vendredi 22 février 2008
La vie sans musique serait une erreur. Nietzsche dit ceci ou peu s'en faut. Pourtant, je ne parle jamais de musique ici (de véritable musique, j'entends), parce que je ne me sens pas prête à le faire et parce que, à bien y réfléchir, c'est un des jardins souterrains de mes ardents secrets. Non pas que je me sente davantage autorisée à parler de livres, d'études diverses ou de films. Mais, si je puis m'appuyer sur des années d'études philosophiques, sur mes travaux universitaires, sur ma quête en ce domaine, pour me garantir une certaine crédibilité à mes propres yeux, je ne possède aucune assise théorique pour parler de musique. Je suis venue à la musique très tard. Je veux dire avec une certaine conscience, avec un peu de sérieux dans l'écoute. Ma pratique d'un instrument, le violon, a débuté il y a quelques mois. Je demeure extérieure à ce monde qui n'admet aucun dilettantisme ou la moindre faute. Mon jugement n'a aucune valeur ni légitimité. Il n'est que sensation, sans la moindre once d'intelligence. Pourtant, si je dois continuer à écrire ici, de loin en loin, j'aimerais parler de musique, d'opéra, car il manque une facette essentielle au portrait - même si, bien sûr, tout portrait est mensonger.
Pour l'heure, puisque le temps presse, je me contente d'une liste des disques qui ont fait éclater les vitres de ma forteresse intérieure ces derniers mois, les disques que j'écoute et réécoute, dans lesquels je puisse de la force et que je recommande à mes bienveillants lecteurs, avec humilité. Il en manque des dizaines, car la forge qui me sert de ventre et qui nourrit la machine à écrire a, elle aussi, besoin de combustible, mais il fallait faire un choix. Et tout choix comporte sa part d'injustice.
Je suis amoureuse de la voix de Jaroussky, comme je le suis de celle d'Andreas Scholl, pour des raisons évidemment très différentes, et ce Vivaldi-là me donne envie de vivre.
Il ne faut certainement pas manquer de s'offrir cet opus-ci, également, par lequel je suis entrée dans la voix de Jaroussky. Divin.
Un de mes plus grands chocs, fut l'écoute de ce disque. Mon émotion est tellement violente... que je n'écoute cette oeuvre qu'à des moments très choisis. Le concerto de Sibelius par Oistrakh : une de mes oeuvres préférées, sinon la préférée, par son meilleur interprète.
Ma révélation de l'année 2007. Je ne pense pas être très originale puisque tout le monde s'est accordé pour reconnaître à quel point cet interprète donne tout son sens à ses suites. Si Dieu a existé, je pense que Bach en est la preuve.
Je pourrais citer tous les disques de Carlos Kleiber, puisqu'à mes yeux, c'est un génie et qu'il est le chef d'orchestre que j'admire le plus - suivi par Furtwängler.
Je me contente de détacher ces deux-ci :
Le seul opéra dont je ne me lasserai jamais, je le sais. Wagner est mon héros. Disque parfait.
Entre autres, pour la symphonie numéro 7.
Je parlais de Wagner. Ce coffret-ci de la tétralogie est indispensable. Et merde à ceux qui n'aiment pas Karajan !
Parce que dans certain concerto, Samson François fait entendre des choses que je n'ai jamais entendues ailleurs...
Une autre voix que j'aime infiniment. J'espère aller l'écouter, un jour. Ce disque-ci d'abord.
Un "péché de vieillesse" tout à fait étonnant et qui recèle mille et une petites surprises.
Je serais ridicule d'en parler. Nous sommes dans l'essentiel.
Quant à cette version, si j'avais plus de mots, je la défendrais contre les quelques détracteurs.
Un des cadeaux de Noël de mon ami Robert, qui m'a beaucoup émue. "Le bord des larmes" à chaque écoute des lieder de Strauss.
Le voyage d'hiver et pas par n'importe qui... pour atteindre ces contrées de glace que nous portons en nous. Je suis vraiment en retard !
Au revoir.
Libellés :musique classique,opéra
[Lady Clementina Hawarden]
En relation avec ce très ancien billet.
Fond de tiroir moisi.
Finalement, février aura connu trois floraisons, pour faire pardonner le silence de Mars.
Résultats, idées, problèmes, tomes 1 et 2, Paris, P.U.F., 1984
Freud nous livre, dans le premier tome de ce recueil de textes, une réflexion intéressante et sensible sur « L’éphémère destinée » (1) des belles choses et le deuil que nous devons faire d’elles, un jour ou l’autre. La question qui est posée est celle de savoir si leur caractère éphémère, le fait qu’elles soient vouées au néant, leur enlève ou non quelque chose de leur beauté. Freud pense que non, mais un ami à lui pense le contraire et il essaie d’interpréter cette réaction à partir d’un deuil non consommé.
La référence à Goethe indiquée dans le titre de l’article qui devait servir pour un volume commémoratif doit nous faire comprendre que ce caractère éphémère des choses est aussi (et surtout) le nôtre, il en est l’image ou le symbole. Que notre vie ait un terme et ne laisse rien, sinon d’illusoires et de tout aussi éphémères traces, la rend-elle pour autant vaine et sans la moindre valeur ?
Contre la nécessité de cette destinée éphémère, deux attitudes sont envisagées : le dégoût, plutôt passif qui acquiesce, et la révolte violente.
Freud adopte une voie médiane, qui est celle de la raison et qui consiste à adapter le temps des choses à celui de l’homme. En outre, la rareté des choses fait leur valeur : « La limitation dans la possibilité de la jouissance augmente le prix de celle-ci. » (2) Le deuil est une manière d’affronter la nécessité de la limite des choses et de notre être, puis de l’accepter ; ceux qui refusent la beauté des choses sous prétexte de leur finitude évitent la perte de ceux-ci, et donc le travail du deuil. L’amour que l’on porte à ce qui va périr contient en soi sa propre impossibilité, et il est beau et tragique à cause de cette contradiction. Il faut aimer dans le risque et la possibilité, ce n’est pas un choix, il n’y a pas d’autre voie.
« (…) l’âme se retire instinctivement de tout ce qui est douloureux, ils sentaient la jouissance qu’ils puisaient dans le Beau endommagée par la pensée de son éphémère destinée. » (3)La pensée anticipative rend présente la perte qui n’a pas encore eu lieu ; elle creuse l'absence au coeur de la présence.
« Le deuil né de la perte de quelque chose que nous avons aimé ou admiré apparaît si naturel au profane qu’il le déclare évident. Mais pour le psychologue, le deuil est une grande énigme, un de ces phénomènes que l’on ne tire pas au clair en eux-mêmes, mais auxquels on ramène d’autres choses obscures. » (4)
Pourtant la raison du deuil est donnée plus loin dans son propos : au départ, l’homme est entier et il se morcelle dans ses objets d’amour qui deviennent des prolongements de lui-même, lorsque ceux-ci disparaissent, l’homme se détache de lui-même, il lui manque des parcelles de lui-même.
« Nous nous représentons que nous possédons une certaine quantité de capacité d’amour, nommée libido, qui dans les débuts de notre développement s’était orientée vers le moi propre. Plus tard, mais en réalité très précocement, elle se détourne du moi et se tourne vers les objets, qu’ainsi d’une certaine façon nous accueillons dans notre moi. » (5)
L’amour crée un monde intérieur à l'intérieur d'un monde intérieur. Une île sur une île.
