mercredi 23 avril 2008

Je pars ! Je ne suis qu'un frisson.
Il paraît d'après ceux qui en sont revenus que, là-bas, à certaines heures, l'herbe est bleutée et qu'elle se balance très poétiquement. L'image me fait un peu mal car cette simple idée énoncée concurrence mon imagination. La réalité peut-elle encore être à la hauteur de cette déclaration ?
Le coeur de ceux qui viennent réveiller les lieux donne le "la", m'a-t-on dit, et tout prend vie le temps d'un printemps. Je sais bien que je vis l'un des derniers printemps de mon printemps et qu'ensuite il faudra vieillir.
J'ai hâte de voir - non ! d'éprouver - cela, je veux dire l'herbe bleutée et froufroutante. Il me semble que je touche et croque déjà le fruit de mes songes.
Il paraît même que je pourrai visiter pendant ces jours prochains la dernière maison où a habité Jane Austen.
Il paraît que je ne vis plus que mes rêves.
Je rends visite à mes "parents". Ils sont tous morts et ne vivent plus qu'entre les pages des livres.
C'est bien.
De toute façon, je réprouve la compagnie des trop vivants.
Rien ne va plus ! Tout est en désordre ! Je m'active ici et là. Je dépose une note bibliographique ici ; là, je taille et allonge en même temps un chapitre trop long ; ailleurs, je prends des notes, sur un carnet surchargé de ratures et d'ajouts, pour une autre histoire. Je gobe, sans le goûter, un litre de café et dispense ma désinvolture à tous. Puis, je me contemple dans l'incompréhension des autres, surtout de ces femmes qui n'ont pas la moindre idée que je ne suis pas tout à fait comme elles, que je m'en trouve bien, et qui ne comprennent pas que je préfère porter des livres plutôt que des enfants et que les deux sont, pour moi incompatibles.
Déjà l'enfance me distinguait d'elles. Déjà j'étais consciente de tout ce qui nous séparait. Sans indisposition.
Pas le temps.
Je suis sûre d'avoir oublié mille petites choses qui me feront défaut au moment propice.
La leçon de Chinois n'était pas assez apprise, hier ; ce matin, le violon n'est pas assez caressé. Je suis coupable, oui. Je fais trop et pas assez. Surtout en amitié.
Dernières recommandations à qui de droit.
Quand, comme moi, on cohabite avec quatre chats et trois chiens qui vous font l'honneur de vous accorder une petite place dans leur territoire, il est hors de question de partir de chez soi sans trouver quelqu'un qui va habiter votre maison, à votre place, pendant votre absence. J'ai de la chance, je connais cette perle, qui emménage chez nous le temps d'un voyage et qui ne dérange pas trop les ombres que je laisse derrière moi, même si elle ouvre mes pots de confiture.
Il ne me reste plus qu'à remplir légèrement des valises.
Je suis devenue plus raisonnable au fil du temps. Je me le répète pour m'encourager à l'être vraiment. Un peu plus que chaque dernière fois.
Autrefois, j'emmenais une armoire avec moi. Ma valise avait la taille d'une malle-cabine et était le cauchemar de tous porteurs dans les hôtels. Désormais, je voyage avec le minimum.
Je suis consciente, cependant, que mon minimum n'est pas nécessairement celui des autres. L'apparat vestimentaire n'est pas ma préoccupation, étant donné que je ne m'habille que de noir et que j'ai souvent les mêmes vêtements en double ou en triple. Mon seul éventuel indice de sophistication est mon Chanel number 5 ou Le monde est beau de Kenzo ou encore ma collection de sacs à main. Pour le reste, je suis une personne plus que modeste. L'invisibilité est mon ambition. On observe mieux en retrait.
Mais je refuse de voyager sans mes livres, mes encyclopédies ou mes dictionnaires. Dieu merci, l'informatique permet d'alléger la valise.
Que vais-je emmener ?

Le sac que j'ai dérobé en imagination à Miss Poivert, avant de me l'offrir, parce que j'aime bien l'idée et que, finalement, je n'emporterai pas, car hier soir j'ai trouvé un cadeau de princesse dans la maison (une très belle création Lancel, l'Easy flirt décliné en rose, bien sûr, car la couleur je ne la porte qu'en bandoulière).




Dans ce confortable sac, je vais pouvoir mettre plein de choses. Raisonnable, ai-je dit ?
Un carnet ventru, Wuthering Heights et Jane Eyre pour faire bon poids, symboliquement. Mes extensions : mon précieux IPhone (lui et moi, nous sommes inséparables depuis sa sortie en France, en novembre dernier) et mon tout nouveau eeepc (un ultra-portable qui tient dans un sac à main et qui fait tout comme un grand ! Bien pratique quand, comme moi, on aime écrire n'importe où...), qui me permettra peut-être de faire des "reportages" en direct sur place et, surtout, de continuer à travailler un peu. Parce que ce qui m'importe vraiment, c'est de savoir si on peut dire le réel.

Un stylo-plume qui dégorge d'encre noire et un autre d'encre violette, pour écrire des cartes postales que je n'aurai pas le temps d'envoyer à tout le monde, c'est certain. Des disques que j'ai chargés sur mon précieux IPhone, dont celui-ci (beau, beau, beau) : ainsi que les cours du Collège de France - que je n'aurai pas le temps d'écouter, mais cela me rassure.
Un appareil photo et un camescope numériques - le domaine de M. Golightly, afin de ramener vidéos et photographies pour les indulgents lecteurs de ces pages.

De toute façon, les souvenirs ne servent à rien, car on les vit au présent et le présent n'existe pas. Et puis, tout est vain.
Vite ! Vite ! Je suis en retard ! Au secours ! Au revoir !
samedi 19 avril 2008
Lecture vieille de huit ans, environ, reprise récemment, et les mots sont compris autrement. Mais je demeure une spectatrice du "Théâtre intime" de Strindberg.
De Strindberg, phrases citées dans la postface : "Je suis le destructeur, le démolisseur, l'incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c'est moi qui ai fait cela, moi ; c'est moi qui ai écrit la dernière page de l'histoire du monde, vraiment la dernière."
"Peut-être est-ce notre devoir de fermer les yeux et de nous dissimuler certaines choses, comme nous cachons nos fonctions naturelles. Nous habitons peut-être une très belle demeure mais nous savons qu'il existe une chambre secrète qui cache quelque chose de très laid. Toutefois, personne n'y pense, et nul ne songe à montrer cette porte fermée qui se trouve en chacun de nous."
Et la maison à étages de Kierkegaard ?
****
[…] "Vous ne verrez que la vieille histoire de la vie, Sous toutes ses formes et avec toutes ses horreurs, Le bien, le mal, la grandeur, la petitesse, En toute intimité, mais en confiance, Et gravement ; il est difficile de toujours sourire, La vie n'est pas gaie tous les jours." […] "Quand la pièce commencera, la toile une fois levée, Sous plus de cent lumières nous serons mis à nu Tandis que dans l'ombre, vous, Vous serez dissimulés, Et vos sentiments et vos regards protégés. Pour cette raison, sachez ne point juger trop sévèrement Ceux qui seront alors exposés aux courants d'air, Tandis que vous-mêmes serez assis dans une chaude intimité. Nous et notre poète nous allons donc frapper les trois coups Et vous serez tranquillement assis, et regardant. Pour nous, il s'agira ici de traverser la souffrance D'un peu de vie humaine, pendant quelques instants ! "Crainte et Compassion", Telle était l'exigence des anciens en fait de tragédie, Compassion envers ceux qui en subissent l'épreuve, Tandis que les dieux, tenant secrètement conseil, Agitent la destinée des enfants d'être humains ; Nous, les modernes, changeront quelque peu de ton : "Humanité, Résignation" - - - Sur le chemin qui va De l'île de la vie, à celle de la mort. "
August Strindberg, Le Pélican, Paris, Solin, 1993, texte français de Michel Vittoz, avec la collaboration de Pascale Preel, texte présenté et annoté par Jérôme Hankins, je souligne.

