mardi 28 avril 2009
Believe it or not, I am there or rather here. Je me dédouble. Je ne peux croire à ce rêve, soudain devenu réalité, à ** ans + 1 jour. Hier, mon anniversaire fêté dignement et follement à Edimbourg, par mon mari , avec une visite à un adorable musée, The Writers' Museum, en compagnie d'Enro – connu via les Roses de décembre et ses propres journaux en ligne – avec du champagne rosé et un magnifique gâteau au chocolat spécialement créé pour moi... Aujourd'hui, un autre monde, relié à l'autre par le nom d'un écrivain scots qui inspire tout ce que je fais et tout ce que je suis.
A presque 2000 kilomètres de mon bureau de bénédictine, je suis là et je ne peux y croire.

Après un voyage dans un avion à hélices (des frissons ont chatouillé mon échine lorsque je l'ai vu), qui a commencé avec une panne de l'appareil (oh, my God!), avec seulement quinze passagers à l'intérieur de son petit ventre et, bien évidemment, aucun Français, je savoure mon repos dans notre splendide home posé sur une plage, dans un lieu sauvage, magnifique.




Hors du monde. Trop beau pour être vrai- mais réel, je le sais à cause du vent qui fouette mes sangs. Et l'odeur de la mer, de la violence des passions hébridéennes. Je suis vivante. Je vous envoie des nouvelles de cet Ailleurs.

A bientôt.
dimanche 19 avril 2009
En l'honneur de ce 19 avril, pour mon amie Véronique, ces quelques lignes. Véronique, qui est un cœur pur (Cf. La chanson de Caussimon), comme l'on n'en fabrique plus guère, hélas.


Nous avons revu hier soir Brigadoon.
Gene Kelly est en retrait ici : on sent ce flottement autour de lui tout au long du film, mais Brigadoon n'en demeure pas moins un émouvant hymne à l'amour fou, pour lequel on doit tout donner - et c'est bien normal car il donne tout en retour. J'aime infiniment l'idée que la foi absolue en quelque chose d'impossible ou de très improbable fasse advenir cette chose. Si, un jour, je devais perdre tout à fait cette foi extrême - naïve aux yeux des grandes personnes, certainement, mais que celles-ci envient en secret à ceux qui en sont détenteurs -, je mourrais. Bien souvent, je pense à James Stewart et à son lapin (son pooka), Harvey. Hé bien, il n'est pas invraisemblable qu'il ait fait, sans le savoir, un émule...Et si j'aime tant Barrie et l'Écosse, c'est parce que cela me conforte dans cette invincible folie, qui consiste à ne pas pactiser avec la normalité avec laquelle d'ailleurs je n'ai jamais rien eu en commun, il faut bien le reconnaître : enfant, j'étais un vieillard ; adulte, je suis une enfant. Et si j'aime tant certains de mes amis, c'est parce qu'en chacun d'entre eux il existe, qu'ils en soient conscients ou non, une parcelle de déraison, plus ou moins importante. Cette île en eux se nomme Poésie. Ils viennent à elle dans la barque qui porte Prose pour nom. Le danger est de croire que le voyage a simplement pour destination la fin estimée du voyage. On risque de perdre Poésie de vue. Poésie est dans l'intervalle. Le miracle tient dans la flamme d'une chandelle.

Barrie exalte ceci en moi mais il ne voile jamais rien du tragique de notre condition.

En partance pour Brigadoon, je vous convie à mes côtés à ce voyage vers le pays du jamais qui est aussi le pays du toujours.

Ce film de Minnelli emprunte - je l'ai souvent rappelé, à divers endroits - certains de ses traits à des histoires écossaises de James Matthew Barrie, au folklore magnifié par la plume tenue par la main droite ou gauche du spécimen scots qui a volé mon esprit, et en particulier à sa pièce, Mary Rose. Il y aussi le prénom du personnage principal - Tommy - ou encore l'idée de la bruyère blanche, qui à mon sens ne sont pas de simples coïncidences...
Lire ceci, pour savoir d'où provient la bruyère blanche évoqué dans Brigadoon selon le très romantique Barrie qui met en scène Bonnie Prince Charlie et donne à saisir à travers Julie Logan une émanation de Flora MacDonald - à peine entre les lignes :

"À une occasion, ils dirent : « La Personne Qui Était Avec Lui », comme s’il n’était pas prudent d’en dire davantage. « Lui » était l’Étranger qui passait, aux yeux du pauvre d’esprit, comme le Chevalier en personne. On dit de lui qu’il a séjourné dans le glen pendant un moment au cours du mois de juillet, fiévreux et si harassé qu’aucun ami n’osa se rapprocher de lui avec de la nourriture de crainte qu’il ne fût capturé. Je n’ai pas vu cette cachette, mais le docteur m’a dit qu’elle existe encore et n’est rien d’autre qu’un repaire, niché sous ce que nous appelons un abri, un refuge pour les moutons. À l’origine, c’était probablement l’embouchure du terrier d’un renard, élargi à coup de dague. S’il a jamais existé, le repaire a depuis longtemps été comblé avec des pierres, qui sont tout ce qui rappelle la résidence royale.
Les moutons s’abritent à nouveau dans ce refuge, mais il n’y en avait aucun au temps du Prince, s’il vint jamais ici. Pas plus, si l’on se fie aux histoires, que l’on ne pouvait lui apporter de la nourriture. Dans ces conditions, il avait été sauvé par la mystérieuse Personne Qui Était Avec Lui.
Bien sûr, la légende veut qu’elle fût jeune et belle , de haute naissance, l’aimant beaucoup. Elle le nourrit avec l’aide involontaire des aigles. La Roche aux Aigles, qui n’est pas loin de l’abri, est une masse imposante, que les ghillies prétendent inaccessible à un homme qui entreprendrait de l’escalader - à cause de ce que l’on appelle la Pierre de Logan. Aucun aigle ne fait son nid ici de nos jours ; ils sont tombés sous les balles de leur ennemi moderne, les garde-chasses, qui jurent qu’un couple d’aigles ramènera une centaine de tétras, ou plus, à leur nid, afin de nourrir leurs petits.
À cette époque, il y avait un nid d’aigles au sommet du rocher. L’escalade est périlleuse, mais de nos jours les gens robustes peuvent monter jusqu’à la Pierre de Logan, d’où ils font ensuite marche arrière. Il y a des pierres de Logan, m’a-t-on dit, tout autour du monde et ce sont des pierres qui se balancent. On dit qu’il est possible de les voir se balancer dans le vent et, pourtant, elles sont là depuis des siècles. Un tel monstre se tient au sommet de notre Roche aux Aigles et vous ne pouvez atteindre le sommet sauf en l’escaladant mais vous pouvez sauter. Par deux fois des hommes du glen ont sauté et elle les a rejetés. Néanmoins, l’histoire veut que cette Personne Qui Était Avec Lui se soit faufilée à travers le noir, entre les chercheurs, et ait atteint le sommet par le chemin de la pierre de Logan. Puis, après quelques bagarres avec les aigles pour le gain de leurs possessions, elle aurait ramené en bas quelques jeunes tétras pour son seigneur.
Au dire de tous, il s’agissait d’une jeune fille et, dans le glen, la bruyère blanche est le symbole de son ancienne présence. Avant sa venue, de bruyère blanche on n'avait jamais vu le moindre brin, et elle est donc supposée - ceci n’a pas le moindre sens - être la trace de ses jolis pieds nus.
La bruyère blanche lui porta peu chance. Dans cette fuite rapide et peut-être ensanglantée, elle fut laissée en arrière. Rien de plus ne circula à son sujet, excepté que, lorsque son seigneur et maître embarqua pour la France, il demanda à ses highlanders « de la nourrir et de l’honorer comme elle l’avait nourri et honoré. » Ils furent loyaux bien que malavisés et j’ose croire qu’ils auraient accompli cette tâche s’ils l’avaient pu. Certains pensent qu’elle est dans l’abri, dans le trou sous les pierres, et qu’elle attend encore. Ils disent que, peut-être, il y eut une promesse."