« Que les objets soient détruits ou qu’ils soient perdus pour nous, et notre capacité d’amour (libido) redevient libre. Elle peut prendre pour substituts d’autres objets ou bien temporairement revenir au soi.
Mais pourquoi ce détachement de la libido de ses objets doit-il être un processus si douloureux, nous ne le comprenons pas et nous ne pouvons le déduire actuellement d’aucune hypothèse. Nous voyons seulement que la libido se cramponne à ses objets et ne veut pas renoncer à ceux qu’elle a perdus, lorsque le substitut se trouve indisponible. C’est bien là le deuil. » (6)
On peut expliquer, peut-être, le deuil par l’idée que l’homme retentit sur les autres hommes et sur le monde et qu’il ne peut être sans ces échos qui lui donnent une image de lui-même, une identité, si tant est qu’une telle chose existe.
« Je crois que ceux qui pensent ainsi [que les biens, du fait de leur perte, soient dévalorisés] et semblent disposés à un renoncement définitif, parce que le bien précieux ne s’est pas avéré solide, ne font que se trouver en deuil de la perte. Nous savons que le deuil, si douloureux qu’il puisse être, s’arrête spontanément. Lorsqu’il a renoncé à tout ce qui était perdu, il s’est également lui-même consumé, et voici notre libido de nouveau libre pour, dans la mesure où nous sommes encore jeunes et pleins de vitalité, substituer aux objets perdus des objets si possibles tout aussi précieux ou plus précieux. » (7)
Freud part de la pétition de principe que le deuil doit être consommé sinon il se transforme en mélancolie.
C'est à ce moment précis que nous nous détachons de Freud, car nous ne pensons pas que le deuil soit un travail jamais achevé si l'attachement fut réel et cet inachèvement qui gruge l'âme et l'esprit de celui qui a perdu est le commencement, peut-être, pour certains, de l'art.
Le fragment perdu ne se reconstitue pas ; l'amputation est réelle ; et c'est la meilleure chose qui puisse advenir. Combien sont à plaindre et à mépriser ceux qui achèvent la figure du deuil et qui ne savent rien des chagrins inconsolés !
(1) Vergänglichkeit. Goethe, Faust : « Alles Vergängliche ist nur ein Gleichnis » (vers 12104-12105), « Toute chose éphémère est seulement une allégorie. »
(2) tome 1, p. 234.
(3) tome 1, p. 235.
(4) Ibidem.
(5) Ibidem.
(6) Ibidem.
(7) p.236.
[Caspar David Friedrich]
Libellés :deuil,Freud,philosophie
mercredi 20 février 2008
Il ne faut pas m’en vouloir. Je ne suis pas une amie rêvée, je ne suis même pas tout à fait réelle, et puis j’ai horreur de me sentir obligée de répondre aux lettres. Je n’ai pas besoin d’écrire aux gens pour penser à eux. Vous n’avez qu’à lire sur mes lèvres muettes. Je ne dirai pas mieux. Je suis là mais ne brisez pas mon silence ou faites-le avec beaucoup de délicatesse.
Sachez simplement, je n’ai pas envie d’écrire ici en ce moment. Et la boîte aux lettres déborde.
J’ai été malade, assez brutalement, sur une période un peu longue. Je suis affaiblie et je ne tiens pas à forcer ma carcasse. J’ai des points finaux à semer aux quatre vents, comme je le dis souvent, et un voyage à mettre sur pieds. Destination : Angleterre. Bientôt. D'ici là, je ne pense pas avoir le temps de vous écrire ou très peu. Rendez-vous en avril.
J’ai envie de vivre ailleurs et je n’ai pas le temps d’écrire, de répondre ou de donner des nouvelles. Je veux parler de temps vivant, bien sûr. Parce que des réponses mécaniques, je puis en consentir, mais ce serait tricher. Ce serait du temps mort que j’offrirais et ce serait mentir. Alors, je préfère donner une absence véritable, bordée de l’argent de mes songes.
J’aimerais tant que ce petit billet anodin, une fois encore, pour un moment, soit cette lettre que je ne vous écrirai pas. Non pas parce que je ne vous aime plus ou parce que je suis ingrate et que je me désintéresse de vous, simplement parce que je suis ailleurs, dans les pensées et le monde de mon amie Fauna, qui comprend tout, par exemple... ou dans une conversation avec une Jolie Demoiselle, dans un café parisien, à deux pas de ma chère Sorbonne,
quelque part, une angoisse et un sourire en écharpe. (Merci pour ces belles heures passées avec toi.)
Voilà…
Monsieur Monk et moi
Si, un jour, j’avais établi en ma demeure cérébrale un psychanalyste - mais je ne suis pas désespérée au point d’en avoir un et la psychanalyse ne m'a jamais intéressée que du point de vue littéraire et théorique car je crois que nous sommes, pour plagier, un des personnages de John Irving, "tous des incurables" -, je suppose qu’il décèlerait en moi une raison profonde à mon attachement chronique aux romans policiers et, a fortiori, à certaines séries policières (L’Inspecteur Morse et L’Inspecteur Frost, en tête, Columbo, Nestor Burma et L’inspecteur Barnaby plus loin derrière).
Force est de constater que, depuis que je me suis mis en tête l’idée de liquider mon ancien Moi et son cortège de manies déplacées (et datées), Monk est devenu mon meilleur ami. Je pense pouvoir le qualifier d’ami, après avoir passé cinq saisons avec lui, dans l’attente fiévreuse de découvrir ce que la sixième - en cours de diffusion aux Etats-Unis, le dernier épisode sera diffusé vendredi - me réservera de surprises. Chaque jour, à la fin de ma journée de travail, je sais que j’ai mérité cette récompense : passer quarante minutes avec mon quasi alter ego. Je suis persuadée que de s'identifier à un génial névrosé est importun et incertain.
Comme lui, je vis dans un univers qui ne paraît étroit qu’à ceux qui ont l’esprit trop vissé sur leur petite médiocrité quotidienne. Je ne sais pas faire de vélo ni nager, non pas par défi de faire autrement que les autres, mais simplement parce que personne ne m’a jamais appris. Maintenant, je suis trop vieille pour changer mes habitudes et ces manques définissent assez joliment mon identité. J’ai remarqué, bien souvent, que les choses qui m’étaient les plus évidentes étaient précisément celles qui me rendaient étrangère dans le regard des autres.
Pas plus que Monk, interprété par l’excellent Tony Shalhoub, je ne me sens à l’aise avec les gens qui le sont bien trop, toujours en harmonie avec les modes, les us et les coutumes de leur époque. Profondément décalée, avec assez de perspective, cependant, pour jouir de la vision biaisée que j’offre aux autres – recul qui fait défaut à notre héros -, je demeure en marge de la vie normale des terriens et je ne m'en porte pas mal. Je dois confesser une certaine fierté à ne pas dépendre des autres et à me sentir assez libre pour mettre en péril mes plus précieux attachements.
Mon humour, à l'instar du sien, est en général involontaire. Et, pourtant, croyez-moi, il m’a fallu beaucoup d’humour pour venir au monde et pour persévérer dans l’existence. Je ne suis pas rétive au rire, simplement je ne ris pas des mêmes choses que les autres et je ne pleure pas non pour les mêmes raisons.