Et voici que Miss Holly se retrouve embarquée dans une fiction ! Cela ne m'était encore jamais arrivé ! Je sens que je me dédouble, que ma persona se délite et prend vie ailleurs pour mon plus grand plaisir, alors que j'ai envie de faire peau neuve...

Grâce à l'ingénieux, facétieux, talentueux et érudit Eric Poindron dont je vous invite à lire le "blog"!

C'est sans conteste un endroit rare sur le Net où j'aime me perdre.
Merci, M. Eric.

mercredi 16 avril 2008
Je suis une machine à lire et à écrire, mes mots ou ceux des autres.
Non, pas une machine, mais un organisme. Cela revient presque au même.
Plongée dans l'écoute de ce coffret qui me ravit, je recopie quelques lignes qui cisèlent ma pensée. On sait, pour qui me lit depuis longtemps, l'admiration que je porte à Unamuno. A bien chercher dans ce JIACO, on pourrait y trouver les ruines de quelque vieux texte.
Comment on fait un roman de Miguel de Unamuno, Paris, Les fondeurs de briques, 2008.

« Quand un livre est chose vive, il faut le manger, et qui le mange, si à son tour il est vivant, il revit par cette nutrition. Mais pour les écrivains – et ce qu’il y a de triste c’est que seuls lisent ceux qui écrivent -, pour les écrivains un livre n’est rien de plus qu’un écrit, ce n’est pas une chose vivante, revivifiante, éternisante (…) Et seuls peuvent sentir ce qu’il y a d’apocalyptique, de révélateur dans le fait de manger un livre ceux qui sentent comment le Verbe se fit chair en même temps qu’il se faisait lettre et comment nous mangeons, en pain de vie éternelle, eucharistiquement, cette chair et cette lettre. Et la lettre que nous mangeons, qui est chair, est aussi parole, sans que cela veuille dire qu’elle soit idée, c’est-à-dire squelette. On ne vit pas de squelettes, personne ne s’alimente avec des squelettes. » (p.18)
« (…) la façon la plus courante de s’abêtir [est] de lire des livres sans les manger, d’avaler la lettre sans l’assimiler en la faisant esprit. » (p.26)
« Si par roman, tu entends, lecteur, l’argument, il n’y a pas de roman. Ou, ce qui revient au même, il n’y a pas d’argument. L’os est dans la chair, et dans l’os la moelle, mais le roman humain n’a pas de moelle, manque d’argument. Tout est petites boîtes [les petites boîtes de laques japonaises enchâssées l’une dans l’autre, jusqu’à la dernière qui est… vide.] et rêves. Ce qui est véritablement romanesque, c’est comment on fait un roman. » (p.28)
«Oui, tout roman, toute œuvre de fiction, tout poème, quand il est vivant, est autobiographique. Tout être de fiction, tout personnage poétique, que crée un auteur, fait partie de l’auteur même. Et si celui-ci met dans son poème un homme en chair et en os qu’il a connu, c’est après l’avoir fait sien, partie de lui-même. (…) Toutes les créatures sont leur créateur. » (p. 35)
« (…) je dois avouer que la plus grande confiance que je puisse avoir en mon bon sens m’a été donnée dans les moments où, observant ce que font les autres et ce qu’ils ne font pas, écoutant ce qu’ils disent et ce qu’ils taisent, ce fugitif soupçon m’a effleuré : “Serais-je fou ?”
Être fou, on dit que c’est avoir perdu la raison. La raison, mais non la vérité, car il est des fous qui disent des vérités, alors que les autres les taisent, parce qu’il n’est ni rationnel ni raisonnable de les dire, et c’est pourquoi l’on dit qu’ils sont fous. Et qu’est-ce que la raison ? La raison, c’est ce sur quoi nous sommes tous d’accord, tous ou du moins l’immense majorité. La vérité est autre chose. La raison est sociale ; la vérité, d’ordinaire, est complètement individuelle, personnelle et incommunicable. La raison nous unit et les vérités nous séparent. » (pp.45-46)
« Tout lecteur qui, lisant un roman, se préoccupe de savoir comment finiront les personnages sans se préoccuper de savoir comment il finira, lui, ne mérite point qu’on satisfasse sa curiosité. » (p. 58)
« Que du songe il [le lecteur] fasse de la vie, et il sera sauvé. Et comme il n’y a là rien que comédie et roman, qu’il pense que ce qui lui paraît réalité extra-scénique est comédie de comédie, que le noumène inventé par Kant est ce qu’il peut y avoir de plus phénoménal, et la substance ce qu’il peut y avoir de plus formel. Le fond d’une chose est sa surface. » (p. 62)

« Ce roman, et d’ailleurs tous ceux que l’ont fait, et non que l’on se contente de raconter, en toute rigueur ils ne finissent point. L’achevé, le parfait, c’est la mort, et la vie ne saurait mourir. Le lecteur qui cherche des romans achevés ne mérite pas d’être mon lecteur : il est lui-même déjà achevé avant que de m’avoir lu. » (p. 62)
« (…) une de mes lectures de hasard-, Le Sorgenti irrazionali del pensiero de Nicolas Abbagnano : “Comprendre ne veut pas dire pénétrer dans l’intimité du personnage étranger, mais seulement traduire dans sa propre pensée, dans sa propre pensée, dans sa propre vérité l’expérience souterraine où se fondent sa vie propre et celle d’autrui.” Mais ne serait-ce point là justement pénétrer dans les entrailles de la pensée d’autrui ? Si je traduis dans ma propre pensée l’expérience souterraine où se fondent ma vie et ta vie, lecteur, ou si tu la traduis dans ta propre pensée, si nous parvenons à nous comprendre mutuellement, à nous prendre ensemble, n’est-ce point parce que j’ai pénétré dans l’intimité de ta pensée cependant que tu pénétrais, toi, dans l’intimité de la tienne et que celle-ci n’est mienne ni tienne, mais commune à tous deux ? N’est-ce point parce que mon homme intérieur, mon intra-homme prend contact et même s’unit avec ton intra-homme en sorte que je vis en toi et toi en moi ? » (pp. 74-75)
« Le projet d’un édifice est projet de construction. Et un problème présuppose non tant une solution, au sens analytique ou dissolutif, qu’une construction, une création. On résout en faisant. » (p.75)
(Je souligne.)
lundi 14 avril 2008
Le secret, c'est de prendre son temps. Tout son temps, même s'il est avare en terme de floraisons.