Adieu Miss Julie Logan (la dernière histoire de Barrie, que j'ai également traduite et qui attend une publication...)
{ Trad. Céline-Albin Faivre avec l'aide et la complicité de son ami "Parker Ogilvy"- ne pas reproduire sans mon consentement. }

Hier, entre autres emplettes à l'usage de l'Écosse, nous avons acheté le dernier disque de Jordi Savall

et je l'écoute depuis quelques heures. Une extase. Il va rejoindre mes bagages, car toute l'Écosse mais aussi l'Irlande sont contenues dans ce disque. Et il y a des réminiscences ici et là de Bonnie Prince Charlie. J'aime que tout soit lié dans mon existence.
Vous pouvez écouter des extraits ici.

Je vous offre à tous, mais en particulier à Véronique, son "Prince Charlie's Last View of Edinburgh" :
savall

Je vous dis au revoir. N'oubliez que la vie... est exactement ce que l'on décide qu'elle sera. Je l'avais oublié ces derniers mois.
C'est terminé. Je sais exactement ce que doit être ma vie et je n'ai plus peur. C'est aussi simple que cette déclaration de foi.
vendredi 17 avril 2009

Extrait :
L’ombre de Peter Pan que Madame Darling va déposer dans un tiroir est une idée que l’on retrouve tout aussi bien avec le thème des enfants dans des boîtes (Petite Mary et Un Baiser pour Cendrillon, et de manière moins explicite dans Tommy le sentimental, lorsqu’il est fait état des tiroirs qui ne peuvent s’ouvrir car la poignée est à l’intérieur !). Une lignée de mères vierges, de femmes-enfants naît de la plume de Barrie : Mary, Grizel, Wendy, Cendrillon et, dans une autre mesure, Mary Rose – puisqu’elle est mère mais demeure une enfant, non accessible à la corruption physique tant qu’elle demeure sur l’île enchantée.
Cendrillon est plus proche de la Petite Mary que de la Wendy de Peter Pan.

Lire la suite.

En ce moment, et ce jusqu'à mon départ imminent pour l'Écosse, des mises à jour quotidiennes sur le site Barrie, qui est en refonte depuis un moment et qui grandit, lui aussi, de manière imperceptible. Je vous recommande, par exemple, ce texte de présentation de l'oeuvre barrienne, dans les archives.

Si une âme charitable pouvait m'aider à créer un flux RSS digne de ce nom pour mon site Barrie, je lui en serais éternellement reconnaissante. [Ajout du 18 avril : tout fonctionne, en fait.]

Vous rendez-vous compte que, bientôt, je vais au pays de mon bien-aimé? L'Écosse, le pays des fées, des légendes, des pierres de Logan, le pays de ma jeunesse éternelle.

Je me retire sur la pointe des pieds et vous laisse en compagnie de Kilmeny (de James Hogg - 1770–1835) dont la Mary Rose de Barrie porte l'empreinte tout autant que Brigadoon via Barrie... Admirez la langue. Cela nous change de l'anglais standard ou bâtard. Traduire un tel texte... Mon Dieu, je n'oserais pas m'y essayer. Je reculerais devant l'impossible. La langue, l'écossais, y est trop riche, trop "goûteuse" et trop belle, selon moi, pour y poser le bout du doigt.