Monk, c’est un peu moi. A écouter ceux qui me connaissent vraiment intimement - à savoir une seule personne sur terre -, Monk est tout à fait moi. Ou, peut-être, suis-je tout à fait lui. Certes, je n’abuse pas de manière compulsive de lingettes (cela reste encore à prouver ; j'entends tousser mon mari), dès que quelqu’un me sert la main, et je ne possède pas sa stupéfiante intelligence, mais la ressemblance est là. Ressemblance toute morale et psychique, il est vrai, car entre Monk et moi, hormis la complexion névrotiquement obsessionnelle, l’air de famille n’est pas évident à déceler. Et puis à bien considérer la situation, je suis normale.
Normale mais terrible.
De ce fait, il me semble légitime de prétendre à la compréhension de ce personnage martien, dont les prodigieuses facultés intellectuelles constituent, ainsi qu’il aime à le répéter, «un don et une malédiction». Emule de Sherlock Holmes, Monk reconstitue l'univers à partir d'une poussière.
Monk incarne l'union de la raison et de la déraison, mieux que n'importe quel autre personnage de fiction télévisée. Il est aussi le prototype de l’Aimant inconsolé, qui était le héros de mon D.E.A. de philosophie, il y a de nombreuses années de cela. Je crois toujours que survivre à la mort de l'être aimé est le pire désaveu d'amour qui soit, une trahison et une lâcheté... Monk est vivant mais déjà mort. Il caresse le cadavre de son existence et le couvre de larmes. Ceci peu d'êtres le comprennent et Monk est condamné à une solitude bien cruelle, proportionnelle à la faveur que le destin lui a faite. Tout a un prix.
Monk, par le plus grand des miracles (double miracle : trouver l'amour véritable et trouver l'amour véritable quand on a été mis en hibernation dès l'enfance...), a trouvé quelqu’un sur terre pour l’aimer et l’épouser. Une merveilleuse beauté blonde répondant au prénom de Trudy (interprétée malheureusement par deux actrices différentes). Hélas, celle-ci est morte dans une voiture piégée par une bombe. Depuis ce jour funeste, Adrian Monk recherche le coupable de cet attentat qui l’a privé de son unique chance de bonheur. Or, celui qui résout tous les mystères en un clin d’œil est incapable de découvrir la raison pour laquelle sa femme est morte.
Monk, par le plus grand des miracles (double miracle : trouver l'amour véritable et trouver l'amour véritable quand on a été mis en hibernation dès l'enfance...), a trouvé quelqu’un sur terre pour l’aimer et l’épouser. Une merveilleuse beauté blonde répondant au prénom de Trudy (interprétée malheureusement par deux actrices différentes). Hélas, celle-ci est morte dans une voiture piégée par une bombe. Depuis ce jour funeste, Adrian Monk recherche le coupable de cet attentat qui l’a privé de son unique chance de bonheur. Or, celui qui résout tous les mystères en un clin d’œil est incapable de découvrir la raison pour laquelle sa femme est morte.
De maigres pistes en maigres pistes, il finira pourtant par découvrir que, contrairement à ce qu’il avait cru au départ, la bombe ne lui était pas destinée, mais bien à son épouse. La culpabilité est un fardeau moins lourd à porter, mais elle demeure en lui.
Si la quête de Monk parvient un jour à son terme, son histoire sera terminée. Il se perdra lui-même dans une caricature de lui-même ou devra prendre le rique de tuer son identité "monkesque". Je ne sais ce qui serait le pire.
Monk a un frère, Ambrose, lui aussi, psychiquement atteint. Tous les deux ont connu une enfance cloîtrée et, à sa manière, violente. Ambrose ne sort pas de sa maison depuis des dizaines d'années. Il rédige des manuels d’utilisation d’objets aussi improbables les uns que les autres, en langues étrangères. Son intelligence est également prodigieuse, comme si l'absence d'affectivité était compensée par un surcroît de matière grise. Leur père les a abandonnés, lorsque Monk avait 8 ans. Depuis ce jour, Ambrose attend dans sa maison le retour du père prodigue... Monk, lui, sait qu'il ne reviendra pas. Pourtant, lors de la cinquième saison, après environ de quarante ans d’absence, Monk reverra son père, qui a fondé ailleurs une autre famille (Monk et Ambrose ont un demi-frère, Jack), qu’il a encore une fois laissé choir. Rencontre surréaliste, non dépourvue de chaleur et de regrets partagés.
Si la quête de Monk parvient un jour à son terme, son histoire sera terminée. Il se perdra lui-même dans une caricature de lui-même ou devra prendre le rique de tuer son identité "monkesque". Je ne sais ce qui serait le pire.
Monk a un frère, Ambrose, lui aussi, psychiquement atteint. Tous les deux ont connu une enfance cloîtrée et, à sa manière, violente. Ambrose ne sort pas de sa maison depuis des dizaines d'années. Il rédige des manuels d’utilisation d’objets aussi improbables les uns que les autres, en langues étrangères. Son intelligence est également prodigieuse, comme si l'absence d'affectivité était compensée par un surcroît de matière grise. Leur père les a abandonnés, lorsque Monk avait 8 ans. Depuis ce jour, Ambrose attend dans sa maison le retour du père prodigue... Monk, lui, sait qu'il ne reviendra pas. Pourtant, lors de la cinquième saison, après environ de quarante ans d’absence, Monk reverra son père, qui a fondé ailleurs une autre famille (Monk et Ambrose ont un demi-frère, Jack), qu’il a encore une fois laissé choir. Rencontre surréaliste, non dépourvue de chaleur et de regrets partagés.
Monk est un ancien policier, qui a perdu sa plaque, à cause de ses troubles obsessionnels très gênants. Cependant, il demeure un consultant de la police de San Francisco et travaille avec le Capitaine Leland Stottlemeyer (Ted Levine) – fraîchement divorcé et maladroit père de famille- et le Lieutenant Randy Disher (Jason Gray-Stanford) – un simple d’esprit, très sympathique.
Il espère récupérer son poste. Monk ne fait rien d'autre que d'attendre des choses improbables. Mais l'attente convient à sa complexion figée.
Pendant plusieurs années, Monk a été aidée par Sharona (Bitty Schram), une infirmière reconvertie en assistante du détective. Celle-ci le laissera tomber sans préavis (Monk est éternellement abandonné) – pour rejoindre son ex-mari - et, au cours d’une enquête, il fera la connaissance d’une autre blonde, mère de famille et veuve, Natalie Teeger (Traylor Howard). Elle sera sa nouvelle assistante. Contrairement à Sharona, qui n’avait aucune complaisance pour Monk, Natalie
Il espère récupérer son poste. Monk ne fait rien d'autre que d'attendre des choses improbables. Mais l'attente convient à sa complexion figée.
Pendant plusieurs années, Monk a été aidée par Sharona (Bitty Schram), une infirmière reconvertie en assistante du détective. Celle-ci le laissera tomber sans préavis (Monk est éternellement abandonné) – pour rejoindre son ex-mari - et, au cours d’une enquête, il fera la connaissance d’une autre blonde, mère de famille et veuve, Natalie Teeger (Traylor Howard). Elle sera sa nouvelle assistante. Contrairement à Sharona, qui n’avait aucune complaisance pour Monk, Natalie
se montre maternelle, aimante envers son patron. Monk dira d’elle qu’elle lui rappelle, par certains aspects, son épouse défunte. Le compliment n’est pas mince, car Monk semble hermétique à tout sentiment, faisant preuve d'un égoïsme presque inconscient tellement il lui est naturel.