J'ai changé !
C'est indéniable.
Vous ne pouvez pas encore savoir.
Je n'ai plus peur.
De voyages réels en voyages imaginés, je me promène sur la terre.
Mes voyages réels ne sont jamais que le passé de mes voyages imaginaires.
Ils n'en sont pas moins beaux ou nécessaires, bien au contraire. Ils me reflètent simplement à divers instants d'un temps qui n'est jamais plus le mien.
Je cherche à résoudre les énigmes que j'ai posées autrefois et dont je ne connais plus les réponses, puisque je ne suis plus tout à fait ce que je fus. C'est l'Aventure intérieure !
La vie est belle et bonne. Je me sens vivante comme un enfant ou comme une fleur de printemps, avec la conscience de la mort qui ouvre sa focale sur les jolies choses.
Je prépare le présent en dévorant les pages de guides raflés chez Gibert Joseph.

Je tressaille en songeant aux ruines de Waverley que, peut-être, je pourrais toucher de la main.
J. M. Barrie demeure toujours le fil conducteur. Je vais dans le Surrey pour lui et il m'emmène sur les traces des Brontë, car il aimait Emily autant que je l'aime, je crois.
Dans le même esprit, je me rendrai un jour à Samoa - M. Golightly l'a promis et le mot impossible est un mot qu'il n'a jamais prononcé devant moi - sur les traces de son ami, Stevenson. Je suis prête pour ce genre de voyages qui m'auraient horrifiée il y a encore un an. Le voyage n'est plus la violence que je m'affligeais parfois. Je rêve si bien mes voyages qu'ils deviennent une part de moi.


[Joli recueil reçu récemment qui va s'ajouter à ma collection de livres anciens concernant Stevenson et l'époque à laquelle il appartient, volume auquel des fragments barriens sont insérés, ce qui le rend inestimable à mes yeux...]



Il rejoindra la dernière acquisition pour le musée Barrie, un livre assez rare qui contient un texte de Barrie que je n'avais pas encore lu et qui concerne... les ânes. En apparence, en tout cas...




Je contemple le probable naufrage d'un bateau au Jardin du Luxembourg.



Merveilleux week-end à Paris. "M. Golightly" est le maître de mes illusions autant que de ma réalité.
Point d'orgue : un très beau concert à Pleyel,


où nous nous étions rendus afin d'entendre, entre autres, Renaud Capuçon, virtuose violoniste, que j'admirais jusques alors, par disques interposés, sans avoir encore jamais assisté à l'un de ses concerts. My M. Anon m'avait prévenue en sa faveur et, quand on sait le niveau d'exigence de cet homme, devenu mon personnage de fiction préféré, c'était un gage inestimable pour moi de confiance.
Renaud Capuçon a interprété - non, il a incarné - le romantique Concerto pour violon de Mendelssohnn (opus 64) avec une ferveur et une fougue telles qu'à certain moment, à le voir et à l'entendre, je me suis dit que la vie valait vraiment la peine d'être vécue. Bien sûr, Renaud Capuçon est conscient de sa valeur, il possède l'impertinence de la jeunesse, manifeste une certaine fierté pour sa personne, mais témoigne d'une réelle générosité, d'un quelque chose qui va droit au coeur.
(Je n'ai pas résisté à la tentation de lui faire signer mon programme. Non pas que je sois une chasseuse de paraphes, quoi que...).

Le jeune chef Tugan Sokhiev est rigoureux et profondément humain avec ses musiciens. A la tête depuis assez peu du très bon Orchestre du Capitole, il semble creuser son chemin, avec beaucoup de conscience et de sûreté. Lui et son orchestre nous ont donné une grandiose interprétation de la Cinquième symphonie de Tchaïchovski, que j'essaierai de garder dans ma mémoire affective et sensorielle.

Au hasard de mes pérégrinations dans les libraires de la capitale, je suis tombée nez à nez avec ce livre dans ma librairie du cinéma préférée :



et j'ai pensé à Fauna, ma si belle et si talentueuse amie, qui est de la race des reines. Elle avait écrit un noble billet sur cet acteur hors du commun. Elle avait saisi avec acuité la personnalité de cet être indéfinissable, de cette libellule-marionnette au sourire divin.
Ce livre est très pudique, très beau, taillé en pleine peau d'homme et d'âme. Il ne contient rien de trop et, en à peine cent vingt pages, cette miniature nous restitue l'élégance d'un homme que j'aurais aimé connaître, en qui je reconnais certaines des blessures qui sont miennes, et un certain idéal d'existence.
"Moi, je le dis avec orgueil, je n'ai jamais rien sacrifié pour la mangeaille." (p.19)
Je ne connais pas l'auteur de ce récit et, après avoir refermé le livre, je ne sais rien de lui, sinon qu'il a été capable de faire vivre cet autre, en qui certainement il trouvait des correspondances que l'amitié n'explique pas seulement. Peut-être a-t-il atteint ce que je nomme "le point d'effraction d'autrui" et que Deleuze nomme le charme, notion très profonde que seuls les superficiels par nature réduisent à des considérations épidermiques - alors que la peau, c'est ce qu'il y a de plus profond, pour parler comme Valéry - et qui est comme l'endroit où se cristallise la folie, la petite phobie ou obsession, qui nous sert de centre de gravité.
Il rêvait de lire sur scène une sélection des sonnets de Shakespeare dans la traduction de Jouve - dont j'ai lu le magnifique Paulina 1880, livre offert par un ami à Noël et dont il faudra que je reparle. Il n'a pas trouvé le financement. Triste moment où le réel de ceux qui paient déchire celui de ceux qui rêvent.
"Mais ne cherchez pas à comprendre, il est à la recherche de ses rêves d'enfants." (p. 109)
"Quand tu t'en vas où est le cimetière des heures parties ?
Dans mon coeur, dans mon coeur