BONNIE Kilmeny gaed up the glen;
But it wasna to meet Duneira's men,
Nor the rosy monk of the isle to see,
For Kilmeny was pure as pure could be.
It was only to hear the yorlin sing, 5
And pu' the cress-flower round the spring;
The scarlet hypp and the hindberrye,
And the nut that hung frae the hazel tree;
For Kilmeny was pure as pure could be.
But lang may her minny look o'er the wa', 10
But lang may she seek i' the green-wood shaw;
Lang the laird o' Duneira blame,
And lang, lang greet or Kilmeny come hame!
When many a day had come and fled,
When grief grew calm, and hope was dead, 15
When mess for Kilmeny's soul had been sung,
When the bedesman had pray'd and the dead bell rung,
Late, late in gloamin' when all was still,
When the fringe was red on the westlin hill,
The wood was sere, the moon i' the wane, 20
The reek o' the cot hung over the plain,
Like a little wee cloud in the world its lane;
When the ingle low'd wi' an eiry leme,
Late, late in the gloamin' Kilmeny came hame!
'Kilmeny, Kilmeny, where have you been? 25
Lang hae we sought baith holt and den;
By linn, by ford, and green-wood tree,
Yet you are halesome and fair to see.
Where gat you that joup o' the lily scheen?
That bonnie snood of the birk sae green? 30
And these roses, the fairest that ever were seen?
Kilmeny, Kilmeny, where have you been?'
Kilmeny look'd up with a lovely grace,
But nae smile was seen on Kilmeny's face;
As still was her look, and as still was her e'e, 35
As the stillness that lay on the emerant lea,
Or the mist that sleeps on a waveless sea.
For Kilmeny had been, she knew not where,
And Kilmeny had seen what she could not declare;
Kilmeny had been where the cock never crew, 40
Where the rain never fell, and the wind never blew.
But it seem'd as the harp of the sky had rung,
And the airs of heaven play'd round her tongue,
When she spake of the lovely forms she had seen,
And a land where sin had never been; 45
A land of love and a land of light,
Withouten sun, or moon, or night;
Where the river swa'd a living stream,
And the light a pure celestial beam;
The land of vision, it would seem, 50
A still, an everlasting dream.
In yon green-wood there is a waik,
And in that waik there is a wene,
And in that wene there is a maike,
That neither has flesh, blood, nor bane; 55
And down in yon green-wood he walks his lane.
In that green wene Kilmeny lay,
Her bosom happ'd wi' flowerets gay;
But the air was soft and the silence deep,
And bonnie Kilmeny fell sound asleep. 60
She kenn'd nae mair, nor open'd her e'e,
Till waked by the hymns of a far countrye.
She 'waken'd on a couch of the silk sae slim,
All striped wi' the bars of the rainbow's rim;
And lovely beings round were rife, 65
Who erst had travell'd mortal life;
And aye they smiled and 'gan to speer,
'What spirit has brought this mortal here?'—
'Lang have I journey'd, the world wide,'
A meek and reverend fere replied; 70
'Baith night and day I have watch'd the fair,
Eident a thousand years and mair.
Yes, I have watch'd o'er ilk degree,
Wherever blooms femenitye;
But sinless virgin, free of stain 75
In mind and body, fand I nane.
Never, since the banquet of time,
Found I a virgin in her prime,
Till late this bonnie maiden I saw
As spotless as the morning snaw: 80
Full twenty years she has lived as free
As the spirits that sojourn in this countrye:
I have brought her away frae the snares of men,
That sin or death she never may ken.'—
They clasp'd her waist and her hands sae fair, 85
They kiss'd her cheek and they kemed her hair,
And round came many a blooming fere,
Saying, 'Bonnie Kilmeny, ye're welcome here!
Women are freed of the littand scorn:
O blest be the day Kilmeny was born! 90
Now shall the land of the spirits see,
Now shall it ken what a woman may be!
Many a lang year, in sorrow and pain,
Many a lang year through the world we've gane,
Commission'd to watch fair womankind, 95
For it 's they who nurice the immortal mind.
We have watch'd their steps as the dawning shone,
And deep in the green-wood walks alone;
By lily bower and silken bed,
The viewless tears have o'er them shed; 100
Have soothed their ardent minds to sleep,
Or left the couch of love to weep.
We have seen! we have seen! but the time must come,
And the angels will weep at the day of doom!
'O would the fairest of mortal kind 105
Aye keep the holy truths in mind,
That kindred spirits their motions see,
Who watch their ways with anxious e'e,
And grieve for the guilt of humanitye!
O, sweet to Heaven the maiden's prayer, 110
And the sigh that heaves a bosom sae fair!
And dear to Heaven the words of truth,
And the praise of virtue frae beauty's mouth!
And dear to the viewless forms of air,
The minds that kyth as the body fair! 115
'O bonnie Kilmeny! free frae stain,
If ever you seek the world again,
That world of sin, of sorrow and fear,
O tell of the joys that are waiting here;
And tell of the signs you shall shortly see; 120
Of the times that are now, and the times that shall be.'—
They lifted Kilmeny, they led her away,
And she walk'd in the light of a sunless day;
The sky was a dome of crystal bright,
The fountain of vision, and fountain of light: 125
The emerald fields were of dazzling glow,
And the flowers of everlasting blow.
Then deep in the stream her body they laid,
That her youth and beauty never might fade;
And they smiled on heaven, when they saw her lie 130
In the stream of life that wander'd bye.
And she heard a song, she heard it sung,
She kenn'd not where; but sae sweetly it rung,
It fell on the ear like a dream of the morn:
'O, blest be the day Kilmeny was born! 135
Now shall the land of the spirits see,
Now shall it ken what a woman may be!
The sun that shines on the world sae bright,
A borrow'd gleid frae the fountain of light;
And the moon that sleeks the sky sae dun, 140
Like a gouden bow, or a beamless sun,
Shall wear away, and be seen nae mair,
And the angels shall miss them travelling the air.
But lang, lang after baith night and day,
When the sun and the world have elyed away; 145
When the sinner has gane to his waesome doom,
Kilmeny shall smile in eternal bloom!'—
They bore her away, she wist not how,
For she felt not arm nor rest below;
But so swift they wain'd her through the light, 150
'Twas like the motion of sound or sight;
They seem'd to split the gales of air,
And yet nor gale nor breeze was there.
Unnumber'd groves below them grew,
They came, they pass'd, and backward flew, 155
Like floods of blossoms gliding on,
In moment seen, in moment gone.
O, never vales to mortal view
Appear'd like those o'er which they flew!
That land to human spirits given, 160
The lowermost vales of the storied heaven;
From thence they can view the world below,
And heaven's blue gates with sapphires glow,
More glory yet unmeet to know.
They bore her far to a mountain green, 165
To see what mortal never had seen;
And they seated her high on a purple sward,
And bade her heed what she saw and heard,
And note the changes the spirits wrought,
For now she lived in the land of thought. 170
She look'd, and she saw nor sun nor skies,
But a crystal dome of a thousand dyes:
She look'd, and she saw nae land aright,
But an endless whirl of glory and light:
And radiant beings went and came, 175
Far swifter than wind, or the linkèd flame.
She hid her e'en frae the dazzling view;
She look'd again, and the scene was new.
She saw a sun on a summer sky,
And clouds of amber sailing bye; 180
A lovely land beneath her lay,
And that land had glens and mountains gray;
And that land had valleys and hoary piles,
And marlèd seas, and a thousand isles.
Its fields were speckled, its forests green, 185
And its lakes were all of the dazzling sheen,
Like magic mirrors, where slumbering lay
The sun and the sky and the cloudlet gray;
Which heaved and trembled, and gently swung,
On every shore they seem'd to be hung; 190
For there they were seen on their downward plain
A thousand times and a thousand again;
In winding lake and placid firth,
Little peaceful heavens in the bosom of earth.
Kilmeny sigh'd and seem'd to grieve, 195
For she found her heart to that land did cleave;
She saw the corn wave on the vale,
She saw the deer run down the dale;
She saw the plaid and the broad claymore,
And the brows that the badge of freedom bore; 200
And she thought she had seen the land before.
She saw a lady sit on a throne,
The fairest that ever the sun shone on!
A lion lick'd her hand of milk,
And she held him in a leish of silk; 205
And a leifu' maiden stood at her knee,
With a silver wand and melting e'e;
Her sovereign shield till love stole in,
And poison'd all the fount within.
Then a gruff untoward bedesman came, 210
And hundit the lion on his dame;
And the guardian maid wi' the dauntless e'e,
She dropp'd a tear, and left her knee;
And she saw till the queen frae the lion fled,
Till the bonniest flower of the world lay dead; 215
A coffin was set on a distant plain,
And she saw the red blood fall like rain;
Then bonnie Kilmeny's heart grew sair,
And she turn'd away, and could look nae mair.
Then the gruff grim carle girn'd amain, 220
And they trampled him down, but he rose again;
And he baited the lion to deeds of weir,
Till he lapp'd the blood to the kingdom dear;
And weening his head was danger-preef,
When crown'd with the rose and clover leaf, 225
He gowl'd at the carle, and chased him away
To feed wi' the deer on the mountain gray.
He gowl'd at the carle, and geck'd at Heaven,
But his mark was set, and his arles given.
Kilmeny a while her e'en withdrew; 230
She look'd again, and the scene was new.
She saw before her fair unfurl'd
One half of all the glowing world,
Where oceans roll'd, and rivers ran,
To bound the aims of sinful man. 235
She saw a people, fierce and fell,
Burst frae their bounds like fiends of hell;
Their lilies grew, and the eagle flew;
And she herkèd on her ravening crew,
Till the cities and towers were wrapp'd in a blaze, 240
And the thunder it roar'd o'er the lands and the seas.
The widows they wail'd, and the red blood ran,
And she threaten'd an end to the race of man;
She never lened, nor stood in awe,
Till caught by the lion's deadly paw. 245
O, then the eagle swink'd for life,
And brainyell'd up a mortal strife;
But flew she north, or flew she south,
She met wi' the gowl o' the lion's mouth.
With a mooted wing and waefu' maen, 250
The eagle sought her eiry again;
But lang may she cower in her bloody nest,
And lang, lang sleek her wounded breast,
Before she sey another flight,
To play wi' the norland lion's might. 255
But to sing the sights Kilmeny saw,
So far surpassing nature's law,
The singer's voice wad sink away,
And the string of his harp wad cease to play.
But she saw till the sorrows of man were bye, 260
And all was love and harmony;
Till the stars of heaven fell calmly away,
Like flakes of snaw on a winter day.
Then Kilmeny begg'd again to see
The friends she had left in her own countrye; 265
To tell of the place where she had been,
And the glories that lay in the land unseen;
To warn the living maidens fair,
The loved of Heaven, the spirits' care,
That all whose minds unmeled remain 270
Shall bloom in beauty when time is gane.
With distant music, soft and deep,
They lull'd Kilmeny sound asleep;
And when she awaken'd, she lay her lane,
All happ'd with flowers, in the green-wood wene. 275
When seven lang years had come and fled,
When grief was calm, and hope was dead;
When scarce was remember'd Kilmeny's name,
Late, late in a gloamin' Kilmeny came hame!
And O, her beauty was fair to see, 280
But still and steadfast was her e'e!
Such beauty bard may never declare,
For there was no pride nor passion there;
And the soft desire of maiden's e'en
In that mild face could never be seen. 285
Her seymar was the lily flower,
And her cheek the moss-rose in the shower;
And her voice like the distant melodye,
That floats along the twilight sea.
But she loved to raike the lanely glen, 290
And keepèd afar frae the haunts of men;
Her holy hymns unheard to sing,
To suck the flowers, and drink the spring.
But wherever her peaceful form appear'd,
The wild beasts of the hill were cheer'd; 295
The wolf play'd blythly round the field,
The lordly byson low'd and kneel'd;
The dun deer woo'd with manner bland,
And cower'd aneath her lily hand.
And when at even the woodlands rung, 300
When hymns of other worlds she sung
In ecstasy of sweet devotion,
O, then the glen was all in motion!
The wild beasts of the forest came,
Broke from their bughts and faulds the tame, 305
And goved around, charm'd and amazed;
Even the dull cattle croon'd and gazed,
And murmur'd and look'd with anxious pain
For something the mystery to explain.
The buzzard came with the throstle-cock; 310
The corby left her houf in the rock;
The blackbird alang wi' the eagle flew;
The hind came tripping o'er the dew;
The wolf and the kid their raike began,
And the tod, and the lamb, and the leveret ran; 315
The hawk and the hern attour them hung,
And the merle and the mavis forhooy'd their young;
And all in a peaceful ring were hurl'd;
It was like an eve in a sinless world!
When a month and a day had come and gane. 320
Kilmeny sought the green-wood wene;
There laid her down on the leaves sae green,
And Kilmeny on earth was never mair seen.
But O, the words that fell from her mouth
Were words of wonder, and words of truth! 325
But all the land were in fear and dread,
For they kendna whether she was living or dead.
It wasna her hame, and she couldna remain;
She left this world of sorrow and pain,
And return'd to the land of thought again. 330