Les enquêtes de Monk ne brillent pas par leur intelligence scénaristique : tout est hautement improbable – nous sommes loin du réalisme et du travail d’orfèvre des séries policières anglaises-, mais leur loufoquerie, la tendresse qui s’installe au fil des épisodes pour les divers personnages (ne pas oublier de citer le psychiatre de Monk et le rival de ce dernier, l'exaspérant Harold Krenshaw, qui dispute à Monk les bonnes grâces du thérapeute), la quête de Monk (qui n’avance guère), les efforts que fait ce dernier pour se libérer de ses démons intérieurs, la mélancolie du personnage, l’atmosphère un brin surréaliste font de cette série une œuvre qui mérite notre attention – ou, pour le moins, notre affection. Sans omettre de citer, à partir de la saison 2, le générique écrit et interprété par l'excellent Randy Newman.
Les enquêtes de Monk ne brillent pas par leur intelligence scénaristique : tout est hautement improbable – nous sommes loin du réalisme et du travail d’orfèvre des séries policières anglaises-, mais leur loufoquerie, la tendresse qui s’installe au fil des épisodes pour les divers personnages (ne pas oublier de citer le psychiatre de Monk et le rival de ce dernier, l'exaspérant Harold Krenshaw, qui dispute à Monk les bonnes grâces du thérapeute), la quête de Monk (qui n’avance guère), les efforts que fait ce dernier pour se libérer de ses démons intérieurs, la mélancolie du personnage, l’atmosphère un brin surréaliste font de cette série une œuvre qui mérite notre attention – ou, pour le moins, notre affection. Sans omettre de citer, à partir de la saison 2, le générique écrit et interprété par l'excellent Randy Newman.
It's a jungle out there...
En vérité, Monk, c’est moi, mais avec une quinzaine d’années de moins. J'ai, en effet, très récemment pris conscience d'avoir quitté le monde des "monstres" et je suis tellement normale que je me reconnais à peine.
Je veux croire que l’on finit par guérir de soi et que ce n’est pas si terrible que cela d’oser être, un jour, un peu plus et un peu mieux qu’on ne le croyait permis. Contre ceux qui, jadis, avaient décidé pour nous ou tout simplement par égard pour nous-mêmes, ce qui est encore mieux. C'est la raison pour laquelle, Monk est condamné à ne jamais progresser, et pas seulement parce qu'il n'est qu'un personnage typique ou exemplaire de fiction, un caractère, mais parce qu'il possède la perfection ou à la perfection son défaut d'être ou son supplément d'âme. A cause de ceci, je l'envie.
En vérité, Monk, c’est moi, mais avec une quinzaine d’années de moins. J'ai, en effet, très récemment pris conscience d'avoir quitté le monde des "monstres" et je suis tellement normale que je me reconnais à peine.
Je veux croire que l’on finit par guérir de soi et que ce n’est pas si terrible que cela d’oser être, un jour, un peu plus et un peu mieux qu’on ne le croyait permis. Contre ceux qui, jadis, avaient décidé pour nous ou tout simplement par égard pour nous-mêmes, ce qui est encore mieux. C'est la raison pour laquelle, Monk est condamné à ne jamais progresser, et pas seulement parce qu'il n'est qu'un personnage typique ou exemplaire de fiction, un caractère, mais parce qu'il possède la perfection ou à la perfection son défaut d'être ou son supplément d'âme. A cause de ceci, je l'envie.
Libellés :Monk,série télévisée
jeudi 24 janvier 2008
[J. M. Barrie, en 1915, à Bettancourt - hôpital pour enfants établi dans ce château par Barrie lui-même et dirigé par Elizabeth Lucas pendant plus d'un an.]
[J.M. Barrie en 1930, Edimbourg.]
[J.M. Barrie en 1935...]
Libellés :James Matthew Barrie
mardi 22 janvier 2008
[Image offerte par Andrew Birkin, extraite d'un programme américain de 1906, avec Maude Adams dans le rôle de Peter Pan et Ernest Lawford dans celui de Hook. Cliquez sur le cliché pour l'agrandir dans une autre page.]
J'ai commencé des mises à jour de mon site Barrie, que je recenserai lorsqu'elles seront achevées (fin février, comme annoncé il y a quelques jours).
Il m'a semblé opportun de vous signaler l'existence d'une nouvelle page dédié au vilain de l'histoire, le bien nommé Hook... Vous pouvez la lire ici.
Je profite de cette note microscopique pour vous signaler la sortie chez BACH FILMS d'un DVD, jusques alors simplement disponible en Zone 1, un film tiré d'une pièce de Barrie, L'admirable Crichton
dont je parlais jadis ici même ou sur le site susmentionné. Bach films n'est pas célèbre pour la qualité de ses DVD, mais cette société a le mérite, néanmoins, de sortir à bas prix des films (très) rares (voir la collection consacrée au cinéma russe ou aux polars, par exemple) et souvent des joyaux du cinéma d'auteur (Griffith pour ne citer que lui) ou de série B (jusqu'à Z), hélas un peu oubliés. Dieu que j'aurais aimé vivre à cette époque !
dont je parlais jadis ici même ou sur le site susmentionné. Bach films n'est pas célèbre pour la qualité de ses DVD, mais cette société a le mérite, néanmoins, de sortir à bas prix des films (très) rares (voir la collection consacrée au cinéma russe ou aux polars, par exemple) et souvent des joyaux du cinéma d'auteur (Griffith pour ne citer que lui) ou de série B (jusqu'à Z), hélas un peu oubliés. Dieu que j'aurais aimé vivre à cette époque !
Et, puisque je suis adepte de la digression utile, je signale ce livre-ci, acheté dimanche à la librairie du cinéma, "Ciné Reflet", désormais rue Monsieur le Prince, à Paris, dans le VIe - mon fief :
Je ne l'ai pas encore lu, mais j'en attends beaucoup.
Libellés :Hook,James Matthew Barrie
lundi 21 janvier 2008
« Personne ne mérite d'être aimé - personne à la mesure de ce don sans mesure. Celui qui le reçoit découvre alors l'injustice. » (Camus, citation recopiée de mes carnets d'adolescente)
Je devrais demander pardon à tous ceux qui me lisent (jusqu'au Brésil, aux dernières nouvelles, puisque j'ai reçu un gentil mot en portugais, il y a quelques jours, d'une personne qui fait l'effort de me lire en français...), à ceux que j'aime. Cela fait des semaines, des mois, que je n'ai pas le temps de vous parler, de vous écrire. Je suis occupée, comme une place forte. Je n'ai plus de temps que pour mes égoïstes et laborieuses préoccupations. Je suis préoccupée - c'est ma nature-, mais très heureuse, et un peu coupable d'être incapable de rendre un peu de l'amitié que je reçois. Toutefois, je sais bien que l'on ne rend jamais à ceux qui vous ont donné, mais à d'autres, qui eux-mêmes seront de bienfaisance pour d'autres. Éternelle ronde des échanges obliques. Je poursuis mon chemin à cloche-pied.
Je ne me sens jamais autant vivante que lorsque je pense, lorsque j'écris, jusqu'à la petite douleur, cette infime déchirure entre mon être et mon non-être. Écrire, étudier, lire, m'essayer aux langues étrangères et à la musique, sacrifier au Dieu cinéma, je ne le puis que dans une certaine solitude amoureuse. Peut-être parce que j'ai l'idée que l'on m'attendra encore un peu. A l'extérieur. Et puis si personne n'attend, cela n'a aucune espèce d'importance, je le sais bien. Je ne suis pas seule à l'intérieur. Je n'ai besoin que d'une seule personne : lui.