(Il touche trois fois son coeur)
Je t'embrasse fort." (p.16)
Regard brouillé de larmes en recopiant ces lignes.
Au revoir.
vendredi 11 avril 2008
Dernière petite note, certainement, avant mon départ dans les ténébreuses et romantiques landes anglaises.
****
Même si Philip Pullman est, à mes yeux, un homme un peu décevant (eu égard aux hautes attentes - illégitimes, sans doute - que j'avais formulées à son égard, à la lecture de son oeuvre), par un manque de courage certain, je ne le dépossède pas tout à fait de mon estime.
Pire, je continue à le lire avec la même fièvre qui s'empara de moi lorsque je lus pour la première fois His Dark Materials.
Mais l'écrivain mériterait d'être un meilleur homme. Il suffit pour s'en convaincre de regarder la triste et si médiocre adaptation du premier tome de son oeuvre, His Dark Materials, et ce malgré la belle prestation d'actrice de Nicole Kidman, plus que parfaite en Mrs. Coulter - "cruelle et séductrice en même temps", comme l'explique Pullman dans la vidéo que je propose à la fin du billet. Ou encore suffit-il de lire ses réponses embarrassées lorsque lui sont posées des questions dérangeantes de ce genre : pourquoi a-t-il laissé gommer tout l'aspect assez violemment (avec raison, mais encore faut-il comprendre la position complexe de Pullman sur ce sujet ) anti-religieux de son histoire dans le premier film ?
Ne pas se sentir responsable de ce que l'on fait de votre livre me paraît une réponse tout à fait contestable et coupable. Mais c'est son droit, bien entendu.
M. Pullman est donc un tantinet pleutre (ou dévoué au dieu Money ?) et aveugle (envers son oeuvre, envers certains auteurs dont il veut tellement se démarquer, J. M. Barrie, par exemple, qu'il n'a pas compris).
Malgré ces réserves qui concernent davantage l'homme que l'écrivain, même si le premier est le père du second, j'ai acheté son dernier livre, par fidélité et admiration sans faille à sa trilogie, qui demeure l'une des oeuvres qui ont beaucoup compté pour moi ces dernières années. Je le lirai bientôt. Pour l'heure, je vous livre le contexte.
Ce petit livre, Il était une fois dans les royaumes du Nord, dont la traduction française paraîtra en septembre, s'inscrit dans la lignée du précédent, écrit dans un esprit comparable. Je soupçonne un peu l'auteur de vouloir faire patienter les lecteurs de la première heure (dont je suis), qui attendent son "Livre de la poussière" depuis de longues années.
Cet objet, car il s'agit davantage d'un objet ludique que d'un livre, n'apporte rien à son oeuvre, mais il fera certainement plaisir à certains. A moi, peut-être.
A me lire, on pourrait croire que je boude mon plaisir et mon intérêt. Tel n'est pas le cas. Je ne le crois vraiment pas. Je suis ne pas devenue un vieux bonnet de nuit troué. Je ressens simplement une certaine tristesse devant l'incapacité d'un écrivain, qui possède des idées originales, une ferme culture parfaitement assimilée et solidifiée en lui, et un indubitable et assez rare don de conteur, de pousuivre une oeuvre au lieu de courir le cachet et l'interview parfois facile.
A-t-il perdu tout sens de la pudeur et du respect envers son travail littéraire ?
M. Pullman, sauf votre respect, je crois que vous vous égarez, et je suis la première à le regretter. J'espère que vos errements ne vous empêcheront pas d'écrire ce livre que j'imaginais magistral et dont le fantôme nous sépare.
Ce livre-ci, une nouvelle, nous raconte une rencontre, la première entre Lee Scoresby et Iorek. Je vous en rendrai compte bientôt.
Je laisse la parole à son auteur. Dans un entretien, ma foi vraiment intéressant, puisqu'il déborde du simple cadre d'une promotion, il nous explique, entre autres choses, où il en est de la rédaction du Livre de la poussière et de son sujet et il est amusant que Pullman nous parle de Cendrillon, encore un point commun de plus avec mon cher Barrie, qu'il déteste...
Sa conception de l'innocence, du passage de l'enfance à l'âge adulte, du pouvoir de la religion ou du mythe m'importent beaucoup, même s'il me paraît ne pas prendre assez en compte, explicitement j'entends, une dimension essentielle de l'enfance : l'innocence n'existe pas pour l'enfant ; ce qu'il appelle ici "cet état de grâce" est simplement le regard adulte que nous portons sur des êtres qui n'éprouveront jamais ce sentiment, qui ne le peuvent, sinon... ils perdraient cette innocence. Je crois que la "poussière", cette substance qui matérialise, en quelque sorte, la possibilité du péché dit cette ambiguïté, ce paradoxe.
mercredi 26 mars 2008
D'abord une librairie de province comme il n'en existe plus guère, une main qui erre, un regard affamé, puis une couverture qui s'impose. Une couverture
qui triche un peu avec la réalité, qui donne une inflexion, comme il est souvent d'usage pour une couverture digne de ce nom.
Le tableau de John Singer Sargent (The Misses Vickers) est amputé d'un personnage.

Escamotage, disparition, arrangement avec la réalité.
Fiction.
Prémonotion du contenu du livre.
Et puis une lecture, celle d'un livre, petit et magistral, qui possède sa perversité propre - qualité essentielle en littérature, car il s'agit bien de cela.
Jeu de rôles et jeu de dupes, où les diverses strates de l'écriture et du réel énoncé sont reduites à une seule. Illusion d'optique. Quelque chose soulève ici et là la croûte des mots. Rôle discret de la ponctuation qui permet ce jeu, plus sérieux ou tragique que l'on ne pourrait le croire. Techtonique des épaisseurs textuelles.
Un journal, qui est aussi le livre que nous lisons, mais qui n'est déjà plus lui. Glissement perpétuel. Exercice de prestidigitation presque invisible. Pensée de la narratrice qui se dissimule et s'expose.
Où est la réalité ?
Combien de draperies entourent le noyau du texte ?
Qui ne parle pas dans ce livre ?
Ne rien dire du livre. Souffler une envie pour le passant. C'est tout. Je me tais.

Il existe encore un peu de littéraire, dans notre société de consommation, où les modiques écrivains se font cyniques visiteurs de commerce pour vendre leur mignon bonheur moite ou leur petit caca enrobé d'un glaçage pâtissier. Au hasard, un nom parmi cette confrérie des médiocres : l'exécrable et nullissime Anna Gavalda, qui met le Harlequin à la portée des gens bien, qui n'ont plus idée d'avoir honte de leurs lectures - triste exemple parmi de nombreux autres Marc Levy et Amélie Nothomb, cette dernière n'étant pas encore la pire... -, mais quand on perd la gêne de ses faiblesses de lecteur ou d'écrivain, tout est, hélas, permis ! Et ceci vaut aussi pour le cinéma français contemporain... et pour la culture en général.

Mais il existe des ailleurs.
Tout n'est pas encore perdu.
La preuve.

Une lecture enchantée, un dimanche, de cet écrivain que je ne connaissais pas et qui possède grand talent. De quoi me réconcilier, un moment, avec la littérature française contemporaine.

Fragments :

"En ville, la lumière est trop crue, tandis que Lord Auskin recherche la brume et le silence pour voir moins. Parfois, il me fait penser aux canaris qui chantent dans la serre. Ils chantent et leur chant semble beau, parce qu'on leur a crevé les yeux. Je me demande alors, en les écoutant, ce qui est le plus cruel : la lumière blanche des villes ou les épingles des campagnes ?" (p. 21)

"Je viens d'acheter plusieurs rames de beau papier chez le libraire. Je vais coudre des feuillets ensemble pour m'en faire de nouveaux cahiers, dans lesquels je noterai tout ce qui me semblera digne d'intérêt. J'utiliserai, pour réaliser ce petit oeuvre, l'aiguille et le fil qui me servent à rapiécer mes vêtements. J'aurai ainsi l'impression de coudre ma pensée aux entournures du monde extérieur." (p. 34)

Quatrième de couverture : ici.
mardi 25 mars 2008
Pour Fauna, parce que c'est elle, parce que c'est moi.



Il y a un équilibre délicat à trouver sans cesse dans ces eaux mouvantes qui vous bercent entre jadis et jamais, entre jamais et présent, je le disais précédemment au sujet de Doillon.


Des mères ambiguës, il en existe. Ce sont elles qui suscitent ma curiosité. Les bonnes mères n'ont rien à m'apprendre, si tant est qu'elles existent, car toute mère est virtuellement un vampire.Il suffit de peu pour que le monstre éclose. Mrs Coulter, la mère de Lyra, l'héroïne de la trilogie de Pullman, est la mère ambiguë par excellence. Elle est à la fois la mère sublimée à la beauté que l'on suppose vénéneuse et la marâtre sorcière, porteuse de la mort de l'enfance, de la mort et de l'enfance, qui s'exprime d'abord par le mensonge et la duplicité de celle en qui l'enfant devrait avoir foi plus qu'en Dieu lui-même. Oui, le secret est mal gardé et je ne trahis rien : l'homme crée Dieu sur le modèle qui lui a permis de créer ses propre parents, et surtout sa mère. Barrie l'avait très bien compris, M. Pullman également, mais avec moins de tendresse et de bienveillance, semble-t-il.


