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jeudi 15 novembre 2007
Je possède quelques petits trésors dans ma bibliothèque. Ils ne sont pas vraiment des trésors du point de vue de leur valeur marchande, mais certains livres sont néanmoins assez rares, comme celui-ci, dont l'édition est limitée à cinq cents exemplaires.
Je ne possède presque rien de mon enfance et n'en sais pas davantage sur ma généalogie, puisque je suis, je l'ai décrété, avec l'humour qui est le mien et qui est peut-être raté, un "enfant autochtone" (Littré : "Autokhthôn, de autos, même, et de khthôn, terre : qui est de la terre même.") c'est-à-dire un enfant naturel. De là, peut-être, sûrement, mon intérêt pour l'enfance et la biographie des auteurs aimés. Mon lieu de naissance est mon imagination et mes parents sont les livres. Nul doute que James Matthew Barrie est un ascendant que j'adopte de tout cœur si l'enfant est condamné à devenir le parent de ses parents.
J'ai hérité de Barrie mon affection pour Stevenson. Je cherche entre eux les points de contact (l'Écosse, un certain imaginaire, une mère qui s'appelle Margaret...), ce qui est aussi une manière pour moi de m'imprégner de l'Écosse, pays que je chéris, autant en imagination que dans ce désir d'y revenir - l'année prochaine, je découvrirai les îles Hébrides.
J'ai hérité de Barrie mon affection pour Stevenson. Je cherche entre eux les points de contact (l'Écosse, un certain imaginaire, une mère qui s'appelle Margaret...), ce qui est aussi une manière pour moi de m'imprégner de l'Écosse, pays que je chéris, autant en imagination que dans ce désir d'y revenir - l'année prochaine, je découvrirai les îles Hébrides.
La mère de Stevenson eut l'idée d'écrire ce livre, qui se révèle être le premier chapitre de la biographie de celui qui allait devenir le grand auteur que nous connaissons. Tout y est consigné avec une précision et des détails plutôt touchants : les maladies (le croup, mais pas seulement ; Stevenson eut une enfance maladive) du petit Robert Louis Balfour Stevenson (surnommé Smout, qui signifie en scots, entre autres, un petit enfant ou un petit animal, c'est un terme affectueux, qui peut aussi désigner quelque chose de léger ou de frivole, mais aussi une truite mouchetée), ses jeux, la mort de son canari, l'adoption d'un chien, ses questions métaphysiques d'enfant, etc. On y entrevoit la figure de "Cummy" (Alison Cunningham), à qui sera dédié son Child's Garden of Verses. Cette femme fut son infirmière et sa "nounou". "Ma seconde mère, ma première femme, l'ange de mon enfance (...)"
Les petits garçons de l'époque étaient habillés comme des petites filles et réciproquement : avec une robe - et ce, jusqu'à l'âge de cinq ou six ans, mais leurs robes se différenciaient à certains détails.
Libellés :R.L. Stevenson,trésors de ma bibliothèque
vendredi 12 mai 2006
Ensuite, Je traduirai l’article parodique de Punch mettant en scène Barrie, puis les deux pastiches holmésiens de ce dernier.
En espérant que ce choix et ce programme des prochains billets agréeront mes aimables lecteurs.
Je serai de retour lundi ou mardi.
Je vous souhaite à tous et à toutes un splendide week-end.
- Première lettre :
Lettre à James Matthew Barrie, Vailima, Samoa, février 1892
Cher Monsieur Barrie,
C’est au moins la troisième lettre que je vous écris, mais ma correspondance a la fâcheuse tendance à ne pas atteindre le bureau de poste. Ma part d’humanité s’évanouit face au labeur requis par la rédaction d’une adresse sur une enveloppe, mais j’espère avoir plus de chance avec celle-ci. En effet, au-delà de l’usuel et fréquent besoin de vous remercier pour votre œuvre, vous êtes l’un des quatre coins contre lesquels je me cogne depuis que j’ai mon propre coin à regarder, et il n’y a aucune raison – à moins que ce ne soit les mystérieux flux et reflux de la marée, qui font et gâchent et tuent le travail des pauvres écrivaillons – pour que vous ne soyez pas un artiste de premier ordre. Les marées ont emporté ma phrase, mais de toute façon j’en étais las... Et, comme nous sommes entre écrivains, je m’autorise la liberté de la laisser en souffrance. De plus, nous sommes tous les deux Écossais et je nous soupçonne de l’être beaucoup. Le fait que, moi-même, je sois Écossais me conduit à l’intermittence, mais parfois cela mène à l’érysipèle - si ce mot doit être correctement épelé. Récemment, j’ai réalisé que nous avions fait tous les deux notre apprentissage dans la cité des vents [Londres], notre virgilienne cité grise, et je tiens cela pour un autre lien entre nous. Aucun lieu ne marque à ce point un homme. Finalement, je me sens comme un devoir de vous faire part de mes progrès. Il se peut que je fasse erreur mais je crois avoir reconnu votre tour de main dans un article [lequel ?] – il s’agit peut-être d’une illusion, c’est peut-être l'un des ces diligents insectes qui attrapent et reproduisent le tour de main de chaque homme de lettre naissant, mais je persévère à espérer que c’était votre travail. Je me plais à croire que cela vous fera plaisir d’apprendre que la suite de mon roman, Enlevé ! [Catriona], est en cours. Je n’en suis pas encore arrivé à parler d’Alan [un des personnages d'Enlevé !] - ainsi je ne sais pas s’il est encore en vie - mais David [personnage principal dudit roman] semble avoir plus d’un tour dans son sac. J’étais content de constater que la théorie anglo-saxonne s’est fourvoyée. J’ai donné à mon jeune homme des Basses-Terres un nom gaélique [relatif au nord de l'Écosse, les Hautes Terres ou Highlands], et j’ai même fait des commentaires à ce sujet dans le texte. Pourtant, la plupart des critiques ont reconnu en Alan et David un Saxon et un Celte. Je ne sais pas ce qu'il en est en Angleterre, mais en Écosse, au moins, où le gaélique est parlé à Fife depuis un peu plus d’un siècle et depuis guère plus longtemps à Galloway, je réfute le fait qu’il existe une chose telle qu’un pure Saxon et je pense qu’il est plus que discutable qu’il existe un pur Celte. Mais qu’avons-nous à faire de tout cela ? Et qu’en ai-je à faire ? Continuons à graver nos bouts d’histoires et laissons aux barbares leur fureur !
Bien à vous,
Avec mon sincère intérêt quant à votre carrière,
Robert Louis Stevenson
Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés, car Stevenson est mort avant.