J'essaie d'œuvrer pour mes rêves, dans l'idée de faire entrer dans le chas de mon existence tout le décor du paradis littéraire. Ma vie ressemble assez à mes attentes. Mais je n'ai pas achevé la phrase, le thème. Aurai-je le temps ?
Je n'écris pas aux autres. Je téléphone encore moins. Mais, près de vous, je demeure. Je lis des lettres auxquelles je ne réponds pas, car j'aimerais y répondre en vérité, avec une réelle conscience. Je me dis plus tard. Et, bientôt, il est trop tard. Il y la gêne de s'être éloignée en douce, de mal se comporter, de plus mériter l'attention. Le mieux est l'ennemi d'un certain bien, qui pourtant m'échappe, lui aussi, de mille manières. Ce n'est pas de la désinvolture, c'est simplement la conscience que chaque heure volée à mon travail ou, pire, à ma moitié originelle est irrémédiablement perdue. Dans cette lucidité-là, les scrupules se dissolvent d'eux-mêmes. Hiérarchie des besoins et des désirs.
Alors, ces quelques lignes sont pour vous tous, bien qu'impersonnelles. Elles ne sont ni belles ni intelligentes. Elles ne font que mettre en demeure mon existence d'être conforme à ce violent songe de mon adolescence. Faire quelque chose de vraiment bien avant de crever. Puis, dire bonjour, au revoir et merci. A bientôt. A demain. Pour toujours et à jamais.
***
Petite note d'information, à quelqu'un qui, un jour, s'étonna que puisse en moi coexister la veine barrienne et l'artère célinienne. Oui, je suis double, mais ni schizophrène, ni ambiguë, simplement complémentaire.
Céline avait choisi le prénom de sa grand-mère comme pseudonyme. C'est ma grand-mère qui, pour une raison ignorée, me donna ce prénom, puisque de parents j'étais dépourvue. Longtemps, un livre qui avait appartenu à celle qui m'avait mise au monde et qui m'avait abandonnée aussitôt, a vécu au sein de mon univers. La grand-mère a dû jeter un œil à la couverture et elle a pris modèle pour façonner ce prénom. Je n'y touchais à ce rosse bouquin, de crainte d'être contaminée par la foutrerie de celle qui ne fut jamais ma mère. Il portait ses empreintes. Je ne voulais pas que les miennes se mélangent aux siennes. Et pourtant...
Il s'agissait du Voyage au bout de la nuit, que je n'ai lu qu'à la fin de mes seize ans, engagée à cela par l'homme qui allait devenir le grand Amour de ma vie, le seul, l'unique, mon mari. Céline était, de coïncidence, dans ma vie. Il était près de moi, le premier. Il a fait relais entre mes raisons de vivre et la courte échelle à mes velléités de dire.
Les Editions Montparnasse ont la bonne idée de mettre en vente, il y a quelques mois, ce DVD,
qui permettra à ceux qui ne le connaissent que par ses livres d'entendre Céline. La voix de Céline est à elle seule un fragment de son secret. Aheurtée, elle est à l'unisson avec son style pointilliste, vociférant, brutal, profondément lucide et humain. Céline est un génie et, quoi que puissent penser ceux qui le haïssent, personne n'est à la hauteur de son génie. Ni Proust, ni Rabelais, ni Shakespeare, ni Dostoïevski.
Personne.
Les gens qui suscitent autant de haine par le simple fait de leurs livres - car est-il encore bon de préciser que Céline n'a jamais commis le moindre acte que l'on puisse lui reprocher ? Enfin, pas plus que vous ou moi...- ont toujours quelque chose à nous dire. Même si nous ne voulons pas écouter. Ce que j'ai appris de Céline, ce ne sont ni la laideur ni la noirceur, ni le désespoir ou la vanité de toute chose, ou pire le pessimisme, tout ce que lui reprochent les chochottes qui ne sont pas capables de le lire - combien de fois ai-je entendu de ces gens-là cette phrase : " Céline ? Ah, non! C'est immonde ! Je ne peux pas le lire, c'est trop noir."
Voilà, cela les désespérerait de le lire. Finalement, c'est bon signe. Cela veut peut-être dire qu'il reste encore quelque chose en eux à tuer. Non, c'est juste de la lâcheté. Des petites natures qui ne peuvent pas respirer sur certaines hauteurs. T'as beau leur dire que, précisément, c'est parce que la vie chlingue et que tout fout le camp, que ça vaut le coup de se jeter dans la danse, pour en tirer quelque chose de beau à regarder et à faire valser. La légèreté des fées ou des danseuses, grande préoccupation célinienne, pour faire contrepoids à la lourdeur des hommes, à cette ancre qui nous tire vers la tombe. Mais on vous regarde en hochant la tête, en n'osant pas vous dire que, maintenant, vous les dégoûtez sérieusement. Oui, on a peur de vous.
Et, moi, de jubiler et de mépriser ces pauvres types et ces gonzesses patronesses. J'aurais aimé avoir des dents de loup pour déchiqueter ces imbéciles. Mais leur viande doit être faisandée sous les dehors de la bienséance et de la politesse. De la viande froide, tout juste sortie de la morgue pour exhaler son fumet de pourriture sous mon nez délicat. Je les emmerde. Je ne les hais pas, faut pas croire, non. Toute la haine, la vraie, elle vient du fond, de la jeunesse. C'est lui qui le dit, hein, et je suis d'accord. Mais je suis trop vieille désormais pour haïr. J'ai dépensé sans compter. Il me reste simplement assez de force pour demeurer dans les clous de mes détestations quotidiennes.
J'ai appris de Céline une certaine dignité d'être et la compassion ; j'ai hélas beaucoup de progrès à faire pour en tirer la force de les tenir à distance sans me froisser le cœur.
Rarement quelqu'un aura été autant haï que Céline, avec un aveuglement auquel je ne trouve, pour ma part, aucune excuse. Dussé-je recevoir encore des lettres d'insultes de la part de gens qui hurlent à toutes sortes de saloperies qu'on lui reproche, sans rien savoir du contexte, des circonstances, en étant "puceaux de l'horreur" qu'a vécue Céline, lors de la guerre de 1914. Il suffit de relire les premières pages du Voyage au bout de la nuit pour être pénétré de cette lente et longue horreur. Ceux qui critiquent le plus Céline sont ceux qui ne l'ont pas lu, comme de bien entendu. Et les mots n'ont pas le même sens dans leur bouche et sous la plume de Céline, qui fut avant tout un humaniste et un pacifiste autant qu'un génie littéraire. Mais lire véritablement un auteur demande un tel effort que la plupart des êtres humains n'ont ni la force ni le courage de le faire. Ils demeurent sur la surface. Si celle-ci se brisait pour eux, ils ne supporteraient pas. Ils se noieraient. Ils crèveraient peut-être de honte, s'il leur reste de l'amour-propre. Mais non, je suis une naïve. Ils s'en branlent le caisson de tout ça.
Ces entretiens filmés, pour la plupart, nous les possédions, puisque amoureux de Céline, l'un et l'autre, nous avons composé une bibliothèque digne de ce nom en son honneur.
(Petit extrait en image de cette bibliothèque.)
