, avec des têtes de choux au bout, auxquels le sorcier avait insufflé la vie et donné des habits brodés. Il n’en fallait pas plus pour parader comme ils faisaient." (Le compagnon de voyage)Elles vous brûlent les yeux. Longtemps, Andersen a souffert de mauvaises traductions qui simplifiaient à outrance ses textes, car les traducteurs anglais ne connaissaient pas toujours le danois comme il se doit... Et de l'anglais d'autres le traduisirent. Beaucoup d'intermédiaires qui consumèrent ces merveilleux contes, dont le cousinage avec Dickens est flagrant. Chez l'un comme chez l'autre, il y a une capacité étrange et belle à faire vivre des scènes domestiques derrière le voile de la magie, de la fantaisie, entre deux larmes. Les objets s'animent pendant que nous avons le dos tourné et la tragédie se vit dans le silence de nos coeurs sourds. Le beau sapin est brûlé, la petite sirène se meurt, le juste est quelquefois récompensé et la vanité est souvent punie. N'y cherchez pas pour autant de morale (de moraline dirait qui j'aime beaucoup), car Andersen y est réfractaire ; il n'y a rien qu'un coeur pur qui rétrécit, peu à peu, mais continue à battre.
"La petite sirène écarta le rideau de pourpre de la tente, elle vit la douce épousée dormant la tête appuyée sur l'épaule du prince. Alors elle se pencha et posa un baiser sur le beau front du jeune homme. Son regard chercha le ciel de plus en plus envahi par l'aurore, puis le poignard pointu, puis à nouveau le prince, lequel, dans son sommeil, murmurait le nom de son épouse qui occupait seule ses pensées, et le couteau trembla dans sa main. Alors, tout à coup, elle le lança au loin dans les vagues qui rougirent à l'endroit où il toucha les flots comme si des gouttes de sang jaillissaient à la surface. Une dernière fois, les yeux voilés, elle contempla le prince et se jeta dans la mer où elle sentit son corps se dissoudre en écume. " (La petite sirène)[photographie d'Andersen de Franz Hanfstaengl] ----------- Extrait du Roi et l'oiseau de Grimault et Prévert d'après La bergère et le ramoneur d'Andersen :

"On doit dire que l'homme a droit à sa propre véracité (veracitas), c'est-à-dire à la vérité subjective dans sa personne." "La véracité dans les déclarations que l'on ne peut pas éviter est un devoir formel de l'homme à l'égard de chacun, si grand soit le dommage qui peut en résulter pour lui ou pour un autre. Et bien que je ne commette pas d'injustice envers celui qui me contraint injustement à une déclaration quand je la falsifie, néanmoins, je commets par une telle falsification, qu'on peut aussi bien, pour cette raison, appeler mensonge (quoique ce ne soit pas dans le sens des juristes) une injustice dans la partie la plus essentielle du devoir en général : puisqu'en effet je fais en sorte qu'on ait aucune foi dans la parole (dans les déclarations) en général, et qu'ainsi tous les droits fondés sur les contrats soient également caducs et perdent leur force ; ce qui constitue une injustice infligée à l'humanité en général." "La vérité n'est pas un bien qu'on possède et sur lequel un droit serait reconnu à l'un tandis qu'il serait refusé à l'autre."
entièrement consacré à l'analyse de films. Si l'article sur Marry Poppins comme "sorcière transitionnelle" m'a peu convaincue, l'analyse d'Une femme disparaît d'Alfred Hitchcock m'a autrement intéressée.
Quelques chapitres...
Les roses du Pays d'Hiver
Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.
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Qui suis-je ?
- Holly Golightly
- Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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