Libellés :James Matthew Barrie,R.L. Stevenson
lundi 15 mai 2006

Vailima, décembre 1892
Cher J.M. Barrie,
Bientôt vous en aurez assez de moi. Je n’y peux rien. J’ai cessé de travailler depuis quelques temps et j’ai relu The Edinburgh Eleven [livre à sketches de Barrie] et j’ai dans l’idée d’écrire une parodie, j'éprouve un immense désir de vous rendre la monnaie de votre pièce et d’imiter votre toupet [Barrie fait référence dans ce livre à Stevenson] afin de voir comment vous l’apprécierez vous-même. Et alors, j’ai lu (pour la première fois, je ne sais pas comment cela se fait !) A Window in Thrums [livre de Barrie, scènes de la vie de son lieu de naissance]. Je ne dis pas que que le livre est meilleur que The Minister [pièce, puis roman de Barrie] : cette fois, il s’agit pas vraiment d’un conte – et il y a de la beauté, une beauté matérielle inhérente au conte IPSE, que les critiques intelligents de nos jours et depuis longtemps aiment à oublier. Certes, il y a plus de défauts avérés ; quoi qu’il en soit, je l’ai lu dernièrement et c’est écrit par Barrie ! Et il est l’homme de la situation – à mon avis ! Le chapitre intitulé « Le Gant » est une grande page : c’est étonnamment original et aussi vrai que la mort et le jugement dernier. Tibbie Birse [personnage du Petit Ministre] dans le passage consacré à l’enterrement est immense ! (...)
Je suis fier de penser que vous êtes Écossais, bien que, soyez-en assuré, je ne sais rien de ce pays, étant un simple touriste anglais, pour citer Gavin Ogilvy [un pseudonyme de Barrie, mais également l'un de ses personnages]. Je recommande le difficile cas de M. Gavin Ogilvy aux bons soins de J.M. Barrie, dont l’œuvre est pour moi une source vive de plaisir et de sincère fierté nationale. (...) Et, s’il vous plaît, ne pensez pas, lorsque je semble me comparer à vous, que je sois totalement aveuglé par la vanité. Jess [un des personnages de Barrie in Auld Licht Idylls] marque les limites que je ne saurais franchir : je ne puis même pas effleurer sa jupe. Ma plume ne recèle pas une telle séduction crépusculaire. Je suis un artiste compétent, mais j’ai l’impression de commencer à voir en vous un homme de génie. Prenez soin de vous, pour mon propre salut. C’est une chose diablement difficile pour un homme qui écrit tant de romans que moi d’en avoir aussi peu à lire. Et je peux lire les vôtres et je les aime.
Dommage pour vous que ma copiste [Fanny, sa femme] ne soit pas là aujourd’hui et ma propre main est sensiblement pire que la vôtre.Bien à vous,
Robert Louis Stevenson
Le 5 décembre 1892,
P.S. : On me dit que votre santé n’est pas robuste. Venez ici et essayez la Chambre du Prophète ! Vous n'y trouverez qu'un seul inconvénient : nous nous levons tôt. La copiste dit que vous êtes un amoureux du silence – et que notre maison est bruyante et qu’elle-même est un moulin à paroles – je ne suis pas responsable de ces assertions, bien que je pense fermement qu’il y ait une touche de loquacité dans mes appartements. Nous avons si peu de choses à discuter, voyez-vous ! La maison est éloignée de trois miles de la ville, située au milieu de grandes forêts silencieuses. Il y a un ruisseau non loin de là. Et quand on ne parle pas, on entend le ruisseau, et les oiseaux, et la mer qui vient se briser sur les côtes, trois miles au loin et six cent pieds au-dessous de nous. Et trois fois par mois on entend le tintement d'une cloche. Je ne sais pas où se situe cette cloche ni qui la fait sonner. Il se peut qu’il s’agisse de la cloche du conte d’Andersen. Il ne fait jamais chaud ici. Nous ne dépassons pas les 86 degrés à l’ombre [fahrenheit, à savoir 30 degrés celcius]. Et il ne fait jamais froid, sauf au petit matin. Tenez-le vous pour dit. Je pense que ce climat est le plus sain au monde : même la grippe perd entièrement son piquant. Seulement deux malades en sont morts : et l’un d’entre eux avait dans les quatre-vingts ans et l’autre était un enfant qui avait moins de quatre mois. Je ne vous dirai pas que c’est beau car je veux que vous veniez ici le constater de visu. Tout le monde, hormis ma femme, a du sang écossais dans mon domaine et – je vous demande pardon – les indigènes font également exception. Ma femme est néerlandaise.
(...)R.L.S.
Venez, cela ouvrira votre esprit et cela me fera du bien.
************************
Je signale la sortie en traduction française de ce livre-ci (une anthologie de contes picorés dans The Merry Men et passim) :
http://www.marcel-schwob.org/
http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=13
On y retrouve, entre autres, Janet la Torte.
* Dans Better dead, un des premiers livres de Barrie, ce dernier pastiche le Club du suicide
(un fragment des Nouvelles mille et une nuits)
de Stevenson. Bien des années plus tard, James Matthew B. reniera ce livre, regrettant de ne pouvoir en détruire tous les exemplaires.
Libellés :James Matthew Barrie,R.L. Stevenson
dimanche 3 mai 2009
De retour dans mon univers, après un assez long voyage, l'esprit gorgé de pensées glorieuses, il me reste beaucoup à faire (des idées neuves à mettre dans mon travail de fiction – du sang frais à lui incorporer –, beaucoup de réflexions à ordonner et des tas de travaux en retard) avant d'avoir le loisir d'encoder mes silly videos, où le son est souvent inaudible à cause du vent (il souffle plus fort qu'à Haworth ! Diantre !), où les images sont aussi mouvantes et saccadées que mon rythme cardiaque, où ma figure est défaite par trop d'émotions violentes, mais je le ferai un peu chaque jour jusqu'à "épuisement du stock".
L'Écosse n'est pas déjà un souvenir pour moi, puisque j'y retournerai dès que possible, et probablement cet été pour visiter Inverness (il paraît même qu'il y a là-bas un excellent cuisinier dont j'ai envie de faire la connaissance...), le Loch Ness, et surtout l'île de Skye et ses alentours (les Hébrides intérieures cette fois-ci, puisque nous avons simplement exploré les Hébrides extérieures lors du voyage que je suis en train de relater en ce moment par bribes).
Je commencerai par le commencement ce récit, et par conséquent par Édimbourg, une ville qui a des teintes d'automne même au printemps ou en été,
peut-être à cause de la couleur de ses pierres grises, si caractéristiques de l'Écosse que je connais, qui donnent une ombre à chaque luminosité, peut-être à cause du soleil voilé qui poudre de mordoré chaque fragment de la ville.