Si je le voulais, je pourrais écrire une seconde thèse, de lettres cette fois-ci et non pas de philosophie, sur l'homme, sans quitter ma demeure, car il me semble posséder à peu près tout ce qui a été publié sur l'homme et tous ses livres, parfois en plusieurs langues, sont réfugiés dans la bibliothèque des maudits, en compagnie de Léon Bloy et de quelques autres de ce calibre (Léautaud et certains qui ne sont pas des moindres). Audiard, fervent défenseur de Destouches / Céline, a sa place à mon buffet littéraire, lui qui a écrit deux romans dans la veine brutale et essentielle de celui qu'il admirait. Je n'ai rien à dire là-dessus. Lisez.
Mais c'est la première fois qu'il nous est donnée la chance de les voir dans une aussi bonne qualité d'image et de découvrir certains documents, comme ces quelques instants passés en compagnie d'Elizabeth Craig, la dédicataire du Voyage au bout de la nuit, nommée l'Impératrice.
(Lire ce livre pour en savoir davantage sur leur relation.)
Tout aussi récemment que le DVD susmentionné fut publié ce livre
qui nous rappelle que Céline ne fut sauvé d'une mort certaine que grâce aux Danois - à la Libération, ça flinguait tous azimuts... parce que la haine ne connaît pas de répit. Et c'est une page de notre sombre histoire intérieure qu'il faudra bien un jour accepter de lire, et pas seulement entre les lignes...
Lisez Céline, le reste, à quelques exceptions barriennes près, n'est que de la "cochonnerie".
Extraits :
Liens :
Libellés :Louis-Ferdinand Céline
jeudi 10 janvier 2008
Freud expliquerait facilement un des aspects de Peter Pan, qui n’a échappé à personne, et surtout pas à Sir James Matthew Barrie.
Extrait, ci-dessous, de L’interprétation des rêves – désormais, qui existe dans une nouvelle traduction, qui semble meilleure et est publiée sous le titre de L’interprétation du rêve, ce qui est littéralement plus fidèle.
« (…) notre petite rêveuse, qui n’avait pas encore quatre ans, aura demandé à quelque personne grave : “Que deviennent les enfants quand ils meurent ?” On lui aura répondu : “Ils ont des ailes et deviennent de petits anges.” (…) il semble que la petite fille ait eu la même association d’idées que les Anciens, qui donnaient à la Psyché des ailes de papillon. » (Sigmund Freud, Die Traumdeutung – première publication en 1900 )
The Little White Bird, 1902
Peter Pan, 1904.
Psyché, en grec, signifie à la fois l’âme et le souffle.
Métonymie.
[John Waterhouse]« (…) notre petite rêveuse, qui n’avait pas encore quatre ans, aura demandé à quelque personne grave : “Que deviennent les enfants quand ils meurent ?” On lui aura répondu : “Ils ont des ailes et deviennent de petits anges.” (…) il semble que la petite fille ait eu la même association d’idées que les Anciens, qui donnaient à la Psyché des ailes de papillon. » (Sigmund Freud, Die Traumdeutung – première publication en 1900 )
The Little White Bird, 1902
Peter Pan, 1904.
Psyché, en grec, signifie à la fois l’âme et le souffle.
Métonymie.
Psyché était également, comme vous le savez mieux que moi, une jeune princesse d’une beauté exceptionnelle, qui sera l’amante de Cupidon (Eros) et la victime d’Aphrodite. Devenue immortelle, après bien des épreuves, elle possédera dans certaines versions une paire d’ailes de papillon, symbole de l’âme impérissable.
Cf. Les Métamorphoses d'Apulée (livres IV à VI).
Libellés :Freud,James Matthew Barrie,Peter Pan
mercredi 9 janvier 2008
La maison de Barrie est en vente ici.
J'ai mis à jour cette page sur mon site Barrie - voir le milieu de la page - où il était question de cette maison que j'ai caressée du regard lors de mon dernier voyage. Vous pourrez visiter cette maison calé dans votre fauteuil de bureau. J'ai l'étrange sentiment de commettre une effraction au sein d'une maison de fantômes, une maison de poupées dans la main d'un génie - bon ou mauvais, je ne sais, même si je suis portée à croire que les pensées de Sir James Matthew Barrie l'habitent encore... Pour le meilleur.
Très en retard quant à mes mises à jour du site Barrie (rien de neuf depuis juin dernier, alors que les documents ne me font pas défaut ; mais j'ai beaucoup traduit et je ne cesse de m'employer à cette tâche), j'espérais m'acquitter de ce tendre devoir avant Noël. Je me mettrai donc au travail dès ce week-end, et ce jusqu'à la fin février, comme annoncé sur le forum.
Vraisemblablement, je retournerai au printemps en Angleterre - sauf imprévu majeur -, afin de compléter ma cartographie barrienne (certains lieux de Londres à visiter et d'autres à corriger ainsi que les Hébrides extérieures - l'île de Mary Rose), puis de rendre hommage à la famille Brontë à Haworth. Ce dernier pélerinage étant prévu depuis l'année dernière ; j'espère qu'il ne sera pas reporté cette année. Au pire, je devrais le remettre au printemps prochain, puisque le voyage barrien a prééminence. Mais je foulerai ces terres-là, c'est une évidence.
Quand je pense que je déteste voyager ! Mais j'aime éperdument avoir voyagé.
Merci à Malice, du fond du coeur, pour son adorable carte. Ce voyage au pays des Brontë, soeurs et frère, te sera dédié. Sache que tes mots ont trouvé place dans mon coeur, lorsque je les ai reçus, hier.
Libellés :James Matthew Barrie
dimanche 6 janvier 2008
Noël fut un grand moment et j'ai vainement essayé d'oublier que le temps passe ; j'ai combattu un moment l'idée que le moment n'est parfait que parce qu'il risque à chaque instant d'être le dernier. Certains espèrent l'année nouvelle dans l'idée qu'elle sera meilleure que son ancêtre ; je la redoute dans l'idée qu'elle ne peut que nous ôter quelque chose. Lorsque l'on se sait heureux, on est maudit, parce que l'on attend malgré soi le gauchissement des choses. On prend la posture de la défense et du combat. On attend la pluie sous une ombrelle faite pour les coups du bonheur. Bien sûr, j'ai de grands et de petits rêves que j'écris au point de croix chaque jour-jour et quelquefois pendant des jours-nuits, mais je sais que je ne serai jamais plus heureuse qu'en ce moment. Tout ce que j'obtiendrai de plus n'ajoutera rien, car ce que je possède est entier.
Pendant que mon violon reposait près de moi, ce soir-là, et tandis que M. Golightly jouait sur le piano que le père Noël lui avait amené, je demeurais quelques secondes parfaitement immobile, afin de retenir la moindre des poussières de ce Temps qui nous faisait tout autant qu'il nous défaisait déjà, sans même que nous ayons conscience à quel point, malgré nos doutes et notre esprit acéré.
Et puis je suis redevenu une enfant. Alors, j'ai folâtré dans les neiges de plusieurs livres, qui avaient pour paysage la blancheur de ces songes, qui sont comme de grosses cloques que personne n'a encore osé crever. Je vous parlerai, un jour, d'Ethan Frome
et d'A Child's Christmas in Wales. Deux petits livres en lesquels j'ai trouvés des affinités secrètes et que l'on ne peut lire que dans leur langue d'origine (surtout le second, qui n'est que poésie et tintinnabulement du monde, êtres, choses et mots).