lundi 6 avril 2009
Of Time and the City (2008), un film de Terence Davies.


Little Fugitive (1953), un film de Ray Ashley, Morris Engel et Ruth Orkin.



Ces deux films sont encore projetés dans quelques salles en France. Ne les manquez pas.
Little Fugitive, film fétiche de François Truffaut, paraîtra sans doute dans quelques mois en DVD chez Carlotta, l'excellent éditeur vidéo.






Cf. cette page, où vous pouvez lire ou entendre un très bon article.

(Pour Virginia.)


Sainte-Sévère, petit village de l'Indre, sans grand intérêt (je n'ai aucun goût pour mon "pays" natal, bien au contraire... et je hais assez fort la campagne et les villages français qui suscitent en moi une angoisse d'enfermement assez effroyable, donc ce n'est pas par chauvinisme que j'écris ces quelques lignes, mais afin de partager une émotion pure et inattendue...), au cœur de la France, non loin de l'endroit qui vit naître l'auteur de ces lignes, on célèbre le facteur François immortalisé par le génie d'un cinéaste, Jacques Tati, dans Jour de fête, son premier long métrage.

Nous sommes allés visiter La Maison jour de fête, ce week-end, parce que j'aime beaucoup Jacques Tati et son univers, car il s'agit bel et bien d'un homme-univers, une persona burlesque et lunaire, qui insuffle vie à des détails insignifiants, leur donnant la portée d'un monde, et qui extrapole l'éternité cachée dans des instants infinitésimaux. Le génie de Tatie est inexplicable et je ne suis pas certaine que tout le monde puisse y être sensible. Il s'inscrit, cependant, dans la lignée d'un Chaplin et d'un Keaton. Ceux qui lui ont succédé lui ont beaucoup emprunté aussi, il me semble, comme Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro.

(Keaton, Tati et Lloyd)

La beauté de son travail tient à des petits riens, parfois subtils, à un jonglage des sons, à un "équilibrisme" des êtres et des choses dans un univers qui ne cesse de se mouvoir et de rechercher son centre de gravité. Je dois reconnaître que j'ai éprouvée une émotion vibrante à me retrouver plongée, comme par magie, dans le décor et la vie du film. Expérience très troublante provoquée par un procédé de scénovision. Je crois que Tati aurait apprécié.

Ma caméra n'a pas fonctionné ce jour-là, je n'ai donc pu prendre que quelques mauvaises photographies avec mon IPhone.





Sur cette page de YouTube, le film en petits morceaux, pour vous faire une idée avant d'acheter le DVD qui n'existe pour le moment qu'en zone 2 anglais - un DVD français sortirait en 2010. Le film est en couleur - hélas, Jacques Tati qui désirait son film ainsi (il avait filmé avec deux caméras : une pour avoir le film en couleur, l'autre pour l'avoir en noir et blanc au cas où la couleur n'aurait pas fonctionné) n'a pas pu le voir sous cette forme.


Je vous recommande aussi ce disque (les sons sont beaucoup plus importants que les dialogues dans les films de Tati - est-il besoin de le dire?), acquis sur place



qui vous replongera dans la poésie, la magie des films de cet homme vraiment extraordinaire, ainsi que ce petit livre qui condense les grandes idées des films de Tati,

sans omettre le manuscrit du livre d'André Pierdel, son accessoiriste, que nous avons eu la chance de rencontrer.

Il est en vente à la "Maison Jour de fête". J'espère qu'un éditeur le publiera. Mais les éditeurs sont rarement à la hauteur de leur mission, de ce qui devrait être leur mission : les grands éditeurs font en général de l'argent et vendent des produits plutôt que des livres et les petits jouent souvent de combines, plus ou moins honnêtes, ou des compromis parfois douteux pour survivre - les exceptions sont trop rares dans le milieu. J'ai commencé à dévorer ce manuscrit et je peux vous garantir que ce texte mérite d'être publié : c'est un témoignage précieux sur une époque, sur certains films ; Pierre Étaix en a signé la préface. André Pierdel est un magicien au sens propre du terme et il a participé à 180 films ! C'est, en outre, une personne charmante. Cf. cette page-ci où vous pouvez l'entendre lors d'un entretien très intéressant. Jour de fête fut son premier film, où il a joué plusieurs rôles, et surtout il en fut l'accessoiriste très inspiré.
L'idée des chaussures coupées est la sienne, par exemple.

C'est grâce à lui que cette maison a pu voir le jour car il a vendu grand nombre d'objets qu'il avait gardés après le tournage. C'est ainsi que devant nous est reconstitué l'univers du film. Cette expérience dépasse le seul cadre du film, car c'est dans les secrets du Cinéma, sa magie, son essence que nous pénétrons.

Allez à Sainte-Sévère, vous rencontrerez dans une certaine mesure Jacques Tati, son esprit sans aucun doute.

Magnifique !

Quand je pense à Tati, je pense toujours à cette grande silhouette qui prend la main du petit garçon dans Mon oncle et je me plais à croire qu'il prend aussi la mienne quand les jours sont tristes.


mercredi 11 mars 2009






Notons la sortie en zone 2, ce mois-ci, du DVD de Love in the Afternoon (1957, Billy Wilder), un de mes films préférés avec la divine Audrey Hepburn et le très séduisant Gary Cooper...

"Actually, I don't much care for young men. Never did."

En effet...

Le bord des larmes, à chaque fois que je revois cette scène.