Lorsque j'ai vu les pointes de ces grilles j'ai évidemment pensé à la triste fin du héros de Barrie, Tommy, qui meurt empalé sur l'une d'entre elles...
Toujours scintille dans la ville quelque chose d'inattendu, toujours craquelle la surprise sous le vernis du prévisible. Comme ces closes (passages) si pittoresques qui me rappellent certaines traverses de Venise.
C'est par l'un de ces closes que l'on trouve le fameux Musée des écrivains, (The Writers' Museum) tout à la gloire de Burns, Scott et Stevenson. Un endroit charmant, où l'on peut admirer, entre autres, les bottes que portait Stevenson à Samoa ! Il y a des dizaines et des dizaines d'effets personnels des gloires littéraires susnommées.
J'ai aimé Édimbourg. Beaucoup. Pourtant, c'est une ville que l'on aime par degrés, me semble-t-il, et je suis un être de l'instantané, de l'immédiat, vorace de l'instant, impatiente, brutale même. Une émotion à rebours. Est-ce simplement subjectif ? En tout cas, ce fut ce que je ressentis et je crois être très sensible aux lieux, aux bruits, aux couleurs, aux odeurs. L'intellect vient toujours en second chez moi, à la traîne des sens et de l'imagination. Aucune fulgurance physique lorsque je me retrouvai face à la ville souveraine, comme lorsque le voyageur rencontre pour la première fois Venise ou New York, par exemple, mais plutôt l'acceptation muette d'une certaine rigueur ou sévérité dans la mise qui m'imposa un retrait contemplatif. L'amour vint ensuite, par insinuations progressives, comme une marée qui inlassablement vient vous lécher, vous frotter, vous éroder et détacher de vous, parcelle par parcelle, votre réserve, pour mettre à nu la sensibilité dépouillée de tous ses travestissements. Aucune forfanterie ne pare Édimbourg, mais avec quelle fierté elle vous regarde ! Vous baissez alors le regard sur ses pavés. Puis, vous relevez timidement la tête pour être égayé soudain par quelque détail moderne ou passé.
Ma première visite à Edimbourg, ou mon premier souci, me conduisit naturellement à l'endroit où vécut J. M. Barrie de 19 à 22 ans : 3 Great King Street. Une plaque indique le lieu. C'est un quartier résidentiel qui semble très aisé de nos jours.
(Je porte une jolie broche Chaperon Rouge sur mon pull : clin d'oeil à qui se reconnaîtra... Et une broche orne mon imperméable guimauve, acquise chez Laetitia qui fait des merveilles, à qui je rends hommage ici pour son merveilleux travail. Je lui suis redevable d'un superbe Hook en papier mâché. Je signale une de ses expositions à Paris en mai. Vous verrez mieux cette broche-ci sur d'autres vidéos ou photos. Ici, elle est cachée par mon col...)
(Notre majestueux hôtel, choisi par mes soins parce qu'il s'est installé dans les anciens locaux du journal The Scotsman, pour lequel Barrie écrivit, lorsqu'il était jeune.)
Le premier jour, nous avons fait approximativement, Edinburgh Castle compris, une vingtaine de kilomètres (à pied - sigh !) d'après M. Golightly, et je ne m'en suis jamais remise, car je suis d'une faible constitution physique, comme la suite vous l'apprendra. Nos pas nous ont conduits à divers endroits de la ville que j'avais épinglés sur ma cartes des semaines auparavant, comme autant de bonheurs anticipés.
Un tropisme nous conduisit ici et là, dans une flânerie qui comportait peu d'improvisation, celle-ci viendrait plus tard. Du côté de chez Stevenson...
8 Howard Place. Son lieu de naissance, autrefois musée, aujourd'hui habitat privé. J'aime penser l'enfance des grands écrivains. Et l'enfance de Stevenson me fascine (souvenez-vous de son Baby Book). Je pourrais, une autre fois, muni de ce livre trouvé au Writers' Museum,
traverser Edimbourg en sa compagnie. Le 17 Heriot Row, où il vécut longtemps, attirera notre attention lorsque nous reviendrons à cette ville. Il y vécut plus longtemps et en conçut des souvenirs (Cf. Memoirs of Himself, 1880, Tusilata Edition). Aujourd'hui, la maison appartient à des particuliers et est reconvertie en Guest House.
Nous rendîmes aussi un irrévérencieux hommage à Doyle, que j'évoque souvent ici sur le ton de la camaraderie, alors qu'il faudrait en parler plus sérieusement...
Nous fîmes également halte à Castle Street, au 10 (désormais une banque)
et au 32,
où vécurent respectivement les Shelley (Harriet et non Mary) et Kenneth Grahame, pour finir par traquer l'ombre de l'inspecteur Rebus à l'Oxford Bar.
A SUIVRE...
***Petite note : à l'aéroport, je suis tombé nez à nez (en vérité, je ne peux pas m'empêcher de fouiner dans les endroits où il y a des livres, donc le hasard a peu de chances de n'être point mâtiné de certaine nécessité) avec un livre que j'ai commencé à lire dans l'avion du retour - afin de ne pas penser que j'étais dans un avion - et je me dois de vous en parler car je le trouve tout à fait délicieux. C'est assez rare qu'un petit livre de la sorte produise en moi un tel effet. Il s'agit de ce livre-ci :
Il est magnifiquement bien écrit dans sa simplicité. Ce n'est pas un grand livre (d'un point de vue du style ou de l'ambition littéraire), mais c'est un livre précieux, ô combien, qui vous parlera de l'essentiel, qui tient souvent à des choses si ténues que l'on ne peut les dire. Mais l'auteur, lui, a ce pouvoir. Je ne dis rien de plus. Après recherches, je découvre qu'il a été traduit en français chez Actes Sud.***
[Merci Jean-Christophe pour la magnifique carte trouvée à mon retour. ]
Libellés :Ecosse,Edinburgh,James Matthew Barrie,voyages
mercredi 11 avril 2007
J'écoute en boucle cette belle chanson, qui donne vie dans le creux de mon oreille à un monde que je préfère à celui d'aujourd'hui, une ritournelle providentiellement nommée Roses in December et interprétée par Harriet Nelson.
Elle m'a été envoyée par un monsieur très raffiné, que je remercie ici du fond du coeur. Je pense au temps qui passe et, soudain...
Je vis et m’enroule dans la traîne de cette grande robe de mariée que j'arbore inlassablement, un peu pincée et grandiose, et qui n'est que mon imagination royale déguisée en jours ordinaires. Je sais que tout possède une explication et qu’il est bien rare que celle-ci ne soit pas logée dans nos désirs, conscients ou non. Pourtant, les coïncidences et les concordances de faits m’enchantent plus que tout, même si j’en suis l’infatigable chef d’orchestre. De mon enfance, du berceau ou du charnier natal, il me reste très peu d’objets : étonnamment, Walter Scott était déjà présent parmi ces reliques d’un passé si lointain qu’il ne me colle même pas à la peau. Il est le lien qui m’unit à Stevenson et celui-ci à Barrie. Une ligne droite et parfaite. Un chemin découpé à travers mon existence, plus long et moins sinueux que ma courte ligne de vie.