Quatre films vus ou revus l'année dernière, assez distants les uns des autres dans ma chronologie cinéphilique, m'ont paru se nouer sur la question si importance de l'enfance comme fondement de la croyance : The Other de Robert Mulligan,




Birth de Jonathan Glazer,




The sixth Sense de M. Night Shyamalan



et A.I. de Steven Spielberg.



Ces quatre films ont en commun la notion de double : celui instauré par la schizophrénie dans un cas, celui incarné dans une fausse réincarnation d'un homme mûr et mort dans le corps d'un enfant, celui plus compliqué de l'enfant qui est à la fois là et pas là, entre-deux toujours, et l'enfant de substitution qui n'existe pas réellement, machine à laquelle le désir et le désespoir des adultes prêtent vie.
Les parents ne transmettent pas la vie à leur enfant, mais la mort. Ce don est un cadeau empoisonné, dont on ne saurait tout à fait les blâmer, tant le phénomène est répandu et réputé normal. Ce qui apparaît peut-être aux yeux de certains esprits comme une faiblesse morale est presque un vice de fabrication physique ou métaphysique reproduit à l’échelle universelle. De plus, concevoir toute naissance comme l’éternelle répétition de notre malheureuse condition humaine, fustiger, haïr ce besoin ou désir de prolongation, comme le ferait fiévreusement Schopenhauer, revient à honnir son propre être, puisque nous sommes tous sans exception faits de cette mort ; nous sommes tous les enfants de cette immortelle et aristocratique lady, choyés ou non, par sa gouvernante, la vie. S’il existe une seule tragédie de l’être humain, une seule réalité que l’on puisse réellement nommer tragique, c’est la prise de conscience par l’enfant, entre cinq et sept ans, de sa mortalité. Jusqu'à cette pensée inaugurale, l’enfant vit dans un climat de toute-puissance, dans un royaume dont il est le souverain absolu, et dont les sujets ne sont là que pour satisfaire ses besoins et ses désirs. Jusqu’à la compréhension du phénomène mort, à savoir l’irréversibilité et la nécessité de l’événement, l’enfant ne comprend pas que tout est destiné à finir et à ne jamais revenir. Lorsque l’on évoque devant lui la mort d’un être, il finit toujours par demander : « Quand revient-il ? ». Un jour, il saisit l’essence de la mort et il invente ses premières fictions pour pactiser avec l’inacceptable. Une ruse, la première peut-être, consiste à dire que la mort est un horizon si lointain qu’il ne convient pas de s’en inquiéter, comme si la mort était si retirée, dans le temps et l’espace qu’elle s’en trouve incapable de toucher le rivage de l’enfance, de la jeunesse, du moins sans que nous soyons en mesure d’en saisir la progression et de se préparer à la rencontre. Tel est le discours des parents. Très vite, l’enfant intelligent comprend donc que grandir équivaut à mourir et, lorsque J. M. Barrie dit en ouvrant le mythe qu’il a créé presque malgré lui et qui est si mal compris - Peter Pan, que « Deux est le début de la fin. », cela ne vient rien dire d’autre. De ce traumatisme initiateur dérivent, paradoxalement quelquefois, à la fois notre goût du vivre et un besoin de consolation impossible à rassasier. Nous additionnons les minutes et les années et nous nous gonflons de mort, puisque nous ne sommes, en grande partie, que souvenirs de choses décédées. Lorsque les anglo-saxons disent, littéralement, « être deux ans » tandis que nous disons « avoir deux ans », ils expriment somme toute une différence fondamentale dans la perception qui nous unit au temps. Nous ne possédons pas le temps, c’est lui qui nous possède et nous sommes faits de lui, donc pétris de mort, puisque seul le temps passé est pour nous matériellement palpable et réel.
La pensée est la seule arme de défense du sujet humain, contre l’inéluctable. Cette pensée qui construit, tout d’abord, un bouclier temporel pour nous protéger de l’idée de la mort. La mort n’est jamais pour aujourd’hui, mais pour un jour indéterminé, qui prend place dans un futur impensable. Nous sommes vivants et la mort est un futur qui ne nous pénètre pas, du moins intellectuellement et en premier lieu. Au fond, la mort apparaît toujours comme un accident extérieur qui advient à une substance, qui vit en elle-même, dans une intériorité monadique. Mais la vérité est peut-être autre. On pense en partant de l’être pour arriver au néant, alors qu’il conviendrait peut-être de raisonner à l’inverse. Et si la vie était une détermination de la mort au lieu de songer que la mort n’est qu’une entaille fatale faite à la vie ?

Quelques lignes pour anticiper, je l'espère, un billet qui mettra en vis-à-vis deux films d'inégale qualité, mais méritent l'un et l'autre d'être vus. L'un récent et fantastique, l'autre ancien devenu classique (un chef-d'oeuvre) mais ressorti en salles en février et bientôt en DVD, chez Carlotta, existant déjà en zone 1 chez Critrion : L'Orphelinat (
El Orfanato) de Juan Antonio Bayona (avec notamment Belen Rueda et Géraldine Chaplin, deux femmes magnifiques), produit entre autres par Guillermo Del Toro est le premier




et L'esprit de la ruche (El Espiritu de la colmena) de Victor Erice (avec Ana Torrent, merveilleuse enfant, au centre d'un des plus beaux films que j'aie jamais vus, Cria Cuervos de Carlos Saura) est le second.