Hormis la semaine de grande fièvre à 39 degrés qui a succédé à ce jour faste et excepté le joyeux capharnaüm de piles de cadeaux qui envahissent la maison, j'ai l'impression d'avoir enfin embarqué dans ce bateau que j'attends depuis que je suis enfant... J'ai simplement posé le pied et puis j'ai changé d'horizon. Et j'ai senti que ce bateau n'était pas du tout coincé dans une bouteille, comme j'aurais pu le redouter il y encore un an. Il vogue bien sur les océans, ceux de ma déraison et ceux des cieux que j'ai peints avec mon sang. Je me fais l'effet, mais à certains égards seulement, d'être le personnage incarné par Charlotte Gainsbourg, dans le beau et imparfait film d'Emanuele Crialese, Golden Door.
J'ai été outrageusement gâtée par M. Golightly, mais également par mes amis. Peut-être que j'en reparlerai ici et là, car il est des films, des livres, des gestes, des senteurs qui m'ont touchée jusqu'au noyau. Parmi tous ces présents, je retiendrai le temps de ce petit billet un livre et un DVD d'un artiste que j'aime, Philippe Katerine.
Ouvrons le livre, qui est un journal graphique, fait de pensées griffonnées, de dessins et de collages :
Faire des chansons ou se tuer. C'est en résumé ce que Katerine nous confie de lui au détour d'une chanson.
Il me semble que cette déclaration est peut-être ce qu'il y a de plus sincère et de plus lucide, dans ce qui est transmis, de lui à nous. J'aurais tendance à croire que cet enfant illégitime de Desproges et de Gainsbourg (mais je songe aussi, parfois, à Andy Kaufman) est un véritable désespéré, qui a trouvé une raison de ne pas crever en créant : des chansons, un films, un personnage... Certains ne voient en lui que la loufoquerie, l'étrangeté, et le comportement atypique, oscillant entre admiration excessive (criant au génie) et dégoût ou rejet (grotesque) du personnage. D'autres ne voient rien en lui, aveuglés par certaines provocations de l'artiste. Philippe Katerine m'a toujours fait pleurer et rire, pas nécessairement dans cet ordre, mais les deux en même temps. Je lis le texte et le sous-texte, comme tous ceux qui l'aiment, je le présume.
Katerine et moi, nous avons un point commun : un coeur anormal.Il me semble que cette déclaration est peut-être ce qu'il y a de plus sincère et de plus lucide, dans ce qui est transmis, de lui à nous. J'aurais tendance à croire que cet enfant illégitime de Desproges et de Gainsbourg (mais je songe aussi, parfois, à Andy Kaufman) est un véritable désespéré, qui a trouvé une raison de ne pas crever en créant : des chansons, un films, un personnage... Certains ne voient en lui que la loufoquerie, l'étrangeté, et le comportement atypique, oscillant entre admiration excessive (criant au génie) et dégoût ou rejet (grotesque) du personnage. D'autres ne voient rien en lui, aveuglés par certaines provocations de l'artiste. Philippe Katerine m'a toujours fait pleurer et rire, pas nécessairement dans cet ordre, mais les deux en même temps. Je lis le texte et le sous-texte, comme tous ceux qui l'aiment, je le présume.
Le sien a pour particularité une Peau de cochon (titre de son film
A la fois le type au doux regard écarquillé de dingue, mâtiné de Benny Hill (mort d'une crise cardiaque), qui chantonne "excuse-moi, j'ai éjaculé dans tes cheveux" et qui, dans la même chanson, parle de sa grand-mère, des gâteaux qu'elle lui faisait et de son odeur de vieux. Il est celui qui est tout autant capable de chanter "je vous emmerde" ou "VIP" que "J'ai trente ans", sans se départir de la pureté que l'on ressent dans certaines chansons, telles "Le jardin botanique" ou bien l'album intitulé L'éducation anglaise (où il ne chante pas mais qu'il a écrit et composé in extenso) qui est d'un raffinement que n'imaginent pas nécessairement ceux qui le prennent pour un dingue ou les autres, qui le prennent pour tout ce qu'il n'est pas.
En ce qui me concerne, je ne cherche pas à savoir ce qu'il est mais je crois savoir un peu qui il est. Je l'aime et je n'ai rien de plus à dire.*********
Un très bon site.
Où M. Taddéï ne comprend rien au personnage...
Libellés :miscellanées,Philippe Katerine
dimanche 23 décembre 2007
Libellés :Cocteau
Qu’attendaient-ils ?
De manger.
Petit-déjeuner à 7 h.
Déjeuner à midi.
Goûter à 15 h 30.
Dîner à 18 h 30.
C’est fou ce que ça mange un vieux, avec ou sans dents.
Et puis ils attendent aussi le courrier le matin ; le plus valide d’entre eux va chercher les lettres, en bas. C’est à la fois un privilège et la tâche la plus ingrate. Quand il n’y a pas de courrier, et il n’y en a pas souvent permettez-moi de vous le dire, ils attendent les visites l’après-midi. Ils sont avides de vous dès que vous pénétrez dans l'endroit. Vous passez devant eux le regard serré, tandis que leurs yeux vous palpent avec convoitise. Vous êtes de l'extérieur. Vous avez du prestige. Vous portez l'espoir, le saint sacrement des vivants.
Ensuite, ils attendent le lendemain.
La nuit est le moment redouté parce que l’attente est la plus longue, avec ou sans réveil à aiguilles fluorescentes. La nuit est un voyage sans guide. Ni chaud ni froid. Ni faim ni satiété. Je sais à peine si j’existe quand il fait noir. Il m’arrive même de me demander si je ne suis pas moi-même une sorte de nuit qui n’existerait que pour nous, nous les vieux, qui ne dormons pas. Je me confonds avec le néant des choses qui n'ont plus de noms. Je suis la dormeuse de la chambre 454. Je suis la dépouille d'une autre, qui portait manteau d'astracan et hauts talons et faisait valser les têtes des hommes, d'un homme.
Je me suis foutue par la fenêtre du quatrième étage, quand il est mort. Je me suis jetée dans le four de l'éternité, dans ce que j'espérais être la dernière nuit du monde. Mais je ne suis pas morte. On m'a ranimée et puis j'ai atterri ici. Le purgatoire sur terre. J'attends la prochaine station.
C’est à cet instant qu’on comprend que la vieillesse est vraiment terrifiante : quand on est clouté dans un endroit.
Avec ou sans enfant. C’est peut-être même pire quand on en a : ils vous poussent vers la sortie. Comme si ça allait de soi ; ils n’imaginent pas qu’on puisse s’offusquer. On a l’impression qu’on doit accepter sans rechigner une date limite de péremption. Toute sa vie, on attend des tas de choses, parfois même on les redoute ; quand on est vieux - et ça vous prend sans prévenir d’être vieux -, vous attendez toujours, parce que vous êtes habitués à cette pose, mais vous vous rendez compte que vous n’attendez plus rien d’autre que l’attente elle-même. Parce que, quand on perd cette envie de savoir la suite, on est perdu. Pour de bon. Pour les médecins et pour les enfants, qui sont à ce moment les rois de la fête. On ne meurt jamais que de lassitude. Pas de tristesse ou de désespoir. Simplement de fatigue. Il en faut beaucoup, vous savez, pour fatiguer un vieux. Être vieux, c’est comme d’étrenner une seconde enfance, mais sans la foi, avec un trou à la place de la mémoire. Tout s’écoule. C’est un robinet qui fuit. On écosse ses souvenirs et on se rend compte, finalement, qu’il n’y en pas cinq ou six sur plusieurs dizaines d’années vécues pour lesquels on serait prêts à échanger une heure de sa vie actuelle, aussi triste et prévisible soit-elle… Ça rend modeste d’être vieux. Être vieux signifie perdre, vivre au milieu de spectres, s’élimer comme un vêtement usé, ou avoir l’air d’un écusson qui se détache progressivement d’une veste, fil par fil. On ballotte. Tous mes amis sont morts, par exemple. Être orphelin à quatre-vingts ans n’inspire aucun apitoiement de la part des gens, pourtant ce n’est pas moins triste ou grave de l’être à cet âge qu’enfant… Les gens ne pensent pas, je crois bien…
[Photographie prise cet après-midi dans un mouroir comme un autre. La mort est très longue, aussi longue que cette embouchure, que cette langue de l'enfer.]