En vue de ce prochain voyage en Écosse qui passera fatalement par Édimbourg, en direction de la petite ville de briques rouges, Kirriemuir, je lis et relis Stevenson et Walter Scott. J’essaierai d’effleurer le mémorial (alors que je fustige, dans d'autres circonstances, tout "devoir de mémoire", forcément hypocrite et culpabilisateur ; ce qui appartient à la mémoire, véritablement, n'a nul besoin d'obligation...) érigé quelque part pour le premier, si le très petit avion nous laisse toucher la terre ferme en un seul morceau…
« Le caractère d’un lieu est souvent mieux exprimé par ses liens. Un événement prend racine et grandit sous la forme d’une légende, quand celui-ci se produit dans un cadre agréable. Des actions laides, surtout dans des lieux de laideur, possèdent l’authentique qualité romantique et deviennent l’éternelle propriété de ce décor. Pour un homme tel que Scott, les diverses apparences de la nature semblent déjà contenir d’elles-mêmes leur propre légende et leur avenir. Dans cet endroit-ci ou dans cet endroit-là, seuls tels ou tels événements ont le pouvoir de survenir. Dans cet état d’esprit, il créa La Dame du Lac pour Ben Venue, Le Cœur de Midlothian pour Édimbourg et Le Pirate, écrit avec tant d’indifférence mais conçu avec tant de romantisme, pour les îles désolées et les chenaux rugissants du Nord. Le cours élémentaire de l’humanité a, de générations en générations, un instinct presque aussi délicat que celui de Scott ; mais, où ce dernier crée de nouvelles choses, les premiers oublient simplement ce qui ne s’accorde pas avec les plus anciennes. C’est pourquoi, par la survie de ce qui est le plus approprié, un corps de tradition devient une œuvre d’art. Ainsi, dans les gorges inférieures et dans les mansardes hautes perchées dans le ciel, les gens peuvent revenir en arrière, par les passages obscurs, au cœur des aventures de la ville et faire frissonner leur moelle avec des contes d’hiver au coin du feu. Les histoires qui sont singulièrement pertinentes et caractéristiques – pas seulement de l’ancien temps mais aussi de la constitution même de la mère nature – sont en particulier bien qualifiées pour ajouter de l’horreur à l’horreur, quand le vent joue de la cornemuse sur les hautes terres et que les ululements creusent les chemins, quand l’étendue sauvage et désolée des lumières de la ville ne cesse de trembler et de flamboyer au travers des rafales. »
Trad. rapide de C.-A. F. aka Holly G.
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Libellés :James Matthew Barrie,R.L. Stevenson
mercredi 7 mars 2007
De la relation entre Barrie et Stevenson,
(in A Child’s Garden of Verses and Underwoods)
j'ai déjà parlé, mais pas assez. Un autre jour. Ailleurs. Je tiendrai ma promesse...
En lisant les notes préparatoires à l'écriture de la pièce Peter Pan, je me rends compte, sans étonnement, que Barrie parle parfois de Stevenson, du Stevenson poète, peut-être moins connu des français.
J'ai eu la soudaine envie de laisser tomber derrière moi, négligemment, ce poème, de facture très simple, mais qui me paraît exprimer une part de l'intérêt de Barrie. Appelez cela nostalgie, si vous le désirez, je crois que vous vous trompez. Car Barrie, lui, n'a connu que l'enfant dans le livre et jamais celui qui a abandonné sa vieille peau de brigand, de héros ou de détrousseur des grands chemins pour devenir adulte... Peut-on avoir la nostalgie de ce que l'on n'a pas vécu ? Si oui, ce penchant ou cette expérience portent un nom : le manque.
To Any Reader
As from the house your mother sees
You playing round the garden trees,
So you may see, if you will look
Through the windows of this book,
Another child, far, far away,
And in another garden, play.
But do not think you can at all,
By knocking on the window, call
That child to hear you. He intent
Is all on his play-business bent.
He does not hear, he will not look,
Nor yet be lured out of this book.
For, long ago, the truth to say,
He has grown up and gone away,
And it is but a child of air
That lingers in the garden there.
As from the house your mother sees
You playing round the garden trees,
So you may see, if you will look
Through the windows of this book,
Another child, far, far away,
And in another garden, play.
But do not think you can at all,
By knocking on the window, call
That child to hear you. He intent
Is all on his play-business bent.
He does not hear, he will not look,
Nor yet be lured out of this book.
For, long ago, the truth to say,
He has grown up and gone away,
And it is but a child of air
That lingers in the garden there.
(in A Child’s Garden of Verses and Underwoods)
Je n'ai pas envie de le traduire, car je ne peux le faire qu'en prose. Je n'ai pas l'âme d'un poète et, surtout, je manque de temps, comme toujours...
老是
Les rares poésies que j'ai écrites, je les ai détruites. Je ne montrerai pas cette facette. Je me contente, pour mes lecteurs non anglophiles, d'en donner le sens global et je me mords les doigts d'en esquinter la prosodie, mais nulle envie de me plier aux vers ne m'étreint ce matin. J'ai les idées grossières et la main alourdie.
A celui qui me lira
De même que, de la maison, votre mère vous voit
Jouer dans l’ombre ronde des arbres du jardin
Vous pouvez voir, si vous voulez bien regarder,
A travers les fenêtres de ce livre,
Un autre enfant, loin, très loin, là-bas,
Qui, dans un autre jardin, joue.
Mais ne songe pas un instant que tu peux
L’appeler en cognant à cette fenêtre-là,
Que cet enfant peut t’entendre. Il est absorbé
Tout à son humeur et affairé à son jeu.
Il n’entend pas, il ne lèvera pas les yeux sur toi,
Pas plus qu’il n’est détourné de ce livre
Car, il y a longtemps, à dire vrai,
Qu’il a grandi et qu'il est parti.
Et il n’est plus rien, sinon un enfant né des vapeurs de l’éther
Qui s’attarde, ici, dans le jardin.
De même que, de la maison, votre mère vous voit
Jouer dans l’ombre ronde des arbres du jardin
Vous pouvez voir, si vous voulez bien regarder,
A travers les fenêtres de ce livre,
Un autre enfant, loin, très loin, là-bas,
Qui, dans un autre jardin, joue.
Mais ne songe pas un instant que tu peux
L’appeler en cognant à cette fenêtre-là,
Que cet enfant peut t’entendre. Il est absorbé
Tout à son humeur et affairé à son jeu.