Ces deux films nous parlent de l'enfance d'une manière originale, sensible, vraie. Il y est question du jeu, des amis imaginaires, de la fuite du temps, du pouvoir de l'imagination, de la mort et des fantômes, de la peur.
On oublie peut-être cette évidence : il n'existe pas seulement deux traumatismes majeurs dans l'existence : la naissance et la conscience, soudaine, de sa mortalité, mais également la conscience de notre impermanence, l'idée que nous ne sommes pas un, tel ou tel pour toujours, mais que nous traversons des gués, que nous nous sculptons aux autres, aux épreuves du réel. L'adolescence est un de ces ponts bringuebalant. Il est en d'autres. Au sein même de l'enfance. L'enfant n'est pas double. Il est multiple, comme nous, mais il le sait mieux que nous. Puis, il oublie. Cela fait partie du processus...
Sans L'esprit de la ruche, Lucile Hadzihalilovic n'aurait probablement pas réalisé Innocence et Guillermo Del Toro n'aurait probablement pas créé Le Labyrinthe de Pan et L'orphelinat n'aurait peut-être pas vu le jour, ou différemment. L'esprit de la ruche est la matrice de tous les films évoqués dans ce petit billet ; ils en sont des variations (hormis le fiilm de Mulligan, qui constitue encore un autre problème contenu dans la question plus vaste que j'aborde ici de biais). On ne peut pas aller plus loin ou faire mieux.
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Billet lié à celui-ci.
lundi 24 mars 2008
Je n'ai aucun souvenir de ma prime enfance. Jusqu'à huit ans, ma vie est une mort blanche. Je parle aux couleurs qui ne s'écoulent qu'en moi, sous forme d'un flux poétique et sans autre raison que lui-même.
Existence laiteuse, silencieuse - mais du silence des sourds -, vivante de bruits crème, osmose trop ferme entre la pensée et le corps. Je ne me suis ouverte à la lumière du monde vivant que très tardivement, comme si je retardais indéfiniment le moment de naître, et donc de mourir.
Peut-être que ceci explique le bouleversement fragmentaire, profondément réel, que constitue pour moi le cinéma de Doillon, mais également mon extrême intérêt pour l'enfance - non pas la mienne, bien entendu, mais pour l'enfance en tant qu'essence des possibles verts, en tant que seule pensée authentique, bien que fausse, de notre point de vue, de la mort. Seule pensée authentique, car seule pensée qui ose penser la mort, allégée des tabous dont les adultes entourent la mort, pour se protéger de sa contagion, et non encore lestée de la thésaurisation du vécu.
Je ne sais pas cinéaste français contemporain – hormis Desplechin, mais dans un registre beaucoup plus grave, à certains égards, et dans un univers d'adultes faits - qui serait plus attentif que Jacques Doillon aux mouvements ondulatoires et pendulaires de la conscience, à ces "presque-rien" jankélévitchiens qui transforment l’être, peu à peu, et le conduisent au devenir d’homme, en partant de l’enfance ou du creux de l’adolescence, pour finir par dessiner un arc-en-ciel qui tend ses rayons au monde des vivants adultes et l'éclaire de sa vérité absolue. Jacques Doillon possède la pulsation intime des êtres humains, qui, de films en films, scande la musicalité de nos âmes en potentielle perdition (l'insensibilité, l'aveuglement, l'"in-étonnement" des gens, l'habitude prise à vivre, l'indifférence à soi et aux autres...). Il dessine également des ères de rédemption (à laquelle, pourtant, je ne crois guère) et de possibles territoires pour la beauté du sentiment, qui perd la conscience de lui-même, et qui, dans cette innocence ou ce don gratuit à l'autre, atteint l'instant sublime, ineffable mais, étrangement, qui n'est pas indicible. Pour la première fois, en filmant à hauteur d'enfance - la caméra n'hésitant pas à couper le corps des adultes -, ou en filmant les adolescents, comme des îles autonomes au sein de mers d'adultes, j'ai eu le sentiment de me (re)découvrir dans ma construction d'être humain. L'amnésie d'enfance est entrouverte. Les séductions de l'adolescence sont révélées. Je vois ce que je suis devenue à partir de ce que je fus et j'imagine ce que je ne veux pas devenir. Moi, je veux être une suicidée d'enfance, crever tandis que le bonheur me dégouline de la gueule ; je veux mourir vierge de la pourriture. Je ne veux pas savoir ce qui advient après. Peut-être que Doillon, malgré tout, me le murmurera, au fil de ses films.

Je suis cette fille de quinze ans qui veut faire tomber un homme mûr, le père de son amoureux d'un âge égal au sien ou peu s'en faut, pour se prouver sa solidité et sa stabilité et qui finit par "devenir comme eux", oui, eux, ceux auxquels elle prétend ne pas ressembler. Les adultes, les monstres, les hypocrites. Mais la vérité est plus complexe. Elle le découvre. Les adultes paient en quelque sorte, sans le savoir, le privilège qu'ils accordent aux enfants d'être différents d'eux...
Je suis Werther. Je suis Ponette. Je suis ces enfants et ces adolescents, dont la parole et la naïveté font sourire, d'émotion et de gêne, comme si nous surprenions quelque chose qui leur appartient trop intimement. Mais cet humour que je décèle en les regardant n'est que l'autre face du pacte que j'ai tissé avec ceux qui ne sont plus eux. Je peux sourire d'eux, car je ne suis plus tout à fait eux.
Je suis chacun de ses personnages et je ne suis aucun d'entre eux, mais en moi ils répondent tous à l'appel de mon vécu, et probablement à celui des "autres". Universalité de l'art véritable.
J'explore, pour la première fois de ma vie, vous le comprenez, les films de Jacques Doillon. J'ai acheté une partie de ses films en DVD (édités chez MK2, qui a fait un beau travail, en offrant notamment des compléments intéressants) et nous les regardons, le soir venu, dans cette aube crépusculaire de nos existences soudain apaisées par le combat final des heures vivantes. Place aux fantômes ! Mais cette invitation ne lèse pas les vivants, finalement. Bien au contraire.
Et c'est ainsi que la toute petite Ponette, âgée de quatre ans, refuse d'abord la mort de sa mère, puis a envie "d'apprendre à être contente", même si sa mère ne reviendra pas, même si Dieu fait la sourde oreille. Au sein d'un monde d'adultes incohérents qui parlent de la vie et de la mort, sans réellement oser affronter la vérité respective de ces deux états ou non-états - sauf le père athée, brutal, mais sincère, qui possède un langage de vivant, bien que de vivant déchu des vérités que l'on prête à l'enfance, par méconnaissance et incompréhension, est plus proche d'elle que les autres, dans son éloignement même. Ponette pourrait faire peur, car elle parle à l'absence ; elle est sublime et ordinaire, l'un parce que l'autre. C'est une enfant mais une enfant qui fraye avec ce qui est invisible et ce qui est non-dit dans le monde des grands vivants.
Elle est l'essence de l'enfance et elle me fait songer à la Grizel de James Matthew Barrie, qui essaie de savoir ce qu'est la mort, qui anticipe même la mort de sa mère et imagine comment la préserver de certaines corruptions. Pensée crue mais non cruelle du réel auquel nous nous frottons par l'entremise de ce petit peuple qui a tant à nous apprendre, nous, qui sommes des citadelles, des adultes, des aveugles, des sourds, puis des mythomanes. Et c'est là, à ce moment précis, que nous devenons intéressants, parce que nous rejoignons l'enfance dans sa capacité à jouer, mais à jouer vrai. Le contraire de ce jeu-ci est l'hypocrisie et l'indifférence des adultes.
Être mythomane, ce n'est parfois que dire la vérité en écrivant une autre réalité qui explique celle qu'elle recouvre, lorsque le voile permet de voir ce qui est dessous et qui ne s'expose jamais sous l'oeil nu. Le voile recouvre l'oeil autant que l'objet du regard. C'est le travail du cinéaste et de l'écrivain. C'est l'oeuvre de Jacques Doillon.
Doillon commence et creuse là où Kleist, par exemple, s'arrête dans un effleurement. Ce dernier nous explique qu'il existe une sorte de spectre lumineux qui part de l'inconscient jusqu'au conscient : l'inconscient est pour lui un état de grâce, d'innocence, que nous laissons à jamais dernière nous, mais que nous pouvons retrouver sous une autre forme, en vieillissant, et qui se nomme sagesse. A une extrémité l'innocence, à l'autre la sagesse. Chez Doillon, il me semble que tout existe en même temps, mais dans une composition différente, selon les âges, le vécu. L'adulte est dans l'enfant et l'enfant est dans l'adulte. C'est le transvasement de l'un dans l'autre qu'il nous donne à contempler.
C'est cela qui m'importe : non pas une idéalisation de l'enfance, par illusion rétrospective d'un état inaccessible et qui n'a peut-être jamais existé en tant que tel, mais une immersion dans un univers certes différent du nôtre tout en étant son négatif. Barrie, à sa manière, fait de même et c'est pourquoi je suis enragée de constater que très peu de gens ont compris cette vérité criante.
Il me semble que j'aie bien fait d'attendre ce moment de ma vie pour découvrir ce cinéma exceptionnel. Je peux parcourir en tous sens le continent de l'enfance aussi bien que celui de la faute, qui, si elle n'est pas dite, n'en demeure pas moins présente dans les contours et dans les ombres (les camarades du jeune Werther,