Je vous prie de me pardonner. J'avais prévu quelque chose de plus enjoué. Du sucré à gogo, comme les bordures de mes pages guimauve que vous pouvez toujours lécher, si vous êtes en hypoglycémie. Vous savez bien, je suis un joyeux drille. Je suis une midinette. J'ai du sucre glace plein les doigts et mes baisers sentent l'enfance, à condition de ne pas trop me respirer, car je pue également l'enfer, la merde et la mort. Il y a quelques personnes qui savent à quel point je ne suis pas fréquentable. J'ai la peste et cette maladie se nomme la conscience.
Le germe se développe lorsque l'adolescence ivre déchire le voile de Maya de l'enfance et proclame sa malédiction commune.
L'enfant croit et espère. Il ressent, mais il ne comprend pas.
Vous êtes tous atteints, jusqu'à un certain point, lorsque le faire semblant se craquelle suffisamment pour que l'on voit à travers les volets du futur.
Je suis une dame plus noire que vous ne le pensez. Je suis une exquise petite nihiliste. Non, je suis réaliste. Cela ne m'empêche pas de me bâfrer de l'existence. Ce sont les autres qui sont aveugles et cette cécité les arrange. Je me crève donc les yeux pour jouir de mon égoïsme en paix.
Mais, voyez-vous, aujourd'hui, rien n'y fait et j'ai la mort à la gorge, qui me bouffe le coeur, comme un chien enragé. J'aimerais avoir le talent de Céline ou de Zola pour vous dire l'horreur de ce Tartare, pour vous parler des habitants de ces tombes vermoulues, où pas un rai de lumière naturelle ne filtre. Ils sont tous crevés pour l'extérieur.
A quoi ça rime toute cette mort en suspension ? A quoi ça sert de vivre ? Hein, vous le savez ?
J'aimerais savoir vous dire pour que vous compreniez. J'aimerais que vous ayez mal, de cette douleur qui me brise en éclats, pour avoir moins mal. Il faut que vous imaginiez. Un espace géométrique qui sent le désaveu et l'incontinence. Un vilain cimetière de province, où chaque pensionnaire suinte l'asticot et la tristesse.
De longs couloirs atteints de lèpre.
Ô terreur. Un long ver qui sort du plafond. Une guirlande de Noël qui pend, ici et là. Image ridicule et pitoyable d'un ailleurs. Incohérence. Faire semblant, c'est cela que l'on nous demande ? Faire semblant de croire que tout est en ordre et normal, quand des êtres humains vivent dans des conditions pareilles ? Mes chiens et mes chats ont droit à plus d'égards, de tendresse et de luxe.
Je crois que ce sont les guirlandes qui m'ont donné l'envie de me pendre. En finir tout de suite, parce que je n'ai pas les tripes. Je vais dégueuler mon bonheur.
Je pose un pied, l'un devant l'autre.
Un petit carrelage, brisé par endroits, pour tout chemin de croix. Tout pue ici. J'ai envie de me tirer.
Une vieille, avec son déambulateur, qui hurle. "J'veux pisser !" Et elle se laisse aller devant moi. Cela éclabousse mes godasses. Ce n'est pas répugnant. C'est juste normal. La normalité est théorique et rassurante. C'est du statistique que l'on vous donne à bouffer.
Dieu est mort depuis bien longtemps et, s'Il ne l'était pas, il ne mériterait pas de vivre. Je me proposerais même pour lui faire la peau à cette ordure. Dieu à la potence et la vie avec. Qu'on en finisse ! Qu'on crève de dégoût de soi-même. Nous sommes tous coupables, moi la première. On paiera. Nous prendrons leur place quand ils seront pourris sous terre.
Si j'avais un coeur, un véritable coeur je veux dire, pas cette chose que l'on m'a greffée de force à la naissance, j'enlèverais cette dame - celle que je suis venue visiter - et je prendrais soin d'elle. C'est à ma portée. J'ai les moyens matériels de le faire. J'ai une grande maison.
Mais je n'ai pas de coeur.
Et ce qui me console, c'est que pas un être humain sur terre n'a de coeur, de véritable coeur. Un tel mécanisme d'horlogerie a peut-être existé jadis. Ou ce n'est qu'un mythe de l'âge d'or. Mais on l'a remplacé par un moteur plus sophistiqué : l'indifférence et le mépris.
L'efficience.
Savez-vous la raison de l'étrange disparition de cet organe ?
Le coeur était fait de cristal et il se brisait quand une émotion réelle l'habitait. Alors, ce n'était pas pratique.
Mais nos coeurs actuels sont faits d'un autre matériau et c'est pour cela qu'ils sont si durs et impénétrables. Réjouissons-nous de ce progrès.
Libellés :la vieillesse
mercredi 19 décembre 2007
J'ai toujours su et compris que l'acte d'écrire se produisait presque complètement en amont de la main qui s'épanche sur la page ou qui fait des gammes sur le clavier. Notre corps et notre esprit sont un laboratoire intérieur, dissimulé à tous les regards, et au nôtre en particulier. Cela s'écrit en nous avant d'être écrit hors de nous. Sinon l'acte d'écrire n'est qu'une imitation vaine et une pose bête et maladroite. Ecrire, c'est puiser dans les fluides vitaux, faire s'égoutter la grosse veine du dessus de la main dans l'encrier.
Les associations d'idées ne sont donc, selon moi, jamais gratuites, même si leurs ramifications ne sont pas toujours aisées à démêler. Il n'est d'ailleurs pas toujours profitable de les comprendre pleinement pour celui qui les tisse, de gré et de force.
Vivons donc comme l'araignée au sein de la forêt intérieure.
Ecrire demande maîtrise et rigueur du procédé opératoire, mais auparavant un total abandon face aux revenants de l'intime abîme. Le danger est là. Le courage aussi. Le reste n'est rien d'autre qu'une purge nécessaire et c'est l'événement le plus simple et le moins intéressant qui soit au monde, car le combat est déjà gagné (ou perdu).
Une fantaisie de trois idées fait la culbute en moi et je la dépose ici, sans rien expliquer, pour le plaisir de la suggestion.
1.
Cyrano de Bergerac, le véritable, martyre de la pensée libre.
Extrait des Etats et empire de la Lune (et souvenir d'un séminaire que je suivis autrefois en Sorbonne...)
2.
Le voyage dans la lune, par un alchimiste des grains de lumière, Georges Méliès.
3.
Petit diaporama que j'ai mis en scène à partir des œuvres de deux photographes américains, tout à fait surprenants. Poésie de l'image, inspiration un tantinet "steampunk", ambiance à peine étrange qui me fait également songer à Tom Waits par certains aspects. Les titres de leurs œuvres sont joliment évocateurs : "Cloud Burst", "Forestbed", "Breathing Machine", "Mending the Earth", "Cloud Cleaner", "Turning the Spring"...
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- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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