Il n’entend pas, il ne lèvera pas les yeux sur toi,
Pas plus qu’il n’est détourné de ce livre
Car, il y a longtemps, à dire vrai,
Qu’il a grandi et qu'il est parti.
Et il n’est plus rien, sinon un enfant né des vapeurs de l’éther
Qui s’attarde, ici, dans le jardin.
Cette traduction, pour une fois, n'est pas fidèle et je la revendique dans sa libre interprétation de l'original. J'ai extrapolé ici et là le sens, guidé par une forme d'intuition. J'ai échangé en cours de route la deuxième personne du pluriel pour celle du singulier, afin d'indiquer une inéluctable progression. Nous finissons bien, tous, par tutoyer les anges, à mesure que le temps passe... Ne me dites pas le contraire, je n'ai aucune envie d'être contredite.
Les premières lignes du roman Peter Pan renvoient sans conteste à un autre poème mais d'un autre poète, mais je ne vous dirai rien de plus aujourd'hui.
[ Waterhouse, Gather Ye Rosebuds While Ye May]
*************
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lundi 14 avril 2008
Le secret, c'est de prendre son temps. Tout son temps, même s'il est avare en terme de floraisons.
J'ai changé !
C'est indéniable.
Vous ne pouvez pas encore savoir.
Je n'ai plus peur.
De voyages réels en voyages imaginés, je me promène sur la terre.
Mes voyages réels ne sont jamais que le passé de mes voyages imaginaires.
Ils n'en sont pas moins beaux ou nécessaires, bien au contraire. Ils me reflètent simplement à divers instants d'un temps qui n'est jamais plus le mien.
Je cherche à résoudre les énigmes que j'ai posées autrefois et dont je ne connais plus les réponses, puisque je ne suis plus tout à fait ce que je fus. C'est l'Aventure intérieure !
La vie est belle et bonne. Je me sens vivante comme un enfant ou comme une fleur de printemps, avec la conscience de la mort qui ouvre sa focale sur les jolies choses.
Je tressaille en songeant aux ruines de Waverley que, peut-être, je pourrais toucher de la main.J. M. Barrie demeure toujours le fil conducteur. Je vais dans le Surrey pour lui et il m'emmène sur les traces des Brontë, car il aimait Emily autant que je l'aime, je crois.
Dans le même esprit, je me rendrai un jour à Samoa - M. Golightly l'a promis et le mot impossible est un mot qu'il n'a jamais prononcé devant moi - sur les traces de son ami, Stevenson. Je suis prête pour ce genre de voyages qui m'auraient horrifiée il y a encore un an. Le voyage n'est plus la violence que je m'affligeais parfois. Je rêve si bien mes voyages qu'ils deviennent une part de moi.
[Joli recueil reçu récemment qui va s'ajouter à ma collection de livres anciens concernant Stevenson et l'époque à laquelle il appartient, volume auquel des fragments barriens sont insérés, ce qui le rend inestimable à mes yeux...]
Il rejoindra la dernière acquisition pour le musée Barrie, un livre assez rare qui contient un texte de Barrie que je n'avais pas encore lu et qui concerne... les ânes. En apparence, en tout cas...
Merveilleux week-end à Paris. "M. Golightly" est le maître de mes illusions autant que de ma réalité.
Point d'orgue : un très beau concert à Pleyel,
où nous nous étions rendus afin d'entendre, entre autres, Renaud Capuçon, virtuose violoniste, que j'admirais jusques alors, par disques interposés, sans avoir encore jamais assisté à l'un de ses concerts. My M. Anon m'avait prévenue en sa faveur et, quand on sait le niveau d'exigence de cet homme, devenu mon personnage de fiction préféré, c'était un gage inestimable pour moi de confiance.
Renaud Capuçon a interprété - non, il a incarné - le romantique Concerto pour violon de Mendelssohnn (opus 64) avec une ferveur et une fougue telles qu'à certain moment, à le voir et à l'entendre, je me suis dit que la vie valait vraiment la peine d'être vécue. Bien sûr, Renaud Capuçon est conscient de sa valeur, il possède l'impertinence de la jeunesse, manifeste une certaine fierté pour sa personne, mais témoigne d'une réelle générosité, d'un quelque chose qui va droit au coeur.
(Je n'ai pas résisté à la tentation de lui faire signer mon programme. Non pas que je sois une chasseuse de paraphes, quoi que...).
Le jeune chef Tugan Sokhiev est rigoureux et profondément humain avec ses musiciens. A la tête depuis assez peu du très bon Orchestre du Capitole, il semble creuser son chemin, avec beaucoup de conscience et de sûreté. Lui et son orchestre nous ont donné une grandiose interprétation de la Cinquième symphonie de Tchaïchovski, que j'essaierai de garder dans ma mémoire affective et sensorielle. (Je n'ai pas résisté à la tentation de lui faire signer mon programme. Non pas que je sois une chasseuse de paraphes, quoi que...).
Au hasard de mes pérégrinations dans les libraires de la capitale, je suis tombée nez à nez avec ce livre dans ma librairie du cinéma préférée :
et j'ai pensé à Fauna, ma si belle et si talentueuse amie, qui est de la race des reines. Elle avait écrit un noble billet sur cet acteur hors du commun. Elle avait saisi avec acuité la personnalité de cet être indéfinissable, de cette libellule-marionnette au sourire divin.
Ce livre est très pudique, très beau, taillé en pleine peau d'homme et d'âme. Il ne contient rien de trop et, en à peine cent vingt pages, cette miniature nous restitue l'élégance d'un homme que j'aurais aimé connaître, en qui je reconnais certaines des blessures qui sont miennes, et un certain idéal d'existence.
Ce livre est très pudique, très beau, taillé en pleine peau d'homme et d'âme. Il ne contient rien de trop et, en à peine cent vingt pages, cette miniature nous restitue l'élégance d'un homme que j'aurais aimé connaître, en qui je reconnais certaines des blessures qui sont miennes, et un certain idéal d'existence.
"Moi, je le dis avec orgueil, je n'ai jamais rien sacrifié pour la mangeaille." (p.19)
Je ne connais pas l'auteur de ce récit et, après avoir refermé le livre, je ne sais rien de lui, sinon qu'il a été capable de faire vivre cet autre, en qui certainement il trouvait des correspondances que l'amitié n'explique pas seulement. Peut-être a-t-il atteint ce que je nomme "le point d'effraction d'autrui" et que Deleuze nomme le charme, notion très profonde que seuls les superficiels par nature réduisent à des considérations épidermiques - alors que la peau, c'est ce qu'il y a de plus profond, pour parler comme Valéry - et qui est comme l'endroit où se cristallise la folie, la petite phobie ou obsession, qui nous sert de centre de gravité.