Mon mari : Gary Cooper, mais en mieux.




mardi 10 mars 2009
Je ne sais pas exactement à combien de rêves les damoiselles de mon genre ont droit. D'autant plus que j'ai épousé le dernier Prince Charmant en stock. N'est-ce pas trop pour une seule personne ? Les dieux vont-ils me punir? Ou bien est-ce déjà fait, d'une manière subtile, en posant le simple et douloureux effroi de la perte sur chaque jour heureux ?
Si je compte bien, un certain nombre de souhaits, de vies d'entre mes rêves ont pris corps ces dernières années : rendre visite à Julia Roberts à New York, aller embrasser J.M. Barrie sur sa tombe, serrer la main d'Emily Brontë...
Il en reste au moins trois, mais ce sont de très volumineux et imposants rêves et je ne sais pas s'ils tiendront dans mon existence !
En tout cas, samedi dernier un autre d'entre eux s'est réalisé. À la salle Pleyel, j'ai pu entendre un de mes héros modernes, un des rares vivants qui me fassent encore rêver : Maurizio Pollini.
Même si le programme n'était pas celui que j'aurais choisi pour l'entendre (je n'aime ni Stockhausen ni Schönberg - mais il y avait le quintette en fa mineur de Brahms et, là, ce fut un moment flamboyant), Maurizio Pollini m'a enthousiasmée. Et, pendant que je vous écris, je l'écoute dans un des registres que je préfère (hormis Chopin, qui est son domaine enchanté, selon moi), entourée de présents de mon ami Jean-Christophe, qui me connaît très bien - alors même que nous ne nous jamais rencontrés. Mais est-ce que cela a de l'importance de voir les gens quand leur réalité de mots est si terriblement vivante ? Jean-Christophe est de ces personnes rares dont les lettres sont à elles seules un enchantement et un cadeau. Il y a un ton... Quelque chose qui se brise sans bruit au bord de ses phrases et transforme votre sourire en larmes. S'il écrivait un jour un livre, je serais sa première lectrice. Il est de ces êtres qui enchantent la vie des autres et j'ai bien de la chance de le connaître. Il faut d'ailleurs le premier lecteur du Petit oiseau blanc et c'est grâce à ce livre que nous nous sommes connus. Je lui rends hommage ici et c'est trop peu. [Le texte de Lorrain est superbe - sans parler de la langue, qui est celle que j'aime-, sans dire mot non plus des illustrations hallucinées et poétiques de Jeanne Jacquemin ! Et je me suis perdue avec délice dans le manoir ce matin ! ]

Paris est un endroit où nous aimons passer le week-end, où longtemps j'ai eu un tout petit appartement, boulevard Saint-Germain. Cela faisait des mois que nous n'y étions pas allés, en attente de quelque chose qui tarde à venir... Alors, nous sommes allés en amoureux rendre visite à nos souvenirs. Nous y avons nos sages et dévergondées habitudes, qui se nomment Shakespeare and Co., les Deux Magots, les librairies de notre quartier : l'Écume des pages, La librairie Compagnie, Gibert Joseph, et quelques secrètes maisons de livres ou de thés. J'y rencontre toujours des livres qui me font de l'oeil, comme celui-ci, consacré à Audrey Hepburn et qui est une toute petite merveille...
A l'heure de la messe, mécréants, nous aimons nous rendre au ciné-club de cet éternel passionné qu'est Claude-Jean Phillippe. Dimanche, L'homme qui aimait les femmes était à l'affiche, alors... impossible de résister à la voix de Charles Denner. Et je suis même intervenue, cette fois-ci, contrairement à mon sacré commandement, pour fermer le clapet d'une spectatrice qui n'avait rien saisi de la beauté trouble du personnage... sous les applaudissements du public ! Je déteste les bavardages qui succèdent aux projections car 999 fois sur 1000, ce sont des âneries, des bavardages creux (des gens qui exhibent leur inculture et leur vanité, leur inintelligence)... et parce que j'ai souvent des coups de sang... surtout si l'on n'aime pas qui j'aime. Ne suis-je pas diabolique ?

Un autre rêve remue en moi et va bientôt naître, en avril. Il est dessiné dans ses grandes lignes.

Nul besoin, je crois, d'emmener avec moi tout mon matériel de traducteur, chèrement acquis pour la cause barrienne et d'autres projets, qui sont tout aussi enthousiasmants.

Il faut dire que, pour moi, la traduction est déjà en soi un voyage. Et c'est un voyage que je ne peux pas entreprendre autrement qu'en me projetant dans les mots qu'il faut tirer à soi pour voir ce qu'ils cachent. J'aime glisser mon doigt dans leur doublure et les esquinter juste ce qu'il faut pour leur donner la dimension et la place qui leur reviennent dans leurs nouveaux habits linguistiques.
Je suis donc très malheureuse de constater que la préparation à un diplôme anglais, à visée internationale, que je convoite, est exactement aux antipodes de ma conception. Hors de question, cependant, de me plier à des recettes, de suivre des cours pour ce qui ne s'apprend qu'en se blessant aux outils du traducteur, en traduisant donc ; hors de question également de mouler mon français dans cette chose reproductible à l'infini, le français standard, qui ne possède aucune sensualité ni la moindre aspérité. Car la langue bruisse ou elle n'est pas. Je serais capable de traduire un vulgaire article économique en langage flaubertien rien que pour le plaisir ! Je n'écrirai jamais des mots qui ne sonnent pas en moi. Même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Il y a une limite que je ne peux pas dépasser, c'est celle de la douleur de l'écrit non éprouvé en soi. Allez faire comprendre cela à un "tutor" femelle, qui écrit en bureaucrate...

Nul besoin de ces considérations pour comprendre l'Écosse, car comprendre ce pays ne demande que l'amour que l'on porte à son peuple et à ses paysages. Comprendre l'Écosse, c'est adopter son climat.

Tout d'abord, une bibliographie sélective, parce que personne ne part en voyage sans des bagages étudiés pour la circonstance. Et, nous, nous partons pour une fête.

L'histoire de l'Écosse écrite par un passionné. Livre indispensable - la seule histoire de ce pays, à ma connaissance, en outre (je ne parle pas des volumes de Galibert et Pellé qui remontent au XIXe siècle). Un panorama complet de l'histoire mouvementée de ce pays, car il s'agit bien d'un pays et non pas d'une extension de l'Angleterre... Je m'endors chaque soir au bord d'un loch, grâce à ce très bon livre. Un recueil des textes consacrées à son pays par un de ses célèbres enfants.

Et, mieux encore, lisez dans la langue originale ses Picturesque Notes.

On mentionnera aussi le fleuron de la littérature écossaise, aux côtés de Stevenson : Walter Scott, Burns... et un sympathique auteur de policiers, qui, sans révolutionner le genre, s'y fait une place qu'on lui accorde en général bien volontiers, Ian Rankin et son célèbre inspecteur Rebus.

Et puis... et puis... les livres de James Matthew Barrie.