qui se demande tous, lui compris, pourquoi l'un des leurs s'est suicidé et font les brouillons de leurs amours, mimant ce qu'ils ne comprennent pas encore, se dépouillant de leur peau d'innocence, mettant à l'épreuve le réel autant qu'il les essaie) ; j'en soulève les diverses couches ; je suis située à l'exact carrefour du monde des adultes solides et de celui, hésitant, métronomique, des enfants. Je suis sur une ligne de crête, une position précaire, qui doit certainement me conduire à un choix ou à un autre. Peut-être pas. Il est des êtres qui parviennent à cet équilibre fragile, à cette oscillation du corps et de l'esprit. Doillon est de ceux-là, sans aucun doute, sinon il serait incapable de nous livrer ces moments, dont on se demande comment il a pu les écrire et les filmer. Dans tous les cas, je bénéficie encore d'une vision double, d'entre-deux, qui me permet d'apprécier la finesse, la justesse et l'excellence de ce cinéaste, qui accomplit le prodige de nous présenter le simple et le naturel, comme s'il filmait la réalité à l'état brut, mais tout en nous laissant comprendre, le recul venant, a posteriori, ce que son travail de recréation du vrai a dû lui coûter de talent, de sensibilité et d'intelligence.
La langue de Doillon est précise. Si les mots ont du poids, si leur présence est nécessaire, c'est bien chez ce cinéaste. De même ses plans. Cette langue me paraît la clef de compréhension de son cinéma. On peut la qualifier de littéraire, au sens fort et légitime de ce mot.
Jacques Doillon un naturaliste de génie, un immense cinéaste, un homme dont le regard dit tout.

dimanche 23 mars 2008
... j'ai rencontré Mademoiselle Berry, ou plus exactement son album,
dans un grand magasin - où le disque était mis à disposition pour l'écoute, ce qui en soi n'est pas nécessairement bon signe, mais je suis aventureuse... - et je suis tombée sous le charme de cette petite voix, simple, susurrante, mais précise dans l'énonciation. Impulsive comme un diable, j'ai acheté le disque après avoir simplement écouté le premier titre et je me suis délectée à son contact pendant le week-end. J'étais un peu loin de chez moi et il m'a maintenue dans une douce torpeur, peut-être artificielle - je le reconnais maintenant que je suis à nouveau dans la ouate de mon univers. Berry possède un certain don, c'est indéniable. Petit talent, mais véritable et ardent. Et qui suis-je faire des mesures ?
Pourtant, ce disque n'a rien d'un chef-d'oeuvre : la voix de la jolie demoiselle est agréable mais ne possède aucune originalité criante, ni dans les nuances ni dans la couleur - une Françoise Hardy, par exemple, manifeste certainement plus de classe et de raffinement -, les paroles sont parfaites pour l'usage auxquelles elles ont destinées (il y a du Benjamin Biolay en filigrane, je le jurerais) et n'ont pas la prétention, je le crois et je l'espère tout à la fois, d'être autre chose qu'une charmante berceuse pour adultes. De la composition musicale, je retiendrai l'usage des cordes - auxquelles je suis nécessairement plus sensible -, les échos, le clapotis de l'eau et la plainte d'un harmonica. De belles harmonies entre lesquelles se donnent à lire les pages d'un journal presque intime. Au jeu des comparaisons, toujours dangereuses et fausses, certains y reconnaîtront le vague à l'âme non désespéré d'une Keren Ann et la séduction flamboyante mais discrète d'une Carla Bruni. Berry est un oxymore, une étoile qui s'éteint mais continue à briller. C'est peut-être cette impression que j'ai d'elle qui me touche...
Mélancoliquement gaie ou gaiement mélancolique, on se laisse porter par cette voix tendre et délicate, qui a la grâce et la faiblesse des éphémères.
Et, à l'entendre, elle ferait mentir celui ou celle qui énoncerait les premiers mots du deuxième titre de l'album :
"N'ayez pas peur du bonheur / Il n'existe pas / Ni ici, ni ailleurs..."
En ce qui me concerne, j'ai très peur, car le bonheur tient au creux de ma main, que je n'ose fermer, de peur d'en hérisser le duvet.

vendredi 7 mars 2008
"Seule une pure pensée serait capable d'englober l'effectivité de la mort sans être concernée par les circonstances spatio-temporelles de cette mort. A défaut d'une telle super-conscience, c'est encore notre demi-savoir qui préserve le mieux notre demi-pouvoir. Mais ce n'est qu'un demi-savoir. L'homme sait qu'il mourra, mais il ne s'explique pas pourquoi il doit disparaître, ni comment il peut être nihilisé ; il pense et conçoit la mort, mais il ne la comprend pas ; c'est-à-dire qu'il ne jauge jamais la mort dans toutes ses dimensions à la fois : si intensément qu'il approfondisse le problème, si loin qu'il conduise le cours de ses pensées, il y a toujours une dimension qui lui échappe ; toujours le mystère se reforme au-delà du problème : l'a priori opaque a déjà devancé la conscience. La conscience de la mort ne retenant de la mort qu'une vide effectivité, reste sans contenu et nous laisse dans un état d'impréparation totale."
Vladimir Jankélévitch, extrait de son très beau livre, La mort, Paris, Ed. Champs-Flammarion, 1992, p. 430, je souligne.


La mort nous concerne et ne nous concerne pas, parce que nous sommes de raison, puis de sensibilité et d'imagination. Il faudrait être raison pure pour n'être traversé que de son idée sans trembler, pas plus que la feuille de papier ne s'émeut de la lame qui la coupe en deux. Mais nous sommes tous des Entre-Deux. Nous savons sans comprendre ; nous pleurons sans être noyé de ce flux, plus littéraire que réellement sentimental. Nous sommes dérobés à notre fin et nous vivons et crevons comme des chiens.


***

J'ai décidé d'écrire de nouveau quelques billets ici même, plus rapidement que prévu, suite à la mort de Marie, parce que, je l'avoue, cela va constituer pour moi un antidote contre cette crainte que j'éprouve à l'idée d'ouvrir à nouveau les pages de ce JIACO et de ressentir de plein fouet son absence. A l'idée que jamais plus elle n'écrira ici, pour déposer une marque de tendresse, je me sens désemparée. J'ai peur de ne plus jamais pouvoir écrire en ce lieu, si j'attends pour le faire. J'ai le sentiment que ma crainte va estampiller chacun des jours passés et à venir et amputer le présent de ses saines racines.


Ne pas nourrir la peine avec la peine, afin de ne pas la métamorphoser en ce qui n'est pas elle, à savoir vague sensiblerie et caricature de l'émotion première. Être présent à son absence, mais être vivant à soi-même.
Emily Dickinson, que j'aurais aimé faire mieux connaître à Marie, parle de ce grand Indicible, de cet incendie de la raison, de la mort, pour qui s'adonne trop à sa contemplation.


Et, alors que je songeais à ces vers, un peu difficiles à traduire en français :

"If I shouldn't be alive
When the Robins come,
Give the one in Red Cravat,
A Memorial crumb."


quelques heures après un rouge-gorge est venu cogner à ma fenêtre de cuisine. La coïncidence entre ma pensée et l'occurrence de ce réel, que je sais bien dépourvu d'intentionnalité, me fait comprendre comment l'on peut croire qu'il existe un ailleurs, même si cet autre de la réalité ne m'a jamais semblé assez solide pour que j'y abandonne totalement ma pensée. C'est ainsi que je suis un être plus rationnel qu'il n'y paraît, peut-être, mais pas totalement, ce qui me permet de laisser filtrer un peu de merveilleux et d'illusoire beauté d'outre-monde entre les briques de mon univers de verre et de sable, où Raison est reine, où je suis sujette d'un royaume condamné à la dislocation permanente.