Il rêvait de lire sur scène une sélection des sonnets de Shakespeare dans la traduction de Jouve - dont j'ai lu le magnifique Paulina 1880, livre offert par un ami à Noël et dont il faudra que je reparle. Il n'a pas trouvé le financement. Triste moment où le réel de ceux qui paient déchire celui de ceux qui rêvent.
"Mais ne cherchez pas à comprendre, il est à la recherche de ses rêves d'enfants." (p. 109)
"Quand tu t'en vas où est le cimetière des heures parties ?
Dans mon coeur, dans mon coeur
(Il touche trois fois son coeur)
Je t'embrasse fort." (p.16)
Dans mon coeur, dans mon coeur
(Il touche trois fois son coeur)
Je t'embrasse fort." (p.16)
Regard brouillé de larmes en recopiant ces lignes.
Au revoir.
Libellés :lecture enchantée,musique classique
mardi 19 juin 2007
Le fantôme d'Adelphi Terrace s'est dissous*, il y a soixante-dix ans, et renaît chaque jour au contact de ma paupière, dans un clignement d'oeil moqueur ou généreux. Je fais ce constat. Je ne célèbre pas un anniversaire. Même si celui de la mort est peut-être plus intéressant que celui de la naissance. On mesure ainsi la profondeur de la perte et les dimensions de l'absence. J'imagine très bien pour lui ce que lui-même avait rêvé pour le poète disparu, George Meredith : "Quand un grand homme meurt (...) les immortels l'attendent au sommet de la colline la plus proche. Il fouille du regard l'horizon et il voit ses pairs. Ils sont tous jeunes, comme lui-même l'est. Il leur fait à tous un signe de la main en guise de salut." (George Meredith, A Tribute)
Il disait de lui, par personnage interposé, ceci : « Je suis si bizarre (...) que lorsque je pense à moi, je suis… je suis quelquefois effrayé. » Je crois que c'est cette conscience violente et pénible (parfois) de n'appartenir pas tout à fait au monde des hommes sans soucis qui nous rapprocha, lui et moi.
Je lui ai écrit une lettre cette nuit, pendant qu'un enfant, un mignon Henry, finissait d'écarquiller ses mirettes, quelque part, à l'autre bout de mon monde, quelques heures avant le dernier coup de carillon qui rappelle aux oublieux la disparition de mon héros, de mon ami, de mon frère. Il m'a éveillée à quatre heures du matin et j'ai composé, dans le clair-obscur révélé par les volets dentelées de vieillesse, quelques mots que personne d'autre que lui ne lira - par-dessus mon épaule, comme il aime à le faire.
J'ai raccourci le sommeil de l'allumeur de révébère,
Leerie-licht-the-lamps. Car le souffle de la peur et les cauchemars des enfants éteignent, une à une, les lumières de la ville, comme s'il s'agissait de bougies d'anniversaire géantes, et il doit recommencer son incessant travail de Sisyphe, heureux ou non, dans l'attente de la césure de l'aube et de l'imaginaire.
Stevenson aurait pu être cet homme aux jambes tordues qui monte sur l'échelle pour dispenser la lumière au monde.
"Leerie, leerie, licht the lamps,Lang legs and crooked shanks."
[illustration de Myrtle Sheldon pour A Childs Garden Of Verses de R.L. Stevenson]
Par la pensée, j'ai bondi à Kirriemuir.
« Thrums, le foyer des héros et des arts, où les lampes sont allumées par un magicien nommé Leerie-Leerie-allume-les-lampes (…) » (Sentimental Tommy)J'ai ouvert les bras pour le cajoler un peu, avant que le jour ne me rende au présent. Pour moi, voyez-vous, il demeure ce petit garçon de quarante-deux ans immortalisé par George Charles Beresford. Je lui rends visite plusieurs fois par jour dans l'un de ses livres, prenant toujours soin auparavant de tapoter de l'index gauche la couverture, afin de ne point le gêner dans son repos, afin de lui laisser l'occasion de prendre sa meilleure pose ou son profil le plus gracieux. Puis, j'ouvre la porte (le livre).
J'ai toujours préféré son visage à ce moment-là, sur cette photographie blanche et noire, grise sur les bords, qui emprisonne pour l'éternité ce regard qui ne semble s'adresser qu'à une personne. C'est là, peut-être, la suprême illusion qu'il n'a vécu que pour moi (vous). Il l'entretient en sorcier, en acteur, accomplissant un autre labeur que celui de Leerie Leerie, mais assez proche du sien, tout de même. Et je lui fais, au coeur de la nuit, cette déclaration qui n'a pas de sens. Je m'y emploie, à la troisième personne, feignant de croire qu'il n'est pas là pour mieux profiter de la surprise de sa présence qu'il me fera au réveil.
Je traduisis ce roman en français et, plus je pénétrais dans cette histoire, plus il semblait que quelque chose se dérobait sous mes assauts. Non pas les mots en eux-mêmes, à travers lesquels je voyais aussi bien qu’à travers leurs cousins français, mais un sentiment, une étrange impression qu’un mystère était dissimulé quelque part dans ce roman fait de bric et broc, construit en patchwork. Un intrus ou un non-dit malmenait mon esprit. Il me fallait trouver l’interstice, le défaut, le secret, comme si la cachette se situait entre les lattes quelque peu décalées d’un parquet. Je ne sais pas à quoi cela tenait mais j’étais certaine que Barrie écrivait son roman pour cacher quelque chose. Il écrivait pour masquer un secret. Il recouvrait de peinture un message qu’il regrettait d’avoir délivré. Mais le nouveau message ne cessait de s’écailler pour laisser apparaître son premier vœu. Un jour, je m’aperçus qu’il y avait du jeu entre les mots, que ceux-ci bougeaient sans cesse, aussi bien dans le texte original que dans ma traduction. Les mots bougeaient de manière très subtile. On les sentait à peine évoluer sous la prunelle. La faille se trouvait sous un mot inscrit en italique dans le Chapitre XVIII. Je posai le doigt sur ce mot, je fermai les yeux et me retrouvai dans un fauteuil de cuir, installé dans le creux d’une cheminée. Un joli nid au coin du feu, un inglenook, une forme d’igloo contrecarrée par une volonté supérieure, un endroit où, jadis, la fièvre avait tout ravagé. Il ne restait qu’une poignée de cendres métalliques alentour. Instinctivement, je tendis la main devant moi, là où plus un seul feu ne pouvait brûler. Tout à coup apparut un curieux bonhomme, installé sur la paume. Il s’amusait à mêler ma ligne de vie et ma ligne de chance, croisant hier et demain et passant la tête dans le licol du jour. Puis, je l’ai frôlé de l’index. Je me suis retrouvée, tout à coup, là, derrière vous.