Admirez ce portrait magnifique de l'Écossais :

"Mais, maintenant, alors que nous pouvions avoir pour nous-mêmes des servantes, je reculais devant l’idée. Cela ne serait évidemment plus la même maison ; nous aurions eu à nous dissimuler : je me me vis pas parler anglais toute la journée. Vous ne connaissez que la coquille d’un Écossais avant d’entrer dans le cercle de sa maison. Dans son bureau, dans les clubs, dans les réunions sociales, ces lieux où vous et lui semblez vous entendre si bien, il est réellement une maison avec tous les volets clos et la porte fermée à clef. Il n’est pas opaque de plein gré. Souvent, c’est contre sa volonté – et c’est certainement contre la mienne. J’essaie de laisser mes volets ouverts et mon pied au travers de la porte, mais ils vont claquer. De bien des façons, ma mère était aussi renfermée que moi – bien que ses manières fussent aussi gracieuses que les miennes étaient rugueuses (en vain, hélas ! toutes si bien huilées de sincérité) et ma sœur était la plus réservée de nous tous. Vous pouviez parfois entrevoir une lumière à travers l’une de mes fentes ; elle avait des doubles volets. Or, il semble qu’il s’agisse d’une loi de nature : nous devons montrer notre véritable moi de temps en temps. Et, comme l’Écossais doit le faire à la maison et faire loger une journée entière dans l’espace d’une heure, la conséquence en est qu’il se révèle là au plus haut degré. Les sentiments si longtemps étouffés débordent et c’est pourquoi les membres d’une famille écossaise se connaissent probablement mieux les uns les autres et sont plus ignorants de la vie extérieure à leur cercle que n’importe quelle autre famille au monde. Et, comme la connaissance est compassion, l’affection qui existe entre eux est presque douloureuse dans son intensité. Ils n’ont pas davantage à donner que leurs voisins, mais ce qu’ils possèdent est prodigué à quelques-uns plutôt que distribué à beaucoup. Ils sont réputés pour être avares, mais en ce qui concerne l’affection familiale, au moins, ils paient en or. En cela, je crois, nous trouverons la véritable explication à ce fait : pourquoi la littérature écossaise, bien avant le temps de Burns, a été si souvent inspirée par le foyer domestique et a traité ce sujet avec une compréhension passionnée.
Était-il nécessaire qu’une femme vienne dans notre maison et découvre que je n’étais pas l’homme à la triste figure que j’avais la réputation d’être ? Devais-je être enfin vu tel que j’étais une fois le voile de l’austérité levé ? Ma voix en société est si basse et si quelconque que ma première remarque est à peine une indication que je suis sur le point de parler (comme le bourdonnement de l’horloge avant qu’elle ne sonne) : fallait-il révéler que j’avais une autre voix, qu’il y avait une autre porte que je n’ai jamais ouverte sans laisser ma réserve sur le paillasson ? Ah, cette pièce! Ses secrets doivent-ils être donnés à voir au grand jour ?"

James Matthew Barrie, Margaret Ogilvy, extrait du Chapitre VIII, traduction Céline-Albin Faivre, tous droits de reproduction réservés (dépôt à la S.D.G.L.).

Il ne me reste plus qu'une malle à trouver pour le printemps, afin d'y déposer mes trois derniers rêves. Qu'ils dorment paisiblement et attendent le retour de l'enfant que je suis, toujours.
Certains jours sont plus chanceux que d'autres et c'est ainsi que, préparant une page musicale pour mon site Barrie, j'ai eu la chance de trouver ce disque-ci et de pouvoir l'acquérir.

ll ne s'agissait pas simplement pour moi de répondre aux séductions du beau suranné, du délicieux désuet, mais de faire vivre dans mon oreille, comme si je la collais à un vieux coquillage, un monde, celui de Barrie, mis en musique par Norman O'Neill ou bien par Sir William Walton. Le premier, directeur musical du London's Haymarket Theatre dès 1909, eut l'heur d'habiller de sons délicats et mystérieux la pièce de Barrie, Mary Rose, mais aussi L'oiseau bleu de Maeterlinck - et la filiation entre ces deux poètes a déjà été mise en exergue ici. Le second prêta son talent au Boy David de Barrie - une des oeuvres de Barrie que j'aime le moins, je dois le confesser.
Puisque les Hébrides sont assez proches de moi, désormais, et que l'île de Mary Rose s'y situe, je vous propose d'entendre l'appel de cet île "qui aime [tant] être visitée" qu'elle ne laisse pas toujours repartir ceux qui y posent le pied... Et, moi, est-ce qu'elle me fera prisonnière? Je ne suis pourtant plus une toute jeune fille...
Mary Rose
Je ne suis pas étonnée que Hitchcock ait été à ce point envoûté par l'histoire de Barrie. Instinctivement, il a perçu tout ce qu'elle recèle de danger, de perversion et d'étrange.

Harry : Il me semble que vous craigniez d'être un fantôme. Je crois bien qu'être un fantôme est pire que de les voir.
Mary Rose : Oui.
H. : Est-ce que cela rend solitaire d'être un fantôme ?
M.R. : Oui.
H. : Connaissez-vous d'autres fantômes ?
M. R. : Non.
H. : Le voudriez-vous ?
M.R. : Oui.
H. : Je peux le comprendre.

Mary Rose
, extrait. Cf. notre page.

Cf. également ce très bon article consacré, en partie, au disque susmentionné.
De Derek Hudson, je possédais déjà une intéressante biographie de Lewis Carroll. J'ai acquis depuis peu une vie d'Arthur Rackham. Je ne suis pas certaine que le terme de biographie soit celui qui convienne ici, puisqu'il s'agit davantage d'un portrait ou d'une fenêtre panoramique ouverte sur son existence, le tout illustré magnifiquement par des planches de Rackham.
En tout cas, cela me donne à réfléchir sérieusement sur l'exercice biographique. Autant sur le contenu que la forme que l'on peut donner à un tel projet...
Je rêve d'une biographie de Barrie que l'on puisse porter en médaillon ou en broche, bijoux que l'on ouvrirait à l'envi pour y trouver à chaque fois quelque chose de nouveau pour l'esprit et d'intrigant pour le coeur...
L'ouvrage fut publié en 1960 et republié quatorze ans après. Je vous laisse juges de la qualité de l'ouvrage avec ces quelques (mauvais) clichés que j'ai pris. Dans cet ouvrage, on découvrira quelques lettres que Rackham et Barrie ont échangées, lorsque le premier illustra pour le second une partie du Petit Oiseau blanc, Peter Pan dans les Jardins de Kensington.
On entreverra de nombreux personnages de l'époque dans ce livre, jusqu'à Max Reinhardt, débiteur de Rackham pour son Songe d'une nuit d'été, inspiré du génial Arthur...

Je crois qu'il n'existe plus guère de nos jours de telles éditions de livres. Et c'est ainsi que je suis devenue un peu bibliophile, presque malgré moi...