Puisque de ma chère Emily, il est question, je ne saurais trop vous recommander de lire le livre
de Bobin, qui atteint à une forme de sublime et de communion rarement égalée avec le poète, tout en ne cessant de parler de lui et de nous, de biais.




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[Cf. ce billet-ci que j'ai particulièrement apprécié. Je suis une inconditionnelle de ces livres marqués d'un pingouin. Depuis très longtemps. ]




Bien que je traduise et que j'apprenne en faisant ce qu'implique le fait même de traduire, j'apprécie de moins en moins de lire des traductions de livres en anglais ou en allemand. Qui peut prétendre connaître vraiment un auteur s'il n'a pas lu ses propres mots ? Lire les Brontë, Dickens, Barrie ou Jane Austen en français m'est inconcevable sans pouvoir me désaltérer à la source vive de leur langue. Certes, j'aime plus que tout certaines traductions, je suis fière de ma collection de Dickens en Pléiade, mais ma passion me conduit à passer à travers l'écheveau des mots et même à tréfiler leurs pas presque effacés dans des terres un peu lointaines.


C'est ainsi que je prépare ma visite à la famille Brontë, qui aura lieu dans plusieurs semaines. Je les relis et, hier, j'ai reçu cet essai, dont on m'a dit grand bien. (Petit clin d'oeil à Malice.)





Avril est le mois de mon anniversaire, mais aussi le mois choisi afin d'effectuer ce qui est en passe de devenir un voyage annuel en Angleterre. Les voyages forment la jeunesse et ma prononciation de la langue de Shakespeare. Mon royal ami Robert m'a mise en garde un jour de ne pas perdre mon intonation française - très peu de risques à mon avis ! - sous peine de rogner sur mon potentiel charismatique... ! Je songe à m'installer quelques mois à Oxford, un jour, afin de suivre des cours. L'idée me séduit et puis, pendant des années, lorsque des importuns me téléphonaient, j'avais coutume de faire dire par "M. Golightly" que son épouse était à Oxford, ce qui était une manière polie - bien que peu vraisemblable eu égard à la fréquence de l'affirmation - de signifier que je ne leur parlerai pas. Alors, j'aime imaginer y aller pour de vrai. J'appartiens aux contrées où l'on parle Anglais.


Cette année, l'idée est de visiter, bien évidemment, un lieu barrien, dont je vous réserve la surprise - ce n'est guère difficile à deviner - mais aussi le pays de la famille Brontë (Patrick, Branwell, Anne, Emily et Charlotte) : HAWORTH.




Wuthering Heights et




Jane Eyre




sont parmi mes romans préférés et il faut manquer sacrément d'intelligence et de goût pour ne point les reconnaître comme deux des chefs-d'oeuvre de la littérature en langue anglaise. Ma préférence va au premier de ces romans, mais, l'âge venant, je découvre d'autres mérites au second. Nous y reviendrons.


Mais Emily Brontë est pour moi la plus grande de la famille.


Comment résister à celle qui écrivit - même si c'est Branwell ! n'est-ce pas Robert ?- ces vers :







[In Cahiers de poèmes, traduction de Claire Malroux, qui traduit également avec talent Emily Dickinson, Ed. José Corti]
Il y a fort longtemps - depuis l'enfance - que je rêve de visiter Haworth. J'ai pris mon temps, comme pour beaucoup de choses. Marie ne disait-elle pas de moi que j'étais une petite abeille travailleuse ? Cela me convient bien. Je tire tout le jus que je peux du réel. Je le mâche jusqu'au néant. Je prends tellement mon temps que je serai sûrement en retard à ma mort.
Je suis fièrement membre de la Brontë Society .


La Gazette sort trois fois par an et j'attends le numéro de mars. Je m'inspire de l'organisation pour ma propre Société Barrie.

Haworth, contrée sauvage et rude des Brontë, se situe ici :
Il faut prendre le train à Londres et s'arrêter à Keighley - 3 heures de voyage - et d'ici prendre un bus (lignes 663,664 ou 665) ou un taxi pour vous rendre au pays des Brontë (assez peu éloigné de Keighley).


Je logerai dans un lieu que je sais convenir à mes attentes et qui n'est pas dépourvu de liens avec les Brontë. Du presbystère reconverti en musée, j'aurai cette vue gothique et romantique :

J'irai hanter les landes et saluer les fantômes du temps jadis.


Mes liens indispensables en guise de préparatifs :
http://www.visitbradford.com/bronte-country/http://www.haworth-village.org.uk/
http://www.ashmounthaworth.co.uk/


Sans oublier cette biographie amicale et circonstanciée de Gaskell :


traduite en Français :
Et cette édition d'un livre consacré à Branwell, le frère maudit et sacrifié, dont le corps est absent du portrait, mais pas son ombre...






Roman - biographie, on ne sait plus, par Daphne Du Maurier, qui n'est pas elle non plus sans lien avec mon obsession number one, J. M. Barrie.
Le livre existe chez Penguin.


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Après mon séjour à Haworth, ma visite dans le Surrey commencera à Farnham, qui se situe ici :


De Londres, en train, il faut compter environ une heure de voyage, ce qui nous permettra de passer une journée là-bas et de rentrer à Londres, le soir, pour y fêter l'année supplémentaire qui me tombe, assez légèrement, sur les épaules.
A Farnham, un ami très cher à mon coeur attendra sera le guide vers... Comment vous n'avez pas deviné ? Je ne sais pas encore si je pourrais pénétrer au coeur du lieu où tout a commencé, mais au moins, je serai en mesure de m'imprégner de l'atmosphère... Nous verrons. L'aventure, l'aventure, l'aventure !
Je reviendrai en Ecosse - aux Hébrides - l'année prochaine pour ce lieu barrien, qui était d'abord élu pour l'année 2008, et que je réserve pour dans quelques mois, si la vie ne se retire pas de moi.
Je vous raconterai tout ceci, bientôt, en images et en vidéo, comme j'en ai pris l'habitude.


Et je crois bien que Miss Holly prend goût, finalement, au voyage et je pourrais bien vous emmener en Bavière dans l'ombre de certain roi déchu, sa Majesté des Cygnes, l'été venu... Tout n'est qu'étapes et le voyage n'est pas encore terminé.


*******************************************************************************
Ce billet a été rédigé le coeur en Alsace, la tête ailleurs et les pieds flottants sous mon bureau. L'accompagnement musical fut de premier ordre, puisqu'il s'agit d'un disque offert par mon très fidèle ami, Jean-Christophe. Je n'ai pas fini de saisir toute la substance de ce disque très étonnant, dont j'aurai l'occasion de reparler en détail, je l'espère.


J'écoute également avec délectation cet autre cadeau de cet ami, aussi discret que rare :


Et ma semaine a oscillé entre deux autres disques qui possèdent pour l'un une audace et une force peu communes :et pour l'autre la rigueur et la sensibilité de Maurizio Pollini dans les Nocturnes de Chopin.
A bientôt, peut-être.

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Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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