*Attention à la conjugaison de ce verbe retors.
(Hymne officieux de l'Ecosse)
********
Catégorie :
Barrie
Libellés :James Matthew Barrie,petit rien
mardi 8 décembre 2009
J'avais pensé requérir l'aide de Norman Rockwell afin de vous adresser la présente ; il a imaginé d'adorables illustrations pour la circonstance. Finalement, je me suis décidée pour ce petit collage que j'ai réalisé (très maladroitement) au moyen d'un logiciel de retouche photographique. Étant dotée de deux mains gauches, le résultat n'est pas vraiment à la hauteur de mes espérances. Cependant, je suis assez satisfaite du jeu de contrastes et de couleurs que j'ai réussi à obtenir sur des photographies noir et blanc - celle de Barrie [j'ai choisi cette photographie à cause des veines saillantes sur sa main] et du "Casco", le bateau de Stevenson. J'ai détourné une publicité victorienne et lui ai adjoint le portrait de Stevenson... Vous reconnaîtrez l'autre protagoniste en haut à droite. (Je me demande pourquoi, l'âge venant, j'ai pratiquement perdu l'insigne de ma fierté : mes fossettes d'enfant...)
Probablement ce montage me servira-t-il pour fabriquer des cartes qui seront envoyées à mes amis anglo-saxons - et peut-être même à Her Majesty Queen Elisabeth... J'imagine un petit cartonnage de grammage honorable pour le soutenir, trois bouts de ruban mauve pour le mettre sur son 31 et cela devrait faire l'affaire.
Je vous envoie ce petit message pour vous dire une chose très simple et un peu couillonne : je vous aime, tous et toutes, amis de toujours, amis partis très loin - parfois si loin que l'on n'y peut plus rien, amis nouvellement arrivés dans mon existence, vous qui me lisez, vous qui m'écrivez, vous qui partagez avec moi les fragments colorés de vos existences, et même vos deuils - vos tragédies minuscules et vos drames insurmontables, chaque jour de l'année. Je vous aime, frères et soeurs humains. Je m'incline également devant vous, âmes silencieuses dont je sais ou devine la présence. Je vous souhaite, par avance, un très beau Noël. Vous le savez, n'est-ce pas ? Noël est ma période préférée de l'année. Je n'ai pas un mot de plus à ajouter à ce que j'écrivais l'année dernière, à la même époque, quoique je sois encore plus heureuse cette année. Et cela je le dois à mon mari dont le but semble être de me rendre chaque jour plus heureuse que le précédent.James Matthew Barrie est toujours perché dans le nouvel arbre de Noël, en compagnie, cette année, en plus des deux autres fantômes évoqués l'an dernier, du revenant de la douce Hilda Trevelyan.
Puissé-je, un jour, offrir aux autres un peu plus de cet amour que j'ai la chance de recevoir et adoucir ce caractère, parfois si dur et si brutal, qui est le mien, et qui blesse, une fois de trop - toujours. Puissé-je cesser de confondre sincérité et brutalité, force et maîtrise, amour-propre et vanité.
Je vous souhaite d'épouser vos songes, d'étreindre l'enfant en vous, où que vous soyez, quelle que soit la disposition d'esprit dans laquelle vous vous trouvez.
À bientôt.
Tôt ou tard.
Libellés :Christmas
mardi 8 novembre 2005
Je ne comprends pas pourquoi la mise en page de mon blog est dénaturée dans Internet Explorer alors qu'elle est parfaite dans Firefox. La barbe !
Aperçu dans une librairie, un petit livre, qui parle de tout et de rien : Les Miscellanéés de Mister Schott. Les éditions Allia me surprendront toujours agréablement.
Parmi, mes préférés : Jack l'éventreur de Robert Desnos (GENIAL !) ; Virginibus puerisque de Stevenson et Une apologie des oisifs du même Stevenson ...
Quelques achats intéressants, en occasion :
la première édition d'une biographie de Barrie publiée par Peter Davis en 1941 ! Et la première édition d'un discours de Barrie, The entrancing life, le tout pour quelques euros.
Je suis très heureuse de ces acquisitions. Ma bibliothèque va me remercier pour cette pitance de premier choix.
Il faut que je travaille sur ma thèse.
Les derniers mètres sont les plus pénibles. Rêver une "oeuvre" parfaite et se retrouver face à sa propre médiorité. J'ai pitié de moi-même.
dimanche 31 décembre 2006
Avec ou sans disque dur, ma mémoire est encore vaillante et mes forces intactes, puisque j'ai envie ce matin, contre toute attente, d'écrire quelques lignes pour refermer cette année, qui m'a offert de belles rencontres livresques et humaines. D'autres relations se sont épanouies et je suis toujours étonnée par l'amitié, qui vous rend décidément beaucoup plus fort et peut-être même plus beau. Je n'ai pas spécialement de bonnes résolutions pour l'avenir, sinon de donner plus de puissance à mon travail, de mieux me concentrer et d'oser davantage l'écriture qui me tiraille. Demeurer dilettante, car les spécialistes sont souvent stériles lorsqu'il atteignent certain niveau de complexité, mais laisser se sédimenter mes aspirations les plus violentes et construire sur ce socle mon existence. Le reste, je le laisse à Maître Hasard.
2007 sera, selon toute vraisemblance, une année écossaise pour moi. Je le souhaite. Si le vieux barbu me prête vie, je serai en Ecosse au printemps, pour visiter Barrie, Walter Scott, Stevenson et quelques autres, dans le but d'écrire quelques pages qui seront des pages écossaises, en témoignage d'amour et de respect pour James Matthew Barrie. J'espère avoir le temps, pendant ce voyage en langue anglaise, de me rendre à Haworth, dans le West Yorkshire, en mémoire de mes amies, les soeurs Brontë
2007 sera, selon toute vraisemblance, une année écossaise pour moi. Je le souhaite. Si le vieux barbu me prête vie, je serai en Ecosse au printemps, pour visiter Barrie, Walter Scott, Stevenson et quelques autres, dans le but d'écrire quelques pages qui seront des pages écossaises, en témoignage d'amour et de respect pour James Matthew Barrie. J'espère avoir le temps, pendant ce voyage en langue anglaise, de me rendre à Haworth, dans le West Yorkshire, en mémoire de mes amies, les soeurs Brontë
[The Brontë Sisters, peinture de Patrick Branwell Brontë, vers 1834. De gauche à droite : Anne, Emily, and Charlotte ; Branwell s'était représenté au départ entre Emily et Charlotte mais il a effacé sa présence par la suite... Très étrange l'impression suscitée par cet espace vide... ]
(sans oublier Branwell). Je m'identifie beaucoup à Emily,
[Emily peinte par son frère]
qui demeure ma préférée, car Wuthering Heights et ses poèmes sont d'une telle incandescence que j'aime à m'y brûler, mais Charlotte a conquis mon affection la première, dans l'enfance.