mardi 24 février 2009
"L’amour c’est l’espace et le temps rendus sensibles au cœur." Proust nous dit cela, très simplement, presque froidement, dans La Prisonnière. Est-il besoin d'expliquer davantage ? L'amour donne du poids, de la réalité, des contours au réel. Il le signifie. Mais qu'en est-il lorsque le temps et l'espace n'existent plus et que l'amour abolit jusqu'à cette perception ? L'amour est tout entier contenu sur la pointe d'épingle de l'instant et nous sommes conviés à le vivre, mais comme s'il n'était jamais né ni ne devait mourir. Tout le film de Widerberg se résume à cette impossible perception simultanée du temps et de l'éternité, du mouvement qui strie et reconstitue et du regard immobile, qui englobe.
Vous est-il déjà arrivé d'aimer une œuvre au point de ne pouvoir en parler sans redouter une implicite damnation ou, pire, en ayant le sentiment de violer un secret, de commettre une faute? Un attentat contre le silence ? Tout ceci à la fois et l'idée de n'être pas assez maître de ses mots.
A moins qu'il ne s'agisse que de la crainte vivace, perverse, insidieuse - qui ne se tait pas, même lorsqu'on l'énonce -, de bruisser maladroitement autour de personnages, alors que l'on se sent le devoir de les laisser à leur tranquillité, à leur virginal repos. En effet, il est des personnages pour qui seul un cœur clos et gros d'eux est une maison. Ils ne peuvent vivre ailleurs que dans la lecture silencieuse que l'on se fait d'eux. On leur parle comme on prie et il n'est d'autre communication possible. Jamais cinéaste, peut-être, n'a fait aussi intelligent usage du silence et des bruits de la nature, qui sont comme le langage du cœur. Ne point troubler cette atmosphère d'éther.
Il ne s'agit pas de se taire pour économiser son émotion, il s'agit par-dessus tout d'éviter la parole ou les mots qui vont les cloîtrer dans le monde prosaïque. Le mensonge et la fausseté appartiennent à notre monde, qui n'est pas le leur.
Ils réinventent tout, jusqu'au langage, et vivent tout, non pas pour la première fois, car ils ont de l'expérience, mais pour la dernière fois. Ils goûtent à tout comme s'ils découvraient cette faculté, et ainsi de tous leurs autres sens. Cette dernière fois qui annihile toutes les premières fois, qui n'a plus de mémoire mais qui veut laisser sa mémoire, c'est le sens de leur amour. C'est l'Amour.
Eux, qui ont tant cherché un ailleurs du monde, là où ils pourraient consommer leur existence, hors du regard des autres, il ne faut point les encombrer d'explications ardues. Parce que tout est une simple question de regard et d'ouïe que le cinéaste ouvre ou referme à volonté pour nous, pour nous atteindre, ici et maintenant, dans une éternité et une utopie (un non-lieu), plus réelles que le réel.
Ne pas oublier cette scène où l'héroïne, Elvira, se bouche les oreilles pour ne pas entendre ce qui la condamnerait : un mensonge qui porte atteinte à sa vérité blonde d'enfant, de madone, une vérité d'amour pur et innocent ; un mensonge qui veut faire entrer dans son réel poétique le prosaïsme faux des condamnés à vivre. Cette scène de silence et de parole muette, où les personnages (son amant et un faux ami de ce dernier) continuent à parler sans qu'on les entende, car nous sommes Elvira, ses yeux, ses oreilles bouchées. Nous sommes Elvira pendant tout le film, je crois, jusqu'à la dernière image, qui se fige et de laquelle le son se dédouble pour vivre sa propre vie ondulatoire, puisqu'il continue à se propager jusqu'à nous, tandis qu'Elvira n'est plus que l'image granuleuse, collée à notre rétine. Tout le secret du film, peut-être, est contenu dans les ultimes secondes, dans le décalage de l'image d'une vivante, alors morte, et d'un bruit qui ne la concerne plus. Un coup de pistolet. Puis, un second. Puis un fondu au noir. Nous sommes morts.
Ressentir. Faire ressentir. Tel est le seul but de l'art, si l'on veut parler brutalement, mais vrai. Le reste n'est que verbiage, justification, compromis : maladresse. Le génie, c'est l'émotion animale, qui vous cloue à un rien. Qu'importe les moyens pourvu que l'émotion naisse et ne soit entravée par aucune arrière-pensée, par aucun dogmatisme de la raison ou de la passion. Je peux tout pardonner à n'importe qui et à n'importe quoi pour une once d'émotion réelle. C'est assez rare, ne croyez-vous pas ? Il y a tant d'imitations. Et l'on reconnaît le vrai à sa capacité à vous blesser ou à vous prolonger au-delà même de l'horizon de votre idéal. Ce film apprend ce qu'est l'émotion vraie et la valeur du silence, des ellipses. Il y a une grâce de soleil qui tient à la délicatesse de la caméra, à la photographie impressionniste, et à la candeur et à la force réunies en bouquet d'Elvira (Pia Degermark).
Ressentir. Éprouver. Vivre.
Il n'y a rien à craindre en ce monde sinon de ne pas avoir vécu ce pour quoi l'on choisit, un jour, d'être né. On ne le sait que le jour où on le vit pleinement et, si l'on meurt sans le savoir, c'est que l'on a raté sa vie.
Elvira et Sixten sont nés pour leur amour. De même que je ne suis née que pour vivre le mien et mourir de lui. Même l'écriture ne serait pas assez forte pour me faire vivre de cette vie-là, la seule qui vaille.
Palpiter. Sentir le cœur de l'autre battre dans le sien dans des moments d'extrême perfection. Se donner à ces moments et payer de sa vie entière pour eux. Rien n'est trop beau pour le beau. Pas même la mort. Je ferai de la mort la demoiselle d'honneur de mon existence, si elle n'est point trop dégueulasse pour m'ôter le choix de la cueillir encore en bouton.
Convulsion.
Au point d'avoir le sentiment que ladite œuvre s'évanouit devant vous et disparaît si vous vous mettiez en devoir d'en parler, afin de vous empêcher de l'abîmer.
J'ai fait, un jour, la connaissance d'une jeune femme, donc.
A travers un film et un concerto de Mozart.
Je savais qu'elle aurait le pire et le meilleur.
Mais seul le meilleur pouvait atteindre cette âme pure et forte. Le pire n'est pas de mourir ainsi, c'est ne point vivre ; et ne point le savoir, c'est encore le pire de ce pire, qui, finalement, ne l'était pas. Ou de vivre comme les autres, la majorité, ceux pour qui ce genre d'amour est folie adolescente, fiction de puceaux.
La caméra ne filme jamais les deux amants ensemble en plan serré. Au contraire, les plans sur le visage des deux amants les séparent - un visage entier et l'autre coupé ou détourné - tandis que la fusion des corps, elle, est saisie, dans la majeure partie des plans, de loin, et comme si notre regard était entravé - par les arbres, par exemple -, ou encadré nous donnant le sentiment de ne jamais pouvoir les toucher. Il y a, ici, peut-être, la suggestion que ce couple possède un halo impénétrable.
Toujours cette opposition du prosaïsme et du poétique et du renversement ou de l'inversion du positif (réel) et du négatif (idéal) ordinaires.
L'histoire commence là où s'achève les autres histoires, dans ce qui devrait être le premier mouvement d'un decrescendo. Mais non. Le couple pourrait être mort. Il vit aussi bien qu'il ne serait plus, dans cette perfection de l'immobile.
La première image donne ce léger effroi ressenti et rétrograde, comme c'est le cas, par exemple, à la première lecture du "Dormeur du val".
L'amour donne naissance et nomme les choses. C'est un dieu. Nous sommes dans le jardin d'Eden. En lui, dans cette nature non corrompue, se touchent la mort et la naissance des deux personnages. Il n'y a ni passé ni futur, simplement le présent éternel du sentiment. Le prodige de ce film est de, paradoxalement, nous installer dans cette non-durée. Et cela sert le propos, bien entendu.
Elvira ne peut vivre que dans les hauteurs, dans un monde qui ne collabore pas avec celui des autres, tous les autres, hormis celui qu'elle aime et qui l'aime.




Widerberg nous livre un film horizontal - il s'en explique d'ailleurs dans un livre. Il faudrait une analyse soigneuse pour le démontrer, mais cela me paraît évident.
Le regard de l'homme est toujours détourné quand la caméra les filme ensemble, de près, alors que le regard d'Elvira nous pénètre. Jusqu'aux larmes.
Ou bien c'est elle qui s'efface.
Et elle laisse l'homme la regarder pendant que nous devons aveugles.
Les amants sont condamnés à fuir. C'est à peine dit.
Mais nulle angoisse tant qu'ils peuvent demeurer en retrait des autres. Tant que leur monde n'est pas contaminé par l'autre monde (l'argent, son manque), celui dans lequel ils n'ont plus leur place, bannis et exilés volontaire de la société. Il y a presque quelque chose de rousseauiste dans le propos.