A DAY DREAM (par Emily Brontë)
ON a sunny brae alone I lay
One summer afternoon;
It was the marriage-time of May,
With her young lover, June.
From her mother's heart seemed loath to part
That queen of bridal charms,
But her father smiled on the fairest child
He ever held in his arms.
The trees did wave their plumy crests,
The glad birds carolled clear;
And I, of all the wedding guests,
Was only sullen there!
There was not one, but wished to shun
My aspect void of cheer;
The very gray rocks, looking on,
Asked, "What do you here?"
And I could utter no reply;
In sooth, I did not know
Why I had brought a clouded eye
To greet the general glow.
So, resting on a heathy bank,
I took my heart to me;
And we together sadly sank
Into a reverie.
We thought,
"When winter comes again,
Where will these bright things be?
All vanished, like a vision vain,
An unreal mockery!
"The birds that now so blithely sing,
Through deserts, frozen dry,
Poor spectres of the perished spring,
In famished troops will fly.
"And why should we be glad at all?
The leaf is hardly green,
Before a token of its fallIs on the surface seen!"
Now, whether it were really so,
I never could be sure;
But as in fit of peevish woe,
I stretched me on the moor,
A thousand thousand gleaming fires
Seemed kindling in the air;
A thousand thousand silvery lyres
Resounded far and near:
Methought, the very breath I breathed
Was full of sparks divine,
And all my heather-couch was wreathed
By that celestial shine!
And, while the wide earth echoing rung
To that strange minstrelsy
The little glittering spirits sung,
Or seemed to sing, to me:
"O mortal! mortal! let them die;
Let time and tears destroy,
That we may overflow the sky
With universal joy!
"Let grief distract the sufferer's breast,
And night obscure his way;
They hasten him to endless rest,
And everlasting day.
"To thee the world is like a tomb,
A desert's naked shore;
To us, in unimagined bloom,
It brightens more and more!
"And, could we lift the veil, and give
One brief glimpse to thine eye,
Thou wouldst rejoice for those that live,
BECAUSE they live to die."
The music ceased; the noonday dream,
Like dream of night, withdrew;
But Fancy, still, will sometimes deem
Her fond creation true.
Je retournerai à Londres le temps de revoir les lieux barriens que je connais déjà pour certains. Bien sûr, je rendrai compte de ce voyage, ici même, si mes lecteurs sont toujours présents.
*
Walter Scott (1771-1832) m'est davantage familier, au fur et à mesure que je travaille à mon étude qui devrait accompagner les textes de Barrie que je traduis. Je ne savais pas dans quel engrenage je mettais le doigt en m'attelant à ce gros volume barrien. Pénétrer dans le monde des légendes celtiques, afin de mieux saisir et de mettre en perspective les sources de James Matthew Barrie, est à la fois un enchantement et un motif d'inquiétude constante : une part de mon esprit n'est-elle pas désormais captive de l'autre monde ? Et si ces divers livres étaient un appât pour piéger mon âme et mon esprit ? Serai-je comme ces pauvres hères prisonniers d'un cercle de fées et qui sont obligés de danser jusqu'à l'épuisement et la mort ? Ou bien peut-être ne suis-je pas humaine mais une enfant née sur les îles de Tir Nan'Og et qui vit en marge des hommes, sur la frange de leurs rêves éveillés ? Qui sait ce que nous sommes réellement ? Berkeley ou Shakespeare et bien d'autres ont posé cette question, chacun à leur manière.
J'ai déjà une bibliographie longue comme le bras gauche et mon esprit ne sait où tourner ses vacillantes lumières. Mais quel bonheur ! Je ne vis jamais aussi intensément que dans l'étude et lorsque mes doigts s'agitent sur le clavier (et lorsque l'ordinateur ronronne au lieu de flamber, aussi excité que je le suis dans la découverte). Je me sens également légitimée dans ma propre tentative romanesque, comme si j'avais trouvé ma véritable famille littéraire et acceptait enfin cette ascendance.
En 1830, après une première attaque de paralysie, pendant sa convalescence, Scott écrivit les Letters on Demonology and Witchcraft ;
il y fut incité par son beau-fils. L'ouvrage se compose de dix longues lettres à lui adressées. Bien sûr, Scott est un enfant des Lumières et il fait oeuvre de rapporteur de légendes et d'opinions, de conteur ; il critique également les procès de sorcellerie qui ne laissaient aucune chance aux accusés.
Il suffit de lire l'effroyable Malleus maleficarum (Le marteau des sorcières) de Henry Institoris et Jacques Sprenger (1486), pour avoir la chair de poule.
Comme toujours, chez Walter Scott, le propos est précis et copieux, d'un sérieux mâtiné de quelque souffle épique.
Je joins plus loin des extraits de la lettre IV (traduction d'Albert Montémont) où il est question de changelins et de Thomas le Rimeur... Ce dernier est le personnage d'une fameuse ballade des Borders (la région d'Ecosse, où beaucoup de sang fut versé par les écossais et les anglais, car elle servait de tampon entre les deux pays). A lire :
Pour faire plus ample connaissance avec les chansons des Borders vous pouvez visiter cette page bilingue. Cette chanson-ci est citée par J.M. Barrie, qui fait beaucoup référence aux Borders, à l'histoire et à la mythologie écossaise dans Adieu Mademoiselle Julie Logan, son conte de noël et / ou d'hiver qui met en scène un fantôme qui pourrait être l'ancêtre de la bien vivante Mary A., connue de ceux qui ont lu Le petit Oiseau blanc. Les ballades sont souvent teintées de surnaturel et sont la source de contes plus étoffés. Barrie s'ingénie à reprendre dans cette histoire un certain nombres d'éléments du folklore écossais - la pierre de Logan, par exemple... il existe plusieurs pierres de cette sorte... - et de l'histoire terrible des luttes entre anglais protestants et écossais jacobites (catholiques) partisans des Stuarts, dont "Bonnie Prince Charlie" (le Prince Charles-Edouard)
est la figure de proue dans le conte de Barrie. Le jacobitisme dont il est question, par allusions chez Barrie, est très connu aussi des lecteurs de Walter Scott ou de Stevenson (Cf. Kidnapped). Il n'est pas non plus innocent de songer que l'autre prénom du Capitaine Crochet (Hook) est Jacobus... Mais c'est une autre histoire que je raconterai ailleurs. Qui m'aime me suive...
*
(...)
[Cliquez sur les petits extraits pour les agrandir.]
******************
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Littérature
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