Tout est suggéré dans ce film. La trame est celle du sentiment. Ces cloques d'émotion qui se crèvent et dont les bulles vont ricocher et naître en d'autres cloques un peu plus loin. Sans bruit.
C'est ainsi que l'on peut, à un certain moment, croire qu'Elvira est enceinte et l'idée nous est transmise par un plan de quelques secondes sur une figurante à table, enceinte, plan qui s'éloigne d'elle pour se fixer sur Elvira qui tricote un pull rouge. Et c'est tout. On ne saura rien de plus. Nous vivons en Elvira, nous ne pouvons la questionner de l'extérieur.
Le silence et les ellipses nombreuses condensent le propos à des impressions, qui sont comme des vaguelettes d'émotion. Illustration filmique, si je l'osais, des petites perceptions leibniziennes.
Les deux personnages vivent dans et de la nature. Cette scène, dans sa simplicité, emplit le cœur d'effroi, lorsque le vin coule et préfigure, sans rien de plus, le sang.
Les personnages perdent leur substance. Ombres chinoises ou croquis.

Ils sont recherchés. Il faut condamner les dieux, car les vivants ont froids et sont envieux de leur chaleur.
La fuite.
La mort qui n'est pas dans l'âme mais ailleurs.
Et lorsque le monde, le passé de l'homme, les effleure, une explication impossible à donner, puisqu'elle réduirait la vérité à une banalité avec laquelle elle ne concorde pas, est demandée.




L'amour ne recréé pas le monde ; il le crée. L'amour est regard neuf.






Oui, l'amour, c'est cela et rien d'autre et, dans cette mesure, l'art répond à la même définition.
Cette vision, pour romantique qu'elle puisse paraître à ceux qui sont passés à jamais du côté prosaïque du monde, n'est en vérité que la seule acception possible de l'existence humaine pour moi.
Je pourrais aisément faire de ce film mon credo.
Toute ma vie, on m'a dit que je changerais par nécessité, parce que la nécessité fait loi. Par nécessité, il faut entendre l'aspect matériel des choses, le prosaïsme étroit, limité, rugueux, brutal des choses. L'usure.
La mort des hommes, ce n'est pas la mort, c'est l'usure. Du désir, du corps, des rêves, des idéaux, de l'espoir. L'usure, c'est la reconnaissance que l'on avait tort jadis quand on croyait si fort que l'on aurait pu tout donner pour l'objet ardent de sa foi. Si l'on en arrive là, à ce reniement du premier soi, le soi poétique, on est mort. La plupart des gens autour de nous sont morts. Et, parmi eux, très peu, le savent. Ces derniers, savants d'un savoir qui ne leur sert pas, sont les damnés ou les revenants. Je leur préfère la compagnie des vivants. Il en reste, très peu. Elvira est vivante, bien que morte.
Nos deux héros échappent au prosaïsme, puisqu'ils sont présentés comme vivant dans une sensualité innocente, un oxymoron idyllique, comme si de leur amour ils faisaient renaître, en toute naïveté, le Paradis perdu des hommes, ceux qui vivaient, jadis, peut-être, du côté poétique du monde.
Et les mots, comme le reste, possèdent ces deux faces. Et je vis sur la tranche. Et je parle double. Mais je suis tout entière de leur côté, du côté d'Elvira et de Sixten, parce que je t'aime Ulysse.
Je ne crois pas que le prosaisme puisse être jamais poésie. Au mieux, il peut être courage de ce savoir inutile. C'est la seule beauté qu'il puisse escompter. Le principe de la poésie, c'est de ne pouvoir se provoquer à volonté ou à désir, mais d'être, comme une grâce qui ne tient qu'à la force du rêve. A condition de venir à lui, nu.
Or, les hommes et les femmes de ce monde ne rêvent pas. Ils n'en ont plus les moyens. Ou, alors, ils font semblant. Et ils se condamnent par cet acte de mensonge.
Une robe taillée dans un rideau cramoisi et un voile de madone dans un napperon,

Elvira se vêt d'opprobre et de foi vacillante pour participer une dernière fois aux adieux de son passé, du monde prosaïque. Seule.
Elvira perd tout mais se nourrit d'autre chose.
En dernier recours, Elvira voudra donner son dernier bien pour connaître un avenir qu'elle sait déjà, puisque c'est elle qui l'écrit. La tireuse de cartes refusera ce qu'elle lit : la mort. Mais Elvira, elle, accueille cette réalité. Mourir ou devenir prosaïque. [Le beau film Les noces rebelles de Sam Mendes 




est tout entier construit autour de cette alternative... La femme choisisant différemment de l'homme, pour leur malheur.]
Et les amants, à la fin, qui était déjà le début, acceptent ce destin qu'ils ont façonné, comme s'il était leur enfant. Et il est tel.





Une détonation. On ne verra pas Elvira tomber à terre. Elle est figée, comme un papillon, celui qu'elle tient en main, sur l'image qui s'arrête,
tandis que le son continue à se faire entendre. On entend, alors, une seconde détonation. Sixten la rejoint.
Elvira Madigan a réellement existé. Elle et son amant et leur tragique destin ont été, jadis.

Suicidés au cœur de la nature, afin que la société ne leur vole pas ce qu'elle ne pouvait accepter non pas de leur offrir mais de leur laisser.
Une acrobate qui risque (vit) sa vie sur un fil de fer et un soldat marié et père de deux enfants, qui quittent le monde (prosaïque) pour vivre leur amour (leur poésie) sans entraves. A quelques coudées au-dessus du sol. Le monde tente de les rattraper, comme c'est presque toujours le cas, mais ils se dérobent une ultime fois. Ils sont les plus forts. Les enfants le sont toujours.
Elvira Madigan a réellement existé. Qu'il suffise de dire cela pour vivre encore un peu d'elle et de sa triste histoire. Mais les histoires tristes sont les plus belles. C'est l'une des premières choses énoncées ici parmi toutes celles que je vous ai dites.
Elvira fut. Evira est.
On a peine à le croire en contemplant le film de Bo Widerberg. D'ailleurs, nous ne regardons pas le film, c'est lui qui nous contemple. Je crois que c'est l'une des raisons de la fascination qu'il exerce sur moi. Il me semble aussi que sa poignante beauté tient à ce trait de génie du cinéaste.
Le livre
tiré de ce "fait d'hiver" (ou de printemps, du printemps de l'humanité) est d'une poésie, autre, mais tout autant fondamentale pour le cœur et l'esprit.
"Si la réalité était une femme, il faudrait la prendre par surprise, puis se retirer, puis à nouveau la prendre par surprise."
"Il était poète. S'il remplaçait un mot dans une phrase, il changeait tout."
"On ne peut quitter un corps sans l'abandonner. Ainsi gisaient-ils là. Sixten sentait que... non, il ne sentait plus rien, il était mort. (Mais la forêt était vivante.)"
[Toutes les captures d'écran que j'ai préparées pour vous et que je présente dans ce billet sont extraites de ce DVD. 


Vous pouvez cliquer sur les images afin de les agrandir. Le DVD existe uniquement en version suédoise avec des sous-titres anglais. Merci de ne pas réutiliser mes captures sans autorisation.]
Extrait :

***
A noter que le beau film de Roy Andersson, A Swedish Love Story (1970), que j'ai eu l'occasion de découvrir en salle, il y a quelques mois, emprunte quelque chose de cristallin au film de Widerberg. Rappelons qu'Andersson fut l'assistant de Widerberg sur le tournage d'Elvira Madigan. Tout l'opposé, en somme, de Bergman (que j'aime, cependant, infiniment).



Les roses du Pays d'Hiver

Retrouvez une nouvelle floraison des Roses de décembre ici-même.

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Holly Golightly
Never Never Never Land, au plus près du Paradis, with Cary Grant, France
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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